- Speaker #0
Que sait-on vraiment de Jésus de Nazareth ? Un podcast réalisé par Véronique Alzieu pour le Monde de la Bible.
- Speaker #1
Nous poursuivons l'évocation de la vie de Jésus du point de vue de l'histoire avec la bibliste Roselyne Dupont-Roc. Dans les précédents épisodes, je lui ai demandé de parler de la naissance de Jésus et de son enfance. Puis, dans le deuxième épisode du baptême qu'il reçoit de Jean-Baptiste et qui inaugure sa mission en Galilée et en Judée. Et au sujet de la Judée justement, il est temps dans ce troisième épisode de parler de ce qui conduit Jésus à Jérusalem. Pourquoi y est-il allé alors qu'il connaissait les risques auxquels il s'exposait ? La réponse de Roselyne Dupont-Roc.
- Speaker #0
Troisième épisode, Jérusalem, de l'arrestation à la mort sur la croix.
- Roselyne Dupont-Roc
Alors, on va à Jérusalem, quand on est un galiléen, juif fervent, juif pratiquant, pour les fêtes de pèlerinage. Et déjà, la venue au temple de Jésus à l'âge de 12 ans dans l'évangile de Luc, dit bien cette venue en pèlerinage des parents de Jésus avec d'autres à Jérusalem pour les grandes fêtes religieuses. Dans l'évangile de Jean, c'est très clair, Jésus vient plusieurs fois. Il vient pour la Pâque au moins trois fois, il vient pour la fête des tentes. En septembre, cette fête qui rappelle le désert, la vie au désert, et qui devient aussi la fête de l'eau vive, des sources jaillissantes, etc. Donc Jésus vient plusieurs fois à Jérusalem parce que c'est là qu'on venait en pèlerinage. Alors attention à la carte, on ne descend pas de Galilée à Jérusalem, on monte ! Mais de fait, on monte aussi de Jéricho à Jérusalem. Et c'est là au fond qu'est le Temple, la Maison de Dieu, même si les mouvements baptistes... Le condamne ou condamne son fonctionnement. C'est là que le centre, le cœur battant de la vie juive. La menace marque la place très tôt, il y a le chapitre 3. Mais on voit bien qu'elle vient des milieux qui se méfient. de ces espèces de mouvements de foules avec une idée plus ou moins messianique derrière, finalement avec une idée de soulèvement contre les Romains. Dans l'évangile de Jean, Jésus se bat à l'écart après l'avoir partagé les pains parce qu'il savait bien qu'il voulait l'enlever pour le faire roi. Il y avait quand même bien l'idée dans les foules d'une royauté, fils de David, ça veut dire, est-ce qu'il ne pourrait pas être notre roi qui... finirait par chasser l'occupant romain, ou les hérodes qui n'en sont qu'une espèce de pantin manipulé. Il y a donc ça qui crée de toute façon une hostilité, une suspicion, et du coup qui va devenir pour lui une menace. Et on voit bien chez Jean qui rappelle plusieurs venus à Jérusalem, que parfois Jésus y va, mais en secret. Il est même dit dans le chapitre 10, je crois, qu'il n'a pas été lapidé ce jour-là parce que son heure n'était pas venue. Et qu'à plusieurs fois, il y a des grosses menaces. Alors, la foule, la foule, elle le suit, elle veut en faire un roi, mais la foule, elle est éminemment manipulable. Et Dieu sait que c'est évident à travers les siècles. On manipule la foule comme on veut. Alors là, je voudrais, si ça ne vous ennuie pas, préciser un peu des choses sur les noms. Les pharisiens sont devenus, dans l'imaginaire chrétien, l'ennemi par excellence, au point qu'on a parlé de pharisaïsme, avec à partir probablement aussi de la parabole de Luc, du pharisien et du publicain, le pharisien qui se hausse devant Dieu en disant « Moi, je fais tout bien comme il faut, j'observe la loi parfaitement, tant de fois par jour. » et l'autre qui dit pardon.
- Speaker #1
C'est abusif ?
