- Speaker #0
Bonjour Géraldine.
- Speaker #1
Bonjour Anna.
- Speaker #0
Merci d'avoir accepté cette invitation à participer à ce nouvel épisode du podcast d'Amor et d'Ocrèche.
- Speaker #1
Merci à toi.
- Speaker #0
Est-ce qu'avant de commencer, tu veux bien te présenter à nos auditrices et auditeurs ?
- Speaker #1
Alors moi, je m'appelle Géraldine, j'ai 39 ans. J'ai fondé en 2016, donc il y a déjà dix ans, Separate Ways, qui existe toujours, mais c'est un service d'organisation de célébrations funéraires et puis de gestion administrative qui suit le décès d'une personne. Je ne venais pas du tout du milieu funéraire à la base. En fait, j'ai étudié à l'école hôtelière de Lausanne, j'ai suivi la filière entrepreneuriale et puis je m'étais toujours dit qu'un jour je monterais mon entreprise, mais sans savoir dans quoi. Par contre, pour moi, c'était quand même important, une fois diplômée, de travailler quelques années pour me faire une expérience professionnelle. Puis j'ai, comme assez peu de diplômés de l'UHL, je suis restée un peu dans le milieu de l'hôtellerie pour avoir la possibilité de travailler à l'étranger, d'avoir des postes à responsabilité assez rapidement. En fait, ça me permettrait d'avoir une expérience globale, de coordonner différents services, management, etc. Donc, je me suis dit que j'allais faire ça quelques années. Mais je savais qu'un jour, je reviendrai et que je monterais mon entreprise.
- Speaker #0
Tu pensais la monter dans l'industrie de la mort, avec plein de guillemets, ou c'était juste monter une entreprise dans le secteur de l'événementiel ?
- Speaker #1
Alors, événementiel, pas aussi précis, funéraire, pas du tout. Mais je pense que je savais que je voulais monter un service à la personne. Et je me suis dit, l'EHL, l'école hôtelière, c'est un milieu qui est vraiment axé sur le service, donc je me suis dit que ça ouvrirait plein de portes. À ce moment-là, je n'avais pas vraiment d'idée précise, mais j'ai perdu mon père en 2014 et on s'est retrouvés en quelques jours à devoir organiser un milliard de choses liées à la cérémonie. Il était protestant, mais pas du tout pratiquant, pas du tout croyant non plus. Donc on a voulu quand même faire une touche personnalisée et puis on avait trouvé que tout avait été super compliqué. à organiser parce que le délai était restreint, il fallait trouver un traiteur et une salle libre proche du cimetière. On aurait voulu en soi un lieu différent qu'un temple protestant, mais ce qu'ils proposaient...
- Speaker #0
Parce que vous avez eu combien de temps à partir du moment où ton papa est décédé pour organiser ces funérailles ?
- Speaker #1
C'était trois jours exactement, mais le rendez-vous même avec les pompes funèbres, c'était deux jours avant la cérémonie. Après, ils ne nous ont pas du tout imposé, c'est nous qui avouions cette date précise pour des raisons organisationnelles. en fait c'est En soi, bizarrement, avec du recul, je pense que je serais différente. Mais à ce moment-là, pour moi, c'était impensable d'attendre une semaine, par exemple. Mais après, avec du recul, qu'est-ce que ça fait d'attendre le lundi suivant ? Mais c'est vrai qu'il y avait cet aspect de trouver un lieu. Alors, les lieux un peu non religieux qui existent à Genève étaient à l'autre bout de la ville par rapport au cimetière ensuite. Donc, on s'est dit que c'est quand même plus simple que tout soit rapproché. Donc, on a organisé dans un temple protestant. Mais c'est vrai qu'il dit temple, il dit aussi... pasteur, et puis qui dit pasteur, ça veut dire aussi connotation religieuse, ce qui ne lui ressemblait pas trop, donc on s'est dit, il faut quand même qu'on fasse notre partie. Donc c'était des discours, mais c'était aussi projeter des photos pour parler de son parcours à travers des images, et moi je trouvais que c'était une idée sympa, mais par contre, qu'est-ce que c'était comme logistique ? Il fallait trouver des photos, scanner, ça m'a pris trois nuits blanches. Mais l'idée,
- Speaker #0
elle vient de vous, elle vient pas du pasteur ?
- Speaker #1
De personnaliser ? Non. Alors ils nous avaient dit, si vous voulez personnaliser, faites un peu vos discours, votre partie, mais Merci. L'aspect, par exemple, typiquement projeté des photos, le beamer, c'était plutôt vous. Et puis ça ne se faisait pas trop à l'époque. Ça ne se fait d'ailleurs pas beaucoup non plus encore dans des lieux religieux. Mais voilà. Puis en fait, c'est scanner des photos au milieu de la nuit. L'ouvert beamer, c'était venir deux heures avant pour être sûr que tout fonctionne. Et puis la personne sur place m'avait dit, écoutez, nous, on ne prend pas la responsabilité. Il faudrait que ce soit vous qui appuyez sur play. Donc en train de sanglots, je me suis levée de ma chaise. pour faire en sorte que les photos soient projetées, ce n'était pas exactement le moment. Ce n'était pas vraiment... C'était une très belle cérémonie, mais je ne dirais pas que j'ai vécu la cérémonie de manière sereine, à vivre le moment exactement. J'étais plus dans un stress logistique avec le résultat qui était très beau. Mais voilà. C'était aussi après la cérémonie, la montagne de paperasse qui nous attendait. C'est-à-dire que mon père avait ses papiers à droite à gauche dans son bureau, mais on était... franchement, à devoir rechercher tous ces papiers ou quel compte il a, etc. Donc, en fait, ça m'a un peu... Je me suis dit, ouais, c'est pas simple. Peut-être qu'il m'a manqué quelqu'un qui soit là pour gérer la logistique, gérer, je dirais, la partie administrative, nous guider, nous conseiller pour faire toutes ces petites choses. Et puis, aussi, globalement... Je pense que ce décès a souligné, enfin, il y avait l'importance du dernier hommage qui était vraiment essentiel, et ça, c'était quelque chose dont j'avais conscience avant, et je pense que c'est aussi pour ça que ça me tenait à cœur de faire, avec mes sœurs, de faire quelque chose de beau. Mais il y avait aussi, ça a mis en évidence l'importance de connaître les volontés de la personne décédée. Et moi, mon père a été malade, mais ça a resté un sujet ultra tabou. C'est vrai que, bon, après, son décès est survenu quand même très rapidement, donc évidemment, on n'a pas vraiment eu le temps d'en parler, mais c'est vrai que... Est-ce qu'il voulait être incinéré ou est-ce qu'il voulait être inhumé ? Non, on n'avait pas abordé, donc on a choisi ça par défaut. On s'est quand même dit, on n'est pas trop cimetière, on ne va jamais là-bas pour entretenir la tombe ni pour se recueillir. Est-ce que c'était vraiment la décision la plus pertinente de procéder à une inhumation ? Et puis, pas de regrets, mais c'est vrai que c'est des choses qu'on ne savait pas. Alors, cérémonie, on est à peu près sûr que ça aurait été ses souhaits. people pour nous, ça nous aurait fait du bien. Et puis, de toute façon, aussi pour son entourage. Donc, ça, il n'y avait pas de question. Mais voilà, on a fait un peu comme ça. Mais je me suis dit, ouais, c'est quand même important de connaître ce genre de détails. Et voilà. Donc, en fait, tout ça, c'était en 2014. Et puis après, moi, je suis retournée au travail. J'étais à l'époque à Saint-Maurice. Je suis retournée à l'autre bout de la Suisse. Et j'avais des cernes pas possibles. Je n'avais même pas encore pris le temps de me rendre compte de ce que... qui m'était arrivé, qu'en fait, c'est déjà la reprise du travail.
