- Speaker #0
Vous écoutez le podcast « Cultivons les échanges » proposé par InVivoHack, le podcast qui donne la parole à ceux qui font de l'agriculture d'aujourd'hui et de demain. Ce podcast est à retrouver sur toutes vos plateformes d'écoute et sur YouTube.
- Speaker #1
Bonjour, bienvenue dans ce podcast « Cultivons les échanges » , le podcast qui parle d'agriculture autrement. Aujourd'hui, je suis avec deux éminents spécialistes. Évidemment, je dis ça un peu pour vous mettre en confiance. Je suis avec Sébastien Pousselet. qui se présentera et avec Nicolas Barjot, qui est donc le directeur du silo Dot Marsheim. On a choisi une thématique, on a pris un angle pour parler d'un sujet qui est vraiment dans l'actualité depuis quelques mois maintenant, mais qui est prix des céréales en baisse, prix des engrais en hausse. Nicolas, une fois les pacotiques, je vais commencer par Sébastien, si tu veux bien. Sébastien, je te demande de te représenter et puis après, on va rentrer directement dans le vif du sujet, parce que je crois qu'on a... Beaucoup de choses à dire.
- Speaker #2
D'accord, merci pour l'invitation et pour cet acte-œil. Donc Sébastien Poncelet, je suis directeur du développement au sein d'Argus Média France. On est un cabinet qui fait de l'analyse de marché, de la veille, de la recherche de marché, du conseil. Et à ce titre du conseil, on accompagne à travers notre offre Agri-Tel Farmer plusieurs milliers d'agriculteurs depuis près de 25 ans dans leur choix. de commercialisation et ça passe entre autres par les décisions d'assaulement.
- Speaker #1
Tu es agriculteur toi-même ?
- Speaker #2
Et j'ai également une exploitation agricole familiale en Lorraine et je suis également à titre personnel confronté à ces décisions d'assaulement et cet environnement économique instable.
- Speaker #1
Donc juste pour le hasard, on a rassemblé deux Lorrains dans la même pièce, dont un exilé en Alsace, on y reviendra après Nicolas. Donc Sébastien, je reviens sur cette question. On en parlait tout à l'heure en préparant le podcast. Tu me disais... Finalement, la baisse du prix des céréales est aujourd'hui assez bien documentée. On peut l'analyser, on peut le comprendre. Mais tu me disais, ce serait peut-être intéressant de parler de l'augmentation du prix des engrais. Alors, on va rentrer, on va commencer par là.
- Speaker #2
Tout à fait. Alors, pour revenir juste sur les céréales, quand même quelques instants, on peut résumer les choses en disant que l'année 2025, La nature a été extrêmement généreuse dans le monde entier, puisque sur toutes les grandes productions que l'on peut suivre, on a eu des productions record. On a une production record de blé dans le monde, avec des stocks sur des niveaux historiquement élevés chez les grands exportateurs à plus de 80 millions de tonnes. On a un record de production de maïs dans le monde, 1,3 milliard de tonnes, du jamais vu. 430 millions de tonnes, plus 55 millions de tonnes en un an aux Etats-Unis. Là aussi, c'est du jamais vu. Record de production en soja, record de production en colza. À l'échelle mondiale, l'abondance est partout. Donc, cette abondance pèse naturellement sur le prix qui baisse dans le monde entier. Maintenant, à ce contexte assez noir finalement pour les producteurs, ça ne fait vraiment pas plaisir de voir les prix de vente. s'effondrer, notamment quand on est à contre-marge par rapport au prix des charges et notamment des engrais, peut quand même apporter une petite pointe d'optimisme qui est dans le fait que la situation des prix à l'heure actuelle est beaucoup mieux tenue qu'elle ne pourrait l'être. Et on est sur des niveaux supérieurs aux projections, aux trajectoires qu'on avait. Il y a des forces qui retiennent les marchés agricoles. du maximum de baisse qu'il pourrait exprimer aujourd'hui. Et là, on y revient avec la question des engrais, c'est-à-dire que le fait que les engrais soient chers dans le monde entier, les agriculteurs du monde entier freinent les ventes. Et ça retient, quelque part, la baisse des prix de