Speaker #0Bienvenue dans CosyFinance, le podcast qui rend la finance à la fois simple et accessible, spécialement conçu pour toutes les femmes à la recherche d'informations faciles à mettre en place. Moi c'est Sophie, à la barre de SDS Conseil, et je serai ta partenaire dans cette aventure financière. Hello, j'espère que tu vas bien. Avant de commencer, voici ma demande habituelle. Si tu m'écoutes, même juste de temps en temps, abonne-toi sur la plateforme d'écoute de ton choix. C'est ce qui aide le plus le podcast à se faire trouver par d'autres femmes. Et en plus, ça me fait très plaisir, il faut le dire. Si tu viens de penser que tu le feras plus tard, retiens bien ce réflexe, il revient dans cet épisode et pas sur un sujet anodin. Il existe un document qui décide de ce qui t'appartient aujourd'hui, de ce que tu emportes si ton couple s'arrête, de ce qui te revient si ton conjoint part avant toi, et de qui rembourse quand l'autre a signé un crédit. Un document qui produit ses effets pendant 20, 30, 40 ans, et il y a de très bonnes chances que tu ne l'aies jamais entièrement lu. Et tu n'as peut-être même jamais rien signé du tout. Parce que oui, même si tu t'es mariée sans passer chez le notaire, tu as quand même un régime matrimonial. Il t'a été attribué d'office le jour du mariage, sans que personne ne t'en dise peut-être un mot. Et il s'appelle la communauté réduite aux aquelles. C'est le régime légal en France pour tous les mariages, c'est les boys depuis le 1er février 1966. Tu ne l'as pas choisi, tu l'as reçu par défaut, comme les réglages d'usine d'un téléphone que tu n'as jamais ouvert. Et si tu es passé chez le notaire, tu te souviens sûrement du rendez-vous. Il a duré peut-être une demi-heure, peut-être 40 minutes, coincé entre le devis du traiteur à valider et l'essayage de ta robe. Le notaire a posé trois groupes de mots sur la table, trois groupes de mots que tu entendais sans doute pour la première fois : communauté réduite aux acquêts, séparation de biens et participation aux acquêts. Il vous a expliqué chacun en deux phrases, il a ajouté peut-être quelque chose comme « Dans votre situation, on conseille plutôt celui-là ». Vous avez signé tous les deux et hop ! C'était réglé, 12 minutes de vraie réflexion pour le contrat financier le plus long de ta vie, alors que tu as mis 3 week-ends pour créer la playlist de ta soirée de mariage. Ce terme « régime matrimonial » a tout l'air d'un terme administratif qui ne concerne que les notaires et les gens riches. Il décide en réalité de choses très concrètes et très quotidiennes. À qui appartient le salaire que tu as touché ce mois-ci ? À qui appartient le livret ouvert à ton nom ? À qui appartient l'appartement que tu avais acheté avant de le rencontrer ? Ce que devient l'héritage de ta grand-mère, qui est propriétaire de la voiture et qui va payer si l'autre a des dettes. Toutes ces réponses existent déjà pour ton couple aujourd'hui, avant même qu'il n'arrive quoi que ce soit. Et elles dépendent toutes du nom de ton régime matrimonial. Je vais commencer par le régime que la majorité des femmes ont sans le savoir. La communauté réduite aux acquêts partage le patrimoine en deux catégories. D'un côté, ce qu'on appelle les biens propres. Ce que tu possédais avant le mariage et ce que tu reçois par héritage ou par donation. De l'autre, les biens communs, autrement dit tout ce qui arrive dans le couple pendant le mariage, grâce au travail des deux. C'est là que se trouve l'information que personne ne t'explique. Ton salaire fait partie des biens communs. Le sien aussi. Tout ce que vous achetez avec vos revenus pendant le mariage appartient aux deux, quel que soit celui qui a payé, et quel que soit le nom sur le contrat. Tant que le mariage dure, ça appartient au couple, en bloc, et non à moitié à chacun. Et le jour où ce bloc se partage, il se partage en deux. Et même si vous avez décidé que vos charges communes seraient réparties au prorata de vos revenus. Je reformule car t'as le droit de trouver ça bizarre la première fois. Ton salaire tombe sur ton compte perso, celui que tu as depuis tes 20 ans, celui où ton conjoint n'a jamais accès. Et cet argent est commun quand même. Le compte bancaire n'est