- Speaker #0
Bienvenue dans le podcast Corps et Fracas, le podcast mené par la Mutualité Française Centre-Val de Loire qui rend des sujets de santé complexes accessibles à tous. A travers des thématiques variées, nous vous invitons à prendre soin de votre santé et de celle des autres en vous informant. Chaque thématique est explorée en trois épisodes, complétés par un webinaire où vous pourrez poser toutes vos questions. La prévention est au cœur de notre démarche, car s'informer, c'est déjà agir pour sa santé. Bonjour et bienvenue dans ce nouvel épisode de Corps et Fracas. Nous poursuivons aujourd'hui notre thématique consacrée aux addictions et aux comportements de dépendance. Aujourd'hui, je donne la parole à Gilles qui a traversé un parcours d'addiction et qui souhaite partager son expérience pour contribuer à changer le regard sur l'alcoolisme. Bonjour Gilles.
- Speaker #1
Bonjour Ségolène.
- Speaker #0
Pour commencer, est-ce que vous pourriez vous présenter en quelques mots qui vous êtes aujourd'hui et puis ce qui vous tient à cœur dans ce témoignage ?
- Speaker #1
Eh bien oui, effectivement, moi je suis malade alcoolique stabilisé. Je me suis soigné en 1983. J'avais alors 33 ans et nous avons donc échangé sur les conduites addictives, mais plus particulièrement sur la consommation d'alcool et les soins qui permettent de se stabiliser dans cette maladie chronique et récidivante.
- Speaker #0
Avant de parler de votre parcours plus personnel, est-ce que vous pourriez nous donner quelques éléments chiffrés sur les addictions, les dépendances en France aujourd'hui, histoire qu'on se rende compte un petit peu ?
- Speaker #1
En 2025, selon l'Observatoire français des drogues, la consommation quotidienne de cannabis concerne environ 900 000 personnes. Les consommateurs de substances illicites n'appartiennent pas à un groupe clairement identifié. Ils peuvent être des usagers socialement insérés, comme des usagers précarisés mais marginalisés. Concernant les substances licites, l'alcool et le tabac demeurent les produits les plus consommés. Le tabac est responsable aujourd'hui de 75 000 décès par an et l'alcool de 49 000 décès par an.
- Speaker #0
De l'importance de témoigner aujourd'hui.
- Speaker #1
Oui.
- Speaker #0
Et alors justement concernant votre parcours plus spécifiquement, est-ce que vous pourriez nous raconter comment l'alcool est entré dans votre vie au tout début ?
- Speaker #1
Eh bien écoutez... Chez mes parents, l'alcool était très peu présent. En semaine, mes parents ne consommaient pratiquement pas de vin ou mélangé avec de l'eau. Le dimanche, mon père sortait une bonne bouteille de sa cave pour la partager avec ses invités et la famille. J'ai donc commencé. J'ai commencé à consommer de l'alcool de façon régulière quand j'avais 18 ans et quand j'ai commencé à travailler. L'alcool m'a été présenté dans le milieu de travail comme un outil, un outil nécessaire pour travailler à hauteur sans avoir le vertige. En fait, je travaillais dans des pylônes de 25 à 50 mètres de haut pour poser ou déposer des lignes électriques. Et, en bas du poteau, on prenait un verre de calva. Donc, c'était une habitude. Est-ce que j'aurais eu le vertige si je n'avais pas pris ce calva ? va ? Je n'en sais absolument rien. Est-ce que les autres collègues auraient eu le vertige ? Ils n'en savaient certainement rien parce qu'ils ne l'avaient jamais fait. C'était vraiment dans le starter pour démarrer la journée et pour ne pas avoir peur.
- Speaker #0
Ah oui, donc vous êtes arrivé dans... dans cette entreprise, vous avez commencé à travailler. Dès le début, on vous a dit, viens prendre le petit calva avec nous. C'était un passage obligatoire.
- Speaker #1
Exactement. Ça faisait partie de la boîte à outils.