- Speaker #0
Tu as pu partir combien de temps du travail ?
- Speaker #1
C'est une bonne question. En fait, sans citer l'ancienne employeur, il y avait quand même cette question assez rapide de quand est-ce que tu reviens ? Ils m'ont posé la question le jour de la cérémonie. Je me suis dit, ils auraient pu.
- Speaker #0
C'était combien de jours que tu étais partie du travail ?
- Speaker #1
Je suis arrivée à Genève la veille du décès. Donc, à ce moment, ils m'ont posé la question quatre jours après, quand est-ce que tu reviens ? J'espère que la série Reveni s'est bien déroulée aujourd'hui. Donc, ils savaient que c'était ce jour-là. J'avais trouvé que c'était franchement indélicat, juste pour le principe d'être à attendre le lendemain. Mais ça, c'est aussi un sujet, je trouve. Les employeurs et le deuil, sans qu'il y ait vraiment de cadre légal sur les congés, je trouve incroyable. Puis moi, j'avais un peu dit que je crois que je retournais le lundi, mais je crois que j'avais un peu prolongé. Je n'arrive pas trop à me souvenir, mais je sentais justement que j'avais besoin de ce temps pour être avec mes proches, pour me reposer, parce que le deuil, c'est aussi physiquement épuisant. Et puis, en fait, je crois que j'avais peut-être pris une semaine en tout. Et surtout que toi,
- Speaker #0
tu es même rentrée dans un tunnel organisationnel. Oui, exact. Et émotionnel en plus. Oui,
- Speaker #1
voilà. Donc, il y avait tous ces aspects-là. Mais peut-être que finalement, j'ai quand même bien pris une bonne semaine, voire plus, dix jours.
- Speaker #0
En vivant l'expérience de planifier les funérailles de ton père, c'est venu comme une évidence pour toi ? Ou ça t'a pris quelque temps à te dire, ah tiens, c'est ça qu'il me faut, c'est ça ce service que je veux rendre ? à l'autre ?
- Speaker #1
Ce n'était pas immédiat. En fait, après, je suis retournée travailler un an à l'étranger, enfin à Saint-Maurice, mais après, je ne suis pas repartie faire d'autres missions à l'étranger. Et puis, un an après, 2015, là, je me suis dit, c'est bon, j'ai fait mon temps dans l'hôtellerie, j'ai envie de rentrer, j'ai envie de demander mon entreprise. Puis, j'avais un peu une liste d'idées, de services que j'avais envie de créer. Je n'arrive pas du tout, je pourrais remettre la main dessus, je n'arrive pas à me souvenir des autres idées que j'avais. Mais je pense que je l'avais noté dans un coin sur cette liste, comme ça, mais sans plus. Ou peut-être même qu'en rentrant, j'étais plus à me dire est-ce que je n'organiserais pas des mariages ? Et puis, je me rappelle très bien que la mère de mon meilleur ami m'avait dit je pense qu'enterrement, ce serait même plus utile par rapport à ton expérience. Je me demande si tout n'est pas venu un peu plus à mon retour, peut-être avec cette idée au courant de la tête, mais qui n'est absolument pas germée à ce moment-là. mais vraiment, c'est plutôt au moment où j'ai décidé de... me lancer, que j'ai réfléchi à toutes ces idées. Et là, elle apparaît comme une évidence. Je me suis dit, c'est vrai que les mariages, pourquoi pas ? Mais je ne suis pas la plus créative du monde. Il y en a déjà plein. Et puis, en fait, dans ce qu'on appelle un peu le funeral planning, comme le wedding planner, mais ce n'est pas exactement le terme parce que le funeral planning, c'est plus pour vraiment organiser en amont. Alors que moi, j'organisais aussi quand les décès venaient de survenir. Ça, c'est quelque chose qui se fait un peu à l'étranger, dans les pays anglo-saxons, en complément des pompes funèbres, mais pas à Genève, pas en Suisse. Je me suis dit, autant être pionnière dans ce domaine. Et puis, le temps de brainstormer, de créer le service, etc. Ça a été lancé en 2016.
- Speaker #0
Il y a dix ans déjà.
- Speaker #1
Exact. Et puis, c'était ce qui faisait du sens pour moi. Je me suis dit, ça va me plaire. En fait, c'est marrant, mais l'hôtellerie, j'ai beaucoup aimé ces expériences. Mais je trouvais que les problématiques des clients étaient quand même assez superficielles. Et je me suis dit, j'ai envie de faire un métier où je me sens utile. Un métier du cœur, en fait. Et ça a révélé une vocation en moi. Et je me suis dit, en fait, je vais vraiment faire quelque chose qui sera fondamentalement différent. Alors, c'est toujours un service à la personne, comme avant. Toujours, en fait, finalement, c'est de l'événementiel à part entière. C'est de la coordination. de différents services et travailler avec des prestataires. Franchement, ce qui est aussi penché la balance, je pensais que c'était en plein dans ce que je savais faire. Donc, je suis vraiment restée dans ce que je savais faire, mais tout en étant dans un domaine ultra différent où j'allais finalement être confrontée à des familles en deuil. Et pour moi, ça me parlait énormément. Donc, je crois que la question a été assez vite répondue par rapport Ausha de l'entreprise que j'allais créer à ce retour.
- Speaker #0
Et ton rapport à la mort, est-ce que justement il a... Il y a eu un avant-après le décès de ton père ou tu avais déjà un rapport à la mort depuis l'enfance ? Tu t'intéressais à la mort ou tu te posais des questions sur la mort ou pas du tout ?
