- Speaker #0
Bienvenue dans le podcast Corps et Fracas, le podcast mené par la Mutualité Française Centre-Val de Loire qui rend des sujets de santé complexes accessibles à tous. A travers des thématiques variées, nous vous invitons à prendre soin de votre santé et de celle des autres en vous informant. Chaque thématique est explorée en trois épisodes, complétés par un webinaire où vous pourrez poser toutes vos questions. La prévention est au cœur de notre démarche, car s'informer, c'est déjà agir pour sa santé. Bienvenue dans ce nouvel épisode de Corps et Fracas, nous poursuivons notre série consacrée aux addictions et aux comportements de dépendance. Aujourd'hui, nous avons la chance d'accueillir Nora Monnet, psychologue clinicienne et psychothérapeute. Avec elle, nous allons explorer un sujet qui touche de plus en plus de monde, les comportements addictifs au quotidien et leurs impacts sur nos vies et relations. Bonjour Nora.
- Speaker #1
Bonjour Ségolène. Donc en effet, je suis psychologue clinicienne et psychothérapeute et je suis également docteure en psychologie clinique et chercheuse associée au laboratoire psychopathologie et processus de changement de l'université Paris VIII.
- Speaker #0
Très bien, merci beaucoup. Est-ce que vous pourriez, après cette petite présentation, nous dire ce qui vous guide dans votre travail auprès des personnes confrontées au comportement addictif ?
- Speaker #1
Alors déjà, mon intérêt pour les questions d'addiction, elle est née pendant mes études à l'université Paris VIII. J'ai suivi les enseignements notamment de Muriel Lascaux ou encore de Nathalie Durier. Nathalie Durier qui a beaucoup travaillé sur les transactions addictives au sein des familles et qui a également encadré mon travail de thèse. Elles sont toutes les deux très spécialisées sur les questions des addictions de manière large. Et ensuite j'ai eu la chance de faire un long stage de Master 2 au sein du XAPA VRS de Blois, que vous connaissez aussi.
- Speaker #0
Tout à fait.
- Speaker #1
J'ai rencontré des personnes qui étaient confrontées à toutes sortes d'addictions, cannabis, opiacés, jeux d'argent, mais aussi des jeunes en lycée dans le cadre de la prévention à travers les points de contact avancés. C'est une équipe vraiment qui est très dynamique, qui m'a beaucoup transmis. Et je suis aussi intervenue dans le milieu pénitentiaire, dans le cadre du SPIP à Blois. J'ai suivi des personnes sous l'injustice, parfois sous obligation de soins, avec des conduites addictives présentes, souvent liées. finalement à des parcours de vie qui étaient marqués par la précarité, l'isolement, les traumas. Et c'est lors de mes stages que j'ai compris qu'il est nécessaire d'explorer à la fois la dimension clinique, donc comment les personnes vivent au quotidien, et la dimension sociale, c'est-à-dire comment notre société et nos environnements peuvent renforcer certains usages. Donc ce qui guide mon travail aujourd'hui, ce sont les approches théoriques que j'ai acquises au cours de ces expériences et de ces apprentissages universitaires. Par exemple, il y a Claude-Olivien Stein. qui rappelle que l'addiction, elle se comprend toujours dans un triangle. Le produit, ou alors là, dans le cadre aujourd'hui, le comportement, l'individu et son histoire, et enfin, troisièmement, le contexte. Donc l'entretien motivationnel, les TCC, la réduction des risques et des dommages, ça vient fournir les outils pratiques de régulation et de conscientisation, mais j'intègre aussi une lecture existentielle, c'est-à-dire que l'addiction, elle vient comme tentative de réponse aussi aux grandes angoisses humaines. comme la mort, la liberté, la solitude, l'absence de sens. Et j'ajoute une approche systémique, qui considère que l'addiction n'est jamais seulement individuelle, mais s'inscrit dans des transactions familiales, relationnelles, sociales. Et enfin, le modèle de Prochaska et Edi Clément, qui me guident dans l'accompagnement du changement, en tant que processus en étape, avec parfois des rechutes qui font partie du parcours. Et je garde toujours à l'esprit que si l'accompagnement ne travaille que sur la régulation comportementale, sans explorer ce que le comportement vient compenser, donc sa fonction, On observe souvent un déplacement de l'addiction, c'est-à-dire par exemple que la personne régule les écrans mais se met par exemple à compulser sur l'alimentation ou le sport.
