- Speaker #0
Amis de la littérature de très haut niveau, bonsoir et bienvenue chez La Pérouse. Tout de suite, notre parrainage de la semaine, ce sont les éditions Grasset. Oui, oui, oui, vous ne rêvez pas. Les éditions Grasset pour le livre de Christophe Onodibio intitulé L'Odyssée de l'Odyssée, qui parle de l'Odyssée d'Homère et qui arrive à transmettre, en la comparant avec aujourd'hui, avec beaucoup de références à la pop culture, à transmettre cette aventure inouïe d'Ulysse qui va rentrer chez les chrétiens. chez lui, qui va mettre dix ans à trouver le chemin de Pénélope, en rencontrant toutes sortes de créatures extraordinaires. C'est une histoire universellement célèbre depuis 28 siècles, mais à l'approche de la sortie du film de Christopher Nolan, l'Odyssée, qui sort le 15 juillet, Onodibio, qui co-dirige le point, a vraiment fait un travail de vulgarisation et de pédagogie très agréable à lire. Je dirais même que... Pour ceux qui ont un peu la flemme de lire les 12 000 vers d'Homère en grec ancien, ils pourront avoir le roman d'Ulysse ici, chez Grasset, et pour la modique somme de 23 euros. C'est quasiment... Pour de telles aventures, c'est une somme fort modique. Voilà, fin de la publicité. Inès de Lafraissange, bonsoir. Merci infiniment d'avoir accepté mon invitation pour venir parler de l'âge expérimental, publié aux éditions Gallimard. C'est une correspondance avec Éric Deluca, le grand écrivain napolitain. Et cela m'amène à cette question. Qu'est-ce que vous avez avec les Napolitains ? Parce que quand même, je ne sais pas, c'est l'accent, c'est quoi ? Il y a quelque chose ? Vous aimez beaucoup ces hommes-là ?
- Speaker #1
Vous avez raison de préciser Napoléon. Napolitain, parce que des Italiens du Nord sont pas pareils forcément que les Italiens du Sud. Et Napolitain, ça veut dire un sens de la dérision, un sens de l'humour, une distance. Des pizzas ? Des pizzas particulières que j'aime beaucoup. Ah bah oui, on crée la pizza, la boussole et tout un tas de choses importantes.
- Speaker #0
Oui, et quand on est à Naples, on entend beaucoup de mots français. Oui,
- Speaker #1
c'est très rigolo. Il y a des trucs qui sont restés, par exemple, pour dire qu'un truc est vilain, On peut entendre des pêcheurs dire « et moi » . Alors bon, moche, c'est du français, quoi. Il y a des choses qui sont restées.
- Speaker #0
Ça date de l'époque où c'était chez nous, ce pays,
- Speaker #1
puisque Napoléon s'était installé là,
- Speaker #0
bien sûr. Alors, qu'est-ce que l'âge expérimental ? Est-ce que c'est une manière de ne pas dire vieux ?
- Speaker #1
Eh bien, oui, parce qu'Éric considère qu'il découvre tout de ce moment qui est différent de sa jeunesse et de son enfance.
- Speaker #0
Mais c'est pas aussi pour dire que quand on est...
- Speaker #1
Mais il ne faut pas avoir peur de ce mot, vieux.
- Speaker #0
Non, mais je veux dire, quand il dit l'âge expérimental...
- Speaker #1
Si on avait appelé ça les vieux, c'était moins joli comme titre.
- Speaker #0
C'était moins joli que l'âge expérimental, mais je veux dire, il dit l'âge expérimental. Et pas l'âge expérimenté, il aurait pu dire ça. C'est quand même quand on est vieux qu'on a le plus de souvenirs, d'expériences. Non, ce n'est pas ce sens-là.
- Speaker #1
Le but, c'était de voir un peu ce qui était différent, en quoi on changeait, qu'est-ce qui était mieux et qu'est-ce qu'on découvrait. C'est ça qui est intéressant. On n'est pas toujours d'accord, d'ailleurs.
- Speaker #0
Non.
- Speaker #1
Lui, il fait des choses extravagantes. Il grimpe des montagnes comme ça, sans boutes, sans cordes, sans crochets. Je ne sais pas comment ça s'appelle. À 76 ans,
- Speaker #0
oui.
- Speaker #1
Alors moi, pour rien au monde, je ferais les choses pareilles. C'est-à-dire que lui utilise son corps vraiment comme un jeune homme.
- Speaker #0
Oui, oui. L'idée du livre est venue d'un court-métrage que vous avez tourné ensemble, d'un film de 26 minutes qui s'appelait « L'âge expérimental » . Et le texte d'Éric Deluca, c'est celui de la voix-off du film, mais modifié, c'est ça ?
- Speaker #1
Non, pas vraiment. En fait, il a fait ce film qui est très beau, où il parle justement de cet âge expérimental. Et on me voit vaguement me balader avec lui au Luxembourg. Et puis il y a des photos de moi et tout. Et alors donc il m'a envoyé le lien de ce film. Et puis alors moi je ne peux pas m'empêcher de me prononcer. Donc je lui ai envoyé un long mail pour lui dire ce que je pensais de ce film. Et ensuite il m'a répondu un autre mail. Et puis je lui ai renvoyé un autre. Et aussi voilà, l'âme du devant de nos jours. Et alors... Merci. Madame Dedefan et Horace Walpole, bien sûr.
- Speaker #0
Bien sûr.
- Speaker #1
Et en fait, au bout d'un moment, il m'a dit, si on en faisait un livre de nos échanges, moi j'ai cru que c'était une blague, j'ai pas pris trop au sérieux, mais j'ai continué à répondre à ses mails jusqu'au moment où le livre est arrivé. Et tout est resté comme je l'ai écrit, c'est-à-dire que je disais, mon avion va décoller, je suis obligée de raccrocher.
- Speaker #0
Oui, c'est très bien. Alors, je dirais que vous êtes complémentaire, parce que lui fait quand même un éloge de la vieillesse, du grand âge, enfin voilà. Et vous, c'est plus... Vous aussi, mais d'une manière différente. Moi,
- Speaker #1
on n'est pas d'accord tout le temps. Non,
- Speaker #0
vous dites la réussite professionnelle, on s'en fout.
- Speaker #1
Oui.
- Speaker #0
Vous, ce qui compte, c'est la famille, l'amour, et puis un platane que vous avez planté. Un platane, c'est à Tarascon. C'est un peu très récursif, Frédéric. Oui, écoutez, je vais à l'essentiel.
- Speaker #1
Et alors, eh bien oui, il y a une espèce de lâcher prise. Et puis, on peut continuer à travailler. Moi, je travaille beaucoup et très, très consciencieux. Mais avec... Quand même, il y a un tout petit peu de distance. Ce qui est très bien pour les jeunes gens avec qui on travaille. Parce que c'est rassurant de voir que nous, on n'est pas stressés. Ça, ça fait partie des avantages. Et l'amour aussi, bien entendu. Il faut que la priorité soit les gens qu'on aime. Et annuler les trucs qui vous rasent. Les trucs qu'on s'est obligés de faire quand on est très jeune.
- Speaker #0
Ça, c'est une belle philosophie, je trouve. Vous dites comme si chaque jour était le dernier. Mais en fait, c'est compliqué quand même. Il y a quand même toujours des corvées. On ne peut pas non plus se débarrasser de toutes les corvées.
- Speaker #1
On peut éliminer pas mal d'autres. C'est vrai ? Moi, j'ai une liste d'excuses. Je peux vous communiquer ça.
- Speaker #0
Alors, je suis très touché que vous soyez venu ici. Ça prouve que je ne faisais pas partie des corvées à faire.
- Speaker #1
Mais non, il faut se dire déjà. On fait un truc, soit on est vraiment obligé pour son boulot, soit on rend service à un ami, genre voir une exposition ou une galerie, je ne sais pas quoi, et puis soit ça vous amuse.
- Speaker #0
D'accord, donc moi c'était rendre service à un ami.
- Speaker #1
Non, ça m'amuse.
- Speaker #0
La vie d'un homme, dit Hérédé Lucas, mais c'est un proverbe je crois napolitain, il dit c'est l'équivalent de trois vies de chevaux. Il y a un cheval qui va au galop, un autre qui va au trot, et le troisième, le dernier, là où nous sommes, c'est le cheval qui va au pas. Mais alors que faire si le troisième cheval renacle devant l'obstacle, l'obstacle final, qui est la finitude ?
- Speaker #1
Je crois qu'il faut lui parler. Et puis l'homme qui parlait aux chevaux, je crois que la parole c'est toujours important, qu'il ne faut pas garder les mots bloqués. Et puis il faut formuler ses peurs. Et la plupart des êtres humains fonctionnent avec leurs peurs. Il faut essayer de les comprendre. Et puis justement, avec le temps, on peut éliminer certaines peurs.
- Speaker #0
J'ai l'impression que c'est important ce livre, parce qu'on vit dans une société qui a peur de la vieillesse, où notamment les femmes ont des injonctions terribles. Vous avez vu,
- Speaker #1
moi je voulais montrer quand même que j'arrive à froncer les sourcils. Oui,
- Speaker #0
donc il n'y a pas de Botox ? Oui. J'ai un peu fière de ça. Vous n'avez jamais envisagé de faire... Mais si,
- Speaker #1
bien sûr, mais j'ai les pétoches de voir tout d'un coup. coup un visage que je ne connais pas, différent, et puis en plus, tous ces visages deviennent similaires.