- Speaker #1
Mon rapport à la mort, je pense qu'il a effectivement changé. Pas forcément suite à justement en travaillant dans le domaine, mais plus au moment du décès de mon père. C'est que j'ai peut-être un peu plus relativisé en me disant ça fait partie de la vie. Avant mon père, j'avais eu... décès de mon arrière-grand-mère de 95 ans, quand moi j'en avais 11, c'était franchement l'ordre des choses, même si ça m'avait beaucoup touchée à ce moment-là, parce que c'était quand même le premier enterrement auquel j'assistais, il y avait quand même ce côté un peu pas facile. Après, il y a eu mon grand-père, et j'ai eu des jeunes dans mon entourage aussi, pas forcément mes meilleurs amis, mais des personnes à qui je tenais, qui sont décédées à 14, 18 ans, ça c'était vraiment brutal, Et ça, j'arrivais pas à le faire. pas à m'en remettre et je pense qu'il y a quand même ce côté où quand c'est des jeunes, toujours, j'ai quand même ce truc où... Ah bah non. Ouais, c'est dramatique, mais malheureusement ça fait partie de la vie et je l'ai peut-être aussi un peu relativisé avec le temps, mais je pense que j'ai un rapport maintenant qui est un peu plus naturel et puis je dirais de profiter un maximum. Je pense que c'est ça maintenant, mon message, c'est profiter de la vie et pas... Et faire comme si... Alors, on ne peut pas être carpe diem tout le temps. Il faut quand même avoir des projets moyens long terme. Mais quand même se dire, OK, on vit la vie comme on a envie de la vivre. Parce qu'on ne sait jamais ce qui peut arriver. Ça peut être brutal, ça peut être une maladie qu'on a et six mois plus tard, on décède. Voilà.
- Speaker #0
Donc, separate ways. Oui. Chemin séparé ou chemin à côté d'un chemin, on va dire, conventionnel, traditionnel qu'on connaît, le chemin religieux.
- Speaker #1
Oui, il y avait en fait ces côtés où moi, j'avais envie de donner un nom qui pouvait... d'écrire la mort représentée par tous les points de vue, quelle que soit sa religion. Et finalement, je me suis dit, la mort, c'est une séparation de chemin, quoi qu'il arrive. Donc, il y avait un peu cette idée-là. Puis en anglais, je trouvais que ça sonnait bien, mieux qu'en français. Donc, c'est comme ça que c'est venu. Et puis, j'ai lancé en juin 2016. Et j'ai en fait eu un peu mes premiers mandats. Au début, c'est toujours un peu la famille, les gens qu'on connaît. Puis après, de plus en plus, un peu un boucher extérieur. Je l'ai connue sur Internet, mais ça restait un service très niche qui était complémentaire.
- Speaker #0
Mais là, la mission de Separate Ways, c'était quoi ? L'accompagnement plus administratif ? Et organisationnel. Voilà.
- Speaker #1
C'était vraiment, concrètement, s'il y avait un décès qui venait de survenir, la famille, soit elle avait déjà contacté les pompes funèbres, soit pas encore. Et dans quel cas, c'est moi qui, après, prenais un peu les devants avec les pompes funèbres. Il y avait les pompes funèbres à côté qui prenaient en charge le corps, qui s'occupaient de toute la logistique. Puis moi, je m'occupais de l'organisation complète de la cérémonie. Les pompes funèbres, elles réservaient le lieu, etc. Mais moi, je faisais tous les petits à côté. Donc, c'était très complémentaire. C'était la commande de fleurs, c'était rédiger l'annonce mortuaire dans le journal. C'était, si on veut justement un beamer, un cadre photo, je peux m'occuper de toute cette partie-là. Le catering,
- Speaker #0
les choses comme ça. Voilà,
- Speaker #1
la partie traiteur. Donc ça, c'est pour la partie cérémonie. Puis c'était aussi réserver un lieu différent. Si on voulait une cérémonie avec une urne, les pompinables ne rentraient même pas en matière parce qu'ils s'occupaient de la crémation. Ensuite, la famille se débrouillait pour l'organisation. Moi, je trouvais des lieux un peu différents. Je faisais un peu tous les petits à côté pour proposer quelque chose d'un peu laïque. Et puis après, si la famille le souhaitait, ils pouvaient aussi me mandater pour tout ce qui était... Gestion administrative, c'est-à-dire les résiliations avec les banques, les assurances, etc. Et des fois, les familles ne me mandataient même que pour cette partie administrative, sans forcément la partie cérémonie, selon leurs besoins et tout. Et voilà. Et en fait, je me suis occupée de tout ça pendant... Pendant plusieurs années. C'est vrai que c'était très, très niche quand même. Finalement, les gens, des fois, se débrouillaient eux-mêmes pour toute la partie dont moi, j'aurais eu besoin à l'époque du décès de mon père. Il y a plein de familles qui n'auraient pas ressenti le besoin. Et puis finalement, qui se débrouillaient entre eux ou alors qui n'avaient pas forcément connaissance du service. Donc voilà. Mais avec le temps, je me suis dit, pourquoi pas créer mon entreprise de pompes funèbres aussi et prendre en charge moi-même les corps. parce que D'un point de vue qualitatif, je préférais tout centraliser que de sous-traiter ou entre guillemets collaborer avec les pompes funèbres. Moi, je trouvais plus simple de tout faire moi. Les familles que j'ai accompagnées m'ont dit, ce serait bien que vous fassiez aussi cette partie-là. Puis j'étais là, oui, pourquoi pas. Après, là, on rentrait dans une dimension d'un métier que je ne connaissais pas, parce que moi, j'étais plutôt dans mes compétences de métier, d'organisation. Mais là, je me suis dit, moi, je ne me vois pas du tout faire ça seule. Il faudrait vraiment que là, je sois avec un croque-mort, quelqu'un qui sache, parce que ce n'est pas un métier qui s'invente. On ne peut pas faire n'importe quoi. Et c'est là qu'avec mon collègue...
- Speaker #0
C'est un métier qui s'apprend sur le tas ? Sur le tas, oui. Il n'y a pas de formation croque-mort ?
