Speaker #0Bienvenue dans CosyFinance, le podcast qui rend la finance à la fois simple et accessible, spécialement conçu pour toutes les femmes à la recherche d'informations faciles à mettre en place. Moi c'est Sophie, à la barre de SDS Conseil, et je serai ta partenaire dans cette aventure financière. Hello, bonjour, j'espère que tu vas bien. Comme d'hab, voici ma petite requête avant de commencer. Si ce podcast t'aide, si tu apprécies ces moments ensemble, pense à t'abonner et à me laisser un commentaire ou une note, ça te prend 30 secondes à peu près, et pour moi ça change vraiment beaucoup de choses. Allez, sans transition aucune, le livret A est probablement le placement que la quasi-totalité des Français détient. Entre 80 et 90% des Français ont un livret A, et souvent depuis l'enfance, quand les parents pensent à l'ouvrir. L'argent y est là depuis des années, voire des décennies, et dans la plupart des cas, il n'a jamais vraiment été remis en question. Non pas parce qu'il est nécessairement le meilleur endroit pour chaque situation, ni par flemme d'aller voir ailleurs, mais parce que deux mécanismes cognitifs poussent systématiquement notre cerveau à éviter le changement et à fuir l'incertitude. Et justement, derrière ce « je sais qu'il faudrait, mais je ne bouge pas » , il y a souvent deux grands réflexes. Celui qui te fait rester avec ce que tu connais déjà et celui qui te fait préférer un risque connu à une option que tu ne comprends pas encore très bien. Et les identifier, c'est ce qui permet de comprendre pourquoi ton épargne n'a pas bougé depuis des années et de reprendre la main sur ce que tu veux en faire. Le premier mécanisme s'appelle le biais de statu quo. En économie comportementale, le principe est le suivant. Quand on a le choix entre garder une situation existante et en changer, on a une tendance systématique à ne rien changer, même quand changer serait objectivement plus avantageux. Ce mécanisme a été documenté dès les années 80 par des économistes, et l'un d'entre eux a d'ailleurs reçu le prix Nobel d'économie en 2002 pour ses travaux sur la psychologie de la décision. Et ce qu'il faut retenir de leurs études, c'est que notre cerveau évalue une perte potentielle comme beaucoup plus douloureuse qu'un gain équivalent. Échanger, pour notre cerveau, ressemble toujours à une perte potentielle. La perte de la sécurité du connu, de la certitude ou du contrôle. Et dans la vie de tous les jours, ce mécanisme se voit vraiment partout. Tu gardes ton opérateur téléphonique depuis 7 ans, même si une offre moins chère existe depuis longtemps, parce que comparer, résilier ou tout reconfigurer demande de l'énergie. Tu as la même assurance habitation depuis des années, sans jamais avoir pris le temps de la comparer au marché actuel. Ou encore, tu ne changes pas de médecin généraliste, Même si tu n'es plus vraiment satisfaite parce que tu te dis « il faut que j'en trouve un autre dans mon quartier qui prenne encore des nouveaux patients » . Et rien que d'y penser, ça te fatigue. Ces situations ne sont pas des oublis ou de la procrastination, quoique c'est peut-être juste le biais de statu quo. Et avec le livret A, c'est pareil. Ton livret est là depuis des années, les intérêts tombent chaque année sans que tu ne fasses quoi que ce soit, et comme rien ne cloche en apparence, tu n'as aucune raison de te poser la question. Changer, ça demande une action concrète. Trouver une alternative, comprendre comment ça marche, ouvrir un compte, transférer de l'argent. Moins d'une heure peut-être en pratique, mais ton cerveau y voit un effort avec un risque potentiel au bout. Alors il ne fait rien. Et ce mécanisme ne ressemble pas à de l'inaction. On ne se dit jamais, je garde mon livret A parce que mon cerveau évite le changement. Non, on va se dire, pour l'instant ça convient, j'ai autre chose à gérer, quand j'aurai le temps, je m'en occuperai, le moment n'est pas idéal avec les taux qui bougent, et ainsi de suite, et ainsi de suite, et ainsi de suite. Ces phrases, elles semblent résonner. On dirait que tu les as pensées, que tu as vraiment creusé la question. Mais pendant ce temps, six mois passent, un an, voire bien plus, et