- Speaker #0
Que sait-on vraiment de Moïse ? Un podcast réalisé par Véronique Alzieux pour le Monde de la Bible. Épisode 2, l'Exode.
- Speaker #1
Au chapitre 2 du livre de l'Exode, il est dit que Moïse, voyant un Égyptien malmener un Hébreu, frappe l'Égyptien à mort et l'enfouit dans le sable. Cet événement va changer la vie de Moïse, puisqu'il finit par arriver aux oreilles de Pharaon et pousse Moïse à s'enfuir d'Égypte. Et voilà qu'il se retrouve au pays de Madian, chez les Madianites. Dans ce deuxième épisode, nous retrouvons Thomas Römer, professeur au Collège de France, titulaire de la chaire Milieu Biblique. Pour commencer, il explique ce qu'est le pays de Madian, qui sont les Madianites, et les circonstances dans lesquelles ils accueillent Moïse.
- Speaker #2
Ça se trouve, je pense, un peu au nord de la péninsule arabique. On ne sait pas très bien exactement où les localiser. Un texte dans le Livre des Rois dit que c'est entre le pays d'Edom et l'Égypte, donc on est dans une région un peu frontière. Et les Madianites, on ne les connaît pas très bien. Mais on imagine que c'est plutôt aussi une sorte de regroupement de différents groupes séminomades. Donc certains font de la chasse, d'autres de l'agriculture, qui vivent regroupés un peu autour des oasis, où certains sont plus sédentaires et d'autres sont plus en chasse. Et ce que le récit biblique met en scène, c'est plutôt un groupe sédentaire, puisqu'on voit que Moïse va entrer en contact avec eux aussi avec une scène. Très connue la rencontre autour d'un puits, puisqu'il arrive au puits où en effet les filles d'un prêtre madianite vont puiser l'eau pour abreuver le troupeau et ils sont embêtés par des bandes qui veulent les empêcher à faire leurs devoirs et Moïse les défend et devient ainsi gendre du prêtre qui a des noms différents, il jette trop, souvent, Ray Luell dans d'autres textes et qu'il accueille chez lui.
- Speaker #1
Et pour le récompenser, il lui donne sa fille, Tzipora.
- Speaker #2
Tzipora, le petit oiseau.
- Speaker #1
Qu'est-ce qu'il fait Moïse dans ce pays de Madian ?
- Speaker #2
Apparemment, ça dure 40 ans. Au moins c'est dit dans les actes des apôtres, le récit biblique permet, dit le récit du Pentateuch, permet un peu de le reconstruire. Je pense qu'il y a 40 ans en Égypte, 40 ans à Madian et 40 ans de la sortie d'Égypte jusqu'à sa mort. Qu'est-ce qu'ils ont fait ? Ils deviennent bergers, apparemment. Et berger, ce n'est pas simplement qu'il va mener paître le troupeau, berger c'est aussi un titre royal. On avait déjà évoqué dans notre premier entretien... Cette figure royale qui se cache pas faim derrière Moïse, et dire quelqu'un qui est berger, c'est aussi le roi est un berger. Et donc du coup ça fait d'ailleurs des parallèles intéressants avec le Nouveau Testament, quand Jésus dit qu'il est le bon berger. C'est pas simplement une image un peu gentillette, mais c'est quelque chose aussi, une sorte de révélation royale, messianique, etc. Donc Moïse est berger, et c'est dans ce contexte-là qu'il va rencontrer le Dieu d'Israël. Après, sur le plan historique, c'est intéressant, on peut se poser la question s'il n'y a pas un lien entre ces fameux Madianites et la vénération du dieu Yahvé qui deviendra plus tard le dieu d'Israël. Donc là, on avait abordé la question de l'historicité. Évidemment, nous ne sommes pas à ce niveau de l'historicité, mais il y a peut-être une sorte de mémoire que Yahvé vient du sud de Madian, parce que ce qui est intéressant... Lorsque Moïse après avoir fait sortir le peuple d'Égypte, il y a cette histoire un peu curieuse au chapitre 18, où il arrive à la montagne de Dieu, et où arrive son beau-père Gétro, qui est le premier à offrir un sacrifice au Dieu d'Israël. Et donc du coup, on se pose la question, est-ce que ce n'est pas les Madianites, ou des clans associés aux Madianites, qui ont introduit la vénération de