- Speaker #0
Bonjour et bienvenue dans ce huitième épisode partie 2 du podcast Dans mon cours. C'est un épisode un peu spécial car il a été enregistré lors des rencontres pédagogiques de l'université PSL en juin 2026. Pour rappel, ces journées organisées par le Centre d'innovation pédagogique, elles ont porté sur comment l'IA impacte-t-elle nos façons d'enseigner et d'apprendre. Je suis Estelle Gouze et j'espère que vous avez écouté la première partie de cet épisode qui portait sur l'enquête initiée par Bilel Benbouzid, enseignant-chercheur en sociologie des sciences et des techniques, et qui portait sur l'usage de l'IA chez les étudiants. Dans cette deuxième partie, on vous propose d'écouter trois témoignages d'étudiants et d'étudiantes. Ils s'appellent Thibault, Rina et Gabriel. Ils sont tous les trois en master dans une université parisienne. Ils ont accepté de partager avec sincérité leurs usages des IA génératives et l'impact sur leur apprentissage. Sachez que pour l'interview, certains prénoms ont été modifiés. On les écoute.
- Speaker #1
Je m'appelle Thibaut, je suis étudiant en Master 2 qui s'appelle Business Transformation, qui est un master de gestion, qui forme à des métiers du conseil, de la transformation des organisations, du numérique, de l'environnemental, beaucoup l'IA aujourd'hui. Moi j'utilise pas mal l'IA, je l'utilise beaucoup pour de la rédaction, surtout, je dirais. J'ai commencé un petit peu aussi à l'utiliser pour des formats de présentation, PowerPoint, je l'utilise pour, alors un peu moins maintenant, mais parce que nos productions, nos cours, les évaluations sont plutôt des productions écrites ou orales en groupe, mais quand c'était des évaluations qui étaient sous le format de quiz ou avec un cours à retenir, je pouvais aussi l'utiliser pour résumer, faire des fiches, faire des questionnaires d'entraînement. Mais maintenant, je dirais que c'est surtout pour produire des formats écrits, mémoires, travaux de recherche, et donc pour m'aider à réfléchir et aussi à rédiger. Quand il y a un fort enjeu, je vais quand même essayer de prompter correctement, comme on pense qu'il y a la bonne façon de faire, en donnant un rôle, en donnant le maximum de pièces jointes, d'accès à des bases de données, s'il le faut ; donc vraiment donner le maximum d'informations à l'IA, lui expliquer le mieux possible la tâche, sans pour autant trop en faire pour pas qu'elle se perde dans les explications qu'on lui donne. Et sinon, dans les tâches où il y a moins d'enjeux, ce que je fais beaucoup aussi, c'est que la fonctionnalité dictaphone sur les modèles de langage est très performante, donc on peut parler pendant longtemps à l'IA. C'est pas la fonction où elle répond, c'est la fonction où juste on dicte le prompt et après on peut l'envoyer, le modifier. Donc elle comprend très bien ce qu'on lui raconte, beaucoup mieux par exemple qu'un dictaphone de téléphone où le dictaphone n'entend pas très bien certainement, etc. Et donc je dicte mes idées, la façon dont je veux qu'elle écrive, le fil de ma réflexion, etc. Et alors c'est pas très bien structuré, mais je peux lui donner tout assez vite parce qu'en parlant, on va plus vite qu'en écrivant. Et après j'envoie et j'ajuste une fois que le travail est rendu. Donc ça c'est quelque chose que je fais beaucoup parce que ça va vite et qu'en plus je suis un peu flemmard. La première raison pour laquelle j'utilise l'IA, c'est par confort, par gain de temps, aussi un peu parce que ça permet d'augmenter le travail. Ça permet de faire mieux, d'avoir accès à plus d'informations plus vite. Pour mon cas, je dirais que c'est vraiment du confort parce qu'en réalité, j'aime bien quand même, quand j'ai du temps, me plonger dans les sujets et j'aime bien produire des choses par moi-même. Les différences dans les usages entre ce qui me permet de mieux apprendre et ce qui me permet de moins bien apprendre, je dirais que c'est vraiment l'intention de départ. Si c'est un sujet qui m'intéresse, même si je suis amené à beaucoup utiliser l'IA dessus, je vais tout relire, je vais faire en sorte que c'est vraiment ma réflexion, que j'ai réfléchi au plan que je voulais faire sur un travail réflexif avec une production écrite derrière. Je vais vraiment réfléchir au plan, je vais aller remettre en question ce que l'IA m'a donné, relire toutes les sources, tout bien vérifier. Donc là, c'est intéressant parce qu'en faisant ce travail de vérification, ce travail de réflexion et de travail avec l'IA comme un assistant qui augmente mes capacités, je m'approprie quand même le sujet et donc j'en tire quelque chose. Mais souvent, trop souvent, soit pour les raisons que j'ai évoquées avant, par flemme, par