- Speaker #0
Bienvenue dans le podcast Corps et Fracas, le podcast mené par la Mutualité Française Centre-Val de Loire qui rend des sujets de santé complexes accessibles à tous. A travers des thématiques variées, nous vous invitons à prendre soin de votre santé et de celle des autres en vous informant. Chaque thématique est explorée en trois épisodes, complétés par un webinaire où vous pourrez poser toutes vos questions. La prévention est au cœur de notre démarche, car s'informer, c'est déjà agir pour sa santé. Bienvenue dans ce nouvel épisode de Corps et Fracas. Nous ouvrons aujourd'hui notre troisième thématique consacrée aux addictions et comportements de dépendance. Pour commencer, je vous propose de centrer notre regard sur la prévention. Pour en discuter, nous recevons Manon Pallot, coordinatrice du service prévention de l'association Opélia. Ensemble, nous parlerons de l'importance de sensibiliser dès le plus jeune âge, des compétences psychosociales et de l'importance d'un accompagnement global. Bonjour Manon.
- Speaker #1
Bonjour Ségolène.
- Speaker #0
Manon, est-ce que tu peux nous expliquer ton parcours et ce qui t'a menée au poste que tu occupes aujourd'hui, s'il te plaît ?
- Speaker #1
Alors, tout d'abord, j'ai eu mon diplôme d'éducatrice spécialisée en 2013. Et donc, à la suite de ça, j'ai travaillé auprès de différents publics, auprès de personnes en situation de handicap, en protection de l'enfance. J'ai travaillé au sein du PRE de la ville de Blois aussi, donc projet de réussite éducative. A l'aide sociale à l'enfance, au département, j'ai eu différents postes. Et dans tous ces postes, j'ai été forcément confrontée à des publics qui avaient des conduites addictives. Donc ça a toujours été un sujet qui m'a questionnée, sur lequel je me suis toujours intéressée. Et il se trouve qu'il y a eu une opportunité au Pélia Vérez d'un poste en prévention. Et c'est comme ça que j'ai intégré ce service.
- Speaker #0
Ok, très bien. Oui, donc c'était quelque chose qui, dès le début, en fait, ça s'est fait assez naturellement, quoi. D'arriver sur cette thématique-là, elle est au cœur de tous les métiers un petit peu du social.
- Speaker #1
C'est vrai que les addictions, en fait, ça touche tout le monde, qu'on soit personne accompagnée, qu'on soit professionnelle. Donc c'est un sujet que j'ai toujours trouvé intéressant. Et quand il y a eu l'opportunité de ce poste, moi, je ne connaissais pas grand-chose, finalement. Et comme je suis quelqu'un d'assez curieux, je me suis dit que pourquoi pas essayer.
- Speaker #0
Ok, super. Merci beaucoup, parce qu'aujourd'hui tu vas pouvoir nous en parler. Et pour commencer, on discutait un petit peu de tes missions. Et donc concrètement, chez Opelia, quel est le cœur du métier ? Qu'est-ce que vous faites au quotidien ?
- Speaker #1
Alors Opelia VRS 41 regroupe deux services médico-sociaux. Un XAPA qui est un centre de soins d'accompagnement et de prévention en addictologie. Et un CARU qui est un centre d'accueil et d'accompagnement à la réduction des risques pour usagers de drogue. On en parlera un petit peu plus tard pour savoir exactement de quoi il s'agit. Et donc moi, je fais partie du service Prévention et Formation, qui a pour mission d'intervenir dès le plus jeune âge dans la prévention des conduites addictives.
- Speaker #0
D'accord. Vous faites notamment de la sensibilisation avec Opelia dès le plus jeune âge. Est-ce que tu peux un peu nous expliquer pourquoi et à partir de quel âge finalement est-ce que vous allez faire des actions ?
- Speaker #1
Ok, alors peut-être pour commencer, je vais définir un petit peu ce que c'est que la prévention pour que ça parle à tout le monde. D'après l'Organisation Mondiale de la Santé, c'est l'ensemble des mesures qui peuvent être prises pour limiter le nombre et la gravité d'une maladie. L'intérêt de mettre en place des actions de prévention en santé, c'est vraiment d'éviter ou de repousser tous les comportements à risque en lien avec la santé. Ça peut être notamment les conduites addictives. C'est donc important d'intervenir dès le plus jeune âge, avant les premières expérimentations qui peuvent avoir lieu dès le collège, en ce qui concerne le tabac et l'alcool. Et dès la naissance. Pour l'exposition aux écrans notamment.