Yahvé ? auprès des clans israélites parce que après la montagne de dieu on arrive au sinaï d'ailleurs une sorte de doublon bizarre des deux montagnes et c'est au sinaï en fait que Yahvé va se révéler à tout le peuple et faire une alliance avec le peuple et devenir en fait seulement à ce moment là le dieu d'israël Ce qui est intéressant, lorsque ce dieu se révèle à lui, Moïse dit « mais c'est qui ? Tu es qui ? » Donc il n'a pas l'air trop de savoir, il se présente en disant « je suis le dieu de ton père » et après le père devient pluriel d'Abraham, d'Isaac et de Jacob. Et Moïse n'a pas l'air d'être très au courant par rapport à l'identité de ce dieu. Il dit « mais qu'est-ce que je dirais aux Israélites si je parle en ton nom ? » Et donc on ne le thématise pas tellement, mais l'idée c'est quand même que c'est seulement au moment de cette rencontre autour du puissant Ardon que Moïse reçoit en effet connaissance du nom du dieu d'Israël. Et d'ailleurs une deuxième version du même récit au chapitre 6 va le préciser. Ça souvent s'est attribué à une source postérieure qu'on appelle la source sacerdotale, où on va raconter encore une fois la vocation de Moïse, et Dieu va dire « c'est moi Yahvé » , il commence tout de suite à se présenter, « mais je suis apparu à Abraham, à Isaac et à Jacob, non pas sous le nom de Yahvé, mais sous le nom d'El Ausha . « El » c'est un titre plus général, qui est utilisé souvent pour des divinités cananéennes. Et donc du coup, là, il y a vraiment un peu l'idée qu'avant Moïse, en fait, on ne connaissait pas le nom de Yahvé, voire son identité. Alors Moïse, justement, berger, s'égare un peu avec son troupeau et arrive à un endroit où il y a un buisson qui est en feu. Et il dit, c'est bizarre cette histoire, je veux m'approcher pour voir ce qui se passe.
- Speaker #1
Thomas Rohmer, professeur au Collège de France de la chaire Milieu Biblique.
- Speaker #2
Donc apparemment c'est un buisson qui brûle sans se consommer. Et il entend une voix, Moïse, Moïse, me voici. C'est un peu traditionnel pour des révélations divines encore. Lorsque Dieu demande à Abraham de sacrifier son fils, c'est aussi Abraham, Abraham, me voici, donc voilà, manière entrematière. Et donc, enlève tes sandales, puisque le lieu où tu te tiens est un lieu saint, le Moïse s'exécute, et puis Dieu lui donne cette information. J'ai vu la souffrance de mon peuple, et je suis descendu, donc descendu du ciel, pour m'occuper des souffrances. Et tu vas... Il va aller voir les Hébreux pour leur dire que je t'envoie vers eux pour vous libérer de corvée égyptienne. Et là, il y a la grande question. Moïse dit, mais s'ils me demandent qui t'a envoyé, qu'est-ce que je dirais ? Et c'est là où il y a ce fameux... Le mot « Echyeh, Asher Echyeh » qu'on a du mal à traduire, que les uns traduisent « Je suis, que je suis » , que les autres disent « Je serai, que je serai » , donc un jeu de mots avec le verbe « être » en hébreu « Hayah, Echyeh » et donc qui, au début, a l'impression plutôt comme si Dieu ne voulait pas se révéler. D'ailleurs, le philosophe Martin Buber avait dit « En fait, il faut comprendre ça, je suis, que je suis, ça ne te regarde pas. » Ce qui est une belle explication, mais le texte poursuit, certains disent peut-être que le texte originel s'est terminé avec ça. Mais en même temps, le texte a besoin en fait d'expliquer le nom divin et le faire avec un jeu de mots autour de la racine être. Parce qu'avant qu'il se révèle, sans se révéler en disant « je suis que je suis » , Moïse est déjà hésitant, comme sont beaucoup de gens dans la Bible qui ont appelé, en disant « mais moi je ne saurais pas faire » et Dieu lui dit. « Je serai avec toi » . Donc il y a déjà la première phrase « Je serai » . Et ensuite, ce « je serai » est repris dans « Je serai qui je serai » . Mais c'est en même temps, à la fin, une sorte de refus de se livrer