- Speaker #0
Bonjour Thibaut.
- Speaker #1
Bonjour Anna.
- Speaker #0
Bienvenue à ce nouvel épisode d'Amor et d'eau fraîche.
- Speaker #1
Merci.
- Speaker #0
Merci d'avoir répondu présent à cette invitation.
- Speaker #1
Avec un grand plaisir, merci pour l'invitation.
- Speaker #0
Merci. Alors aujourd'hui on va échanger... parler, discuter sur ton parcours de vie et pour que tu nous expliques comment est-ce que tu en arrives à devenir célébrant laïque.
- Speaker #1
Avec grand plaisir.
- Speaker #0
Est-ce que tu veux déjà te présenter à nos auditrices et auditeurs ?
- Speaker #1
Je suis Thibaut Lamunière, je suis né et j'ai grandi à Genève, j'ai fait des études à l'université entre Genève, Lausanne, les Etats-Unis, l'Allemagne. pour objectifs, pour ambitions de travailler dans la coopération internationale, chose que j'ai faite durant quelques temps. J'ai un parcours, moi j'ai tendance à dire chaotique sur le plan professionnel, mais certains plus diplomatiques diront non linéaire par exemple. En soi, j'ai un peu enchaîné des stages, puis des CDD, et finalement je suis arrivé autour de ma trentaine avec... pas mal de désillusions du secteur humanitaire, de la coopération internationale, puis surtout avec une grande envie de me réinstaller à Genève avec des projets ici au niveau local. Et puis, mon père est tombé malade, un cancer incurable des poumons, ravageur. En neuf mois, il est mort. Et c'est à ce moment-là que j'ai découvert le métier de célébrant, de cérémonie laïque. Et j'ai eu une petite révélation, je crois. J'ai eu une petite révélation. C'est une activité qui combinait beaucoup de choses, qui m'intéressait.
- Speaker #0
Elle combine quoi, alors ?
- Speaker #1
Depuis que je suis tout petit, j'ai été diagnostiqué, entre guillemets, hypersensible, pour le meilleur comme pour le pire, je dirais. J'aime quand les gens parlent de leurs émotions. Moi-même, j'ai l'impression d'en vivre des très très fortes. Je suis quelqu'un de très, justement, sensible. aux failles de l'humanité et j'aime les individus dans leur entièreté et avec leurs blessures et leurs forces et leur propre parcours. Et c'est vrai que le métier de célébrant implique tout d'abord être en capacité de fournir un accompagnement auprès d'individus. Là en l'occurrence on va parler de célébrations en funérailles et moins de mariages comme je peux faire aussi, ou d'autres rites de passage mais quoi qu'on pourrait les aborder aussi. Ça nécessite de fournir un accompagnement, une écoute active avec une capacité d'une grande empathie, je pense. Et autant certains sont dotés de certaines capacités, d'autres en ont qui touchent plus à se mettre à la place de l'autre, pouvoir s'intéresser à des histoires de vie de gens qu'on ne connaît pas, et pouvoir toquer à une porte d'un inconnu et puis de rentrer... dans son intimité et de les écouter pendant plusieurs heures si nécessaire. Donc voilà, déjà je pense que je m'étais un petit peu trompé de secteur professionnel en voulant me lancer dans la coopération internationale, dans le sens qu'il y avait ce côté humaniste, l'amour de l'humanité, mais au final on se retrouve quand même assez vite derrière des tableaux Excel, derrière des indicateurs de mesure, des statistiques, à rédiger des rapports hyper macro sur des situations géopolitiques, économiques, etc. Et puis là, tout d'un coup, être en face d'individus et de donner toute la place nécessaire à leurs émotions, je trouve ça magnifique et ça me correspond bien. Donc l'activité de célébrant, pour moi, elle combine plusieurs choses. C'est vraiment placer l'individu et ses émotions au centre. Le plaisir de parler en public. Depuis que je suis gamin, je rédige des discours pour les anniversaires, les grandes occasions. Et puis finalement, le plaisir d'écrire, avec du style si possible. C'est cette combinaison de ces trois éléments. qui m'ont fait vraiment me dire que la célébration était pour moi, en fait.
- Speaker #0
Mais célébrer donc ? La mort ou célébrer le défunt en célébrant sa vie ? C'est quoi exactement qui t'attire dans la célébration ?
- Speaker #1
Dans le cadre de funérailles, on dirait par exemple quand je fais une note d'honoraire auprès d'un mandant, je mets « cérémonie de célébration en hommage de la vie de » . Quand il y a la mort, oui, au final on célèbre la vie. En réfléchissant, en venant ici au studio, je me disais mais au final, toutes ces vies, elles sont uniques parce que chaque individu est unique mais au final, la plupart des vies sont relativement banales, je veux dire pas tout le monde a une vie complètement extraordinaire et en fait, ce qui est beau dans ces célébrations de vies, généralement d'inconnus, ça m'est arrivé de faire des funérailles pour des gens que je connaissais mais c'était des gens relativement éloignés heureusement, parce que sinon il ne faut pas généralement officier ces funérailles de gens qu'on connaît mais Tout l'enjeu, c'est de réussir à rendre ces vies qui peuvent être finalement relativement banales, mais elles revêtent tous de singularités, de choses exceptionnelles en fait. Et c'est donc réussir à magnifier ça et à retranscrire entre 30 et 60 minutes, durant un moment de recueillement, réussir à faire ressortir toute cette beauté de chaque vie, même si, ma foi, il y avait... Un job lambda, une famille lambda sur le papier. Mais en fait, chaque vie mérite d'être racontée. Et puis ça, c'est quand même la grande mission, une des grandes missions du célébrant.
