- Speaker #0
Bonsoir Pierre Méraud.
- Speaker #1
Bonsoir Frédéric.
- Speaker #0
Bienvenue dans Conversations Chez l'Apéro. Je suis très content de vous recevoir.
- Speaker #1
Moi aussi.
- Speaker #0
Parce qu'on s'aime depuis longtemps.
- Speaker #1
Oui et on se vouvoie même.
- Speaker #0
Et on se vouvoie pour l'émission exceptionnellement. Cette semaine Conversations Chez l'Apéro est sponsorisée par les éditions Grasset. Pour cet ouvrage, Le savoir des victimes, un essai très important de Laurent Joly, sous-titré Comment on a écrit l'histoire de Vichy et du génocide des Juifs de 1945 à nos jours. C'est une enquête sur la façon dont on a tenté de faire passer la version pétainiste, du maréchal sacrifié, du moindre mal qui protégeait, y compris les Juifs, contre un massacre pire. par rapport à la réalité qu'est la spoliation et l'extermination par des Français, des Juifs. Et donc deux choses qui sont importantes dans le livre. Premièrement, les victimes, elles avaient du mal à parler, évidemment. Elles ont mis du temps à pouvoir parler et être entendues. Et deuxièmement, c'est ce qui est plus grave, on ne voulait pas les entendre. Et ce travail de mémoire continue aujourd'hui. Et avec ce livre vraiment important qui fera date, Le savoir des victimes de Laurent Joly. aux éditions Grasset. Fin de la publicité. Donc, vous publiez Mammifère 2, c'est chez Rivage, et c'est 20 ans après la reprise du personnage hilarant de l'oncle dans Mammifère, Mammifère 1, qui avait obtenu le prix de Flore en 2003.
- Speaker #1
Et dont vous étiez l'éditeur.
- Speaker #0
Et dont j'étais l'éditeur, c'est vrai, mais je ne suis pas l'éditeur de celui-ci, je le précise, c'est très important, mais c'est vrai que je suis fan de l'oncle. C'est le personnage. le plus loser magnifique de la littérature contemporaine.
- Speaker #1
Raté de grande envergure, c'était dans le premier, oui.
- Speaker #0
Et c'est vrai que, donc, c'est vous qui le dites, vous commencez par là en disant...
- Speaker #1
L'oncle prévient d'emblée.
- Speaker #0
Voilà, alors tiens, lisez le début, merci beaucoup, allez-y, lisez le début.
- Speaker #1
L'oncle prévient d'emblée les buveurs, les dépressifs, les obsédésexuels, les cyniques, les pessimistes, les écorchés. Les ratés ont toujours et de tout âge qui lui firent jadis l'honneur de rire de ses déboires. Il a vieilli, il est devenu grave et plein d'humanité touchante. Mais il persiste à croire que ses semblables adorent la mauvaise foi, laquelle consiste à n'observer que la face sombre du monde, à caricaturer nos contemporains, à les calomnier sans hésitation, et à se présenter soi-même sous un jour exécrable et grotesque.
- Speaker #0
Donc c'est comme une sorte de... Profession de foi, dès le début du livre, de dire moi vous n'allez pas lire une littérature feel good, vous allez suivre...
- Speaker #1
Et il a évolué. Et il a évolué.
- Speaker #0
L'oncle a 20 ans de plus, il est maintenant sexagénaire, qui est un mot qui commence très bien.
- Speaker #1
Et s'il finit mal.
- Speaker #0
Et il n'a toujours pas d'enfant.
- Speaker #1
Toujours pas.
- Speaker #0
Et sa mère vient de mourir. Oui. Quant à son père, il est dans un EHPAD.
- Speaker #1
Et il meurt dans le livre aussi.
- Speaker #0
Je ne voulais pas raconter la fin, mais puisque vous...
- Speaker #1
C'est pas mal, quoi. Oui, oui. Pas surprise.
- Speaker #0
Mais c'est vrai que le livre commence par la scène d'enterrement de la mère et... C'est toujours bien les scènes d'enterrement, mais alors chez vous c'est carrément comique.
- Speaker #1
Ça a été très difficile avec un sous-chapitre, c'était un événement évidemment fort, fondamental, mais il fallait retrouver le ton du premier mammifère, donc grinçant, humour noir. chapitre qui m'a demandé beaucoup de l'âme et de toutes les larmes possibles du monde.
- Speaker #0
Et il y a un point commun entre nous, moi dans mon dernier livre, je parle de la mort de mon père, et c'est Ménilmontant, c'est le funérarium de... Oui, la maison funéraire de Ménilmontant, où j'ai également vu mon père. Donc père allongé, très bien arrangé, il pomponne les cadavres. Il y a cet endroit aussi dans votre livre.
- Speaker #1
Alors oui. Et auparavant, moi j'avais lu dans, je crois que c'était dans Le Point, une petite enquête sur la chambre, enfin pas la chambre funéraire, mais la préparation des défunts. Et c'est un truc complètement fabuleux. Oui, oui, je veux dire. Et la chambre, enfin, ma mère effectivement, ou la mère de l'homme plutôt, je la compare à une poupée Barbie, quoi. Parce qu'elle a les cheveux brillants, dorés, etc. Ça ne ressemble pas. Oui,
- Speaker #0
c'est vrai que ça ne ressemble pas à la personne qu'on connaît. C'est ça qui est très bizarre. Alors, la position allongée n'aide pas, mais enfin, c'est vrai que c'est quelque chose de très bizarre. Très étonnant, la couleur de la peau est très travaillée. Les morts ressemblent à Donald Trump en fait, ils sont oranges.
- Speaker #1
Presque, ils sont oranges.
- Speaker #0
Vous êtes souvent comparé à Bukowski, parce qu'il y a beaucoup d'alcool, mais aussi à Houellebecq, qui a été votre ami, que vous avez connu, je crois, dans une petite maison.
- Speaker #1
Il était aux éditions de La Différence, il avait publié Restez vivants. Et puis ensuite, la poursuite du bonheur des poèmes. Voilà, on s'est rencontrés là.
- Speaker #0
Et il y a ce pessimisme glorieux ou ce laconisme cruel qui est commun à vous deux.