- Speaker #1
En Suisse, non. En France, oui. Mais en Suisse, c'est vraiment un métier qui s'apprend sur le terrain. Et c'est vrai que j'ai quand même fait des stages pour savoir si ça me plaisait de travailler avec les morts, évidemment, parce que je n'allais pas me lancer dans tout ça s'il n'y avait pas au moins quand même... Je ne sais pas, si j'avais un dégoût ou quoi que ce soit qui ne me plaisait pas. Pour moi, c'était essentiel quand même d'être confrontée à ça, puis j'ai adoré. Et je me suis dit par contre, évidemment, il y aura une expérience que je n'aurai jamais, puis logistiquement, je ne peux pas gérer tout. toute seule. Donc, c'est là que je me suis entourée de mon collègue Dylan, qui, lui, avait une expérience assez longue de croque-mort. Voilà, donc la prise en charge des corps, c'est-à-dire le transférer du point du décès jusqu'en chambre funéraire, la préparation du corps, la toilette, l'habillage, la préparation du cercueil, le fait de mettre le défunt dans le cercueil, l'installer en chambre funéraire, le transfert de la chambre funéraire jusqu'à la cérémonie. Ensuite, le cimetière et le créatoire. Et maintenant, alors on est deux. Et oui, oui, j'ai appris tout ça. Voilà. Donc, c'est là que cette idée a mûri. On s'est retrouvés. Puis on a lancé en 2022 Other Ways. Alors après, pour des raisons un peu administratives, stratégiques, j'ai fait deux sociétés distinctes. Et puis, j'ai voulu garder le nom un peu Ways. Le chemin me parlait beaucoup tant pour mon chemin, propre chemin à moi, que pour le chemin de la mort. le fait aussi de... D'apporter quelque chose de différent. Donc, c'était un nom qui est paru comme une évidence.
- Speaker #0
Donc, ça, c'était il y a quatre ans.
- Speaker #1
Bientôt quatre ans, oui. Novembre 2022.
- Speaker #0
Ah oui, donc Separate Ways en 2016.
- Speaker #1
Et six ans plus tard.
- Speaker #0
Other Ways. Exact. Avec
- Speaker #1
Dylan. Avec Dylan, oui.
- Speaker #0
Comment est-ce qu'on fait pour gérer business et mort ?
- Speaker #1
C'est une bonne question. Alors. Après, c'est un business dans le sens où j'ai des charges assez importantes à payer à la fin du mois et elles sont fixes. Et puis, pour ça, il faut quand même faire rentrer de l'argent pour les payer. Et ça, c'est de manière complètement pragmatique. C'est un business. Après, il y a quand même un petit côté où je dirais que c'est délicat de parler d'argent. Alors, très honnêtement, les familles... À 99,9%, j'ai l'impression qu'elles demandent le prix que c'est. Et puis de toute façon, quand elles sont en rendez-vous, on leur fait un devis, bien sûr. On est transparent, devis détaillé avec les différents prix. C'est souvent plutôt les familles qui parlent d'argent avant, parce qu'elles savent que c'est un coût. C'est souvent des milliers de francs à payer d'un coup. Et c'est vrai que nous, on est obligés un peu de parler de ça. Donc c'est un business, parce que ce n'est pas quelque chose qui est... qu'on appelle le... Comme les associations, je cherche le terme. Oui,
- Speaker #0
c'est pas du pro bono, c'est pas...
- Speaker #1
C'est abilicatif quand même. Abilicatif et puis... Et c'est pas gratuit. Donc forcément, il y a un peu cette dimension qui est peut-être un petit peu délicate. On est aussi des fois confrontés à des familles qui n'ont pas forcément les moyens. Des fois, on peut faire un geste parce qu'on comprend aussi leur situation. Voilà, mais... Mais globalement, ça reste quand même, malheureusement, un business.
- Speaker #0
Et surtout qu'on vit dans une société qui est... Enfin, capitaliste, donc il faut aller payer ses factures, etc. Exactement.
- Speaker #1
Et puis finalement, nous, quand on parlait de prévoyance funéraire, le décès de mon père, ça a mis en évidence le fait de connaître les volontés de la personne. Nous, on fait de la prévoyance funéraire justement pour que des personnes de leur vivant viennent nous faire part de leurs déficits, mais aussi pour la partie financière. Et c'est vrai que la plupart des personnes qui viennent aussi pour faire des contrats de prévoyance, c'est pour cette... partie financière, parce qu'en fait, les familles, elles se retrouvent à payer des milliers de francs d'impôt, et puis là, ils peuvent venir de leur vivant quand ils sont encore en bonne santé, à venir payer en plusieurs fois ou en une fois, mais ça évite à la famille de devoir se retrouver avec ces soucis financiers-là.
- Speaker #0
Et tu as beaucoup de cette clientèle qui vient justement faire de la prévoyance ?
- Speaker #1
C'est de plus en plus courant, oui. On en a quelques-unes. Il y a des personnes qui sont malheureusement déjà décédées depuis qu'elles ont fait un contrat avec nous.
- Speaker #0
Elles étaient malades quand elles sont venues ? Pas forcément.
- Speaker #1
Même pas forcément. Mais certaines, oui. Et puis, moi, je vois la différence justement entre... Récemment, on a accompagné une famille. Leur mère avait vraiment strictement tout prévu. Puis ils m'ont dit, mon Dieu, le cadeau qu'elle nous a fait. Ça nous évite de galérer pour décider telle ou telle chose. On sait que c'est bien pris en charge par vous. Et puis, ils n'ont pas sorti un centime.
- Speaker #0
Est-ce que toi-même, tu as fait tes propres...
- Speaker #1
Les cordonniers sont les plus mal chaussés. En fait, j'avais commencé à faire mes volontés. Il faudrait que je clarifie tout ça, parce que c'est vrai que je crois que ma famille est globalement au courant, mais je pense que c'est mieux que ce soit un peu plus formalisé.
- Speaker #0
Ça t'angoisse parce que c'est toi-même ?
- Speaker #1
Non, ça ne m'angoisse pas, parce que je n'ai aucun tabou avec ça. Par rapport à mon rapport à la mort, je n'ai pas peur de ma propre mort. C'est-à-dire qu'en fait, j'ai peur de la mort de mes proches. J'ai pas envie de perdre... Mes proches, en fait, je ne suis pas trop confrontée à la mort depuis que je suis dans le domaine, bizarrement. J'ai perdu quelques personnes, mais très, très peu. Et j'ai peur de perdre mes proches. Mais alors, ma propre mort, ça fera du mal à ma famille, j'imagine. Ils seront tristes et tout. Mais j'ai un peu la conviction que s'il y a un au-delà, je ne m'en rendrai pas forcément compte, que je ne suis plus là. Oui, bien sûr. Tant que je profite de la vie, et d'ailleurs, je pense que j'en profite assez, donc je peux mourir demain. ma vie sera quand même riche, et même si évidemment il y a des projets qui ne seront peut-être pas aboutis, puis bien sûr que c'est dramatique pour la famille, mais je n'ai pas peur de ma propre mort, donc je pense qu'écrire mes volontés, ce n'est pas un souci, c'est plus en fait de mettre ça dans ma to-do list, puis le faire de manière...
- Speaker #0
Juste prendre le temps de poser.
- Speaker #1
Et puis finalement, je me rends bien compte que la vie ne tient qu'à un fil, et puis ça pourrait m'arriver aussi à moi de manière complètement subite.
- Speaker #0
Parlez des synchronicités dans ta vie.
- Speaker #1
Oui.
- Speaker #0
Si je me rappelle bien, il y en a deux, trois quand même qui sont assez intéressantes.
