- Speaker #0
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- Speaker #1
Alors, il faut croire qu'il faut... Les Français ont le droit de savoir. La France a le droit de savoir. Bonsoir la France, je vous dois la vérité. Il y a ici une bouteille d'eau minérale qui ne sera pas consommée par Amélie Nothomb ni par moi-même. D'ailleurs, je la pose par terre. nous avons du champagne qui est caché. On vit dans une période...
- Speaker #2
C'est la prohibition, mais sous le manteau, nous buvons.
- Speaker #1
Nous, voilà. Donc c'est vraiment très discrètement. le dire, de le faire, mais pas de le montrer.
- Speaker #0
Voilà, c'est comme ça.
- Speaker #1
Oui, on vit dans un monde un peu spécial. Mais avant de commencer, Amélie, nous allons passer à la rubrique que le monde attendait,
- Speaker #0
dans le sac de Frédéric.
- Speaker #1
Alors, je sors mon sac et dans ce sac, il y a en fait tout ce que j'ai dans mes voyages. Par exemple, j'ai des... Ça, c'est pour vous, c'est des petites gaufrettes. Merci,
- Speaker #2
j'adore.
- Speaker #1
Voilà, vous avez du thé ici pour vous. Oh, très bien. Parce que je sais que vous aimez ça. Ça, c'est ma cravate maintenant, j'ai oublié de la mettre. On s'en fout. Ah oui, et puis je suis en train de lire ceci. Qu'est-ce que c'est ? Ça s'appelle Lady Impitoyable. Ça, il faut que je vous l'offre, c'est vraiment pour vous.
- Speaker #2
Ça a l'air bien.
- Speaker #1
Et c'est publié aux éditions Le Cherche-Midi avec comme sous-titre... fragment d'une contre-histoire de la littérature anglaise au féminin. C'est de Constance Jean. Elle passe en revue dans ce livre. Beaucoup d'auteurs, d'écrivains anglais de sexe féminin. Alors, il y a par exemple, on apprend que J.K. Rowling, elle adore Elisabeth Gouge. Vous connaissez Elisabeth Gouge ? Pas du tout. Pas du tout, voilà. Une femme à contre-courant. La femme de lettres Afra Ben était en réalité une pionnière du mouvement punk. Alors, bien sûr, il y a Agatha Christie. On apprend beaucoup de choses sur elle, notamment qu'elle écrivait aussi sous le pseudonyme de Marie Westmacott. Ah oui ? Oui. Et sous ce nom, elle pouvait sortir du roman policier pour écrire des histoires de crise conjugale, de rivalité entre sœurs. Donc, je n'ai pas encore fini. Ça fait 304 pages.
- Speaker #2
Ça a l'air génial.
- Speaker #1
Mais c'est vraiment un essai sur la littérature féminine inattendue, originale. Un peu tordu, enfin je pense que ça vous plaira.
- Speaker #2
Merci.
- Speaker #1
Et c'est Lady, impitoyable de Constance Jean au Cherche-Midi. Cher Amélie Nothomb, bonsoir. L'adolescence du perroquet est votre 35e roman. Et au dos, il y a cette phrase, l'amour n'est pas un dû. C'est l'histoire d'Alban. un chroniqueur radiophonique qui fait des chroniques sur rien. Je voulais savoir de qui vous étiez inspirée.
- Speaker #2
Mais de moi, puisque j'ai un très long passé radiophonique, j'ai fait quatre chroniques sur rien. Et ça m'a beaucoup marquée.
- Speaker #1
C'était sur quelle radio ?
- Speaker #2
C'était sur France Inter. Et donc je voulais parler des sujets les plus légers possibles. J'ai fait comme ça une chronique sur les œufs, qui est absolument pénétrante. Et je me suis dit que c'était vraiment un métier fascinant. et que si je faisais ce métier plus durablement, j'essayerais de parler des choses les plus anodines, les plus infimes. Il y a un vertige à atteindre le presque rien.
- Speaker #1
Ce Alban adopte un perroquet, un gris du Gabon, qui est une espèce particulièrement agressive et ça va donner lieu à toute une série de péripéties de plus en plus atroces. Je ne raconterai pas ce qui se passe pendant tout le livre, mais c'est un roman d'amour vache, d'amour ou d'amour volatile.
- Speaker #2
C'est un roman d'amour vache et volatile. Le gris du Gabon est le plus fascinant des perroquets. C'est le plus intelligent et le plus pervers. C'est celui qui parle le mieux. Alors, qu'est-ce qui rend le perroquet tellement intéressant ? C'est que personne ne sait s'il comprend ce qu'il dit. Moi, je prends le pari que le gris du Gabon comprend ce qu'il dit et qu'il parle à bon escient, c'est-à-dire par perversité.
- Speaker #1
Oui, par exemple, quand Alban s'adresse à lui, il fait un bruit de chasse d'eau pour répondre.
- Speaker #2
Exactement, c'est une façon de lui dire, tu as des gouttes chiottes quand il ramène une femme à la maison.
- Speaker #1
Je me suis dit que si vous aviez publié ce livre-là cette année, après des récits très intimes, familiaux... Sur votre père, puis votre mère, peut-être que vous aviez besoin d'une parenthèse un peu plus légère, et donc un oiseau, quoi de plus léger ?
- Speaker #2
Alors, dit comme ça, ça fait sens, mais quand vous m'inviterez dans un an, mon gérépoux, je vous dirai le sens profond de ce livre. que je ne peux en aucun cas vous dire maintenant, car il y a des clés. Donc, j'aime savoir que vous m'inviterez de toute façon l'an prochain et que je pourrais vous dévoiler à ce point-là. Enfin, pourquoi ? À quel point ce livre est un livre de guerre et combien il fait sens dans ma vie.
