- Speaker #0
Bonjour Sandra. Bonjour. Comment ça va ? Ça va, je te remercie. On est là aujourd'hui pour un nouvel épisode du podcast d'Amor et d'eau fraîche, dont tu as entendu parler par le biais de Jimmy et Anna pour l'épisode au mois d'avril. Et j'ai cru comprendre qu'on était toutes les deux assez croyantes, au fond du monde on avait la foi en... En les synchronicités de la vie. Merci d'avoir eu cette pensée de vouloir, si j'ai bien compris, raconter, enfin tu es enfin prête à raconter un petit bout de mon histoire, un petit bout de ton histoire d'amour.
- Speaker #1
Très bien.
- Speaker #0
Est-ce que tu veux déjà te présenter ?
- Speaker #1
Donc, je suis Sandra, j'ai 40 ans, je viens de faire 40 ans. Je suis veuve depuis 3 ans, maman de 3 petits garçons qui ont 10, 7 ans. et 3 ans. J'ai perdu mon époux en 2023 de manière, on peut dire, accidentelle au décours d'une opération chirurgicale bénigne le jour de mes 37 ans et j'étais enceinte de 8 mois de notre troisième petit garçon. Et donc j'ai perdu mon grand amour parce que nous étions un couple très heureux. J'ai vraiment passé 12 ans avec Orlando. de bonheur, vraiment un couple qui se complétait avec zéro ombre au tableau.
- Speaker #0
Est-ce que tu serais d'accord de nous raconter votre rencontre ?
- Speaker #1
J'ai rencontré Orlando premièrement sur les réseaux parce qu'il avait un amour pour la cuisine. C'était un grand épicurien et que moi j'adorais cuisiner. Et on avait en fait, moi je travaillais avec la sœur de son responsable et par son biais j'avais donc connu ce frère qui était le chef d'Orlando et qui un jour m'a dit mais... Accepte ce garçon sur les réseaux, tu verras, il aime bien, c'est mon collaborateur, il adore cuisiner, vous allez avoir des choses en commun. Et puis j'accepte, mais pendant deux ans, rien, chacun fait sa vie, il était en couple, moi j'étais en couple aussi, et puis voilà. Et par un beau jour d'avril, je me dis, mais en fait ce type, il est vraiment très beau. Et je n'osais pas en fait me mettre en contact avec lui, et puis ça a avéré que j'avais besoin d'un garagiste pour ma voiture, et puis bon bah... De nouveau, son responsable qui s'en mêle. Et donc, je me retrouve à être en contact avec lui, mais de manière vraiment formelle, rien de particulier. Et c'est le jour de son anniversaire que je me dis, mais quand même, il faut que j'y aille. Et je lui écris juste un joyeux anniversaire, passe une belle journée. Et de là, on a commencé à discuter. Et puis, on a convenu de se voir une semaine après. Et puis, on a passé une nuit à discuter de tout et de rien. Et puis après, on ne s'est plus jamais laissé.
- Speaker #0
Comment est-ce que tu le décrirais, Orlando ?
- Speaker #1
C'était quelqu'un qui était absolument brillant dans son être. C'était quelqu'un qu'on aurait pu ne pas voir, mais en fait qui avait une énergie qui était très, très solaire, qui était très, très aimée de tous les gens qui le rencontraient. C'est quelqu'un qui animait les autres par sa passion des choses. Il parlait de choses banales, mais avec toujours un amour, toujours une passion. Il avait cette qualité, en fait. qui était celle de ne jamais juger, de ne jamais parler mal des autres, vraiment. On était tous des humains. On a nos qualités, on a nos défauts, et prends ce qu'il y a à aimer, aime-le, puis le reste, tu fais avec. Tout ce qui touchait, il le transformait. C'était vraiment un magicien, un grand alchimiste. Et on dit que la mort, elle gomme les erreurs, et en fait, ce n'est pas le fait qu'il ne soit plus là qui me fait parler de lui comme ça, c'est quelque chose qui, pour moi, est vraiment véridique.
- Speaker #0
Où est-ce que vous en étiez dans votre vie ? Avant cette opération ?
- Speaker #1
On était dans cette vie de famille où on avait deux petits garçons et puis un petit troisième qui arrivait par surprise quand je lui avais dit ok on arrête, je ne veux pas de troisième, je ne t'embêterai pas avec ça. Parce que lui me disait je vais avoir 40 ans, encore un, tu ne crois pas que c'est un petit peu trop, je serai un vieux papa. On avait cette chance d'avoir pu avoir une maison, c'est cette maison que lui rêvait d'offrir à ses enfants. on était un couple qui était vraiment très complice. On était vraiment dans un truc, on va avoir notre bébé. On a nos trois petits garçons, ça va être dingue.
- Speaker #0
Pourquoi a eu lieu cette opération ?
- Speaker #1
Il avait un petit souci, mais vraiment rien de grave. C'était une intervention qui devait durer six minutes. C'est un peu moi qui lui ai dit, tu as un peu ce désagrément, tu ne crois pas que tu peux t'en occuper. Lui était quelqu'un qui n'aimait pas du tout les médecins. Ça lui faisait peur, il n'aimait pas le sens de ce genre de choses. Puis il n'aimait pas un peu ce côté, le médecin c'est lui qui sait, ce côté un peu arrogant d'avoir le savoir. Et ça l'agacait beaucoup. Mais moi je l'ai poussé en me disant, mais écoute, il faut, et puis il avait pris 3-4 mois avant la date d'opération cette décision-là, en revenant, en me disant, mais écoute, j'ai 0,01% de chance de mourir de cette opération, c'est ce qu'il m'a dit, bon bah je vais le faire.
- Speaker #0
Parce que c'est quelque chose qui l'inquiétait ?
- Speaker #1
Pas particulièrement. On a rarement parlé du fait de pouvoir mourir. Donc non, ça l'inquiétait pas plus que ça, mais il y avait quand même ce... possibilité là.
- Speaker #0
Mais il revient quand même avec cette information qu'il y a 0,001% de chance.
- Speaker #1
Oui, il revient avec un schéma en me disant, il va se passer ça, il va me faire ça. Ma convalescence, elle est de temps. Et puis voilà.
- Speaker #0
Tu te souviens de ce jour ?