- Speaker #1
Et le côté pas de servir aussi. Oui, oui. Enfin, il y a un peu de ça.
- Speaker #0
Et vous avez pourtant été inspiré par un auteur qui est... moins connu qui s'appelle Jersey Pilch.
- Speaker #1
Ah, je savais que vous alliez me poser une question. Mais bien sûr,
- Speaker #0
parce que je suis un fanatique de ce livre qui s'appelle Souleil de Tannant.
- Speaker #1
Tannant, c'est devenu un rituel pour moi, je le cite à chaque fois. Oui,
- Speaker #0
oui, j'ai vu que vous en reparliez. Qu'est-ce qui s'est passé quand vous avez lu ce livre ? Alors, Jersey Pilch, c'est un polonaire Alors,
- Speaker #1
j'étais malgré tout une polonaise déjà, donc c'est déjà une première chose, et puis c'était une jeune femme qui me l'avait recommandée, je ne sais pas. Je l'ai lu et ça parle évidemment beaucoup d'alcool. Le pauvre Roger Zipi est mort d'une maladie de Parkinson il n'y a pas si longtemps que ça. Et moi, ça m'avait beaucoup plu ce livre. Je l'ai relu plusieurs fois. Il y a toute une littérature de l'alcool. Et en plus, ce qui est intéressant, dans « Souleil d'un ange » , c'est qu'à un moment, je crois que c'est quasiment au milieu, il cite toute une série d'auteurs, de citations d'auteurs à propos de l'alcool. Il y en a un paquet.
- Speaker #0
Mais c'est vrai que vous avez ce style. Je ne sais pas si vous écrivez en état d'ivresse ou pas. Non,
- Speaker #1
mais je ne peux pas beaucoup moins.
- Speaker #0
Non, non, mais ce n'est pas un problème. Mais ça transforme l'écriture quand même. Oui,
- Speaker #1
il y a une libération quand on a pas mal de verrou, quand on porte pas mal de verrou soi-même, ça libère.
- Speaker #0
Et une écriture aussi avec beaucoup de lyrisme un peu. Oui,
- Speaker #1
c'est ce qu'à un moment je dis. En fait, il y a assez peu d'alcool, c'est pour ça que je préviens les buveurs. Ils vont peut-être être déçus parce qu'il y en a beaucoup moins. Et puis, il y a le chapitre justement qui fait le point sur l'alcool où je dis que l'alcool et le lyrisme ont un rapport. Parce que l'alcool rend lyrique en principe. Oui, oui. Il rend le corps lyrique.
- Speaker #0
Et du coup, avec une phrase assez fluide, avec des adjectifs surprenants, c'est votre spécialité. Oui. C'est ce qui crée un peu...
- Speaker #1
Même au alcool. Oui,
- Speaker #0
oui. Bon, juste pour le plaisir, je cite des livres de Jersey Pilsch qui ne sont pas traduits en français. Il y a des titres géniaux, monologue dans une tanière de renards en 96. Mon premier suicide en 2006 et désespoir à cause d'une charrette perdue en 1994. Donc vraiment, j'invite les éditeurs français.
- Speaker #1
La littérature polonaise. elle est intéressante de toute façon. Oui,
- Speaker #0
bien sûr. Mais là, en l'occurrence, c'est des livres qui ne sont malheureusement pas publiés en France.
- Speaker #1
Oui, je crois qu'il y a Souleil d'un an.
- Speaker #0
Oui, c'est tout. Alors, l'oncle, donc le héros de votre livre, il est professeur dans un... lycée vous êtes vous même prof de français oui sans l'enfer étant là voilà et on dit où vous êtes prof de français où on le dit pas oui mais de maison voilà et il se fait déloger de son appartement c'est un drame du livre c'est le drame c'est à l'appartement c'est un grand mot que le studio mythique de l'oncle du premier manif est effectivement
- Speaker #1
C'est sa coquille, il est là depuis 24 ans, et il perd tous ses trucs. Alors c'est un bordel de monde, il ne l'a pas entretenu, rien, etc. Il y a des descriptions un peu apocalyptiques, mais c'est effectivement un grand choc. Et ça va être le fil directeur du... Oui,
- Speaker #0
c'est ça que je trouve très, très marrant chez vous. C'est que, bon, la mode des auteurs contemporains, c'est de prendre un grand sujet d'actualité, un sujet historique, vous voyez, ou un grand personnage. Vous, c'est un type qui se fait déloger de son appart. Voilà le suspense du bouquin.
- Speaker #1
Le fil directeur est venu après, parce que c'est vrai que le premier Namiphère est un peu déconstruit, même s'il y a une logique. Là, bon, c'est plus narratif, quoi. Je crois que le deuxième est plus narratif que le premier grâce à Sophie Lérecteur.
- Speaker #0
Oui, et puis alors nous avons un autre point commun, l'oncle et moi, je ne sais pas si c'est autobiographique, mais on lui met un stent.
- Speaker #1
Et moi aussi.
- Speaker #0
Et moi aussi. C'est un problème d'âge.
- Speaker #1
Je veux dire toi, mais vous, vous avez eu un infarctus, parce que moi ça a été avant. Oui,
- Speaker #0
alors comment ça se fait ? Je me pleure. Vous sentiez quelque chose ?
- Speaker #1
Oui, il y avait des douleurs. Donc,
- Speaker #0
Pondréza écartait l'artère coronaire.
- Speaker #1
Moi c'était par le bras aussi, puis après t'as des bleus partout.
- Speaker #0
Et du coup c'est vrai que là aussi il y a des scènes hilarantes, comiques sur ce sujet.
- Speaker #1
Il vaut mieux en rire.
- Speaker #0
Il vaut mieux en rire, donc on voit le monde hospitalier.
- Speaker #1
Le docteur Zorro. Le docteur Zorro.
- Speaker #0
Vous dites que l'homme moderne n'est pleinement un homme que dans deux endroits, la station-service et la grande surface. Alors développez cette idée.
- Speaker #1
C'est au moment où l'oncle va rendre visite à son père dans un Ehpad. Et donc il en profite, il s'arrête pour faire le plein. Il a repéré sur je ne sais plus quelle application le sans plomb 98 et moi chez un tel endroit. Donc c'est l'objet effectivement d'une petite réflexion sur... Il n'y a pas 36 endroits pour... Je dis plutôt pour un homme de sexe mâle si je puis dire. Oui, oui. De 12 ans d'âge mental. Et de 12 ans d'âge mental, c'est la grande surface et la station essence.