- Speaker #1
Non, mais on voit déjà que c'est un livre de guerre en le lisant. C'est une guerre amoureuse, terrible, puisque Alban, en réalité, tombe amoureux de cet oiseau, l'aime comme si c'était son propre enfant. et cet amour n'est absolument pas payé de retour.
- Speaker #2
N'est absolument pas payé de retour et ne cesse d'empirer, puisque le perroquet au début est juste narquois et ironique, et dès le commencement de son adolescence, qui dure 15 ans, de ses 5 à ses 20 ans, devient un véritable monstre, qui non seulement détruit son maître à coups de bec, et Dieu sait si un bec de perroquet ça vous blesse, mais en plus lui dit des horreurs, Et pire que ça, ne cesse de pousser son... Cri de guerre qui est juste abominable, bref, lui pourrit la vie au dernier degré.
- Speaker #1
Oui, il y a même une scène où Alban invite une copine, et la copine se fait mordre les seins,
- Speaker #2
griffer les seins. Elle se fait agresser, et vous savez quand un bec de perroquet vous mord, mais c'est forcément jusqu'au sang.
- Speaker #1
Hum, donc... Je ne sais pas si léger que ça, finalement, ce livre. Ce n'est pas léger du tout, en fait. Je me demande si le message du livre, le message caché du livre, mais plus maintenant parce que je vais le révéler, ça n'est pas... Voilà, moi Amélie Nothomb, je n'ai pas voulu avoir d'enfants parce que c'est très très chiant, c'est très très pénible. Les enfants, ça devient des monstres.
- Speaker #2
Vous avez raison, c'est ça le message que j'ai. Hein ?
- Speaker #1
J'ai compris.
- Speaker #2
C'est très dangereux d'avoir des enfants, vous avez tout à fait raison.
- Speaker #1
Mais est-ce que c'est un livre sur l'adolescent que vous n'avez pas eu ?
- Speaker #2
Ou l'adolescente que je n'ai pas réussi à être. J'étais une adolescente extrêmement violente. Mais malheureusement, je n'ai jamais réussi à faire du mal qu'à moi-même. J'ai tout raté.
- Speaker #1
Oui, vous n'avez pas vraiment eu d'adolescence d'ailleurs, parce que vous avez été attaqué, agressé très jeune, et puis parce que vos parents voyageaient énormément, donc vous avez eu une enfance nomade, et du coup pas eu vraiment d'adolescence. Vous êtes peut-être toujours un enfant ou un adolescent.
- Speaker #2
Je pense que c'est vrai. C'est-à-dire la seule révolte que j'avais trouvée à l'adolescence, c'était de ne plus manger jusqu'à la mort. Mais ce n'était pas suffisant. C'était ne faire du mal qu'à soi-même. Bon, certes, mes parents étaient consternés, c'était déjà quelque chose. Mais j'aurais voulu faire beaucoup plus de mal que ça.
- Speaker #1
Vous avez déjà eu un animal ?
- Speaker #2
Je n'ai jamais eu d'animal. Vous savez que j'ai une relation extrêmement forte avec les oiseaux. Quand j'avais 11 ans, je suis tombée folle amoureuse d'un canaris smet. J'ai envie de dire que ça fait un point commun entre nous. Oui. Et j'ai essayé avec lui d'atteindre la fusion. Ça n'a pas du tout marché.
- Speaker #1
Il y a d'ailleurs une tendance assez étrange à la zoophilie dans ce livre, puisque Alban embrasse Joe, le perroquet, sur le bec.
- Speaker #2
Mais ça se fait.
- Speaker #1
Oui, mais est-ce qu'il a le consentement du perroquet ?
- Speaker #2
Moi, je pense que le perroquet est extrêmement... Je pense que c'est lui qui commence. Et Alban, en fait, il a le goût du risque, comme moi d'ailleurs, à un point démesuré. Parce qu'embrasser sur le bec un gris du Gabon,
- Speaker #1
c'est s'exposer à de terre et à tout le monde. Et puis en plus, comme il le considère comme son enfant, donc c'est non seulement zoophile, mais incestueux.
- Speaker #2
C'est dégoûtant.
- Speaker #1
C'est vraiment dégoûtant. Blague à part, est-ce que l'amour a sens unique et pas le sujet de ce livre ? Oui, bien sûr. Voilà, le plus bel amour, c'est un amour non réciproque.
- Speaker #2
Mais je pense que oui, j'ai vécu, j'ai envie de dire comme tout le monde, je suis sûre que ça vous est arrivé aussi, mon cher époux.
- Speaker #1
Avec vous, déjà.
- Speaker #2
J'ai vécu des amours à sens unique. Ça arrive. Je suis toujours très étonnée de voir que quand ça arrive à quelqu'un, le quelqu'un est indigné. Il a l'air de dire, mais comment ose-t-on ne pas payer de retour mon amour, alors que ça me paraît la chose la plus normale au monde. Donc, je raconte, voilà.
- Speaker #1
Mais pensez-vous que c'est plus intense quand on aime quelqu'un qui s'en fout, ou c'est plus beau si la personne vous aime aussi ?
- Speaker #2
Je pense que c'est... Quand l'amour atteint ce degré-là, il est forcément plus vrai. Quand vraiment on n'attend rien de l'autre, ce qui peut se produire, alors l'amour se donne pour ce qu'il est vraiment, un cadeau gratuit. qui ne conduira à rien.
- Speaker #1
Et du coup, je pense que ça a à voir avec la religion. C'est-à-dire qu'on aime Dieu sans attendre quoi que ce soit en retour. C'est plus proche de la foi que de l'amour.
- Speaker #2
Je n'y avais pas pensé à ce coup-là. Je parlais d'un véritable amour humain. Je ne pensais pas à Dieu.