pas le propriétaire de l'argent, il n'est qu'un tiroir avec ton nom écrit dessus. Ce qui décide de la propriété… C'est le régime, pas l'intitulé du compte. Alors quand tu épargnes sur ton livret à toi avec tes revenus de salarié, tu épargnes en réalité pour le couple, et cet argent sera partagé en deux le jour où le régime sera liquidé. Ce qui reste vraiment à toi dans ce régime, c'est ce qui vient d'avant ou d'ailleurs. L'appartement acheté avant le mariage, l'assurance-vie que ta marraine t'a laissée, la somme reçue au décès de ton père, les 15 000 euros que tes parents t'ont donnés pour t'aider, sur le papier, c'est à toi, et ça le reste toute la durée du mariage. Sur le papier, oui. Dans la vraie vie, tout dépend de ta capacité à le prouver. Et c'est là que ça se joue. Prends un héritage qui arrive. Il atterrit sur le compte joint, il finance la cuisine, les voyages, les travaux de la maison achetés à deux. Et cinq ans plus tard, cet argent n'existe plus nulle part en tant qu'argent à toi. Il s'est dissous dans la vie commune. Tu gardes théoriquement un droit à récompense, une somme que la communauté te doit, mais encore faut-il retrouver les relevés, les dates, les montants, et refaire le chemin de l'argent dix ans après. Quand tu achètes un bien avec de l'argent qui vient de ta famille, la façon propre de le faire, c'est de l'écrire dans l'acte, chez le notaire, au moment de l'achat. C'est ce qu'on appelle une déclaration de remploi. Le notaire a un devoir de conseil, et il pose la question. Mais la réponse se donne parfois en trois secondes en fin de rendez-vous, sans qu'on mesure complètement ce qui se joue à ce moment-là. Et pour tout ce qui ne passe pas devant lui, les placements, les travaux, l'assurance vie alimentée avec ton héritage, personne ne te rappellera jamais de garder la trace de l'origine des fonds. C'est à toi de le faire. Et c'est ce qui te sauvera des années plus tard. Je passe à l'autre grand régime, la séparation de biens. Là, chacun garde son patrimoine, ses revenus, ses biens et ses dettes. Ce que tu gagnes est à toi, ce que l'autre gagne est à lui, Ce que tu achètes est à toi et ce que l'autre achète est à lui. Et quand vous achetez ensemble, vous êtes propriétaire à hauteur de ce que chacun a mis dans les proportions écrites dans l'acte. Ce régime est vendu comme le moderne, l'égalitaire, celui des femmes indépendantes qui ne veulent rien devoir à personne. Quand quelqu'un dit « nous, on est en séparation de biens, comme ça on garde totalement notre autonomie » , l'intention est plutôt saine, mais il faut regarder ce que ce régime suppose réellement pour tenir cette promesse d'égalité. Il suppose deux carrières qui avancent en parallèle, Deux revenus comparables, deux capacités d'épargne comparables. Et ça, non pas sur deux ans, mais sur trente. Il suppose que personne ne lèvera le pied. Et je vais te montrer ce qui se passe dans la plupart des couples hétéros avec enfants. Le congé parental, c'est elle. Le 80% du mercredi, c'est souvent elle. La mutation qu'on suit en changeant de région et en repartant de zéro professionnellement, c'est elle. Le poste qu'on refuse parce que les horaires ne collent pas avec l'école, c'est elle. Et pendant ce temps, lui, continue à cotiser. à progresser, à épargner, à investir, à rembourser un crédit qui lui appartient. Deux personnes qui vivent la même vie, et parfois une seule qui capitalise. Alors oui, parfois les rôles sont inversés, parfois bien évidemment que l'homme prend à sa charge les 80%, le mercredi, le congé parental, etc. Mais ce n'est pas encore la majorité des cas. Et ce que je vois dans mes accompagnements, les données de l'INSEE le disent aussi. La contribution des femmes au revenu de leur couple s'élevaient en moyenne en 2011 à 36%, un peu plus d'un tiers. Et l'année de la séparation, la baisse médiane du niveau de vie atteint 24% pour les mères contre 12% pour les pères, soit deux fois plus. Ce ne sont pas des accidents individuels, c'est un mécanisme. Et le régime matrimonial en fait partie. Prends la situation la plus banale du monde. La maison est à son nom, il l'avait achetée avant, ou il l'a achetée seule parce qu'il avait la porte. Toi, tu vis dedans. Tu