- Speaker #1
Ah oui. Je me rappelle surtout de la veille qui était un jour où il était un peu... un peu... pas lui. C'était quelque chose qui l'inquiétait, sans l'inquiéter, mais il disait rien. Donc il... Il a perdu son téléphone, il l'a laissé sur le scooter, il a roulé, il est tombé. Puis donc, il m'écrit depuis le travail, j'ai perdu mon téléphone. Je me cherche à me joindre, mais je dois appeler l'anesthésiste. Enfin, tout un truc. Et puis bon, voilà. Et il est rentré le soir. Et là, on a eu une conversation.
- Speaker #0
Et toi, comment tu t'es sentie la veille, le jour ? Est-ce que tu as pressenti des choses ? Est-ce que tu as senti des choses différentes, justement ?
- Speaker #1
À part lui, lui vraiment pour moi qui était, je dirais, à l'ouest, vraiment, non. Et puis j'avais ce truc de pensée magique de non, ne pense pas, ce n'est pas possible. Et avec en tête juste la phrase d'une amie qui m'avait dit deux mois au préalable, mais à quand même pas se faire opérer le jour de ton anniversaire, tu prends quand même un risque s'il se passe quelque chose. Puis moi, me tuer qu'il se passe quoi, il va rien se passer, et encore moins le jour de mon anniversaire.
- Speaker #0
Je reviens sur la question de la mort dans le couple. Est-ce que c'était un sujet, justement, ou pas, dans votre couple, la mort ?
- Speaker #1
Ça ne l'a pas été, vraiment, à part quelques fois abordé brièvement, parce qu'il voyageait quelques fois par année pour son travail, il allait loin, puis que je disais, s'il se passe un truc, je dois faire quoi ? Parce qu'il gérait, il m'a vraiment offert une... belle vie en me laissant arrêter de travailler, laisser reprendre des études. Et puis, quand j'ai repris mes études, je me suis un peu détachée de toute cette partie un peu administrative. Et puis, je lui disais juste, mais je fais quoi ? C'est comment ? Et puis, lui, il répondait, mais déjà, il n'arrive rien. Et puis, au cas où, il me disait tel ou tel truc, mais c'était vraiment très bref. Et puis, non, vraiment, dans mes souvenirs, à part que moi, j'avais ce... Cette intime conviction que je mourrais avant lui. Et ça, c'est quelque chose qui était très fort en moi.
- Speaker #0
Quelle conversation vous avez eue la veille ?
- Speaker #1
Une conversation qui, le lendemain, a pris une dimension assez dingue. Parce qu'on faisait manger les enfants. Et donc, on parlait de ça. Je vais partir à 5h du matin, je vais prendre mon taxi. Toi, quand ils t'appellent à la clinique, tu viens, tu amènes les enfants comme d'hab. Tu restes à la maison, tu ne restes pas dans la clinique. Et puis, quand ils t'appellent, tu viens. Puis, on passe le reste de la journée ensemble. Puis c'était pour nous le début d'un chouette moment, parce qu'il allait être à la rép dans 2-3 semaines, que moi j'étais en fin de grossesse, puis on s'était dit, on va être les rois du monde, les deux, à se retrouver avant ce troisième bébé qui arrive, et puis voilà. Mais d'un coup il se retourne, il cuisinait, puis il me dit, si je meurs demain, il faut que tu fasses ça. Et vraiment sérieusement, puis je lui dis quoi ? Et là il me dit, tu vas chez mon employeur et tu fais ça. Tu ne t'inquiètes pas pour... L'hypothèque de la maison, il va se passer ça, Je t'ai acheté ton cadeau de naissance, il est chez tel bijoutier, et il est payé, tu vas le chercher. Mais tout, il me fait une liste, et puis moi j'écoute, j'ai passé ma vie, à tout ce qui était administratif, à l'écouter d'une oreille. Tu me pompes tes impôts, tes machins, ça m'agace. Là vraiment, je l'écoute d'une oreille, puis au bout d'un moment je regarde, les larmes aux yeux me montent, et je dis mais t'arrêtes ou bien, tu ne vas pas mourir demain. Et je lui dis mais qu'est-ce que tu veux que je... Que je fasse ? Si tu meurs demain, ma vie, elle est finie. Et je me lève, et puis j'ai su mes larmes, et puis je prends les enfants, puis on continue la soirée, et voilà. Et on regarde la télé, et puis voilà, on se couche, comme si demain allait être un jour comme les autres. Et puis il se lève à 5h du matin, et donc il se prépare, il appelle son taxi, et puis il ne voulait même pas que je me lève du lit. Donc je descends les escaliers, je l'amène à la porte d'entrée, et je le vois parce qu'il a une tête de quelqu'un qui est... profondément triste. Et cette nuit-là, notre cadet s'est réveillé chaque heure en hurlant. Et moi qui suis toujours un peu en train de dire « Ah mon Dieu, est-ce que c'est un signe ? » Rien, mais vraiment, c'était pour moi impossible qu'il parte ce jour-là. mais vraiment impossible. Puis il m'embrasse, mais un bisou, mais vraiment le bisou de « je te retrouve après » . Comme il n'avait pas son téléphone, il me fait un dernier email en me disant « la vue est vraiment pourrie depuis ma chambre, ils ne m'ont pas gâtée » . Et notre cadet qu'on appelle Pangolin, il me dit « cette nuit, le Pangolin est aussi bien fatigué. Franchement, à tout mon amour, je t'aime » . Et voilà.
- Speaker #0
Quand est-ce que tu apprends que...
- Speaker #1
Je me douche, je me fais belle. Donc l'opération doit débuter à 8h. Je me dis que vers 9h30, on va me téléphoner. Je suis en plein brushing.
- Speaker #0
En plus, c'est ton anniversaire.
- Speaker #1
C'est mon anniversaire. Donc j'ai mon téléphone qui commence. Tous les gens m'écrivent. Et il y a une chanson que je n'arrête pas d'entendre sur les réseaux. Et je me dis, je veux l'écouter. Et puis, je la télécharge et je suis là. Et puis, je me dis, ils ne m'ont pas encore appelé, mais ils vont m'appeler. Ça ne va pas tarder. Et puis je pense à ça, puis je me dis, c'est comment quand on meurt ?
- Speaker #0
Parce que c'était quelle chanson ?