- Speaker #0
La station essence, pourquoi ? Parce que c'est le dernier endroit où on se sent plus...
- Speaker #1
C'est la modernité peut-être aussi. C'est un lieu de modernité. un endroit de fausse virilité. Enfin, on croit qu'on est viril quand on prend de l'essence. Et il rêve même d'acheter des garages comme il avait dans son enfance. Oui, c'est ça. Un Mattel ou je ne sais pas quoi.
- Speaker #0
Mais est-ce que l'oncle y est resté un enfant parce qu'il n'en a pas eu ?
- Speaker #1
Peut-être, oui, mais... Il est resté aussi un enfant parce qu'il est enseignant. Donc le contact de 35 ados à chaque fois...
- Speaker #0
Alors là aussi, il y a des scènes très drôles, parce qu'évidemment, enseigner la littérature française à Rueil-Malmaison, ça a l'air compliqué.
- Speaker #1
Non, c'est pas plus compliqué qu'ailleurs, mais enfin, c'est pas notre génération. C'est évident.
- Speaker #0
C'est pas leur priorité,
- Speaker #1
vous voyez ? C'est pas leur priorité, et puis... Nous, on a connu un monde sans portable, sans smartphone. Eux, ils sont plongés dans leur smartphone.
- Speaker #0
On ne peut pas empêcher à l'entrée.
- Speaker #1
Ce qu'il faudrait, c'est des brouilleurs, tout bêtement. Ça coûte cher, sans doute. Il faudrait équiper. Alors, on leur dit, moi, je leur dis, arrêtez avec votre... C'est un doudou, c'est un cordon médical. Dès qu'ils sortent de cours, et même pendant le cours, quand on les chope, et ça a une influence terrible sur l'expression. Pas pour tous, bien sûr. Il y en a toujours qui s'en sortent, évidemment.
- Speaker #0
Et vous avez un petit peu de mal à expliquer l'intérêt de la lecture de livres ?
- Speaker #1
Les livres, ils dévoient un reculant.
- Speaker #0
Mais est-ce que vous avez un secret, une méthode, un truc pour arriver à intéresser les adolescents à la lecture ?
- Speaker #1
La force.
- Speaker #0
La force ? La force physique ? T'assures ?
- Speaker #1
Non.
- Speaker #0
L'homme qui sort de la station service...
- Speaker #1
Non, en fait, moi, je suis devenu un peu... Un peu routinier, c'est-à-dire qu'au tout début, parce que j'ai commencé tard dans l'éducation nationale, enfin à 37 ou 38 ans, mais au tout début, d'ailleurs c'est la première année où tu fais le plus de choses finalement. Et la première année, tu inventes des choses. Moi j'arrivais avec mes bouquins par exemple. Quand on faisait le roman, j'arrivais avec une cinquantaine de romans, ensuite une cinquantaine, et on jouait à la librairie. Non, c'était qu'en plus c'était à Garges-Végonès, donc les gamins c'était pas le même standing entre humains. Et ils étaient là. Ils jouaient le jeu. Et ça marchait. Là, je n'ose plus le faire. Parce que les bouquins sont tachés, salis, il y a du café, du tabac, enfin bref. Il faudrait que je le refasse quand même.
- Speaker #0
Alors, vous dites à un moment, la différence entre l'EPAD et la SPA, c'est que les animaux ont eu chance de sortir de la SPA.
- Speaker #1
Même avec un gosse cru à l'hébitieux. Oui, parce qu'en EPAD, c'est terrible. Ça dépend desquels, sans doute.
- Speaker #0
Non, mais c'est pour donner une idée de la noirceur de votre écriture. On va faire le jeu tout de suite, ça va donner encore plus d'idées de ce que c'est que le style de Méro. Devine tes citations, donc je vous lis des phrases de vous, il faut deviner dans quel livre vous avez écrit cette phrase. Ausha. Non, mais c'est fastoche. Seule devrait exister la littérature pour enfants, le reste est souffrance et vanité.
- Speaker #1
Mammifère 2, et à propos d'Ainé Blayton.
- Speaker #0
Oui, oui. Et pourquoi aimez-vous une histoire ?
- Speaker #1
Ça m'appelle l'enfance et puis parce que j'avais sauvé ces livres quand on a vidé l'appartement de mes parents. L'édit d'enfance. C'est intéressant par ailleurs.
- Speaker #0
Oui, bien sûr. Et je pense que c'est plus difficile d'écrire pour les enfants que pour les adultes.
- Speaker #1
Oui.
- Speaker #0
Deuxième phrase de vous, chaque famille classique se doit d'avoir un raté. Une famille sans raté n'est pas vraiment une famille, car il lui manque un principe qui la conteste et lui donne sa légitimité.
- Speaker #1
C'est le tout début de mammifère, le premier.
- Speaker #0
Alors je signale d'ailleurs que le premier mammifère ressort en poche, toujours chez Rivage.
- Speaker #1
Il est chic.
- Speaker #0
Et il est très mignon, très beau, et c'est vraiment... Moi je l'ai relu pour l'émission et il n'a pas pris une ride. Vraiment, c'est un texte qui... qui est toujours aussi désopilant. Donc vous pensez que chaque famille doit avoir un raté qui lui donne son sens ?
- Speaker #1
Ça a été vraiment le point de départ, effectivement. C'est qu'à un moment, j'arrivais, j'avais 40 ans. Maman Cruciale, j'avais vraiment l'impression de... J'avais publié quoi ? Deux livres ? Trois ? Oui. Je me disais, je voyais mon frère aîné par exemple, qui était prof de fac, tout ces machins-là. Et puis je me disais, moi qu'est-ce que j'ai fait ? Je suis un petit prof de banlieue, j'ai des textes vaguement, etc. Je me sentais en dessous de ce que je valais quand même. Et puis... Bon, il y a eu le chômage aussi, il y a eu un retour chez mes parents, donc ça renforce le côté enfantin et le côté raté finalement. Oui, c'est du venturiste. Quand vous restez un enfant...