confort, je ne vais pas faire tout ce travail-là de manière rigoureuse. Et donc là, en fait, c'est négatif l'impact que ça a sur mon apprentissage parce que je ne vais pas m'approprier les sujets. Je vais rendre le truc, je vais à peine regarder et voilà. Même si je regarde un peu, comme ce n'est pas moi qui aurais produit l'écrit, je n'aurais pas tiré toutes les connaissances que j'aurais pu. Et donc, c'est ça les deux différences que je ferais sur l'impact sur l'apprentissage. Et juste pour finir peut-être, il y a aussi le fait que même sur les sujets qui m'intéressent, même si j'essaie de faire cet effort et avoir la bonne intention quand je commence à travailler avec l'IA, c'est facile de se faire happer par l'outil, dans le sens où au départ, je vais dire « Ok, je vais utiliser l'IA simplement pour évaluer la qualité de mon raisonnement. » et puis, une fois, je vais tester « Ok, mais en fait, produit le raisonnement et rédige aussi, et moi, j'ajusterai si ça me plaît ou pas. » Et en fait, comme le modèle est super puissant aujourd'hui, je me dis « Mais en fait, je peux faire ça pour tout le reste du travail. » Et donc, je me fais un peu dépasser par la puissance du truc et je ne la maîtrise plus, en fait. Et donc, là, je me retrouve plus dans le cas où il y a un impact négatif sur mon apprentissage. Moi, j'ai un abonnement payant, c'est l'abonnement à Claude. J'ai beaucoup utilisé Chat GPT avant, mais aujourd'hui, Claude est meilleur. Je ne fais pas vraiment la différence, mais en tout cas, plus d'extensions, plus de possibilités. Donc, c'est ce que j'utilise. Mais je pense que ce sujet, du coup, est central aujourd'hui parce que moi, je peux me permettre de l'avoir parce que je suis en alternance. Mais ce n'est pas le cas de tous et de toutes, évidemment. Moi, je crois que c'est ça le sujet principal avec l'IA. C'est-à-dire qu'on peut réfléchir à : comment adapter l'enseignement ? Comment adapter la façon de faire cours, d'accompagner les étudiants pour s'adapter à cette transformation qui est amenée par l'IA ? Mais déjà, je pense qu'on va toujours un peu courir après l'innovation, puisque les étudiants sont très à l'aise avec la technologie, progressent plus vite que l'apprentissage. Puis il y a une inertie aussi pour adapter les pratiques d'apprentissage : il faut que tous les professeurs se réunissent, fassent des grandes réunions, qu'il y ait des chartes qui soient faites, donc ça prend du temps. Et ensuite, il y a un sujet qu'on ne pourra jamais changer, même en adoptant les pratiques, c'est le fait qu'il y a un coût qui progresse, qui est de plus en plus fort. Au tout début, Chat GPT, c'était gratuit pour tout le monde. Ensuite, il y a eu les premières versions payantes. Maintenant, il y a encore plus d'écarts entre les versions. Claude : il y a un abonnement payant, une version gratuite. Mais là, ils vont sortir un nouveau modèle qui va être payant à l'utilisation. Et donc, il y avait déjà des inégalités dans l'apprentissage, en tant qu'étudiant avant, économique, culturel, tout ça. Mais là, c'est encore pire parce qu'il y a l'inégalité économique sur qui peut se payer le modèle. Et puis, il y a aussi l'inégalité de comment l'utiliser, savoir l'utiliser qui n'est pas réparti de la même façon pour tout le monde. Je pense que c'est un sujet qui est complètement politique en réalité. L'université a besoin d'avoir des moyens supplémentaires, nouveaux, pour accompagner les étudiants dans cette grande transformation. Soit on est assez autoritaire dans la façon dont on gère la transformation amenée par l'IA, et on repasse au papier-crayon, et on voit qui en a dans la caboche, et on évalue comme ça. Mais bon, c'est pas très progressiste comme point de vue, et je ne suis pas sûr que ce soit la bonne solution, c'est un peu bête. Sinon, on s'adapte. On sait que l'IA aujourd'hui, pour tout ce qui est la technique, les outils, les contenus de cours, que ce soit en maths, en histoire, en gestion, on peut trouver ces informations-là grâce aux IA qui peuvent nous les expliquer de manière personnalisée. Donc en fait, quel est l'apport du professeur ou de la professeure à ce moment-là ? Ça peut être justement de rapporter de l'humain, de changer un peu la façon dont on envisage une matière, parce que l'IA ne le fera pas. L'IA les machinales, c'est des statistiques, donc elle présente la matière comme ce qu'elle trouve de classique dessus, ce qui revient le plus. Donc peut-être que les enseignants peuvent avoir une approche un peu décentrée, un peu différente sur un sujet, pour enlever ce côté réberbatif, et donc repiquer la curiosité des étudiants et les amener à réfléchir autrement à la matière qu'ils étudient.