participes aux courses, aux vacances, aux dépenses des enfants, tu paies la moitié des travaux de la salle de bain, tu passes tes week-ends à repeindre, et 20 ans plus tard, si vous vous séparez, cette maison est à lui. Et le crédit qu'il a remboursé pendant que tu payais le quotidien s'est transformé en patrimoine qui est à lui aussi. Tu peux essayer de faire valoir que tu as financé au-delà de ta part, ça existe, ça s'appelle une créance entre époux, mais ça se règle avec des preuves, un avocat, du temps et de l'énergie, dans une période où tu n'auras peut-être ni le temps, ni l'énergie. Donc autant le savoir avant. Je ne suis pas en train de te dire que la communauté serait le gentil régime et la séparation de biens le méchant. La communauté a aussi ses effets à connaître, notamment quand c'est toi qui gagnes le plus, ou quand tu es entrepreneur. Parce que les revenus de ton activité tombent dans le pot commun. Et si tu as créé ta société pendant le mariage avec de l'argent commun, ce qui est le cas le plus fréquent, sa valeur est commune elle aussi, même si les parts portent ton nom à toi. Tu y passes 10 ans à suer sang et eau, et le jour du partage, la moitié de cette valeur revient à ton conjoint. Tout se joue au moment du financement. Une société créée avec de l'argent qui était propre, et déclarée comme telle dans l'acte, reste propre. Le troisième régime dont on parle peu, alors qu'il répond parfois le mieux à beaucoup de situations, c'est la participation aux accueils. Pendant tout le mariage, il fonctionne comme une séparation de biens, chacun gère son argent librement, sans avoir à demander l'accord de l'autre. Au moment où le mariage se termine par divorce, on regarde de combien chacun s'est enrichi pendant la durée du mariage. Et celui qui s'est le plus enrichi doit la moitié de l'écart à l'autre. Autonomie complète pendant, solidarité au moment du bilan. Pour le couple où l'un des deux ralentit sa carrière pour la famille, ça peut être très intéressant. Deux ou trois protections s'appliquent quand même à tous les couples mariés, quel que soit le régime, et je veux que tu les connaisses parce qu'elles sont plutôt rassurantes. La première concerne le logement de la famille. Même s'il appartient à ton conjoint seul, il ne peut pas le vendre sans ta signature tant que c'est le logement de la famille. Ça, c'est du solide et ça vaut pour toutes les situations, y compris en séparation de biens. La deuxième, c'est que les devoirs du quotidien engagent les deux. Le loyer, les courses, les factures, l'entretien du ménage et l'éducation des enfants, vous les devez tous les deux, même s'il y a un seul assigné pour ça. Ceci avec une limite que beaucoup de gens ignorent, et elle est de taille. Les emprunts sont exclus de cette solidarité, sauf s'ils portent sur des sommes modestes nécessaires aux besoins de la vie courante. Autrement dit, le crédit que ton conjoint signe seul pour refaire la cuisine intégralement, à coût de 100 000 euros, ne t'engage pas automatiquement. Et la dépense, manifestement excessive au regard de votre train de vie, sort de ce principe. La troisième, chacun doit contribuer aux dépenses du ménage à proportion de ses moyens, et non moitié-moitié. Celle qui gagne 1800 euros ne doit pas la même somme que celui qui en gagne 4000 euros. La règle vaut dans tous les régimes, mais c'est en séparation de biens qu'elle pèse le plus, puisque chacun paye avec son propre argent. En communauté, vos salaires sont déjà communs, donc la question de qui met combien ne se pose presque pas au jour le jour, elle se pose à la fin. Quand la communauté est liquidée, chacun reprend d'abord ses biens propres, on règle les récompenses, et ce qui reste se partage en deux. Quel que soit celui qui a le plus gagné pendant 20 ans. Par contre, une chose n'est jamais partagée par le régime matrimonial. Quel que soit celui que vous avez, et je veux que tu l'entendes bien, tes droits à la retraite. Les trimestres, les points, le compte de retraite de chacun reste personnel. Même en communauté, là où vos salaires sont communs pendant toute la durée du mariage, les droits que ces salaires ont généré appartiennent à celui ou celle qui a travaillé. Le couple partage