- Speaker #0
Et donc j'ai...
- Speaker #1
Mais c'est un raté de grande envergure.
- Speaker #0
Ah oui, bien sûr. Et la question que vous avez... Comment vous avez fait pour retrouver le ton sarcastique, dépressif et bourré pour écrire Mammifères 2 ?
- Speaker #1
Ça a été très difficile. Oui. À Soma, à Soma. Mammifères, le premier, je l'ai écrit en 8-9 mois et on travaillait en même temps. Ça, ça a été plusieurs strates d'écriture. Ça a commencé, le premier chapitre que j'ai vraiment écrit, c'était en 2002. C'était tout de suite après l'enterrement de ma mère, je crois. Donc c'est l'enterrement de ma mère, et puis ensuite il y a eu toute une série d'arrêts, de reprises. Entre temps il y a eu un livre de lettres qui a été publié chez Alba. Donc ça a été excessivement difficile pour moi de reprendre ce ton, parce que 20 ans plus tard, c'est plus le même personnage tout à fait. Il est quand même plus paisible, il est plus...
- Speaker #0
Moins autodestructeur.
- Speaker #1
Plus heureux, moins autodestructeur, parce qu'il est aussi comme vous-même. Stentisé. Stentisé, oui. C'est quand même bon.
- Speaker #0
Mais, alors, troisième phrase de vous. Aimer est exceptionnel. Ne pas aimer est la règle. Accepter cette règle devrait donner un début de bonheur.
- Speaker #1
Oui, c'était même le bandeau pour Mammifère 1er.
- Speaker #0
Oui, Mammifère 1, 2003. C'est ça votre recette pour être heureux ? C'est-à-dire accepter la règle que ne pas aimer est la règle.
- Speaker #1
Accepter la règle, ne pas aimer est la règle, oui. Et que ça vous tombe dessus de toute façon. Oui. Ça vous tombe dessus. Mais c'est vrai qu'il y a une part de... Bon, il y a toujours l'amour dans l'amphithére. Bien sûr, mais oui. Mais dans l'amphithére 1, c'est plus... C'est plus tragique, c'est vrai, c'est plus sombre. Et puis il y a ce fil rouge dans l'amphithére, dans le chromie, ce qui est l'alcool, qui est lié aussi à cet amour, cette absence d'amour. Mammifère 2 c'est beaucoup plus paisible à part le personnage de Sandy qui reprend le personnage des lettres qui j'espère est drôle, un peu caustique, c'est le moins qu'on puisse dire et il y a de l'amour et puis il y a le chapitre sur Tinder aussi ça c'est celui que je préfère moi Mais oui,
- Speaker #0
mais alors... Il faut pas jacquer tout de suite L'oncle il a 60 ans et tout d'un coup il s'inscrit sur Tinder Alors là franchement c'est...
- Speaker #1
Et c'est vrai,
- Speaker #0
c'est vrai C'est vrai, vous avez testé
- Speaker #1
Voilà c'était un test, c'était un test, j'ai déjà vu, j'ai une amie Une ancienne collègue qui m'a dit tu devrais aller voir sur Tinder, ça va t'inspirer. Parce qu'elle, elle m'a raconté ses histoires sur Tinder. Elle en rajoutait dans le comique aussi. Et je suis allé voir du coup. Et c'est quasiment une enquête, mais à la façon oncle, à la façon mammifère.
- Speaker #0
Oui, mais est-ce que le vrai sujet de mammifères 1 et 2, c'est pas le mâle blanc de plus de 50 ans, quoi ? C'est-à-dire ?
- Speaker #1
Dans le mammifère. Oui,
- Speaker #0
il a été plus jeune.
- Speaker #1
Le vieux mâle blanc, est-ce qu'il y a eu ? Le vieux mâle blanc, oui, oui, oui. D'une certaine manière, je pense qu'il va y avoir des réactions à propos de Mami Fr2, du personnage. Le livre a été relu. Mais non, mais il y a eu des sens. N'ayez pas peut-être ma question d'éviter le reader, parce que je ne sais pas comment répondre. Je ne vous dis pas. Donc je pense qu'il y a eu des... Oui, on va encore me traiter de...
- Speaker #0
De dinosaures ?
- Speaker #1
De dinosaures, d'antiféministes, j'en sais rien, des choses comme ça.
- Speaker #0
Mais c'est même pas ça, c'est simplement vous décrivez la condition des hommes d'aujourd'hui. Autre phrase de vous. Je ne supporte plus les mous, les mous attirent les cons.
- Speaker #1
Les coups.
- Speaker #0
Ah pardon, les coups, pardon. Vous voyez, j'ai voulu améliorer.
- Speaker #1
C'est dans toute la noirceur du monde.
- Speaker #0
Oui, les mots attirent les coups, pardon.
- Speaker #1
Toute la noirceur du monde.
- Speaker #0
Toute la noirceur du monde en 2013.
- Speaker #1
Oh là là, elle est sourde.
- Speaker #0
Pour ça, c'était un livre qui était... Donc c'était l'histoire d'un prof qui bascule dans l'extrême droite. Aujourd'hui, d'ailleurs, c'est même assez banal, mais ça a été un scandale à l'époque, en 2013. Le livre a été refusé par Gallimard, Grassert,
- Speaker #1
Top... Non, il a été accepté d'abord. Il a été accepté d'abord par Gallimard. Et puis il y a eu l'affaire Richard Millet, le pauvre Richard Millet qui s'est fait taper dessus. Du coup, moi j'étais une victime collatérale, parce que ça devait être mon éditeur. Et le contrat a été signé, donc ça a été annulé. Ensuite, Jean-Marc Roberts avait adoré, chez Stock il a adoré, mais...
- Speaker #0
Il est mort.
- Speaker #1
Il est mort. Manuel Carcassonne a pris le relais. Et il a annulé le contrat, etc. Donc, ça fait du buzz. Tout autre buzz livre. Et finalement, ça a été publié chez Flammarion. Oui. Bon. Tout ça pour un livre qui est...
- Speaker #0
C'est un livre. C'est un roman. Ce n'est pas vous. C'est un personnage.