- Speaker #0
Et pourquoi la mort ? Quelle est ta relation à la mort ? C'est une thématique, un sujet qui t'a, pas hanté, mais accompagné durant ton enfance ou c'est vraiment venu après la disparition de ton papa ?
- Speaker #1
L'intérêt pour le secteur funéraire ? En tant que secteur professionnel, il m'est vraiment venu après la mort de mon père. Je n'avais jamais eu à côtoyer quelconque corps de métier qui toucherait au secteur funéraire avant. Ensuite, depuis que je suis gamin, je suis ce genre de gens qui peuvent beaucoup penser à la mort ou s'imaginer la mort d'un proche. Alors quelqu'un qui verserait dans l'astrologie dirait « c'est parce que t'es scorpion » . Quelqu'un d'autre dirait… C'est peut-être dû aussi à des traumas de gamins. J'ai une grand-mère qui est morte, j'avais 14 mois. Elle s'est suicidée, donc j'ai grandi avec une mère endeuillée. Il y a aussi tout ce qu'on absorbe en tant qu'enfant. On est constitué de névroses et on vit avec. Je pense que la mort, le deuil, est clairement une partie constitutive de ma personne et de ma personnalité.
- Speaker #0
Mais vous en parliez de la mort quand même dans la famille ? Ou on t'avait juste notifié ta grand-mère ? petite idée quand t'avais 14 mois et c'est tout ?
- Speaker #1
Moi, je pense que non, avec mes deux parents, j'ai toujours parlé de la mort. Par exemple, je m'en souviens, mon père, c'était quoi ? Durant sa cinquantaine, en fait, il est devenu orphelin en l'espace d'une année. Il a perdu son père et sa mère et je m'en souviens, moi, j'étais ado. C'est une période où, par exemple, j'ai beaucoup parlé de la mort avec mon père, son deuil. Enfin, c'est clairement, ça n'a jamais été un sujet tabou au sein de ma famille. Après, oui, avec certaines personnes de ma famille, évidemment, il y a des morts. Typique le suicide, je pense que le déni, le tabou est assez récurrent. Quand il s'agit de quelqu'un qui s'est ôté la vie, comme on dit. Pour avoir déjà officié des funérailles, justement, d'un homme qui s'était suicidé, j'ai bien vu à quel point ça fait partie du cheminement du deuil, surtout après le choc du suicide. Pour beaucoup de gens, ça peut être important de ne pas nommer les choses et d'occulter. Donc oui, c'est vrai qu'avec certaines personnes de ma famille, le suicide de ma grand-mère, je ne l'ai jamais tellement abordé. Ensuite avec ma mère, oui, clairement. Au-delà de parler de la mort, en fait pour moi la mort, c'est un concept. Pour moi la mort, elle a plusieurs dimensions. Elle touche à la question de l'au-delà et donc la question de la foi. Elle touche à la question du corps mort, l'aspect physique incarné de la mort. Et puis évidemment, ça touche au deuil. et donc pour moi parle de la mort, en fait, je parle de ces dimensions-là, plus que de la mort en tant que telle, parce que la mort, c'est un seuil, en fait. On ne sait pas ce qu'il y a dans l'au-delà. Et puis, pour moi, la mort, c'est ce seuil, c'est cet instant indescriptible, ou quoi des gens qui font des expériences de mort imminente décrivent. Pour moi, c'est ça, la mort, en fait. Je le vois vraiment comme un seuil, en fait. Comme ce passage-là. Pour moi, la mort, c'est pas tellement l'après. J'aurais plutôt tendance à dire l'au-delà, en fait. À titre personnel, ce n'est pas forcément quelque chose que je vais dire dans le cadre de mes cérémonies.
- Speaker #0
Vous parliez de la mort en famille, du moins avec chacun de tes parents. Est-ce que vous abordiez aussi vos propres morts ou pas ? Avant même que ton père tombe malade.
- Speaker #1
Ouais, mais c'est dingue. Je ne pensais pas que tu me poserais cette question. J'ai grandi avec un père assez cash, authentique, transparent, et avec aussi de grandes névroses comme tout le monde. Mais il a toujours été assez persuadé qu'il mourrait jeune. Mais c'est parce que c'était quelqu'un qui brûlait la chandelle par les deux bouts, comme on dit. Bon, au final, il est mort à 66 ans.
- Speaker #0
Ce qui est relativement jeune.
- Speaker #1
Ce qui est relativement jeune, sous nos latitudes. Mais donc, c'est vrai que... Au-delà de ce sentiment qu'il avait qu'il allait mourir plus ou moins jeune, il avait toujours, je dirais, cette peur de finir dans un EMS fou, d'être dément. Même parce qu'il avait aussi vu sa propre mère, qu'il y avait de la démence sénile, les prémices d'Alzheimer. Elle a clairement perdu une grande part de conscience et de capacité. cognitives et puis à mon avis il devait être un peu traumatisé par ça et puis il n'avait pas envie de finir comme ça ce qui est assez logique j'ai mon trauma à moi et puis j'ai pas envie de mourir comme mon père et de me faire un cancer du poumon et d'ailleurs j'ai arrêté de fumer il y a 6 mois voilà et avec ta maman ? ma mère pour le coup je pense qu'elle va mourir vieille, déjà il y a des bons gènes de ce côté de la famille et puis elle a envie de mourir vieille c'est quelqu'un qui est dans le soin elle a une belle hygiène de vie Merci. Je ne me fais pas trop de soucis de ce côté-là. En tout cas, sur ce qu'il y a de son vieillissement naturel. Il y a ces morts soudaines, accidentelles qui peuvent se produire. Et Dieu sait que je le côtoie dans le cadre de mon métier. Mais en ce fois, je suis assez serein de ce côté-là. Et puis donc oui, on aborde la question de la mort vraiment en famille.