- Speaker #0
Ah oui.
- Speaker #1
Et alors, et du coup, je n'ai pas tellement envie d'en faire une espèce de chaton, mais ça serait hypocrite de dire que là, je m'en fous.
- Speaker #0
Non, mais c'est vrai que c'est un livre surprenant pour ça. Un beau ? Ben oui, parce que vous symbolisez... L'allure parisienne, vous avez écrit d'ailleurs un livre qui s'intitulait comme ça, La Parisienne, qui était un immense succès mondial. Vous symbolisez la légèreté, l'insolence, mais devenir quelqu'un qui converse à propos du troisième âge, c'est un peu, moi, ça m'a choqué, si vous voulez, j'étais surpris. Oui,
- Speaker #1
Mais non, parce qu'en fait, j'ai eu toutes les chances, moi, et les chances à l'envers. C'est-à-dire que d'abord, j'ai gagné de l'argent, ensuite, j'étais un petit peu connue. Et puis, et ensuite j'ai fait des choses qui m'intéressaient. Alors que souvent, dans la vie des gens, c'est exactement le contraire. Ils commencent par faire des choses. qui les intéressent, ensuite ils deviennent un tout petit peu connus, et ensuite ils ont de l'argent. Et alors d'avoir eu toutes ces chances très vite comme ça dans ma jeunesse, eh bien au lieu de provoquer une espèce de nostalgie du temps passé, c'est que j'ai vécu tout ça, j'ai eu, c'est un petit peu après, si on a eu une semaine de repas très nourrissant, très riche et très bon, La semaine d'après, on a peut-être envie de manger que des carottes râpées, quoi. Alors je vois ça un petit peu comme ça. C'est ça,
- Speaker #0
d'accord. Non, mais c'est vrai que, bon, effectivement, comme top model, Egeri de Chanel, sous Karl Lagerfeld, vous avez été extrêmement célèbre. Ensuite, vous avez créé... Tout est relatif. Oui, oui, si, mondialement connu, symbolisant Chanel, quoi. Et puis, ensuite, vous avez créé votre marque. Et là, vous l'êtes fait voler, cette marque. Ça a été une période compliquée, ça, j'imagine.
- Speaker #1
Tout ça, c'est une longue histoire. C'est un emmerdement. Et justement, je peux évoquer Georges Kiezman, qui était mon avocat et ami, que j'aimais beaucoup. C'est la seule chose gaie de tout ça, parce que c'est comme ça qu'on s'est rencontrés, qu'on est devenus amis. Mais justement, à partir d'un certain temps, il faut éliminer les choses qui vous cassent les pieds. Et ne pas avoir d'aigreur, ni de haine, ne pas en vouloir aux gens. Tout ça, ça embarrasse Et ça sert à rien.
- Speaker #0
Il n'y a jamais eu autant de vieux.
- Speaker #1
C'est un peu comme une espèce de lama.
- Speaker #0
Non mais c'est ça, j'ai l'impression. Écoutez, j'ai écrit un article sur votre livre pour le Figaro Magazine dans lequel je dis que vous êtes devenu bouddhiste.
- Speaker #1
Ah oui ? C'est bien vu.
- Speaker #0
Oui, une certaine forme de sagesse. Mais c'est pas mal,
- Speaker #1
parce que vous savez, les bouddhistes, par exemple, ils vous disent que si vous êtes dans les encombrements, dans votre voiture, tout d'un coup, quelqu'un fait une queue de poisson, vous embête. Le réflexe naturel, c'est de dire « est connard » , quoi. Ou « fils de femme de mauvaise vie » , enfin, quelque chose comme ça. Et en fait, si vous faites un sourire à cet homme-là, ça le désarme. Et en fait, il ne faut pas engendrer la violence. Et donc, je me dis que voilà, si on vieillit, c'est pour... apprendre quelque chose. Parce que sinon, c'est terrible. On a des rides, des cheveux blancs, on a l'air épuisé le matin. On a mal aux articulations. C'est la nuit chez Castel, alors qu'on n'y est pas allé depuis 40 ans. Et alors, donc il faut, c'est un entraînement.
- Speaker #0
Oui,
- Speaker #1
oui. Il faut s'entraîner, se contrôler, c'est un exercice.
- Speaker #0
Oui, alors, Éric Deluca, dans le livre, dit que c'est tout à fait statistiquement vrai, c'est qu'il n'y a jamais eu autant de vieux. dans nos pays occidentaux, que les pays vieillissent. Et donc, à quoi peut servir la vieillesse dans un monde où elle est majoritaire ? J'ai des options. Peut-être aider les jeunes. Vous avez des petits-enfants. Peut-être aider même financièrement autour de soi, si on a de l'argent, aider les gens qui galèrent. Transmettre ses souvenirs, peut-être aussi. Transmettre ses lectures.
- Speaker #1
Transmettre, c'est important. Les enfants, les petits-enfants, ils veulent savoir. d'où ils viennent un peu. Ils sont un peu conventionnels et tout pour ça. Oui,
- Speaker #0
mais beaucoup de parents oublient de le faire.
- Speaker #1
Mais enfin, moi, ce qui m'amuse... Oui, puis il y a des secrets de famille, encore des trucs super lourds. Il y a eu des milles de choses avec la télévision... expliquant Simon Freud pour les nuls, et que ça ne rentre pas dans la tête. Mais moi, ce qui m'amuse, c'est quand je vois les vieux, aujourd'hui, je me dis, c'est ceux qui étaient à Woodstock, qui écoutaient Jimi Hendrix, et tout, Stephen Till, Neil Young, parce que nous... Nos vieux à nous étaient différents. Ils avaient connu la guerre 14, la guerre 39. Ils étaient un petit peu comme les petits personnages de Faison.
- Speaker #0
Oui, c'est vrai.
- Speaker #1
C'est assez drôle de voir que tous ces vieux, c'est des vieux jeunes.
- Speaker #0
C'est des anciens hippies ou punks. Il y a un proverbe très beau.
- Speaker #1
Je ne sais pas répondre à votre question, mais je ne me souviens plus. Ah oui, la transmission.
- Speaker #0
Non, je disais, à quoi sert la vieillesse ?
- Speaker #1
A quoi ça sert ? Mais pourquoi est-ce que tout doit être utile ?
- Speaker #0
Ah non, bien sûr, vous donnez des pistes, vous dites notamment, vous dites aider les autres.
- Speaker #1
Mais en tout cas... D'exemple, parce que quand on a 20 ans, on a très peur de vieillir. Enfin, moi j'avais peur des rides et tout, et de vieillir, et puis ça paraît loin, mais ça fait peur. Et de montrer que c'est pas si tragique, enfin si on est en bonne santé, évidemment. Effectivement, moi j'ai une espèce de newsletter qui s'appelle La Lettre d'Inès. J'essaie de faire un petit peu de pub. Oui, bien sûr. Mais je mets la lumière sur des jeunes créateurs quand je trouve une nouvelle boutique. Et après, quand je retourne, ils me disent, on a eu un pic incroyable sur notre site web. Et alors, ça m'enchante de pouvoir mettre en valeur des jeunes gens. Parce que je sais que quel que soit le travail, pour atteindre le succès, il faut 10 ans. Et alors, c'est injuste, parce que le talent, il est là parfois bien avant.
- Speaker #0
Revenons sur ce platane que vous avez planté quand même.
- Speaker #1
C'est un cadeau. C'est un cadeau d'anniversaire. Et je trouve que c'est un merveilleux cadeau.
- Speaker #0
Oui,
- Speaker #1
oui. Parce que c'était un souhait à moi, une espèce de pari fou. C'est que dans la garrigue de Provence très sèche, avec des cailloux, des petits chênes verts, du thym, de la farigoulette, quoi, j'ai voulu mettre un platane. Et tout le monde me disait, non, il faut beaucoup d'eau. Alors moi, je disais, je l'arroserai au chalimar s'il faut, mais je veux mon platane. Et du coup, Denis, mon compagnon amoureux, m'offre un platane que j'ai très bien soigné et qui vit, qui est très vigoureux.
- Speaker #0
Et vous vous dites, au fond, c'est ça qui va rester de moi, à part bien sûr vos filles.
- Speaker #1
Mais je m'en fous, moi, de ce qui va rester de moi. Mais le platane, je suis ravie. et puis Peut-être que mes filles diront à leurs enfants ou leurs petits-enfants, c'est la grand-mère. Mais je conçois quand même que l'endroit ne leur appartiendra peut-être plus. Ce sera le platane de quelqu'un d'autre. Mais je trouve ça beau d'avoir un arbre et d'avoir réussi son pari. Pour moi, c'est un cadeau tous les ans. Il reprend en France, c'est pas mal.
- Speaker #0
Il y a un proverbe espagnol dans le livre aussi qui est « Personne ne t'enlèvera ce que tu as dansé » . Et j'aime bien cette idée en fait.
- Speaker #1
Ça ne m'étonne pas Frédéric. Voilà,
- Speaker #0
que nos conneries sont notre richesse. C'est-à-dire toutes ces fêtes.
