Speaker #0Bienvenue dans CosyFinance™, le podcast qui rend la finance à la fois simple et accessible, spécialement conçu pour toutes les femmes à la recherche d'informations faciles à mettre en place. Moi c'est Sophie, à la barre de SDS Conseil, et je serai ta partenaire dans cette aventure financière. Hello, bonjour, j'espère que tu vas bien. Comme d'hab, je commence par ma petite requête. Si ce podcast t'aide, si tu apprécies ce moment ensemble, pense à t'abonner, à me laisser une note ou un commentaire. Ça te prend quelques secondes, mais pour moi ça change vraiment, vraiment beaucoup de choses. Il y a quelques jours, je me suis moi-même retrouvée face à une question à laquelle je n'avais pas forcément pensé. Est-ce que l'argent dans un couple achète aussi un peu de pouvoir ? Je vis en couple, et comme pour beaucoup de couples, nous avons un écart de revenus. En ce moment, nous sommes sur une répartition de 75-25 pour nos charges communes, et c'est moi qui verse la part supérieure à la sienne. Sur le papier, cette répartition est logique, elle tient compte de ce que chacune gagne, et évite que l'une de nous deux s'épuise financièrement pour maintenir un rythme de vie commun. C'est d'ailleurs une solution que je recommande souvent. En y réfléchissant vraiment, je me suis rendue compte que cette répartition, aussi logique soit telle, ne répond pas à une question bien plus importante. Qui décide de quoi, une fois que l'argent est mis en commun ? Et c'est cette question que j'ai envie de creuser avec toi aujourd'hui. Donc dans cet épisode, on va l'explorer depuis plusieurs angles. Comment se forme cette redistribution du pouvoir dans les couples avec un égard de revenus ? Ce que la sociologie dit là-dessus, et pourquoi ça vaut la peine d'y regarder de plus près ? Pourquoi le prorata, cette répartition qui semble pourtant logique, laisse une partie du sujet dans l'ombre ? Quels sont les trois risques qui s'installent le plus souvent sans que personne ne les nomme ? Et comment, dans les faits, dissocier ta contribution financière de ton pouvoir de décision ? Pour commencer, arrêtons-nous sur quelque chose qu'on ne prend pas toujours le temps d'observer, à savoir la façon dont sont prises réellement les décisions financières dans un couple. Dans beaucoup de relations, les décisions importantes, acheter un appartement, partir en vacances à tel endroit, choisir un abonnement, décider d'une rénovation, se prennent dans des conversations, souvent courtes, où une personne propose et l'autre répond, jusqu'à ce que l'une des deux tranche. Mais ce qui est rarement examiné de près, c'est comment se détermine qui a le dernier mot. Qui peut proposer quelque chose sans le justifier ? Qui doit convaincre et défendre sa position avant d'être vraiment entendu ? Qui entre dans la discussion en se demandant d'abord si sa position est réellement légitime ? Tout ça n'est jamais dit à voix haute, aucun couple ne formalise de règles stipulant que la vie de l'un compte davantage que celui de l'autre, et pourtant dans les faits, la répartition du pouvoir existe dans presque tous les couples. Et elle se construit souvent à partir d'une variable très concrète, qui gagne combien. Il existe en sociologie une théorie assez ancienne, développée dans les années 60, par deux chercheurs américains, Robert Bloud et Donald Wolfe, qu'on appelle la théorie des ressources relatives. Leur constat tient en une phrase, simple à énoncer et bien plus difficile à vivre. Dans un couple, le pouvoir décisionnel a tendance à se répartir selon les ressources que chaque personne apporte. L'argent étant la ressource la plus visible et la plus facile à mesurer. En pratique, la personne qui gagne davantage pèse statistiquement plus dans les décisions importantes. Un achat immobilier, un déménagement, des choix liés aux enfants ou des arbitrages sur les vacances et l'épargne. Aucun couple ne signe de contrat qui officialise ça, et le déséquilibre s'installe souvent sans que personne ne l'ait vraiment choisi consciemment. Et ce que j'en retiens, moi, c'est un truc assez simple. L'argent qu'on met en commun, il ne règle pas que les factures, il redistribue aussi quelque chose qu'on n'a jamais mis à plat. Qui a le droit d'avoir le dernier mot ? Et ce qui est intéressant, c'est que Bloud et Wolfe ont formulé ça à une époque où les écarts de revenus dans les couples étaient quasi systématiquement liés au genre. Les hommes gagnaient bien plus d'argent que les