- Speaker #0
D'accord. Merci beaucoup pour cette introduction sur laquelle on a déjà abordé beaucoup de choses. Je vous propose de reprendre un petit peu au début. Avec toute l'expérience que vous avez déjà avec ce type de personnes, est-ce que vous pourriez nous dire ce qui vous semble le plus important ? dans la manière dont on en parle aujourd'hui des addictions comportementales et peut-être repréciser ce que c'est qu'une addiction comportementale.
- Speaker #1
Ce qui me semble important aujourd'hui, c'est de voir que la notion d'addiction a beaucoup évolué. On ne parle plus seulement des produits, mais aussi des comportements quotidiens. Donc jeux d'argent, écrans, achats, alimentation, sports, réseaux sociaux. Le DSM-5 reconnaît par exemple le jeu d'argent comme une addiction comportementale. Il y a la SIM-11 en 2022 qui a ajouté le trouble du jeu vidéo. Et puis la recherche, de manière large, elle avance beaucoup sur d'autres conduites. Ce qui est essentiel, c'est d'éviter deux écueils. Le premier, c'est la banalisation, c'est-à-dire considérer que ce sont juste des petits travers alors qu'ils peuvent avoir des conséquences très lourdes sur la santé mentale, physique et relationnelle. Et le second, c'est la diabolisation, c'est-à-dire que tout usage est forcément pathologique. Et qu'est-ce qu'une addiction comportementale ? C'est l'envie irrépressible de céder à un comportement. comportement.
- Speaker #0
Très bien. Et donc justement, vous parlez de la limite entre dire qu'il n'y a aucune problématique ou au contraire le diaboliser. Peut-être que définir, enfin justement l'identifier à un moment où ça devient une addiction, ça peut permettre de trouver où est-ce que ça commence à devenir problématique. Est-ce que vous pourriez nous dire ce qui fait basculer justement une pratique ordinaire en une addiction ?
- Speaker #1
En fait, ce qui fait basculer une pratique ordinaire vers l'addiction, c'est moins l'activité en elle-même que la place qu'elle prend dans la vie de la personne. Donc travailler, faire du sport, utiliser son téléphone, on peut dire que ce sont des activités utiles et souvent valorisées.
- Speaker #0
Tout à fait.
- Speaker #1
Donc une pratique, elle devient problématique quand elle entraîne une perte de liberté et de contrôle, ce qu'on va appeler le craving, ce qu'on appelait déjà le craving d'ailleurs dans l'utilisation de substances, de produits, c'est-à-dire donc là, une envie irrépressible de céder au comportement. Et quand elle se poursuit malgré les dommages, quand elle envahit l'espace psychique et relationnel. Donc il y a des critères qui ont été proposés déjà par Goodman. C'est avant le comportement, on ressent une tension et une envie répressive, pendant, il y a du plaisir ou une forme de soulagement, et après survient souvent la culpabilité ou le regret. Et malgré tout, on recommence. C'est là qu'on n'est plus dans l'usage ordinaire, mais dans un cycle compulsif. Il faut aussi tenir compte de certains facteurs de vulnérabilité, comme l'isolement, le stress chronique, les traumatismes, mais aussi des périodes de transition de vie. Donc l'activité devient une façon de réguler. l'angoisse, d'éviter la solitude ou tenir face aux pressions. Le cycle, en fait, dans les addictions comportementales, il est d'autant plus vicieux qu'il est socialement accepté, valorisé, encouragé, contrairement aux drogues de type substance.
- Speaker #0
Tout à fait. Et d'où l'importance d'en parler aujourd'hui, de se rendre compte que c'est également à prendre en compte. Et pourquoi alors ce type de comportement peut arriver ? Pourquoi est-ce que notamment, on en parle plus avec les écrans, mais également les autres éléments dont nous avons parlé peuvent... devenir des addictions ?