- Speaker #1
Je ne peux même plus l'écouter. Je crois que le titre c'est Home. Et qu'il dit dans cette chanson qu'il aimerait rentrer à la maison. Oui,
- Speaker #0
je crois tout à fait à la chanson.
- Speaker #1
Et je me rappelle qu'il est 9h50 quand je l'écoute. Je finis de me préparer. Je me fais vraiment très jolie en me disant, je vais retrouver mon amour et mon téléphone sonne. Et c'est la clinique et c'est l'anesthésiste qui me dit « Est-ce que vous êtes dans le bâtiment ? » Et je réponds que non, que je suis chez moi. Et elle me répète « Est-ce que vous êtes dans le bâtiment ? » Et je lui dis « Écoutez, non, je suis chez moi, qu'est-ce qui se passe ? » Et elle me dit « Il faut que vous veniez, rapidement. » Ok, je lui dis « Est-ce que vous pouvez me dire ce qui se passe ? » Et elle me dit « Il faut que vous veniez vraiment rapidement. » Et là, je lui dis « Écoutez, moi, j'ai mes deux enfants qui sont à la crèche à l'école. Je suis enceinte de 8 mois. » Et j'ai besoin pour venir que vous me disiez ce qui se passe. Donc elle me dit que ça ne se passe pas très bien. Et je lui dis, et je me rappelle, parce que je marche en discutant, et je vais dans la chambre de mon fils, et il fait un mois de janvier, mais il fait très très beau. Et je regarde le Jura, et il y a cette lumière du soleil d'hiver, et là je lui dis, mais il est mort. Et elle me dit, il n'est pas vivant, mais on le réanime. Et je pense qu'elle-même se parlait, et moi je sais pertinemment qu'en tant que médecin, elle n'avait pas... Elle n'a pas le droit de me le dire comme ça au téléphone, mais elle est coincée parce que j'insiste. Et quand elle me dit ça, je lui dis d'accord, j'arrive. Et je me rappelle que j'ai posé le téléphone et que je me suis dit, ok, il faut que tu sois calme. Et j'ai descendu les marches, puis je me suis assise, il faut que je mette mes chaussures à 8 mois de grossesse. Et d'un coup, j'ai regardé le mur et je crois que même que je lui ai dit à haute voix, je lui ai dit la course, elle va être longue. Et elle commence maintenant. Et j'ai mis mes chaussures, je me suis assise dans ma voiture et j'ai commencé à rouler. Et c'était le but, ne meurs pas, ne meurs pas en chemin. Et il faut que je commence à prévenir parce que je comprends que ma journée va être la pire de ma vie et la plus longue. Et du coup, j'appelle ma maman, mais je ne peux pas lui dire, je ne sais pas s'il est mort ou pas mort. Et j'appelle ma maman et je lui dis, écoute, je ne vais pas être joignable aujourd'hui. Il faut que tu ailles chercher les enfants à l'école. Je t'appellerai. Elle me dit, qu'est-ce qui se passe ? Et je lui dis, je ne sais pas. ça ne se passe pas très bien, mais je te rappellerai. » Et je coupe. Et je me dis « Il faut que j'aie quelqu'un là-bas. » Et j'appelle ma soeur, ma grande soeur, qui est en réunion, qui prend directement le téléphone. Et là, de ce qu'elle me raconte, parce que moi, je n'ai pas de souvenirs, elle me dit qu'il faut qu'elle vienne à la clinique. Elle me dit « Mais qu'est-ce qui se passe ? » Et que là, j'aurais hurlé « Il est dead, il est dead, il est dead. » Et donc, je me rappelle le chemin, et elle m'a dit « Je n'ai pas raccroché. » et que je parle à Orlando et que je lui dis « Reste, reste, reste, ne pars pas, me laisse pas. » Et elle me dit « Tu as fait ça pendant 25 minutes. » Et en hurlant « Me laisse pas, me laisse pas. » Et quand j'arrive à la clinique, je suis sur le parking, je garde ma voiture, ma soeur est sur le rond-point et elle me regarde, on se regarde et elle me fait « On n'y va pas ? » Et là, je la regarde et je fais « Oh oui, on va y aller maintenant. » Et quand je rentre, je vois, ne serait-ce que les gens de l'accueil, leur tête et je comprends que... qu'il s'est passé quelque chose de grave.
- Speaker #0
Et pourquoi ta sœur, elle dit on n'y va pas ?
- Speaker #1
Parce qu'elle avait compris, mais elle ne pouvait pas. Et donc, ils nous descendent au bloc, et quand je descends, je vois un personnel du bloc qui est effondré. Il m'installe dans un salon en attendant les médecins. Et voilà, je me retrouve dans cette salle avec mon gros ventre et ma sœur à côté, et on m'annonce le décès de mon mari.
- Speaker #0
Qu'est-ce qui se passe après ça ?