- Speaker #0
D'accord. OK. Est-ce que vous sauriez nous dire à quel moment vous avez compris que ce n'était plus seulement quelque chose d'occasionnel ? Écoutez,
- Speaker #1
en 1970, je fais mon service militaire dans le service de santé des armées. Mon job consiste à réceptionner des cantines de matériel, estampiller de la Croix-Rouge. Nous devons les compléter, nous devons remplacer les médicaments qui manquent ou ceux qui sont périmés. Pour cela, on a une pharmacie à notre disposition avec entre autres de l'alcool, de la morphine, de l'opium, autant qu'on en veut. Le soir, dans les pioles, on partage des bouteilles d'apéritif anisé qu'on a fabriquées avec l'alcool qu'on a détourné. Il n'y a aucun contrôle, on ne comptabilise pas les entrées et les sorties de médicaments et de drogues. Personnellement, moi je me contente de l'alcool. En 1971, je reprends mon travail dans les VRD, donc voirie et réseau de distribution, et le rituel du calva. Je me suis marié en 1972, j'ai donc alors 22 ans, et avec ma femme, on part en Rodonnet, en montagne, pour deux jours. jours. Nos sacs à dos sont remplis du strict nécessaire. La première journée se passe bien, mais dans la deuxième journée, j'ai eu une impression bizarre. Je me rendais compte que j'avais besoin de boire, mais ce n'était pas que de l'eau. Je ne connaissais pas du tout la maladie alcoolique à ce moment-là, donc je ne pouvais pas interpréter ça comme un état de manque, mais j'avais cette sensation étrange. Et quand on est arrivé dans la vallée, ma femme me propose, on s'arrêterait bien pour prendre une bière au café.
- Speaker #0
Retour de randonnée normal.
- Speaker #1
Voilà, je me suis dit quelle idée géniale, et là là, donc on s'est arrêté dans un petit bar et sous le parasol on a pris une bière. Et je me suis vraiment rendu compte que cette bière me faisait énormément de bien. Dans les jours qui ont suivi, les choses sont redevenues à la normale en quelque sorte, et cette sensation indéfinissable a quand même tilté dans mon esprit.
- Speaker #0
D'accord, donc c'est le fait, vous vous êtes dit, cette bière me fait particulièrement beaucoup de bien. qui vous a fait vous dire qu'il y a quelque chose à creuser.
- Speaker #1
Exactement. Ce sentiment bizarre, je me rendais bien compte que je n'avais pas envie de boire de la flotte.
- Speaker #0
Comment est-ce que l'alcool influençait votre vie ? Est-ce que vous aviez l'impression qu'elle influençait d'une manière le fait de ne pas en boire ou d'en boire votre vie, vos relations sociales, etc. ?
- Speaker #1
Les vacances se terminent. Je vais changer de travail. En 1973, je travaille dans une usine à la maintenance et à l'installation de nouvelles machines. une période que j'ai trouvé sensationnel parce que j'ai appris plein de choses sur la fabrication des semi conducteurs les diodes les transistors Et puis, parallèlement à tout ça, je prends l'initiative avec mes copains de la maintenance de mettre en place un bar clandestin où on vend du café beaucoup moins cher qu'aux distributeurs. Ce petit commerce nous rapporte de l'argent, nous fait des bénéfices, qu'on investit aussitôt dans des bouteilles d'alcool. L'alcool est interdit dans l'usine et en rentrée clandestinement, c'est finalement encore plus marrant. Donc, mais je me pose des questions. C'est quand même moi qui suis initiateur de ce commerce au black. En 1976, je change à nouveau de travail et je fais du dépannage dans des petits centraux téléphoniques de campagne. Je travaille en binôme avec un collègue qui ne consomme pas du tout d'alcool. Nous sommes sur la route toute la journée et la consommation d'alcool est très importante. d'alcool est vraiment très marginale. J'oublie presque les épisodes qui ont précédé. En 1981, nouveau travail. Je suis intégré dans une équipe de maintenance qui se creusait en 3-8 pour assurer le bon fonctionnement d'une énorme machine. Et là, sur le site, il y a un bar clandestin qui fonctionne sans discontinuer. On y trouve de tout, en fonction des horaires, de la bière, du vin, de l'apéritif, et