l'argent est toujours là, au même endroit, au même point. À force de ne rien décider, on finit par croire qu'on a décidé. Comme si on avait vraiment réfléchi et conclu que le livret A était le bon endroit pour cet argent. Alors qu'en fait, on n'a jamais vraiment choisi. On a juste continué ce qui était déjà là. Le deuxième mécanisme a un nom encore un peu plus technique, c'est l'aversion à l'ambiguïté. Et pourtant, il décrit quelque chose d'absolument universel. Pour t'expliquer ça très simplement, je vais te présenter une expérience testée en conditions réelles. Imagine deux urnes. Dans la première, il y a exactement 50 billes rouges et 50 billes noires. Elle est transparente. Dans la deuxième, il y a aussi 100 billes, rouges et noires, mais dans des proportions que tu ne connais pas. Peut-être 80 rouges et 20 noires, peut-être l'inverse, peut-être 50-50 comme la première. Dans les deux cas, Si tu tires une bille rouge, tu gagnes 100 euros. Quelle urne est-ce que tu choisis ? La plupart des gens choisissent la première, et vraiment massivement. Et pourtant, si la deuxième contient plus de 50 billes rouges, elle est objectivement meilleure. Mais si tu penses qu'elle en contient moins, tu peux décider de parier sur les billes noires à la place. En raisonnement mathématique pur, les deux urnes se valent en espérance de gain. Mais les gens fuient la deuxième parce qu'ils ne savent pas ce qu'il y a dedans. L'incertitude sur le risque est plus anxiogène que le risque lui-même. Et l'économiste Daniel Hesberg avait documenté et formalisé ça dès les années 60. Donc oui, ça date un peu, mais c'est clairement encore d'actualité. On préfère un risque qu'on connaît à une incertitude, même si cette incertitude serait potentiellement plus favorable. On choisit l'urne transparente non pas parce qu'elle est meilleure, mais parce qu'on sait exactement ce qu'elle contient. Et ton livret A, c'est ton urne transparente, garantie par l'État, disponible à tout moment, tôt annoncé clairement à l'avance, sans frais cachés et sans engagement de durée. Tu connais les règles du jeu dans leurs moindres détails. Alors qu'un compte à terme, un PEA, une assurance vie en unité de compte, des ETF, une SCPI, Ce sont des urnes pour lesquelles tu ne peux pas regarder à l'intérieur. Tu ne sais pas forcément exactement comment elles fonctionnent dans tous leurs aspects, tu as peut-être peur de faire une erreur lors de leur ouverture, de ne pas comprendre les conditions de sortie, ou de mal à évaluer ce qu'il se passerait si tu avais besoin de cet argent rapidement. Le simple fait de ne pas avoir ces informations en tête génère une forme d'anxiété qui pousse à rester avec l'urne connue. Et cet instinct préféré familier est parfaitement rationnel dans beaucoup de situations de la vie. Préférer un itinéraire qu'on connaît à une route inconnue la nuit, choisir un prestataire recommandé plutôt qu'un inconnu, quand l'enjeu est important, c'est souvent sage. Cet instinct protège. Sauf qu'appliqué à ton épargne sur un horizon d'un ou deux ans, il te pousse systématiquement vers des placements que tu connais déjà, même quand d'autres seraient mieux adaptés à ta situation. Et comme tu ne regardes pas les urnes inconnues, tu ne sais même pas si elles seraient meilleures. L'ambiguïté et l'inaction se nourrissent mutuellement. Ce qui est foufou avec ces deux mécanismes combinés, c'est qu'ils te fournissent en permanence des justifications qui semblent entièrement fondées. Quand quelqu'un te parle d'un placement alternatif, ton cerveau mobilise instantanément ses défenses. Le réflexe, c'est de se dire « je vais d'abord me renseigner, de toute façon j'en aurai peut-être besoin dans quelques mois, le marché est incertain en ce moment, je m'en occupe après l'été, etc. etc. » Ces justifications ne sont pas fausses, il y a presque toujours une part de vrai là-dedans. Tu as peut-être effectivement besoin de garder une partie de ton épargne liquide. il y a effectivement de l'incertitude dans ta vie, mais le problème, c'est que ces raisons seront toujours présentes. Dans six mois, dans un an, dans deux ans, il y aura toujours une période incertaine, une dépense imprévue possible, une