- Speaker #1
Ah mais voilà, c'est ça que je voulais dire sur le platane. C'est que Louis XIV, quand il est arrivé à Versailles, Il a dit, c'est bien ici, ici on faisait un petit château. Tout le monde a dit, non mais au secours c'est de la loose, il y a du sable partout, ça ne va pas tenir. Elle a dit, si, si, si, je veux mon château. Et alors on lui a dit, mais ce n'est pas possible. Il y a des marécages. On ne peut pas faire un château là. Et alors Louis XIV a dit, je le veux. Ils ont fait ce château et ça a été le rayonnement de la France, dans l'Europe entière, partout. Ils ont voulu copier Versailles. Aujourd'hui, ça tient toujours. Et donc, en fait, souvent, les choses les plus folles sont les choses les plus fortes. Déjà, de se marier, d'avoir un enfant, d'acheter une maison, tout ça, ça relève un tout petit peu. C'est une prise de risque, quand même. Et puis, tous les monuments. Alors, nous, on est à Paris. Là, la tour Eiffel, c'est un truc de fou.
- Speaker #0
Un caprice.
- Speaker #1
Que personne n'aimait, que tout le monde trouvait super vilain et qui a dû être... qui devait être détruite.
- Speaker #0
Et qui est le symbole de la ville.
- Speaker #1
Donc pour moi, c'est un truc important, c'est les paris des mégalos, les folies des mégalos, ben t'entends, c'est ce qui reste.
- Speaker #0
Alors moi, j'avais pas compris ça dans ce proverbe, personne t'enlèvera ce que tu as dansé.
- Speaker #1
Ah mais c'est pas moi qui l'ai dit.
- Speaker #0
Non, non, bien sûr. C'est Eric.
- Speaker #1
C'est que moi, je brode. Tu sais, quand on a de la mode, on brode.
- Speaker #0
Je disais par exemple, les défilés de Karl Lagerfeld, la folie des années 80, 90, tout ça a existé et personne ne pourra vous l'enlever. Voilà. C'est ça. C'est une version un peu plus arrogante.
- Speaker #1
Grâce à Instagram. Moi, je n'ai gardé aucun film, aucune photo, ni rien du tout. Karl aussi ne voulait jamais être retourné sur le passé. Oui, c'est vrai. Il a raison qu'on lui parle du passé. Et alors maintenant, évidemment, je découvre tout un tas de photos qui amusent les jeunes gens à se dire « Ah, les années 80, ça devait être tellement bien ! »
- Speaker #0
Oui, et c'est un peu ce que je voulais dire. Enfin, je voulais dire, j'ai l'impression que c'était nos années folles et que personne ne pourra plus revivre ce que nous avons vécu. Jamais, jamais, c'est foutu, jamais ils vivront ça !
- Speaker #1
Mais ça, c'est...
- Speaker #0
C'est arrogant et c'est désagréable. Non,
- Speaker #1
c'est vieux con !
- Speaker #0
Oui, ah oui, oui, complètement.
- Speaker #1
Parce qu'en ce moment, à Brooklyn, je ne sais pas où... À Séoul, il y a des gens qui s'amusent follement, il y a des gens qui sont créatifs, il y a des groupes de gens, des jeunes garçons et filles qui font des films, qui font des journaux, qui font tout un tas de choses. Ils sont copains entre eux, et en plus de plein de nationalités différentes, parce qu'ils restent en contact, ils voyagent, ils bougent plus. Non, justement, je trouve que c'est important... Donc,
- Speaker #0
vous ne pensez pas que le numérique a tué une certaine humanité qui existait avant l'invention d'Internet ?
- Speaker #1
Au contraire, ils sont, ils se retrouvent.
- Speaker #0
C'est bien, vous êtes beaucoup plus optimiste que moi.
- Speaker #1
Mais non, mais... Il faut que je vous présente Alain Finkielkraut. Vous allez l'entendre.
- Speaker #0
Il est venu ici à votre place.
- Speaker #1
Je sais bien.
- Speaker #0
Mais c'est vrai qu'il est assez comme moi. Il est assez conservateur, disons. Mais non,
- Speaker #1
mais se dire c'était mieux avant, ce n'est pas vrai. Ce n'est pas vrai. De toute façon, il faut essayer de vivre dans le présent, déjà. Parce que vous voyez, elle est ce soir chez Castel jusqu'à 5h du matin. Non, non. Ben non, on n'en a pas envie.
- Speaker #0
On est fatigué, oui.
- Speaker #1
Non, c'est même pas ça. Moi, je suis en pleine forme, mais j'ai pas envie.
- Speaker #0
Il est marrant qu'on a l'impression que tout a été assez facile pour vous. Vous venez d'une grande famille et tout ça. Vous n'avez pas fait exprès. Voilà, vous êtes nés là. Mais que être... Top Model, ce n'était pas pénible. On a l'impression que vous l'avez pris avec le sourire. Ensuite, la reconversion de l'après-mannequinat, c'est un truc qui doit angoisser beaucoup de mannequins. Vous, assez vite, vous avez fait d'autres choses. Vous avez créé votre ligne de vêtements. Vous êtes comme un ancien sportif, en fait, qui a réussi sa reconversion.
- Speaker #1
Moi et David Douillet, moi-même combat.
- Speaker #0
Voilà.
- Speaker #1
Mais en fait, est-ce que je peux venir toutes les semaines ici dans votre petit cabinet ? Oui, il fait un peu chaud, mais oui. Parce que je n'ai pas de psy et tout, mais si je vous vois une fois par semaine, moi je me ressors. Oui, je suis gentil.
- Speaker #0
Non, mais ça intéresse, je pense, les gens parce que c'est des carrières qui sont brèves. Non,
- Speaker #1
mais c'est vrai que j'ai eu de la chance.
- Speaker #0
Et les carrières brèves, on se demande qu'est-ce qu'on va faire après. Et il y en a beaucoup qui n'ont pas réussi à avoir un après.
- Speaker #1
Oui, c'est vrai. Il n'y a plus d'après à Saint-Germain-des-Prés.
- Speaker #0
Et même ailleurs.
- Speaker #1
Mais en fait
- Speaker #0
Carla Bruni s'est mise à chanter
- Speaker #1
Avec quel talent
- Speaker #0
Mais autrement parmi les grandes Top modèles des années 80
- Speaker #1
Mais Ça n'a pas été simple pour tout le monde En tout cas ce qui est important c'est réaliser ses chances Réaliser son bonheur
- Speaker #0
Au sens anglais Se rendre compte De la chance qu'on a Et alors
- Speaker #1
Alors... Et puis bon, tout n'a pas été facile, je ne sais pas, il m'a devenu mannequin succès du jour au lendemain, il y a eu beaucoup beaucoup de refus, et puis...
- Speaker #0
C'est un métier très dur, très humiliant, très...
- Speaker #1
Non.
- Speaker #0
Ce que vous avez dit au début, genre... Non, non,
- Speaker #1
je n'ai pas très créatif.
- Speaker #0
Oui.
- Speaker #1
Parce que tout le monde autour de soi est beaucoup plus créatif, le photographe, le coiffeur, le maquilleur, le styliste, le couturier. Et le mannequin, il suffit qu'il y ait une mauvaise lumière et la photo est moche, donc on peut se décarcasser dans tous les sens.
- Speaker #0
Quand même, alors j'ai une fois, comme directeur d'un magazine, fait une série de photos avec Kate Moss, et j'ai vu ce que c'était comme métier, c'est-à-dire qu'elle sait... bouger. Et donc ça, c'est des choses qu'on apprend aussi exactement,
- Speaker #1
à savoir la photogénie. Finalement, le premier jour où on est mannequin, on peut être dans un studio de photos avec un photographe. Et le dernier jour, s'il y a un dernier jour, ça peut être le même studio avec le photographe. le même photographe, pas beaucoup de choses ont changé. Il n'y a pas vraiment une espèce d'apprentissage.
- Speaker #0
Non, de faire des... Parce que vous aviez cette impertinence.
- Speaker #1
Je ne veux pas cracher dans la soupe. Moi, j'étais extrêmement, extrêmement timide, par exemple. Et je pouvais balancer une phrase comme ça, mais me taire beaucoup. Et je n'étais pas vraiment bien dans ma peau. Et alors... Quand on est mannequin, à chaque jour, on travaille avec des équipes différentes, des gens différents. Donc, il faut s'adapter et puis vous juger immédiatement. Parce que quand on vient dans un bureau, on peut mettre trois mois, six mois à se faire connaître et se faire aimer. Alors que là, il faut se faire finalement aimer tout de suite. Et donc, ce contact social très rapide et puis le fait de travailler avec plein de pays étrangers ou dans des pays étrangers ou avec des gens étrangers, tout ça m'a apporté beaucoup. Et puis, c'est surtout que j'ai appris mon métier de styliste avec. Meilleur des profs, Lagerfeld. Meilleur école, Chanel. Des profs cours particuliers, en plus. Et alors, vraiment, je ne crache pas d'un soupe. Mais en même temps, quand il y a beaucoup de mamans un peu frustrées, qui pensent que jeunes, elles étaient jolies, qu'elles auraient pu être mannequins, et donc veulent pousser leur enfant, qui a 14 ans, à être mannequin. Vous vous déconseillez ? Althola.