je suis pris dans l'engrenage. Ce ne sont pas les autres qui m'incitent à boire de l'alcool. Je suis lucide, j'en ai besoin, et ce bar est pour moi une aubaine. Le matin, à 6 heures, alors que la majorité des copains sont à la machine à café, moi je vais au distributeur prendre une bière. A cette époque, les boissons alcoolisées étaient autorisées dans ce genre d'appareil. Donc, un matin, il y a un collègue qui me dit, « Ben dis donc Gilles, déjà ? » En moi-même, je me dis, « Oui, il a raison. Je ne suis plus libre de faire ce que je veux, c'est l'alcool qui me mène. » Donc j'essaie d'en parler à ma femme quand elle arrive de boulot, je lui poste la chanson de Grimald Reich, je ne sais pas si vous connaissez, c'est un vieux truc quand même, jolie bouteille, sacrée bouteille, vas-tu me laisser tranquille. Mais elle n'entend pas du tout mon appel. Elle me dit « Tu m'agaces avec ta musique et puis plus rien » . Par la suite, j'en parle à mon médecin. Il ne me donne aucune solution. Je me dirige alors vers un homéopathe. Il m'examine conscieusement, me prescrit un traitement, Noxomica, sans me dire un mot. Donc, je lui demande « C'est quoi ce médicament ? » . Je crois qu'il me répond « Ça va vous faire du bien, mais c'est tout » . Ça s'arrête là. Donc en arrivant à la maison, ma femme étant infirmière, je prends son Vidal et je regarde à la page Noxomica et je vois « Traitement prescrit en cas d'abus d'excitant, alcool, etc. »
- Speaker #0
Très bien. Et le médecin n'a pas voulu poser les mots dessus ?
- Speaker #1
Non. Rien du tout. Donc je me dis que le mot « alcoolique » doit lui faire peur.
- Speaker #0
Ah, effectivement. On est en quelle année, là, du coup ?
- Speaker #1
Alors là, on doit être en 1982.
- Speaker #0
D'accord.
- Speaker #1
Voilà, puisque je me suis soigné en 1983. Donc cette année-là, en 1983, on part dans le sud de l'Italie et on avait pris l'habitude avec ma femme pendant les vacances avec nos enfants de pratiquer. pratiquait en quelque sorte un mois sobre, à la façon du défi de janvier. Et ce mois est révélateur. J'ai un mal fou à me priver d'alcool. Je trouve des tas de prétextes et de combines pour en consommer. Nous achetons des bouteilles d'Amareto pour nos amis. Je les débouche et je les consomme.
- Speaker #0
D'accord.
- Speaker #1
Avant même d'arriver à la maison.
- Speaker #0
Donc vous revenez de vacances où, en théorie, vous deviez ne pas consommer. Dans les faits, ça ne s'est pas exactement passé comme ça. Est-ce que lorsque vous consommez, c'est un peu tous les jours en permanence ? Est-ce que c'est plutôt des périodes où il va y avoir un grand excès et vous allez avoir un comportement dont vous n'allez pas vous souvenir, des choses comme ça ? C'est une question de continuité ?
- Speaker #1
Non, c'est plutôt des consommations, alors que je ne vais pas les amodérer parce que ça ne l'est pas, mais des consommations que je n'ai pas envie de prendre. Et puis qui me perturbe, parce que je me rends compte que ce n'est pas moi qui dirige les affaires. On est en septembre 1983, donc je reprends le travail. Je repense à notre andonnée de 1972, à cette sensation bizarre que j'ai eue. Et puis c'est de dire qu'il m'a fait du bien. Je pense aussi à ma femme qui ne veut pas entendre ma demande. Mon médecin qui ne répond à rien. L'homéopathe qui identifie mon mal. mais qui ne veut pas m'en parler, qui n'ose pas m'en parler. Je suis persuadé que je suis alcoolique, mais personne n'ose prononcer ce mot.
- Speaker #0
Donc vous avez dit, la première randonnée avec la petite bière à la fin de la randonnée, 1972, donc il y a eu 10 ans ?
- Speaker #1
Il y a eu 11 ans, il s'est passé 11 ans entre les deux. 11 ans pendant lesquels, oui, j'ai consommé de l'alcool. J'ai pris des cuites, il ne faut pas le dire, avec des épisodes de blackout où je ne me souvenais pas du tout de ce que j'avais fait. Mais voilà, grosso modo, j'arrivais quand même à m'occuper de mes enfants.
- Speaker #0
Et donc ensuite, pour justement initier un changement, vous avez commencé à prendre le médicament.
