Speaker #0Bienvenue au podcast Corporalité, les exploratorices du corps en mouvement. C'est une série d'entretiens sur le corps. Je suis Yael Pankos, exploratrice moi-même et curieuse du mouvement et des pratiques corporelles. J'ai plusieurs casquettes, dont celle de formatrice empinate, danseuse improvisatrice, praticienne de chassons. Tout au long de mon parcours, j'ai découvert de nombreuses personnes inspirantes sur mon chemin. Et j'aimerais partager ces découvertes avec vous. Je me pose souvent cette question, est-ce que j'ai trouvé ma voie ? V-O-I-X, V-O-I-E. Eh bien, je parle de ma voie professionnelle, mais bon, elle est toujours intimement liée avec la vie personnelle, parce que finalement, on ne peut pas compartimenter les choses dans la vie. J'ai commencé à enseigner le pilates il y a 25 ans. Et j'y suis arrivée un peu par hasard. Je vivais au Brésil, je dansais. Et une de mes collègues, Veruzia Correa, qui habite toujours au Brésil, à Itacaré, était déjà professeure de pilates. Elle donnait des cours dans le premier studio qui s'est ouvert à Rio de Janeiro. C'était dans le salon de leur colocation avec Mariana. Et elle m'a dit, est-ce que tu voudrais pas... être prof parce qu'on a besoin d'aide au studio. Et je ne savais pas trop ce que c'était. Et j'ai dit, je vais aller voir. Et puis, de fil en aiguille, au fur et à mesure des semaines, des mois et des années, je suis, comme on dit, tombée en amour avec cette pratique. Elle m'a amenée à des endroits improbables, imprévus dans ma vie. De ma vie de danseuse, j'ai commencé à me former en pilates, à travailler. J'ai rapidement rencontré des gens fantastiques sur mon chemin d'apprentissage de l'enseignement. Et puis je me suis retrouvée professeure. Et je me souviens qu'au tout début de cette pratique, je travaillais avec Physiopilates à l'époque, qui était Polestar au Brésil. Donc j'ai pu travailler avec des éducateurs, des éducatrices incroyables. Me former auprès de Brent Anderson, fondateur de Polestar, Alice Baker, qui est directrice de Polestar au Brésil, Selma France, qui était une très bonne amie, qui était éducatrice à l'époque. J'ai vraiment rencontré des gens formidables sur ce chemin. Lors d'un premier stage que j'ai fait, je pense que ça faisait juste un an que j'avais fait ma formation, pas tout à fait. Il y a Lolita San Miguel, qui est une elder, quelqu'un qui s'est formée auprès de Joseph Pilates, qui est toujours vivante, qui parcourt le monde pour enseigner, qui était là pour donner un stage. Et moi, j'étais très jeune professeure, j'avais 23 ans, je pense, à l'époque. J'ai eu la chance de pouvoir côtoyer Lolita parce qu'en fait, j'étais hébergée chez Alice pendant ce stage, Alice Baker, et Lolita y était aussi. Et je me souviens, à un moment donné, on a... ramener Lolita à l'aéroport à la fin du stage et j'étais là et elle m'a regardée et elle m'a demandé pourquoi tu enseignes le pilates ? Et c'était la première fois qu'on me posait cette question j'étais toute jeune professeure et j'ai fait une réponse qui est un peu banale j'ai envie de dire parce que je l'ai entendue souvent par la suite en tant que formatrice même très très très souvent j'ai envie d'enseigner pour faire du bien aux autres et qui est une réponse, je pense, tout à fait valable, mais que j'aimerais moduler un petit peu avec le temps, avec ces 25 ans qui se sont passés. Pour moi, il y a un côté un peu naïf, et c'est bien d'être naïf quand on commence quelque chose et qu'on est très enthousiaste, dans le fait de répondre ça. Je vais enseigner pour faire du bien aux autres. C'est très positif, il n'y a rien de mal à ça, mais c'est un petit peu incomplet de mon point de vue. C'est-à-dire que... À l'heure actuelle, bien sûr, je connais les bienfaits de la pratique que j'enseigne, ou du mouvement en général, du mouvement bien enseigné, avec une bonne base biomécanique, avec de la sensibilité, avec une observation des personnes à qui tu enseignes, avec une connaissance profonde du corps, et avec de l'amour. C'est vraiment un combo qui est très efficace. mais J'y ajouterai cette petite subtilité qui n'est pas des moindres. J'aimerais pouvoir... offrir aux personnes que j'accompagne, que je rencontre dans mes élèves, une sorte de prise de conscience sur leur capacité et sur leur puissance qui existe en eux. C'est-à-dire qu'en fait toutes les solutions, ils les ont et je vais simplement aider, accompagner, révéler ce qui existe déjà dans le corps, c'est-à-dire donner peut-être une impulsion pour que la personne reprennent la main sur le mouvement dans son corps, sur le mouvement dans sa vie, sortir de la sédentarité, que ça devienne vraiment une façon de vivre, de