- Speaker #0
Ah oui, ok.
- Speaker #1
Puisque les conduites addictives, ça ne concerne pas uniquement les consommations de drogue, mais également tout ce qui est conduite addictive sans produit, donc jeux d'argent et de hasard, exposition aux écrans, etc.
- Speaker #0
Donc parfois, ça va être intervenir auprès des parents plutôt, en l'occurrence.
- Speaker #1
Oui, on intervient auprès de tout public, donc on intervient dès la maternelle jusqu'au lycée. On intervient également au milieu scolaire, en protection d'enfance, dans le secteur du handicap. Et on intervient également auprès des parents quand c'est possible.
- Speaker #0
Ok, super.
- Speaker #1
Concrètement, on intervient dans le cadre de programmes de prévention des conduites addictives et développement des compétences psychosociales. Donc les compétences psychosociales, c'est toutes les compétences nécessaires pour faire des bons choix pour sa santé. Voilà, donc tout ce qui est gestion des émotions, prise de décision, esprit critique. Il peut y avoir notamment la notion d'empathie, puisque si on a de l'empathie pour les autres, on va essayer de comprendre un petit peu les émotions des autres, ce qu'ils ressentent. etc. On va être plus tolérant. Ça peut améliorer le vivre ensemble. Donc c'est vraiment une des compétences qui est importante de développer chez nos enfants.
- Speaker #0
Et ça, ce n'est pas quelque chose qui vient naturellement. On n'est pas avec de l'empathie ou pas d'empathie.
- Speaker #1
Ça va dépendre, en fait, le développement des compétences psychosociales, il va aussi être lié à l'environnement dans lequel on grandit. Si on a des parents qui sont déjà très empathiques et qui apprennent à l'enfant à être empathique, ils auront plus de facilité aussi dans le milieu scolaire à être empathique. Si c'est quelque chose qui n'est pas dans l'environnement familial, en effet, c'est quelque chose qui peut s'apprendre.
- Speaker #0
D'accord, ok.
- Speaker #1
Il faut savoir que les compétences psychosociales, on les développe tout au long de notre vie. Tout ne se joue pas à l'enfance. Par exemple, la gestion des émotions, on sait qu'à l'enfance, c'est difficile la gestion des émotions, donc plus on va grandir, plus on va trouver des stratégies pour gérer nos émotions. En tout cas, ça peut varier en fonction d'une situation, on arrivera à gérer notre émotion, en face d'une autre, on n'y arrivera pas, donc c'est vraiment quelque chose de fluctuant.
- Speaker #0
D'accord, et donc ces compétences psychosociales type l'empathie peuvent avoir un impact sur le développement de comportements addictifs ?
- Speaker #1
Alors, toutes les compétences psychosociales, que ce soit l'empathie, la gestion des émotions, peuvent avoir un effet, en effet, sur les conduites addictives, puisque si on se sent exclu, par exemple, si on a du mal à gérer sa colère, parfois une consommation peut venir apaiser, en tout cas, un mal-être. Et donc, si on développe mal nos compétences, on a plus de risques d'aller vers une conduite addictive, ce qui ne veut pas dire que ce sera forcément le cas.
- Speaker #0
Oui, ok. Oui, donc de l'importance, effectivement. De développer ses compétences, c'est rigolo parce que c'est un terme qu'on n'utilise pas trop au quotidien, on ne connaît pas tant que ça. Mais en fait, c'est au cœur de l'humanité de chacun. On en a tous besoin et on n'en parle pas tant que ça.
- Speaker #1
Pour répondre à ta question, comment on s'y prend concrètement ? Pour qu'un programme de prévention soit efficace, il faut qu'il se base sur des données probantes et qualitatives. Ça veut dire sur des évaluations scientifiques qui vont montrer que développer, par exemple... L'empathie, il faut le faire de telle ou telle manière en utilisant tels ou tels outils. Donc on s'appuie vraiment là-dessus pour pouvoir développer les compétences des enfants, adolescents et adultes. Et il y a aussi quelque chose de très important, c'est que dans l'animation qu'on propose, on va être sur de l'approche expérientielle, donc vraiment pouvoir être en mouvement en fait. On n'est pas sur quelque chose de descendant, on est vraiment sur des séances qui sont très participatives où les élèves vont pouvoir tester des choses sur des mises en situation, sur des jeux. des activités ludiques.