- Speaker #1
Par exemple, dans le cas des écrans, ça exerce une attraction particulière parce que ça exploite à la fois notre cerveau et nos émotions. Sur le plan biologique, chaque notification, chaque like, chaque vidéo... déclenchent des petites libérations de dopamine. La dopamine, c'est le neurotransmetteur de la motivation et de la récompense. Et donc, ça ne crée pas nécessairement un plaisir intense, mais une attente du plaisir. C'est ça qu'on appelle le circuit de la récompense. C'est cette attente qui nous pousse à revenir encore et encore. Les algorithmes qui sont présents un peu partout renforcent ce mécanisme. Ça fonctionne comme une machine à personnaliser les contenus pour capter notre attention le plus longtemps possible. Ils utilisent souvent ce qu'on appelle un renforcement. intermittant. Donc on ne sait jamais quand la récompense va arriver. La vidéo drôle, le message qu'on attendait ou le like qu'on attendait. C'est exactement le principe des machines à sous et aujourd'hui avec tout le recul qu'on a, on sait à quel point elles peuvent être très addictives. Et enfin il y a l'aspect psychologique. Les écrans offrent une gratification immédiate de la formation, du divertissement, du lien social apparent. Là où la vie réelle demande souvent patience, et effort et adaptation, ajustement. C'est donc ce mélange entre biologie... technologie, besoins humains, qui rend les écrans finalement si attractifs et parfois si difficiles à réguler.
- Speaker #0
D'accord. Et donc, vous avez dit notamment le comparatif avec une machine à sous, les algorithmes, etc. Donc là, on est plus en train de parler de tout ce qui est les réseaux sociaux, des choses comme ça.
- Speaker #1
Les écrans de manière large, on peut retrouver en effet sur les plateformes d'écoute en ligne, en effet les réseaux sociaux. Toute plateforme en général va enregistrer ce qu'on appelle les cookies qui vont venir vraiment personnellement. personnaliser votre expérience de navigation et inciter la personne à rester plus largement, à cliquer de plus en plus.
- Speaker #0
D'accord, c'est intéressant. Et notamment l'aspect dont vous avez parlé, même au niveau de la communication, on pourrait avoir tendance à se dire, ça va, je ne fais qu'envoyer des messages à mes amis, il n'y a rien de dramatique. Et donc même ça, il peut y avoir par rapport à la vie réelle, un côté plus facile qui va faire qu'on va finalement finir par n'être que là-dessus et plus du tout dans le réel, c'est ça ?
- Speaker #1
Voilà, après, comme je vous l'ai dit tout à l'heure, c'est vraiment la limite. c'est à quel point ça vient entraver mon quotidien avec une perte de contrôle. Donc le fait, j'ai envie de vous dire, d'envoyer juste des SMS à ses amis, ce n'est pas addictif en soi.
- Speaker #0
D'accord. Et donc justement, c'est quoi les éléments ?
- Speaker #1
La problématique, c'est avec l'isolement.
- Speaker #0
Ok.
- Speaker #1
Notamment l'isolement ou le fait, et c'est ce qu'on retrouve sur les réseaux sociaux, de parler beaucoup avec des personnes inconnues ou de se sentir aimée. Parce qu'on a beaucoup de likes, on est très suivis, mais c'est, ça vient juste m'être. masquer le fait qu'on est très seul, les personnes ne nous connaissent pas. Et ça aussi, ça vient renforcer le circuit de la récompense, c'est-à-dire cette attente d'être valorisé, d'avoir ce sentiment d'être aimé, d'être validé socialement. Mais souvent, c'est qu'un leurre, une illusion.
- Speaker #0
Ok. Et donc ça, ça vaut pour les écrans et pour, par exemple, le sport, les choses comme ça. Autres éléments identifiés pour se dire si ça devient problématique ?