- Speaker #1
Oui, moi, je crois pas mal de plus en plus aux étoiles alignées aux planètes, comme je vais me le dire, à la synchronicité. Puis c'est vrai qu'il y a des choses qui se sont faites un peu dans ce projet et qui se font encore aujourd'hui. Mais déjà, la rencontre avec Dylan, il y a toujours un peu ce truc de parler de son projet entrepreneurial. Est-ce qu'on en parle ou pas ? Parce que si on en parle, on peut se faire... piquer l'idée, on peut avoir nos concurrents qui l'apprennent et puis qu'on ait des bâtons dans les roues avant même que le service soit monté. Donc moi j'étais assez discrète, mais j'en parlais quand même autour de moi parce qu'en fait je me suis toujours dit, il n'y a rien de tel que le réseau. Et à travers le réseau on peut avoir des idées qu'on n'aurait pas, on pourrait avoir tel ou tel piston auquel on n'aurait pas forcément pensé non plus. Puis moi j'avais parlé de ce projet à une pasteur. que je connaissais. Je lui avais demandé de rester discrète parce que c'est vrai que je n'avais pas forcément envie que ça se sache de manière... Dans le domaine funéraire, dans mon réseau, oui. Mais pas trop dans le milieu. Et puis en fait, elle m'a dit à un moment écoutez, moi j'ai entendu parler de quelqu'un qui a démissionné d'une entreprise de pompes funèbres. Et en fait, est-ce que je peux lui donner... En fait, elle en a même parlé de manière indirecte, enfin bref. Mais j'ai eu le contact de Dylan et puis... après il m'a dit c'est vrai moi j'ai arrêté de travailler là-bas donc je suis disponible et puis en fait ça s'est fait comme ça et j'ai trouvé ça fou parce que c'était une pasteur que j'aurais pu ne pas vraiment rencontrer j'aurais pu ne pas parler de mon projet de peur que ça se diffuse mais elle a été discrète tout en quand même avec le message qui a quand même passé et puis pareil pour les locaux qu'est-ce que c'est compliqué de trouver des locaux à Genève j'ai passé je me rappelle mon été 2022 Oui. en pleine canicule, à regarder un peu dans la rue ce qui pouvait se libérer, parce qu'en même temps, c'était la fin du Covid, puis il y avait plein de business qui, malheureusement, n'avaient pas tenu, et puis qui rendaient leur arcade. Mais voilà, puis c'était compliqué, c'était cher, c'était machin, mes dossiers refusés, parce que quand c'est une entreprise qui n'a pas ses bilans, on ne donne pas un bail comme ça. Enfin, c'était tellement compliqué. Et puis, en fait, j'avais parlé à une connaissance de... de mon projet, puis elle m'avait dit « Ah, mais en fait, j'ai une très bonne amie qui travaille dans le funéraire, elle arrête son activité. » Et puis en fait, ce n'était pas une entreprise de pompiers, mais moi, je les connaissais, puis je ne savais pas du tout qu'elle arrêtait. Puis en fait, elle m'a dit « On a... » Et donc,
- Speaker #0
tu as récupéré l'arcade de l'ancienne entreprise qui était dans le domaine funéraire aussi.
- Speaker #1
Exact. Et puis, c'est fou, parce que si je n'en avais pas parlé... Et elle, je ne comptais pas forcément lui parler non plus de mon projet, mais c'est elle qui m'a donné l'idée. Et puis, en fait, je me suis dit, mais c'est un endroit que je connais, qui est dans un endroit magnifique. Le vieux cas rouge, la rue ancienne, qui a tellement de charme et qui, pour moi, représente la vie. Et je trouve que c'est bien d'être dans un quartier un peu comme ça, quand on est dans un sujet aussi difficile que la mort. C'était fou comme ça s'est fait. Et elles m'ont dit, ah bah oui, effectivement, on arrête notre activité. Si tu veux cet arcade, tu peux l'avoir.
- Speaker #0
Ça faisait un moment qu'elle était vide, non, cet arcade ? Non,
- Speaker #1
elle y allait encore un petit peu. Mais c'était une synchronicité, c'était pile au bon moment, en fait. Et puis, voilà, je crois pas mal aux étoiles à ce niveau-là.
- Speaker #0
Mais tout est juste, en fait.
- Speaker #1
Oui, c'était juste, en fait. Et j'ai toujours considéré que ce que je faisais était juste et qu'on avait notre place. Et puis là, c'était encore plus prouvé,
- Speaker #0
disons,
- Speaker #1
plus évident.
- Speaker #0
On a separate ways, on a other ways. Et là, dans ma tête, j'ai all the way.
- Speaker #1
All the way.
- Speaker #0
Et je me dis, tiens, est-ce que tu vas aussi passer à de la célébration ou pas du tout ?
- Speaker #1
De célébrante ?
- Speaker #0
Oui.
- Speaker #1
Alors non, franchement, ce n'est pas prévu au programme.
- Speaker #0
Mais la levée de corps, elle était prévue au programme avant ?
- Speaker #1
C'est une bonne question. En fait, c'est marrant parce que quand j'ai monté separate ways, Très rapidement, j'avais rencontré quelqu'un du domaine. Et puis aussi, un ou deux proches m'avaient dit, je pense qu'à un moment, tu vas monter ton entreprise de pompes funèbres. Parce qu'en fait, ils disaient, ce que tu fais, ça va être trop niche. Tu ne vas peut-être pas en vivre, ce qui n'était pas faux. Et en fait, c'est surtout si tu as envie d'être dedans, fais le truc de A à Z. Il y avait un peu cette idée-là. En fait, c'est un truc que j'ai mis dans ma sorte de tout doux, parce que moi, j'ai toujours 10 000 listes, etc. Puis, j'avais un peu en bas de liste, peut-être dans le futur, ouvrir mon entreprise de pomponable. Oui, ça oui. Par contre, clairement, ce n'était pas le moment pour moi. Moi, j'avais besoin de m'imprégner du marché. En fait, ces six années de Separate Ways sans prendre en charge les corps, ça m'a permis justement d'appréhender le domaine dans lequel je travaillais. Le domaine dans lequel je ne travaillais pas du tout à l'époque, donc de comprendre comment ça fonctionnait. C'était à l'époque en plus une société qui n'avait aucune charge fixe, donc je ne prenais pas tellement de risques. Donc j'ai pu un peu comprendre comment ça se passait, j'ai pu faire ce que je savais faire, connaître, bien faire les choses. Et puis après, ça a germé Pompina petit à petit et puis c'est là que je l'ai créé. A la base, je pense qu'en 2016, on m'avait dit en attendant son procédé de Pompina, que j'aurais cru strictement personne. assez rapidement, c'était quand même dans un coin de ma tête, mais sans pas du tout y penser parce que, pour moi, j'avais besoin de mûrir, j'avais besoin de faire mon chemin, justement, encore dans ce milieu-là. Et puis, après, quand j'y ai un peu pensé, c'est venu petit à petit. C'est vraiment pas venu du jour au lendemain.