se poser la question, est-ce que j'ai besoin de rester assise autant d'heures, quand je bouge, comment je bouge dans ma journée, est-ce que je fais des mouvements répétitifs, est-ce que je peux les faire d'une autre façon, réorganiser, apprendre à réorganiser son corps dans sa vie quotidienne. Et puis, le but ultime, c'est quand même la santé et la vitalité. Pour moi, ce sont deux points très importants. Et ce chemin-là, ce que j'aimerais le plus vraiment offrir et faire vivre à mes élèves, c'est un chemin d'autonomie. C'est un chemin de reprendre la main, si je peux dire comme ça, sur son propre corps et sur sa propre santé. Et ça passe sur s'autom... autonomiser et se responsabiliser. Donc c'est un chemin individuel, mais je ne veux pas le garder uniquement individuel. C'est-à-dire que on ne peut pas être seul dans le monde et être dans la recherche de son bien-être à tout prix, dans un monde qui va mal. On est inséré dans un environnement et dans une société. Et que... Ce chemin-là, ce travail-là de reprendre la main sur son corps, c'est aussi reprendre la main sur son esprit, sur ses pensées, sur sa santé. Et forcément, ça m'aide à reprendre la main sur mon environnement et sur la façon dont je veux vivre ma vie et dans la façon dont je veux me relationner avec les autres personnes et me positionner dans le monde. Donc pour moi... Souvent on parle des techniques somatiques comme des techniques, en anglais on dit mind-body, corps et esprit. Dans la méthode Pilate, si on reprend les écrits de Joseph Pilate, qu'il a écrits en deux étapes, une première partie dans les années 30, une deuxième partie dans les années 40. D'ailleurs les titres sont assez évocateurs. Le premier titre c'est Return to Life Through Contrology. Contrology c'était le nom de sa méthode, retourner à la vie à travers la Contrology. et son deuxième écrit c'est your health, votre santé. Dans ces écrits-là, il parle beaucoup d'éducation, il parle de société, il parle de la société un peu malade dans laquelle il vivait déjà en 1945. Donc je pense que c'est tout à fait applicable à notre environnement actuel. Et dans ces pratiques qu'on appelle donc de mind-body, j'y rajouterais le environment, mind-body environment. C'est-à-dire qu'on ne peut pas pas vivre séparé de l'environnement dans lequel on évolue et on se relationne. Pour pouvoir bien relationner, il faut que je sois au clair avec comment je me sens et qui je suis. Et ça passe par un travail par le corps, par un gain de mobilité. Quand je gagne en mobilité dans mon corps, on travaille la mobilité articulaire, alors ça fait du bien mécaniquement, ça travaille les tissus, ça fait du bien cartilage, ça renforce les muscles. C'est une première couche d'effet. La deuxième couche d'effet, c'est que quand j'ai un corps mobile, j'ai une pensée mobile. Et ça, c'est extrêmement important dans le monde dans lequel on évolue, de ne pas se scléroser, de ne pas se cristalliser, de ne pas se rigidifier dans ses pensées, et de pouvoir s'adapter, être mobile dans son corps, être mobile dans ses pensées, et être mobile dans ses relations. Et donc, pour moi, Tout ça est extrêmement lié. Ça veut dire que quand je travaille, quand j'amène ce travail-là, quand je partage cet enseignement-là, quelque part, j'aimerais, je souhaiterais, ou je prends conscience que l'impact que j'ai, il est au-delà du corps, du physique, du propre exercice physique, du maintien en forme, entre guillemets. même de l'esthétique, on voit beaucoup ça à l'heure actuelle dans les pratiques dites de pilates, mais qu'on appelle plutôt du réformer fitness ou du fitness, où le mot pilates est galvaudé et utilisé à mauvais escient, puisqu'on est essentiellement dans une recherche d'esthétique, une recherche plutôt extérieure. Or ces pratiques du type somatique dont la méthode Pilates cherchent à unifier ce qui se passe à l'intérieur avec ce que je vis à l'extérieur et comment je peux être en même temps en pleine conscience de ce que je ressens dans mon corps en termes de sensations corporelles mais comment cette conscience là m'aide à être plus présent au monde qui est au-dessus de moi. autour de moi. Et je pense que ça est absolument indissociable et c'est ce qui fait que on pourrait même dire qu'à un moment donné, habiter ce corps-là, un corps conscient, un corps mobile, un corps à l'écoute et en relation avec l'extérieur, c'est un corps qui peut devenir un espace même politique. C'est un corps qui est en conscience et qui est actif, acteur. dans le monde dans lequel ils vivent. Et ça nous pose une question que je me pose régulièrement depuis plusieurs années et j'essaie d'y apporter des réponses à ma petite échelle et