- Speaker #1
J'ai pas vu quand même que je fasse une préface. On en est là. On ne peut même pas une préface. Un avertissement au lecteur pour rappeler que c'est une fiction. C'est une fiction. L'auteur n'est pas le... C'est un... C'est un feu en plus. Est-ce que c'est un type d'extrême droite ? Enfin, ça... Ça démarre, si j'ai bonne mémoire, avec une histoire de... qui est arrivé à un de mes collègues juste avant de l'époque, dont je m'étais inspiré. Mais voilà, c'est une espèce de fou, enfin pas de fou, solitaire.
- Speaker #0
Et monologue, très agressif, pourquoi pas dans la littérature. Bon, une autre phrase de vous. Depuis qu'il est amoureux de Sandy, on peut considérer que l'oncle est en vigilance orange. Ah,
- Speaker #1
ça c'est l'amiphère 2.
- Speaker #0
L'amiphère 2.
- Speaker #1
La maman, il passe en vigilance rouge.
- Speaker #0
Et ça c'est amusant. Donc on se dit, l'oncle c'est un homme seul, c'est un hedoniste, d'accord, mais enfin, pourquoi est-ce qu'il est si jaloux ?
- Speaker #1
Oui, ça c'est le côté passionnel. Mais il explique qu'en fait, avec une personne sûre, entre guillemets, dont on pense qu'elle est fidèle, etc., il n'y a pas de jalousie qui n'arrive, bien sûr. Mais dès que vous avez un... C'est peut-être une addiction, c'est la jalousie, d'une certaine manière. Oui, c'est... Moi, ça m'est arrivé il y a... J'avais 26 ans, j'étais amoureux fou d'une fille de 20 ans. Et puis à un moment, il faut dire qu'elle m'avait dit... Tu es ma relation principale. Ah oui ? Mais j'aurais peut-être, enfin pas peut-être, elle avait 20 ans, mais à côté d'autres. Alors là, j'ai blémis et je me suis mis à lire son journal. Alors il n'y avait pas les portables, tout ce machin-là.
- Speaker #0
Oui,
- Speaker #1
c'est vrai. C'est la possessivité.
- Speaker #0
Oui, bien sûr. En même temps, c'est une phrase un peu sadique. Tu es mon mec principal.
- Speaker #1
Oui, je rapporte ça comme ça. Je ne sais plus ce que m'avait dit. C'est ce que j'avais retenu.
- Speaker #0
Une autre phrase, et vous devinez dans quel livre vous avez écrit ceci, « Le lycée Stéphanie de Monaco est ce qu'il est convenu d'appeler une réussite architecturale. »
- Speaker #1
C'est dans « M'aimé faire deux » .
- Speaker #0
« M'aimé faire deux » , ça c'est une phrase que je la trouve grandiose. De même une autre, « Président de la République est l'un des métiers les plus cons du monde. »
- Speaker #1
C'est aussi dans « M'aimé faire deux » .
- Speaker #0
Et développer cette bonne idée.
- Speaker #1
La deuxième ou la première ?
- Speaker #0
Oui, la deuxième. Pourquoi président de la République, c'est le métier le plus con du monde ?
- Speaker #1
Je dis le plus con, mais c'est un des plus cons en fait. C'est qu'on me pardonne entre guillemets, mais c'est tous les métiers dans lesquels les gens veulent absolument. Diriger les autres, voir les écraser, voir les tuer, les métiers de pouvoir, et ça c'est à tous les niveaux. Alors évidemment on prend le président de la République parce que c'est l'archétype, le suprême entre guillemets en France, mais... Je dirais que le proviseur, c'est un métier très con aussi, par exemple.
- Speaker #0
Vous allez...
- Speaker #1
Je dis ça, on demande pardon à tous les proviseurs. Vous allez à la proviseur. Ils m'écoutent, mais de vouloir... De vouloir, voilà, organiser, diriger, écraser. En fait, le... Le pire évidemment c'est qu'à un moment ça va être exterminé aussi. Je cite une phrase de Suéren, il n'y a pas que lui qui a dit ça, il dit en fait que finalement la société c'est un enfer de sauveurs. Parce que même si ça part de bonnes intentions, il y a eu quand même des présidents de la République, je ne sais pas, de Gaulle, bon. Et lui, ce n'était pas ça, effectivement. Mais cette idée que, voilà, on veut absolument sauver les gens contre eux-mêmes. Et donc, ça devient un enfer.
- Speaker #0
Oui, bien sûr. L'origine du totalitarisme, c'est ça. C'est vouloir le bien des gens malgré eux. Ou par la force, quoi. Question aux profs de français. Est-ce que Mammifères 1 et 2, ce n'est pas, sur le plan théorique, littéraire, un refus du roman à sujet, qui est quand même, voilà, la tendance axée ?
- Speaker #1
Alors... Vous pensez qu'il y a un refus du sujet en ce moment ?
- Speaker #0
Non, je trouve qu'il y a une dictature du sujet.
- Speaker #1
C'est la vérité, on est bien d'accord. Et vous,
- Speaker #0
vous essayez d'en sortir et d'être libre.
- Speaker #1
Je ne suis pas très à l'aise dans la narration, en fait, et dans le roman classique. Le seul roman peut-être qui ressemble à un roman, c'est « Tous amateurs du monde » , sans doute. Peut-être « Réveillon » , même si c'est complètement éclaté. Mais là effectivement, il y a une liberté de construction. On verra ça peut-être dans les questions que vous posez à la fin, si j'ai bonne mémoire. Enfin, les histoires. Mais il y a un refus du sujet. Le sujet, c'est l'oncle. Tout le sujet, mais c'est l'homme. C'est l'homme.
- Speaker #0
C'est la condition masculine contemporaine.
- Speaker #1
Le mal de 50 ans, etc. Oui,
- Speaker #0
c'est pour ça que je dis que c'est un bon sujet. Non, mais c'est vrai. Et vous aimez plutôt une liberté... À la Rabelais, à la Laurence Stern, c'est ça, plus que le roman du 19e siècle.
- Speaker #1
Il y a de très beaux romans qui jouent le jeu du sujet, entre guillemets. Mais c'est vrai, je ne suis pas... c'est pas mon truc. Enfin, je vais mettre dans des nouvelles. Non,
- Speaker #0
mais non, mais ce n'est pas du point à reprocher.