- Speaker #0
Oui ? Vous croyez que c'est un milieu... D'ailleurs, à l'époque, c'était un milieu dangereux. Il y a eu les affaires récentes qui montrent quand même qu'il y avait beaucoup de dangers de violences sexuelles à l'époque.
- Speaker #1
Oui, en fait...
- Speaker #0
Vous avez échappé à tout ça toujours en souriant et en faisant des blagues.
- Speaker #1
Oui, c'est une longue histoire. Moi, déjà, j'étais en France, dans mon pays, avec ma famille, mes amis, c'était autre chose. Il y avait des amis qui n'étaient pas forcément dans la mode. Mais ensuite... C'est toujours beaucoup plus rigolo de parler des cas extrêmes dans la mode, de mannequins qui ont été drogués, abusés, maltraités ou quoi, qu'à la poste ou à la banque.
- Speaker #0
Ça arrive aussi, ça existe aussi.
- Speaker #1
Des violences, là on ne peut pas vraiment rigoler avec ça, parce que c'est vraiment un sujet très très actuel, et on voit à quel point c'est répandu. Et alors évidemment... C'est plus drôle quand on imagine la circonstance de la mode, mais c'est partout, hélas.
- Speaker #0
Donc je disais, ce n'est pas votre premier livre. Il y avait eu cet immense succès avec La Parisienne, traduite dans 20 langues. Oui,
- Speaker #1
je crois qu'on a vendu plus d'un million d'exemplaires, un truc dingue. Oui,
- Speaker #0
c'est dingue. Et c'était en fait un guide pratique, avec des adresses, avec des conseils.
- Speaker #1
Parce qu'on me parlait souvent, surtout à l'étranger, de La Parisienne, de l'aura de La Parisienne. Moi, je disais, mais non, mais... Toutes les femmes du monde entier sont merveilleuses. Regardez les femmes indiennes en sari de coton dans le Rajasthan, la beauté. Mais quand même, ça revenait. Avec mon amie Sophie Gachet, on s'est dit qu'on allait essayer de s'atteler, de voir ce qui fait qu'une femme est une Parisienne. Notre première conclusion, c'est que la Parisienne n'était pas née à Paris. Elle pouvait être anglaise ou allemande. C'était un style et un état d'esprit. Et puis alors on a mis quelques conseils, quelques adresses et triomphe total de chez Absolue quoi ! En Pologne, je sais pas, dans des pays incroyables !
- Speaker #0
Oui mais c'est parce que depuis le début vous symbolisiez un peu justement ce style de femme qui a l'air de s'en foutre de tout. Je me souviens des défilés, non mais dans les défilés on dit aux filles de ne pas sourire. Et vous, vous étiez la seule qui désobéissait, qui souriait, qui avait l'air de... Ça,
- Speaker #1
c'est très français d'en faire qu'à sa tête.
- Speaker #0
Alors, vous avez quand même, dans le livre, vous dites qu'il faut résister. Par exemple, vous dites, nous sommes de vieux jeunes. Et vous continuez de porter des baskets. Alors ça, c'est très désobéissant par rapport à la... l'image Chanel classique et tout. Ah bon, non,
- Speaker #1
moi j'étais la première à mettre un jean et un t-shirt avec des vestes coutures Chanel. Et après, il y avait des dames qui voyaient des photos et qui arrivaient, qui voulaient acheter le t-shirt que j'avais acheté à New York pour 2 dollars. Et chez Chanel...
- Speaker #0
Non mais vous dites, l'avantage d'être vieux, c'est qu'on peut mettre une vieille doudoune...
- Speaker #1
Alors ce qui est pathétique, c'est quand on veut absolument faire jeune.
- Speaker #0
Oui.
- Speaker #1
Il y a des dames qui ont plein de grands cheveux très ondulés, des mini-jupes, des cuissardes, je ne sais pas quoi. Vous voulez dire des dames octogénaires ? Oui, elles peuvent faire illusion. Et puis quand elles se retournent... Alors, non, c'est terrible de vouloir... Mais en même temps, c'est vrai qu'on se soucie moins de ses vêtements.
- Speaker #0
Oui.
- Speaker #1
Et moi qui ai passé effectivement ma vie dans la mode, j'ai mis un temps fou à m'apercevoir que les gens... Ils regardent comment vous parlez, ce que vous dites, l'impression générale, ce que vous émanez. Et puis, ils ne regardent pas en détail vos souliers.
- Speaker #0
Je suis rassurée,
- Speaker #1
vous êtes impeccable. Non, non, je suis overdressed. Mais vous pouvez enlever la veste, elle fait chaud sous le lait.
- Speaker #0
Merci. Quand j'ai l'autorisation d'Inès de Lafraissange, je peux tout me permettre.
- Speaker #1
Et puis, en tout cas, il n'y a que les gens de la mode qui vont remarquer tout d'un coup que vous avez une nouvelle... une paire de souliers ou des nouveaux pantalons. Mais c'est vrai que, oui, c'est vrai que maintenant, les vieux sont en jean et puis en basket, alors qu'avant, une vieille dame avait un chignon avec des cheveux blancs, un petit collier de perles, des gants blancs. D'ailleurs, un jour, il y a très longtemps, pour ma marque, j'avais voulu faire un défilé et je voulais montrer toutes les générations. Et donc, il fallait une arrière-grand-mère avec des cheveux blancs. Tchuuut ! Et alors, ça a été très difficile à trouver.
- Speaker #0
Très difficile à trouver, oui. Il n'y avait plus.
- Speaker #1
Et finalement, mon assistante a bondi dans un parc sur une dame très chic, qui était effectivement un grand-mère et qui avait des cheveux blancs, et qui a défilé pour moi. Et alors, j'essaie d'être brève quand même, mais j'avais préparé un look. Alors, elle avait un loden kaki. une chemise en soie blanche et une jupe en flanelle grise avec des petits talons et quand elle est arrivée elle m'a dit mais qu'est-ce que c'est ça fait un peu vieille ça vous voulez pas me mettre plutôt une jupe noire des bas noirs, un pull noir Elle avait bien raison, elle était beaucoup mieux. Mais moi, je m'étais dit, à l'époque, j'étais jeune, je vais lui faire un look de vieille. Un look 16e.
- Speaker #0
Elle n'en voulait pas. C'est marrant, Éric Deluca, lui, il considère que la plus grande élégance, c'est celle des pêcheurs d'Ischia, c'est ça ?
- Speaker #1
Oui.
- Speaker #0
Qui est une île près de Naples. Et eux, alors, ils sont habillés comment ?
- Speaker #1
Alors là, je suis tout à fait d'accord avec lui, parce que ce sont des pantalons de toile qui, à l'origine, étaient bleu marine. Avec des chemises blanches, et avec le temps, à force de laver, ses pantalons deviennent un peu délavés. C'est comme un jean,
- Speaker #0
un peu.
- Speaker #1
Oui, c'est le jean napolitain. C'est de la toile.
- Speaker #0
Et ça, c'est pour lui le sommet de l'élégance.
- Speaker #1
Il y avait la tranche napolitaine et maintenant il y a le jean napolitain.
- Speaker #0
Mais c'est aussi que les pêcheurs de là-bas ont le teint buriné et peut-être là aussi le charme. Oui,
- Speaker #1
lui-même, il rit et est très beau.
- Speaker #0
Eh oui.
- Speaker #1
Vous auriez dû l'inviter.
- Speaker #0
Mais oui, avec plaisir. Mais je suis tellement content de vous voir. C'est parti. Alors, n'ayez pas peur de perdre la mémoire parce que De Luca, il dit qu'il oublie tout. Et puis que tout d'un coup, il a un souvenir qui revient. Et que du coup, il se délecte de ce souvenir, un peu comme Marcel Proust, quoi. Mais...
- Speaker #1
Alors la mémoire, effectivement, ça disparaît. On s'aperçoit tout de même que les choses qui vous amusent, on les retient plus. Et puis, il faut lire.
- Speaker #0
En fait, quand on entraîne un tout petit peu son cerveau...
- Speaker #1
Je le dis toutes les semaines.
- Speaker #0
Vous le dites toutes les semaines ?
- Speaker #1
Je dis lisez des livres, sinon vous allez mourir idiot.
- Speaker #0
Non, parce que de temps en temps, les gens sont déjà un peu idiots, mais alors, autant que ce soit un idiot avec de la mémoire.
- Speaker #1
Oui, et puis ça fait travailler, c'est vrai, ça fait travailler le cerveau.
- Speaker #0
Ben oui, c'est ça, il faut s'entraîner un petit peu. Alors, il y a des gens qui apprennent des poèmes, ça j'en suis bien incapable. Mais d'être curieux, de s'intéresser, d'aller voir des films... Moi j'ai des femmes comme ça, qui sont des exemples, comme Daniel Thompson, je ne sais pas si vous la connaissez. Elle voit tous les films, toutes les pièces de théâtre, les jurys, il y a plein de trucs, elle rencontre plein de gens. Et je lui dis chapeau ! Oui c'est bien,
- Speaker #1
et garder sa curiosité, et garder son émerveillement aussi.
- Speaker #0
Si on ne se souvient pas de certains noms, de certains trucs, ce n'est pas grave.