- Speaker #2
Alors, moi je suis étudiante en master. Je viens de finir ma première année en management de l'innovation et donc j'entame mon année de césure et je viens d'être élue présidente de l'association Dau'IA, qui est l'association qui promeut l'intelligence artificielle au sein de la communauté étudiante. Alors moi au début, je n'étais pas du tout familière de l'IA. Quand c'est sorti, j'étais en prépa. On ne savait pas ce que c'était et on avait des discussions déjà sur : est-ce que ça va nous voler nos métiers ? Que va-t-il advenir de notre intelligence, de notre capacité de réflexion, tout cela ? Donc j'étais assez défiante tout simplement. Je voulais rejoindre une association et Dau'IA m'a intéressée, m'a plu parce que je pense que comme beaucoup de personnes de ma génération, on a une appétence vers l'outil numérique en général et un peu une fascination que mes parents n'ont pas par exemple. La rapidité, la puissance de calcul, le côté magique en fait. Moi, j'aime bien beaucoup évoquer les dessins animés. Dans les dessins animés, il y a un côté magique. En claquant des doigts, on peut inventer des choses qui n'existent pas et les outils numériques permettent ça, permettent de créer un autre monde, de créer nos avatars, de nous amplifier, de nous augmenter, comme on dit avec l'IA. Je pense que c'est ça qui nous fascine, ce côté créateur en fait. Alors l'an dernier, j'étais en licence en sciences sociales. J'utilisais très peu. Par exemple, j'avais des articles à lire et j'avais des questions auxquelles répondre. Je répondais moi-même aux questions, je faisais l'effort de lire l'article, l'effort de chercher à répondre. Mais parfois les articles étaient compliqués, donc j'utilisais l'IA en complément pour voir ce que je n'avais pas compris. Et cette année en master, mon utilisation a totalement changé parce que j'ai rencontré des personnes qui l'utilisent massivement et intelligemment aussi, qui ont montré la puissance pour faire des prototypes, des maquettes de sites internet, trouver des idées aussi, nous challenger en fait, on utilise l'outil pour nous challenger et donc je me suis prise aussi au jeu de l'utiliser pour gagner du temps en fait dans des tâches rédactionnelles ou pour faire des prototypes. J'ai une amie il n'y a pas longtemps qui m'a dit, quand elle écrit son prompt, elle demande à faire le moins d'efforts possible. Elle lui dit, j'ai envie de faire ça, j'ai pour tel cours, j'ai telle consigne, donne-moi le chemin le plus court, le chemin le plus facile et je suivrai tes instructions. Après, moi je suis moins fan de cette idée de totalement déléguer, mais au moins la machine donne les étapes par étapes et c'était marrant parce qu'elle me disait "comme un robot, je suis les étapes que Chat GPT m'a données sauf que c'est lui le robot". Bon, voilà, ça c'est une possibilité. Moi j'aime bien faire des prompts très détaillés, de l'idée précise du besoin précis que j'ai. Pour moi, ce que l'IA me renvoie, c'est toujours un premier jet que je modifie à ma guise, que j'adapte, que j'améliore, mais toujours avec beaucoup de détails. L'usage qui fait moins réfléchir, c'est quand on recopie sans se poser de questions, alors que l'IA hallucine, il y a plein de biais. Et juste quand on ne vérifie pas, quand on ne prend pas la peine de vérifier si l'information correspond, si telle personne a bien dit dans tel ouvrage cette citation-là, c'est là où on a tendance un peu à s'y perdre dans le fact-checking, vérifier ce que l'IA dit. Moi, je viens d'un background en sciences sociales. Et en sciences sociales, les enseignants étaient défiants vis-à-vis de l'IA et nous posaient un veto. Ils nous disaient, n'utilisez pas l'IA, réfléchissez, lisez les articles, répondez aux questions par vous-même. Alors que maintenant, en gestion, ce n'est pas du tout la même approche. En fait, ce n'est pas aussi le même profil d'étudiant, pour être honnête. Et donc, ils nous invitent à utiliser l'IA, mais à toujours être transparent dans notre manière de l'utiliser. C'est-à-dire qu'ils ne nous l'interdisent pas, mais ils nous disent juste de