- Speaker #0
D'accord, donc c'est de la prévention aux conduites addictives par le développement des compétences psychosociales par différents exercices que tu décris là.
- Speaker #1
Exactement, en fait quand je parle de programme c'est par la répétition aussi qu'on apprend et donc on fait des programmes de minimum 6 séances.
- Speaker #0
D'accord, ok.
- Speaker #1
Avec un minimum de 6 séances où on va former par exemple l'enseignant qui va co-animer avec nous où l'élève disposera d'un livret, l'intervenant aussi. Donc c'est vraiment des choses qui sont... sont créées à l'avance et qui peuvent être répétées plusieurs années de suite.
- Speaker #0
Et alors les actions de prévention, comme vous les mettez en place aujourd'hui, est-ce que ça s'est toujours déroulé comme ça ?
- Speaker #1
Alors il y a eu une évolution quand même sur l'approche qu'on peut proposer en tant qu'animateur de prévention. Il y a quelques années en arrière, une dizaine d'années en arrière, on était encore sur la prévention par la peur et une animation plutôt descendante, c'est-à-dire que les intervenants venaient sur une action d'une heure et passaient de l'information aux jeunes. Les interventions étaient ponctuelles et ne permettaient pas au public de pouvoir s'approprier les informations. Puisque quand quelqu'un intervient sur une heure sur quelque chose de descendant, on n'a pas très envie de l'écouter. C'est pour ça qu'aujourd'hui on est sur de la répétition avec des programmes de prévention. L'idée c'est vraiment de s'appuyer, comme je l'ai dit tout à l'heure, sur une approche expérientielle et ludique. Et de favoriser vraiment une éducation préventive. D'être dans de l'éducation et non dans quelque chose de négatif. L'idée aussi, c'est de créer un environnement favorable en formant, par exemple, les professionnels qui interviennent auprès des jeunes et des enfants. Et ça va vraiment favoriser la mise en place de nos actions, puisqu'on parlera un langage commun avec les personnes qui accompagnent les enfants et les jeunes. Et pour terminer, on adapte notre discours aux réalités sociales de chaque public. Par exemple, la réduction des risques, c'est de se dire qu'il y a des personnes qui consomment et qui n'ont pas forcément envie de modifier leur consommation. Donc, on va pouvoir leur donner des conseils de réduction des risques. La réduction des risques, ça peut être pour éviter la survenue d'une maladie, pour éviter une overdose. Par exemple, pour les jeunes lycéens, on sait qu'ils vont avoir des consommations d'alcool et très souvent, on est sur ce qu'on appelle du binge drinking, c'est le fait de consommer beaucoup d'alcool en peu de temps. Donc nous, on va plutôt être sur des conseils de réduction des risques, comme par exemple boire un verre d'eau entre chaque verre d'alcool, dormir sur place, être toujours avec des personnes de confiance. Essayer de manger avant de consommer de l'alcool, d'espacer ses consommations. Et on peut leur donner par exemple du matériel, des petites réglettes qui leur disent si j'ai consommé un verre d'alcool, voilà quel est mon taux, est-ce que je peux conduire après ou pas, ou des étilotestes.
- Speaker #0
Mais alors, est-ce que ce n'est pas un petit peu facile de dire, bon on sait que dans tous les cas... Vous allez boire, donc faites, mais faites-le correctement.