- Speaker #1
Je deviens deux personnes, je deviens la Sandra qui regarde l'humanité, donc les humains, dans ce qu'ils sont, dans comment ils réagissent, et l'autre partie qui est « waouh, ça va être quoi maintenant ? » . Et en fait, c'est assez dingue parce que c'est vraiment en même temps dans la tête. Donc je regarde ce médecin en me disant « ah bon, il est mort ? » . Et vraiment, ma sœur m'a dit « d'un coup, il faut répondre à des questions » . Voilà, un peu discuté. Et d'un coup, elle me dit, c'est comme si tu voulais te taire. Et c'était, je vais rester silencieuse, je vais écouter ce que vous avez à dire, mais j'ai rien à dire de plus là-dessus. Parce qu'il y aura d'autres choses qui apporteront des réponses et que ce n'est pas le moment et que là-dessus, je ne peux pas avoir d'avis là maintenant. Et puis, dans ma tête, il y a, ah, mais tu es un petit peu enceinte quand même. Ah bah tiens, tu veux. Tu vas avoir un bébé toute seule. Et puis, ce soir, tu vas rentrer et tu vas devoir dire à tes enfants que leur papa est mort. Et donc, j'ai dû rester à la clinique toute la journée parce qu'il y a la police qui doit venir. Il y a beaucoup de choses. Donc, je me retrouve dans un bureau avec autant un personnel soignant qui est entraîné pour ce genre de moments, autant des gens qui ne s'occupent que de l'administratif, qui sont complètement maladroits, absolument. incroyables dans leur humanité. Et là, je vois des pans de ma personnalité qui sortent en me disant « Ah, mais tu vois, t'arrives même à accepter sa maladresse, ça me fait même pas de la colère. » Intérieurement, je me marre. Parce que j'arrive à me dire que ces gens sont sous le choc. Ces gens, mais ils sont encore plus sous le choc que moi. Que moi, c'est vraiment tomber net, c'est ancré, c'est comme ça. Après, j'ai un contrôle pour mon bébé, pour voir si tout va bien. Et là, en milieu de journée, ils me disent qu'il va falloir y aller. Et je leur dis, écoutez, moi, il y a une chose que je ne peux pas faire. Il a des parents et je ne vais pas, moi, à huit mois de grossesse, aller annoncer à mes beaux-parents qu'ils ont perdu leur fils. Donc, vous allez leur téléphoner, vous allez les faire venir, vous allez leur annoncer et je viendrai après. Et ça, c'est quelque chose dont je me suis protégée, que je ne pouvais pas faire et qu'il y avait besoin qu'il y ait un cadre, quelque chose qui les soutienne, parce que quand on a 82 ans... Donc ils sont venus, je les retrouve dans cette salle de conférence où on est tous ensemble et où notre destinée change à jamais. Et après qu'on ait pu discuter avec les médecins, je me retrouve sur le parking avec mes beaux-parents, ma soeur, ma belle-soeur et mon beau-frère, mon gros-ventre et la personne qui est dans les soins et qui nous accompagne toute la journée, un sac plastique. avec des affaires et avec une alliance qu'on me donne. Mais vraiment, c'est une personne qui est incroyablement humaine et que je n'oublierai jamais, malgré ce jour-là, qui me dit, écoutez, il fait très noir, mais un jour, il y aura de nouveau de la lumière. Et sur le coup... Et quand après, dans la suite, il y a de la lumière, c'est... C'est quelque chose de beau et c'est vrai. Et je monte dans la voiture et j'appelle une psychologue pour savoir comment je dois annoncer la mort du papa à mes enfants. Elle me dit qu'il faut que je lui dise la vérité. Le mot mort, c'est pas qu'il est parti. Je commence à apprendre tous les codes. C'est le début de mon apprentissage. Et voilà, donc je prends l'info. Je me rappelle du chemin. Je me rappelle de ma soeur. Et on est les deux gamines, ma compagne de vie, elle et moi, comme ça, abasourdies et dans l'action.
- Speaker #0
Tes deux enfants ont quel âge à ce moment-là ?
- Speaker #1
Ils ont 6 et 3 ans.
- Speaker #0
Et donc tu rentres ?
- Speaker #1
Je rentre. Ta maman, elle a récupéré ? Ma maman a récupéré les enfants, elle est à l'entrée du jardin, elle a avec un Tupperware de pizza pour mon anniversaire. Et je sors de la voiture et je la regarde et elle me fait... Qu'est-ce qui se passe ? Tu ne lui avais toujours pas dit toi. Ah oui, tu lui avais dit je ne sais pas. Il faut savoir que toute la journée, mon téléphone n'a fait que sonner. Sonner entre les bons voeux et les est-ce que Orlando va bien ? L'opération s'est bien passée. Et c'est, je dois avoir franchement 80 messages à la fin de la journée.
- Speaker #0
Auxquels tu n'as pas pu répondre.
- Speaker #1
Auxquels je ne réponds pas et que je vois. Et c'est en fait aussi ça, c'est cette vie qui continue. Et tous ces gens qui ne sont pas au courant. Et donc je sors, j'ouvre le portail. Et elle me regarde avec ses yeux pleins de larmes parce qu'elle a bien pigé qu'il y avait eu un souci. Et je la regarde et je lui dis, c'est fini, il est mort. Et je me souviens parce que je m'en veux, parce que mes parents aiment profondément leur beau-fils et qu'ils m'aiment moi. Parce que je ne les ai pas ménagés. Parce que c'était comme si il y avait toujours ce rapport parent-enfant, comme si la colère qui monte, ben tiens, toi tu peux la prendre de moi. Et donc je balance ça. Et je dis, je vais leur annoncer, vous restez dehors. Et je rentre et je monte et je prends mes fils, je les amène dans la chambre. Et je me pose par terre et je leur dis, écoutez, vous vous souvenez, papa, ce matin, il avait une opération. Et bien, ça ne s'est pas très bien passé. Je ne sais pas vraiment précisément ce qu'il y a. Je vous le dirai le jour où je saurai, mais il est mort. Et là, mon aîné crie « Oh non, oh non, oh non ! » Et comme s'il lui mesurait, mon cadet qui a trois ans, il ne comprend pas. Et voilà. Et après, c'est un peu le vide dans mon esprit. Mes parents sont là, qu'est-ce qui se passe ? On discute, mais d'un coup, il y a tout qui commence. Et là, je dis « Écoutez, je dois vous laisser, je dois appeler son travail. Il faut que je leur dise qu'il est mort. » J'étais très brute au début quand je disais, c'était vraiment le mot « Il est mort » . Et avec vraiment ce côté très détaché.
- Speaker #0
Et comment vous commencez à vivre cette nouvelle vie ?
- Speaker #1
Les premiers jours, c'est violent parce que ça devient concret. Donc le premier matin, quand je me suis levée, j'ai cette sensation que c'était un rêve, que ce n'était pas vrai. Puis je reçois une photo de ses copains qui sont des 10 heures au bar. Mais même eux, je pense qu'ils étaient sous le coup un peu sonnés, parce qu'ils sont souriants, avec une bière, mais on se souvient de lui. Puis moi, c'est joli, ça sonne à la porte et là, je vois mes amis qui débarquent, qui ont les yeux pleins de larmes. Mais en même temps, il faut organiser les obsèques. Puis moi, je dois commencer à réfléchir parce que je ne travaille pas à ce moment-là. Puis tu es enceinte. Je suis enceinte. Puis qu'en fait, j'ai l'impression que je vais tout perdre. Parce que j'ai aucune idée de ce qui se passe, de comment et pourquoi. Et toute cette partie administrative, d'un coup, prend la place sur l'émotionnel.
- Speaker #0
Ce qui fait retarder un peu le deuil, ou du moins ça le biaise.