- Speaker #0
Mais célébrer ?
- Speaker #1
Mais célébrer, moins. Alors, célébrer, c'est aussi une question qu'on me pose depuis le jour 1, plus ou moins, parce qu'il y en a plein qui pensaient que j'étais célébrante et je leur ai expliqué que non. Alors, en fait, il y a des formations pour ça, par contre, qui sont très bonnes. Et je ne dis pas qu'en me formant, peut-être que je deviendrai une excellente célébrante. Mais en fait, je trouve qu'il y en a plein à Genève qui sont très bien. Et en fait, nous, quand on est dans l'organisation, il y a quand même tout ce truc de... On est quand même dans un stress, dans un délai assez restreint, avec déjà un milliard de choses à gérer. Donc, me rajouter une dizaine d'heures d'écriture... Puis pendant la cérémonie, on est aussi là à gérer de la logistique et on ne peut pas tout faire. et d'ailleurs on le célébrant hum hum lui, se concentre sur sa célébration, mais il ne va pas gérer les photos, il ne va pas gérer la mise en place, ni la musique, ni rien du tout. Donc en fait, je dirais que chacun son métier est rien que pour ça. Et je n'ai pas forcément cette vocation.
- Speaker #0
J'avais une question par rapport à la levée de corps. Tu as fait tes stages, mais quand tu es face à un corps, la première fois, comment est-ce que tu l'as vécu ? Est-ce qu'aujourd'hui c'est devenu vraiment... Enfin, c'est horrible ce que je vais dire, mais c'est comme si tu portais... J'en sais rien, tiens, je déplace quelque chose, où il y a quand même l'humanité qui est là. Comment ça se passe, la levée de corps ?
- Speaker #1
C'est une bonne question.
- Speaker #0
Déjà ton premier corps ?
- Speaker #1
Oui, le premier corps, en fait, c'était en visitant le centre funéraire à Genève en 2016, parce que vu qu'on allait forcément un peu collaborer avec ces lieux, je me suis dit, il faut quand même que je les découvre. Donc j'ai demandé une visite et puis là, ils m'ont dit... Ils m'ont dit, si vous visitez les locaux, vous risquez de tomber sur des défunts. Et puis j'étais là, ah, bien sûr, en fait. Je n'y avais pas vraiment pensé comme ça, mais oui, c'est vrai. Puis en fait, j'en ai vu. Puis j'étais un peu surprise. Je me rappelle cette personne très âgée que j'avais vue décédée. Elle n'était pas encore préparée. Elle était dans sa chemise d'hôpital. Elle était sur un chariot. pas du tout préparée, la bouche un peu ouverte. Et j'avoue que ça m'a un peu surprise.
- Speaker #0
Mais en fait, j'étais là, non mais elle ne va pas être comme ça après, elle va être préparée. Puis j'étais là, waouh, c'est dingue la différence qu'il y a. Parce que quelques minutes plus tard, là, je vois un autre défunt qui était préparé dans son cercueil. Et en fait, je dis, ah oui, c'est dingue le travail qu'il y a. Et je me suis dit, waouh, c'est beau de se faire ce métier. Parce que j'ai tout de suite admiré cette partie de la profession que je n'allais pas faire tout de suite. Parce que je me suis dit, en fait, ils sont là pour donner une apparence apaisée à un défunt qui est décédé peut-être brutalement. pas, mais même de mort naturelle. En tout cas, cette personne âgée que j'avais vue sur son chariot, elle ne me paraissait pas apaisée à ce moment-là. Donc, j'ai trouvé ça super beau. Et puis, alors moi, la manipulation du corps, la première fois, c'était justement en stage. En fait, il y a un peu ce côté, oui, on sait que c'est un être humain et qu'on se dit, il y a quelques heures encore, il était en vie et là, il est mort. Moi, je me suis quand même très vite dit qu'il n'y avait plus d'âme. Et ça, c'est quelque chose que je remarque. quasiment dans chaque... Il y a beaucoup de familles qu'on accompagne qui me disent « Waouh, on dirait qu'il est juste en train de dormir, il est très bien préparé. » Mais moi, je ne le connais pas du vivant, mais globalement, même si je trouve qu'ils ont souvent l'air apaisés, quand même, globalement, je dirais que c'est un corps. Et il n'y a plus la personne. Je crois de plus en plus à l'au-delà. Certainement, je n'ai aucune manifestation. Je n'ai pas expérimenté quoi que ce soit. Mais quand les personnes me disent Je les sens ailleurs, je les crois à 100%. Après, est-ce que l'âme reste ou part tout de suite, comme ce que certaines personnes pensent ? Ça, je ne peux pas dire, mais pour moi, il n'y a plus de personne. C'est un corps qui mérite qu'on prenne soin de lui, mais sans me dire qu'il y a vraiment une personne derrière. Pour moi, il y a beaucoup de respect, il y a beaucoup de dignité, il y a beaucoup d'importance, mais je n'ai pas l'impression qu'il y a quelqu'un. Et je ne communique pas forcément avec les défunts. Je ne leur parle pas du tout. Pour moi, c'est... Mais avec beaucoup de sang. Et ça, c'est quelque chose que j'ai remarqué dès mes premières manipulations de corps en stage. Mais encore plus maintenant que je le fais beaucoup plus fréquemment dans mon métier.
- Speaker #1
Et tu les prépares et tout ? Oui. Est-ce que tu as déjà dû t'occuper d'enfants ?
- Speaker #0
Alors, de corps d'enfants, non. D'enfants, ça dépend ce qu'on entend par enfant. Mais de bébés... Petits, oui.
- Speaker #1
Nourrissons ?
- Speaker #0
Nourrissons décédés avant terme, dans le ventre, ou même qui sont nés prématurément et qui ont vécu. Donc c'était tout, tout petit bébé, ça, il y a eu plusieurs fois. Et c'est très particulier aussi.
- Speaker #1
Comment tu gères ça émotionnellement ?