- Speaker #1
Mais Dieu, on l'aime sans attendre qu'il nous réponde tous les matins.
- Speaker #2
C'est vrai. Maintenant que vous le dites, il y a un côté Deus absconditus dans mon livre. C'est toujours intéressant de rencontrer son mari parce qu'il vous ouvre les yeux sur ce qu'il vous a écrit.
- Speaker #1
Mais bien sûr ! Ceci étant dit, et c'est là où le livre est vraiment paradoxal, Alban met Joe en cage. Et donc là aussi, c'est une métaphore de ce que c'est que le mariage. C'est qu'on veut posséder quelqu'un, l'enfermer, en faire un prisonnier.
- Speaker #2
Quelle horreur !
- Speaker #1
D'ailleurs, vous en parlez dans le livre.
- Speaker #2
Vouloir posséder l'être aimé.
- Speaker #1
Oui.
- Speaker #2
C'est vraiment, pour moi, c'est la négation de l'amour. Je détesterais sentir que quelqu'un me possède, mais je détesterais encore beaucoup plus sentir que je possède quelqu'un. Dans les deux cas, je trouve ça abominable, la négation de l'amour. Et regardez, nous ne sommes pas encore arrivés à ce degré-là. de civilisation dans l'amour. L'amour continue, et j'ai même l'impression, devient de plus en plus possessif. C'est abominable.
- Speaker #1
C'est bizarre, oui.
- Speaker #2
Je crois que le secret de notre longévité amoureuse, mon cher Marie, c'est que nous n'avons jamais cherché à nous posséder.
- Speaker #1
Je vous ai même laissé aller voir Augustin Trapenard, à deux reprises.
- Speaker #2
Une fois à la télévision,
- Speaker #1
une fois à la radio, et tout ça en public, devant toute la France. Eh bien, vous voyez, je suis... Bon. Je suis blessé, mais je suis toujours là. Joe répète les phrases qu'il arrange, on l'a dit. Par exemple, il dit « arrête ça » , « tu parles » . Il fait la sonnerie du micro-ondes, parfois. Qu'est-ce que ça signifie dans son langage quand il y a la sonnerie du micro-ondes ?
- Speaker #2
Je pense que ça veut dire qu'il a faim. Il faut lui mettre ça. parce qu'il a très souvent faim, c'est un adolescent, donc il est en pleine croissance. Mais il est aussi l'auteur de véritables créations verbales. Ça, c'est mon traité d'éthologie à moi, parce que les éthologues pensent que le perroquet se contente de répéter. Moi, je pense qu'il crée. Quand il dit, et ça c'est authentique, j'ai connu vraiment un gris du Gabon qui disait ça, quand il dit « bon appétit » beaucoup, c'est de la création verbale. Ce n'est pas de la répétition.
- Speaker #1
Personne ne dit bon appétit beaucoup. Personne ne dit bon appétit beaucoup,
- Speaker #2
alors que le gré du Gabon que je connais intimement dit bon appétit beaucoup. Et alors,
- Speaker #1
quand il le dit, c'est parce qu'il a faim ? Alors,
- Speaker #2
c'est parce qu'il a faim, c'est aussi parce que quand on se met à table, il faut absolument lui donner à manger. Il vous voit manger, sinon il vous regarde en disant « mais c'est dégueulasse, tu mangez, moi pas » . Voilà.
- Speaker #1
Oui. Est-ce que... Vous diriez que c'est une fable ou un roman réaliste, l'adolescence du perroquet ?
- Speaker #2
Alors c'est quand même surtout une fable, mais il y a une part de réalisme. Tout ce que je dis sur le gré du Gabon est vrai.
- Speaker #1
Qui de nous deux est un perroquet ? Moi qui répète mes questions ou vous qui répondez ?
- Speaker #2
Je trouve que vous êtes beaucoup plus un perroquet que moi. Parce que d'abord, vous en avez un peu le physique.
- Speaker #1
Merci. Et puis je suis gris. C'est très beau un perroquet. Je suis gris, exprès.
- Speaker #2
Mais c'est très beau un perroquet. Vous avez la queue rouge, excusez-moi de le dire.
- Speaker #1
Ne révélez pas mon intimité comme ça en public. Mais oui, c'est vrai que le gris du Gabon est tout gris avec une queue rouge. Je rassure les téléspectateurs du Figaro Télé, ce détail ne sera pas visible à l'antenne. Pas plus que nos verres.
- Speaker #2
Voilà, donc moi je suis plutôt... Je suis plutôt une poule d'eau, ou voilà.
- Speaker #1
Une poule d'eau ?
- Speaker #2
Vous savez, ce petit oiseau peureux, comme ça, avec un bec rouge.
- Speaker #1
tous les deux nous avons une partie rouge mon dialogue préféré du livre de quoi as-tu envie de parler avec moi demande l'humain et l'oiseau émet un bruit de chasse d'eau si seulement nous pouvions faire pareil mais c'est tellement vrai vous savez Frédéric nous y arrivons nous y arrivons ? mais comment faire un bruit de chasse d'eau ?
- Speaker #2
c'est là que le perroquet est beaucoup plus fort que nous Il n'a pas de corde vocale, il a un système, déjà il peut faire deux sons en même temps, c'est le principe même de la musique de pouvoir faire deux sons en même temps, et il peut tout reproduire, pour ça il écoute beaucoup, il y a un très long silence, et puis il reproduit.
- Speaker #1
Il reproduit. Dans Le Petit Prince de Saint-Ex, le renard demande à... On peut trinquer mais discrètement, sans que ça se voit. Le renard dans Le Petit Prince d'Antoine de Saint-Exupéry demande au Petit Prince de l'apprivoiser.