- Roselyne Dupont-Roc
C'est complètement abusif. C'est complètement abusif. C'est difficile de connaître bien les pharisiens, parce qu'on les connaît par les évangiles, justement, qui sont des textes à charge, je vais y revenir, par Flavius Joseph aussi, mais enfin, on sait à peu près qui ils étaient. Jésus n'est pas hostile aux pharisiens. Ils sont ceux avec qui, sur le plan religieux, sur le plan de l'écriture, sur le plan de l'interprétation de la loi, ils discutent. Ce sont ces interlocuteurs. j'allais dire privilégié même s'il n'est pas d'accord parce qu'il y avait dans le pharisaïsme une idée qui est belle et qui rejoint la sienne retourner le coeur du peuple vers Dieu et c'est pour ça qu'on finalement enferme tous les gestes de la journée dans le carcan des rites et des observances parce qu'il faut que tous les gestes de la journée soient retournés vers Dieu donc on met des rites pour rappeler que Il faut être devant Dieu. À la fin, ça devient insupportable. Mais voilà. Ça, c'est les pharisiens. Mais, mais, dans l'évangile de Matthieu en particulier, les pharisiens deviennent quand même très vite très hostiles, chez Jean aussi. Et on voit bien que là, c'est le reflet. Alors, le chapitre 23 de Matthieu, « Malheur à vous, pharisiens » ou « Malheur pharisien » ou « Quel malheur pharisien » quand même qui est très très dur vis-à-vis des pharisiens. Ce chapitre 23 est le reflet d'une autre époque. C'est-à-dire que... Les évangiles, je l'ai dit, sont écrits après 70, c'est-à-dire après un moment qui est majeur dans l'histoire du passage du christianisme à l'universel, même si ça avait commencé avant avec Paul, c'est la séparation qui va se faire entre juifs et chrétiens, parce que, à cause de la guerre, dite guerre juive, d'abord guerre civile, puis guerre contre les romains, qui dure de 66 à 70, bien après la mort de Jésus, les romains ont pris Jérusalem. Titus met un sac Jérusalem et brûle le temple. Les autorités juives disparaissent, tous les sadducéens, les grands prêtres ont disparu, les pharisiens se sont enfuis ou retournés ailleurs, les scribes aussi sont partis, et dans le pays, il y a eu une guerre civile qui a certainement été atroce. Le judaïsme après donc ce moment de 70 qui est à nouveau dans l'histoire juive un moment où tout semble s'effondrer. Il n'y a plus de temple, il n'y a plus la ville de Jérusalem, il n'y a plus de caste religieuse, donc il n'y a plus de grands prêtres. Quel culte ! Le judaïsme va renaître des cendres de Jérusalem et du Temple ailleurs. Alors on dit à Yabné, en face de Jérusalem, sur la côte. On dit cet endroit-là, plusieurs autres. Enfin, d'un groupe de scribes et de pharisiens, qui sont des gens attachés à la loi, habitués à interpréter la loi, qui vont faire renaître le judaïsme autour de la lecture de la Torah et de la loi en général et des Écritures. Et petit à petit, ils vont produire, mais il faut du temps, du temps et du temps, le canon des écritures. Donc on va resserrer les judaïsmes autour de l'écriture, à une période de grande crise interne du judaïsme, à une période où ils se voient attaquer de tous côtés, puisque Jérusalem est tombée, qu'on est obligé quand même de fuir, et à une période où la tentation, comme toujours pour le monde gréco-romain, est forte chez les jeunes juifs. En même temps, le judaïsme voit se dresser à côté de lui. un christianisme naissant qui se dit de même l'héritier du judaïsme ancien, puisque Jésus était un juif. Donc on va avoir presque un conflit d'héritage entre ces deux mouvements, le judaïsme qui va s'appeler le judaïsme rabbinique, et le jeune christianisme avec au début une grande proximité, et très vite aussi des malédictions réciproques. Quand le judaïsme va exclure, et là on en a le témoignage dans l'évangile de Matthieu à plusieurs reprises, et une fois chez Jean, Exclure de la synagogue ceux qu'il appelle