- Speaker #0
De vos morts.
- Speaker #1
De nos morts, oui. Absolument.
- Speaker #0
Et toi, dans ton couple, vous en parlez de la mort ?
- Speaker #1
On est des trentenaires. On a des jeunes parents. On est des jeunes mariés aussi. Ça fait 8 ans qu'on est ensemble quasiment, mais on s'est mariés il y a quelques semaines. Et donc en fait, je dirais que si on ne parle pas tellement de la mort, mais on lui a donné de la place, dans le sens qu'on s'est aussi mariés au cas où. Puis bon, en devenant parent, le rapport à la mort, il change énormément. Enfin, moi, je n'avais pas peur de la mort. Et je n'en ai pas peur, mais... Mais je me sens beaucoup plus concerné par ma propre mort du fait que je n'ai pas envie de laisser mon fils sans père. Et donc, le rapport à la mort, il change énormément en devenant parent. Et donc, je dirais que dans mon couple, la mort prend cette place-là dans notre changement de statut qu'on a eu. De célibataire à marié, de non-parent à parent. Voilà, je pense qu'on n'a pas nécessairement beaucoup abordé ces questions-là de nos propres morts dans le cadre de notre couple. Merde. Comme je le disais, il y a vraiment ces changements de rôle, de statut, permettent aussi, ne serait-ce que d'accéder au statut de veuve ou de veuve, en cas de perte de l'autre, ce qui n'est pas rien. Je veux dire, on a beau être pendant 20, 30, 40 ans avec quelqu'un, s'il meurt et qu'on n'est pas marié, légalement, on n'est ni veuve ni veuve.
- Speaker #0
Le décès de ton père t'ouvre cette porte de professionnalisation, de devenir célébrant et non officier.
- Speaker #1
On peut dire officiant, officiant laïque, célébrant laïque, célébrant deux cérémonies laïques. De toute manière, ce n'est pas du tout une profession, un métier réglementé. Donc, en soi, on y va chacun de notre propre intitulé.
- Speaker #0
Donc, tout de suite après, tu as fait tes recherches, tu as trouvé un centre de formation où tu as mis un peu plus de temps quand même à réfléchir ?
- Speaker #1
Ben, mon père est mort, j'y... J'ai donc découvert ce métier.
- Speaker #0
C'était quelle année ?
- Speaker #1
C'était en 2023. Et en fait, vu que ce n'était pas une mort soudaine, il y a eu tout le deuil anticipé. Et donc, c'est vrai qu'au moment où il est mort, il y a eu... Enfin, en soi, j'avais de la disposition mentale et de l'énergie pour m'impliquer dans l'organisation des obsèques ou du moins pour écrire un joli texte. Et en fait, j'ai pris du plaisir. Enfin, ça peut paraître fou de dire ça, mais oui, en fait, j'ai pris une forme de plaisir, déjà à rédiger ce texte. texte, mais aussi à le dire, à le lire devant, je sais pas, franchement, il devait y avoir 150 personnes à ses funérailles. Et puis, elle a avéré qu'on boit des coups de blanc après la cérémonie. J'ai dit à la célébrante, mais ça me plairait bien de faire ce que tu fais. Mais sur le moment, je l'ai dit sans tellement... Enfin, voilà.
- Speaker #0
Avec les coups de blanc.