- Speaker #1
Ça le biaise beaucoup, parce qu'on a une énergie d'un peu de guerre. Puis moi, c'était particulier, il y avait vraiment... Tout plein de choses à penser, mais je me vois fonctionner hyper bien, un bon robot, et puis arriver à comprendre, ok, ça, ça va se mettre en place. Et puis, c'est un monde qui est vraiment inconnu, mais c'est un monde qui est très vaste. Et si on n'est pas accompagné, si on n'a pas de l'aide, moi, je pense à mes consœurs veuves, même aux veufs, je me dis, j'espère qu'elles ont toute la chance que j'ai eue, parce que dans mon malheur, j'ai eu beaucoup de chance.
- Speaker #0
Est-ce que... que Orlando t'a dit la veille a résonné en toi toute la journée et tous les jours qui ont suivi, j'imagine.
- Speaker #1
Il y a tout. Et puis les autres choses qu'il m'a dit. Voilà, tout ce qui me saoulait. Même les impôts, la manière. Alors lui, c'était quelqu'un, il travaillait dans la finance, c'était quelqu'un qui était très prévoyant, qui avait la valeur des choses, qui avait la valeur de l'argent et qui travaillait dur, qui m'avait enseigné des choses bien précises. Alors, elle me les a enseignées d'une oreille, enfin, je l'ai écoutée d'une oreille. Mais là, du coup, tout me vient et je me dis, OK, alors, j'ai fait plein de choses, mais je n'avais même pas le code de nos cartes bancaires. Et là, ça commence où je me dis, mais alors toi, mon gars, tu es de l'autre côté. Mais alors, tu vas m'aider, tu vas être mon binôme. Et là, moi, j'ai commencé mon... Ouais, c'est notre aventure. Moi, je l'appelle l'incroyable aventure du ciel et de la terre, mais c'est pas ce que c'est. Elle est encore belle maintenant, parce que moi je forme un binôme avec mon mari qui n'est plus physiquement sur terre, mais qui ne m'a jamais quitté, jamais.
- Speaker #0
Justement, je vais revenir un peu sur les enfants et toi, votre vie depuis.
- Speaker #1
Alors sur le côté logistique, c'est très fatigant, c'est beaucoup de responsabilités, peu de temps, je ne suis plus la maman que j'étais. Mais autour de la mort de leur papa, autour de cette famille que l'on est, on est avec ce papa qui est là, qui n'est pas... pas là physiquement, qui est bien mort. Et on le répète, il est mort souvent. En fait, c'est son amour qui ne le quitte pas. Et c'est assez beau parce qu'en fait, je trouve horrible de ne pas parler de quelqu'un qu'on a perdu parce que pour moi, c'est le faire partir à jamais. Nous, on parle de lui en riant. On regarde des vidéos et on se marre. On le fait des fois. Des fois, on ne le fait pas. Mais ce papa, il est raconté par leur maman, mais il est raconté par leurs grands-parents, par les potes de leur papa. par les gens du travail, de leur papa. Et c'est magnifique parce que du coup, il avait aussi une identité qui était très marquée par ses passions. Puis en fait, ils ont tout. Et puis, alors on a des rituels. Par exemple, pour la date du décès, c'est mon anniversaire. Alors moi, je fais quelque chose toujours au cimetière. Je rends toujours un hommage. Souvent, ils ne veulent pas venir. Mais je leur dis, mais je mets telle chanson. Puis je vais dire ça. Mais eux sont très focus sur le fait que c'est mon anniversaire, ce qui est assez joli, ce qui contraste en fait. Un peu la tristesse de cette journée, même si vraiment avec le peu de recul que j'ai, trois ans après, ce n'est pas cette date de décès qui est si difficile à vivre. Par exemple, moi, c'est le jour de son anniversaire et ça me prend. Et j'ai beau chercher pourquoi, je n'arrive pas à mettre des mots sur l'émotion qui m'habite. Et pour son anniversaire, je réunis tous nos amis. Et puis, je gonfle 60 ballons, on écrit des mots dessus et puis on lui envoie les ballons au ciel. C'est trop stylé ça, c'est chou. Et c'est un moment qui est joli. Alors je mets une table, je mets son cadre avec sa photo et on rit et on pleure. Mais ce qui est incroyable, c'est que quand on est tous ensemble, on se marre autant qu'on pleure. Puis on a tous nos moments. Puis quand on en attrape un qui a les yeux un peu humides, on se prend la main puis on se rappelle quelque chose. puis après ben voilà c'est pas Pesant comme on peut imaginer. Moi je trouve qu'on peut en faire quelque chose de beau, de pas forcément triste. Parce qu'en fait... Moi, je suis triste, je suis grisée à l'intérieur, mais moi, son amour, il ne me quitte pas. Et je me sens profondément aimée. En fait, ça me rend heureuse d'avoir cet amour-là, parce que c'est dingue.
- Speaker #0
Donc là, il est là avec nous ?
- Speaker #1
Ah ouais, oui, parce qu'en fait, moi, je le sens par la jambe gauche, comme si on me touche.
- Speaker #0
Justement, ça va revenir au cygne. Que tu reçois peut-être ?
- Speaker #1
Alors, les signes... Voilà, alors, donc, très cartésienne d'éducation. Lui et moi, on a été élevés vraiment avec, dans un truc très cartésien. Mais je crois qu'on était assez perchés, malgré nous. Moi, plus que lui. Donc oui, moi, très signe. Lui, nous... Enfin, moi, enceinte de ce troisième enfant, j'ai eu une très grande peur quand je suis tombée enceinte, que j'avais jamais eue. Et je me dis toujours, à postériori, est-ce qu'il n'y avait pas quelque chose qui se tramala ? à Bassadine. panique alors que être mère c'était la chose que je savais mieux faire et que dans ma vie je savais que je réussirais ma maternité et j'avais peur de rien. Et ce bébé-là m'ébranle intérieurement et il est dans le jardin il passe la main dans le gazon puis il soulève un trèfle puis il me dit tiens t'as ta réponse, regarde un trèfle à 5 feuilles. Alors les signes. Maintenant. Alors j'ai eu un pan. Je joue au foot avec mon fils. Et j'ai un pont, donc j'habite au Grand Saconnet, dans mon jardin, devant le portal, il y a un pont, un jour, à 17h, comme ça. Ah c'est incroyable, donc moi, il est là, il est là, c'est lui ! C'était fou.