les Minimes et les Nazorimes. Les Nazorimes, c'est peut-être les chrétiens. C'est plus large que ça, c'est tous les déviants, tous ceux qui se tournent vers davantage le monde gréco-romain. Ils excluent tous les déviants pour retrouver une identité forte alors qu'ils ont terriblement souffert et été, au fond, décapés par ces événements de 70. De son côté, les groupes juifs venus du christianisme, de leur côté, Eux ressentent ça comme une exclusion. Et donc la tension va être grande, et au moment où l'évangile de Matthieu est écrit, la tension naît, et donc on va à l'intérieur de ce groupe mathéen, la communauté pour laquelle, dans laquelle, écrit l'évangile de Matthieu. Donc, à la fois formés de judéo-chrétiens, ils viennent du monde juif, Matthieu le premier, mais aussi de nombreux païens devenus chrétiens, il faut que les deux vivent ensemble, on va voir se développer... une espèce de condamnation très dure de gens qu'on va appeler les pharisiens, alors qu'en fait, il s'agit du judaïsme rabbinique naissant. Mais du coup, le mot pharisien, ça devient l'ennemi à abattre, alors que ce n'était pas du tout le cas pour Jésus. Jésus, c'est les gens du temple, les sadducéens, qui se sont voulus se débarrasser à tout prix de lui. Voilà, donc, il faut faire attention à cette erreur de perspective qui fait que l'évangile de Matthieu est un peu marque aussi. mais sous le nom de pharisiens, l'ennemi numéro un du christianisme naissant, qui n'ont pas été du tout l'ennemi numéro un de Jésus. Le chapitre 23 de Matthieu ne se comprend que dans ce climat de tension extrême. Cette espèce de façon de dire malheur, malheur, malheur pharisien, non. Mais c'est vraiment un moment de tension où on est exclu de la synagogue et donc on se bat contre les pharisiens. Et donc on va souligner le côté hypocrite, le côté visibilité extérieure et non pas repentir du cœur profond d'un certain pharisaïsme, en tout cas ce qui devient le pharisaïsme. Ça n'y est pas dans les autres, et moi il me semble que dans l'évangile de Luc, lors de la montée de... L'entrée triomphale, triomphante, enfin petit triomphe, mais quand même l'entrée glorieuse de Jésus à Jérusalem, les pharisiens lui disent « Retiens tes disciples » . Une chose qu'il faut remarquer, c'est que dans l'évangile de Matthieu, où les pharisiens sont seulement maltraités, après le chapitre 23, au moment où on va entrer dans l'arrestation de Jésus, les pharisiens disparaissent. Ce ne sont pas les pharisiens qui ont demandé la mort de Jésus. Vraiment, on voit que c'est les gens du Temple et les Romains. La mise en scène déjà reprend un certain nombre de textes de l'Ancien Testament. Les exosaccharies, le roi humble qui vient monter sur un âne, sur un âne, le petit d'une annaise, et pas sur un cheval. C'est l'entrée du prince de la paix. Et c'est évidemment grossi. Qui sont ces gens ? Alors évidemment, on dit les foules, les évangiles disent les foules, le suivent. Essentiellement quand même un peu de disciples, et de gens venus de Galilée, mais des gens d'Jérusalem, qui avaient entendu parler du petit peuple. Probablement le petit peuple de Judée. autour de Jérusalem. Il y avait quand même du monde à Jérusalem. Et on voit bien à quel point ça montre que la foule est manipulable, puisque la même foule qui crie « Hosanna au fils de David ici » , ensuite y aura un mort poussé par derrière, évidemment, par les grands prêtres et les Romains. Le véritable roi, c'est celui qui vient, qui est le roi de la paix, celui qui vient avec le petit peuple monter sur un anneau et pas pour faire la guerre. C'est sûr que c'est une affirmation très forte, qui ne peut être vécue que comme une provocation. C'est sûr aussi. D'où ensuite... provocation quand même, parce qu'il y en a une après, et c'est la provocation dans le temple. Dans le temple, alors Jean place cet épisode au début de son