Speaker #1Bonjour, je m'appelle Matthieu Mazière. Je suis directeur des études à l'École des Mines de Paris, en charge du cycle ingénieur civil, qui est la formation la plus importante en termes de nombre d'étudiants et celle qui est la plus connue. Il y a 800 élèves à gérer, répartis sur quatre années, parce que maintenant ils font tous une césure. Donc ça fait beaucoup, beaucoup de monde, et ça représente un nombre d'heures de cours et d’enseignants mobilisés assez conséquents, tout en restant de taille raisonnable pour une école d'ingénieur. En parallèle de ça, ou en complément, et pour ce qui est ma formation et mon métier initial, je suis enseignant-chercheur en mécanique et en sciences des matériaux au sein de l'École des Mines. Je travaillais au centre des matériaux, qui est un laboratoire de recherche d'excellence, qui est situé à Satori, sur un des campus de l'école. Et j'enseigne du même coup à un certain nombre d'élèves, essentiellement en première et en deuxième année du cycle ingénieur civil, en mécanique, en matériaux, dans des cours, des projets, des TD. Et ça par contre, c'est vraiment quelque chose qui me tient à cœur, pour ne pas juste être responsable de formation, un peu déconnecté des réalités du terrain de l'enseignement. Donc un des plans stratégiques de la fin des années 2010 est qu’il y a eu une demande du conseil d'administration de procéder à une refonte en profondeur du cursus, essentiellement pour tenir compte d'un certain nombre d'enjeux, je vais dire émergents, mais c'était déjà clairement présent, comme par exemple les questions de transition environnementale, le développement du digital dans l'industrie et les enjeux autour de la santé liés au vieillissement de la population. Cette refonte a démarré en septembre 2018, je dirais, sur un mode projet assez classique, c'était piloté par Frédéric Fontane. Il l'a mené, principalement, sous un format, en faisant des groupes de travail, dans lequel on impliquait des professeurs principalement, et un certain nombre d'élèves qu'on venait consulter. Il a décidé, et c'était assez habile et astucieux, de dire, pour vraiment impliquer et les élèves et les alumnis, et de proposer à trois élèves, deux qui venaient de sortir et de terminer le cursus, et un qui était en année de césure, de s'occuper de monter pour un samedi du mois de janvier 2019 une journée de hackathon pédagogique, dans laquelle on proposerait à des élèves en cours de cursus, des élèves récemment sortis et ayant récemment fini le cursus, et des professeurs de l'école, plus un peu de personnel administratif, de venir passer une journée dans l'établissement pour réfléchir sur un certain nombre de sujets prédéfinis. Avec ce mode hackathon qui finalement apporte autre chose, puisqu'il y a le côté un peu encapsulé, on se retrouve à 9 ou 10 heures du matin autour d'un café, et à 20 heures le soir, il faut qu'on ait produit quelque chose et terminer notre réflexion. Il y a ce côté un peu commando qui marche bien, qui est un bon outil de motivation pour trouver des nouvelles idées un peu originales. Donc ça a eu lieu fin janvier 2019, et ça s'insérait à un moment du projet de refonte qui était plutôt bien pensé puisque ça faisait déjà un an qu'il y avait eu un bon cadrage des objectifs de la refonte, mais on n'était pas arrivé au bout de la phase de proposition, et il fallait en même temps démarrer le nouveau cycle en septembre 2019 donc six mois plus tard. Ça a permis un petit peu d'amener des idées originales. L'exemple qui me vient à l'esprit c'est typiquement sur l'apprentissage des langues. Il y avait une proposition concrète qui avait été de dire que les langues peuvent s'apprendre au fil de l'eau, mais ce qui marche quand même aussi très bien, c'est l'immersion de temps plein sur une période plus longue. Et donc il y avait vraiment, je me souviens, des débats en interne à cette époque-là entre les partisans de « on reste sur ce format », que je vais qualifier de scolaire mais ce n’est pas péjoratif, « où j'ai cours d'anglais tous les mardis matin » et un format où je prends toutes ces heures-là, je les concentre et je fais une semaine et demie ou deux semaines d'anglais temps plein en début, en milieu ou en fin de semestre. Il y avait vraiment les deux blocs qui un peu s'affrontaient. Enfin, s'affrontaient gentiment, c'est du débat pédagogique. Et à la fin, le compromis qui a été proposé, parce que ça paraissait compliqué de toute façon d'aller vers la semaine complète, c'était de se dire, on va garder le format un peu étalé, qui a aussi ses avantages. Par contre, on rajoute un stage de langue d'une journée intensive, en début d'année, qui permet en plus un peu de se rôder, de vérifier si on est dans le bon groupe de niveau, de voir si c'est vraiment la bonne langue qu'on veut, de découvrir son prof et de s'acclimater. Et pareil, à la fin, sur la dernière semaine, on fait un stage de langue, mais là qui avait plutôt vocation à faire de l'ouverture culturelle. Donc