à mon propre rythme. Probablement plus lentement que je souhaiterais que ça le soit, mais voilà, c'est le chemin intérieur que je traverse qui est de penser que la méthode que j'enseigne, la méthode PINAT, est une méthode qui est... devenue, je ne vais pas dire qui est parce qu'elle est devenue, ce qui n'était pas forcément le cas au départ, une méthode assez élitiste, ou en tout cas ressentie comme telle, parce que chère à la pratique, et peut-être avec une image qu'elle soit réservée à une certaine élite, c'est plus d'un certain milieu économique, même on pourrait dire d'un certain biotype de personne, on voit quand même dans les pratiques de Pinat. énormément de femmes entre 30 et 60 ans, on va dire, CS et plus, cadre supérieur, et plutôt avec un profil type d'une bonne forme physique, plutôt un public blanc, etc. Donc, ça a un impact important sur la délivrance qu'on peut avoir. C'est-à-dire que je pense que Joseph Pilate, quand il est... créé sa méthode, qu'il a écrit ce qu'il a écrit. Il a beaucoup parlé de l'éducation des enfants, de la société dans laquelle on vivait, de rendre les gens autonomes et conscients de leur propre santé. Il l'entendait pour l'ensemble de la société. Comment, et c'est une question que je nous fais en tant qu'enseignant, comment on peut créer des espaces, des possibilités, des opportunités, des changements de paradigme ... pour offrir, pour ouvrir notre pratique à tous, à tous les corps, à toutes les personnes, à tous les types de personnes, de métiers, de localisation, d'âge, etc. Voilà, comment on peut inclure, rendre cette pratique plus démocratique, sans... perdre l'essence de notre méthode, sans perdre l'essence de notre objectif, de notre mission qui est de ramener de la santé, de la mobilité et de la conscience dans les corps et dans les esprits. Je pense que c'est le chemin qui me semble le plus important à l'heure actuelle dans ma pratique et c'est vraiment une préoccupation centrale. de démocratiser et d'ouvrir cette pratique le plus largement possible, avec le plus de qualité possible, donc sans perdre l'essence de notre pratique, et aussi en créant des ponts avec d'autres pratiques, d'autres méthodes, d'autres disciplines. Comme vous le savez, j'aime beaucoup la transversalité, je pratique plein de disciplines différentes, et on a beaucoup à s'apporter, notamment sur ces sujets, Il y a beaucoup de réflexions qui sont en cours dans certains milieux, que ce soit en danse, en yoga. Et je nommerai ici un livre que je viens de finir qui est le livre de Politiser le bien-être de Camille Test qui nous offre des chemins de réflexion pour rendre ces pratiques-là accessibles mais aussi conscientes qu'elles ont un rôle à jouer dans le monde actuel, dans la société actuelle pour... aller vers une société plus juste, plus inclusive, plus politisée. et ne pas simplement se regarder le nombril et se préoccuper uniquement de notre bien-être individuel dans une société qui va mal. Je citerai aussi, et c'est une référence que j'ai depuis quelques temps, le docteur Gabor Maté, qui a écrit un livre qui s'appelle « Le mythe du normal » , qui parle plutôt de santé mentale, mais c'est extrêmement lié aussi. On voit arriver dans nos pratiques énormément de gens qui ont subi des burn-out ou des dépressions, qui sont dans des situations aussi psychologiques difficiles. Pour résumer un peu facilement ce que le docteur Gabor Maté nous dit, c'est que ce ne sont pas les personnes, les individus qui vont mal, c'est la société. On voudrait nous faire comprendre, nous faire croire que la... santé mentale et surtout une question de prendre soin individuel, individuellement, et bien en fait comment peut-on aller bien dans une société qui va mal ? C'est la société qui est malade, et c'est la société au travers de notre propre chemin individuel puis sociétal que l'on pourra aller mieux en tant qu'humanité. Donc voilà, ce sont deux références que je vous cite là, que je vous mettrai dans les... les sous-titres de l'épisode. Si ce sont des sujets qui vous intéressent, dites-le-moi en commentaire. On pourra peut-être parler plus en profondeur et je pense que les prochains épisodes aborderont de différentes manières un petit peu plus en profondeur ces sujets-là. Merci d'avoir écouté cet épisode. Si tu as aimé, partage-le avec ta communauté et laisse un like ou un commentaire sur ta plateforme d'écoute. Cela m'aidera à rendre le podcast plus visible. Merci à Philippe Padem-Powell d'avoir si généreusement composé la musique originale de cette émission. La musique rythme nos vies et apporte de la joie au cœur. Avoir une musique qui me ressemble pour accompagner votre écoute est un vrai cadeau.