- Speaker #2
Oui.
- Speaker #1
Ici, le perroquet ne demande rien, mais je me suis demandé si vous n'aviez pas pensé à cette séquence, à cette idée de l'animal qui demande à l'humain de l'apprivoiser. Puis, comme il est peut-être déçu, il se révolte.
- Speaker #2
Il y a quelque chose de ça, mais ici, c'est vraiment le récit d'un apprivoisement raté.
- Speaker #1
Oui.
- Speaker #2
Bon. L'oiseau est tellement consterné par son humain qu'il le supporte un certain temps jusqu'au moment où il ne le supporte plus.
- Speaker #1
Il le supporte quand il lui apporte des croissants.
- Speaker #2
Voilà, il est intéressé.
- Speaker #1
C'est un amour intéressé. C'est un amour intéressé. Est-ce que c'est aussi un roman sur la solitude contemporaine ? C'est Alban, il a très peu d'amis, il fait son job à la radio, puis il rentre, il est seul avec un perroquet pendant tout le livre.
- Speaker #2
C'est un roman sur la solitude moderne. J'ai l'impression que nous sommes tous un petit peu comme moi, à savoir, nous cherchons tous l'interlocuteur idéal dans cette ultra-moderne solitude. Et Alban croit trouver l'interlocuteur idéal en ce perroquet, qui dans un premier temps... est sensationnel. Il écoute et répond des choses fantastiques. Jusqu'au moment où ce perroquet le prend en grippe, il ne lui adresse plus rien d'autre que du mépris.
- Speaker #1
On ne va pas parler de la fin. C'est une fin ouverte, suspendue. Mais si ça avait été moi l'auteur, je pense qu'Alban aurait fini par le bouffer, le perroquet. Je suis surpris que vous ne l'ayez pas fait, parce qu'à l'époque de l'hygiène de l'assassin, je pense qu'il l'aurait mangé.
- Speaker #2
J'étais beaucoup plus méchante. Je me suis considérablement, à votre contact, je me suis considérablement adoucie. Et puis, bon, je pense qu'Alban aime vraiment son perroquet. Alors vous me direz que c'est peut-être une raison supplémentaire pour le manger. Mais voilà, il a un sentiment... parental, est-ce qu'on mange son enfant ? Vous qui avez des enfants, Frédéric, mangeriez-vous vos enfants ?
- Speaker #1
Ça ne se fait pas dans notre culture.
- Speaker #2
C'est ça.
- Speaker #1
Que pensez-vous de l'IA, vous qui n'avez même pas de portable ni d'ordinateur ? Je vous dis ça parce que quand vous m'avez été infidèle chez Trapenard, vous avez dit beaucoup de bien du roman de Télisson Aurélien, moi aussi, j'ai beaucoup aimé ce livre.
- Speaker #2
Mais moi aussi, je continue d'en dire beaucoup de bien. Bon. Si je suis désolée par les plagiats qu'il contient, je ne suis absolument pas désolée par son utilisation de l'intelligence artificielle.
- Speaker #1
Si elle a eu lieu.
- Speaker #2
Si elle a eu lieu, ce qui n'est pas sûr. Écoutez, ce qui compte, c'est le résultat. Je persiste à trouver que c'est un très bon livre et un livre qui mérite d'exister.
- Speaker #1
Oui, et d'ailleurs, il est numéro un des ventes en France. Il a reçu le prix du roman Fnac.
- Speaker #2
Et vous l'avez gardé, j'ai vu, au Renaudot. Et je trouve que vous avez tout à fait raison et je trouve ça très audacieux.
- Speaker #1
Oui, oui. Mais vous n'avez pas peur qu'on entre quand même dans une ère du soupçon, c'est-à-dire que les lecteurs ne sachent plus très bien qui écrit les livres, auquel cas finalement ça avantage les auteurs comme nous, puisque nous on a commencé dans les années 90, il n'y avait pas d'IA.
- Speaker #2
Écoutez, tant mieux ! Ça nous avantage, c'est très bien. En plus, ça me suravantage, parce que les gens savent tellement bien que je suis 100% analogique, j'ai envie de dire, ça se voit que personne ne doute que mes livres soient Non pas 100% humain, puisque je ne suis pas humaine, mais 100% aviaire.
- Speaker #1
Vous êtes, je dirais, un légume bio.
- Speaker #2
Un oiseau bio, je préfère.
- Speaker #1
Nous passons au jeu devine tes citations. Vous êtes venu tellement souvent que je ne vais pas vous faire l'injure de vous répéter les règles, mais je vais vous dire des phrases de vous, tirées de tous vos livres. Et vous devez me dire dans quel livre vous avez écrit cette phrase. Vous n'avez jamais perdu une seule fois ce jeu. Du coup, j'ai un peu... Augmenter le niveau, c'est un peu plus dur que les dernières fois. Vous aviez 100% de bonnes réponses, tout le temps. Donc, je commence. Vous voyez, c'est facile. La première question est facile pour vous mettre à l'aise. Mes livres sont plus nocifs qu'une guerre, puisqu'ils donnent...
- Speaker #2
Prédicte ta tâche dans l'hygiène de l'assassin.
- Speaker #1
Je n'ai même pas le temps de lire la phrase. Oui, c'est Prétestatas dans Hygiène de l'Assassin, 1992. Il y a 34 ans, vous écriviez cette phrase. Mes livres sont plus nocifs qu'une guerre, puisqu'ils donnent envie de crever, alors que la guerre, elle, donne envie de vivre. Je pose cette question en ce moment à tous mes invités. Pensez-vous que nous vivons une période d'avant-guerre ?