- Speaker #1
Oui, alors les signes à surveiller en effet, le premier c'est vraiment la perte de contrôle. Quand on n'arrive plus à contrôler, quand on se dit j'arrête et puis en fait qu'on reprend. Quand l'activité elle prend une place centrale dans la journée et qu'on y pense tout le temps. Quand elle entraîne une souffrance, des troubles du sommeil, de la fatigue, de l'irritabilité, de l'isolement, on en a déjà parlé, ou un sentiment de culpabilité. Et quand on continue malgré les conséquences négatives, donc des résultats scolaires. scolaires qui chutent, des tensions familiales, des dettes, une santé qui se dégrade. Et puis, il y a souvent un signal qui est très simple, c'est quand les proches commencent à s'inquiéter ou que la personne cache ses pratiques. C'est souvent que quelque chose est à prendre en compte, qu'il y a quelque chose qui est en train de basculer. Ça, c'est des indicateurs qui distinguent encore une fois un usage ordinaire d'un usage problématique. Et on regarde toujours l'impact sur le lien. Quand l'activité coupe de la famille, des amis, du travail, des projets, c'est un signe qu'il est temps d'envisager et de demander de l'aide.
- Speaker #0
D'accord, très bien. Est-ce que vous observez des conséquences sur la vie sociale, en termes de santé mentale et physique ? Est-ce qu'il y en a également ?
- Speaker #1
Alors sur le plan physique, on retrouve des troubles du sommeil liés aux écrans, de la fatigue chronique, des douleurs musculo-squelettiques quand il y a notamment un surinvestissement dans le sport ou le travail. Et les troubles du comportement alimentaire par exemple entraînent des carences, des variations de poids, parfois des complications graves. Les jeux d'argent excessifs peuvent mener à de la négligence de la santé physique, à leur faute de moyens ou de priorités, parce que la personne est happée par autre chose. Sur le plan psychologique, on observe beaucoup d'anxiété, d'irritabilité. culpabilité, une baisse de concentration, parfois des symptômes dépressifs. La honte et la culpabilité sont quand même assez fréquentes. Les personnes, elles se sentent en fait piégées par leur propre comportement et ça peut aller jusqu'à des idées suicidaires, notamment quand il y a surendettement ou isolement. Et puis enfin, il y a des conséquences relationnelles et sociales, isolement progressif, conflits familiaux, perte de confiance des proches, difficultés scolaires ou professionnelles. On sait qu'une addiction, elle n'est jamais seulement individuelle, elle affecte aussi le système autour. de la personne, que ce soit la famille, le couple ou le groupe social.
- Speaker #0
Très bien. Donc finalement, là, on parle de pratiques du quotidien, mais les impacts sont les mêmes que pour des substances.
- Speaker #1
Exactement.
- Speaker #0
Finalement, les résultats de les addictions restent similaires. Et alors, si je reviens sur les écrans, on parle souvent des jeunes plus spécifiquement. Qu'est-ce que vous observez sur le terrain par rapport à ça ?
- Speaker #1
En fait, les jeunes, ils sont souvent au centre des débats sur les écrans et parfois de façon un peu caricaturelle. La recherche, elle montre que le problème, ce n'est pas l'écran en soi, mais l'usage qu'on en fait et ce que ça vient remplacer. Par exemple, le rapport de l'OFDT, l'OFDT c'est l'Observatoire français des drogues et des tendances addictives, en 2023 a bien souligné ça, c'est-à-dire que les écrans peuvent être des espaces de socialisation, de créativité, d'information, mais deviennent problématiques quand ils impactent le sommeil, l'activité physique ou les relations sociales réelles. Je parle bien de réelles. Sur le terrain, je vois aussi cette ambivalence. D'un côté, des adolescentes et adolescents qui utilisent les réseaux pour rester en lien, s'informer, développer des compétences numériques et de l'autre des jeunes qui souffrent d'anxiété troubles du sommeil, de bestes de concentration parce que ces jeunes passent leur nuit en ligne ou se comparent sans cesse aux autres, notamment avec Insta ça se prête beaucoup et voient donc leur estime de soi fragilisée. Donc il est important de rappeler que les adultes sont tout autant concernés parce que beaucoup passent des heures sur leur téléphone ou leur ordinateur donc focaliser uniquement sur les jeunes. Et c'est oublié que l'usage massif des écrans, c'est un phénomène de société. Ce qui aide, ce n'est pas de culpabiliser, mais d'accompagner à trouver un équilibre.