information à aller chercher. Il y aura toujours une raison de repousser. En fait, ces mécanismes ne t'empêchent pas de réfléchir, ils orientent ta réflexion pour que tu arrives à la conclusion qui demande le moins d'efforts. La réflexion a l'air de s'être faite, la conclusion de se dire « pour l'instant, ça reste l'assemble fondée et l'argent ne bouge pas » . C'est ça qui est difficile à détecter. Tout ça ressemble à une vraie décision, prise en conscience, alors que non, pas toujours. Parlons un petit peu chiffres. Depuis le 1er février 2026, le taux du livret A est à 1,5% net par an. En mars, l'inflation en France a atteint 1,7% sur un an, selon les données définitives de l'INSEE publiées le 15 avril. Les prix augmentent donc un peu plus vite que ton livret A ne rapporte. Sur 10 000 euros par exemple, tu gagnes 150 euros d'intérêt dans l'année, mais avec une inflation à 1,7%, quelque chose qui valait 10 000 euros il y a un an coûte aujourd'hui 10 170 euros à peu près. Ton solde augmente, mais ta capacité réelle à acheter, elle diminue légèrement. C'est ça, perdre du pouvoir d'achat. Ce n'est pas catastrophique à cette échelle, mais le signe est quand même négatif. Et rappelle-toi, l'écart n'a pas toujours été aussi serré. En 2022... l'inflation a atteint 5,2% en France alors que le livret A était encore en moyenne autour de 1%, soit près de 4% de rendement réel négatif en un an. Alors oui, entre-temps, ça avait été corrigé, le taux du livret A avait augmenté, poursuivre beaucoup plus l'inflation, mais quand même, l'écart était toujours présent. Pour en revenir à nos données chiffrées, avec 10 000 euros sur ton livret A à 1,5% net, on l'a vu, tu gagnes 150 euros la première année. Mais avec une inflation à 1,7%, tu perds en réalité l'équivalent de 20 euros de pouvoir d'achat. Ton argent grossit sur le papier, mais tu peux légèrement moins acheter qu'avant. Alors qu'avec un compte à terme, par exemple, qui est un placement à durée fixe de quelques mois à deux ans, que tu négocies directement auprès de ta banque contre un taux garanti dès l'ouverture, tu toucherais environ 175 euros net après prélèvement des impôts, d'après les taux moyens actuels. Soit 25 euros de plus que le livret A, et un rendement réel légèrement positif par rapport à l'inflation. Si ton livret A est à son plafond, donc à 22 950 euros, ça représente 55 à 60 euros de plus par an, si tu utilisais un compte à terme, et donc un peu plus de 100 euros sur deux ans. Alors oui, c'est pas une fortune, mais c'est un écart bien réel, pour la même somme, sans aucun risque supplémentaire. Et cet écart, il vient juste d'un truc. Tu n'as pas choisi activement de laisser cet argent sur le livret A, il y est resté par défaut. De mon côté, je vis avec ces deux mécanismes de l'intérieur. Et je te raconte ça parce que je pense que ça aide d'entendre que même quelqu'un dont c'est le métier n'y échappe pas. Je suis indépendante, donc mes revenus varient d'un mois à l'autre, et j'ai un projet d'achat de résidence principale à court ou moyen terme, donc une partie de mon épargne doit rester accessible et liquide. Ce sont de vraies raisons valables qui justifient de maintenir une épargne disponible confortable. Sauf que, quand je suis honnête avec moi-même, je sais qu'une portion de mon argent dort sur des livrets alors qu'elle pourrait travailler un peu mieux. Même sur un horizon court d'un an ou deux ans. Je connais les alternatives, je pourrais les mettre en place en moins d'une heure et pourtant, je ne l'ai pas encore fait. Pourquoi ? Parce que mes livrets sont là depuis un moment. Ils sont connus, ils ne demandent rien. Et parce que le moment où je vais prendre une décision différente va me demander un vrai effort mental, une charge cognitive que j'ai tendance à repousser. Donc la chose un peu ironique avec les biais cognitifs, c'est que les connaître ne les fait pas. disparaître. Je connais le biais du statu quo par cœur, je l'explique à des clientes régulièrement et je l'applique quand même à ma propre épargne. La conscience du mécanisme ne le neutralise pas automatiquement. Elle te donne juste une petite fenêtre pour choisir autrement si tu décides de le faire. Et ça, je