tout le potentiel qu'elle pourrait exprimer. Et justement, pourquoi ce phénomène des engrais est mondial ? On a bien entendu nos problématiques. européennes sur les engrais, où on empile chaque année de nouvelles taxes, de nouvelles contraintes. Des taxes sur les importations de solutions, des taxes sur les engrais russes, les taxes sur le carbone, avec la MACF toute récente, la hausse du prix du gaz dans les coûts de production européens. Mais tout ça, j'oserais dire, même si c'est très prégnant, très impactant, ce n'est que l'écume d'une vague haussière mondiale. Parce qu'aujourd'hui, on a... une vraie hausse des prix des engrais mondiaux, notamment de l'urée, le phosphore également, depuis deux ans, avec l'action de deux grands pays, la Chine et l'Inde. Le but stratégique et géostratégique de ces pays, c'est de booster leur agriculture. Et une des clés de l'agriculture, c'est l'engrais. Et donc, la Chine, qui est dans le top 5 des exportateurs mondiaux d'urée, freine massivement, voire totalement, ses exportations d'urée pour garder son urée pour elle, pour avoir de l'urée abondante et peu chère pour booster sa production agricole. Et l'Inde, qui est le premier acheteur au monde d'urée, booste au contraire les achats subventionnés par l'État pour acheter à tout va tout ce qu'elle peut trouver au maximum comme urée sur le marché mondial. Et donc, ces restrictions massives de vente de l'Inde et ces achats massifs de l'Inde déconnectent totalement le marché de l'urée des prix agricoles mondiaux. Et c'est du jamais vu. C'est-à-dire que sur la précédente décennie, quand le prix des céréales a baissé de 2012 à 2016, les prix de l'urée mondiaux ont baissé. Quand les prix des céréales sont restés très bas de 2016 à 2020, les prix de l'urée au niveau mondial... sont restées très bas. Et là, on a depuis deux ans les cérales qui ne font que chuter, même si là la chute s'amortit un petit peu, parce qu'on est déjà bas, et les engrais qui montent. Et là, on a cet effet ciseau qui est mondial, qui pénalise d'autant plus les agriculteurs français, parce qu'on a nos contraintes, nos règles, nos normes, tout ce qui s'additionne aux problèmes franco-français qui sont bien plus forts qu'ailleurs. Mais on est sur une problématique vraiment mondiale.
- Speaker #1
Problématique, Nicolas, je me tourne vers toi. Problématique, tu... que... Tu gères un des silos du groupe Invivo. Est-ce que tout ce qu'on voit avec Sébastien, tu le ressens, toi, au quotidien, dans la gestion, justement, de ces flux ? On en a parlé avant. On disait la complexité, c'est ça le mot, de la gestion de ces flux. Comment on le gère ? Comment on anticipe ?
- Speaker #3
Avant de parler de cette complexité, je dis quelques mots rapides sur les silos Invivo. On est vraiment dans le maillon... la cheville ouvrière du acheter-vendre-ensemble du groupe, avec une douzaine de sites répartis en France. Et pour faire la jonction avec ces problématiques d'abondance de moissons qui a été constatée, etc., nous, on voit au niveau logistique plus de variations de flux en fonction des opportunités de marché. On voit arriver plus d'opportunités de dernière minute aussi. avec des prises de position qui se font attendre, c'est-à-dire que les vendeurs ne prennent pas beaucoup de risques, ne vont pas forcément aller à commercialiser sur des périodes très longues, ou en tout cas retiennent une partie de leur production, peut-être dans l'espoir d'avoir du meilleur prix, ou ont tendance à plus s'arbitrer. Alors au niveau de la France, on a une logistique qui est tellement efficace qu'on peut quand même s'arbitrer assez facilement, soit sur le maritime, donc la face à l'Atlantique, mais aussi on peut partir sur les canaux intérieurs. pour, on va pouvoir citer le Rhône, mais aussi le Rhin, la Moselle, qui permettent d'aller ensuite sur l'industrie européenne. Donc voilà, nous on le voit à ce niveau-là, l'adaptation des flux provoque chez nous des accouts, des appels d'air, des trous d'air, pardon, et puis des accélérations soudaines dans notre métier.
