- Speaker #0
Bienvenue dans le podcast Corps et Fracas, le podcast mené par la Mutualité Française Centre-Val de Loire, qui rend des sujets de santé complexes accessibles à tous. A travers des thématiques variées, nous vous invitons à prendre soin de votre santé et de celle des autres en vous informant. Chaque thématique est explorée en trois épisodes. La prévention est au cœur de notre démarche, car s'informer, c'est déjà agir pour sa santé. Bonjour et bienvenue chers auditeurs pour ce premier épisode de notre série dédiée au handicap. Au travers des trois prochains épisodes, nous explorerons cette thématique avec de nombreux intervenants, nous aborderons les enjeux actuels pour accompagner les personnes en situation de handicap, casserons quelques idées reçues et écouterons les témoignages de personnes directement concernées. Aujourd'hui, nous accueillons Bérangère Depienne et Aurore Marino de l'équipe relais Handicap Rare Centre-Val-de-Loire pour reprendre les bases concernant le handicap, de l'origine du mot à ce qu'il implique aujourd'hui en 2026 pour une personne concernée. Bonjour Bérangère, bonjour Aurore.
- Speaker #1
Bonjour. Bonjour.
- Speaker #0
Est-ce que vous pourriez commencer par vous présenter, s'il vous plaît ?
- Speaker #1
Bonjour, déjà merci pour votre invitation. Je m'appelle Bérengère Depienne, je suis coordinatrice de dispositifs à l'équipe relais handicap rare Centre Val-le-Loire. De formation initiale, je suis éducatrice spécialisée. Et avant l'équipe relais handicap rare, j'ai une expérience d'une dizaine d'années en foyer de vie auprès d'adultes en situation de handicap.
- Speaker #2
Et donc moi, Aurore Marino, de formation, je suis conseillère en économie sociale et familiale. J'ai aussi travaillé une dizaine d'années dans un autre foyer de vie, du coup dans le Loiret. Et je suis aussi depuis une dizaine d'années à l'équipe relais handicap rare Centre Val-de-Loire.
- Speaker #0
Très bien, merci beaucoup. Je vous propose qu'on débute dès maintenant. Pour repartir de zéro, quand on parle de handicap, aujourd'hui de quoi est-ce qu'on parle exactement ?
- Speaker #1
Aujourd'hui quand on parle de handicap, on ne parle plus d'un problème lié à une personne, on parle surtout d'une situation de handicap. Donc c'est vraiment la rencontre entre les difficultés d'une personne et un environnement qui n'est pas toujours adapté.
- Speaker #2
En fait finalement il y a la notion maintenant que c'est pas forcément la personne qui a un handicap, c'est vraiment l'environnement qui induit finalement le handicap. Si la société elle était complètement adaptée à ces personnes là, il n'y aurait pas de situation de handicap.
- Speaker #0
En fait c'est une notion de minorité ou de majorité qui l'emporte c'est ça.
- Speaker #1
Par exemple, une personne qui est en fauteuil, quand elle est dans un lieu accessible, elle n'est pas en difficulté. Donc elle n'est pas en situation de handicap. Le handicap va apparaître quand c'est l'environnement qui bloque.
- Speaker #0
Ok, très bien. Et est-ce que vous pourriez m'expliquer l'origine de ce mot ?
- Speaker #1
Donc le handicap, il vient du mot « head in cap » , l'expression anglaise. Et ça désignait un jeu ancien. Le principe qui était assez simple, plusieurs personnes échangeaient des objets pour... Pour que l'échange soit équitable, on ajoutait une somme d'argent dans un chapeau, donc le cap. Et chacun mettait la main dans le chapeau pour accepter ou refuser l'échange. Et ensuite, on ajustait la valeur pour compenser les différences entre les objets. Donc l'objectif, c'était de rééquilibrer l'échange.
- Speaker #0
On entend aussi les termes déficience, incapacité. Comment est-ce que vous expliqueriez simplement ces notions à quelqu'un qui découvre le sujet ?
- Speaker #2
On pourrait dire que la déficience, c'est l'atteinte du corps ou du fonctionnement. Par exemple, une paralysie, une déficience visuelle, un trouble cognitif. L'incapacité, ce serait plutôt la difficulté à faire quelque chose, comme la difficulté de lire, de marcher ou de parler. Et le handicap, c'est quand ça pose problème vraiment dans la vie réelle, faute d'adaptation. Donc ce qu'on vient de dire, du coup, s'il y avait des adaptations, on ne serait pas dans une situation de handicap.