- Speaker #1
Alors, il me revient des souvenirs de mon enfance, quand j'avais 6-7 ans. mes parents Habité à côté d'un bar, d'un café, et mon bureau donnait dans la cour commune, celle de mes parents et du bar, et le soir, très souvent, je voyais un client complètement déchiré, essayer d'aller aux toilettes, et n'y arrivant pas, il pissait le long du mur. Ce monsieur, c'était le père de mon copain d'école, Pierrot, on va l'appeler comme ça. Nous étions toujours l'un à côté de l'autre, et Pierrot, en pleurant, me racontait la soirée, le lendemain matin, me racontait la soirée misérable qu'il avait passée en disant « mon petit père ceci, mon petit père cela » . Et comme Pierrot n'avait pas fait ses devoirs correctement, l'instituteur le punissait. « Tu me feras 30 tours de cours » . Dans mon cœur d'enfant, j'étais révolté par cette injustice. Son père picole, je me disais, sa mère n'est sans doute pas capable de s'en occuper. Enfin, de s'occuper de lui, de s'occuper de Pierrot. Et le lendemain, il se fait engueuler et punir par l'instituteur. Et moi, je suis en train de devenir comme ça, comme le père de Pierrot. Je suis parti sur le même chemin et je vais infliger les mêmes choses à mes enfants.
- Speaker #0
Donc, d'une certaine manière, c'est peut-être vos enfants qui ont aidé, qui ont été le déclencheur, qui vous ont dit « Ce n'est pas possible que ça se passe de la même manière que... »
- Speaker #1
Quelle est la manière dont moi, j'étais enfant, je voyais mon voisin ? Oui, c'est ce rapport, ce copain et mes enfants qui avaient grosso modo 6-7 ans aussi à l'époque. C'est tous ces souvenirs qui ont fait que... J'ai pris ma décision. Donc là, ça se dégrade à une vitesse grand V. Je ne maîtrise absolument plus rien. Tout ça, ça résonne dans ma tête. Et le mercredi 28 septembre, c'est le jour d'anniversaire de ma femme. Je pense qu'il n'y a pas non plus de hasard. J'en ai vraiment marre de tout ça. Je me sers une grande chope d'alcool de pharmacie à 90 degrés. Ma femme en avait, puisqu'elle était infirmière, et elle avait de l'alcool dans ses placards. Je mets un peu dedans, j'ajoute du sirop, parce que c'est vraiment infect. Ça me brûle l'intérieur, et presque content, je me dis que c'est terminé, ça va me tuer. Et puis, du pot ou pas de pot, j'en sais rien, je me mets à tout vomir dans la demi-heure qui se mit, ça me reboile le zophage, ça me brûle de partout, et puis il est 13h, je vais quand même au travail, je suis certainement dans un état pitoyable, mes collègues... qui me voit arriver me dit « Gilles, tu ne peux pas travailler comme ça, retourne chez toi » . On est retourné chez moi, je m'en vais dans un établissement spécialisé qui est à côté, qui est sur Tournord, le centre hospitalier de Louis-Soveste. Il est environ 14 heures. Du parking aux admissions, je fais trois pas en avant, deux pas en arrière, j'y arrive tout de même, et là, M. Sambre reçoit tout de suite. Il ne me pose même pas de questions, il ne demande pas pourquoi je viens, il s'en doute, vu ma tronche. « Je peux vous hospitaliser lundi » , me dit-il. Je suis d'accord. Il m'explique en quoi consiste le traitement qu'il me délivre et comment vont se passer les soins hospitaliers, hydratation par perfusion polyvitaminée, atelier, ergothérapie.
- Speaker #0
Et donc, à ce moment-là, au début, votre femme n'avait pas trop réagi à la musique, 10, 11 années plus tôt. Là, à ce moment-là, quel rôle est-ce qu'elle a joué là-dedans ? Est-ce que c'est elle qui vous en a parlé également de ce centre, etc. ? Ou est-ce que c'est vous seul qui avez découvert que ce centre...