- Speaker #2
Non, je pense que nous vivons une période de guerre. La guerre a déjà commencé. Elle va probablement empirer, mais elle a déjà commencé.
- Speaker #1
Hygiène de l'assassin, c'est donc il y a 34 ans, c'était votre... Bonjour Tristesse. Il y avait un peu toute votre œuvre contenue dans votre premier roman.
- Speaker #2
C'était mon manifeste. C'est incroyable. J'ai l'impression que je déroule mon manifeste année après année. Et vous verrez, quand je mourrai avant vous, parce que je veux que vous me pleuriez, vous verrez la cohérence du parcours.
- Speaker #1
C'est incroyable la cohérence du parcours. Parce que tout ce que dit Prétexta Tac dans le livre ressemble à ce que vous avez ensuite développé.
- Speaker #2
Mais oui.
- Speaker #1
Autre phrase de vous, dire à quelqu'un que c'est terminé, c'est laid et faux. Un être qui a compté compte toujours.
- Speaker #2
Ni d'Ève ni d'Adam.
- Speaker #1
Ni d'Ève ni d'Adam, votre prix de flore 2007. Une fois de plus, je suis épaté. Je vous ai pris des phrases sur l'amour, puisque c'est un roman d'amour avec Joe. Il n'y a pas d'échec amoureux, c'est une contradiction dans les termes.
- Speaker #2
Le voyage d'hiver.
- Speaker #1
Le voyage d'hiver 2009. Comme vous l'avez déjà dit, aimer c'est le principal, le résultat, le retour, on s'en fiche.
- Speaker #2
On s'en fiche complètement. Je pense que c'est un signe de très grande maturité, de très grande civilisation, d'aimer quelqu'un qui s'en fiche complètement. N'est-ce pas Frédéric ?
- Speaker #1
Ah non, moi je ne m'en fiche pas du tout. Non, non, moi je ne m'en fiche pas du tout. Au premier coup d'œil, il y a des êtres qu'on aime et des malheureux qu'on ne peut pas encadrer. Où avez-vous écrit ceci ? Ah, je suis content. Au premier coup d'œil, il y a des êtres qu'on aime et des malheureux qu'on ne peut pas encadrer. Euh...
- Speaker #2
Péplum.
- Speaker #1
Pétronille.
- Speaker #2
Ah merde !
- Speaker #1
Pour la première fois, je l'ai eu ! 2014, Pétronille. Et j'adore ça, parce qu'au fond, ce que vous dites, c'est qu'on ne peut pas convaincre quelqu'un de vous aimer.
- Speaker #2
Mais c'est évident. Ça a lieu presque tout de suite quand on rencontre la personne, et c'est comme ça.
- Speaker #1
Oui, mais alors ça veut dire que c'est la négation de tout ce qui, toute la littérature. de séduction, de drague, je ne sais pas, les liaisons dangereuses, où il y a des stratagèmes pour séduire quelqu'un.
- Speaker #2
Ce n'est pas pour ça qu'on ne peut pas s'amuser. Mais je pense que quand on aime vraiment quelqu'un, les données existent d'entrée de jeu.
- Speaker #1
Dès la première seconde. Voilà. Autre phrase, l'amour n'a aucun sens et c'est pour cette raison qu'il est sacré.
- Speaker #2
Oui, alors ça, je pense à très profondément, mais où est-ce que j'ai écrit ça ? Hygiène de l'assassin. Eh oui !
- Speaker #1
Oh là là ! Parce que j'allais vous souffler, parce que je n'aime pas vous voir perdre. Hygiène de l'assassin, 1992. Oui, oui, oui. L'amour n'a aucun sens, c'est pour cette raison qu'il est sacré.
- Speaker #2
Oui, moi ça m'horripile quand je vois des gens soi-disant amoureux qui disent le sens de notre amour, c'est que nous allons, je ne sais pas, bâtir une famille.
- Speaker #1
Ou faire une rando.
- Speaker #2
Oh mon Dieu ! L'amour n'a aucun sens.
- Speaker #1
Oui.
- Speaker #2
mais en même temps il est sacré mais ce qui est sacré c'est précisément ce qui n'a pas de sens si on peut le traduire par une volition humaine alors ça cesse d'être sacré
- Speaker #0
Je voudrais entrer dans la mort comme dans le mansonilier.
- Speaker #1
Forcément c'est dans le dernier, donc dans l'adolescence du perroquet.
- Speaker #0
Oui, mais développez ça. Vous voulez mourir sous cet arbre, le mansonilier, qui est un arbre empoisonné, donc vous voulez finir votre vie allongée sous une plante qui vous tue.
- Speaker #1
Alors, je m'en fais une idée très romantique, mais on m'a assuré que je me trompais, que c'était très désagréable, parce qu'il paraît que le mansonilier vous... brûle. Ça doit pas être agréable cette brûlure. Moi, je me faisais une idée du mentionnilier qu'il est un charme que vous vous laissiez aller dans la mort comme ça, avec volupté. Manifestement, ce n'est pas ça du tout.
- Speaker #0
Non, mais cela dit, c'est une assez belle mort de mourir par empoisonnement progressif.
- Speaker #1
Alors, oui, un empoisonnement, pourquoi pas ? Bon, j'ai beaucoup réfléchi à la question. Je pense que, finalement, la meilleure mort, c'est le suicide de l'empereur romain dans une baignoire d'eau chaude. En s'en taillant les veines, c'est pas du tout de la publicité, mais c'est parce que ça fait pas du tout mal et qu'on...
- Speaker #0
On se vide de son sang.
- Speaker #1
On rencontre la mort doucement comme ça et ça c'est bien.
- Speaker #0
Oui, sans doute. Sur vos 35 livres, y en a-t-il un, donc parmi vos 35 enfants, que vous aimez moins ?