- Speaker #1
Alors tu as raison de poser cette question parce que très souvent quand on présente notre manière d'intervenir, c'est des questions qu'on peut avoir. Après bien sûr qu'on va évoquer aussi les risques avec les jeunes. Ils les connaissent déjà en fait, donc l'idée c'est vraiment de les interroger sur si tu bois telle quantité d'alcool, à ton avis quels sont les risques ? Ils connaissent les risques. Donc l'idée c'est vraiment d'avoir un échange avec eux et de ne pas être sur que de l'information. Voilà, si tu fais ça, ce que tu risques. Justement, on parlait du développement des compétences psychosociales juste avant et ça va les aider aussi à faire leur propre choix, c'est-à-dire qu'à un moment on ne sera pas à côté d'eux le jour où ils seront tentés de boire un verre d'alcool. Donc nous on va leur dire, voilà ce qui peut se passer si tu consommes trop, maintenant c'est à toi de faire tes propres choix. Nous on ne sera pas là pour te dire, non il ne faut pas boire. Donc l'idée aussi de donner des conseils de réduction des risques, c'est pour limiter les dommages liés à la consommation. Mais on n'est pas dans quelque chose où on va favoriser en effet les consommations. Mais plutôt essayer de responsabiliser aussi ces jeunes qui peuvent avoir 17, 18, 19 ans et qui demain n'auront plus par exemple leurs parents derrière eux pour leur donner ces conseils.
- Speaker #0
Est-ce que par exemple lorsque vous intervenez sur la prévention aux écrans pour les tout-petits, les familles l'acceptent de la même manière ?
- Speaker #1
Alors concernant les familles et plus spécifiquement les parents, c'est vrai que dans un premier temps quand on arrive sur une intervention par exemple sur la prévention des écrans auprès des parents, Ils peuvent avoir une petite réticence par peur d'être jugés, stigmatisés, etc. Mais par le biais des outils d'animation qu'on propose, ils sont assez rapidement impliqués dans l'intervention et au contraire vont venir poser des questions. Ils s'intéressent aussi à l'éducation de leurs enfants et à l'utilisation des écrans, qui n'est pas toujours simple au domicile. Donc ils sont plutôt partie prenante des interventions qu'on propose.
- Speaker #0
Merci. Et les comportements addictifs, ils n'ont pas une seule cause, mais une combinaison de facteurs assez complexe, si j'ai bien compris. Comment chez Opelia vous prenez en compte cette diversité de situations pour accompagner les personnes sans tomber dans les clichés ou la stigmatisation ?
- Speaker #1
Alors déjà, ce qui me semble important de dire aujourd'hui, c'est qu'Opelia porte des valeurs fortes en tant qu'association, que sont la solidarité, la liberté et l'égalité. Donc vraiment un attachement au respect de la liberté et de la dignité de chaque personne. au principe de non-discrimination et à l'intérêt collectif. Toutes ces valeurs portées par l'association permettent de ne pas être dans la stigmatisation. On accueille vraiment les personnes de manière inconditionnelle. A Opelia, on ne parle pas d'intoxicaux, mais d'une personne avec une problématique addictive. On s'intéresse à la personne, que ce soit dans notre centre de soins, donc OXAPA ou Centre de Réduction des Risques au Carud. On accompagne les personnes dans leur globalité, dans tous les aspects de leur vie. On s'adapte à la demande de la personne, tout simplement. Par exemple, s'il y a une personne qui vient en entretien individuel pour son suivi et qui ne souhaite pas parler de ses consommations parce que c'est trop compliqué, mais qui souhaite plutôt avoir une aide sur la gestion de ses émotions, on va l'accompagner sur la gestion de ses émotions, puisque de toute façon, on sait que ça aura un impact aussi sur ses consommations.
- Speaker #0
Ok, oui, donc tout est lié. Finalement, vous répondez à la demande et vous ne venez pas imposer ce que vous pensez être bon pour la personne.
- Speaker #1
Exactement, on est vraiment dans la démarche de partir de la demande de la personne quand elle arrive chez nous. et puis de pouvoir l'accompagner dans son parcours de soins.
- Speaker #0
D'accord, très belle valeur. Et alors justement, on parle de clichés, de stéréotypes, c'est quoi aujourd'hui les idées reçues les plus tenaces qu'on a autour des addictions et pourquoi c'est si important justement de les déconstruire ?