- Speaker #1
Je connaissais le centre parce que c'est pas loin de chez moi. Donc je connaissais le centre. Donc voilà, je retourne à la maison avec quelques comprimés de Valium dans les poches et puis du TTD V3 V4. C'est un médicament, c'est un entabus. C'est-à-dire que c'est un médicament qui ne se fait plus aujourd'hui mais qui, quand on le prend, n'autorise pas la consommation d'alcool. Si on consomme de l'alcool avec, on est très malade. Ma femme... J'annonce ça à ma femme, mais elle est toujours dans le déni. Elle est bloquée sur cette histoire de ne pas admettre. Et elle me dit, tu n'es pas alcoolique, je ne veux pas que tu sois hospitalisé, les enfants ont besoin de toi.
- Speaker #0
D'accord.
- Speaker #1
Je n'ai jamais été violent avec elle, ni avec mes enfants, mais, ou peut-être en parole, mais là, cette fois, je la prends, bon, elle n'est pas lourde, je la monte dans la voiture, et je lui dis, on va voir le médecin. Donc on se retrouve face au médecin qui m'avait reçu deux heures auparavant, on discute ensemble et nous demandons au médecin si on peut faire des soins ambulatoires. Le médecin n'est pas partisan, jugeant que Nadia ne peut pas être conjointe et thérapeute. Avant de partir, il nous donne tout de même les coordonnées d'un aidant associatif et nous retournons à la maison.
- Speaker #0
Donc là on a beaucoup parlé de votre femme Nadia, est-ce qu'il y a eu d'autres personnes qui ont joué un rôle également dans ce début de parcours de soins ?
- Speaker #1
Alors, avec les coordonnées de cet aidant, le lendemain matin, je... Je repars au boulot. Il est 9h. C'est le casse-croûte. Évidemment, pour moi, sans alcool. Je dis à mes collègues, nous allons partager ce repas comme tous les matins, mais je ne boirai pas de vin. Je leur offre tout de même une bouteille en disant, ne changez pas vos habitudes. habitudes pour moi. Je suppose que là, ils ont compris que, compte tenu de mes consommations excessives, j'avais besoin de faire au minimum une pause. Le reste de la semaine se passe bien et le dimanche, l'aidant de l'association vient à la maison et trouve les paroles qui vont tout changer dans notre couple. Il dit Nadia, tu n'es pas responsable de la maladie de Gilles. Et comme le médecin, il nous préconise des soins hospitaliers. Mais nous, nous avons décidé que ce serait Nadia Bonaparte. une infirmière, nous avons beaucoup à échanger, nous formerons un duo d'entraide mutuelle. Donc le lundi, un collègue me demande de lui réparer un aspirateur, c'était la coutume, dans les services de maintenance, on nous amenait toujours des choses à bricoler, comme ça. Je lui dis tout de suite, je ne bois plus d'alcool, ça ne sera pas la peine de m'offrir une bouteille pour me remercier. Mais quand il revient chercher son matériel réparé, il pose une question. une bouteille sur l'établi. Là, je suis un petit peu agacé. Je lui dis, tu as mis une de ces bouteilles, mais c'est pour toi. Ce n'est pas pour moi. Je t'ai dit que je ne buvais plus d'alcool. Je suis alcoolique. Alors, alcoolique, c'est un mot qui est difficile à dire, mais c'est magique. Une fois qu'on a dit ça, il n'y a plus de questions, il n'y a plus d'incitations, il n'y a plus de sous-entendus, il n'y a plus de moqueries. Donc ensuite, en fonction de nos horaires, avec Nadia, nous allons entre 3 et 4 fois par semaine aux réunions d'information, Merci. au centre Louis-Sevest, aux conférences, aux groupes de parole. On se documente sur la maladie et puis voilà.
- Speaker #0
Et si vous aviez été hospitalisé, ça aurait été pour combien de temps ?
- Speaker #1
Au centre Louis-Sevest, les hospitalisations, ils préconisent en général trois mois. Mais je dirais que c'est modulable, sûrement encore plus aujourd'hui qu'à cette époque-là. Aujourd'hui, vraiment, ils font en fonction. Alors, il y a d'autres centres. Il y a le centre de Malvaud, à Ramboise, à Montlouis maintenant, où les soins durent 4 semaines, 4-5 semaines. Il y a des centres comme lequel, il y est Combray, à côté de Chartres, où les soins durent un mois, on va dire ça comme ça. Il y a différents types de soins qui conviennent plus ou moins à des malades. Donc il faut choisir le bon centre de soins si on veut que ça fonctionne comme il faut.