- Speaker #0
Les handicaps, est-ce qu'ils peuvent être classés par catégorie ? Et si oui, lesquels ?
- Speaker #1
Oui, c'est important de le dire parce qu'on a souvent une vision très réduite du handicap. On pense souvent uniquement au handicap moteur. Mais il y a aussi le handicap sensoriel, donc par exemple le voir, entendre. Il y a le handicap psychique. Il y a aussi le handicap cognitif, comme les troubles dys, les déficiences intellectuelles. Et encore des situations très complexes, comme le handicap rare. Et ce qui surprend souvent, c'est que la majorité des handicaps sont invisibles. C'est aussi pour ça que parfois ils sont mal compris.
- Speaker #0
Ok. Est-ce que vous avez une idée, un petit peu, en France par exemple aujourd'hui, quelle est la répartition entre ces différentes... Une catégorie à peu près ?
- Speaker #1
L'estimation en France aujourd'hui, c'est que 12 millions de personnes sont concernées par le handicap. Donc ce que ça nous dit, c'est que le handicap fait partie de la société, même si on ne le voit pas toujours. Et surtout, une personne sur deux sera confrontée au cours de sa vie.
- Speaker #0
Et on oublie, comme on l'a dit tout à l'heure, que 80% des handicaps sont invisibles. Très bien. Et est-ce que vous pourriez, vous avez parlé du handicap rare, m'expliquer ce que c'est ?
- Speaker #2
Alors, le handicap rare a été défini dans la loi 2002, donc dans cinq catégories. La première, c'est une déficience auditive grave associée à une déficience visuelle grave, ce qu'on appelle la surdicécité. Il y a ensuite la deuxième catégorie, donc une déficience visuelle grave avec ou d'autres déficiences graves. Troisième catégorie qui considère une déficience auditive grave avec d'autres déficiences graves. Ensuite, la quatrième, c'est la dysphasie grave tout seul. Et la cinquième catégorie qui est plus vaste, une déficience grave avec une affection chronique grave ou évolutive, telle que par exemple une affection mitochondriale, une affection du métabolisme, une affection évolutive du système nerveux ou alors une épilepsie sévère.
- Speaker #0
D'accord. Est-ce que vous pourriez en préciser ce que c'est que la dysphasie ?
- Speaker #2
La dysphasie, c'est les troubles sévères du langage.
- Speaker #0
Très bien. Merci beaucoup. Et donc ça, vous avez des idées un petit peu de ce que ça représente en termes de chiffres en France, les handicaps rares ?
- Speaker #2
C'est un peu difficile à les quantifier parce qu'en fait, ils sont un peu nichés partout. Certaines personnes ne seront même pas forcément étiquetées, j'ai envie de dire, en situation de handicap parce qu'elles ne seront pas forcément reconnues, ne feront pas forcément les démarches. Donc ça va être difficile de pouvoir vraiment quantifier de manière fiable. combien de personnes sont concernées par le handicap rare au final.
- Speaker #0
D'accord. Et ça, c'est quelque chose qui pose problème au niveau de la prise en charge ?
- Speaker #2
Ça peut, parce qu'en fait, ça ne représente que des petites minorités de personnes qui ne peuvent pas forcément se rassembler pour faire valoir leurs droits spécifiques. Et donc, c'est plus compliqué. Et c'est aussi pour ça que nous, les équipes relais handicap rare, on est supportés par le groupement national pour justement faire remonter toutes leurs paroles et essayer de faire valoir leurs droits, en fait. Pour défendre leurs droits, créer de nouvelles prestations, ils ont participé à la création de la PCH, la prestation de compensation du handicap sur dissécité par exemple. Pour les personnes qui sont sourdes aveugles. Avant, il fallait choisir entre la PCH pour la déficience visuelle ou la PCH sur la déficience auditive. Donc quelqu'un qui avait la double déficience, il fallait choisir en fait. Donc c'était pas très logique. Et donc maintenant, ils ont créé cette PCH qui permet du coup de mieux valoriser leurs droits et leurs besoins.
- Speaker #1
Et il y a aussi eu la création d'un document complémentaire à joindre au dossier MDPH pour faire valoir ses droits, qui vient plus précisément décrire les difficultés et les besoins des personnes en situation de handicap rare ou atteinte de maladies rares.
- Speaker #0
Et pour les personnes qui découvrent un petit peu le sujet, est-ce que vous pourriez préciser ce que c'est que le dossier MDPH ?