- Speaker #0
D'accord. Et si ce n'est pas une question d'âge, qu'est-ce qui fait que d'une période ou d'une autre de la vie, on va être plus ou moins vulnérable ?
- Speaker #1
En effet, il y a des périodes dans la vie où on peut être plus vulnérable au risque d'addiction. Par exemple, l'adolescence. C'est une étape où le cerveau est encore en maturation, notamment parce que les circuits de la récompense et du contrôle. Les contrôles des impulsions ne sont pas encore complètement achevés. C'est un moment où la recherche de sensations, de liens, elle est très forte. Et ça rend les jeunes particulièrement sensibles aux écrans, aux jeux ou aux réseaux sociaux de manière large. Et chez les adultes, les ruptures de vie, par exemple une séparation, un deuil, une perte d'emploi, par exemple, sont des moments à risque. De même, il y a certaines transitions, comme l'entrée dans les études supérieures ou la retraite. parce que souvent on va parler des jeunes pour la consommation, il ne faut pas oublier qu'on peut aussi... s'y recevoir en consultation des personnes plus âgées qui ont été fragilisées par ces transitions de vie parce que ça vient bouleverser les repères, l'identité, les rythmes de vie. Parfois, le rapport de l'EFDT rappelle que l'addiction ne dépend pas seulement de traits individuels. Par exemple, les traits individuels qu'on va retrouver, c'est l'impulsivité, une faible estime de soi, la présence de troubles anxieux ou dépressifs. Mais ça tient aussi beaucoup du contexte social, avec une accessibilité massive aux objets addictifs. Ce qui est important à retenir, c'est que tout le monde traverse des moments où on n'est plus vulnérable, et c'est pour ça que c'est essentiel de renforcer la prévention et l'accompagnement dans ses phases de vie.
- Speaker #0
et quand on parle justement d'accompagnement si on parle des jeunes, comment est-ce que les parents les professeurs peuvent encadrer l'usage des écrans, parce qu'en l'occurrence on peut le faire sur des jeunes sans que ça devienne justement un objet de tous les désirs parce que interdit
- Speaker #1
Alors pour accompagner les jeunes dans leur usage numérique ce qui ressort des recherches et des recommandations, c'est qu'il faut éviter deux écueils donc l'interduction qui crée souvent de la frustration et du contournement et la culpabilisation qui coupe le dialogue en fait il y a 3 trois grands axes à retenir. Le premier, c'est donner un cadre clair et prévisible, mais construit ensemble. Deuxièmement, c'est montrer l'exemple, parce que les jeunes observent d'abord ce que font les adultes. Donc si les parents et les enseignants passent leur temps sur leur téléphone, le message perd de sa force. Et trois, c'est proposer des alternatives et garder le dialogue ouvert. À l'école, la question des écrans se pose parce que les écrans sont à la fois un outil pédagogique et une source de distraction. Donc l'enjeu, ce n'est pas d'interdire, mais d'apprendre à réguler. La prochaine. La plus efficace, c'est celle de la réduction des risques et des dommages, dont je parlais tout à l'heure. C'est reconnaître que les écrans font partie de la vie des élèves, mais leur donner les moyens d'en faire un usage conscient et maîtrisé. L'école ne peut pas tout, mais elle peut beaucoup. Elle peut aider à transformer le rapport à l'écran en un apprentissage de soi. Apprendre à s'arrêter, à choisir, à se relier différemment. Finalement, c'est une éducation à la liberté numérique.
- Speaker #0
Merci beaucoup. Est-ce que pour que nos auditeurs puissent repartir avec un peu des petits tips ? faciles à mettre en place. Vous pourriez nous donner quelques exemples, quelques idées de bonnes pratiques à mettre en place ?