- Speaker #1
Je vais poser des questions un peu maintenant sur la casquette agriculteur. Tout ce que tu dis là, comment l'agriculteur demain l'anticipe dans son corps de ferme ? Au milieu de cette plaque tectonique qui bouge, comment il fait pour comprendre le monde qui l'entoure ?
- Speaker #2
Le mot a été cité. Le mot, c'est l'anticipation. C'est-à-dire que l'anticipation, c'est la clé de ce monde où les prix sont extrêmement volatiles. et la préparation. Parce qu'aujourd'hui, il y a, malgré ce contexte structurellement non rémunérateur pour les producteurs, il y a des opportunités. Simplement, ces opportunités pour fixer des prix de vente sur les cérales, pour fixer des prix d'achat sur les engrais, par le passé, elles duraient plusieurs mois, après plusieurs semaines. Là, les opportunités, il y en a une ou deux par an qui ne durent qu'une journée ou quelques heures. Et si on n'est pas prêt avant ? En ayant calculé ses coûts de production, en ayant défini des objectifs de vente, en ayant choisi ses moyens de fixation du prix de vente ou d'achat à appuyer sur le bouton feu, go, on y va, quand l'opportunité se présente, elle est déjà partie. On n'a plus le temps de réfléchir quand c'est le moment d'agir. Donc tout est dans la préparation pour agir. Et quand les opportunités se présentent et qu'on les saisit, quand on vend sur les pics de marché qui peuvent se présenter, quand on achète dans les creux qui peuvent se présenter, les marges. sont tout de suite améliorés et ça permet non pas de gagner fortement sa vie quand le marché ne le permet pas, mais ça permet de passer le cap et d'être prêt pour rebondir quand le marché... cycliquement rebondira.
- Speaker #1
Alors, j'entends, mais juste... Après, Nicolas, je te pose la même question. L'agriculture, c'est une fois par an. C'est-à-dire qu'on peut mettre en terre une semence qu'une seule fois par an. Donc, il y a quand même, d'un point de vue, on va dire stratégie de production de la ferme, je comprends l'anticipation sur le marché à la fin, mais à un moment donné, le choix de l'assolement. Enfin, je veux dire, il y a quand même des...
- Speaker #2
Alors, sur les problématiques précises des choix d'assolement, Bien sûr que tout part de là. Les marges de manœuvre sont quand même réduites. Les marges de manœuvre sont réduites parce qu'avant la rentabilité, avant les marges immédiates et potentielles, il y a l'agronomie. Et aujourd'hui, les contraintes dans les choix d'assaulement sont beaucoup plus sur le pan de l'agronomie, malheureusement, que de la rentabilité. Je parle des contraintes agronomiques, c'est tout ce qui va être problématique de désherbage sur les céréales. C'est tout ce qui va être problématique d'insectes. Sur les colzas, et quand bien même le colza, on en reparlera peut-être, est très profitable à l'heure actuelle, il y a des zones où on est bloqué dans sa capacité à produire du colza. Donc d'abord les contraintes agronomiques, l'accès à l'eau pour le maïs dans les zones les plus chaudes et sèches. C'est ce qui prime, plus les questions de rotation, etc. Tout ça c'est sur le devant. Une fois ça, il peut y avoir des aménagements pour pousser le curseur vers telle ou telle culture. Mais quelque part, l'ajustement des curseurs pour des raisons purement économiques, vient en deuxième rideau. Ces ajustements de curseurs, ils doivent aussi prendre en compte forcément les débouchés, les besoins de marchandises, les perspectives futures, mais il faut aussi, et ça fait partie des grands conseils qu'on inculque aux agriculteurs que l'on forme depuis deux décennies maintenant, c'est d'acter les changements d'assolement pour raisons économiques. C'est-à-dire que si je décide de faire 15% de colza en plus cette année parce que le marché du colza paye bien au moment des semis et est porteur d'un point de vue conjoncturel pour l'année d'avant, ces plus 15%, je les acte et je les vends immédiatement. Parce que quand tout le monde augmente ses surfaces en même temps pour des raisons d'attrait économique, même si le marché est porteur, il y a des grandes chances que le marché se retourne au moment où la récolte s'en a. Et donc forcément on ne va pas vendre toute la récolte avant même de l'avoir semée. ou avant même de l'avoir produite. Mais le surplus de production, le surplus de surface, si on l'acte pour des raisons économiques, c'est qu'on en est d'accord, on va jusqu'au bout, on ne fait pas les choses à moitié. Sinon, faire les choses à moitié, c'est trop dangereux. Et au contraire, on risque la surproduction, on le marque. Et on voit ça dans toutes les productions à école. Donc la première des bonnes gestions en termes de choix d'assommement, c'est ça, c'est les arbitrages. Il faut aller jusqu'au bout de la logique et marquer en termes de prix ces arbitrages.