- Speaker #1
Donc le dossier MDPH, c'est un dossier qu'on complète. Et qu'on envoie à la MDPH, qui est la maison départementale des personnes handicapées, pour faire valoir ses droits. Que ce soit des droits au niveau de l'accompagnement, les orientations auprès des établissements médicaux sociaux, des droits aussi financiers. Et pour faire reconnaître son handicap, ça peut être aussi pour le faire reconnaître auprès de son employeur.
- Speaker #0
Très bien, merci beaucoup. Si je retourne un petit peu en arrière, on a parlé des différents termes d'efficience. Handicap rare, est-ce que toutes les personnes qui ont une déficience ou une maladie rare sont nécessairement en situation de handicap ?
- Speaker #1
Non, justement.
- Speaker #0
On peut avoir une maladie ou une déficience sans être en situation de handicap au quotidien.
- Speaker #1
Ça va dépendre de l'environnement, des aménagements et de la situation de la personne. C'est vraiment très variable et évolutif. Pour simplifier, on a tendance à expliquer qu'une personne qui porte des lunettes... Les lunettes lui sont prescrites parce qu'elle a une déficience visuelle, mais une fois qu'elle a ses lunettes, si ça corrige complètement sa vue, elle n'est plus en situation de déficience.
- Speaker #0
Très bien. C'est assez porteur d'espoir finalement, puisque ça veut dire que toute déficience pourrait à terme être solutionnée et donc qu'on pourrait limiter au maximum le nombre de personnes en situation de handicap, si on arrivait à adapter les environnements correctement justement.
- Speaker #1
C'est ça, il faudrait que la société puisse vraiment s'organiser et s'adapter autour de la personne.
- Speaker #0
J'aime bien, lors de ces différents épisodes, casser quelques idées reçues en général sur les thématiques qu'on aborde. Est-ce que vous auriez des idées reçues, c'est l'occasion, à propos du handicap que vous aimeriez casser ?
- Speaker #2
Je pense qu'il y en a beaucoup, mais c'est vrai qu'il y en a certaines qui reviennent plus que d'autres. Que le handicap ne se voit pas forcément, déjà. Je pense que ça c'est important que tout le monde l'ait en tête. Que les personnes en situation de handicap ne travaillent pas, c'est pas vrai. Il y en a plein plein qui sont en situation de travail. Et qu'elles ont toutes les mêmes besoins. Donc ça aussi, c'est complètement faux. En fait, selon le handicap, on n'aura pas besoin des mêmes choses. On n'aura pas les mêmes envies. On n'aura pas, enfin, vraiment... Ce sera des trajectoires complètement différentes. Et surtout qu'il y a une idée très répandue qu'on ne peut pas faire grand-chose. Alors qu'en réalité, en adaptant l'environnement, on change énormément de choses, en tout cas pour la personne qui est concernée.
- Speaker #0
Très bien. Ça, c'est important, effectivement, de le redire haut et fort et que tout le monde l'ait bien en tête. Et justement, pour accompagner aujourd'hui quand une personne ou une famille est concernée, comment est-ce qu'elle s'oriente concrètement dans les aides et les dispositifs qui existent ?
- Speaker #1
En général, la porte d'entrée, c'est donc la MDPH, qui maintenant s'appelle MDA, donc Maison de l'autonomie, et ça permet d'ouvrir les droits, d'évaluer les besoins. Et dans les faits, certains parcours peuvent par contre être longs et complexes. Il y a beaucoup d'interlocuteurs. Il y a peu de lisibilité des droits, donc c'est difficile pour les personnes de s'orienter. Et puis, il y a aussi parfois des situations qui sont sans solution évidente, surtout quand la situation ne correspond pas aux dispositifs classiques, et c'est ce qu'on rencontre régulièrement dans le champ du handicap rare. Ça demande beaucoup d'énergie, de coordination et aussi de la persévérance dans ces cas-là.
- Speaker #0
Et vous, en tant qu'équipe relais handicap rare, quel rôle est-ce que vous jouez dans ces parcours ? Qu'est-ce que vous apportez de spécifique ?