- Speaker #1
Avec les coups de blanc, quoi. Et en fait, ça m'a... Ouais, ça m'a trotté dans la tête. Et puis, six mois plus tard, rebelote, je suis... au funérail du père d'un ami, et c'était la même célébrante, et rebolote six mois plus tard au funérail du père de ma belle-sœur, la même célébrante. Puis bon, là, je me suis dit, non, mais en fait, j'ai vraiment envie de faire ça, ça m'appelle, ça combine les trois choses que je veux, les émotions, parler en public, écrire. Je me sens comme un poisson dans l'eau à parler de la mort, à parler du deuil, j'ose dire les choses. Et voilà, j'en ai parlé à très peu de personnes. Ma sœur, ma demi-sœur, puis en fait un peu par hasard, par destinée, on s'entend quoi. J'ai rencontré justement un des fondateurs de l'association des célébrants et officiants romands. C'est l'ACOR qui existe en fait depuis une quinzaine d'années, qui est vraiment l'association référence en la matière. Aujourd'hui, il en existe d'autres, mais c'est vrai que depuis toujours, l'ACOR s'est posé comme le représentant de ce métier qui est un peu un oeuvrier en soi. et puis c'est vraiment... L'association qui est l'interlocutrice principale auprès des autorités communales et cantonales en Suisse romande. Et puis, c'est une association qui forme à l'activité de célébrant, mariage, funérailles, et aussi pour d'autres types de rites de passage dans ces moments de seuil de la vie. Comme quoi, par exemple ? Je ne sais pas, des entrées dans l'adolescence. Aujourd'hui, à part la bar mitzvah et quelques baptêmes, il n'en existe plus tellement. série d'émissions. d'initiation. Après, voilà, aujourd'hui, ça se fait de nouveau beaucoup de faire des Blessing Way, des cérémonies d'accueil d'enfants, du passage de la fille, de la jeune femme à la femme, la mère. Il y a deux semaines, j'ai fait un rite de passage pour un ami qui célébrait ses 40 ans. Puis il m'a demandé de lui faire un rite autour de cette idée de 40 ans, c'est la crise de la quarantaine, c'est le milieu de la vie. Puis on a symbolisé la première partie de sa vie. Puis on l'emmenait en passant un seuil vers la deuxième moitié de sa vie. Puis je lui ai fait rédiger une lettre d'engagement envers lui-même pour le reste de sa vie. Donc en fait, ces rites de passage, ça peut être des divorces, des séparations. En fait, peu importe le moment, tant qu'on estime qu'il y a quelque chose à célébrer, à acter, et qu'en fait il y a un seul, il y a une étape qu'il désirait être franchie, à des fins de transformation et d'être acteur de son évolution, de son changement, de sa vie. Bah en fait... Peu importe le moment, tant qu'il y a l'intention et qu'on accorde une valeur sacrée à un moment, dans le cadre d'un rituel qui peut être très simple, une cérémonie, tout est faisable. Réorientation professionnelle, ou je ne sais pas, ça peut être la fin d'une maladie, une guérison. On dit adieu à la maladie, on célèbre une rémission. Imagine du jour au lendemain, tu as un accident et tu as perdu un bras. Est-ce qu'on dit adieu au bras ? Qu'est-ce qu'on fait du bras qui n'est plus ? Ou, je ne sais pas, ton chien qui est mort. Donc, voilà, pour les autres types de célébrations.
- Speaker #0
Dans ta formation, tu avais deux angles. Toi, tu as choisi les deux dès le départ ?
- Speaker #1
Oui. En fait, célébrer des mariages, je trouve que c'est un seuil de la vie important. Et puis bon, ce n'est pas que des mariages, c'est des célébrations d'union symbolique. S'il n'y a pas eu mariage civil en amont, je n'ai pas le droit de parler de mariage. Je dois dire célébration d'union ou célébration... symboliques, laïques, de tel et tel, célébrer l'amour, célébrer la mort, la vie. On est sur des grands seuils, en fait. Et c'est vrai que c'était important pour moi, sachant qu'en fait, le métier de célébrant attire beaucoup de gens dans le cadre de funérailles.
- Speaker #0
Plus que mariage.
- Speaker #1
C'est l'impression que j'ai, honnêtement. Typique dans ma velée, on était 13 et on était 12 à faire funérailles. Et où ? mariage. Il n'y en avait qu'une qui faisait mariage. Et là, pareil, pour ces dernières années aussi, des dernières velées, j'ai pu voir un peu qu'en effet, ce métier attire beaucoup de gens dans les cadres de funérailles. Je pense que c'est des gens qui sont un peu en quête de sens de la vie et d'une activité parallèle à leur métier qui fait sens. Voilà, c'est quand même un rôle au sein d'une communauté. Il y a cinq siècles, il y avait le prêtre ou il y a trois siècles, le pasteur. Il y avait l'homme de foi, il y avait un peu ces grands archétypes au sein des petites communautés. Et puis en fait, il y avait le bourgmestre, le chef politique, le chef religieux, un peu ces grands rôles. Celui qui est au champ. Et en fait, aujourd'hui, je pense que le métier de célébrant laïc, il est accessible à tout le monde. Et puis justement, il permet à beaucoup de gens de rentrer dans cette idée un peu archétypale d'avoir un rôle communautaire. Ce qui n'est pas le cas quand on est, et je n'ai rien contre les comptables, mais ce qui n'est pas le cas quand on est comptable ou quand on est atypique comme moi, quand j'étais grosso modo gestionnaire de rapports et de documents Excel pour une grande ONG en fait. Enfin, on n'a pas de rôle communautaire, vous voyez ce que je veux dire. Et je pense que ça attire beaucoup de gens un peu en quête de sens et d'utilité, en quête de fonction. sociale, en fait.
- Speaker #0
Ta première célébration funèbre ?
- Speaker #1
Cérémonie funèbre, cérémonie funéraire ou des funérailles.