- Speaker #1
Ce n'est pas très grave. Autre différence entre Deslucas et vous, il se dit non-croyant. Bien que lecteur en hébreu de l'Ecclésiaste,
- Speaker #0
il a traduit la Bible,
- Speaker #1
enfin je ne sais pas ce qu'il a fait, donc il est quand même très très... Il s'intéresse énormément, et vous, vous dites que vous avez la foi, vous croyez en une vie après la mort, alors ça date depuis toujours ou c'est...
- Speaker #0
Longtemps, mais je suis entourée d'intellectuels, c'est marrant comme les intellectuels ne croient pas en Dieu. Enfin, peut-être Pascal, mais je ne l'ai pas connu. Mais c'est drôle comme on paraît finalement légère et frivole, comme si on était presque naïve.
- Speaker #1
Oui, quand on dit qu'on a la foi.
- Speaker #0
Quand on croit en Dieu, moi, je suis la risée de la famille. Et alors...
- Speaker #1
Mais c'est vrai qu'il y a beaucoup de gens très, beaucoup plus intelligents que nous deux réunis qui croyaient en Dieu. Ce n'était pas des cons les gens qui croyaient en Dieu. Oui, mais là c'est démodé.
- Speaker #0
Et alors moi il y a un truc que j'adore, je vous conseille vivement. Vous allez sur YouTube et vous mettez EMI, expérience de mort imminente.
- Speaker #1
Ah, EMI.
- Speaker #0
EMI. Et alors là c'est addictif parce qu'il y a tout. Oui, c'est des gens qui voient. Des gens qui sont morts physiquement et le cœur s'est arrêté et qui sont revenus à la vie mais qui ont eu cette expérience et qui la racontent et tout est similaire. Tous leurs récits sont similaires, ça ne peut pas être associé à des hallucinations. Enfin, on ne va pas commencer à parler de ça. Non,
- Speaker #1
c'est pour vous la preuve qu'il existe un autre là. Oui, quand on a la foi,
- Speaker #0
normalement, on ne doit pas demander une preuve. Mais en même temps, avant, on ne pouvait pas réanimer les gens comme ça. La médecine n'était pas capable de réanimer. Et maintenant, dans tous les hôpitaux, les endroits de soins palliatifs ou quoi, ils ont ces histoires-là. Et c'est inouï comme on ne s'y intéresse pas. En revanche, il y a des universités aux Etats-Unis où il y a vraiment des chercheurs qui s'intéressent.
- Speaker #1
En général, les gens voient un couloir, une lumière blanche au bout et des gens qu'ils aiment au bout. Ah oui, finalement, ça donne envie d'y croire.
- Speaker #0
Alors, ce n'est pas le genre de bouquin que vous lisez, mais je l'ai adoré. Ça s'appelle « La mort n'existe pas » de Stéphane Alix. Ça a été un énorme best-seller. Mais lui, il est allé interviewer plein de... de scientifiques, de médecins et tout ça, c'est très bien fait, c'est un journaliste.
- Speaker #1
Non mais c'est parce que les athées répondent que c'est peut-être parce qu'on est en train de s'endormir et donc on a des visions.
- Speaker #0
Oui mais quand c'est un neurologue qui connaît le cerveau, eh bien... à qui c'est arrivé, et quand après il arrive à voir ses analyses, il voit bien que son cerveau n'était pas en état de fonctionner normalement. Non, non, c'est un sujet très vaste.
- Speaker #1
Non, ça m'intéresse. L'autre chose qui fait rêver là-dedans, c'est quand on a des malades presque en train de mourir. qui racontent qu'ils s'élèvent au-dessus de leur corps et qu'ils voient la pièce et décrivent les gens. Et après, ils se réveillent. Quand c'est un aveugle de naissance, par exemple,
- Speaker #0
c'est marrant.
- Speaker #1
Voilà, oui, oui.
- Speaker #0
Ouais, ouais. Non, c'est super passionnant.
- Speaker #1
Donc, Éric Deluca parle de son étonnement dans le grand âge. Et pourtant, je me demandais, le réflexe naturel, ce n'est pas plutôt d'être blasé en vieillissant ? Non pas étonné, mais blasé. C'est-à-dire, oh, ouais, bon, encore une journée. Je ne sais pas. J'ai parfois ce sentiment que l'expérience me rend moins étonné et pas plus étonné. Ouais,
- Speaker #0
ben il faut faire d'autres trucs. Moi je me suis mis à la poterie, je vous le présente.
- Speaker #1
Alors je donne EMI et poterie. Oui,
- Speaker #0
mais parce que de s'appliquer, par exemple, moi j'ai toujours fait les choses très très vite, pris des décisions très vite. Je ne me suis jamais appliquée à faire... Et tout ce que j'ai fait, c'était pour le montrer. Quand je dessine des vêtements, c'est pour les montrer et les vendre. Et là, de faire quelque chose juste pour le bonheur de le faire.
- Speaker #1
Je suis sûr qu'un jour, il y aura un magasin de poterie d'Inès de la Fressange, Paris.
- Speaker #0
On n'a pas besoin de tout exploiter non plus. Et alors, on peut être surpris par des choses différentes. Moi, j'ai découvert le bien-être. J'arrivais chez moi avant, je gardais mes chaussures, je gardais la façon avec laquelle j'étais habillée. L'absurde révélateur. Habillée toute la journée. Et alors, mais là, d'enlever ses vêtements, d'enlever ses chaussures, de m'installer confortablement. Ce n'est pas prendre soin de moi, mais faire attention au confort et au bien-être. Ça, c'est un truc complètement nouveau.
- Speaker #1
Les jeunes diraient kiffer, quoi. Kiffer la life, quoi.
- Speaker #0
Kiffer la life. Oui,
- Speaker #1
bien sûr. Le jeu de vintécitation dans chacune de mes émissions. Je fais ce jeu. Alors là, comme vous avez co-écrit le livre... livre avec un grand écrivain, je vais vous dire des phrases tirées du livre et vous devez me dire si c'est de Eri ou de vous.
- Speaker #0
Ah d'accord.
- Speaker #1
Difficile. Le soir, je dois obtenir mon acquittement pour ne pas avoir commis le délit d'avoir gaspillé ma journée.
- Speaker #0
C'est tellement compliqué comme phrase que je suis incapable de dire un truc comme ça, c'est Eric.
- Speaker #1
C'est Eric, chapitre 5 de l'âge expérimental.
- Speaker #0
Moi j'ai pas de culpabilité de ce genre.
- Speaker #1
Non, c'est pas votre théorie aussi, qu'à la fin de la journée on fait genre le bilan de la journée, j'espère que cette journée j'ai fait des choses qui en valaient la peine. Parce que c'est ça qu'il dit, le délit d'avoir gaspillé ma journée.
- Speaker #0
Non, bah... Il y a une phrase de Sagan que je devrais apprendre par cœur sur la perte de temps. Et finalement, on ne le perd pas, le temps. Et moi, je crois en la sérénité, justement. Il faut s'échapper de son travail, aller marcher dans la rue. Puis tout d'un coup, il y a des idées qui arrivent, des gens qu'on rencontre, des choses qu'on n'a pas prévues. Il faut avoir mon avis de la reconnaissance, en disant bon ben ça, ça s'est bien passé, là ce soir je me dirais bon voilà j'avais un peu d'appréhension de cette émission avec Bec Bédé, finalement il a été sympa, c'était joyeux...
- Speaker #1
Ça n'est pas terminé ! Attention !
- Speaker #0
Oui, c'est vrai.
- Speaker #1
La partie méchante arrive.
- Speaker #0
Non, j'essaierai d'avoir de la gratitude.
- Speaker #1
Autre phrase. Est-ce que c'est de vous ou d'Éric Deluca ? À notre dernière heure, seule, dans une maison isolée, dans un hôpital pour vieillards séniles, sous les roues d'un bus, la seule question que nous nous poserons sera « Comment ai-je aimé ? »
- Speaker #0
Eh bien, ça c'est moi, mais vous devriez faire du cinéma ou du théâtre. Je l'ai bien lu.
- Speaker #1
Ah ouais ? Oui, mais elle est très belle cette phrase.
- Speaker #0
C'est une portée dramatique, là.
- Speaker #1
Oui. Au rage,
- Speaker #0
au désespoir, aux vieillesses ennemies.
- Speaker #1
C'est peut-être que c'est une nouvelle carrière. Je suis porté par un grand auteur.
- Speaker #0
Vous avez déjà joué dans un film ?
- Speaker #1
Malheureusement, oui.
- Speaker #0
99 francs ?
- Speaker #1
Très brièvement. Et puis souvent coupé au montage dans les films. Je vous repose la question. Comment avez-vous aimé ?
- Speaker #0
Eh bien, bien ! Quand je vois le résultat de mes filles, par exemple, je me dis « Ah ben, elles ont été bien embrassées, celles-là petites, pour faire des plantes si belles, gentilles, généreuses ! »
- Speaker #1
C'est vrai.
- Speaker #0
Donc je me dis... J'ai bien aimé. Et puis, mon amoureux, il a l'air assez heureux. Il vient d'avoir le prix Céleste Albarret.
- Speaker #1
Formidable.
- Speaker #0
C'est chic.
- Speaker #1
Pour le dictionnaire des Juifs de France. Formidable. Très bien. Il est venu... Vous avez vu comme je case. Mais toute la famille. Après,
- Speaker #0
je vais vous parler de mon guide sur la Provence.