- Speaker #1
Oui. Déjà, c'est co-construire les règles ensemble. Donc, définir par exemple à la maison des moments sans écran, des règles de durée adaptées à l'âge. Ces règles, pourquoi elles gagnent à être co-construites ? Parce que les jeunes comprennent alors le sens de la démarche plutôt que de subir la démarche. Donc, à la maison, vraiment, l'idée, c'est de préserver les temps de repas, de sommeil, et de lien. Ensuite, il faut limiter à la maison aussi le multitâche, éviter d'avoir le téléphone ou les réseaux en même temps que les devoirs ou une activité collective. Il faut ritualiser les temps d'écran, fixer une durée raisonnable, décider ensemble avec un signal de fin que tout le monde connaît. Montrer l'exemple, comme je vous le disais juste avant, parce qu'un adulte qui lit un livre à côté d'un enfant, ça envoie un message beaucoup plus fort que mille injonctions. Valoriser les actifs aussi hors écran, donc proposer, encourager le sport, les jeux collectifs, les sorties, la créativité, et surtout favoriser le dialogue. S'intéresser à ce que les jeunes font en ligne, en parler, partager parfois des usages, tout ça, ça permet de transformer l'écran en sujet de discussion plutôt qu'en source de conflit. Donc en résumé, il faut cadrer, incarner, accompagner. Et à l'école, concrètement, ça peut passer par la co-construction d'une charte numérique de classe ou d'établissement. On a déjà qui font ça, discuter avec les élèves, encore une fois, parce que ça crée une responsabilité partagée et ça diminue la résistance. Il peut y avoir aussi des temps de parole ou d'ateliers pédagogiques autour des usages numériques, des émotions que ça provoque, des risques qui sont liés à la comparaison, encore une fois, beaucoup sur les réseaux sociaux, et le cyberharcèlement, qui sont aussi des conséquences directes. Il y a aussi l'intégration possible de séquences d'éducation à l'attention, donc apprendre à se concentrer, à revenir au corps, à reconnaître la fatigue cognitive. Il y a aussi la valorisation d'un usage créatif ou collaboratif. Par exemple, on peut collectivement en classe créer un podcast, comme on le fait aujourd'hui, un film, une exposition virtuelle. Là, ça vient réhabiliter l'écran comme outil d'expression plutôt que de consommation passive. Et enfin, un dialogue régulier avec les familles pour essayer d'harmoniser les repères entre la maison et l'école, encore une fois, sans culpabiliser. ni les parents, ni les élèves.
- Speaker #0
Tout à fait. Alors, vous avez parlé pour la maison d'établir, donc construire les règles ensemble et notamment pour établir une durée raisonnable. Qu'est-ce qu'une durée raisonnable ?
- Speaker #1
Alors, il y a beaucoup d'éléments que vous trouverez notamment sur Internet dans les recommandations officielles. On sait qu'avant l'âge de 3 ans, les écrans ne sont pas nécessairement recommandés. Si après, on veut regarder un petit dessin limé avec son petit ou sa petite devant 3 ans, ça peut être un petit dessin animé de type... Trop trop, on va regarder 10 minutes mais ensemble, c'est-à-dire qu'on laisse pas l'enfant devant les écrans. Quand on avance en âge, on sait que ça va être autour de 30 minutes, quand on est en début de primaire, autour de 30 minutes, et souvent, en tout cas le mieux, l'idéal, c'est d'être accompagné, de pouvoir commenter ce qu'on entend, « Ah t'as vu, regarde là il fait ça, ah oui, qu'est-ce que t'en penses ? » ou de rire ensemble.
- Speaker #0
De leur dire qu'on les réunit l'histoire ensemble finalement. Exactement,
- Speaker #1
l'idée c'est de pas tendre à l'isolement, de ne pas faire en sorte que l'enfant... ou le jeune préfère ces espaces-là aux espaces partagés.
- Speaker #0
D'accord. Et donc justement, vous parlez des ressources officielles. Qu'est-ce qui existe aujourd'hui comme ressources parlant des comportements addictifs pour avoir un petit peu des repères ?