- Speaker #0
J'imagine que tu l'oublieras jamais, vu que c'est la première. Est-ce qu'elle t'a plus marquée qu'une autre ? Non,
- Speaker #1
elle ne m'a pas plus marquée. Dans le sens, elle m'a marquée parce que c'est la première et puis c'était vraiment joli parce qu'au final, je venais de m'être vu décerner mon... diplôme de célébrant. Et en fait, dans la semaine qui a suivi, j'ai eu mon premier mandat. Et en fait, c'est une famille, des amis de mes parents, depuis toujours, ils m'ont vu grandir, ils m'ont vu naître. Et en fait, c'est la mère, c'est la grande matriarche de passé 90 ans qui est décédée. Et puis en fait, ils me connaissaient et puis ils m'ont toujours soutenu et puis ils m'ont octroyé ce premier mandat en toute confiance. Et puis, ils étaient très contents, je crois, honnêtement, de la façon dont ça s'est passé. Puis, c'est vrai que c'était aussi assez rassurant de se dire, ben voilà, pour des premières funérailles, c'est une dame qui a eu une belle vie, qui vivait bien, qui avait passé 90 ans, avec des enfants de passé 60 ans. Chaque deuil, chaque mort peut être vécu d'une façon très forte et puissante et triste par les endeuillés. Mais en soi, il y a quand même des morts... plus simple à gérer, je dirais, en tant que célébrant que d'autres. Et c'est vrai que pour ça, c'était rassurant de pouvoir honorer une vie bien vécue. Et voilà, ce n'était pas un suicide, ce n'était pas quelqu'un de jeune. Et en plus de ça, cette femme, la défunte, était une vieille amie, était une grande amie de ma grand-mère qui s'est suicidée, en fait. Et j'ai eu l'occasion de sortir un poème que ma grand-mère avait écrit à l'époque. autour de la mort, de l'au-delà, de la beauté dans la vie. Et en fait, j'ai pu rendre hommage à ma grand-mère au passage. Et en plus, quoi de plus rassurant qu'avoir sa maman dans l'assemblée pour sa première cérémonie, parce que du coup, il y avait ma mère dans les premiers rangs qui était là. Donc en fait, voilà, il y a eu un alignement de planètes, les choses étaient bien faites. Et j'ai fait cette première cérémonie. Et le lendemain, je sors de chez moi, je ferme la porte. n'importe, j'ai ma voisine du dessus qui me dit Thibaut, on a besoin de toi pour une cérémonie. Et il y a ma voisine du dessous qui allait faire Exit dans les dix jours, et elle voulait que ce soit moi qui célèbre. Donc du coup, qu'à Exit pour mes deuxièmes funérailles, c'était particulier. Enfin voilà, ça s'est un peu enchaîné comme ça. Et puis ensuite, avec le temps, chaque cérémonie au début apporte son lot d'inédits. Et puis après, il y a le premier décès soudain, la première crise cardiaque, donc des enfants en état de choc, relativement jeune. Puis ensuite, c'est le premier cas suicide.
- Speaker #0
Donc émotionnellement, comment tu fais pour gérer tout ça ?
- Speaker #1
Je pense comme beaucoup de gens qui travaillent face à l'humanité, tout le chaos de l'humanité et des situations sociales compliquées. Il faut avoir une carapace. Moi, je n'aime pas parler de carapace, parce que je suis plutôt dans le genre à avoir pas de passoire et absorber. absorber ce qu'on donne. En fait, je ne le prends pas pour moi, dans le sens que pour moi, la clé réside... La meilleure protection, c'est de savoir quel est son rôle et de se limiter à sa mission. Une assistante sociale à l'hospice général, elle va être là pour réorienter, tenter une forme de réinsertion sociale, faire preuve d'empathie professionnelle. Mais je dis elle parce que, bon, je connais des assistantes sociales autour de moi. Dans le sens qu'elle ne va pas sortir de son rôle et absorber tout le désespoir et la pauvreté de l'humanité.
- Speaker #0
Non, pas l'absorber, mais plus une forme de compassion. En t'écoutant à plusieurs reprises, j'ai ressenti des émotions. J'avais envie de pleurer, je me suis dit calme-toi. Voilà comment je me contrôle. C'est parce que j'ai commencé à sentir un truc. Ça n'appartient à personne ici présent. Mais voilà, tu imagines, premier suicide ou première crise, des choses qui pourraient nous toucher sans vraiment nous toucher. Puis parfois, on est des humains avec des émotions et que naturellement, tu pourrais te retrouver un jour peut-être, si ça n'a pas déjà été le cas.
- Speaker #1
D'avoir des larmes, évidemment. Oui, je suis humain et puis c'est vrai que moi, mon expérience du deuil significative... touche à la perte de mon père. Par exemple, et puis Dieu sait ce que j'enterre des papas si j'ose dire. des gens de 60 ans qui meurent, où jusqu'à présent, j'ai plutôt vu des hommes que des femmes. Et c'est vrai que, évidemment, moi, ça me rappelle mon propre deuil. Et puis, je suis souvent très touché par la perte du père, mais parce que je l'ai vécu moi-même, et il n'y a pas si longtemps que ça. Et évidemment, durant un entretien, il y a toujours un moment où j'ai un peu les larmes aux yeux. Parce qu'il y a toujours le moment clé où on va cueillir l'endeuillé, les endeuillés en face. On est humain, quoi. Et heureusement qu'on n'est pas des robots. C'est normal, dans ce contexte-là, c'est normal d'avoir une forme de dévoilement. Évidemment que je suis touché, sinon je ne pourrais pas faire ce métier, parce qu'ensuite, après, il faut rédiger 15 pages avec cet émotionnel-là. Mais vraiment, je reste focus sur le fait que moi, je suis là pour élaborer une cérémonie sécurisante, durant laquelle toutes les émotions seront accueillies, mais aussi les non-émotions. je veux dire Et dans l'espoir de permettre une forme d'appaisement, d'apporter un peu de sérénité, afin d'emmener les endeuillés vers le deuil, de façon dans l'idéal plus sereine. Moi, je suis là pour accompagner le passage, prendre acte de la mort, de l'avant et de l'après. Mais je ne suis pas là pour être un psy, je ne suis pas là pour...
- Speaker #0
Tu n'accompagnes pas les endeuillés ?
- Speaker #1
J'aimerais à terme développer cette activité à fond. À fond, vraiment. Je vais le faire. Je suis fait pour ça, je pense. Mais en tant que célébrant, je m'en tiens à mon rôle. Et je pense que c'est la clé pour beaucoup de gens. C'est ça ma façon de me protéger.