- Speaker #1
Non, mais on va parler surtout de Violette Dourceau après. Ah oui ? Mais... Quand même une limite. Dans votre phrase, vous dites à la dernière heure, sous les roues d'un bus, je me poserai cette question, comment ai-je aimé ? Non. Quand on est sous les roues d'un bus, on se dit, merde, je suis en train de me faire écraser par le 83.
- Speaker #0
Oui, mais je trouve que justement, ce qui est important, c'est au moment de mourir, de ne pas avoir de regrets, de se dire... De ne pas avoir regretté, d'avoir renoué avec quelqu'un, de s'être excusé pour quelque chose, d'avoir fait tout ce qu'on avait envie de faire. C'est cette idée-là de regret. Mais sous les roues d'abus, à mon vie, on dit aïe.
- Speaker #1
On dit aïe, aïe.
- Speaker #0
Ou je fais un procès à l'air. Oh merde,
- Speaker #1
on dit des gros mots. Autre phrase. Est-ce que c'est Éry ou Inès ? Je ne suis pas capable de me contenter d'une seule mort.
- Speaker #0
Non mais ça c'est Eric.
- Speaker #1
En fait dès qu'on ne comprend pas c'est Eric et Lucas.
- Speaker #0
Non mais dès que c'est intelligent et brillant c'est lui.
- Speaker #1
Non mais en fait alors donc il parle à ses morts, il les rend visibles.
- Speaker #0
Si vous voulez enlever votre cravate là, vite. C'est là. Il fait 72 degrés ici, il y a un réchauffement climatique dense.
- Speaker #1
Avec votre permission, Inès. J'ai peur qu'après, elle me demande d'enlever tout le reste. Vous savez, ça va devenir bizarre. On est sur le Figaro Télé, on ne peut pas faire n'importe quoi non plus. Non.
- Speaker #0
Monsieur, le Figaro, c'est cool, maintenant. Voilà. Quand on était jeunes, le Figaro, c'était beaucoup plus coincé.
- Speaker #1
C'était beaucoup plus coincé. Oui, oui. Robert Ersand, tout ça. Louis Powell.
- Speaker #0
On l'accusait de cumuler. Trop de support médiatique, parce qu'il y avait et l'aurore et le figaro. Ça faisait beaucoup.
- Speaker #1
Oui, qu'est-ce qu'on dirait aujourd'hui de certains de ses collègues hommes d'affaires. Alors, Eric Deluca parle à ses morts. Et vous ? Est-ce que par exemple, vous avez des nouvelles ? Oui,
- Speaker #0
c'est ça qui est marrant, c'est que lui, il dit qu'il ne croit pas en Dieu, et quand je lui parle de l'au-delà, il ne veut pas en entendre parler. Et qui est-ce qui est en train de parler à son papa et à sa maman, disparue depuis longtemps, c'est lui. Mais moi, je parle très peu à mon père, même pas du tout.
- Speaker #1
Non ?
- Speaker #0
Non, pas du tout.
- Speaker #1
Et mon copain Luigi, vous lui parlez un petit peu ou pas du tout ?
- Speaker #0
Non plus.
- Speaker #1
Je dis ça parce qu'il y a un récit de votre fille, Violette Dourceau, qui s'intitulait « Même le bruit de la nuit a changé » , paru en 2024.
- Speaker #0
Mais qui est en livre de poche.
- Speaker #1
Et qui est sorti en encore la promo familiale. Ça doit être à la fois très... On est extrêmement fiers quand son enfant publie un livre qui est très réussi, très émouvant et tout, sur son père. Et en même temps, vous n'appréhendiez pas... Le côté règlement de compte possible, enfin je ne sais pas, comment vous avez pris ça ?
- Speaker #0
Est-ce que vous l'avez lu avant parution ? Je suis fière de son talent et surtout heureuse qu'elle ait trouvé si vite sa passion. En fait, ce qui est important, on est fiers de ces enfants quand ils ont 5 ans, ils reviennent avec un truc en pâte à modeler séchée de l'école.
- Speaker #1
Ou on fait semblant d'être content.
- Speaker #0
On est fiers d'eux très vite. On note leurs premiers mots. Oui, oui. Et donc après, la préoccupation, c'est qu'ils soient heureux, surtout. Et alors, c'est un roman. Et alors évidemment très inspiré de sa propre vie, mais c'est tout de même un roman, donc tout n'est pas vrai non plus. Et puis alors il y a des choses qui sont intéressantes et qui relèvent de la psychanalyse finalement, c'est que les souvenirs des uns ne sont pas identiques aux souvenirs des autres dans une fratrie ou dans une famille. Le ressenti n'est pas le même. Par exemple, elle a écrit dans son livre que c'était sa sœur qui lui annonçait la mort de son père. en aucun cas j'aurais fait une chose comme ça c'est le béaba du truc qu'il ne faut pas faire de se déresponsabiliser pour une chose si importante alors ça ça m'a un tout petit peu agacée mais en même temps je l'ai lu comme le livre d'un auteur et à partir du moment où on est écrivain on est impudique et on se donne complètement et on peut être violent et je crois qu'on a Beaucoup de droits.
- Speaker #1
Oui, bien sûr, bien sûr. Mais enfin, j'étais très très très fier. Moi qui ai beaucoup écrit sur mon père, ma famille et tout, c'est toujours un peu compliqué, mais... C'est vrai que c'est intelligent de raisonner comme vous le faites. C'est-à-dire de dire... C'est sa version. C'est sa version à elle. Non,
- Speaker #0
mais si elle était peintre, je ne serais pas venue en disant à ta place, je n'aurais pas mis du bleu et du jaune.
- Speaker #1
Mais quand même, elle allait assez loin. Par exemple, il y avait cette phrase « Je me sentais coupable de le haïr alors qu'il n'était plus là » . Elle parle de son père. Oui,
- Speaker #0
c'est fort.
- Speaker #1
Oui, c'est fort. Autre phrase. Est-ce que c'est Éric qui a écrit ça ou vous ? Vous avez été tout bon depuis le début. L'élégance... Ah bah oui, mais j'en ai déjà parlé. L'élégance est la chemise blanche et le pantalon en toile bleue des pêcheurs de l'île d'Iskia à la messe du dimanche.
- Speaker #0
Alors moi j'aurais pas rajouté à la messe du dimanche.
- Speaker #1
Il est beaucoup plus croyant que vous en fait.
- Speaker #0
Mais c'est amusant, il était sûr qu'on serait pas d'accord sur le vêtement et tout, alors que non, c'est ça qui est drôle, c'est que... on met une vie à aimer la simplicité. Saint-Laurent l'a prouvé, Chanel, un tas de gens. Et puis, ce qui est admirable et difficile, c'est la simplicité.
- Speaker #1
Mais, il y a quand même une phrase... Les pantalons de jogging sont un signe de défaite. Qui a dit ça ?
- Speaker #0
Karl Lagerfeld.
- Speaker #1
Mais oui !
- Speaker #0
Mais en même temps, je crois qu'on ne peut jamais dire jamais dans la mode, parce que ça dépend, ça dépend comment il est le pantalon de jogging, ça dépend comment il est coupé, qui le porte et avec quoi.
- Speaker #1
Écoutez, si Denis Oliven ou Violette Dourceau arrivent en pantalon de jogging, Adidas, vous ne faites pas de remarques.
- Speaker #0
Denis ne le ferait jamais. Je crois qu'il ne met jamais un t-shirt. C'est les normaliens, c'est des gens très bizarres. Vous êtes sérieux ?
- Speaker #1
Il y a la veste, la cravate, tout le temps ?
- Speaker #0
Non. Non,
- Speaker #1
quand même pas.
- Speaker #0
Les jeans, hein.
- Speaker #1
Une autre phrase de Karl, juste pour le plaisir, parce que c'était notre ami. Voyez la vie en rose, mais n'en portez pas. Il disait ça.
- Speaker #0
Je ne suis pas du tout d'accord non plus.
- Speaker #1
Non ?
- Speaker #0
Ben non, et Diana Vreeland, il y a ce film... la patronne de Vogue aux Etats-Unis think pink plein de choses seraient beaucoup plus gays en rose, moi j'avais le projet à une époque de faire peindre la tour Eiffel en rose et puis maintenant en plus c'est un symbole pour défendre la communauté LGBT,
- Speaker #1
enfin voyager non non moi je vois la vie en rose et j'aime beaucoup le rose je suis contre parce que quand même dans le livre à un moment vous dites du mal des tenues de rappeur c'est-à-dire le côté casquette, survêtement, tenue de sport. J'ai l'impression que vous trouvez que les indiennes en sari sont plus élégantes que les rappeurs, en gros, quand même.
- Speaker #0
Oui, mais non, je ne veux pas avoir l'air comme ça d'une espèce de snob in art de l'apparence. C'est un petit peu dommage que tout le monde mette les vêtements de sport. Parce que, soi-disant, c'est plus pratique, ça se lave plus facilement. Et parce que les icônes aujourd'hui sont des footballeurs. Les footballeurs font des efforts parce que quand ils arrivent à Mortefontaine, ils ont des... Oui, oui. Mais un petit garçon avec une vraie chemise en coton, c'est trop mignon. Et alors, cette idée de ça ne se repasse pas et c'est confortable, de temps en temps, c'est un petit peu dommage. Et puis, on a tous dans notre famille eu un grand-père, une grand-mère, un oncle, une tante. qu'on admirait pour son apparence. Et il peut rester dans les familles une paire de bottes, un chapeau, quelque chose qui symbolise cette personne et qu'on admirait finalement. Et alors là, à mon avis, la énième paire de baskets, je ne sais pas quoi, elle ne restera pas forcément. Non,
- Speaker #1
non.