- Speaker #1
Pas du tout. Vraiment, vous savez que je suis une mère de famille très nombreuse, je suis enceinte pour la 115ème fois et pas de vous Frédéric.
- Speaker #0
C'est pourtant... C'est un peu vexant, mais c'est vrai.
- Speaker #1
Et vraiment, je suis capable de voir que certains sont monstrueux, mais je les aime d'un amour tout aussi profond, chacun.
- Speaker #0
Vraiment, vous n'avez pas une petite préférence pour le premier, par exemple ?
- Speaker #1
Non, vraiment.
- Speaker #0
Une tendresse pour celui qui a eu le prix Renaudot, Soif ?
- Speaker #1
C'était pas Soif qui a eu le prix Renaudot, c'est Premier 100. Je persiste à penser que Soif est le plus important. pourtant, parce que je suis devenue écrivain, parce que je voulais écrire soif.
- Speaker #0
Sur Jésus.
- Speaker #1
Voilà. Pour moi, la question à laquelle je ne trouvais pas de réponse, et ça me rendait malade, c'est pourquoi Jésus a-t-il accepté la crucifixion, alors qu'il savait que ça n'allait pas du tout nous sauver, puisque nous ne sommes pas sauvés du tout. Pourquoi a-t-il accepté une souffrance à ce point gratuite ?
- Speaker #0
Il n'a pas eu le choix. On lui a dit, on va te clouer sur cette croix, et il n'était pas...
- Speaker #1
Mais il a eu plein d'occasions de s'enfuir. Il est resté là. Comment a-t-il pu accepter une erreur aussi fondamentale ? Cette question me rendait à ce point malade que je suis devenue écrivain pour écrire une version de cette histoire qui ne me rende pas malade. Ça a donné soif.
- Speaker #0
Donc il n'y a pas un de vos livres dont vous dites « Ah, lui, il n'est pas tout à fait terminé » .
- Speaker #1
Vous savez, mes enfants sont tous des créatures à part entière. C'est-à-dire qu'en tant que parent, je vis avec eux des relations. Vrai, c'est-à-dire qu'il y a forcément un moment où je ne les supporte plus. Mais même au moment où je ne les supporte plus, je sais qu'il ne faut pas s'inquiéter. Il suffit que je ne les vois plus pendant quelques temps. Et si je ne les vois plus pendant deux, trois ans, et que je les recroise par la suite, je me rends compte qu'ils sont formidables.
- Speaker #0
Bon, alors moi, je vais vous le dire, vous avez eu beaucoup de périodes. Il y a eu la période japonaise, que j'aime beaucoup.
- Speaker #1
J'en aurai eu encore, vous savez, la période japonaise ne se finira jamais. J'espère bien.
- Speaker #0
Vous avez votre période d'anorexie, la période familiale, la période réécriture des contes de fées n'est pas ma préférée, c'est-à-dire celle où vous avez réécrit Barbe Bleue, Riquet à la houpe. J'avoue, je vous avoue, c'est peut-être là vos enfants que je ne reconnais pas.
- Speaker #1
Je vous pardonne.
- Speaker #0
Mais pourquoi est-ce que vous aviez senti ce besoin de réécrire les contes de fées ?
- Speaker #1
C'est surtout Barbe Bleue. Moi j'aime énormément Barbe Bleue, c'est mon conte préféré. Et j'ai toujours été outrée par le monstre qu'on nous présente en Barbe Bleue, alors que je trouve qu'il a raison. C'est pas parce qu'on épouse quelqu'un, n'est-ce pas Frédéric, qu'on n'a pas le droit à ses secrets ? Ah oui, les secrets. Je dirais même, épouser quelqu'un est une raison supplémentaire. Pour garder ses secrets.
- Speaker #0
Moi je ne veux pas connaître vos secrets, mais...
- Speaker #1
Vous êtes l'époux parfait, je l'ai toujours dit.
- Speaker #0
Enfin Barbe Bleue, il n'est pas que sympathique, c'est un monstre. Bon,
- Speaker #1
il est un petit peu, il va un petit peu loin dans ses méthodes. Sur le fond, il a raison. Une épouse qui, enfin, elle est dans ce somptueux château. Il lui dit, madame, vous pouvez entrer dans toutes les pièces du château, mais pas dans la chambre rouge qui contient mes secrets. Et elle n'a qu'une envie,
- Speaker #0
c'est d'aller là.
- Speaker #1
La première chose qu'elle fait, c'est d'y aller. Mais quelle vulgarité.
- Speaker #0
Oui, c'est l'interdiction qui rend la chose désirable.
- Speaker #1
Et en plus, une fois qu'elle s'est mise dans un pétrin pas possible, elle n'est même pas capable de s'en sortir toute seule. Il faut absolument qu'elle appelle à l'aide. Donc j'avais besoin d'écrire une version de cette histoire où... où Barbe Bleue soit présentée comme un personnage digne, car je crois qu'il est un personnage digne, et aussi où la femme était moins parfaitement idiote.
- Speaker #0
Votre névrose consiste à vous réveiller à 4h du matin tous les jours pour écrire, tous les jours de 4h à 8h du matin.
- Speaker #1
C'est la moindre de mes névroses, mon cher Philippe.
- Speaker #0
Et ensuite, vous allez tous les matins dans votre bureau, chez Albain Michel, vous publiez tous les ans au mois d'août un roman. Ces habitudes de malade mental vont-elles un jour cesser ? Vous n'avez jamais par exemple envie, je ne sais pas, d'écrire un roman de 800 pages et qu'il vous prenne 5 ans de travail ?