femmes. Et donc le constat était simple, l'homme avait plus de pouvoir de décision. Et depuis, d'autres chercheurs ont montré que le mécanisme ne s'arrête pas au couple où l'homme gagne plus. Il fonctionne dans toutes les configurations où il y a un écart de revenus, quel que soit le genre de chacun. Autrement dit, Bloud et Wolfe avaient mis le doigt sur quelque chose de bien plus universel qu'ils ne le pensaient. L'écart de revenu, quelle que soit son origine, genre ou non, a tendance à produire les mêmes effets sur la façon dont les décisions se prennent. En gros, c'est l'argent qui redistribue le pouvoir, le genre dont l'équation pèse bien moins qu'on ne le croit. Et ce phénomène ne concerne pas uniquement les grandes décisions. Ça se voit aussi dans les trucs tout bêtes du quotidien, qui propose le resto sans demander si ça va, qui achète quelque chose pour la maison sans se sentir obligé d'en parler avant, ou même qui hésite à ramener un sujet d'argent parce qu'elle sent déjà que ça va coincer. Ce déséquilibre reste souvent invisible tant que les deux personnes sont globalement en accord sur les orientations de la vie commune. C'est forcément au moment d'un désaccord, d'une dépense inattendue, d'un projet qui divise, que la répartition du pouvoir se fait sentir et qu'on réalise qu'on n'en a jamais vraiment parlé. Revenons à ma situation. Quand nous avons choisi une répartition proportionnelle à nos revenus plutôt qu'une répartition stricte à 50-50, la raison nous semblait évidente. L'équité. Il ne s'agissait pas de faire porter à l'une de nous un poids qu'elle ne pouvait pas assumer. Mais l'équité sur le papier ne répond pas à tout. Est-ce que je m'autorise, sans le formuler, à peser davantage dans le choix parce que je contribue plus ? Est-ce que ma compagne ressent à un moment ou à un autre le besoin de suivre mes décisions parce qu'elle contribue moins ? A-t-elle le même niveau de liberté que moi ? pour proposer, refuser ou changer d'avis sur une dépense commune. Même si on en parle très ouvertement entre nous et que je suis assez alerte avec tout ça, je n'ai pas réellement de réponse définitive à ces questions. Et c'est en partie pour ça que j'ai voulu enregistrer cet épisode. Ce que je constate, c'est qu'aucun mode de répartition ne règle vraiment la question du pouvoir. Il l'organise tout au plus. Une répartition à 50-50 peut créer un autre déséquilibre, quand une des deux personnes s'épuise à suivre un rythme de vie qu'elle ne peut pas vraiment se permettre. Une répartition pro-rata peut, à l'inverse, glisser vers l'idée que contribuer plus donne droit à plus. Chaque système a ses angles morts, et la vraie question n'est donc pas de choisir la bonne méthode de répartition, elle est de rendre visible ce que chaque méthode laisse dans l'ombre. Et cet épisode n'est pas un épisode méthode, je ne vais pas te donner ici de gris de répartition des charges, ni de règles du type 50-50 ou pro-rata, j'ai déjà abordé cette dimension dans un épisode précédent sur les accords financiers en couple, je te glisse son petit lien dans la description. Ce qui m'intéresse ici, c'est ce qui se passe une fois la méthode choisie. Quelle légitimité chacune se donne ou s'autorise dans les décisions qui suivent ? Et c'est là que le sujet se complique. Parce que la légitimité dans un couple ne se décrète pas. Elle se joue dans le non-dit, dans la façon dont une proposition est perçue ou reçue, dans le ton de la réponse, dans la rapidité avec laquelle une personne renonce à défendre son point de vue. Tu peux avoir la répartition la plus équitable du monde sur le papier, et avoir quand même laissé s'installer, sans t'en rendre compte, un déséquilibre dans les décisions. Et ce déséquilibre, il passe par trois risques très concrets que je veux nommer. C'est en cherchant à répondre à la question « Est-ce que l'argent dans un couple achète aussi un peu de pouvoir ? » que j'ai identifié ces trois risques. Le premier, c'est la dette émotionnelle. Quand une personne contribue davantage financièrement, elle peut développer sans le vouloir l'impression que l'autre lui doit quelque chose en retour. De la gratitude, de la souplesse, moins de désaccord sur les dépenses. Et ce sentiment reste rarement formulé tel quel. Il s'exprime plutôt à travers des petites remarques, un ton différent face à une dépense jugée superflue, ou même moins de patience face au désaccord sur les dépenses. Cette dette n'existe dans absolument aucun compte