l'argent du présent, il ne partage pas la capacité à toucher de l'argent plus tard. Prends deux minutes pour mesurer ce que ça produit sur 30 ans de vie commune. Pendant les années où l'un des deux est passé à 80%, a pris un congé parental ou a carrément arrêté de travailler 6 mois parce que son conjoint était muté, votre train de vie a été assuré par le salaire de l'autre et vos devis ont continué à peu près comme avant. Pendant ce temps, dans ton relevé de carrière, il manque des trimestres et des points qui ne reviendront jamais. Et personne ne te les remboursera au moment du partage puisqu'ils ne font pas partie du patrimoine à partager. C'est le patrimoine invisible du couple, celui qui n'apparaît sur aucun relevé de compte et il est presque toujours réparti au détriment de celui ou celle qui a lâché du lest dans sa vie professionnelle. Donc, quand tu te demandes qui accumule pendant que toi tu finances peut-être le quotidien, la réponse ne se limite pas à la maison et à l'épargne. Elle inclut aussi ta retraite et elle mérite d'être posée au moment exact où vous décidez ensemble que l'un des deux va réduire son activité. C'est là qu'on peut compenser, en épargnant ton nom, en alimentant un plan de retraite pour toi en inscrivant ton nom sur le bien que vous achetez. Donc en reconnaissant noir sur blanc ce que tu apportes autrement. Une décision d'organisation familiale qui n'est pas accompagnée se transforme en écart de patrimoine 20 ans plus tard sans que personne ne l'ait voulu. Pour être complète, il faut aussi dire ce que le mariage donne et que ni le pacs ni le concubinage ne donnent. La pension de réversion. En quelques mots, c'est une part de la retraite de ton conjoint décédé qui peut te revenir. Donc le mariage n'apporte pas que des contraintes, il apporte aussi des protections. que beaucoup de couples ignorent en pensant que ce n'est qu'un papier qui ne sert à rien. Maintenant, la question qui m'intéresse le plus, c'est pourquoi est-ce qu'on ne sait pas toujours sous quel régime on est marié ? Lorsque je pose la question au rendez-vous, il y a souvent un petit silence un peu gêné avant une réponse du genre « Oh, je crois qu'on n'a rien signé » ou « On a fait un truc chez le notaire, mais je ne sais plus quoi ». Alors même que j'ai en face de moi des personnes qui dans leur travail sont amenées parfois à lire des contrats ou à négocier des budgets à longueur d'année. Et en fait, tout se joue en réalité sur le moment où on te demande de choisir. On te demande de mettre des mots sur la fin de ton couple, au moment exact où tu organises la plus belle fête de ta vie. Et personne n'a envie de faire ça. Ton cerveau, lui, a très bien compris ce qui se jouait dans cette pièce, et il a fait ce qu'il fait quand un sujet contient une charge émotionnelle difficile. Il a expédié la décision, il a laissé le professionnel décider à sa place, et il est retourné très vite s'occuper du plan de table. S'ajoute aussi ce qu'on nous a appris, à nous les femmes, sur la délicatesse. « Demander comment ça se passerait si ça s'arrêtait, c'est passer pour celle qui doute. Demander ce que devient l'argent, c'est passer pour celle qui est intéressée. Et vouloir écrire les choses, c'est passer pour celle qui n'a pas confiance. » Ah, donc tu demandes pas. Il ne demande pas, et vous signez ce que le notaire propose en trois minutes, avec l'impression, agréable somme toute, d'être un couple qui ne s'embête pas avec ce genre d'histoire. Nos parents, ils ont aussi laissé leur marque là-dessus. Et elles travaillent en silence. Dans beaucoup de familles, l'argent était le domaine du père. Lui géraient, elles tenaient les comptes du quotidien. Et la question de savoir à qui appartenait quoi ne se posait jamais. Et toi, tu as peut-être grandi avec cette répartition sous les yeux, et même si tu la trouves complètement datée, elle t'a appris inconsciemment quelque chose. Dans un couple, il y a celui qui s'occupe des papiers importants, et l'autre qui fait confiance. Quand ton conjoint dit « je m'en occupe à propos du notaire, du crédit ou de la déclaration d'impôt » , tu retrouves un rôle que tu connais depuis l'enfance, et tu t'y installes sans même t'en apercevoir. Et puis