- Speaker #0
Qu'est-ce que révèle la mort sur notre façon de vivre l'amour ?
- Speaker #1
Sur notre façon de vivre l'amour ? Moi, le deuil, ça m'a permis de prendre de grandes décisions dans ma vie. Sur le plan professionnel. Et sur le plan des rêves, j'ai toujours rêvé d'avoir un chien. J'ai osé prendre un chien trois mois après la mort de mon père. J'ai osé faire un enfant. J'ai osé me marier. On était déjà fiancés depuis un moment. Dans le sens, je pense que face à l'immensité, l'infinité de ce qu'est la mort, le chamboulement, le chaos, l'incompréhension, le chemin de... croix, la solitude. La mort fait beaucoup comprendre sur ce qui est important dans la vie. Et qu'est-ce qui est important dans la vie ? C'est l'amour. Il n'y a pas que ça qui compte. C'est un peu le discours de toute religion au final. Aimez-vous. Aime-toi toi-même, les autres t'aimeront. Aime Dieu, aime le grand tout, aime ton prochain. Je pense que la mort permet... Là, une fois de plus, je vais plutôt parler de deuil. Le deuil permet de faire se rendre compte de ce qui compte, je trouve. En tout cas, avec un peu de résilience, ça m'a permis de prendre de grandes décisions. Et aujourd'hui, j'en parle volontiers, comme le fait qu'en fait, la mort de mon père, ça a été la pire chose qui me soit arrivée. Mais c'est en même temps la plus belle, parce qu'elle m'a permis de devenir moi-même, de m'écouter. D'écouter mon chemin de vie, de qui je voulais devenir. Ça m'a permis de m'aimer un peu plus. permis d'oser. Et c'est ce que je souhaite à toute personne qui a vécu un deuil significatif. Après, évidemment, c'est différent de perdre un parent, c'est dans l'ordre des choses. Perdre un enfant, pas du tout. Et jamais un parent, je pense, pourra parler de la perte d'un enfant comme la plus belle chose. On s'entend, évidemment, toutes proportions gardées. Mais ce que je souhaite souligner ici, c'est ce que dit Christophe Fauret, le grand ponte en matière de deuil aujourd'hui. Le psychiatre français, il dit mais au final, est-ce qu'on arrive un peu à traverser ce processus de deuil, tout ce travail de deuil qui dure toute la vie, mais il différencie le processus et le travail. Est-ce qu'au final, est-ce qu'on arrive un peu à quelque chose du deuil ? Ce n'est pas réussir à faire sens de la mort de cette personne, à faire sens de la perte. Et moi, c'est ce que j'ai réussi à faire et j'en suis fier et c'est ce que je souhaite à tout le monde en fait. qui a vécu un deuil significatif. Et Rana, aujourd'hui, ce podcast, c'est exactement ce que tu es en train de faire de la perte de ton père. Et bravo !
- Speaker #0
Merci.
- Speaker #1
Bravo ! C'est ce que je souhaite à n'importe qui qui a vécu la mort d'un proche. C'est de réussir à faire sens de cette mort et si possible à transformer ça en force constructive, en dynamique évolutive.
- Speaker #0
Et vraiment, c'est ce que je souhaite.
- Speaker #1
Je crois que tu réponds plus ou moins à la question que j'allais te poser. C'est justement, que devient le lien lorsque la personne meurt ?
- Speaker #0
Pour moi, le lien, il perdure, mais de manière différente. C'est quand même le grand message des célébrants laïcs, je dirais, dans les cas des funérailles. C'est quand même, je veux dire, au moment de porter le message sur le deuil, ce message laïc, en fait. temps où on ne va pas dire que la personne a retrouvé Dieu, quoique si le demandant demande de le dire, il n'y a aucun problème. Moi, en tout cas, je me prête très volontiers à l'exercice. Mais on porte ce message où il faut quand même apporter justement une touche d'espoir pour emmener les endeuillés vers ce chemin, si possible, un peu plus serein de l'évolution. Il faut quand même porter ce message sur le fait que l'IA perdure dans le souvenir, plus dans l'incarné, mais dans le désincarné.
- Speaker #1
C'est quoi que tu appelles le désincarné ?