- Speaker #1
Nicolas, les problématiques d'assolement, comment vous l'anticipez au regard à la fois des marchés, mais aussi du bouleversement climatique ? Comment, du côté des silos, vous anticipez ces problématiques-là ?
- Speaker #3
Au niveau des silos, je ne sais pas si l'anticipation peut être totale. parce que, comme tu l'as souligné, les choix d'assaulement... sont dictés par une recherche de valeur. C'est normal, que ce soit des agriculteurs ou des coopératives. Il y a encore une part aussi du « qu'est-ce qu'a fait le voisin ? » Tiens, l'année dernière, il s'en est bien sorti, je vais faire pareil. On l'a vécu dans l'Est sur les tournesols. Le tournesol, c'est diffusé comme une traînée de poudre. Il n'y en avait pas il y a 20 ans. Maintenant, il y a beaucoup de tournesols et beaucoup moins de colza, parce qu'il y a eu ce démarrage qui s'est fait comme ça. Donc, nous, au niveau des silos, c'est quand même des grosses bêtes, les silos. C'est... C'est beaucoup de béton, c'est beaucoup de métal, c'est des capitaux immobilisés pendant très longtemps. Donc on essaye de jouer avec les cartes qu'on a dans les mains. On va travailler en amont avec les coopératives pour savoir ce qu'elles envisagent de faire. Parce qu'en termes de gestion des flux, c'est important. En termes de décision d'allocation de capacité, c'est important. On ne peut pas tout mélanger. On a d'ailleurs des problématiques qualité qui sont liées à cette recherche de valeur qui apparaissent.
- Speaker #1
Par exemple ?
- Speaker #3
Par exemple, le risque d'allergène. dont on ne parlait pas il y a quelques années encore, devient problématique. C'est-à-dire qu'un silo qui fait du soja, s'il veut faire du maïs pour l'alimentation humaine, ça peut poser des problèmes puisque le soja est un allergène. Donc en fonction de ce que nos clients vont nous expliquer, de ce qu'ils veulent faire ou de ce qu'ils attendent, on va essayer de gérer au mieux la ventilation des capacités entre ces différents produits. Quand on a l'information, on essaie d'aller la chercher. Donc ça, c'est le côté pas évident. C'est le côté qui est devenu aussi très sportif. Parce que la multitude des contrats à valeur ajoutée qu'ont été chercher les coopératives pour rémunérer mieux les agriculteurs, fait qu'il y a une multitude de petites lignes dans les contrats. Et pour nous... Nous pilotons des très grosses installations avec des très grosses cellules qui étaient faites pour la grosse cavalerie des années 80-90-2000. Aujourd'hui, on se retrouve à devoir gérer beaucoup plus de lots individualisés avec des caractéristiques spécifiques. Donc c'est un changement de métier, un petit peu, ou en tout cas une adaptation du métier pour accompagner cette recherche de valeur ajoutée.
- Speaker #1
Enfin, je me suis rebondi. C'est aussi peut-être parce qu'en fin de chaîne, l'industrie agroalimentaire a changé. avec des consommateurs qui sont plus exigeants. Et donc, ça se répercute automatiquement à la fois sur l'assolement et sur ton travail au quotidien.
- Speaker #3
Bien sûr, bien sûr. La problématique d'insectes, dont on n'a pas encore parlé, mais dont on parle tout le temps, la problématique d'insectes remonte depuis le consommateur final. Personne ne veut des charançons dans son bol de céréales. Mais les industriels se sont durcis sur ces conditions-là. La disparition de certains phytosanitaires n'a pas... pas non plus aider. Le changement climatique dont on parlait n'aide pas non plus, puisque l'humidité est importante en France, la température augmente. Ce sont des facteurs qui favorisent les insectes. Les insectes, les mycotoxines aussi, mais les insectes. Et donc, on se retrouve à avoir de plus en plus de challenges à gérer ces problématiques-là.