parfois, c'est aussi tout simplement parce que les sujets administratifs te gonflent, On ne va pas se voiler la face. Le deuxième mécanisme, c'est le « on verra plus tard » . Ton régime matrimonial n'a aucune échéance, aucune date limite, aucun mail de rappel, aucune pénalité si tu ne t'en occupes pas. Rien ne t'oblige à le regarder, jamais. Et l'urgence n'apparaît parfois qu'au moment où il est trop tard pour choisir autre chose. Un dossier sans échéance, ton cerveau le range tout au fond de la pile. Derrière le rendez-vous chez le dentiste et la boîte de vieux relevés à classer. Tous les sujets financiers qui comptent ont ce point commun. Ils ne crient pas. et ils attendent tranquillement que la vie s'en occupe à ta place. Un dernier point un peu plus embêtant à dire... Le conseil qu'on vous a donné au moment de signer était peut-être construit autour de la situation professionnelle de celui qui avait une activité à protéger. Quand l'un des deux crée une entreprise, la séparation de biens devient la recommandation logique pour mettre le patrimoine de la famille à l'abri des dettes professionnelles. Et c'est une vraie bonne raison, je la donne moi-même. Ce qui manque, c'est la deuxième moitié de la conversation, celle qui organise la protection de l'autre dans ce régime-là. Les clauses qu'on peut ajouter, la société d'acquets, l'idée d'inscrire son nom sur les biens que le couple achète, la compensation de ce que l'autre apporte autrement. Vous avez protégé l'entreprise, mais personne ne s'est demandé qui protégeait l'autre. Et ici, la confiance et le cadre sont bien deux choses différentes, qui n'ont jamais été en concurrence. Aimer quelqu'un ne dit absolument rien sur ce que la loi fera de ton argent dans 15 ans. Un régime matrimonial n'organise pas que la rupture, il organise aussi la vie commune. Qui possède quoi pendant que vous vivez ? Comment vos revenus se mélangent ? Qui peut vendre quoi ? Qui doit quoi à qui ? C'est un mode d'emploi de votre vie à deux, avec un chapitre sur la sortie comme n'importe quel document important. Et puisqu'on parle de sortie, quand on dit régime matrimonial, tout le monde pense divorce. Sauf qu'un régime peut aussi se terminer par un décès. Là encore, c'est le régime qui décide de ce que tu gardes. Quand ton conjoint meurt, on ne commence pas par l'héritage, on commence par démêler le régime. On détermine ce qui était à lui, ce qui était à toi, ce qui était commun, et seulement après, on ouvre la succession sur sa part. Ça veut dire qu'une femme mariée en communauté récupère d'abord la moitié de tout ce qui a été construit pendant le mariage, avant même de parler de succession. Et qu'une femme mariée en séparation de biens, dans un couple où tout était au nom de son conjoint, peut se retrouver avec très peu. À 55 ans, avec des enfants qui héritent d'une maison dans laquelle elle vit. Ce sont des situations que je vois arriver et elles n'ont jamais été voulues par personne. Elles sont simplement le résultat d'un papier signé très rapidement, il y a 25 ans. Le reste du temps, ton régime se rappelle à toi à des moments très précis. Et ce sont les meilleurs moments pour le regarder. L'achat immobilier, quand la banque te fait signer sans t'expliquer les proportions. La création d'une entreprise par l'un des deux, quand il devient utiles de mettre le patrimoine familial à l'abri des dettes professionnelles. Un héritage important qui arrive, la naissance d'un enfant, qui change forcément le partage réel du travail et des revenus dans le couple, ou encore un départ à l'étranger où d'autres règles peuvent s'appliquer. Si tu traverses l'un de ces moments cette année, c'est le tien, prends-le. Concrètement, qu'est-ce que tu fais de tout ça cette semaine ? La toute première étape, c'est de savoir ce que tu as. Tu n'as pas besoin d'un avis, ni un projet, ni une décision à prendre. Tu as besoin... d'un nom. Et pour le trouver, tu regardes ton acte de mariage ou ton livret de famille. Si vous avez fait un contrat, il y est mentionné avec la date et le nom du notaire. Si aucune mention de contrat n'apparaît, tu es en communauté réduite aux acquets, le régime légal, et tu viens de répondre à la question. Si un contrat existe, tu appelles l'office du notaire qui l'a reçu, c'est lui qui conserve l'acte, et tu peux en demander une copie si tu ne le retrouves pas. Ensuite, tu te poses trois questions, et dix minutes suffisent pour y répondre. 