- Speaker #1
Je sais bien, je sais bien.
- Speaker #0
Ce qui me plaît chez vous, c'est justement votre fantaisie et votre style. Voilà.
- Speaker #1
En fait, en littérature, c'est ça d'abord. C'est la voix, c'est le style.
- Speaker #0
Alors Pierre Méraud, j'aimerais beaucoup vous demander de me lire la page 47.
- Speaker #1
La page 47 ?
- Speaker #0
Mais lisez lentement, ne soyez pas pressés. C'est une page assez importante.
- Speaker #1
D'accord.
- Speaker #0
pour la société actuelle.
- Speaker #1
Où on est long dans la vie amoureuse. On pourrait espérer qu'à 60 ans tout est réglé, tout est harmonieusement réglé. On a eu des enfants, si possible une fille et un garçon, ils ont à peu près la trentaine, ils ont un bon métier. On vit encore avec la mère ou le père avec qui on forme un couple solide bien que fantomatique, un de ces couples incompréhensiblement tenaces. Ou bien on en a divorcé mais sans heure. à l'amiable tel deux conducteurs polis remplissant un constat d'accident. Après une période de désarroi modéré, durant laquelle on a iré sur Tinder, Mythique ou Senior Sensuel...
- Speaker #0
Ah, Senior Sensuel, qu'est-ce que c'est ?
- Speaker #1
Non. Ah, peut-être, peut-être, peut-être.
- Speaker #0
On faudrait le créer.
- Speaker #1
Oui. On a rencontré un autre partenaire vers la cinquantaine, avec qui on finira sans doute ses jours. On possède une résidence secondaire à la campagne au bord de la mer. C'est le soir. En bas, l'homme dispose des saucisses sur un grill. Il allume une flambée dans la cheminée, il se frotte les mains, il s'apprête à briser. En haut, la femme enfile peut-être un porte-jartel. Il reste quelques années à vivre avant l'épadre. C'est le paradis.
- Speaker #0
La donne le ton du livre, c'est sombre et en même temps...
- Speaker #1
C'est bien brisé.
- Speaker #0
Oui, j'ai écrit sur vous, le dictionnaire amoureux des écrivains français d'aujourd'hui, une notice et puis je voulais vous faire réagir parce qu'au fond, quand un dictionnaire sort et qu'on est dedans, c'est pas mal, mais on ne peut pas tellement corriger les choses. Or, c'est l'avantage d'être en vie. C'est que vous pouvez me dire « Ah non mais c'est n'importe quoi ! » Donc voilà, je vous fais réagir sur ce qu'il y a d'écrit sur vous. Pierre Méraud est le romancier du trop, le spécialiste des adjectifs inattendus. Un nuage femelle et interrogatif. Un fatras de vie banale, criante et enchevêtrée. Comme des métaphores tarabiscotées. Les buveurs l'après-midi, peinture lurée telle des coques endormies. Déjà ça, les buveurs l'après-midi peinturent leur étel des coques endormies. Comment vous avez trouvé ça ?
- Speaker #1
C'est d'expérience d'une certaine manière. Le style finalement, c'est l'homme, c'est vrai. Moi j'ai croisé, j'y allais pas, je m'arrêtais quelques fois, je voyais un copain qui buvait le soir, mais il était là dès l'après-midi lui. Et effectivement il y a cette couleur de la peau, la rougeur de l'alcool qui monte. Ensuite c'est l'image, oui, des coques endormies.
- Speaker #0
Pierre Méraud, c'est moi, moche et méchant, sauvé par un romantisme indécrottable.
- Speaker #1
Oui, c'est tout à fait vrai.
- Speaker #0
Tous ces personnages cherchent l'amour, les complications progressives.
- Speaker #1
Oui, c'est les complications progressives, c'est une phrase ou une expression, mais je ne sais plus dans quel livre.
- Speaker #0
Oui, moi non plus, je ne sais pas, mais c'est de vous.
- Speaker #1
C'est de moi, oui.
- Speaker #0
Les personnages cherchent l'amour car ils ont peur d'être seuls le soir de Noël. Méraud est écœurant, triste et... et trop riche comme un slo du groupe Procolarum.
- Speaker #1
Oui, ça, le réveillon, ça, le slo. Oui. Oui, oui, mais ça, c'est...
- Speaker #0
Là, je vous traite d'écœurant, quand même. D'écœurant,
- Speaker #1
oui, mais parce que t'aimes bien traiter... Vous aimez bien, pardon, traiter les gens d'écœurant. Et ne parlons pas trop de chœur.
- Speaker #0
Oui, à l'occasion... Oh, oh,
- Speaker #1
oh,
- Speaker #0
oh, fragile, fragile.
- Speaker #1
Tristante.
- Speaker #0
Je continue. Ah oui, c'était... En 2022, Pierre Méro a publié un roman d'amour épistolaire dont le héros rappelle l'oncle de Manifère. Il recycle le personnage du prof de lycée qui boit trop et se plaint tout le temps. Celui-ci commence à envoyer des... Timo à une jolie collègue et déclenche une passion interdite, les deux amants étant déjà pris. Le titre indique d'emblée que l'histoire finira mal, tout comme l'exergue tiré des lettres à Fanny Brown de John Keats, 1819. Je cite cette phrase que vous aimez beaucoup. « Je ne vous pardonne pas d'avoir joué avec mon cœur comme avec un ballon. »
- Speaker #1
On en parlera peut-être tout à l'heure, justement, ça fait partie des livres que j'ai tenus.
- Speaker #0
Ah ben allons-y, alors justement, les conseils de lecture, quel sens de la transition...
- Speaker #1
Ça, en plus c'est le premier, dangereux.
- Speaker #0
Je demande à Brouillet, je suis avec Invisible. Mais oui, et tant que je suis avec un prof de lycée, de français, j'en profite, les conseils d'un professionnel, un livre qui donne envie de pleurer.
- Speaker #1
Alors, un livre qui donne envie de pleurer, mais c'est pas parce que je suis franc, mais justement c'est les lettres à Fanny. C'est l'élève de Fanny Brown, de John Keats. Bon, c'est écrit, c'est un amour impossible, elle le balade un peu, pas tout à fait sans doute. Et puis surtout, ce qu'on sait, c'est que c'est deux ans avant sa mort, puisqu'il est mort à 25 ans, et c'est rare, on sent que c'est magnifique.