- Speaker #0
Et puis... Ouais, non, c'est un tout petit peu dommage aussi. Il y a cette coupe de cheveux pour les garçons, où c'est tout rasé là sur le côté, et il y a une touffe sur le dessus. Et les gens pensent que la mode, c'est quelque chose qui évolue très vite. Mais pas du tout, cette mode existe depuis très longtemps. Et alors, par exemple, les pantalons slim pour garçons, avec des vestes un peu courtes. Et finalement, on ressemble à un chauffeur Uber, quoi. Parce qu'on a cette espèce de veste qui va à personne, qui monte les fesses, et tout d'un coup, la... touffe. C'est très moche.
- Speaker #1
Je vois que quand même, ça me fait plaisir, vous avez quand même des interdits, heureusement. Non mais oui, je suis pour l'exigence, moi. Je suis pour le dandisme, l'exigence.
- Speaker #0
Non mais il y a des modes qui restent très très longtemps et qui ne sont pas flatteuses.
- Speaker #1
On passe au questionnaire. Alors, je vous avais envoyé quelques questions. Comme vous étiez intimidée, vous avez préparé, vous avez travaillé. C'est très bien. Alors, le questionnaire de Bec Bédé. Pourquoi un jeune devrait-il lire votre livre au lieu de scroller sur TikTok ?
- Speaker #0
Eh bien, s'il lit mon livre, il économisera la batterie de son téléphone.
- Speaker #1
Voilà, un argument. Que savez-vous faire que ne sait pas faire ChatGPT ?
- Speaker #0
Alors, des bêtises, déjà.
- Speaker #1
Ils se trompent parfois quand même. Ils se trompent. Les IA se trompent.
- Speaker #0
Ah oui ?
- Speaker #1
Ils font des erreurs, pas des bêtises.
- Speaker #0
Ils ne sont pas faits pour. Alors, inventer des expressions, inventer des mots. La bégbédéisation, par exemple.
- Speaker #1
Mais on est pour.
- Speaker #0
Et voilà.
- Speaker #1
On est pour, bien sûr.
- Speaker #0
Mais bégbédé, ils sont tous.
- Speaker #1
Voilà.
- Speaker #0
Et alors, là, ils ne savent pas faire ça.
- Speaker #1
Non, parce qu'ils respectent trop. Ils respectent trop ce qu'on aura inculqué.
- Speaker #0
Mais voilà.
- Speaker #1
Oui, en fait, voilà, les ordinateurs sont trop respectueux et les humains irrespectueux, c'est ça qui est bien.
- Speaker #0
Il n'y a pas vraiment de surprise, il n'y a pas d'accident. Il y a cette photo de Man Ray que j'aime beaucoup, de la princesse Cassati ou je ne sais pas quoi, et qui avait demandé un portrait. portrait, puis il a tout raté parce que le temps de pose était trop rapide, je ne sais pas quoi, et ses yeux bougent comme ça. Et alors, il l'a appelé, il lui a dit je suis désolé, mais j'ai tout foiré, on refera la séance. Elle a dit si, je veux voir les photos. Et elle a vu cette photo, on voit ses yeux qui bougent, vous pouvez regarder sur Google, Kazati, Man Ray et tout, et c'est une photo sensationnelle. Mais c'est un accident. Alors, l'intelligence artificielle, tous les accidents qu'ils peuvent créer nous font peur, mais ce ne sont pas des accidents C'est vraiment rigolo quoi.
- Speaker #1
Vous n'avez jamais eu peur en l'écrivant que votre livre ne serve à rien ?
- Speaker #0
Eh bien, je crois qu'il y a que les casseroles qui veulent être utiles. Ce n'est pas une préoccupation. D'artiste,
- Speaker #1
non. Pensez-vous qu'un écrivain doit être gentil ?
- Speaker #0
Ah bien non, parce que justement un écrivain c'est fait pour déranger, c'est fait via une licence artistique comme ça, et je pense que personne n'est satisfait d'un portrait de soi. Qu'on puisse lire, on n'est jamais d'accord. C'est heureusement qu'on vous fait les oraisons funèbres quand on est mort, parce que sinon c'est très agaçant, je pense.
- Speaker #1
Qu'est-ce qui vous plaît le plus dans le fait d'écrire ? La solitude ou la folie ?
- Speaker #0
Eh bien, la folie, bien sûr, parce que déjà, c'en est une d'imaginer, de penser que quelqu'un va se soucier de vos préoccupations et de vos pensées.
- Speaker #1
Mais là... Là, en fait, c'est triché parce que c'était des e-mails que vous envoyez à quelqu'un. Donc, vous n'aviez pas l'enjeu. Vous ne saviez pas que ça serait publié. Non,
- Speaker #0
je n'osais pas trop y croire. D'ailleurs, la première fois que je suis allée chez Gallimard, rue Gallimard, anciennement Sébastien Botta. j'ai vu cette petite porte en acajou, j'étais un peu impressionné. Oui, ça fait quelque chose,
- Speaker #1
avec toutes les photos des grands écrivains.
- Speaker #0
Alors il y a ma photo là dans l'entrée en ce moment, mais je crois que c'est provisoire.
- Speaker #1
Je crois que c'est un sommet de réussite quand même.
- Speaker #0
Mais d'être arrivé, c'est là par exemple, je viens... Il y a qui à côté ? Ben il y a Éric, Éric Deluca,
- Speaker #1
Inès de la Fressange, François Mauriac,
- Speaker #0
Marcel Proust. Non, Proust ils ne l'ont même pas photographié. Il n'avait pas refusé, il n'y a pas un truc un peu dans son drégide.
- Speaker #1
Sur son lit de mort il y a une photo je crois.
- Speaker #0
Oui alors ce n'est pas terrible pour une entrée. Mais le jardin et tout l'endroit est magnifique. C'était quoi la question ? Je ne me souviens plus.
- Speaker #1
Non j'en ai d'autres. Avez-vous déjà écrit en état d'ivresse ?
- Speaker #0
Mais je n'ai jamais été vraiment ivre moi.
- Speaker #1
Non, c'est vrai.
- Speaker #0
Et de temps en temps, je suis un peu pompette. Ça me donne envie de dormir, mais dans des états lamentables. Non. Je n'ai jamais été, non.
- Speaker #1
Est-ce que vous fantasmez sur J.D. Salinger, qui n'a jamais donné d'interview de sa vie ?
- Speaker #0
Eh bien, alors, dans la mode, justement, puisque c'est un sujet qui vous passionne, on peut le dire. Oui,
- Speaker #1
mais vous en avez donné beaucoup, des interviews.
- Speaker #0
Martine Margiela, on ne se montrait jamais et ne donnait pas d'interview. Et alors, je comprends très, très bien ça. Parce qu'en fait, c'est le travail, l'œuvre qui est important, pas ce qu'on va raconter autour. Mais alors évidemment, pour un ancien mannequin, c'était irrésistible de faire ce qu'on vous demande de ne pas faire, c'est-à-dire de parler.
- Speaker #1
Êtes-vous une ouin-ouin ?
- Speaker #0
Oui, je suis un peu ouin ouin. Je suis un peu française. Alors, les Français ont tendance à se plaindre. Alors, dès le réveil, j'ai tendance à faire ouin ouin. Mais alors, je m'entraîne à la gratitude. Très bien. Déjà, je peux sortir seule du lit. Je suis en forme. Je vais faire plutôt des choses qui m'intéressent dans la journée. Et donc, j'élimine la ouin ouinerie.
- Speaker #1
Quel est le meilleur écrivain français vivant ?
- Speaker #0
Mais c'est vous Frédéric.
- Speaker #1
Ah mais voilà, quelqu'un de courtois, ça fait plaisir.
- Speaker #0
Oui, oui. Ça me paraît clair.
- Speaker #1
Je suis d'accord. Si vous étiez très très très riche, cesseriez-vous de travailler ?
- Speaker #0
Eh bien, je cesserai de travailler, c'est sûr. Je ne cesserai pas de faire des choses, de fabriquer des choses. Alors, ça pourrait être des vêtements, mais ce serait juste des vêtements que pour moi. Et puis, je ferai de la poterie. Mais j'ignore l'ennui. J'ai été élevée à la campagne. Et à la campagne, il y a toujours des trucs à faire, avec des écorces, on fait des petits bateaux, des trucs. Et sinon, je trouve qu'il y a plein de choses à faire.
- Speaker #1
Imaginons que vous soyez multimilliardaire. Quelle est votre première dépense, vraiment grosse dépense ? C'est une maison, c'est un bateau, c'est un tableau ?
- Speaker #0
En fait, j'aimerais beaucoup avoir une espèce d'agence de jeunes gens qui fassent des images de synthèse.
- Speaker #1
Complètement folle. Qu'est-ce que c'est que cette histoire ? Des images même pas vraies ?
- Speaker #0
Oui, parce qu'aujourd'hui, c'est tellement bien, c'est tellement précis, c'est tellement extraordinaire qu'on pourrait produire des choses. Parce qu'aujourd'hui, les investisseurs, ils ont très peur. Ils veulent faire des grands succès tout de suite, de tout.