entièrement. Mais en même temps, c'est aussi un jeu avec « Je serai avec toi » . Donc il y a les deux. Il y a à la fin « être avec » et « être insécissable » . Et je pense que le texte joue un peu sur ces deux aspects. Il faudrait rappeler que dans la suite du texte, Yahvé se révèle quand même. Donc, il dit « Yahvé, le dieu de vos pères m'a envoyé vers vous » . Et donc le texte veut, en effet, ça c'est aussi une grande discussion, qu'est-ce que signifie vraiment le nom de Yahvé ? Pour l'auteur de ce texte, c'est en lien avec la racine « être » . Même si ce n'est pas la bonne étymologie, mais... Les bonnes étymologies, souvent, ce ne sont pas les bonnes étymologies. Les étymologies qui marchent, ce sont ceux qui font sens, même si les philologues peuvent dire « non, ce n'est pas ça ce que ça signifie » . Donc, on veut dire en effet que Yahvé, c'est le Dieu qui est avec Israël, qui est le Dieu qui accompagne Israël. Et puis Moïse, d'abord, s'exécute, et puis il vient cet épisode très curieux, parce qu'il retourne en Égypte avec cette mission, et alors le même Yahvé, Qu'il a appelé à son service, il va essayer de le tuer, donc on a déjà évoqué ce texte, et il est sauvé une fois de plus par une femme étrangère, par sa femme Zipporah, qui fait un rite de circoncision apparemment sur le fils, et touche en fait avec le sang le sexe de Moïse. Donc c'est une sorte de recirconcision de Moïse. On a aussi beaucoup spéculé sur le sens de cette histoire, mais peut-être, en effet, on s'était dit, si Moïse a vécu en Égypte, il était peut-être circoncis à la manière égyptienne, et peut-être pas comme il fallait, parce que les Égyptiens, d'après ce qu'on sait, la circoncision, c'est plutôt un rite de puberté, alors que, selon la Genèse, au chapitre 17, c'est au huitième jour qu'il faut circoncir le nouveau-né, et apparemment, donc là, il y a un fils, on ne dit pas l'âge, mais qui va être circoncis peut-être à la place de Moïse, qui peut-être déjà est circoncis. Donc le texte reste obscur, mais ce qui est important, il y a le sang, il y a le rite de la circoncision qui est appliqué à Moïse, parce que les gens se sont certainement dit « mais est-ce qu'il était circoncis ? » « Mais s'il était circoncis en Égypte, c'était vraiment cachère ou pas ? » Donc ces questions ont pu fuser, c'est un récit sans doute ajouté assez tardivement, mais qui voulait expliquer un peu. un peu cette situation, tout en donnant un rôle très important à Tsipora.
- Speaker #1
Moïse n'est pas seul, il est aussi accompagné de son frère.
- Speaker #2
Alors, dans ce récit du voyage, le frère n'est pas là, mais il y a d'autres textes, en effet, où Aaron, qui est présenté comme le frère aîné, est un peu son porte-parole. Puisque Moïse, lorsqu'il est appelé, il a toutes sortes d'excuses aussi, chez ce pas-parler, chez la langue lourde.
- Speaker #1
Ce qui amène même parfois à interpréter ça comme un bégaiement.
- Speaker #2
Ou d'un autre handicap. Mais tout ça, c'est de nouveau un peu trop rationalisant, parce qu'on a aussi les prophètes qui ont toutes sortes d'extases, on a dit c'est l'épilepsie ou c'est telle ou telle maladie. Je pense que ce n'est peut-être pas forcément la bonne manière de voir les choses. Donc là, ce qui est important dans ce récit, c'est que c'est soi-disant incapacité, parce que quand il le faut, il parle quand même très bien Moïse. Il parle très longuement d'ailleurs, quand il transmet toutes les lois, etc. Donc c'est une manière en effet d'introduire la figure d'Aaron, qui est son frère, et qui devient en fait la figure sacerdotale. Et donc il y a un peu ce dualisme entre Moïse et Aaron, qui sont tous les deux de la tribu de Lévi bien sûr, mais Aaron devient plutôt en fait l'image du prêtre, plus tard du grand prêtre. Alors Moïse c'est le libérateur, le prophète, la figure royale. Et certains disent que c'est un peu le dualisme roi-prêtre, en fait.