- Speaker #0
Et c'est quelque chose qui est courant, pas aller en centre de soins, mais de faire quelque chose chez soi ?
- Speaker #1
Alors ça se fait de plus en plus aujourd'hui avec l'EXAPA. Dans les ressources, j'ai dû marquer le...
- Speaker #0
Qu'on mettra dans la description de l'épisode. Voilà,
- Speaker #1
l'EXAPA. Donc ça se fait de plus en plus. Les gens viennent voir un médecin, les infirmiers, et puis il leur est prescrit des médicaments. Et ils font ça comme ça. Bravo ! Sans avoir nécessairement besoin de s'arrêter de travailler. D'accord. Et alors c'est intéressant...
- Speaker #0
Vous avez dit avec votre collègue là qu'à ramener la bouteille à quel point et je pense que c'est quelque chose qui est encore le cas aujourd'hui. Aujourd'hui, il n'y a peut-être pas besoin d'utiliser le terme alcoolique, mais le fait que tant qu'il n'y a pas une raison valable, on n'a pas le droit d'une certaine manière de ne pas boire. Et ça, c'est quelque chose d'assez impressionnant. Est-ce que vous avez l'impression que vos collègues auprès de qui vous avez arrêté de boire, Ça leur a déclenché quelque chose où ils se sont dit, ah bah, peut-être que je vais... ralentir un petit peu avant d'arriver au stade où c'est devenu une maladie oui je pense je pense que le fait d'en parler
- Speaker #1
Comme ça, t'en romps plus avec les gens. Oui, ça permet aux gens de se dire, ben oui, peut-être que là je suis dans une phase où je peux encore maîtriser les choses, mais si je continue, je vais tomber dans la maladie alcoolique. Dans les ressources, il y a aussi une définition de la dépendance et de l'addiction. Il faut différencier un peu les deux. Dans l'addiction, il y a vraiment ce phénomène-là de craving, où les gens ont des périodes qui peuvent durer pendant plusieurs mois, voire plusieurs années, où ils ont un besoin irrépressible d'alcool. Là, ça veut dire vraiment qu'ils sont dans l'addiction.
- Speaker #0
par rapport à la dépendance ?
- Speaker #1
La dépendance, ça se manifeste lorsqu'il y a un arrêt brutal de l'absistance ou de l'activité, et ça entraîne un malaise physique et psychologique dans l'addiction. Donc voilà, c'est ce qu'on vient de dire, il y a ce phénomène de craving.
- Speaker #0
Donc le craving étant le fait qu'il y a un besoin irrépressible, un instant T de consommer.
- Speaker #1
Voilà. Les gens ne peuvent pas résister, enfin les gens, j'en fais partie, Bonjour. je ne pouvais pas résister quand j'avais ce besoin, ce craving. Je ne pouvais pas résister. Enfin, dans tous les cas, ce qu'il faut se dire, c'est ce qu'on disait tout à l'heure, c'est qu'il faut s'adresser à un alcoologue, à un centre spécialisé. L'hôpital de Blois, 0254 55 97 40. Non, mais voilà, ou AXAPA. Ce sont des centres de soins et d'accompagnement de prévention à la dictologie. Ce sont des centres qui sont vraiment spécialisés. C'est pareil, il y en a à Blois, il n'y a pas de soucis.
- Speaker #0
Et alors, je reviens un petit peu sur votre parcours. Est-ce que vous avez eu, une fois que le parcours de soins a été lancé, des personnes qui ont plutôt porté un regard négatif ? Et est-ce que ça vous a découragé ? Ou comment est-ce que vous avez réussi à faire abstraction de tout ça ?