- Speaker #0
Et t'as regardé la symbolique du temps ? Oui,
- Speaker #1
j'avais regardé toute la symbolique. Alors après moi, je regarde toutes les symboliques. Alors j'ai eu une grande perte de mémoire. Mais sur le moment, on s'en souvient, c'est ça qui est important. Mais sur le moment, c'était dingue. Le jour du premier anniversaire, son anniversaire qu'on a fêté, qui aurait dû être ses 40 ans, j'ai un voisin qui fait beaucoup la fête. Et donc tout le monde commence à partir, c'est 22h. Et je sors dans le jardin et mon voisin écoute. du Led Zeppelin à fond, et c'est la chanson sur laquelle on fait notre entrée à notre mariage.
- Speaker #0
Incroyable !
- Speaker #1
Et là je me dis, salut mon gars !
- Speaker #0
Je suis là, j'ai bien compris, j'ai entendu, voilà.
- Speaker #1
Est-ce que quand tu as des questions ou des problématiques, tu te connectes à lui ?
- Speaker #0
Je me suis connectée pour avoir le code de son e-banking.
- Speaker #1
Sérieux ?
- Speaker #0
Alors les premiers jours très compliqués et on passe deux soirs avec son meilleur ami à faire toutes, mais vraiment toutes les combinaisons possibles. Puis un soir, à mort dans l'âme, il me dit écoute, stop, on n'y arrivera pas. Il laisse tomber, voilà, il nous reste deux possibilités. Alors ne tente pas, essaye de faire reposer le tout. Le lendemain, je dois aller à la morgue, je dois chercher ses habits. J'y vais, ça aussi ce jour-là, je veux te dire, parce qu'il y a eu quelque chose. Et puis, je pars choisir l'emplacement où il va reposer. Et dans la voiture, je suis très fâchée parce que j'ai besoin absolument de voir où on en est financièrement pour pouvoir... Organiser les obsèques, me dire mais je peux pas faire un truc démesuré si j'ai pas d'argent, enfin voilà, je suis très inquiète, très préoccupée par ma situation financière. Et je suis sur le pont butin et je lui dis, écoute maintenant, tu vas me filer ce code, ça suffit. Et je rentre et son meilleur ami revient, il joue l'ordinateur et il dit, je crois que je l'ai. Et il me dit, non tu l'as pas, arrête et tout, je dis oui je l'ai et je le rentre et ça fonctionne. Et là il me fait, mais t'as fait comment ? Je lui dis, bah je lui ai demandé. Voilà. Et il fait des signes. Chacun a des signes. C'est sa maman qui va cuisiner un truc qu'il aimait et s'asseoir en forme de cœur. Un animal à un moment précis pour des copains. Voilà. Et c'est joli parce que nous, on partage ça dans notre groupe d'amis ou avec la famille. C'est vrai que moi, j'ai ouvert un peu les jours. Oui, mais là, mon mari qui est venu. Puis là, comme le jour de l'anniversaire de mes fils, mes fils, ils sont nés à deux jours d'intervalle. À une date, puis l'autre deux jours après. Et du coup, on a eu, entre les deux anniversaires, le jour entre, deux arc-en-ciel. Et voilà, les arc-en-ciel, c'est toujours pour eux. Puis eux, j'ai vu un arc-en-ciel, il y avait papa. Franchement, je pense même que j'en oublie. Et puis, il y a aussi ce truc que moi, je dis toujours, je le laisse tranquille. Je laisse faire son chemin. Je sais qu'il est bien. Je sais qu'il est dans la lumière. et je sais aussi que je l'ai... Moi, c'est la chose que je lui ai dite le soir même où il est parti. Je lui ai dit, écoute, accompagne-moi, mais ne reste pas coincé ici. Va, fais ton chemin. Donc, je lui ai mis beaucoup d'amour. J'ai prié pour lui, pour qu'il aille tranquillement. Mais il fait des allers-retours. Là, dernièrement, je lui ai dit, ça faisait un petit moment que je ne l'avais pas embêté. Puis, je lui ai dit,
- Speaker #1
quand même, tu peux me faire un peu un signe.
- Speaker #0
Puis, dans mon jardin, un renard qui zone. À 18h, qui est devant les jouets de mes fils, et je suis en train d'étudier un truc dans la cuisine, et je dis « Ah, mais il y a un renard ! »
- Speaker #1
Mais il n'y a pas peur. Comment est-ce que tu perçois la mort aujourd'hui ?
- Speaker #0
Je crois que je chemine encore par rapport à ça, à si j'ai peur ou pas. En fait, j'ai peur, ben oui, pour mes enfants, parce que je ne voudrais pas qu'ils ne m'aillent plus parce qu'ils ont besoin de moi. Mais en même temps, je n'ai pas peur. Parce que je sais que je vais le retrouver. Et ça rend la vie plus légère, en fait. Mais je n'ai pas envie de le retrouver maintenant. Je crois qu'on avait signé lui et moi pour cette vie-là, de cette manière-là. Il y a quelque chose que je dois faire de cette histoire. On va me prendre pour une grande pergée, mais je crois qu'on a signé notre entourage, nos enfants, nous, pour ça. Et on va guérir ce qu'il y a à guérir, faire grandir ce qu'il y a à faire grandir. Et moi, c'est là-dessus, en fait, que je focus. Je veux que mes enfants, malgré le drame, ce soit des gens qui soient émotionnellement finis et bien, et qu'ils aient un beau regard sur le monde, sur la vie et sur les gens, qu'ils aient conscience de l'amour, parce que ce que la mort, elle nous apprend, c'est qu'en fait, l'amour, il ne meurt jamais. Et ça, c'est dingue ! Et puis, ça ne fait pas tout le temps mal, parce que ça compense, ça contrebalance. Et quand on a été aimé profondément... Ben, ça nous quitte jamais ! C'est ça que je veux apprendre à mes enfants. Mon fils de 3 ans, qui n'a jamais connu son papa, il y a un jour, il m'a dit « Mais moi, il adore papa. » Et je me suis dit « Mais t'as fait un job de dingue. » Parce que cet enfant aime son papa. Et il en parle. Parce qu'on parle beaucoup de lui. Et il a 3 ans, il me questionne. Il me questionne sur des choses. Un enfant de 3 ans m'a demandé dernièrement si moi j'allais partir au ciel. Et un enfant qui vient de faire trois ans, il y a trois semaines, c'est quand même pas une question qu'il le traverse. Et il me parle de son papa, ce qu'il aime faire, ce qu'il aimait, les montres, les motos, les... Et donc on parle de lui, il apprend à le connaître à travers ça. Et je lui dis toujours, papa, il aimait ça, mais il aimait toi. Et papa, il n'a pas choisi de partir, il n'est pas parti, il est mort. Mais papa, il te voulait profondément quand tu étais dans mon ventre. Il te donnait beaucoup d'amour, il mettait sa main, tu donnait des coups. Et d'entendre un enfant qui dit qu'il adore son papa alors qu'il ne l'a jamais connu, c'est incroyable. Et j'ai cette sensation de réussir à leur donner l'amour d'Orlando. Ils ont le mien, mais j'arrive à leur insuffler. Et après, quelque part, je me dis, il doit être là, il doit aussi faire quelque part derrière quelque chose. Mais c'est quelque chose qui se sent beaucoup dans notre famille. Il y a un énorme amour et c'est le noyau, c'est Orlando.