- Speaker #0
En fait, moi, de toute façon, je ne crois pas qu'on s'y fasse vraiment, mais moi, j'ai énormément de mal à être confrontée à des parents qui ont perdu leur enfant. En fait, il n'y a strictement rien à dire. Il n'y a rien pour les rassurer. Je trouve que c'est... Il n'y a pas de mots, en fait. Il n'y a vraiment pas de mots. Et il faut juste expliquer qu'on est là pour eux. Ils sont tellement démunis que je me sens impuissante et je n'ai pas l'impression de faire... Ce n'est pas que je fais mal mon travail ou quoi. Il y a un côté gratifiant dans toutes les situations et les couples nous disent merci. Mais il y a quand même ce truc où j'ai l'impression de... En fait, ce n'était pas suffisant pour les soulager, évidemment. Et puis, c'est assez frustrant. Même si on a fait le service. Mais il y a un côté un peu frustrant. Et c'est souvent presque le père qui n'a peut-être pas vécu le projet. Parce qu'il n'a pas porté l'enfant. Et puis, en fait, ça s'arrête à quelque chose qu'il n'a pas... Enfin, un enfant qu'il n'a pas vraiment connu. Et c'est inconsolable. Et en plus, je sais que c'est un sujet encore plus tabou. On est dans le tabou du tabou. quand on a une fausse couche. Parce qu'on est dans la mort, qui est tabou, mais on est aussi...
- Speaker #1
C'est pas dans l'ordre des choses.
- Speaker #0
Alors, c'est pas dans l'ordre des choses. Puis, ça touche d'autres sujets tabous, comme la sexualité, parce que souvent, c'est des personnes qui ont de la difficulté à avoir des enfants ou qui ne sont pas à leur première fausse couche. On est aussi souvent dans le tabou de la santé. On est dans le tabou aussi de l'argent, parce qu'il y a aussi des couples qui m'expliquent que c'est leur énième fille. C'est un peu tous les tabous, puis souvent une incompréhension, je pense aussi, de leurs proches, parce que c'est assez connu que le deuil périnatal, sachant que ce n'est pas forcément un enfant qui n'a pas vraiment vécu, ou alors avec lequel on n'a pas forcément créé des souvenirs. Justement, c'est ça qui rend le...
- Speaker #1
On a créé les projections, en fait. On a créé les projections.
- Speaker #0
Et puis, voilà, les couples sont justement dans cette douleur-là, mais j'ai l'impression que ce n'est pas forcément compris. et puis ça... C'est vraiment dur pour eux. Puis il y a cette question, est-ce qu'on fait quand même une cérémonie ou pas ? On rassemble du monde ou pas et on l'a déjà fait. pour des prématurés qui ont vécu ou pas forcément vécu. Mais c'est hyper délicat et c'est inconsolable.
- Speaker #1
Est-ce que tu as déjà refusé de planifier des funérailles parce que c'était trop dur pour toi ?
- Speaker #0
Non, parce que je fais quand même face. Il y a toujours un peu pour moi ce truc de la première fois, je dirais. Le premier enfant, par enfant, disons, pas nourrisson, j'ai eu qu'un seul enfant, je lui ai dit « Bois, pour pas que ça arrive » . C'était une petite de 14 mois qui est née avec une maladie Louis Savet. qu'elle n'allait pas survivre, mais elle a vécu même un peu plus longtemps que ce qu'il pensait. Puis elle avait 14 mois quand elle est décédée. C'était pas l'époque de Other Ways, donc j'ai pas pris en charge son corps, mais j'ai organisé la cérémonie et puis j'ai fait deux semaines d'insomnie après. Ça m'avait vraiment marquée et je me suis dit, wow, est-ce qu'il faut que je continue ? Mais il y avait peut-être ce truc de justement la première fois où après, ok, il y a eu ça, il faut faire face et puis après, justement, quand j'ai eu plutôt ces nourrissons, ces des séries. même de m'orner, disons. Le premier, c'était particulier. Puis en fait, après, j'apprends à faire face. Et puis en fait, je pense que je me suis aussi armée. Il y a ce côté où finalement, ça fait partie de notre métier. Et puis je me dis, ils ont fait appel à nous, c'est qu'ils ont envie de passer par nous. Donc on est là pour honorer leur demande. Puis ça prend un peu le dessus. Je me mets dans une mission. J'essaie de ne pas trop penser à ce que je fais des fois, parce que sinon, c'est trop difficile. Mais les enfants, qui ne sont plus des bébés et qui ne sont pas encore adolescents, alors c'est bizarre, mais on a un stock de cercueils. Parce que quand il faut faire face à la demande, c'est très rapide. Donc, on a forcément un dépôt où on a un stock de cercueils. J'ai mis longtemps à avoir un cercueil taille enfant. Parce qu'en fait...
- Speaker #1
Toi-même, tu n'avais pas projeté. Je n'avais pas projeté.
- Speaker #0
Non, on a des cercueils taille standard, d'autres pour des plus grandes ou des personnes plus corpulentes. Puis à un moment donné, avec Dylan, on se disait, c'est vrai que si on a une demande d'enfant, il faudrait quand même en avoir un. Puis il y a plein de tailles différentes. Puis en fait, c'était quelque chose que je refusais de faire. Mais après, je me suis dit, si on a une demande, il faut quand même y répondre. Donc, on a un cercueil qu'on n'a encore jamais utilisé, 1m40. Ça me glace le sang de le voir dans ce dépôt. et puis de... Penser à cette taille de cercueil, mais ce sera tout aussi difficile que les nourrissons, les enfants. Que le premier nourrisson. Voilà, exactement. Mais je pense que je serai prête parce que je me suis armée. Mais il y a toutes ces premières fois qui sont difficiles. Je me rappelle la première personne qui est aussi passée par le suicide assisté. C'était à l'époque encore de Separate Ways, donc je n'avais pas pris en charge le corps. fait appel à d'autres pompiers nébres, mais il avait tout voulu organiser de son vivant, il avait tout payé, il voulait que je gère tout l'administratif. Puis en fait, c'était un monsieur très gentil, on avait eu pas mal de contacts. Et il m'avait dit qu'il était malade. Mais voilà, puis en fait, quelques mois ou semaines après nos premiers échanges, il m'appelle, il me fait « Voilà, donc j'ai décidé de partir, et en fait, c'est prévu demain à 10h. » Mais en fait, ça m'a fait un tel choc. Quand il m'a dit ça... Je suis pas prête. Et j'ai dû appeler en plus, parce que dans ces décès, il y a toujours un accompagnant proche qui est là, présent à ce moment-là, pour démontrer qu'il a bien fait les choses par lui-même et que c'est sa volonté, etc. Puis en fait, c'était sa meilleure amie. Puis moi, j'ai dû l'appeler la veille. Et c'est elle qui m'a aussi appelée après. Et en fait, elle m'a... Mais c'était terrible. mais en fait elle m'avait dit j'ai vraiment fait ça parce que c'est mon meilleur ami parce qu'il le voulait mais plus jamais et elle m'a un peu Elle m'a un peu dit, c'est très beau, mais c'était trop dur pour moi. Et en fait, j'y pensais à elle et je me suis dit, mais c'est vrai que c'est une très belle mort. Tout le monde mourrait dignement, mais il y a un peu un côté où il y a une date et une heure. Il n'y a aucune mort où il y a une date et une heure, à part les condamnations à mort, où c'est prévu. Et c'est un peu non naturel. C'est un peu comme provoquer une naissance.