- Speaker #1
Nous, en tant qu'équipe relais handicap rare, on va intervenir justement dans les situations complexes. Donc souvent, quand les dispositifs classiques ne suffisent plus, ou quand il y a une rupture dans le parcours, ce qui est souvent le cas aussi. Et justement, alors, on nous invite à penser en termes de parcours plutôt qu'en termes de places. Les équipes relais handicap rare, on a précisément pour mission d'accompagner ces trajectoires singulières. On accompagne... au changement des pratiques, on essaie de proposer des solutions innovantes, de faciliter le partenariat entre les différents dispositifs, parce que dans le handicap rare, la place adaptée, bien souvent, n'existe pas, donc c'est vraiment aux professionnels de terrain de se réajuster, et on accompagne dans cette évolution-là. Donc notre rôle, ça va être de prendre du recul sur la situation globale, coordonner les acteurs, et puis aider à co-construire ces solutions adaptées pour la personne. On peut être vu comme des facilitateurs de parcours. Ce qui fait la spécificité des équipes relais handicap rares, c'est vraiment cette expertise sur les situations rares et complexes et notre capacité à faire du lien entre les différents champs. On intervient auprès du champ médical, médico-social, éducatif, aussi bien dans le droit commun qu'auprès des structures adaptées.
- Speaker #0
Et vous êtes présente dans toute la France ?
- Speaker #1
Il y a une équipe relais handicap rare par région. on peut les contacter en recherchant les coordonnées sur Internet. Et ce qu'il est important de savoir, c'est qu'il n'est pas nécessaire de bénéficier d'une notification, d'une orientation par la MDPH pour pouvoir bénéficier de l'accompagnement des équipes relais handicap rares. Et comme on est financé par les ARS, on ne demande pas non plus de participation financière ni à la personne, ni aux établissements auprès desquels on intervient.
- Speaker #0
D'accord, effectivement, c'est important de le préciser.
- Speaker #2
Ce qui est important aussi de préciser, c'est qu'on intervient à tous les âges de la vie, aussi bien chez les enfants que chez les adultes.
- Speaker #0
D'accord, ok. Merci beaucoup. Alors, vous avez cité les différentes catégories de handicap. Est-ce qu'il y a une nuance qui est faite en fonction de si, par exemple, pour les handicaps moteurs, si c'est un handicap qui est de naissance ou si c'est suite à un accident, au niveau, par exemple, de la MDPH, etc. ?
- Speaker #2
Non, la MDPH, elle va surtout s'attarder au retentissement. sur la vie quotidienne. Donc peu importe comment est survenu le handicap finalement, que ce soit une pathologie, un accident de la vie ou que ce soit inné, elle va surtout s'intéresser à une population lambda, parce que surtout pour les enfants, des fois on se pose la question parce qu'ils ne savent pas encore tout faire, ils sont en train d'acquérir les compétences. Et en fait on va comparer un groupe d'âge d'enfants similaires. Qu'est-ce qu'à 6 ans il est censé savoir faire ? Qu'est-ce qu'à 10 ans il est censé savoir faire ? évaluer le niveau de handicap de la personne, pour les enfants en tout cas.
- Speaker #1
Et le niveau de compensation qui sera nécessaire pour l'accompagner au mieux.
- Speaker #0
Ok, très bien. Et au niveau des handicaps... 10, psychique, etc. Pour les diagnostics, est-ce qu'aujourd'hui, c'est... Je sais pas, dès la naissance, il y a des tests qui sont faits, ou est-ce qu'encore une fois, c'est en fonction de l'évolution, un enfant de cet âge-là est censé réagir de telle manière, et donc s'il y a des choses qui paraissent différentes, on va aller consulter. Comment ça se passe si, par exemple, des parents, ils ont un doute, ils se disent, j'ai l'impression que mon enfant, il marche pas correctement, des choses comme ça ?
- Speaker #1
Quand le parent se pose une question, bien généralement, il va en parler d'abord à son médecin généraliste, qui ensuite peut l'orienter vers différents professionnels. Maintenant, pour les troubles du neurodéveloppement, il y a une plateforme qui s'appelle la PCO, donc plateforme de coordination et d'orientation, qui a été créée justement pour aider au repérage précoce des enfants qui se trouvent... en situation de handicap, surtout pour ce type de handicap. Ça reste compliqué pour les parents parce que ce sont des démarches qui peuvent être assez longues. Bien souvent aussi, c'est l'école maternelle qui va en premier pouvoir alerter les parents sur les différences qui peuvent être repérées chez leur enfant.
- Speaker #0
Très bien, merci beaucoup.
- Speaker #1
Je souhaitais juste préciser que handicap rare et maladie rare, elles n'étaient pas toujours liées. Alors c'est vrai qu'actuellement 46% des situations qu'on accompagne à l'équipe relais handicap rare Centre-Val-de-Loire sont issues d'une maladie rare. Pour autant, un handicap rare peut aussi avoir pour origine, par exemple, un accident de la vie. Donc une personne qui aurait fait un AVC et qui aurait en séquel... Un trouble complexe du langage ou bien de l'épilepsie sévère sera concerné par le handicap rare, quand bien même l'origine de son handicap n'est pas en lien avec une maladie rare.