évangile parce que c'est le programme. Il remplacera le temple par le temple de son corps. Chez les évangiles synoptiques, la scène dans le temple dite de purification du temple est quand même une scène où Jésus vraiment se dresse contre la dénaturation de ce que doit être le temple de Jérusalem, la maison de prière pour tous les peuples, la maison de mon père, la maison de Dieu. On en a fait une machine à fric, une vaste machine à offrir des sacrifices, Sacrifices pour l'empereur, sacrifices de... un certain nombre de fois par jour, sacrifice des gens qui viennent, avec des lieux de change d'argent, parce que c'est l'argent du temple qui seul doit être utilisé. Donc il y a des changeurs, donc évidemment il y a des profiteurs quelque part, il y a des animaux qui doivent être purs, donc on vend des animaux intacts, purs, ceci, cela. Donc c'est devenu une grosse machine entre les mains des grands prêtres et des sadducéens. Et Jésus réagit violemment, c'est un des rares textes. où l'on voit une violence de Jésus, même si ensuite on essaie de l'atténuer, il est quand même dit qu'il se fait un fouet avec des cordes et qu'il chasse, qu'il renverse les tables des changeurs et chasse les vendeurs du temple, et même dans un évangile ou l'autre, empêche les gens de circuler à cet endroit-là. C'est un incident en tout cas très significatif, et qui probablement a favorisé la décision « il faut l'arrêter » . Cette scène, c'est l'évangile de Jean, qui d'ailleurs connaît bien, puisqu'il l'a déjà raconté, l'intervention de Jésus au Temple, et la purification du Temple est mise, à la fin des évangiles de Matthieu, Marc et Luc, comme le moment déclencheur de l'arrestation de Jésus. Alors pourquoi est-ce qu'il s'énerve ? Parce que malgré tout, si vous voulez, même si effectivement, on va comprendre petit à petit que le Temple d'ailleurs n'existe en plus, et la mort de Jésus fait partie de cette compréhension, Dieu n'est pas... On n'est plus seulement dans le temple, il est avec le crucifié, avec tous les crucifiés du monde qu'il vient relever. Il n'empêche que dans la conception juive qui était celle de Jésus, le temple est quand même la maison de prière. pour son père, de toutes les nations. Et donc le Temple ne peut pas devenir un lieu de corruption. Il y a finalement toute cette mise en cause de la nocivité, de la perversion du pouvoir des puissants et de l'argent. La scène dans le Temple met ça en cause. Les trois évangélistes le mettent au moment de l'arrivée de Jésus à Jérusalem. Ensuite il y a des controverses de plus en plus serrées, certainement après coup des condamnations fortes d'Israël, mais ça c'est une relecture de la mise à mort de Jésus avec les vignerons homicides, etc. Ça c'est des relectures après. Mais je crois que historiquement, ça fait partie des éléments déclencheurs.
- Speaker #1
Alors on le comprend de la part des grands prêtres, de ceux qui ont tout intérêt à ce que ce fonctionnement perdure, mais en quoi est-ce que le pouvoir romain se sent également menacé ?
- Roselyne Dupont-Roc
Un sédicieux qui a des prétentions messianiques, ou pour qui le peuple a des prétentions messianiques, c'est un risque de soulèvement.
- Speaker #1
Mais il n'y en avait pas régulièrement, des gens comme ça, des hommes qui se prétendaient le Messie ?
- Roselyne Dupont-Roc
Régulièrement, peut-être pas, mais il y en a eu quelques-uns, en tout cas des séditions, on en connaît, et ça s'est toujours très mal fini. C'est-à-dire que les Romains, Judas le Galiléen, il a été exécuté, ses disciples avec lui, ses fils qui ont recommencé 30 ans plus tard. Et il y en a eu d'autres, c'est rappelé dans les actes des apôtres par Gamaliel qui défend Paul devant le Sanhédrin, qui dit qu'il y a à chaque fois eu des soulèvements, ils ont été réprimés dans le sang, là il faut voir jusqu'où ça va.
- Speaker #1
Qui est le Sanhédrin ?