- Speaker #1
Un dernier point, avant de repasser la parole, c'est, je te vois souvent nous parler aussi de la problématique, quand on parle de changement climatique, de la gestion des flux de ton fleuve préféré. Regardez les souris,
- Speaker #3
le Rhin. Le Rhin, pour faire un peu sa carte d'identité très rapidement, c'est à peu près 1300 kilomètres, 1250 je crois, de sa source dans les Alpes jusqu'aux Pays-Bas. Il y en a une partie qui est canalisée, ce qui permet déjà de réguler les niveaux d'eau. Il y en a aussi une partie qui est alimentée ou qui est soutenue par des lacs, le lac de Constance, le Bodense. qui permet de réguler ces niveaux d'eau. Ce que toutes les études faites sur le changement climatique montrent, c'est que si 50% de son alimentation, son débit, c'est l'eau de pluie, tout le reste, c'est l'alimentation des sols, la fonte des neiges, les glaciers. Malheureusement, pour la neige et la glace, d'ici 2050 ou 2100, ce sont des choses qui vont disparaître. Donc ça induit une pression sur le niveau d'eau et donc sur la navigation, donc sur la quantité de céréales qu'on peut mettre dans un bateau. Si votre bateau est capable en temps normal de prendre 1000 tonnes de marchandises, s'il manque la moitié de l'eau, vous ne mettez plus que 500 tonnes. Mais le bateau coûtera le même prix à affréter. Donc on voit bien qu'il y a un effet quand même important financier. Donc il y a des études qui sont faites, il y a des solutions qui existent. Heureusement, on peut adapter les choses dans une certaine mesure. On peut détailler donc. Le lac de Constance qui a été aussi fait pour ça, pour amortir, mais il en faudrait d'autres. Le CIPR qui est une entité, une commission internationale qui travaille justement aux aménagements du Rhin, travaille à la reconnexion de tout un tas de bras qui avaient été abandonnés, de bras secondaires, qui sont autant de réserves d'eau en été, au moment des étiages. Donc ça ce sont des choses vraiment très actuelles. Ils en ont reconnecté 150, alors il en faudra d'autres. Mais c'est déjà un côté positif. On peut aussi retravailler le lit du Rhin aux endroits les plus stratégiques. Il y a quelques endroits très connus sur le Rhin qui posent problème. Donc on peut retoucher à ces endroits-là ponctuellement le lit du Rhin pour faciliter le passage. Et en fait,
- Speaker #1
il y a aussi une colonne vertébrale européenne.
- Speaker #3
C'est notre canal de Panama. Le canal de Suez, c'est 1,5 milliard de tonnes transitées. Panama et le Mississippi, c'est aux alentours de 500 millions de tonnes. Le Rhin, c'est 300 millions de tonnes. On a vraiment une artère gigantesque. Gigantesque. Et décarbonée.
- Speaker #1
Et décarbonée. Sébastien, avant la conclusion, un dernier mot peut-être sur le... Alors, c'est toujours très difficile de se projeter, mais là, on va dire que les céréales sont maintenant bien implantées. Est-ce qu'il y a un petit peu d'optimisme de votre côté pour la moisson à venir ?