- Speaker #1
Alors déjà, il y a encore une fois le XAPA VRS qui fait un énorme travail autour des addictions comportementales tant au sein de leur structure qu'au sein des points de contact avancés, les lieux où... où on peut rencontrer facilement un professionnel. Donc, ça peut être dans un lycée, en CFA, etc. Il y a aussi les CJC, donc les consultations jeunes consommateurs, un peu partout dans le 41. Après, il y a des lignes d'écoute. Par exemple, il y a une ligne qui s'appelle Phil Santé Jeune. C'est le 0800 235 236. C'est gratuit et anonyme. Après, il y a les outils numériques, les applications. Par exemple, si on pense aux jeux de hasard et d'argent, il y a l'application je contrôle et puis il y a certaines applications qui peuvent aider à la régulation émotionnelle comme par exemple l'application Petit Bambou après encore une fois c'est dans un accompagnement global parce que par exemple traiter l'addiction aux écrans par l'écran on va voir que rapidement ça a ses limites tout à fait
- Speaker #0
Merci. Votre manière, on mettra toutes les ressources dans la description de l'épisode. Et alors, vous avez parlé également des jeux, etc. On voit qu'il existe beaucoup de comportements finalement qui peuvent devenir addictifs. Est-ce que vous avez l'impression qu'avec la modernisation, l'intelligence artificielle, des choses comme ça, il y a des nouvelles addictions auxquelles il faudrait faire attention qui pourraient émerger ?
- Speaker #1
Oui, Par exemple, il y a les jeux vidéo en ligne et les micro-transactions intégrées. Par exemple, ce qu'on appelle les lootbox. ou les paris intégrés. Alors les lootbox, c'est des boîtes surprises que vous allez acheter pour quelques euros et vous ne savez pas ce qu'il y a à l'intérieur. Donc ça, ça se rapproche des jeux d'argent et par leur logique, encore une fois, de hasard et surtout de renforcement.
- Speaker #0
D'accord.
- Speaker #1
Les réseaux sociaux, les applications de streaming avec leur défilement à l'infini qui capte l'attention, toujours avec les mêmes mécanismes de la dopamine. On observe aussi des conduites addictives liées aux plateformes de Paris Sportifs. en ligne qui se développe rapidement et en particulier chez les jeunes. Et plus récemment, certaines recherches pointent des usages problématiques liés à la réalité virtuelle et à l'intelligence artificielle, l'intelligence artificielle conversationnelle, où les personnes peuvent développer des formes de dépendance relationnelle à des avatars, par exemple la chat-GPT. Donc comment s'y préparer collectivement ? D'abord en renforçant la prévention, notamment auprès des jeunes avec une approche éducative. plutôt que culpabilisantes. Ensuite, en développant la recherche, parce que certaines de ces pratiques ne sont pas encore officiellement reconnues comme addiction, ça tend à la banalisation aussi derrière. Alors qu'elles partagent vraiment des mécanismes communs avec toutes les addictions déjà étudiées et celles qu'on a pu évoquer ensemble aujourd'hui. Et puis aussi en formant les familles, le corps enseignant, les professionnels de santé à repérer les signaux précoces pour agir avant que la spirale ne s'installe. Parce que ce qui est essentiel, c'est de rester attentif aux évolutions de nos modes de vie Et de se dire que l'addiction, c'est un défi collectif qui concerne l'organisation de nos environnements numériques et sociaux. Très bien.
- Speaker #0
Merci beaucoup. Effectivement, il y a donc de quoi s'intéresser, continuer à faire des recherches. Il existe plein de ressources. Si c'est des sujets qui vous intéressent, ou que vous avez un proche ou que vous posez des questions, on en reparlera notamment dans le webinaire, justement, de comment... comment réagir si on a l'impression qu'un proche est concerné ou pour soi-même. Merci beaucoup en tout cas pour cette intervention très complète et puis pour toutes ces ressources.
- Speaker #1
Merci à vous.