- Speaker #1
Je vais vous dire, ce n'est même pas une question d'envie. Je suis tellement dans ce processus, et ce processus me convient tellement. J'ai l'impression d'explorer quelque chose, et de l'explorer d'autant mieux qu'il s'agit somme toute d'une perpétuelle variation. d'une dimension équivalente, d'un mystère que je peux à chaque fois pousser un peu plus loin.
- Speaker #0
Et vous avez peur si vous changez vos habitudes ?
- Speaker #1
Je n'ai pas du tout peur. Vous savez, la grossesse de la baleine dure deux ans, la grossesse d'Amélie Notamme dure quatre mois. Qu'est-ce que j'y peux, moi ? Oui,
- Speaker #0
c'est comme ça. Ce sont des phénomènes naturels qui nous dépassent. Vos livres ont tous, et je ne sais pas si vous l'avez remarqué, la même progression, la même construction. Eh bien, je trouve que vous allez du léger vers le profond dans tous vos livres. C'est-à-dire qu'au début, c'est espiègle, ça peut être moqueur, parfois plus ou moins cruel. Et puis, dans la deuxième partie, on arrive à parfois une scène tragique, une scène... C'est généralement au milieu. où il se passe quelque chose de grave, et à la fin, vous explorez la profondeur, là dans celui-là, on passe du perroquet à l'âme, des pages sur l'âme, qu'est-ce que c'est que l'âme, où se situe-t-elle dans notre corps, etc. Et vous n'avez pas remarqué, c'est comme si à chaque fois vous voulez vous marrer en commençant un livre comme ça, un peu, voilà, avec frivolité, et puis tant mieux, et vous attrapez le lecteur, et une fois qu'il est là, vous lui balancez des vérités plus hardes à la fin.
- Speaker #1
Ah bah alors ça, j'avais jamais vu ça, mais vous avez tout à fait raison, je crois que vous avez... Qu'est-ce que j'ai eu raison de vous épouser ? Voilà, c'est pour ça qu'il faut épouser Frédéric Beigbeder, c'est qu'il vous explique comment vous créez.
- Speaker #0
Non mais non, j'ai pas dit comment vous créez, mais j'ai dit c'est cette construction. Mais vous ne... ça n'est pas volontaire.
- Speaker #1
Absolument pas. C'est inconscient. Mais absolument pas.
- Speaker #0
Mais vous voyez ce que je veux dire.
- Speaker #1
Je vois très bien ce que vous voulez dire. C'est dingue.
- Speaker #0
Non mais parce que c'est comme si vous aviez peur de dire des vérités. Vérité philosophique au début.
- Speaker #1
Ah oui, c'est très impoli de dire des vérités philosophiques au début. Vraiment, c'est déjà... Déjà, accaparer l'attention d'un lecteur, c'est presque impoli, c'est presque violent. Donc, autant que ce soit sympathique. Donc, arriver tout de suite à la métaphysique, non, c'est ça.
- Speaker #0
Oui, mais elle arrive quand même. En fait, votre boulot, c'est d'attraper les gens. pour leur dire quelque chose d'important, mais pas tout de suite.
- Speaker #1
J'adore, je diffère la révélation. Vous vous rendez compte, ça fait de moi... Voilà, je diffère l'apocalypse.
- Speaker #0
Exactement, voilà. Non, ce n'est pas forcément négatif.
- Speaker #1
J'aime bien, mais l'apocalypse, ce n'est pas nécessairement négatif.
- Speaker #0
Oui, c'est vrai, la révélation, vous avez raison. Alors, on a les questionnaires de l'émission, vous les avez faits 30 fois, mais enfin...
- Speaker #1
Mais j'adore toujours parce que je l'oublie à chaque fois.
- Speaker #0
Bon, alors, je vous demande quel est le livre qui vous donne envie de pleurer.
- Speaker #1
Euh, Tendrez la nuit.
- Speaker #0
Oui.
- Speaker #1
C'est vraiment, je crois que c'est le livre qui me fait le plus pleurer à chaque fois.
- Speaker #0
Parce que c'est une histoire d'amour foireuse.
- Speaker #1
Parce que c'est une histoire d'amour foireuse et que vraiment, à la fin, il ne reste rien de cet amour.
- Speaker #0
Ouais. Un livre pour arrêter de pleurer.
- Speaker #1
Oh, les recettes de cocktail du Captain Cap d'Alphonse Allais.
- Speaker #0
Un livre pour crâner dans la rue.
- Speaker #1
Alors, marcher dans la rue avec Nitsch, n'importe quel livre de Nitsch, c'est toujours réussi, ça marche toujours. Ça fait son effet.
- Speaker #0
Un livre qui rend intelligent ?
- Speaker #1
Un livre qui rend intelligent ? Je trouve que Rilke est un auteur qui rend intelligent. Pourtant, il est plus connu pour sa subtilité poétique, mais je trouve surtout qu'il est très intelligent.
- Speaker #0
Lequel ?
- Speaker #1
Mais même n'importe lequel. Les Élégy de Duyneau, personne ne pense que ça rend intelligent. Je pense que ça rend intelligent.
- Speaker #0
Un livre pour séduire, tiens.
- Speaker #1
Un livre d'Abeline Othombe.
- Speaker #0
Un livre que je regrette d'avoir lu.
- Speaker #1
Je ne regrette... Alors, il y a des livres vraiment que j'ai exécrés, détestés, mais même ceux-là, je ne regrette pas de les avoir lus.
- Speaker #0
Oui, on apprend à ne pas faire ça.
- Speaker #1
D'abord, on apprend à ne pas faire ça, et puis, quelque part, c'est une très belle réaction, l'exécration que... que peut nous inspirer un livre. C'est une très belle réaction.
- Speaker #0
Oui, c'est mieux que l'indifférence.