- Speaker #0
Et pour finir avec votre expérience, qu'est-ce que vous aimeriez que les auditeurs retiennent vraiment à la fin de cet échange ?
- Speaker #2
Que le handicap n'est pas une situation qui est figée, c'est une situation qui peut évoluer, qu'on peut améliorer avec les bons accompagnements et un environnement qui pourrait être adapté. On peut aussi rappeler que chaque situation reste unique et singulière et que derrière le handicap, avant tout, il y a une personne. Et donc, c'est important de pouvoir s'intéresser à cette personne pour mieux la comprendre, pour mieux l'accompagner et qu'en fait, elle est comme vous et moi.
- Speaker #0
Merci beaucoup. Merci pour cet échange. Je vous propose de rester ensemble pour la suite pour le 2 minutes culture. Est-ce que vous saviez que pendant près de 100 ans, la langue des signes a été mise à l'écart des écoles ? et qu'à une époque, certains pensaient même que ça pouvait être mauvais pour la santé. Ce qu'il faut savoir d'abord, c'est que la langue des signes, elle n'a pas été inventée soudainement comme ça. Elle a toujours existé partout où des personnes sourdes ont pu se retrouver. Platon en parle déjà au Vème siècle avant Jésus-Christ. Cependant, à Paris, vers 1760, un prêtre, l'abbé de Lépée, croise par hasard deux sœurs sourdes qui discutent entre elles par geste. Et là, il a un déclic. Il comprend que ce n'est pas un système improvisé. C'est une vraie langue, déjà là, déjà vivante. construite spontanément dans les familles et les communautés sourdes. Il décide de l'apprendre et ouvre la première école gratuite pour sourds de France, ce qui deviendra l'Institut National des Jeunes Sourds de Paris. Et c'est important de le préciser, il n'a pas inventé la langue des signes, il l'a reconnue et aidée à se développer. Un siècle plus tard, ça se complique. En 1880, au Congrès de Milan, une assemblée d'éducateurs, en grande majorité entendants, décide que l'enseignement des sourds doit se faire uniquement à l'oral. La langue des signes est écartée des écoles. Les arguments avancés, elle freinerait l'intégration, elle empêcherait de bien parler, et certains ajoutent très sérieusement que les gestes nuiraient à la respiration et favoriseraient la tuberculose. Résultat, pendant des décennies, les enfants sourds n'ont plus le droit de signer en classe. Mais la langue ne disparaît pas pour autant. Elle continue de se transmettre discrètement dans les couloirs, dans les cours de récréation, entre familles. Elle survit en dehors des institutions. C'est dans les années 1960 qu'un linguiste américain, William Stokoe, publie une analyse scientifique et démontre que les langues des signes ont une grammaire propre, une structure réelle, et les neurosciences le confirment depuis. Le cerveau les traite exactement comme n'importe quelle langue parlée, même zone cérébrale, même fonctionnement. A partir de là, le débat est clos. Dernière chose qui surprend souvent, il n'existe pas une langue des signes universelle. La langue des signes française et américaine sont deux langues bien distinctes, mais elles sont liées par un paradoxe historique. Un professeur sourd français, Laurent Clerc, serait parti aux Etats-Unis au XIXe siècle et a contribué à y fonder l'enseignement pour les sourds. La France a influencé la langue des signes américaine, avant même de reconnaître officiellement la sienne, ce qui n'est arrivé qu'en 2005. Aujourd'hui, la langue des signes est pratiquée par des dizaines de milliers de personnes en France et depuis 2008, on peut la choisir comme option au baccalauréat, au même titre que n'importe quelle autre langue.
- Speaker #1
J'ai pensé à l'émergence de la CAA, donc Communication Alternative et Améliorée. En France, c'est une obligation depuis juin 2025 pour les établissements médico-sociaux de mettre en place la Communication Alternative et Améliorée auprès des personnes accompagnées. On a beaucoup de retard sur les pays anglo-saxons et notamment aussi sur le Québec parce que la faute aux idées reçues. notamment le fait qu'il y aurait besoin de prérequis pour pouvoir bénéficier de la CA, le fait que ça pourrait retarder l'apparition du langage, le fait qu'il faudrait utiliser un seul moyen de communication, alors que la communication est multimodale, c'est-à-dire qu'on utilise plusieurs outils de communication. Et donc ce parcours un peu long pour la reconnaissance de la LSF en France me fait penser à ce parcours Toujours un peu long la CA, qui pourtant est un droit, la communication, pour les personnes, pour toute personne, et donc une obligation pour nous de nous adapter à elle pour qu'elle puisse s'exprimer.