trouve que c'est important à dire. Se reconnaître dans cette dynamique n'a rien à voir avec l'incompétence ou le désintérêt pour ses finances. C'est le cerveau qui fait ce pour quoi il est câblé. Pour commencer à démêler tout ça, il y a une question simple à se poser. Est-ce que je garde mon argent ici parce que c'est vraiment le meilleur endroit pour ma situation ou parce que c'est là où il est depuis longtemps et que changer concrètement, ça demande un effort que je n'ai pas envie de fournir ? En étant honnête avec toi-même, tu vas peut-être réaliser que les deux raisons coexistent. Qu'il y a une vraie partie, c'est logique pour ma situation, et une vraie partie, c'est là où il est depuis longtemps et j'ai jamais pris le temps de regarder ailleurs. Ces deux raisons peuvent tout à fait être vraies en même temps. L'important, c'est de les distinguer parce qu'elles n'appellent pas la même réponse. Si la première domine largement, ton livret A est peut-être le bon endroit. Maintenir de la liquidité, avoir une épargne de précaution accessible, garder un coussin pour un projet à venir. Tout ça a du sens et c'est une vraie décision réfléchie. Rien n'a changé. Mais si la deuxième est plus grande que tu ne le pensais, peut-être qu'il y a une décision à prendre pour mettre une partie de cet argent au travail différemment. Et tu n'as pas besoin de tout revoir d'un coup. L'approche qui peut t'aider, c'est de segmenter. Identifier la somme qui doit absolument rester liquide et disponible à tout moment, celle qui couvre donc ta sécurité, ton projet immobilier, ce qui te permet de dormir tranquille, et regarder séparément ce qu'on peut faire avec le reste, sur un horizon de temps bien défini. Regarder les urnes inconnues dont je parlais tout à l'heure, même brièvement, suffit souvent à les démystifier. Un compte à terme s'ouvre en ligne en 20 minutes, un fonds euro en assurance-vie n'impose aucun délai de blocage réel, les fameux 8 ans dont tu entends parler parfois, ce n'est qu'un délai fiscal. Ce que ton cerveau perçoit comme une démarche lourde et complexe est souvent bien moins contraignant qu'il ne l'imagine. L'ambiguïté tient souvent plus au manque d'informations qu'à une vraie complexité du produit. Et donner une date à tout ça, ça va t'aider. Je m'en occuperai un jour, reste indéfiniment dans la pile, ça peut attendre, alors que dans deux semaines, je prends 30 minutes pour regarder les comptes à terme disponibles, ça sort le sujet du flou et lui donne une place réelle dans ton agenda. Et souvent ces 30 minutes suffisent pour démonter l'impression d'opacité qui te retenait. Et tu te retrouves même à te demander pourquoi tu avais autant repoussé. Voilà, c'est tout pour aujourd'hui. Et si tu devais garder une seule chose, c'est que la prochaine fois que tu réalises que tu n'as rien fait avec une partie de ton épargne depuis longtemps, demande-toi si c'est vraiment le meilleur choix pour ta situation ou si ton cerveau a décidé pour toi par défaut. Parce que, bon, bouger est moins confortable que rester là. Le livret A. est un outil utile et garder de l'épargne équine est souvent une décision saine, mais le biais de statu quo et l'aversion à l'ambiguïté ont cette propriété de déguiser l'inaction en prudence. Et les voir, les nommer, se demander s'ils sont en train de décider à ta place, c'est le début d'une décision qui vient vraiment de toi. Et si cet épisode t'a donné envie d'aller un peu plus loin, cache-toi, c'est mon guide pas à pas pour reprendre le contrôle de ton patrimoine. 20 concepts clés expliqués simplement avec des exemples concrets et des actions à mettre en place pour gérer tes finances sans te sentir perdu. Pour info, je vais prochainement le remettre à jour et tu auras bien évidemment accès à la version la plus récente quand elle sera finalisée. Tu trouveras le lien pour avoir plus d'informations dans la description. Merci d'avoir été là pour ce nouvel épisode. N'oublie pas de t'abonner pour ne pas louper le prochain et de laisser un commentaire si ça t'a aidé. D'ici là, prends soin de toi et de tes finances. Je te souhaite une très belle journée et je te dis à très bientôt pour de nouvelles aventures financières.