- Speaker #1
Alors les stéréotypes les plus tenaces autour des addictions sont par exemple de penser que la toxicomanie concerne uniquement les personnes qui consomment des drogues comme l'héroïne, le crack, donc des drogues qui peuvent faire un petit peu peur. Pourtant, si on reprend la définition de ce que c'est que la toxicomanie, c'est un état de dépendance physique ou psychique, ou les deux, vis-à-vis d'un produit et qui s'établit chez un sujet à la suite de l'utilisation périodique ou continue de celle-ci. Donc on parle bien sur l'idée d'une consommation de produits, sachant que le tabac, l'alcool sont des produits. Donc si on a une dépendance à l'alcool ou au tabac, on est dans une toxicomanie. Donc c'est vrai que très souvent, les termes déjà... Quand on dit celui-là c'est un toxico, en fait on ne sait pas déjà ce que veut dire toxico. Donc c'est important déjà de bien définir les termes. Et puis sur les stéréotypes qui ont un peu la vidure sur les addictions, ce serait autour du fait que les personnes qui consomment sont dangereuses, sont des chômeurs, peuvent être des décrocheurs scolaires pour les adolescents. De manière générale, on va penser que ce sont des personnes marginalisées, alors que dans notre société, on est dans une société addictogène, donc tout le monde est concerné par les addictions. Que ce soit l'addiction à son téléphone portable, que ce soit l'addiction au tabac, à l'alcool, en tout cas on est tous concernés, on connaît tous quelqu'un autour de nous qui a une problématique addictive. Donc il est important de déconstruire ces stéréotypes tout simplement pour limiter l'exclusion sociale des gens et favoriser en ce sens l'accès aux soins et aux droits communs puisque quand on se sent... stigmatisés, un petit peu rejetés par la société, on aura plus de difficultés à aller vers le soin. L'idée c'est de créer un environnement favorable, moins jugeant, moins culpabilisant pour qu'ils puissent s'investir complètement dans leur parcours. Donc ça c'est vraiment le travail de tout le monde, de tout un chacun, de pouvoir un petit peu s'éloigner de ces stéréotypes et pouvoir penser autrement. L'idée c'est que si une personne est dans une démarche d'arrêt et qu'elle vit plusieurs rechutes, si l'entourage n'est pas soutenant, si autour de lui on culpabilise, tu te rends compte. c'est de ta faute, tu n'as pas réussi à tenir, tu es encore rechutée, etc. La personne peut culpabiliser et perdre complètement confiance en elle et donc avoir encore plus de difficultés à revenir ensuite vers le soin.
- Speaker #0
Et donc moi je suis là en tant que moi-même, en tant que professionnelle de santé, d'éducateur, d'enseignant, et je suis confrontée à justement une personne qui a des conduites addictives, peu importe le type. Comment je peux faire justement pour changer mon regard, pour l'accompagner ou la diriger vers des personnes qui peuvent l'accompagner ?
- Speaker #1
Alors déjà, si un professionnel qui accompagne n'importe quel public se pose des questions, il peut toujours contacter nos services, que ce soit le XAPA, le CARUD, et échanger avec un professionnel de nos structures, que ce soit un éducateur, une psychologue ou une infirmière. Et on propose également des formations à destination de tout professionnel qui accompagne du public. La formation acteur de première ligne, qui est une formation qui va permettre aux professionnels de pouvoir repérer et orienter les personnes avec des problématiques addictives. Donc ça permet également de changer le regard, il y a toute une partie sur la notion des produits, qu'est-ce que c'est qu'un produit, qu'est-ce que c'est qu'une drogue, une addiction, etc. Il va y avoir la présentation de nos différents services aussi pendant cette formation. Et puis une sensibilisation à l'approche motivationnelle, qui est l'approche que nous on va utiliser en addictologie. qui permet de vraiment s'appuyer sur la motivation au changement à la personne et de pouvoir la faire émerger cette motivation. Puisque de toute façon, nous on peut avoir toute la volonté du monde à aider quelqu'un, si la personne n'a pas envie de changer, on va juste s'épuiser. Donc l'idée c'est d'avoir des petits outils, des petites techniques qui permettent à la personne de trouver sa propre motivation à changer.
- Speaker #0
Génial. Et alors ça c'est dans le Loir-et-Cher, est-ce qu'il y a des équivalents un peu partout en France ?
- Speaker #1
Alors tout à fait, nous dans le Loir-et-Cher, on a la chance que cette formation soit financée par l'agence régionale de santé, et donc elle est gratuite pour les participants. Chaque structure à dicto propose en général ce type de formation à destination des professionnels, puisqu'on l'a dit que c'est très important en effet de sensibiliser l'environnement des personnes, donc que ce soit le XAPA d'Opédiavéres, le XAPA de la Pléiathacèbe par exemple dans le 45, ou d'autres XAPA. peuvent proposer ce type de formation.