- Speaker #0
C'est le tout début du
- Speaker #1
19ème. C'est magnifique, c'est l'un des plus grands poètes romantiques, un des plus grands poètes anglais, et ça a donné lieu à un film, c'est de John Canguillon. Ah oui, c'est vrai. Qui s'appelle Bright Star. Alors, j'ai un anglais épouvantable.
- Speaker #0
The Bright Star.
- Speaker #1
The Bright Star. Repeat after me.
- Speaker #0
Alors, un livre qui pourrait arrêter de pleurer.
- Speaker #1
Alors, moi, j'ai pensé à deux livres. Le premier qui m'est venu, c'est Mon Chien Stupide de John Fonte. Parce que la première fois que je l'ai lu, ça m'a donné du tonus. Et puis, je l'ai relu quelques années après. Je me suis dit, en fait, c'est quand même assez mélancolique. Mais quand même, pour ce premier tournir, c'est quand même drôle, ce chien qui vit avec une truie à la fin, qui rejoint une truie, c'est ça ? Oui. Mais j'ai pensé, alors ça n'a rien à voir, c'est beaucoup moins drôle, à si c'est un homme, de Primo et Lévi, pourquoi ? Alors bien sûr c'est excessivement dur comme livre, parce que ça t'empêche de pleurer sur ton propre cas. Et puis le tour, elle est déjà sur beaucoup de choses.
- Speaker #0
Oui, bien sûr. Un livre pour s'ennuyer.
- Speaker #1
Alors, j'avais mis la jalousie d'abord de Rob Grier, parce que je l'ai étudié, ce qui est un chef d'oeuvre par ailleurs, mais non, il y en a un pire. Non, pire, non, mais pas pire, parce que là, La Jalousie, c'est vraiment un chef-d'oeuvre. Oui, mais c'est... Il y a avec l'histoire de... Oui,
- Speaker #0
mais le réflexe, ce n'était pas de dire que c'est un chef-d'oeuvre, c'est quand même le nouveau roman, mais une littérature hermétique.
- Speaker #1
C'est hermétique, il y en a une très belle chose. Mais non, il y a pire, et surtout, c'est un souvenir pour moi, parce que j'ai quand même préparé l'agrégation, même si je suis sorti de la première épreuve. Je ne sais pas d'ailleurs si je ne sortais pas d'une boîte de nuit en même temps, mais c'était Les Aventures de Télémaque de Frenlon. C'est un livre d'une dernière nuit. pour moi en tout cas, ça a été un ennui faramineux. Un lit pour crâner ? Un lit pour crâner dans la rue. Là, j'ai mis le dernier Houellebecq que tu as eu avant les autres. Et ça, ça donne envie. Celui qu'a reçu par un service de presse ou par un autre biais qui va sortir dans une semaine ou dans 15 jours, mais tu l'as sous le bras.
- Speaker #0
Avec le prochain Houellebecq avant les autres. C'est vrai que j'ai vu des gens faire ça. J'ai vraiment vu des gens faire ça, à Saint-Germain-des-Prés, avec sérotonine avant les copains. Un livre qui rend intelligent.
- Speaker #1
J'avais pensé, alors, juste pour le mot d'esprit, les mémoires d'un âne de la comtesse de Ségur. Mais, et comme tu as reçu Richard Malka, je pensais au dictionnaire philosophique de Voltaire, parce que c'est un livre qui m'accompagne depuis toujours. Je l'ai étudié en première avec notre prof. Et ensuite, il était au programme de la Gregg, heureusement, parce que finalement c'était... Et c'est un livre où il y a tous les tons de Voltaire, et puis une immense culture, et puis c'est un type formidable.
- Speaker #0
Oui, bien sûr. Un livre pour séduire.
- Speaker #1
Là c'est... Bon, j'ai pensé, je me suis dit, ça dépend de la personne que tu veux séduire, mais...
- Speaker #0
Pas sur Tinder, en vrai, on se balade avec une vraie...
- Speaker #1
Oui, oui, j'entends bien, j'entends bien. Alors moi, je me suis mis, je fais un peu prétentieux, mais ça dépend qui tu veux séduire. J'ai mis Mrs. Dalloway de Virginia Woolf. C'est un roman magnifique. Oui,
- Speaker #0
Virginia Woolf,
- Speaker #1
c'est les tendances. Les tendances, c'est une femme dont tu peux peut-être attirer même des féministes. Oui, oui, oui. Mais sinon, tu peux peut-être draguer avec Sade sous le bras.
- Speaker #0
Alors là, ça envoie un autre signal.
- Speaker #1
Un autre signal, mais ça dépend. Oui,
- Speaker #0
oui, ça dépend. Un livre que je regrette d'avoir lu.
- Speaker #1
Alors. Là, c'est plutôt ma compagne qui me... Parce que moi, je ne regrette finalement pas d'avoir lu un livre. Je le laisse tomber, pas finalement. Elle m'a dit, tu devrais y aller à raison, parce que c'est un auteur admirable, magnifique. C'est Bagatelle pour un massacre, de Céline. Moi, j'en ai lu des extraits. Et tu enlèves le sujet de sa haine. Oui. C'est absolument génial. Tu rêves d'avoir écrit ça contre un ennemi, un critique littéraire, par exemple. sous enculé de je sais pas trop quoi, des machins comme ça, mais le problème c'est que c'est malheureux. Et c'est un génie.
- Speaker #0
Dans Bagatelle, il y a des pages sur la publicité très critiques sur le monde de la pub qui sont parmi les premières jamais écrites sur ce sujet.
- Speaker #1
Oui, c'est un petit peu un génie.
- Speaker #0
Et c'est épouvantable. Mais là, voilà,
- Speaker #1
bien sûr.
- Speaker #0
Un livre que j'aurais semblant d'avoir fini.
- Speaker #1
Bon, Proust, La Recherche.
- Speaker #0
Ah ! Ça alors, un prof de français qui n'a pas fini.