- Roselyne Dupont-Roc
Le Sanhédrin, c'est l'organe dirigeant du point de vue religieux. du monde juif. Essentiellement, il comprend à l'époque les Sadducéens, normalement des scribes, des scribes sadducéens ou non, des pharisiens, mais on dit beaucoup, en tout cas mes interlocuteurs juifs me disent que les pharisiens, dans les années 26-27, se seraient séparés du Sanhédrin de Jérusalem au motif justement qu'il était entièrement manipulé. par en haut par les Romains. Il y a quelques attestations qui disent ça. Donc on aurait un double Sanhedrin ou un Sanhedrin pharisien. Et c'est peut-être pour nous une façon de voir que ce sont bien les autorités du Temple et les autorités romaines, parce que c'était vraiment lié, les Sadducéens ne tenaient que nommés par les Romains, qui ont vraiment provoqué l'arrestation et la mise à mort, se débarrasser rapidement du mouvement de Jésus.
- Speaker #1
Il sait que la menace plane bien avant d'arriver à Jérusalem. Pourquoi est-ce qu'il y va ?
- Roselyne Dupont-Roc
J'ai assisté dans le passé, j'étais très jeune, à un séminaire du grand grand grandissime exégète Paul Beauchamp qui avait terminé un séminaire sur cette question : mais enfin ! Pourquoi est-il monté à Jérusalem ? Ça m'est resté, ça doit dater de 40 ans au moins, sinon 50 ans. Ça veut dire que ça reste une énigme ? Ça reste pas une énigme, on comprend très bien. C'est le centre de la vie juive, c'est le centre de la tradition, c'est là finalement où les choses se jouent. Et si au fond, il y a un retournement complet de la situation avec la venue du règne de Dieu, il faut bien que ça ait lieu à Jérusalem.
- Speaker #1
Ça peut pas avoir lieu sans Jérusalem ?
- Roselyne Dupont-Roc
Ailleurs qu'à Jérusalem. Ailleurs qu'à Jérusalem. Les choses se nouent à Jérusalem. Toute l'écriture converge vers Jérusalem. Si on lit le prophète Isaïe, qui est quand même le prophète le plus lu dans le monde juif, le plus cité dans le Nouveau Testament, cet afflux des peuples avec la vision de Jérusalem, la ville de la paix, dans laquelle les montres... les nations c'est reste quand même dans l'imaginaire juif le sommet doudou le traumatisme car jérusalem tombe et la nécessité de se recentrer sur quoi il ya plus de terre sur la torah comme on le dira beaucoup plus tard une terre portative le xxème siècle il le dit mais quand même et le fait que les chrétiens réagissent en disant ni à jérusalem ni sur le mont garrison pour les samaritains mais en esprit et en vérité.
- Speaker #1
Est-ce que la notion de sacrifice est à prendre en compte là ?
- Roselyne Dupont-Roc
J'ai beaucoup de mal avec la notion de sacrifice. Parce que, si vous voulez, tous les prophètes... ont condamné l'abus des sacrifices, quand ils sont notamment des sacrifices d'animaux, qui ne sont pas des sacrifices pour nourrir la divinité, mais qui sont des sacrifices pour montrer que le sang appartient à Dieu et qu'on lui rend. L'abus des sacrifices au temple, depuis certainement le retour de l'exil, peut-être même avant, les prophètes se sont élevés en disant, avec des mots très durs, Dieu qui a... horreur des sacrifices, ça fait vomir les fumées et l'encens des sacrifices, ça fait vomir Dieu. Parce que ça ne correspond pas à un repentir intérieur profond et que c'est une espèce de marchandage, ou en tout cas un passeport assez facile pour le pardon, j'offre un sacrifice et par derrière je fais n'importe quoi. Les prophètes sans arrêt dénoncent ça. Ils ne mettent pas en cause le système du temple, mais il ne sert à rien s'il ne correspond pas à un retournement du cœur. À l'époque de Jésus, les gens de Coumral ont déjà dénoncé le Temple comme le lieu de sacrifice impur, et eux ne pratiquent pas de sacrifice sanglant. Les baptistes refusent aussi