- Speaker #1
En césarienne.
- Speaker #0
Voilà, avec un jour fixé. Puis là, il y a un peu cette attente qui est avec une date fatidique. Ce n'est pas une attente. Et en même temps, c'est beau et c'est digne. et tout le monde mérite... de mourir de cette manière. Mais pour les accompagnants, globalement, je l'ai quand même revu plusieurs fois, ils sont heureux d'avoir pu accompagner, mais c'est quand même dur pour eux.
- Speaker #1
C'est presque un choix subi. Qu'est-ce que tu porterais comme message à nos auditrices et auditeurs ?
- Speaker #0
Moi, je pense qu'il y a ce côté où profiter de la vie, ça c'est sûr. Il y a ce côté aussi où je dirais C'est bien d'être le plus préparé possible, parce qu'on ne sait jamais ce qui peut arriver dans la vie. Je pense que c'est justement de discuter, même si c'est un sujet difficile, d'enlever un peu ce... ce tabou pour mieux vivre au moment où ça va arriver, le décès de son proche. Se préparer un maximum et vivre sereinement cette étape, je pense que c'est un conseil que je peux donner.
- Speaker #1
Tu as dit tout à l'heure que le coordonnier était le plus mal chaussé. Mais si je me souviens bien, lors de notre première rencontre, on a parlé d'humilisation.
- Speaker #0
Oui.
- Speaker #1
Donc, tu n'as peut-être pas écrit tes volontés, mais... tu as quand même une idée de la façon dont tu voudrais être enterrée.
- Speaker #0
J'ai l'idée de ce dont on a le droit de faire actuellement. Mais effectivement, si l'humilisation... Enfin, quand l'humilisation sera légalisée, parce que je suis sûre qu'à un moment donné, ça sera possible, j'aimerais vraiment que mon corps soit composté. Après, j'espère vivre assez longtemps pour ça. Je ne serais pas opposée de mettre mon corps aussi en test pour ça. Ah en test Oui Parce que actuellement ils font des tests Les personnes commencent à remplir ce genre de demandes Je ne sais pas s'ils ont déjà pris des corps pour les tests mais je crois que oui Sauf erreur oui c'est assez récent Ou après c'est juste peut-être une question pour mes proches parce que pour bien connaître la prévoyance funéraire moi je suis quand même confrontée à des personnes qui viennent justement très à l'aise avec leurs décisions puis je leur demande justement est-ce que vos proches sont au courant ils disent je vais en parler puis en fait il y a aussi cette question Souvent, ils disent « ça, je ne veux pas, ça, je ne veux pas » . C'est très bien de ne pas vouloir, mais est-ce que vos proches, c'est eux qui… En fait, pour moi, c'est la fin des vivants. Et c'est quand même des décisions qui doivent être concertées entre futur défunt et ce qui reste. Parce que finalement, quand des personnes me disent « moi, je ne veux pas de cérémonie parce que je ne veux pas qu'on m'honore » . Oui, c'est un côté un peu modeste de leur part. Ils ne veulent pas que les gens soient rassemblés pour eux. Mais en fait, les proches, ils ont peut-être besoin de ça, après tout. je veux dire, ou alors ils disent je veux, mais dans la stricte intimité la stricte intimité, si c'est une personne qui a 95 ans et qui ne reste plus que la famille parce qu'il a perdu tous ses proches, oui mais si c'est quelqu'un qui était ultra entouré et qui finalement ne décède pas à 95 ans mais peut-être plutôt à 70 et qu'il a encore des anciens collègues, des voisins des machins, je leur dis, oui mais vous privez peut-être les gens d'une cérémonie, ou alors pas de cérémonie du tout pour moi c'est quelque chose qui est je comprends la volonté, mais c'est quand même à discuter avec les proches de ceux qui veulent et Et pareil pour l'humiliation. Alors l'humiliation, non, ça peut être un choix, puis ça n'exclut pas un recueillement. Mais si, par exemple, mon corps, il est en test quelque part, peut-être que mes proches ne sont pas forcément pour, parce qu'ils auraient besoin d'un lieu, j'en sais rien. Donc moi, je pense que c'est quand même des choses à discuter aussi.
- Speaker #1
Après, c'est la volonté du défunt. Moi, je me demande à quel point elle est importante à respecter.
- Speaker #0
Oui. Alors si c'est écrit contractualisé en France, c'est pénal. Si on ne respecte pas une volonté écrite et signée d'une personne. Mais avant de signer, je dirais, parlez-en à vos proches. Oui,
- Speaker #1
de toute façon.
- Speaker #0
Pour donner un exemple, il y a un monsieur que j'ai accompagné pour sa prévoyance. Sa femme est musulmane. Oui, il est non pratiquant, non religieux. Il a dit, je veux une crémation, mais il ne faut surtout pas que ma femme le sache. Donc en fait, elle sera mise sur le fait accompli, puis c'est moi qui vais devoir lui annoncer à ce moment-là. Mais bon, en même temps, il n'est pas musulman, mais il m'a dit, voilà. Puis je me dis, on va quand même devoir se plier à cette volonté, parce qu'il l'a quand même écrit et signé.
- Speaker #1
Et donc en Suisse aussi, c'est comme ça ?
- Speaker #0
Alors, ce n'est pas pénal, il n'y a pas de loi. Mais moi, à quoi ça sert de faire un contrat chez nous ?
- Speaker #1
Oui,
- Speaker #0
si c'est pour respecter ce qu'il a vu faire. Mais par contre, moi, ce que j'encourage avant la signature, c'est quand même de discuter avec le proche. En l'occurrence, je ne crois pas qu'il ait changé d'avis sur le fait de parler à sa femme avant. Ce qui m'embête un peu. Mais voilà.
- Speaker #1
Est-ce qu'il y a d'autres choses que tu aimerais qu'on aborde ?
- Speaker #0
Il y a aussi ce côté... En fait, ce que je remarque dans tout ça, c'est que même si c'est très dur de perdre un proche, moi, je trouve qu'il y a quand même aussi tellement de beauté là-dedans. C'est ce qui fait que j'aime ce métier. C'est que moi, ce que je vois, c'est qu'il y a beaucoup d'amour. Et en fait, on est très entourés. Et c'est une étape qui est vraiment difficile, qui quand même, même si on ne s'en rend pas compte avec le temps, passe. Et je retiens qu'il y a beaucoup d'amour, en fait. Je crois que c'est vraiment ce que j'aime dans ce métier.
- Speaker #1
C'est une jolie note de fin. Merci Géraldine.
- Speaker #0
Avec grand plaisir, merci à toi.
- Speaker #1
A bientôt. A bientôt.
- Speaker #2
SILENCIA JANET JANET ASSASSINÉ