- Speaker #1
Est-ce que tu envisages... J'arrive même pas à poser la question !
- Speaker #0
Ça se pose ! Je sais déjà !
- Speaker #1
Peut-être qu'il veut pas.
- Speaker #0
Ouais, s'il veut.
- Speaker #1
Ok, et toi, tu te sens prête ? Justement, en parlant d'amour, est-ce que tu te sens prête à revivre l'aventure avec quelqu'un d'autre ? À peut-être constituer une suite de famille ?
- Speaker #0
Moi, quand il est décédé, je voulais pas entendre parler d'un autre homme. Et puis les gens disaient « mais t'es jeune » . Pour moi, c'était le faire disparaître. J'avais pas encore cette assise intérieure. C'était d'abord montrer que nous, notre amour était incroyable, alors qu'en fait, il n'y a rien à montrer. C'est dans mon ADN, maintenant ça coule dans mes veines, que c'était une vraie belle histoire d'amour, d'âme. Et puis dans le chagrin, un an après le décès d'Orlando, j'ai été me refrotter à la vie. Et c'était, je pense... Pas le moment, j'étais en plein postpartum, même s'il était un an. Mais je me suis en fait donné cette chance. Alors c'est le perso qui m'a accepté tout ce que je voulais. Moi je ne me remarierai jamais, je ne ferai pas d'enfant. J'arrive avec toute ma liste, tout ça je ne peux pas te le donner. Et donc c'est ok. Maintenant trois ans après, je me dis que ça doit être quand même difficile. Pour cette personne-là ou cette personne qui viendra, de se dire, ben, cette Sandra, elle l'a tellement aimée, elle l'aime tellement. Il y a ce papa qui est là, qui est très présent, ce fils. Et moi, je veux dire, quand j'ai tenté avec cette personne, il y a eu l'acceptation de mes beaux-parents, il y a eu tout eu. Donc, moi, j'ai une dream team incroyable. C'est que tout le monde veut que Sandra soit heureuse et c'est quelque chose de fou. Mais c'est vrai que d'avoir quelqu'un chez soi... Avoir ces moments de tristesse, on ne peut pas expliquer à l'autre ce qu'on traverse ou de poser le regard sur mes enfants. Puis d'avoir un moment où ça doit être difficile, puis en fait l'autre ne peut pas forcément comprendre. La peur aussi de revivre ça. Moi je dis toujours, c'est bon maintenant, avec beaucoup d'humour, je vais me coltiner. Enfin mince, on m'a déjà assainé le coup de grâce dès le départ, puis en fait j'ai encore pas mal de gens. Normalement si ça va dans le bon sens.
- Speaker #1
Mais justement, si tu venais à rencontrer la personne, la mort, tu ne vas l'aborder pas forcément tout de suite ?
- Speaker #0
Non.
- Speaker #1
Non, pas forcément ?
- Speaker #0
Mon histoire, oui. Mais mes craintes par rapport à la mort, parce que voilà. De l'autre ou la tienne du couple ? Moi, je ne sais pas. Et après, il y a cette question autour de ma mort. Parce que ma mort, c'est retrouver Orlando. Et c'est difficile, je pense, quand on est avec quelqu'un. Mais en réalité, je ne peux pas te répondre parce que cette personne, elle n'est pas là. Elle n'est pas encore arrivée. Je ne sais pas si elle viendra. Puis je me dis, mais elle va le prendre comment quand je vais lui dire, moi, je vais retrouver mon petit mari chéri, quoi. Alors que je vais certainement, si quelqu'un vient, je vais peut-être vivre plus de temps avec mon deuxième chapitre que le premier, certainement. Alors, peut-être qu'avec le temps, j'aurai peut-être un regard plus... Plus en patte et plus bienveillant avec la personne qui viendra, j'ai aussi plus de conviction. certitude de... Alors par contre, oui, il n'y a pas de vie sans Orlando, il n'y a pas ça. Et puis on ne peut pas être jaloux de quelqu'un qui n'est pas là. Il n'y a pas de place à prendre, il y a juste à vivre et à venir profiter du spectacle parce que c'est... Voilà, mes filles sont des trois jolis petits garçons et que vraiment, je pense qu'on est une jolie famille avec ma belle famille, avec ma famille, nos amis et c'est... Enfin, l'histoire, elle est belle. On est un peu les... Voilà, je dis toujours c'est le beau du moche, mais nous on est le beau du moche. Et on se le dit des fois, t'as vu ce qu'on a fait, t'as vu comment on réussit, on fait Noël, on s'essaye, et c'est chaque fois à l'hôpital qu'on en parle. Donc cette personne, j'espère qu'elle l'acceptera et qu'elle aura un petit peu d'amour pour lui, parce qu'il le mérite vraiment. Mais je ne sais pas comment je serais, comment j'arriverais à lui dire que Ce sera aussi un moment, parce que moi je dis, je vais être enterrée avec Orlando, ça les gens ils le savent. Je dis, ok il est là, mais est-ce qu'on peut mettre un deuxième cercueil ? Parce que moi je dois reposer avec mon mari, c'est très important pour moi. Mes fils le savent, les gars, maman elle va aller là. Pas tout de suite, mais voilà. Non, je ne sais vraiment pas. Et peut-être qu'en fait j'aurai un amour très grand pour lui et puis que ça changera. Je n'ai pas envie de me fermer à quelque chose. Ce qui est sûr, c'est que ce lien que j'ai avec Orlando,
- Speaker #1
il est là.