- Speaker #1
Grenouilles, sauterelles, moustiques, mouches, grêles et bien d'autres, en tout, c'est une dizaine de plaies qui vont s'abattre sur l'Egypte parce que Pharaon refuse de laisser les Hébreux aller au désert pour rendre un culte à leur dieu. Moïse a beau le prévenir, Pharaon résiste. Il faudra la mort de tous les premiers-nés d'Egypte pour qu'ils finissent par céder. Thomas Romer
- Speaker #2
Alors ça c'est intéressant aussi parce que ce que vous avez dit c'est très juste. En fait, on a deux traditions. On a en fait la tradition « laisse mon peuple sortir » et puis il y a, alors certains disent c'est juste une variante ou c'est une tromperie par rapport à Pharaon parce que dans certains textes Moïse dit « donne-nous quelques jours de congé pour que nous allons servir notre Dieu dans le désert et puis nous revenons vers toi. » Et donc on ne prend pas ça souvent au sérieux mais je pense qu'il y a deux traditions là-derrière. Et derrière cette tradition de servir Dieu sur une montagne, se trouve cette montagne dont nous avons déjà parlé, où apparemment Yétro est en fonction. Et ça confirme un peu cette hypothèse. Il y avait un dieu du désert, un dieu madianite ou un dieu nomade peut-être, qui réside sur une montagne et que les Égyptiens... ne veulent pas que les Hébreux vénèrent.
- Speaker #1
Alors il y a avant que finalement Pharaon cède, en quelque sorte, ce passage là aussi fondateur de la Pâque instaurée.
- Speaker #2
Oui, tout à fait. Une fois de plus, le sang va jouer un rôle. Les plaies, alors évidemment, ils ne sont pas comptés dans le récit biblique. Certaines plaies sont plutôt des manifestations un peu de la puissance divine. Et puis la PAC est installée là comme étant une sorte de commémoration et aussi un moyen, donc il y a les deux choses, un moyen d'échapper en fait à la plaie de la mort des premiers-nés, puisqu'il faut prendre le sang de la victime, Pascal, pour en fait enduire les portes, les poteaux des portes, pour que... L'ange destructeur de Yahvé ne va pas entrer dans les maisons ou les tentes des Israélites.
- Speaker #1
Donc ces maisons-là sont épargnées ?
- Speaker #2
C'est épargné, donc le sang, une fois de plus, sauve. Comme le sang de la circoncision a sauvé Moïse de l'attaque de Yahvé, maintenant le sang de l'agneau pascal va sauver les Hébreux de l'ange exterminateur envoyé par Yahvé. Et en même temps, la Pacte vient... Et c'est évidemment très fondamental aussi dans d'autres textes de la Bible, une sorte de réactualisation constante de la sortie d'Égypte, parce que, encore jusqu'à aujourd'hui, quand il y a la Pâque, on va dire « nous étions esclaves en Égypte » , donc chaque génération, en fait, s'identifie avec cette génération qui est libérée de l'esclavage égyptien.
- Speaker #1
Pâque signifie un passage ?
- Speaker #2
Alors, c'est un passage, alors est-ce que... C'est la signification première. Donc en fait, il y a l'idée aussi de sauter, sauter au-dessus. L'idée, c'est peut-être en effet que l'ange exterminateur, en fait, épargne en sautant au-dessus des nouveaux-nés israélites. D'ailleurs, en Espagne, il y a encore jusqu'à aujourd'hui cette coutume, au moment de la Pâque, je ne sais plus comment ça s'appelle, où vous avez aussi une sorte d'homme déguisé un peu en démon qui sautent autour des... des nouveaux-nés, et puis ça a une reprise encore de cette étymologie-là. Mais l'idée, en effet, que la Pâque, c'est l'épargnement des Hébreux de la destruction, mais aussi évidemment, ça devient en fait la célébration, ce qui devient en effet l'affirmation centrale au mois du Pentateuch, c'est que Yahvé nous a libérés, nous a fait sortir du pays d'Égypte.