préciser comment on l'a utilisé, quels gains ça nous a procurés. Et ils nous apprennent aussi à anticiper ce futur de cette transformation du travail et maîtriser les outils. Et c'est aussi gagner des compétences qui nous apporteront quelque chose pour notre employabilité. Par rapport aux craintes, en tant que future jeune diplômée, c'est quelque chose qui est variable, qui est variable d'un jour à l'autre, qui est variable d'une rencontre à l'autre. Et en fait, c'est ça que révèle l'IA, ça révèle nos failles humaines et on se rend compte que tout le monde est perdu et qu'il n'y a pas de vérité. Moi, j'ai compris récemment qu'il fallait que je trouve ma constance dans l'inconstance. C'est-à-dire que le monde est inconstant, tout change et je n'ai pas la maîtrise sur cette inconstance-là. En revanche, j'ai la maîtrise sur moi-même. Et donc, moi, j'essaie de nourrir mon adaptabilité, mon sens autodidacte. Et donc, je n'ai plus peur parce que j'ai compris que je n'étais pas seule et qu'on y va collectivement, en fait, dans cet inconnu-là, dans cette transition-là. Et aussi, j'ai d'autres compétences, en fait. Si un jour, le monde s'effondre, entre guillemets, c'est vraiment extrême comme vision, je n'aurais pas peur parce que je sais que je pourrais être ouvrière, je pourrais être agricultrice. Ce n'est pas quelque chose qui me fait peur de revenir à une autre forme de travail. Et donc, je relativise beaucoup, mais j'ai espoir en fait. Surtout que les rendus de l'IA sont décevants et il y a la perte de l'imperfection humaine. Et je pense que la beauté réside dans l'imperfection. Moi, j'aimerais que l'université réduise les inégalités entre les élèves. Parce qu'il y a des inégalités d'accès aux outils, de connaissance des outils, même économiques. Il y a certains abonnements qui sont payants. Parfois, on se sent perdu. Il y a trop de laisser-faire. Et moi, j'aimerais juste qu'il y ait un cadre qui soit posé et qu'il y ait une IA, un LLM, qui soit produit en France, dans des infrastructures européennes pour maîtriser l'outil à l'université et en faire une force collective. En fait, c'est le collectif qui nous sauve finalement. Sinon, on va juste creuser des inégalités et c'est terrible. Donc, j'aimerais juste que l'université remette l'humain au centre et nous reconsidérer comme des étudiants qui ont un besoin et pas comme des individus autonomes qui sont capables d'aller chercher eux-mêmes la technique, l'information. En fait, on est là pour apprendre et parfois j'ai ce sentiment qu'on est juste laissé, qu'il y a le rendu qui compte, mais le reste du temps, on est laissé seul et il faudrait aller contre ce modèle-là. Je ne sais pas ce que ça veut dire aujourd'hui d'être professeur. Enfin pour moi l'enseignement, c'est la transmission. Et c'est la transmission de compétences humaines, de valeurs humaines, en fait. Et je pense que le conseil que je donnerais aux professeurs, c'est soyez humains, transmettez-nous des valeurs, des choses qui font sens. Essayez d'endiguer cette course à la performance, cette course à toujours plus d'argent, toujours plus de production. Parce qu'au fond, elle n'est pas viable. Donc il faudrait juste replonger dans les fondements de l'éducation, en fait. Ce que je trouve intéressant avec toutes ces discussions et toutes ces questions que nous pose l'intelligence artificielle, c'est qu'en fait, pour la première fois, des professeurs, donc les sachants, ne savent pas. Et il y a un côté un peu fascinant à ça, parce qu'en tant qu'étudiant, on n'a jamais autant été écouté, on n'a jamais été autant invité. Et je trouve ça intéressant parce que ça vient casser, en fait, des fonctionnements, des routines qui existaient depuis que l'université existe, je pense. Donc ça vient un peu mettre un coup de pied dans la fourmilière et on sent qu'on a quelque chose à protéger, en fait, et comment on va le protéger. Et oui, c'est ça, juste ce paradoxe du sachant qui ne sait pas. Et comment l'apprenant peut aider le sachant ? Et moi, c'est ça qui m'intéresse dans ce débat-là et c'est pour ça que je m'y engage comme je le fais.