- Speaker #0
Absolument. Et concrètement la CA, c'est quoi ? C'est une langue également comme la LSF ?
- Speaker #1
Non, alors la CA, on peut l'avoir comme une boîte à outils pour appuyer le langage et la communication. Donc ça peut être grâce à des images, des pictogrammes. Des photos, des objets parfois. Et puis on peut utiliser aussi certains signes isolés de la LSF, parce que la LSF, elle, est une langue à part entière. Mais certains signes isolés de la LSF peuvent permettre aussi d'appuyer le langage oral.
- Speaker #2
Et puis c'est quelque chose qui est essentiel à mettre en place, aussi bien dans les établissements que dans les familles, parce que souvent on rencontre des familles qui vont dire « moi je le comprends » . Ben oui, mais dès qu'elle sort de son cercle familial, en fait, plus personne ne le comprend. Donc c'est important de, même si on comprend son proche, de pouvoir mettre en place des outils de communication autres pour qu'ils puissent communiquer tout le temps. C'est comme si vous, on vous disait, tu peux communiquer mais qu'avec ta famille. Donc dès que tu sors, tu ne peux rien faire. Tu ne peux rien dire, tu ne peux pas exprimer tes sentiments, tu ne peux pas demander quelque chose, tu ne peux pas décrire un souvenir, une envie, tu ne peux rien faire. Donc c'est vraiment un droit qui doit être offert à tous. La communication, on l'utilise tout le temps, Donc il faut vraiment que même ces personnes-là puissent y avoir accès.
- Speaker #0
Oui, finalement, ça participe à ce qu'on disait plus tôt, réduire leur handicap, c'est adapter l'environnement. La communication, c'est un élément essentiel, justement, pour pouvoir interagir, etc. Tout à fait.
- Speaker #2
Et ce n'est pas souvent ce qui passe en premier temps, en premier lieu, alors que c'est vraiment essentiel. On nous parle aussi, on nous demande d'intervenir souvent sur des troubles du comportement. Et en fait, souvent, les troubles du comportement, c'est soit lié à des douleurs qui ne sont pas visibles pour ceux qui accompagnent, donc du coup, elles ne sont pas identifiées, ou alors par un défaut de communication. Et donc si on étudie ces deux pistes-là, on réduit drastiquement les troubles du comportement. Donc la communication, elle est au centre des personnes qu'on accompagne.
- Speaker #0
Merci beaucoup pour tous ces échanges. Je ne sais pas si vous avez des ressources, si une personne se pose des questions pour un proche, s'il est en situation de handicap, comment l'aider, comment l'accompagner correctement ? Est-ce qu'il existe des structures qui puissent aider là-dessus ?
- Speaker #2
Peut-être que si quelqu'un se pose une question sur le handicap ou sur la situation de... de quelqu'un, d'un proche ou même la personne concernée elle-même, elle peut appeler la communauté 360 avec un numéro qui est unique sur toute la France, qui est le 0800 360 360. Et donc elle permet du coup d'apporter toutes les réponses par rapport au handicap.
- Speaker #1
Et donc on peut aussi avoir une pensée pour les aidants, qui sont souvent en première ligne. Il existe aussi des ressources pour eux. Et c'est important de ne pas rester seul face aux difficultés. En France, il y a environ 9,3. 3 millions d'aidants, c'est énorme. Et donc concrètement, ça signifie une personne sur cinq.
- Speaker #0
Effectivement.
- Speaker #2
Et à tout âge, il y a aussi des enfants qui sont aidants. Il faut aussi l'avoir en tête.
- Speaker #0
Merci beaucoup. Merci d'être venu jusqu'à nous pour introduire cette thématique du handicap. Merci chers auditeurs. Nous nous retrouvons le mois prochain. Ce sera l'occasion de découvrir le témoignage d'une personne en situation de handicap et notamment tout son parcours professionnel. Vous retrouverez toutes les informations et les ressources citées pendant nos échanges dans la description de l'épisode. Abonnez-vous pour ne rien manquer et surtout parlez du podcast autour de vous. Ensemble, faisons circuler l'info et la parole. A bientôt !