- Speaker #1
Tout est mieux que l'indifférence. Et de ceci, l'indifférence est une chose courante quand on ouvre des livres aujourd'hui.
- Speaker #0
Le plaisir coupable, le guilty pleasure, le livre que vous aimez lire un peu en cachette parce que c'est un peu la honte.
- Speaker #1
Alors là, je dois vous dire que j'ai des idées très larges. Si un livre vous donne du plaisir, je ne conçois pas qu'on est...
- Speaker #0
Non, mais un livre un peu... Je ne sais pas, par exemple, j'en sais rien. Un SAS de Gérard de Villiers.
- Speaker #1
Alors j'ai essayé, franchement, je trouve ça très ennuyeux. Ah ben écoutez, je vais certainement vous scandaliser, mais j'ai lu La Femme de Ménage et franchement, j'ai eu beaucoup de plaisir.
- Speaker #0
Ah ben faites attention parce qu'on dit que c'est écrit par l'IA aussi.
- Speaker #1
Eh bien écoutez...
- Speaker #0
Vous êtes en train de devenir folle de tous les livres écrits par des robots.
- Speaker #1
Voilà, je trouve... pas que ce soit ni littéraire, ni formidablement écrit, mais je trouve que ça fonctionne très bien.
- Speaker #0
Amélie se spécialise dans la littérature de logiciel. Mais ce n'est pas prouvé non plus, donc il ne faut pas accuser. Le livre que j'aurais aimé écrire ?
- Speaker #1
La Bible. Franchement, il y a des passages tellement extraordinaires dans la Bible.
- Speaker #0
Et si les livres étaient interdits et brûlés par les pompiers, comme dans Pharaonate 451, le livre que vous auriez envie d'apprendre par cœur, et vous ne vous appelleriez plus à Mélinoton, mais vous porteriez comme nom le titre du livre ?
- Speaker #1
La princesse de Clèves. Je trouve que c'est le livre le plus érotique de tous les temps. C'est d'ailleurs, à mes yeux, le seul livre érotique.
- Speaker #0
Et bien alors justement, avec un amour à sens unique.
- Speaker #1
Exactement.
- Speaker #0
Enfin, plutôt non consommée, quoi.
- Speaker #1
Voilà.
- Speaker #0
Et donc, quand vous arrivez dans une teuf, on dit, ah tiens, voilà la princesse de Clèves.
- Speaker #1
J'aimerais bien. Et j'arriverais avec, vous savez, une fraise. La fraise me va très bien.
- Speaker #0
Il faudrait le réciter par cœur. Je le réciterai par cœur. Chère Amélie, est-ce que je vous demande comment vous travaillez ? On le sait, c'est de 4h à 8h du matin. Vous écrivez où ?
- Speaker #1
À la cuisine, sur un tabouret.
- Speaker #0
Vous avez des rituels ?
- Speaker #1
Juste avant d'écrire, entre le moment où je... J'avale mon demi-litre de thé beaucoup trop fort et le moment où je me mets à écrire, je lave mes mains au savon. J'ai besoin d'avoir les mains très propres.
- Speaker #0
Pour écrire des saletés, oui. Pour écrire des saletés. Vous écrivez avec un feutre, un ordinateur, un stylo ?
- Speaker #1
Un bic cristal bleu.
- Speaker #0
Ah oui, d'accord.
- Speaker #1
Dans des carnets. dans des cahiers d'écoliers en papier recyclé.
- Speaker #0
Légèrement maniaque quand même. Combien de signes par jour ?
- Speaker #1
Ah, ça, je n'ai jamais compté.
- Speaker #0
Vous ne pouvez pas savoir ?
- Speaker #1
Ça se calcule en intensité et pas du tout en doses.
- Speaker #0
Donc, ce n'est pas un nombre de pages précis ? Pas du tout. Vous faites un plan ou pas du tout ?
- Speaker #1
Jamais. C'est très instinctif.
- Speaker #0
C'est marrant. Parce que quand même, il y a cette construction qui revient. Intéressant. C'est dingue. Sans faire de plan.
- Speaker #1
C'est comme les serial killers. J'ai un mode opératoire.
- Speaker #0
Mais oui. Et les ventes, alors les ventes, elles sont mieux ? Elles sont très bonnes. Elles sont très bonnes, ça je le sais, tout le monde le sait.
- Speaker #1
Contrairement à mon verre de champagne qui est presque...
- Speaker #0
Ah bah oui, alors ça, si vous voulez, je vous en prête. Alors, ce n'est pas du champagne, je le rappelle, mais du champomy. C'est du jus de pomme, du jus de pomme pétillant.
- Speaker #1
Il est très bon votre champomis.
- Speaker #0
On vit dans une sorte d'hypocrisie globalisée qui finalement nous plaît bien, c'est pas mal.
- Speaker #1
C'est les joies de l'inquisition.
- Speaker #0
Oui, alors les ventes, non mais est-ce qu'elles sont plus ou moins bonnes qu'il y a dix ans par exemple ?
- Speaker #1
Franchement, elles sont très...
- Speaker #0
C'est pareil.
- Speaker #1
Mais je sais que je suis une exception, mais qui puis-je ?
- Speaker #0
Vous stagnez au sommet.
- Speaker #1
Voilà.
- Speaker #0
Merci infiniment, Amélie Nothomb. Je suis très heureux de vous voir. Et peut-être qu'on devrait se voir un peu plus tard. plus souvent qu'une fois par an finalement.
- Speaker #1
Vous n'avez pas peur de mettre en danger notre couple ?
- Speaker #0
Si. Je ne devrais surtout pas mettre en danger notre couple. Merci beaucoup, chère baronne.
- Speaker #1
Merci Frédéric, c'était merveilleux.
- Speaker #0
A l'année prochaine alors. Bonsoir.