- Speaker #0
La personne n'est plus physiquement. Et le souvenir, tu ne peux pas le toucher. Ce n'est pas physique, c'est peut-être plutôt ça que je devrais dire. Pour moi, le lien peut perdurer de cette manière-là. C'est un peu le message que je porte. Ensuite, j'ai mes convictions personnelles que malheureusement, je ne peux pas beaucoup partager. Parce que c'est vrai qu'exerçant ce métier de célébrant, je me garde toujours à moins qu'on me pose la question. comme émandant, me pose la question. Mais c'est vrai que je ne vais jamais étaler mes convictions personnelles, spirituelles, parce que je dois être dans cette position d'acceptation totale des croyances ou non-croyances des autres. Hier matin, j'étais en entretien de préparation d'une cérémonie avec un veuf, un veuf de quelques heures, ça faisait 36 heures qu'il était veuf. de la génération du baby-boom, donc quand même une génération qui ne verse pas beaucoup dans la bondieuserie, pour reprendre quand même un terme que j'entends beaucoup de la part des baby-boomers, pas de bondieuserie à mes funérailles, enfin combien de fois j'ai entendu ça de la part de mon père, enfin voilà. Et au moment où je lui dis, mais où est-ce que vous pensez qu'est votre femme aujourd'hui ? Puis il m'a fait une grande explication en termes de physique quantique, il est possible... En gros, je n'ai pas trop compris. Il m'a parlé de molécules, il m'a parlé de multiples dimensions, qu'elle est bien au-delà de la quatrième qui est le temps, mais en fait, il y en avait sans doute huit ou neuf. Enfin bref, quand la science essaye d'expliquer l'au-delà, moi j'adore. Dans une société où la foi est très taboue, c'est la science qui a pris le relais et qui cherche à expliquer l'au-delà. Tant mieux ! Si c'est leur prisme à eux, tant mieux ! Et je me dois d'accepter ça. Et du coup, cette cérémonie qui aura lieu lundi, que je suis en train d'écrire, au moment de porter le message sur le deuil, Oui, monsieur. Le lien perdure et il peut perdurer à travers différentes, je ne sais quelle façon moléculaire, je ne sais pas comment je vais tourner ça, je vais reprendre mes notes. Il peut perdurer à travers diverses dimensions et en gros, il m'a parlé du grand tout qui est en fait l'un, la grande unicité. L'entretien est en anglais, il me parlait de oneness. Et je trouvais ça génial parce qu'en fait, il me parlait de l'unité, de l'un avec un U majuscule qui est en fait une terminologie tellement qu'on retrouve énormément dans... Dans un discours religieux, et notamment le soufisme. Enfin, voilà, je trouve ça génial. Je trouve ça génial, parce qu'en fait, on parle tous de la même chose.
- Speaker #1
Mais on ne veut pas forcément le nommer de la même façon.
- Speaker #0
Ah ouais, absolument.
- Speaker #1
Parce que nommer, oui. Après, nommer, c'est enferme dans...
- Speaker #0
Et c'est un droit, je veux dire. C'est un droit de ne pas parler de foi, mais plutôt de conviction, par exemple. Oui, absolument. Moi, ce que je ressens quand même, c'est qu'au final, beaucoup de gens pensent qu'il y a quelque chose. Et puis, si on ne l'appelle pas Dieu, on l'appelle le grand tout. Si on l'appelle le grand tout, on va l'appeler les étoiles ou la source. Et c'est beau parce que c'est vrai que dans cette société où la foi est assez taboue, au final, j'ai quand même l'impression qu'elle existe, qu'elle subsiste à travers les âges. Et malgré l'époque qu'on vit, hyper scientiste, et je ne dis pas ça... Dans un sens péjoratif, mais c'est vrai qu'on vit quand même à l'époque de la révolution copernicienne où on a quand même beaucoup appris sur l'humain et sur le monde grâce à la science. Vivant dans cette ère-là, moi, j'ai l'impression dans l'exercice de mon métier que la foi, comme on l'aurait appelée, perdure, persiste.
- Speaker #1
Qu'est-ce que la mort t'a appris ou continue à t'apprendre sur la vie ?
- Speaker #0
En l'occurrence, en ce moment, ce que je suis en train de vivre, c'est plus... L'expérience de la mort à travers d'autres gens, parce que c'est vrai que je me retrouve à donner une forme d'accompagnement d'un instant T de gens qui sont ravagés par la mort. J'ai l'impression de pas mal apprendre sur l'humanité en fait, notamment que... Et c'est aussi pour ça que j'aime beaucoup faire ce métier. C'est qu'en fait, on n'a tous pas trop le choix d'être nous-mêmes au moment où on perd quelqu'un. Et les émotions qui vont ressortir nous sont propres. Après, il n'y en a pas dix mille d'émotions. Je veux dire, colère, joie, dégoût, tristesse. Voilà, il y en a genre cinq, six. Mais ensuite, il y a les sentiments, il y a les réactions. Puis moi, j'englobe tout ça dans le même panier. Et c'est vrai qu'on n'a pas le choix que d'être nous-mêmes. Et la façon de réagir des gens dans ces moments-là, en fait, c'est juste de l'authenticité. Et puis, les gens, ils sont ramenés à leurs conditions humaines. Et dans ce chaos émotionnel, en fait, les gens, ils vont être... Enfin, je ne sais pas, quelqu'un qui va développer un énorme sentiment d'injustice, par exemple. Qu'est-ce que ça dit de son enfance, tu vois ? Ou quelqu'un qui va se dire, j'aurais pu le protéger, j'ai pas réussi. Ah, qu'est-ce que ça dit de son enfance, de son vécu, de ses traumas, de son système d'attachement, tu vois ? Ou quelqu'un qui va être dans le mutisme total. Et dans la coupure avec ses émotions, dans l'évitement, là aussi, qu'est-ce que ça dit de sa construction de son système d'attachement ? Et puis qu'il ait le lien aussi avec la personne, tu vois. Et moi, je trouve ça fascinant, quoi. L'humain, en fait. Et surtout cette authenticité-là. Moi qui suis dans la quête de l'authenticité humaine, un peu, c'est vrai que pour le coup, je suis servi, quoi. Et pour revenir à mon entretien d'hier, j'avais ce monsieur assez cartésien qui était dans la tentative d'explication de la mort de sa femme due à un cancer. Il a passé une demi-heure à parler de l'aspect médical et à quel point le système de soins a été mauvais. Donc voilà, j'ai pu déceler un certain sentiment d'injustice et une certaine colère. Et moi, dans l'écriture de ma cérémonie, ça alimente dans le sens que je vais être dans la légitimation de ce sentiment-là. Et je vais nommer et je vais dire qu'il y a eu un sentiment d'incompréhension. de la part du système de soins de l'hôpital cantonal Genevois. Il faut dire. Et puis, de toute manière, lui, en relisant la cérémonie, il sera toujours libre de changer, d'effacer.