- Speaker #0
Lecture du livre de l'Exode, chapitre 14, versets 21 à 25. Moïse étendit sa main sur la mer. Le Seigneur refoula la mer toute la nuit par un fort vent d'est. Il mit la mer à sec et les eaux se fondirent. Les fils d'Israël entrèrent au milieu de la mer à sec et les eaux formaient comme une muraille à leur droite et à leur gauche. Les Égyptiens les poursuivirent. Tous les chevaux de Pharaon, ses chars et ses cavaliers entrèrent derrière eux au milieu de la mer. À la veille du matin, le Seigneur regarda le camp des Égyptiens depuis la colonne de feu et de nuée et il jeta la confusion dans le camp des Égyptiens. Il enraya les roues de leur char qui n'avançaient plus qu'avec peine. Alors les Égyptiens dirent, « Fuions devant Israël, car le Seigneur combat pour eux contre les Égyptiens. »
- Speaker #2
Là, c'est évidemment un récit très important, qui est aussi très symbolique, ce passage, qui est commémoré évidemment dans le rituel de la Pâque. On traverse la mer, donc on ne sait pas quelle mer c'est, après dans le texte. ça devient la mer du Jean, disons pas la mer rouge, en fait en hébreu c'est la mer du Jean, quand c'est pas vraiment localisé, et la septante on a fait la mer rouge. Mais ça c'est pas très important, et ce qui est important c'est qu'en fait on récréait un peu le peuple, dans la mesure où on crée le peuple, puisqu'il y a beaucoup d'allusions. dans ce récit de partage des eaux, au récit de la création dans le premier chapitre de la Genèse. Parce qu'en fait, lorsque le monde est créé par Dieu, on va d'abord séparer les eaux pour que la terre sèche apparaisse. Et la terre sèche, Yavasha, c'est une expression pas très fréquente. On va utiliser le même terme, donc Yahvé, via Moïse, va partager les eaux et va apparaître la terre sèche pour que les Hébreux peuvent y passer. si jeunesse 1 crée le monde Exo 14 crée le peuple par cette possibilité de passer. Et quand on regarde la géographie, on passe en fait de l'ouest à l'est. L'ouest, c'est la mort parce que le soleil se couche à l'ouest et puis va entrer dans les enfers. Et à l'est, le soleil se lève et c'est le symbole de la vie. Donc il y a un passage de la mort à la vie. Et évidemment, on comprend qu'après, dans le christianisme, ça devient aussi symbole du baptême, etc. qui commémore aussi ce passage de la mort à la vie.
- Speaker #1
Moïse a dans les mains un bâton.
- Speaker #2
Oui.
- Speaker #1
Un bâton qui a des pouvoirs très particuliers. Qu'est-ce qui symbolise ce bâton qui se transforme en serpent, qui lui permet d'ouvrir la mer ?
- Speaker #2
Parfois c'est le bâton d'Aaron, parfois c'est le bâton de Moïse. Donc on ne sait pas très bien à qui appartient le bâton. Il y a des gens qui disent à l'origine c'est le bâton sacerdotal et qu'on le revendique plus tard pour Moïse. Donc les deux en fait ont un bâton. Le bâton d'Aaron va aussi à un moment fleurir dans le livre des nombres lorsque... La légitimité sarcedotale est contestée par certains. Il y a une sorte de compétition. Chaque tribu doit mettre un bâton. Et c'est seulement le bâton de Aaron qui va fleurir et qui va l'installer dans sa fonction. Donc évidemment, ça peut être le bâton du berger, ça peut être un symbole de pouvoir. Et je pense que c'est aussi quelque chose de magique, puisqu'on le voit avec la compétition avec les magiciens égyptiens, qui eux aussi peuvent faire un certain nombre de choses avec leur bâton. Finalement, Aaron et Moïse sont les meilleurs magiciens d'une certaine manière.
- Speaker #1
Et pour terminer, puisqu'on parle des attributs, pourquoi est-ce qu'on représente Moïse cornu ?
- Speaker #2
Les cornes de Moïse viennent en fait d'une traduction de Jérôme dans la Vulgate. Parce que lorsque Moïse vient voir Dieu, dans le texte hébreu, on dit son visage. C'est là la question rayonnée. Mais la racine karen ou karan. peut aussi avoir comme signification avoir des cornes. Et Jérôme a décidé que c'est cornu, et d'autres ont traduit par son visage rayonné. Mais c'est difficile de traduire, mais les cornes ont joué un rôle très très important de Moïse. Et je pense que ce n'est pas totalement faux de l'imaginer avec des cornes, parce que les cornes c'est un symbole royal ou divin. Les rois ont souvent des tiars avec un peu des symboles de cornes. Et n'oublions pas que ça se passe au moment où Moïse détruit le vaudor qui est cornu, et qui est le faux médiateur. Et le vrai médiateur, c'est Moïse. Donc les cornes, ce n'est pas totalement illégitime comme idée.
- Speaker #1
C'est la fin du deuxième épisode de cette série de podcasts. Merci à Thomas Rohmer, titulaire de la chaire « Milieu biblique » au Collège de France. Merci à François Maillet pour les voix et à Thierry Marconnet pour les lectures. Enfin, merci à Antoine Michoud pour la création musicale originale.