- Speaker #1
Vous voulez dire une agence de production de cinéma ?
- Speaker #0
De production d'images. Alors, un pourrait créer des meubles, l'autre des vêtements, l'autre... Mais d'avoir un groupe de gens comme ça que je fasse travailler... Il serait content, il serait super bien payé, et puis il en sortirait des trucs après qu'il pourrait peut-être vendre ou commercialiser. Mais tu entends, ils ont besoin d'outils, de local, d'endroits.
- Speaker #1
Pas mal, c'est bien. De toute façon, il faut rendre l'argent, il faut faire circuler le pognon, ça je le pense.
- Speaker #0
Il faut le dépenser, mais en fait les gens riches, ça les rassure d'accumuler, et ce n'est pas pour ce qu'ils vont en faire. C'est pour ça que je ne suis pas vraiment riche. C'est parce que moi, je sais très bien le dépenser.
- Speaker #1
La question Fahrenheit 451. Si les livres étaient interdits, brûlés par les pompiers, est-ce que vous seriez prête à apprendre par cœur un bouquin pour le faire durer ?
- Speaker #0
Je me dis que si on en est là, c'est que l'heure est très grave et que beaucoup de choses ont disparu. Et alors, je pense que j'apprendrai... Une pièce de théâtre, par exemple, parce que comme ça, je pourrais au moins distraire des gens, genre Bérénice, un truc comme ça. Oui,
- Speaker #1
un truc sérieux comme ça.
- Speaker #0
C'est beau.
- Speaker #1
Oui, c'est ce qu'il y a de plus beau. C'est beau.
- Speaker #0
Et alors, oui, parce que la beauté sauvera le monde. Oui,
- Speaker #1
bien sûr, comme le dit Dostoevsky. Quel est votre âge mental ?
- Speaker #0
Eh bien alors, j'espère que...
- Speaker #1
Puisqu'on parle de l'âge expérimental...
- Speaker #0
J'espère qu'il est plus que mon âge physique en fait.
- Speaker #1
Vous avez 120 ans ?
- Speaker #0
Parfois, oui. Parfois, il y a plein d'images qui se bousculent, d'endroits où je suis allée, de gens que j'ai connus. Juste quand je pense à mon enfance et au village dans mon enfance, c'est-à-dire avant 68, eh bien c'était vraiment le 19e siècle. J'ai l'impression que le 20e siècle est arrivé très tard. Et donc l'arrivée du supermarché dans le village, c'était un événement, mais ça a tué en même temps le village. Et alors donc, oui, même quand je pense à mon arrière-grand-mère qui vivait dans un appartement tout en velours rouge près du parc Monceau, c'était très proustien, et alors donc je suis une très très très très vieille dame indigna.
- Speaker #1
Oui ! Voilà, c'est très important. Écoutez, j'étais enchanté de vous recevoir, chère Inès. Oui, il y en avait plein.
- Speaker #0
Mais je te dis que t'es pas terrible.
- Speaker #1
Dites-moi lesquels vous voulez faire. Vous avez droit d'en reprendre une ou deux. Ah oui,
- Speaker #0
j'avais une bonne réponse. Un roman doit-il réparer le monde ?
- Speaker #1
Alors, un roman doit-il réparer le monde, Inès de Lafraissange ?
- Speaker #0
Alors, dans ce cas, dans Orgueil et préjugés, Darcy devrait s'appeler Darty ? La réponse !
- Speaker #1
Si c'est pour faire ça, franchement,
- Speaker #0
il est... Réparer le monde, c'est un peu de chute. Oui,
- Speaker #1
bien sûr, bien sûr, bien sûr, ok. Est-ce qu'il y en a d'autres encore, comme ça ?
- Speaker #0
Non, parce que la phrase dont vous êtes le plus fier, à chaque fois à Vichniac, que tu connais, cite... Alors que je ne me souviens pas du tout d'avoir dit ça, mais c'était il y a 190 ans, quelqu'un a dit « partir c'est mourir un peu » et il paraît que moi j'étais dans un coin et j'ai dit « mourir c'est partir beaucoup » et elle a explosé de rien. C'est pas mal,
- Speaker #1
Nicole Wisniak, qui était la fondatrice du magazine Égoïste.
- Speaker #0
Et alors, il y a un livre qui vous donne envie de pleurer, Un Gentleman à Moscou, tu l'as lu ça ?
- Speaker #1
C'est de Amortals. Ah, tu es fort. C'est très très bien.
- Speaker #0
Et j'ai adoré. Et alors, un livre pour arrêter de pleurer, j'ai marqué Gardez le sourire, Jeeves, de Woodhouse, alors que je ne l'ai jamais lu. Et alors... Un livre pour crâner. Un livre pour crâner. Ou bien, ou bien, de Soren Kierkegaard. Beau, beau.
- Speaker #1
Kierkegaard, ça pose... C'est en jette.
- Speaker #0
Je l'ai lu à 20 ans. Et alors, un livre pour s'ennuyer, un summer body parfait, Le pauvre type. C'est un livre qui existe. Évidemment que je ne l'ai pas lu. et alors, bon ça j'aimais bien un livre qui rend intelligent j'avais dit la cause des enfants de ce processus d'autodidacte c'était un peu chiant, un livre pour séduire j'avais dit Madame Solario je connais pas,
- Speaker #1
Madame Solario ah non vous voyez j'ai un bonjour,
- Speaker #0
je suis Inès de la Fressange je suis arrivée avec la citation d'un livre que Frédéric Bédé ne connaissait pas et c'est de qui ? pendant très longtemps on n'a pas su pendant très longtemps on n'a pas su qui c'était Gladys Huntington non Et alors ?
- Speaker #1
Et qu'est-ce que c'est alors Madame Solario ? C'est comme Madame Bovary ?
- Speaker #0
Non, pire. Et alors, ça se passe au bord du lac de Combes. Sublime endroit. C'est une veuve avec un jeune homme qui tombe amoureux d'elle.
- Speaker #1
D'accord.
- Speaker #0
Donc je me disais que... Ah,
- Speaker #1
un peu cougar, un peu...
- Speaker #0
Non mais parce que quand moi j'ai été veuve, tout le monde venait me voir en me disant on est désolé, on a bien pensé à toi. Et vous, je vous ai croisé, je me dis... Enfin, je vais pouvoir vous épouser ! Une belle phrase ! Et alors donc, Madame Solario me paraissait très appropriée, mais je vous conseille vivement ce livre.
- Speaker #1
Merci beaucoup, merci beaucoup.
- Speaker #0
Ah oui, très drôle. L'autre jour, je vais dans une nouvelle librairie, qui s'appelle le 9e siècle, je ne sais pas quoi, au Rue Bonaparte, et ils mélangent des livres anciens et des livres nouveaux. Très, très belle librairie, je vous conseille vivement. Et là, il y avait au-dessous du volcan de Malcolm Lorry. Et donc, je dis à ma fille, tu l'as lu, n'est-ce pas ? Et alors, elle me dit non. Je lui dis, mais comment t'as pas lu Au-dessous du volcan ? C'est un scandale. Je lui ai acheté immédiatement le livre, mais je n'ai pas osé lui dire que je ne l'avais jamais terminé.
- Speaker #1
C'est personne. C'est très, très... En fait, c'est un livre sublime et assez répétitif.
- Speaker #0
Oui, mais c'est comme la montagne magique. Oui, voilà,
- Speaker #1
il picole, il picole. Sa femme le quitte tout le temps.
- Speaker #0
L'homme sans qualité. Il y a des trucs comme ça en fin de compte. Voilà, c'est ça.
- Speaker #1
Bon, écoutez, malheureusement, cette émission doit s'achever à un moment. Elle ne veut pas. Non, il n'y a rien d'autre de drôle, ce soir. Elle ne veut pas.
- Speaker #0
Ah oui, Nancy ? Le pire livre que j'ai jamais lu, eh bien, je l'ai aimé. C'est ça qui est terrible, c'est que de temps en temps, il y a des livres qui sont très très mal écrits. Genre, la boîte aux lettres débordait de courriers, moi j'ai jamais vu de... Voilà, mais si l'histoire est bien, on peut rentrer dedans.
- Speaker #1
Donc vous voulez parler de Joël Dicker ? non c'était juste pour me dire une vacherie j'ai craqué il y a des livres qui sont des mauvais livres mais avec une bonne histoire ces auteurs là ne sont d'ailleurs pas des écrivains mais des storytellers des raconteurs d'histoire c'est un talent merci infiniment Inès d'être venue j'ordonne à nos spectateurs de lire l'âge expérimental d'Erydée Louca et Inès de Lafraissange c'est aux éditions Gallimard elle a sa photo dans la boîte dans l'entrée désormais. Je suis jaloux. N'oubliez pas de vous abonner, de cliquer, de liker, d'appuyer sur tous les boutons de votre téléphone. De faire des stories. De faire des stories, bien sûr, des stories. De reposter ce qui se dit transféré en français. Voilà, sur tous les réseaux sociaux et ainsi nous serons riches et célèbres à nouveau. Bien, n'oubliez pas, surtout lisez des livres, sinon vous mourrez idiot. Mais ça, on commence à le savoir. Bonsoir.