- Speaker #3
Je m'appelle Gabriel et je suis étudiant en Master 2 en Management dans une formation en alternance. Alors mon rapport à l'IA, c'est un rapport quand même de base assez étudiant on va dire, parce que c'est une technologie que ma génération on a vu vraiment arriver dans un contexte où on était en âge de la comprendre et de l'utiliser, surtout dans nos études. Donc on a connu un peu les premiers modèles qui hallucinaient beaucoup, qui n'étaient pas très précis. Jusqu'à maintenant, Claude est capable de faire absolument tout avec une qualité assez remarquable. Moi, je suis assez curieux sur tout ce qui est technologie. J'essaie d'aller, de comprendre, de m'intéresser, de m'instruire sur tous ces sujets-là pour les manipuler au mieux, que ce soit au travail, dans le perso, toujours dans les études. J'ai un rapport plutôt bon et c'est quelque chose qui m'intéresse et qui m'épate surtout. Dans le cadre des études, je dirais qu'il y a un peu deux utilisations. Il y a l'utilisation bête et méchante : j'ai un rendu à faire pour l'école et je lui mets les consignes, les documents du cours, des photos, des éléments, et fais le travail. Ou alors, si c'est un travail de groupe, fais ma partie, etc. C'est à peine si de un, je lis ce que je lui mets et je lis ce qu'il m'envoie. Et après, il y a le travail du mémoire, où là, j'ai essayé de faire un peu l'effort de comprendre ce que je faisais et de vraiment mettre au maximum à profit l'intelligence artificielle dans mes travaux de recherche avec notamment un peu d'agentique et un peu de structure de données pour maximiser. C'est ce que l'IA peut apporter dans un travail de recherche et c'est surtout ça qui est très intéressant. Donc voilà j'essaie vraiment de jouer sur un périmètre assez large. Les raisons, il y en a des saines et des malsaines. Les malsaines, c'est que la flemme. Parfois, le cours, je n'ai pas écouté, donc à la fin du semestre, quand il faut faire le rendu, il faut bien rattraper le retard. Et l'IA rattrape beaucoup plus vite que moi. Il y a ça, il y a aussi ce qui va avec la flemme, c'est un peu la facilité, c'est que c'est beaucoup plus facile dans le système de notation qu'on a actuellement, c'est beaucoup plus simple de faire un rendu avec l'IA plutôt que de faire un rendu soi-même, dans la mesure où très peu de différence sera faite. Et que le but c'est de valider. Donc ça c'est une des raisons qui motive un des usages dont je t'ai parlé. Et une autre raison c'est aussi la curiosité. C'est que moi j'aime beaucoup la technologie. C'est un outil absolument révolutionnaire qui est captivant. L'utilisation elle diffère pas tellement selon les matières, même si dans le fond c'est lié, mais surtout selon le rendu qui est attendu dans la matière. C'est-à-dire que si le rendu, c'est vraiment une présentation ou un document écrit, l'usage, ça va être un peu ce que je te disais tout à l'heure, le prompt de 4 km de long avec tous les documents, etc., et on balance. Versus, (j'ai fait un peu de maths aussi avant le master, où là on faisait pas mal d'informatique aussi) où là il fallait coder, donc là l'IA code pour toi, mais tu restes quand même maître de la réflexion, de l'architecture du code, etc. ; et des rendus papiers, où là il faut que t'intègres des principes, des méthodes, que tu sois vraiment capable de le faire tout seul. Et là l'IA ça peut être un très bon vecteur d'apprentissage, dans le sens où elle peut te faire des fiches, elle peut te questionner, elle peut te faire des templates un peu d'annales. En