- Speaker #2
Malheureusement, les volumes... présents en stock sont là et on appelle ça souvent des stocks tampons. Pourquoi ces stocks tampons ? Parce qu'ils sont là pour amortir les chocs à venir. Et donc, il faudrait par exemple sur le marché du blé perdre aujourd'hui plus de 20 millions de tonnes de production chez les grands exportateurs avant de structurellement revoir un marché haussier. Ça ne veut pas dire que par moment, par petit coup de stress, il peut y avoir des petites inquiétudes ponctuelles. Mais ces petites attitudes ponctuelles qui feraient monter les cours de 10 euros, 15 euros... Il faudrait tout de suite ressortir les stocks qui sont jusqu'à maintenant retenus par les agriculteurs du monde entier. Donc, mis à part vraiment un gros, gros à-coup climatique, le retour, je dirais, à des cours plus rémunérateurs ne semble pas immédiat dans un futur proche. Maintenant, si l'on revient à cette logique de ciseaux mondial entre les engrais et les céréales, le problème aujourd'hui a une tellement grande échelle. que ça enroie des répercussions rapides dans les deux à trois années qui viennent. Pourquoi je dis rapide ? Parce que la dernière phase de bas prix, elle a duré cinq ans. De 2016 à 2020, même 2015 à 2020, on a eu des prix bas qui sont restés bas. Là, la situation pourrait se réguler beaucoup plus rapidement en deux ou trois ans par justement ajustement des assolements, baisse des surfaces. des cultures grosses consommatrices d'azote parce que le contenier pas, encore une fois, on a la chance de discuter avec des agriculteurs dans le monde entier, en Amérique du Nord, en Australie, en Amérique du Sud, en Europe, partout, les marges ne sont pas au rendez-vous. avec sans doute des transferts aussi des céréales vis-à-vis des oléagineux, qui offrent une meilleure rémunération à l'heure actuelle que les céréales. Les prix des huiles végétales... n'ont pas redescendu, pas autant redescendu que ceux des céréales, avec le soutien notamment des biocarburants à travers le monde. Et donc, on pense qu'au fur et à mesure des années à venir, on aura un transfert de surface qui permettra de rééquilibrer, mais malheureusement, pas en six mois le prix des céréales.
- Speaker #1
Normal. Je vous remercie. Alors, avant de partir, on a une petite tradition dans ce podcast, c'est de tirer une carte au hasard. Il y a un mot dessus qui est quand même en lien avec notre secteur d'activité à tous les trois. Et l'idée, c'était pour la conclusion, de voir en fonction du mot qui est marqué sur cette carte, pour avoir un petit peu de Nicolas. Vas-y, hop, attention, un peu d'exercice.
- Speaker #3
Pas casser le micro, c'est bon.
- Speaker #1
Non, voilà.
- Speaker #3
Moi, j'ai le terroir.
- Speaker #1
Tu as le terroir.
- Speaker #3
J'ai le terroir. Alsacien, forcément.
- Speaker #2
Forcément.
- Speaker #3
Et tu veux que je m'exprime sur le terroir ? Je ne sais pas,
- Speaker #1
est-ce que ça t'évoque quelque chose ? Oui,
- Speaker #3
le terroir, c'est quelque chose que... Je trouve que terroir et français, ça va bien ensemble. On a la chance d'avoir une agriculture qui est... assez formidable, qui est encore vraiment performante. Je dis encore parce qu'avec toutes les contraintes qu'on lui met, avec tout ce que la pression internationale peut lui mettre, et avec tout ce que la pression interne peut lui mettre, je trouve qu'elle résiste bien. Et c'est notre terroir qui est en jeu, en fait. Derrière l'agriculture, c'est nos paysages, c'est la façon dont on vit, c'est la façon dont on se nourrit, et je trouve que c'est extrêmement important. Et c'est pour ça qu'aujourd'hui, cette table ronde est vraiment très intéressante. C'est important d'en parler et de faire savoir ce qui s'y passe.
- Speaker #2
Moi, j'ai tiré l'espoir. C'est une carte très intéressante, surtout quand on est spécialiste des marchés. Autant je pense que l'espoir, c'est une notion vitale pour la vie de tous les jours, de tout à chacun. Autant je pense que l'espoir est une mauvaise chose sur le marché. Et j'aurais préféré, pour parler du marché, parler de la lucidité. Je reviens à mes propos précédents. Quand la situation est ce qu'elle est, avec une abondance de marchandises, etc., il faut en être conscient et être prêt à réagir pour profiter justement de ces opportunités et sécuriser ses marges parce qu'à trop espérer, on attend. On attend que l'engrais rebaisse et finalement aujourd'hui, on achète de l'engrais 100 euros la tonne plus cher qu'à l'été dernier. On attend que les céréales remontent et finalement aujourd'hui, on vend des céréales 40 euros la tonne plus bas. qu'il y a un an, ou 50 euros la tonne plus bas. Donc l'espoir est souvent un très mauvais conseiller sur les marchés. J'aurais préféré la lucidité et l'action pour notre domaine de la commercialisation. Merci à tous les deux. Merci Thomas. Merci.
- Speaker #0
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