- Speaker #1
Alors... Alors, non, je dirais que ça s'est plutôt bien passé. J'ai commencé les soins vraiment au mois d'octobre, au 1er octobre. Et puis, ben voilà, ça a duré jusqu'à Noël, le 1er de l'an, 3 mois. J'ai fait 3 mois de soins. ambulatoire, en suivant, comme je le disais, les conférences, les groupes de paroles, etc. Alors, en général, les gens ont bien pris le truc. Je suis allé vendre des cartes d'adhérents dans le centre où je travaillais. Voilà, donc là j'en ai les cartes d'adhérents de l'association, donc c'était un bon moyen pour moi de dire aux gens, bon ben voilà, maintenant je ne consomme plus l'alcool, je me suis soigné, je suis... Voilà. Et j'ai été assez bien accueilli par tout le monde. Les gens ouvraient des grands yeux, alors est-ce que... C'était pour me faire plaisir, pour me dire, on n'a jamais vu que tu étais bourré, peut-être. D'autres, au contraire, m'ont dit, oui, tu as bien fait de te soigner, c'est une bonne décision que tu as prise. Non, je dirais que dans l'ensemble... ça s'est bien passé. J'ai eu vraiment, de façon marginale, des réflexions déplaisantes, mais vraiment très peu. Très, très peu.
- Speaker #0
Et j'ai l'impression que dans votre parcours, c'est quand même principalement venu de vous, donc en fait, cette prise de conscience, ce désir d'aller faire ce qu'il faut pour arrêter, etc. Est-ce que pour toutes les personnes qui nous écoutent, vous pensez qu'il y a des moyens pour avoir cette prise de conscience Autant pour les personnes qui peuvent être concernées que pour les proches qui vont identifier peut-être une personne où ils se disent il y a peut-être quelque chose à creuser mais où la personne en face n'est pas prête à ce moment-là à l'entendre. Comment peut-être mettre une petite goutte d'eau qui petit à petit permettra d'avoir cette prise de conscience ?
- Speaker #1
Je crois qu'il faut en parler. Il ne faut surtout pas s'en priver. Il faut en parler. Il ne faut pas être agressif. Il ne faut pas que les conjoints et la famille... soit agressive vis-à-vis de la personne qui est dans la dépendance, alors dans la dépendance ou l'addiction, que ce soit pour les drogues, tout ça. Il faut essayer d'avoir toujours un regard positif, lui dire « soigne-toi » . Mais voilà, il ne faut pas le langue-galaie, il ne faut pas lui dire « mais pourquoi tu picoles ? » Ce n'est pas bien d'ailleurs, le terme ne convient pas du tout. C'est une maladie, on ne va pas dire à quelqu'un qui a un cancer ou qui a une grippe « ce n'est pas bien, tu as la grippe » . Voilà, c'est un état de fait, ce n'est pas autre chose. Donc les groupes de parole qu'on organise, qui existent à Blois, c'est ça finalement, c'est essayer de remplacer les comportements addictifs par des alternatives gratifiantes, montrer aux gens que plutôt que de consommer ce produit, ils peuvent essayer de s'investir dans quelque chose qui va les flatter. va leur faire du bien.
- Speaker #0
Donc remplacé en fait par quelque chose de positif.
- Speaker #1
Voilà. Et c'est vrai que dans les entreprises, moi je l'avais fait là, après je me suis occupé de la gestion des distributeurs de boissons, donc j'ai pas forcément été bien vu, parce que bon, ben, la loi de l'interdiction d'alcool dans les distributeurs de boissons était passée, donc j'ai supprimé la... les bouteilles d'alcool, les bouteilles de bière dans les distributeurs. Et puis je me suis débrouillé pour réinvestir les bénéfices dans des tables de ping-pong ou dans des choses comme ça. Donc voilà, c'est-à-dire que les gens, pendant la pause, au lieu d'aller boire de la bière, ils allaient faire un ping-pong, et puis voilà.
- Speaker #0
Génial.
- Speaker #1
Voilà.
- Speaker #0
Donc en fait, casser un petit peu l'habitude.