ce qui me concerne, je l'ai utilisée de plusieurs manières différentes. Et à chaque fois, j'ai rarement été déçu, si ce n'est au tout début. Ce qui fait qu'on ne l'utiliserait pas, c'est le prof qui dit pas d'ordinateur et au partiel, le papier stylo. Parce que sinon, peu importe le type de rendu, je trouve que ça va nous aider dans tous les sens du terme, que ce soit apprendre ou juste faire le travail à notre place. Donc quoi qu'il arrive, je me servirais de l'IA. Le seul moyen de ne pas m'en servir, c'est vraiment qu'on m'en empêche de manière stricte. Je trouve que dire que l'IA c'est de la triche, en fait c'est un peu comme quand on était petit et qu'il y avait un exposé à faire au CM1, et qu'on trouvait un livre ou un site internet où il y avait vraiment la réponse marquée à notre question. On avait l'impression d'avoir trouvé une mine d'or, et d'avoir complètement bypass le truc, mais c'était pas de la triche, parce qu'on avait utilisé des livres, etc., et que c'était ok. Donc là, j'estime que c'est pas de la triche, parce que c'est une ressource qu'on a le droit d'utiliser, et qu'il est légitime d'utiliser, dans le sens où les études, c'est censé nous préparer au travail, et tu peux pas arriver sur le marché du travail en disant « bah non, j'ai jamais utilisé l'IA, parce qu'on me l'a toujours interdit » . Donc j'estime que c'est pas de la triche, mais par contre, il y a un décalage entre le système pédagogique actuel, et les ressources qu'on a maintenant dans le sens où, bah oui, utiliser l'IA pour certains travaux qu'on peut avoir à faire, c'est facile, c'est pas de la triche, parce qu'on a le droit de le faire, mais effectivement ça rend la chose très simple. Donc c'est pas vraiment de la triche, c'est plus que les modalités d'évaluation et les modalités pédagogiques sont pas encore adaptées partout à ces nouveaux outils-là. Je trouve que l'IA, dans le rapport élève-prof, ce que ça complexifie, c'est que ça met vraiment sur le devant de la scène l'attention et l'intérêt des élèves. C'est beaucoup plus dur de garder captivés des étudiants qui sont tous devant leur ordi et qui savent qu'ils pourront bâcler la matière en 20 minutes à la fin du semestre. Donc peut-être qu'il faut apporter, je ne sais pas, un peu de gamification aux matières pour essayer de garder les élèves impliqués tout le long du semestre. Peut-être qu'il faut aussi changer les formats des cours pour ancrer un peu les cours dans l'actualité. Les jeunes aujourd'hui, j'ai l'impression qu'on se soucie quand même beaucoup de notre condition, de notre avenir. Peut-être que faire des cours dans un contexte qui nous tient à cœur, ça peut nous garder intéressés. Mon conseil, ce serait de vraiment repenser la conception des cours et les modalités d'évaluation pour nous garder "in" dans le train le plus longtemps possible. Parce que si le cours commence et que c'est direct PowerPoint slide, Top down, cours magistral, là c'est sûr que ça ne donnera rien.
- Speaker #0
Merci à Thibaut, Rina et Gabriel d'avoir accepté de raconter leur expérience. Bien qu'ils ont des usages parfois différents, tous soulèvent une question centrale : l'égalité d'accès à ces outils. Dans une période où la précarité des étudiants est un problème majeur, le coût d'abonnement à ces outils pourrait à l'avenir créer des inégalités d'accès. Merci à tous de nous avoir écoutés. Merci à Iseo Furudoï pour la réalisation, le montage et le mixage. C'était Dans mon cours. N'hésitez pas à partager ce podcast et à bientôt pour un prochain épisode.