- Speaker #0
On passe maintenant aux deux minutes culture et pour cet épisode-ci, on va encore parler d'addiction. On va essayer de comprendre ce qui se passe réellement dans le cerveau et le corps. L'addiction peut se comprendre comme une boucle entre ce que ressent le cerveau et ce que fait le corps. On appelle cela le schéma comportemental de l'addiction. Il est composé d'une envie, suivi d'une consommation, d'un renforcement positif, on va revenir dessus, et pour finir, d'une conséquence négative et d'un contrôle réduit. Dès la consommation, on va activer le système de récompense. C'est une partie du cerveau qui va nous pousser à répéter ce qui nous procure du plaisir. Quand une personne consomme une substance ou adopte un comportement addictif, comme l'alcool, la nicotine, les jeux, les écrans, le cerveau libère beaucoup de dopamine, une molécule qui crée une sensation de plaisir et de satisfaction. Cette sensation incite le cerveau à recommencer. Il va y avoir ensuite le renforcement de la loi. renforcement positif. Avec le temps, le cerveau s'habitue à cette stimulation intense, les capteurs de dopamine deviennent moins sensibles, c'est la tolérance. La personne doit consommer davantage pour ressentir le même plaisir. En parallèle, les zones du cerveau qui aident à contrôler nos impulsions et à prendre des décisions fonctionnent moins bien. Résultat, la maîtrise du comportement diminue. De plus, le cerveau garde en mémoire les signaux associés à une consommation. Ça va être par exemple un lieu, une odeur, un moment particulier. Ces signaux peuvent déclencher une envie très forte, le fameux craving dont on a parlé plus tôt, même après une période d'arrêt. Ces changements neurobiologiques vont donc mener à une conséquence négative, à un contrôle réduit, ce qui fera que malgré les effets négatifs sur la santé, le travail ou les relations, le comportement va continuer car le circuit cérébral priorisera la récompense immédiate. En résumé, l'addiction, ce n'est pas seulement une question de volonté, c'est une modification du cerveau et du corps, où le plaisir, la mémoire et le contrôle des impulsions interagissent pour créer une boucle difficile à interrompre.
- Speaker #1
En fait, quand on parle d'addiction, on pense souvent à une question de volonté, mais en réalité, c'est avant tout une histoire de cerveau. Et Marc Tadier, un neurochirurgien de renom qui est très connu, a écrit avec Thierry De Rez, un livre que je vous conseille, dont le titre est Le cerveau sans mémoire. Il vient de sortir en septembre. Il est au profit de la recherche, donc n'hésitez pas à l'acheter. Et Marc Tadier alerte sur une évolution finalement cognitive majeure qui a été documentée grâce à des recherches scientifiques, des tests psychologiques et l'IRM. et qui permet de voir que le cerveau, il est aujourd'hui modifié physiologiquement par notre usage du numérique. Les zones du cerveau qui sont dédiées à la mémoire, comme l'hippocampe, perdent en volume, en densité, en efficacité. Et il explique notamment... que, alors oui certes, le cerveau a une grande plasticité, mais finalement cette plasticité elle diminue avec l'âge et surtout l'intensité du dommage. Ce neurochirurgien et les recherches adjacentes, ce qui est observé, c'est des troubles cognitifs précoces. une montée des troubles anxieux et dépressifs et une perte du lien social. En Allemagne, par exemple, les auteurs parlent de démence digitale, perte de mémoire, troubles de l'attention, repli sur soi, donc en fait des symptômes qui sont proches de ceux de la maladie d'Alzheimer et qui apparaissent parfois chez des trentenaires. Les auteurs invitent vraiment à replacer le smartphone comme un outil. Un outil qui est vraiment génial, super, mais qui doit rester un outil, qui ne doit pas se substituer et finalement nous empêcher en tant qu'être humain notre capacité de réflexion, d'imagination, d'ouverture à l'autre dans le lien réel et notre capacité de créativité.
- Speaker #0
D'accord. Effectivement, merci beaucoup pour ce partage. Pour les derniers qui ne sont pas convaincus des dommages, là au moins, ça va être...
- Speaker #1
avec des données scientifiques. Merci beaucoup, ça donne envie d'aller lire ça.
- Speaker #0
Merci à tous d'être restés avec nous jusque-là. On se retrouve le mois prochain pour le webinaire, toujours sur la thématique des addictions et des dépendances. Vous pouvez dès maintenant nous envoyer vos questions à contact.murek.fr ou sur nos réseaux sociaux Facebook, LinkedIn et Blue Sky. On y répondra pendant ce webinaire. Toutes les infos sont dans la description de l'épisode. Abonnez-vous pour ne rien manquer et surtout, parlez du podcast autour de vous. Ensemble, faisons circuler l'info et la parole. A bientôt ! tout