- Speaker #1
Mais moi je l'ai lu quand... Oui mais en revanche je l'ai lu tôt. Je l'ai lu tôt, je l'ai lu quand j'avais 18, 20 ans. Et puis à un moment je me suis arrêté. Mais arrêté loin quand même. Et puis j'ai pas repris mais... Mais à chaque fois je relis un extrait. A chaque fois je relis un extrait...
- Speaker #0
Oui, mais c'est vrai qu'il y a un âge pour lire Proust, et je pense qu'à 18 ans, c'est mort.
- Speaker #1
C'est pour ça que l'âge, on lit pas mal. On est une fois en l'air de choses.
- Speaker #0
Je pense qu'il faut le reprendre, passer la cinquantaine, c'est vrai. Je pense,
- Speaker #1
oui.
- Speaker #0
Le livre que j'aurais aimé écrire ?
- Speaker #1
Alors ça, c'était la question la plus facile, parce qu'il y en a tellement qui sont magnifiques. Mais j'ai un petit... Je ne sais pas pourquoi, un petit... Un coup de cœur pour Le Château de Kafka. J'aimerais bien avoir écrit Le Château de Kafka. C'est un livre aussi... Je l'ai lu quand j'étais... J'avais plus ou moins 18 ans, j'avais 42 fièvres, j'étais sur mon lit, j'avais mes parents, je sais pas quoi. C'était peut-être aussi parce que c'était un roman inachevé.
- Speaker #0
Mais aussi, j'en ai pas parlé, mais Pierre Méraud, il ne faut pas oublier de parler de Petit Camp, oublié en 2002, aux éditions de La Différence, qui était un cauchemar.
- Speaker #1
La Différence a été republiée chez Flamand Réon, vous étiez encore plus petit que La Différence.
- Speaker #0
Ah oui, d'accord. Et c'est un genre de... comme une dystopie étrange.
- Speaker #1
Juste un fragment, deux fragments. Voilà,
- Speaker #0
180 livres fragments.
- Speaker #1
Mais bizarre, oui,
- Speaker #0
très bizarre. C'était un livre très bizarre sur une sorte de... comment on peut dire de cauchemar.
- Speaker #1
De cauchemars, une communauté bizarre, de garagistes. Ça peut être des garagistes.
- Speaker #0
Oui, oui. Charles Fourier mélangé au Marquis de Sade.
- Speaker #1
Exactement, oui. Avec une très belle préface de Dominique Noguès, qui a disparu. J'ai dédié Manifère 2.
- Speaker #0
Oui, oui. Et donc, c'est vrai qu'il y a un point commun avec Kafka, là. Vous avez tenté d'être Kafka, avant d'être Charnoborski.
- Speaker #1
J'étais expert. Olivier Rubinstein. de l'ancien patron de Noël, et il m'avait dit « Ah oui, ça j'aime, ça fait penser à la métamorphose de Kafka » .
- Speaker #0
Voilà. Quel est le pire livre que vous ayez jamais lu ?
- Speaker #1
Alors là, je vais m'en sortir par une pirouette, parce que c'est pas une question simple, et puis j'ai pas envie de dire du mal de genre, tu vois.
- Speaker #0
On peut critiquer un mort.
- Speaker #1
Je ne sais pas où il y a les descendants. Non, mais je pensais... Parce que c'est un génie, c'est un chef d'homme, mais c'est un livre tellement éprouvant, c'est American Psycho. Ton livre préféré. Oui, oui, oui. Votre livre préféré. Oui,
- Speaker #0
c'est un de mes livres préférés.
- Speaker #1
Mais en même temps, c'est...
- Speaker #0
Les limites illisibles, insoutenables.
- Speaker #1
Les insoutenables, en même temps, il y a quand même beaucoup... Par exemple, du grand guignol, il y a de l'humour. Il y a un humour énorme. Je me souviens de la première scène, une scène où il est dans le pressing. où il a donné ses draps à laver chez les Chinois. Il sort dans la cuite, les draps couverts de sang.
- Speaker #0
Et personne ne réagit.
- Speaker #1
Et personne ne réagit. Mais bon, voilà, je me sens en train d'avoir une pirouette,
- Speaker #0
mais c'est un grand livre. Un grand livre,
- Speaker #1
c'est vrai. C'est un grand livre.
- Speaker #0
Et enfin, Pierre Méraud, le livre que vous lisez en ce moment.
- Speaker #1
Alors, j'aurais bien aimé lire le tien, déjà. Ah, mais c'est pas ça. C'est que dans ma librairie, il est commandé. Non, c'est l'art de la joie. L'art de la joie du CED. Vous savez, oh là, excusez-moi. Oui. De Goliarda à Sapienza. C'est un gros pavé, je ne suis pas sûr de le finir. Mais c'est un livre intéressant. On en a beaucoup parlé. J'ai vu ça sur Arte. C'est intéressant. Je ne suis pas sûr de le finir. Mais il y a beaucoup de livres que je ne finis pas. droite à gauche, les sièges gratuits.
- Speaker #0
Bien sûr, mais c'est la meilleure manière de lire. Il ne faut pas jamais se forcer. Merci infiniment. Merci Frédéric.
- Speaker #1
Monsieur Becbédé, l'amoureuse d'une.
- Speaker #0
Monsieur Méraud, vous en êtes un autre.
- Speaker #1
Et de l'histoire.
- Speaker #0
Et on n'est pas mal.
- Speaker #1
Cher ami Stent.
- Speaker #0
Et c'était donc Convertation.
- Speaker #1
Un autre personnage, Stent.
- Speaker #0
Oui, c'est un bon nom de personnage. Johnny Stent.
- Speaker #1
Ou un titre.
- Speaker #0
Frank Stent. Cette émission vous était présentée en partenariat avec le Figaro Magazine, le magazine des Haribo, les Aristoboèmes. Je rappelle donc qu'il faut de toute urgence se procurer Mammifères 2 de Pierre Méraud aux éditions Rivage. Et on peut aussi lire le tome 1, Mammifères, chez Rivage Poche. Mais on n'est pas obligé. C'est une suite, mais sans vraiment... Enfin, indépendante du premier. Merci à toute l'équipe du Figaro Télé. Merci à Chloé Begbedé, notre directrice artistique, community manager. Et enfin, n'oubliez pas, lisez des livres, sinon vous mourrez idiots.