bancaire, elle existe dans la charge affective du couple. Et elle peut peser longtemps sans être nommée. Le deuxième risque, c'est l'impression, du côté de la personne qui contribue davantage, d'avoir plus de droits sur les choix à faire. Rarement de façon volontaire ou revendiquée, mais plutôt comme un réflexe. Je n'ai plus d'argent, donc mon avis sur ce sujet doit peser davantage. Et ce réflexe peut concerner un achat immobilier, une destination de vacances, une manière d'éduquer un enfant, ou même des sujets bien plus anodins comme le choix d'un resto. Et avec le temps, la personne qui contribue moins peut en venir à s'auto-censurer, à ne plus proposer, par anticipation d'un désaccord qu'elle sent défavorable. C'est comme une forme d'auto-censure qui ne laisse pas de traces évidentes, mais qui érode peu à peu la capacité à contribuer pleinement aux décisions communes. Pour illustrer ce mécanisme, imagine deux personnes dont les revenus sont inégaux en désaccord sur un projet de rénovation. L'une propose une option plus onéreuse, l'autre une option plus modeste. Dans un couple où les revenus seraient identiques, le désaccord se trancherait sur la base des préférences ou des priorités de chacun. Dans un couple avec un écart de revenus, ce même désaccord peut se résoudre différemment. La personne qui contribue davantage peut avoir l'impression, même brève, que son choix est plus fondé parce qu'elle met proportionnellement plus d'argent dans le projet. Et la personne qui contribue moins peut se sentir moins autorisée à défendre son option, même si c'est celle qu'elle préfère vraiment. Dans cette dynamique, le désaccord n'est pas tranché par les préférences, mais par le portefeuille. Et le troisième risque, c'est le désinvestissement progressif. La personne qui contribue moins, à force de s'auto-censurer sur les décisions, peut finir par se retirer complètement de la gestion financière commune. Elle laisse faire, cesse de suivre, perd la visibilité sur la situation du couple, et avec ça, une partie de son autonomie financière réelle. Et si un jour la situation change, une séparation, un imprévu, une inversion des revenus, Cette personne se retrouve sans repère sur des finances qu'elle a progressivement laissées à l'autre. Ces trois risques ont un point commun. Ils redéfinissent peu à peu qui a du pouvoir dans le couple, sans que ce pouvoir n'ait jamais été discuté, choisi ou même nommé. Ce qui est compliqué avec ces trois dynamiques, c'est qu'il n'y a pas de mauvaise foi ici. En tout cas, en général. La personne qui génère une dette émotionnelle n'a pas décidé de le faire, celle qui commence à avoir l'impression d'avoir plus de droits n'a pas rédigé de contrat mental, et celle qui se désinvestit peu à peu de la gestion commune ne l'a souvent pas remarqué elle-même. Ces mécanismes se construisent en dehors du conscient, portés par des habitudes de langage, des petits renoncements répétés, des silences accumulés. Et tout ça n'est donc pas propre au couple hétéro ni aux écarts de revenus liés au genre, même si les études sur le sujet portent souvent sur ces configurations-là, mais peut-être faute de données disponibles sur d'autres. Dans mon cas, l'écart de revenus dans mon couple n'a rien à voir avec une différence de genre. Il tient à nos parcours professionnels respectifs d'une part, mais aussi à nos vies personnelles. Ce mécanisme de redistribution du pouvoir fonctionne pourtant de la même manière. Ce qui compte, ce n'est pas qui gagne l'argent, mais le simple fait qu'il existe un écart, quel qu'il soit. Et ce sujet n'est pas neutre pour la suite d'une relation. Certaines recherches en sociologie de la famille montrent que, lorsque les revenus de l'un des deux partenaires évoluent fortement au cours de la relation, à la hausse comme à la baisse, les couples qui n'ont jamais explicité la question du pouvoir décisionnel ont davantage de mal à renégocier leur équilibre, ce qui peut créer des tensions sur la durée. Autrement dit, ce qui fragilise un couple serait moins l'écart de revenu en lui-même que le silence qui l'entoure. Et ce silence prend plusieurs formes. Parfois c'est l'absence totale de conversation sur le sujet, personne ne l'évoque parce que personne ne sait vraiment que ça existe, parfois c'est une conversation entamée qui s'arrête dès qu'elle devient inconfortable, et parfois c'est une sorte d'accord implicite entre les deux personnes pour laisser les choses telles qu'elles sont, parce