- Speaker #1
L'endeuillé à cette liberté.
- Speaker #0
Oui, les proches, la famille qui me mandate, je leur soumets le texte toujours. J'étais formé comme ça. Et c'est vrai que ça prévient beaucoup de problèmes. Et qu'honnêtement, je le dis à nos auditeurs, s'ils célèbrent, on ne le fait pas. pas.
- Speaker #1
Demandez-le.
- Speaker #0
Ben ouais, demandez-le. Je pense qu'aujourd'hui, c'est vraiment devenu la norme et la plupart de gens le font. Enfin, c'est un gage de professionnalisme que de soumettre le texte. Et pour les mariages aussi, mon Dieu ! Non mais ça prévient déjà toutes les petites coquilles, les petits trucs. On confond le nom de la grand-tante avec la cousine. Enfin, ça arrive, c'est normal quand on écrit 15 pages. Et puis, pour les mariages aussi, éviter la surprise. En fait, une cérémonie de mariage, il n'y a pas de surprise. Il y a des surprises durant toute la journée de célébration. Il peut y en avoir, il y en a généralement, le discours du témoin et tout. Mais la cérémonie en soi, elle est écrite, elle est scriptée. Les gestes sont calculés.
- Speaker #1
Tu dis ?
- Speaker #0
Mes gestes sont calculés dans la mesure du possible. Parce que ça permet d'accueillir les imprévus. Mais dans le cadre de Funeral, c'est pareil. Les imprévus, des fois, il y en a. Et le fait d'avoir le cadre, tout qui est écrit, ça permet de laisser la place justement à l'improvisation. Typique, je sais que la lecture de ce passage-là me prend 3 minutes 30, mais je compte comme 4 minutes, ce qui me laisse 30 secondes de plus pour le témoignage d'un tel ou un tel qui généralement dépasse les 5 minutes que je leur accorde. Voilà, par exemple. Et en fait, c'est ce script-là qui va permettre d'accueillir l'imprévu, le témoignage, le discours plus long. C'est généralement le cas.
- Speaker #1
Donc, si on en revient à ce que la mort t'a appris sur la vie, c'est la fascination du comportement humain quand il y a cet vrai événement de la vie qui est là, qui est en face de toi et on peut, entre guillemets, pas trop mentir.
- Speaker #0
Oui, absolument. Des gens qui peuvent... Par exemple, j'ai fait les funérailles de la grand-mère d'un ami. C'est vrai que cet ami, à la base, n'est pas une personne hyper communicative sur ses sentiments et ses émotions, comme il y en a tant. Et voilà, c'est normal, on est tous différents. Et ben... Certaines choses se sont révélées. Dans ces moments-là, j'étais heureux pour lui qu'il puisse déposer quelques larmes et n'être pas juste ce mec solide et insensible. Mais comme je disais avant, la réaction et la non-réaction est ok. Dans les familles endeuillées, il y a souvent ceux qui ont les rôles de piliers, organisateurs et ceux qui versent leurs larmes. Ça, c'est durant l'entretien. Et puis des fois, les rôles, ils s'inversent après, durant la cérémonie. Celui qui avait l'air tellement solide et mutique et boum. En fait, c'est celui qui s'écroule après, durant la cérémonie. Et puis c'est beau de voir au sein des familles, les chaises musicales, des émotions. C'est beau, ça, c'est beau, je trouve.
- Speaker #1
Quel message aimerais-tu laisser à nos auditrices et auditeurs ?
- Speaker #0
Ben, j'aimerais dire, je pense que c'est le message qu'on m'a dit quand j'étais vraiment en deuil, qui m'a fait le plus de bien. Je crois qu'on me l'a dit le lendemain de la mort de mon père, c'est la chose la plus rassurante qu'on m'ait dit. Et du coup, je vais le dire aussi au cas où des endeuillés ou des futurs endeuillés nous écouteraient. C'est que cette boule dans le ventre, ce trou, cette sensation horrible de vide. que je pense que tout le monde ressent, il passe avec le temps. Cette sensation-là, atroce au fond du ventre, on le décrirait un peu tous d'une façon différente peut-être, mais je pense que tout le monde se reconnaîtra là-dedans. Cette sensation, elle passe avec le temps. Et comme malgré tout, les humains, on a une capacité de résilience et à vivre le deuil, ça fait partie de notre condition humaine. d'humains incarnés, physiques, sur cette terre. On aime matière et on meurt. Et en fait, on a toujours vécu avec des deuils à travers l'histoire de l'humanité. Et donc, on est en capacité physique, émotionnelle, mentale, corporelle, de vivre un deuil. Il y en a qui sont différents. Et une fois de plus, perdre un enfant, ce n'est pas la même chose que perdre un parent. Je ne dirais jamais assez. Mais en soi, cette boule, avec le temps, pour certains, ça peut être... plus rapide que pour d'autres. Mais cette boule, ce vide horrible, il passe avec le temps. Je vous le promets.
- Speaker #1
Merci Thibaut.
- Speaker #0
Merci à toi pour ce que tu fais.
- Speaker #1
A bientôt.
- Speaker #0
A bientôt.
- Speaker #1
Cet épisode a été enregistré à Cornland Studio.
- Speaker #2
Tu as ma résidence, je suis assiné