- Speaker #0
D'accord. Donc en tapant Opelia sur Internet, globalement, peu importe où on habite, on trouvera ces ressources-là.
- Speaker #1
Alors Opelia est nationale, mais n'est pas présente dans tous les départements. Par contre, dans chaque département, on peut retrouver un XAPA, un CARUD, et pour la plupart, un service de prévention. Ce n'est pas toujours les mêmes associations, mais si on tape sur Google, justement, XAPA, donc Centre de soins d'accompagnement et de prévention en addictologie, on en trouvera toujours un dans notre département.
- Speaker #0
Super. Et donc une fois que cette formation est acquise et que face à nous la personne a trouvé cette motivation, c'est quoi la suite ? Est-ce que nous on peut l'accompagner ou est-ce qu'on la redirige vers vous ?
- Speaker #1
Alors vous pouvez nous appeler avec la personne pour prendre un premier rendez-vous au XAPA, au Centre de soins d'accompagnement et de prévention en addictologie. Au sein du XAPA, il y a différents professionnels, donc il y a une équipe plutôt médicale avec un médecin et une infirmière, des psychologues et des éducatrices spécialisées. Il y aura un premier accueil où la personne sera reçue pour évoquer sa demande, son besoin. Vous pouvez l'accompagner physiquement au sein de notre structure à Opelia VRS, au 6 rue de la Mar à Blois. On a également des antennes à Romorantin et Vendôme. Vous pouvez l'accompagner physiquement, mais la personne sera reçue seule. Ou avec vous dans un premier temps pour qu'elle se sente en confiance, et puis ensuite seule. Sur le volet médical, on va proposer plutôt... Un espace de parole autour de la santé de la personne, de la prévention et de réduction des risques, donc autour par exemple du VIH, des overdose, etc. Un traitement adapté et si nécessaire, des produits de substitution. Parce que pour certains produits, par exemple comme l'héroïne, il va y avoir besoin d'un produit de substitution pour pouvoir travailler sur les autres volets que sont par exemple le volet social, où là on va être plutôt sur un accompagnement individuel sur le parcours de la personne, l'accès aux droits, l'aide pour retrouver une stabilité, un logement par exemple. Et puis le dernier volet psychologique où là il va plutôt s'agir de comprendre avec la personne les causes de l'addiction, de la soutenir dans son anxiété par exemple ou la gestion de ses émotions.
- Speaker #0
Et est-ce que ça, ça s'adresse à tout public adulte, jeune, confondu ? et structures plus spéciales selon les profils ?
- Speaker #1
Alors sur le XAPA, on est plutôt sur un public adulte. Alors on peut accompagner à partir de 16 ans quand il y a vraiment besoin de soins. Sinon pour les adolescents de 12 à 25 ans, il existe la CJC, Consultation Jeune Consommateur, qui est un dispositif national, donc qui existe dans tous les départements. Dans le Loir-et-Cher, il est porté par trois acteurs, au Pélia VRS, donc avec une antenne à Romorantin au point d'information jeunesse. L'hôpital de Blois, à travers la maison des ados, qui propose aussi une permanence CJC. Addiction France, qui propose une permanence à Vendôme.
- Speaker #0
Très bien. Et tu as mentionné plutôt le CARUD. Qu'est-ce que c'est comme structure ?
- Speaker #1
Alors le CARUD, il se situe également au Cirulama. Il va plutôt s'adresser à des personnes, donc là c'est vraiment adultes, c'est ouvert aux plus de 18 ans, qui ont des conduites addictives et qui ne souhaitent pas modifier en tout cas leur consommation. Donc on est sur un public un petit peu différent du XAPA, puisqu'on ne va pas être vers une démarche en tout cas de changement, mais plutôt des personnes qui viennent pour réduire les risques. Donc ça peut être par exemple en prenant au carul du matériel de réduction des risques, tout ce qui est, je ne sais pas moi, kit de seringues, kit de snif, autour de la sexualité, des préservatifs, etc. Donc on a vraiment cette notion-là. Il y a une équipe de deux éducateurs et une infirmière qui peuvent aussi accompagner vers le soin, qui peuvent... Aider dans les démarches sociales. Et un accueil collectif au Carud, où l'idée c'est aussi de travailler sur de la socialisation, en étant avec d'autres personnes.