- Speaker #1
Voilà, exactement. Et c'est vrai qu'on a des copains, je pense à un monsieur qui habitait dans la région, et qui a déménagé, parce qu'il se rendait compte que finalement, s'il restait ici... Il allait être avec ses copains avec qui il picolait, avec qui il consommait de la coque, donc il a préféré s'en aller, loin d'ici, il est parti au bord de la mer, et voilà, aujourd'hui ça se passe pas trop mal pour lui, grâce à ça. super très bien merci beaucoup en conclusion j'irai dans les groupes de parole pour définir un peu la chose quand on n'a plus d'espoir on se retrouve pour l'apercevoir très beau
- Speaker #0
très bien c'est une belle conclusion effectivement je vous remercie beaucoup merci à vous pour ce beau témoignage et puis je vous propose de rester avec nous donc là je vais passer aux 2 minutes de culture où je vais expliquer quelque chose d'un peu concret sur notre thématique. En l'occurrence, là, je vais vous parler du cercle d'Olivien Stein et qui va justement faire le lien à vous parler de la personne qui a décidé de déménager. Ça va nous permettre de parler un petit peu de tout ça. Comme on en discutait avant, quand on parle d'addiction, on pense souvent à une simple question de volonté, il suffirait d'arrêter. Alors qu'en réalité, c'est bien plus complexe. Le psychiatre français Claude Olivenstein a proposé dans les années 1970 un modèle qu'on appelle le triangle de l'addiction ou le triangle d'Olivenstein. Ce modèle aide à comprendre pourquoi une addiction se met en place et surtout pourquoi elle se maintient. Ce triangle repose sur trois pôles qui interagissent sans cesse. Le produit, l'individu et l'environnement. D'abord il y a le produit, c'est la substance ou le comportement concerné dont vous avez parlé, l'alcool, le tabac, le cannabis, les jeux, les écrans, l'alimentation. Chaque produit ou comportement a ses propres effets sur le cerveau. Certains procurent une sensation de plaisir, d'apaisement ou de stimulation plus intense, ce qui augmente leur potentiel addictif. Ensuite, l'individu. C'est tout ce qui fait la personne, son histoire, sa personnalité, son état psychique, son âge, sa santé. Certaines personnes, par leur vécu ou leur fragilité émotionnelle, sont plus vulnérables à la dépendance. Mais ça ne veut pas dire qu'elles sont faibles. Souvent, la consommation vient soulager une douleur, un manque, un stress. Et enfin, il faut surtout prendre en compte l'environnement. C'est le contexte social, familial, économique et culturel, où vous nous avez notamment parlé de votre travail, justement, qui était un cadre tout à fait favorable. Et l'accès facile à un produit, ça peut jouer également, la pression sociale, les conditions de vie ou le stress professionnel qui vont jouer un rôle énorme. Par exemple, on ne consomme pas de la même manière quand on vit seul, sous pression ou dans un cadre social où la consommation est banalisée. Ce triangle montre donc que l'addiction n'est jamais liée à une seule cause, mais à l'interaction entre ces trois éléments. C'est leur équilibre fragile ou leur déséquilibre qui peut faire basculer vers une dépendance. C'est un triangle qui permet notamment de se rendre compte que pour s'en sortir, il est important d'agir sur le produit, sur la personne et également sur l'environnement.
- Speaker #1
En fait, ce triangle, oui, il définit bien les choses. Un triangle, en plus, c'est quelque chose qui est très stable. Une jase à quatre pieds peut toujours être bancale. Donc là, oui, la solution, ce serait peut-être ça, de changer d'angle. environnement ou d'arrêter le produit. Parce que l'individu lui-même, on ne peut pas le changer. C'est très bien ce triangle.
- Speaker #0
C'est important de rappeler que c'est ça. Effectivement, comme vous le dites, l'individu, on ne peut pas le changer. changer, donc le but c'est d'aller voir qu'est-ce qu'on peut changer finalement, et parfois c'est des choses qui ne sont pas si compliquées à changer. Typiquement votre ami qui a déménagé, c'est pas si compliqué. C'est pas facile de changer d'environnement, mais on peut le faire. C'est quelque chose sur lequel on peut jouer, et notamment en étant accompagné. Et bien merci beaucoup pour cet échange. Et puis je propose, chers auditeurs, de se retrouver le mois prochain avec un nouvel et le dernier épisode sur la thématique des addictions et des dépendances. On parlera Il y aura plutôt des comportements addictifs. Et vous pouvez dès maintenant nous envoyer vos questions à contact.murek.fr ou sur nos réseaux sociaux Facebook, LinkedIn et Blue Sky. Et toutes les infos sont dans la description de l'épisode, toutes les ressources mentionnées. Abonnez-vous pour ne rien manquer et puis surtout parlez du podcast autour de vous. Ensemble, faisons circuler l'info et la parole. A bientôt !