un baptême d'eau et pas de sacrifice, et Jésus se dresse contre le Temple. Et la compréhension, après coup, de la mort et de la résurrection de Jésus, c'est quand même que c'est la fin des sacrifices sanglants. Alors il y a un paradoxe. Alors, est-ce que c'est un sacrifice ? En tout cas, si c'est un sacrifice, il faut s'entendre. Dieu, et ça c'est la prédication des prophètes, et c'est la prédication de Jésus lui-même, Dieu n'a pas besoin de nos sacrifices. Dieu pardonne par pure grâce et il n'a rien à faire des sacrifices extérieurs humains. Ce qui compte c'est le changement du cœur et l'accueil du don de Dieu, en tout cas. Si ça reste encore à l'arrière-plan de certaines traditions juives, le christianisme commence par dire non, non, il n'y a plus de sacrifice possible, parce que, au fond, l'attente de la nouvelle alliance annoncée par Jérémie, où Dieu viendra lui-même changer le cœur humain, inscrire sa loi dans les cœurs humains pour qu'ils deviennent complices de sa loi, s'est réalisée dans Jésus mort et ressuscité, qui prend en charge toute l'humanité et qui transforme. Dans cette mort et cette résurrection, l'humanité en une humanité nouvelle. Donc de toute façon, il n'y en a plus besoin. Dieu n'ayant pas besoin de sacrifice, qu'est-ce que c'est que la mort de Jésus ? La mort sanglante, la mort atroce que peut-être il n'attendait pas. Il semble qu'il s'est... qui s'attendait à être lapidé comme un prophète, pas nécessairement crucifié comme un maudit, maudit de Dieu pour le judaïsme, maudit et un esclave ou un non-humain pour le monde gréco-romain. C'est vraiment la mort humiliante, atroce par excellence, et même du point de vue juif, une mort de maudit. Cette mort, elle n'est pas due à Dieu, Dieu ne l'a jamais voulue, elle est due aux hommes, il faut bien le dire. La mort de Jésus, infamante, atroce, cette mort... Ce n'est pas Dieu qui l'a voulu, c'est les hommes qui l'ont voulu, qui l'ont décidé. Et Jésus la découvre et Jésus l'accepte. Et au fond, il voit le dernier lieu où Dieu vient se dire d'accord avec les pires, les esclaves, les brigands, les moins que rien, ceux qui meurent crucifiés, qui n'étaient pas non plus des enfants de cœur. Et quelque part aussi avec les bourreaux qu'il faut pardonner. Et après, c'est lu comme le sacrifice de Jésus. pour nous et pour nos péchés, mais du coup, on le retourne à un sacrifice offert à Dieu, qu'il ait donné toute sa vie à Dieu, qu'il ait vécu toute sa vie dans l'accord complet avec Dieu et la volonté de Dieu qui se découvrait peu à peu à lui. Ça fait partie de ce que disent les évangiles depuis le début, depuis sa naissance. Mais Dieu n'a pas besoin de sang. Sacrifice, c'est accepter au fond la violence des hommes en ne la retournant pas en contre-violence et en en faisant Le lieu où la violence des hommes est visitée par Dieu pour la transformer en pardon. Mais ce n'est pas Dieu qui a voulu du sang, je suis désolée. Il faut qu'on s'entende là-dessus et je ne suis pas sûre qu'en maniant tellement le mot, je crois que les gens qui le manient savent ce qu'ils disent, mais on ne laisse pas traîner. Dans l'arrière-boutique des têtes chrétiennes, que Dieu a voulu du sang et qu'il avait besoin, parce que ça a été quand même largement théologisé après, la passion vicaire, les souffrances voulues, l'honneur de Dieu qui a été racheté, etc. Il y a eu des grands théologiens qui ont dit, à mon avis, des horreurs là-dessus.
- Speaker #1
C'est la fin du troisième épisode de cette série de podcasts. Je vous retrouve pour le quatrième et dernier épisode. Nous parlerons avec Roselyne Dupont-Rocq de l'arrestation, de la crucifixion et de la mort de Jésus. Et nous verrons dans quelle mesure l'histoire peut s'emparer de l'événement résurrection.