que les nommés reviendraient à admettre un déséquilibre que ni l'un ni l'autre n'est encore prêt à regarder en face. Ce que j'essaie de mettre en place dans ma propre relation, et ce que je te propose d'expérimenter si cette question te parle, c'est de dissocier explicitement deux choses qui, par défaut, ont tendance à se confondre. La contribution financière et le pouvoir de décision. Ce que ça veut dire en pratique, c'est qu'il faut prendre des décisions sur les choix communs en dehors de toute discussion sur l'argent. Est-ce que chaque personne dispose d'un droit de regard sur les dépenses au-dessus d'un certain montant, indépendamment de qui gagne combien ? Est-ce que certaines catégories de décision reviennent par défaut à une personne ? et d'autre à l'autre, selon les compétences ou les préférences de chacun, plutôt que selon les revenus ? Est-ce que vous prenez régulièrement un temps pour vérifier que l'un de vous deux ne s'est pas mis à suivre les choix de l'autre par lassitude, plutôt que par adhésion réelle ? Et voici une piste qui me semble vraiment intéressante à mettre en place, c'est de poser un principe de veto symétrique. Ça veut dire que, quelle que soit la contribution de chacun, toute dépense commune au-dessus d'un certain montant, définie ensemble et à froid, nécessite l'accord des deux. Pas seulement l'avis des deux, mais bien l'accord des deux. Et cette règle, posée avant tout des accords, change quelque chose de fondamental. Elle décorrèle formellement la légitimité de la décision du montant versé. Une autre piste serait de répartir certaines catégories de décision par domaine de compétences ou de préférences, et non par niveau de contribution. Donc si l'un de vous est plus à l'aise avec les questions d'épargne et de placement, et l'autre avec les abonnements, les contrats ou les dépenses courantes, il est plus logique que chacun décide dans son domaine, indépendamment de ce qu'il verse chaque mois, dans la limite là aussi, d'un certain montant de dépense. Cette approche déplace le critère de légitimité, de l'argent, vers la compétence ou la préférence. Et si tu ne sais pas trop comment t'y prendre pour aborder ce sujet, tu peux essayer de partager ce que tu observes toi-même. Sur certaines décisions, est-ce que tu as tendance à trancher plus vite ? Est-ce que l'autre hésite à défendre son point de vue ? L'idée n'est pas d'accuser qui que ce soit, mais de vérifier ensemble si la répartition du pouvoir s'est faite consciemment, ou si elle s'est simplement installée avec le temps. Souvent, le simple fait de soulever ce sujet ensemble change quelque chose, avant même d'avoir trouvé une réponse. Alors certes, ces conversations demandent d'accepter un inconfort réel, nommer un déséquilibre de pouvoir revient à admettre qu'il existe, ce qui n'est jamais confortable, surtout avec la personne avec qui on partage sa vie, mais je pense que ce silence coûte plus cher sur la durée que la gêne d'une conversation directe. Ce sujet est rarement traité comme un sujet d'argent, on en parle comme dans un sujet de communication ou de sentiment, ce qu'il est aussi, évidemment, mais à sa racine, il s'agit bien d'un sujet financier. L'argent dans un couple ne circule jamais de façon neutre, il porte toujours avec lui, Une charge symbolique sur qui a le droit de décider quoi. Si tu es toi-même dans une relation où les revenus ne sont pas égaux, je te propose un exercice pour cette semaine. Identifie 3 ou 4 décisions financières importantes de ton couple et demande-toi qui, en réalité, les prend le plus souvent. Puis demande-toi si cette répartition a été choisie ou si elle s'est installée avec le temps, portée par l'écart de revenus. Voilà, c'est tout pour aujourd'hui. Et si tu devais garder une seule chose de cet épisode, c'est que l'écart de revenus dans un couple ne redistribue pas seulement les factures. Il redistribue le droit de décider. Ce glissement n'est jamais souvent intentionnel, il s'installe juste parce que personne ne l'a nommé, et nommer, c'est déjà reprendre la main. Merci d'avoir été là pour ce nouvel épisode, n'oublie pas de t'abonner pour ne pas louper les prochains, de partager ce podcast autour de toi, de laisser un petit commentaire, ou même de m'envoyer tes questions. Et surtout, reste à l'écoute pour le prochain épisode, d'ici là, prends soin de toi et de tes finances, je te souhaite une très belle journée, et je te dis à très bientôt pour de nouvelles aventures financières.