- Speaker #0
Très bien. Donc effectivement, entre Xapa, le Carud et le CJC, ça permet de toucher tout profil, tout type de demande finalement. Donc si on s'adresse à vous, il y aura forcément une des structures qui sera adaptée à la demande.
- Speaker #1
Oui, tout à fait. Ce qui semble aussi important de préciser, c'est que dans notre département, il y a une petite subtilité, c'est qu'il y a deux XAPA. Il y a le XAPA d'Opelia VRS, où nous, on est plutôt spécialisé drogue illicite, et le XAPA d'Addiction France, où la porte d'entrée sera plutôt l'alcool et le tabac. Donc en fonction de la consommation aussi, pour bien orienter les personnes, on va plutôt orienter vers Addiction France s'il s'agit de l'alcool et du tabac, et pour les autres drogues, on va plutôt venir à Opelia VRS.
- Speaker #0
Merci beaucoup de nous avoir fait un état des lieux assez clair sur... En quoi consiste finalement la prévention pour les thématiques de la conduite addictive ? On va pouvoir passer aux deux minutes culture où je vais reprendre un petit peu, expliquer comment fonctionne le système de récompense dont on parle quand on parle de conduite addictive. Donc Manon, tu peux rester avec nous jusqu'à la fin. Alors aujourd'hui, je vais vous demander d'imaginer que votre cerveau est comme un jardin. Dans le jardin, chaque plante représente une source de plaisir, partager un repas, rire avec des amis, faire du sport, écouter de la musique. Et ces plantes poussent parce qu'elles reçoivent de la dopamine, une molécule qui agit comme un engrais naturel du plaisir. Mais voilà, certaines substances ou comportements, comme l'alcool, le tabac, les jeux ou les écrans, c'est comme une plante envahissante. Au début, elle paraît inoffensive, mais elle grandit très vite, attire toute la dopamine et finit par étouffer les autres. Résultat, on éprouve presque... plus aucun plaisir à s'occuper des autres plantes, seulement de cette unique liane. Scientifiquement, c'est ce qu'on va appeler le dérèglement du circuit de la récompense. Le cerveau reçoit tellement de dopamine d'un seul coup qu'il finit par réduire le nombre de ses récepteurs. C'est comme si la terre devenait appauvrie. Même quand on arrose avec de vrais plaisirs, les plantes poussent moins bien. C'est ce mécanisme qui explique pourquoi, avec le temps, on a besoin de plus pour ressentir moins. La prévention, c'est pas interdire de planter ni bannir toute forme de plaisir. C'est apprendre à cultiver la diversité, à entretenir ses différentes sources de satisfaction, pour que le jardin reste équilibré. Un cerveau qui varie ses plaisirs, garde son circuit de récompense en bonne santé et évite qu'une seule plante ne transforme tout le terrain en friche.
- Speaker #1
Merci Ségolène pour cette métaphore qui est très représentative de ce qu'est l'addiction. C'est vrai qu'on n'en avait pas parlé, mais tu as abordé la notion d'accoutumance, de dopamine... Ça reprend vraiment ce qu'est le circuit de récompense de manière imagée. Du coup, ça va permettre, j'espère, au plus large public de comprendre qu'en effet, on ne choisit pas d'être addict et qu'à un moment, il y a une modification qui se fait au niveau de notre cerveau et que c'est très difficile d'y résister.
- Speaker #0
Bien sûr. C'est l'objectif, en tout cas, que chacun puisse comprendre cet aspect-là qui n'est pas toujours évident. Merci beaucoup, Manon, pour cet échange très complet.
- Speaker #1
Merci à toi, Ségolène, de m'avoir reçue aujourd'hui.
- Speaker #0
Et puis à vous les auditeurs, on se retrouve le mois prochain avec un nouvel épisode sur la thématique des addictions et des dépendances. Vous pouvez dès maintenant nous envoyer vos questions à contact.murek.fr ou sur nos réseaux sociaux Facebook, LinkedIn et Blue Sky. Toutes les infos sont dans la description de l'épisode. Abonnez-vous pour ne rien manquer et surtout parlez du podcast autour de vous. Ensemble faisons circuler l'info et la parole. A bientôt !