- Speaker #0
Et il sera là jusqu'à mon dernier souffle, c'est sûr.
- Speaker #1
Qu'est-ce que tu aimerais que les gens comprennent du veuvage, si tu voulais qu'on comprenne quelque chose ?
- Speaker #0
C'est beaucoup de choses. C'est avoir besoin de tellement de gens autour. en fait de... Tellement avoir envie de retrouver sa vie d'avant, donc ça comporte de se retrouver seule, sans cette personne, mais dans cette réalité, donc un quotidien qui s'apparente le plus à ce qu'il y avait, donc moi seule avec mes enfants, mais avec une énorme solitude par moments, vraiment, parce que les gens ont leur vie, et qu'on ne peut pas toujours avoir quelqu'un avec soi. Il n'y a rien qui est défini. Il n'y a pas un jour... qui est le même, on peut dire je suis triste, pas triste, d'être veuve et maman, c'est chaque seconde où on voit un enfant faire quelque chose. Et moi, j'ai en plus eu une naissance toute seule, sans papa. J'ai eu un postpartum sans papa. Donc j'ai eu des nuits blanches. J'ai eu les premiers pas, j'ai les premiers mots. C'est quelque chose qui est difficile vraiment. Je pense que chacun après l'abort de commune. qui me fait avoir les yeux qui piquent plusieurs fois par jour. C'était une amie qui m'avait dit, « Ma grand-mère, quand elle a perdu son mari, elle a dit, ce qui est triste quand on n'a plus son mari, c'est qu'on n'a plus personne avec qui parler de nos enfants. » Et être veuve, c'est ça. On n'a pas ce conseil, on n'a pas cette discussion. Et on sort sur une vague. Et alors, je crois que les femmes, de ce que je vois un peu des veuves sur les réseaux, j'en connais quelques-unes. On est forte, mais dans l'intimité, ce n'est pas ça. On est un peu bancale et puis on sort sur la vague. Et je crois que le deuil et pas que le veuvage, c'est une vague qui vient et qui ne nous prévient pas. Et moi, je dis toujours, je me suis fait cueillir, mince, ça m'a pris l'âge, je ne m'y attendais pas. C'est dur. Je suis quand même devenue une autre personne, mais j'aime beaucoup cette personne que je suis devenue. Et c'est aussi malheureusement à cause du drame. Le deuil m'a rendue meilleure. Le deuil m'a rendue libre. Il me laisse être libre d'être qui je suis. De parler, d'avoir plus ce jugement sur les gens. Les gens disent toujours, ah oui, mais bon, moi c'est un petit problème comparé à toi. Et puis j'ai toujours, mais attends, moi je l'ai. Ça me vient toujours de pester parce que je ne sais pas, je rate un bus, c'est un drame. J'ai encore ces trucs d'humains parce que c'est incroyable de les avoir. Mais quand on a le drame, et c'est quelque chose que j'ai discuté avec des amis, c'est qu'en fait le drame te rend libre et il t'offre une vision qui est différente. Et tu n'oublies pas les petits tracas des yeux du commun des mortels. Mais justement, quand tu retournes dans ton espace intérieur et que tu penses À ce que t'as vécu, ce que t'as traversé, à l'intensité, tu te dis, en fait, go, c'est ok, je peux faire ça. Mais c'est devenu très bienveillant chez moi. C'est pas go, je peux faire n'importe quoi et être méchante parce que je suis en colère. C'est go, il est humain, pardonne-toi d'avoir peut-être fait ça. C'est joli. Et autour de la mort, il y a aussi ce truc que moi, je parle pour moi. Je ne peux pas parler au nom de quelqu'un d'autre comme j'ai toujours. Moi, ma belle-maman, j'ai beaucoup de pudeur face à ça, mais moi je la regarde toujours avec des yeux de... Mais t'as eu le pire parce que t'as perdu ton fils. Moi, je ne sais pas ce que c'est. Comme je regarde mes fils et je dis, mais moi je ne sais pas ce que c'est, mon fils va avoir 10 ans ces prochains jours. Et je me dis, mais c'est quoi fêter 10 ans sans un papa ? Parce que moi, j'ai mon papa. Et c'est vraiment, comme je te disais au début, c'est un vaste sujet qui est riche, mais que chacun a sa propre expérience. Moi, j'ai très peur de perdre ma maman. Parce que je me dis, j'ai toujours les gens qui perdent. Mais ça va, mais t'es comment ? Mes collègues qui ont perdu des parents, je me dis, ok, mais bon, ça va. Mais ça va comme toi qui as perdu ton mari, tu vois. Mais je me dis toujours, mais intérieurement, on parle de la mère, intérieurement on parle du père. Ces gens qui nous font grandir, ces gens qui nous ont fait autant de blessures qu'ils les ont remplies d'amour, parce qu'ils nous en ont faites. Et c'est super beau, c'est dingue. D'avoir la chance aussi de les perdre quand on est un peu adulte, c'est aussi avoir le temps de voir ce cheminement d'enfant, de ce qu'on était en devient adulte, ce regard qu'on a vis-à-vis d'eux. Mais moi ça me questionne, et moi j'ai cette question, c'est comment je vais être ? Comment je vais le vivre ? Et aussi parce que je vais perdre en tant que veuve ma fine équipe d'aide et que j'ai des gens qui sont mon soutien, mais qui est un soutien. Sans ça, je suis sur les rotules, je ne peux pas, mais pas égoïstement de fatigue. Mais c'est juste que je peux arriver et lever les yeux et les regarder. Je sais que ma maman, je peux lui dire « je suis triste, aujourd'hui je suis triste » . C'est un regard, une maman me regarde et puis voilà. Elle a le chagrin qui est, je pense, même plus grand que moi, par moment, de voir sa fille qui souffre.
- Speaker #1
Merci, Sandra.
- Speaker #0
Merci à toi.
- Speaker #1
Merci, Orlando.
- Speaker #0
Merci, Orlando.
- Speaker #1
Jusqu'à ce que la France s'épanouisse Cet épisode a été enregistré à Cornland Studio.
- Speaker #2
La vie de ton désir Sans tu me parais honneur Une force silencieuse Je m'en suis Je m'en suis