1. Qu'est-ce qui est à mon nom aujourd'hui ? en compte, en épargne, en immobilier, en contrat de retraite ? 2. Qu'est-ce que j'ai apporté dans ce couple qui venait de moi, de ma famille, d'avant, et est-ce que je serais capable de le prouver avec un document ? Et la troisième, la plus inconfortable, dans notre couple en ce moment, qui accumule du patrimoine et qui finance le quotidien ? Cette question-là n'accuse personne, elle décrit juste une répartition à un instant T, et une répartition, ça peut se corriger. Après, il y a la conversation à avoir avec ton conjoint, et je sais très bien qu'elle t'angoisse un peu. Ce qui change la couleur de cette conversation, c'est l'angle. Parle de ce qui existe déjà chez vous aujourd'hui, plutôt que de ce que tu redoutes pour plus tard. Tu peux dire quelque chose d'aussi simple que « Je me suis rendu compte que je ne savais pas sous quel régime on est mariés et que je ne saurais pas dire ce qui m'appartient là tout de suite. » J'ai envie qu'on regarde ça ensemble pour qu'on le sache tous les deux. Personne ne peut prendre ça pour une attaque et si la réponse est un refus net de regarder, tu viens aussi d'apprendre quelque chose sur lui. Mais tu n'as pas besoin d'en faire un drame pour en tenir compte. Si vous découvrez que votre régime ne correspond plus du tout à votre vie, sache que vous pouvez le changer. La procédure a été nettement simplifiée par la loi du 23 mars 2019, il n'y a plus de délai de deux ans à attendre après le mariage. Ça se fait par acte notarié, et le passage devant le juge n'est nécessaire que dans certains cas. Par exemple si un enfant majeur ou un créancier s'y opposent. Le coût dépend beaucoup d'autres patrimoines, parce qu'il faut parfois liquider l'ancien régime avant d'adopter le nouveau, donc demande un devis avant de te lancer. Tu trouveras des explications officielles sur le site notaire.fr et sur le site des services publics. Et tu peux bien évidemment en discuter avec un notaire sans t'engager à quoi que ce soit. Je ne vais pas te dire qu'il existe un bon régime matrimonial, il n'y en a pas. Ce qui existe, c'est ton régime, celui sous lequel tu vis en ce moment. Et la seule vraie question, c'est de savoir s'il correspond à la vie que vous menez aujourd'hui. Ce régime, tu l'as reçu ou choisi. Il y a 5, 10, 15 ou 20 ans, en quelques minutes, entre deux rendez-vous d'organisation de votre mariage. Depuis, il y a peut-être eu des enfants, des carrières, une maison, peut-être une entreprise. Ta vie a changé dix fois. Ton régime, lui, n'a peut-être pas bougé d'un mot. Voilà, c'est tout pour aujourd'hui. Et si tu devais garder une seule chose de cet épisode, c'est que tout se joue bien avant que quoi que ce soit n'arrive. Une femme qui connaît son régime prend des décisions différentes. Elle écrit son apport dans l'acte quand elle achète. Elle demande à ce que son nom figure sur le bien qu'elle finance. Elle négocie autrement le moment où elle réduit son temps de travail. Elle épargne en sachant à qui appartient ce qu'elle met de côté. Elle ne gagne pas un euro de plus que sa voisine. Ce qu'elle a en plus, c'est connaître le cadre dans lequel elle joue. Et ma seule demande pour cette semaine, c'est le nom. Va chercher le nom de ton régime matrimonial, dans ton livret de famille ou par un mail au notaire. Et si en cherchant, tu tombes sur une question qui te tracasse, tu peux m'écrire. Les questions que vous m'envoyez nourrissent directement ce que je traite ici et dans ma newsletter et celle que tu n'oses pas poser est presque toujours celle qui intéresse le plus les autres. Merci d'avoir été là pour ce nouvel épisode. N'oublie pas de t'abonner pour ne pas louper les prochains, de partager ce podcast autour de toi, de laisser un commentaire ou même de m'envoyer tes questions. Et surtout, reste à l'écoute pour le prochain épisode. D'ici là, prends soin de toi et de tes finances. Je te souhaite une très belle journée et je te dis à très bientôt pour de nouvelles aventures financières.