c'est-à-dire, si on fait de l'espagnol, on va en profiter pour aller visiter un musée dans lequel il y aurait une exposition spécifique qui va être liée à la culture hispanique, tout en espagnol, avec l'accompagnement du prof. Et donc voilà, il y a un peu un compromis comme ça qui a été fait. Parce qu'en fait, bon, alors après, si on va plus en détail sur la mise en place d'innovations pédagogiques, l'amélioration continue et la modification de maquettes. Il ne faut pas imaginer pouvoir faire un reset régulier. Même là où ce qui était une énorme refonte en 2019, on n'a pas fait un reset complet. On a repris des éléments qui existaient. Forcément, c'est beaucoup trop chronophage et contraignant de tout casser pour repartir à zéro. Donc, il faut de toute façon réactualiser. Et ça, c'était un peu l'idée des hackathons. C'est que c'est vraiment le mode think tank : c'est des idées qui sont là, on sait qu'elles sont disponibles, et quand l'opportunité va arriver en face, parce qu'il faut créer un nouveau module qui a une place disponible, on le ressort et puis on le dépose sur la table à ce moment-là. Et d'ailleurs, au final, en 2019, on l'avait fait en simultané avec un passage à venir de la CTI, la commission des titres ingénieurs, tout arrivait un peu en même temps. Et je pense que ce n'est pas ça la bonne idée. Je sais que les masters, ils ont des maquettes, par exemple, qui sont figées pour cinq années, puis après, il faut qu'ils reposent un projet, etc. Et je pense que nous, on a pareil avec la CTI, mais que la bonne temporalité, c'est de se mettre à mi-parcours, en fait. Si on doit faire ce genre de choses un peu... Parce qu'il n'y a pas d'attente de résultats particuliers. C'est vraiment plutôt pour produire des propositions qui seront utiles et disponibles au moment où on va être dans le rush et que trois ans plus tard, il faudra déposer la nouvelle maquette du master ou faire valider par la CTI des nouveaux éléments. Ils passent dans les établissements tous les cinq ans pour faire un audit et suite à quoi ils remettent un avis qui, derrière, si tout va bien, permet de donner le titre d'ingénieur pour les cinq années qui viennent. Ils émettent des recommandations de différents types, de différents ordres. On doit se conformer à un cahier des charges qui est unique, qui vérifie le nombre d'heures de formation, la répartition entre les disciplines. Et notamment, il faut qu'il y ait un minimum de cours en sciences humaines et sociales, il faut qu'il y ait un minimum de TP, il faut qu'il y ait un minimum en termes de semaines de stage. Et voilà, ils vérifient un petit peu tous ces équilibres-là. Ils regardent aussi des éléments plus structurants de l'école : est-ce qu'elle s'est positionnée sur les questions environnementales ? Est-ce qu'elle s'est positionnée sur l'international ? Est-ce qu'elle fait bien de la recherche ? Il y a tout un cahier des charges qui est assez complet. Et il y en a un, un peu spécifique qui est : quel est le système qualité que vous avez en place ? Et donc ça, ils préconisent des choses. Il faut qu'on ait un conseil de perfectionnement. Nous, on le fait quatre fois par an, mais il faut au moins qu'il se réunisse une fois par an. Et dans lequel il y a toutes les parties prenantes. C'est-à-dire les élèves, les enseignants. les employeurs, les recruteurs au sens large. Et puis après, en dessous, on le redécline. On le redécline avec, nous, un système qui est plus exigeant que ce qui est demandé par la CTI puisqu'on va avoir, par unité d'enseignement, donc il y en a une quinzaine dans le cycle, un comité ad hoc qui se réunit une fois par an pour essayer d'améliorer les choses d'une année sur l'autre. Et pourquoi je parle de ça ? Parce qu'en fait, ce qu'on a remarqué, c'est que ce système à deux niveaux, globalement, il fonctionne bien pour faire de l'amélioration UE par UE. Genre, mes cours de maths d'une année sur l'autre, je vois que cette partie du cours ne passe pas bien, il va falloir l'étoffer un peu. L'autre, par contre, ça fonctionne bien, on en fait presque trop donc on enlève un bout. Le problème qu'on a, c'est que le comité pédagogique est trop gros pour traiter des éventuels regroupements thématiques sur une année, toutes les UE de sciences, par exemple. Et UE par UE, on n'a pas forcément les échanges avec les uns. Et donc le hackathon, lui, vient un peu résoudre ce problème-là en disant qu'on peut se mettre un peu au niveau intermédiaire entre les deux. Il faut voir que nos élèves, donc ceux qui font tout le cursus en entier, ils font la première année, la deuxième année, et après ils partent une année en césure, pour la plupart en stage. Ils vont découvrir des secteurs d'activité, ils vont découvrir des pays, travailler dans des grands groupes, des start-up, dans le public, dans le privé, en recherche, en choses beaucoup plus appliquées, enfin voilà, ils vont un peu se balader. Et quand ils reviennent en troisième année, ils ont déjà une bonne connaissance pour la plupart de ce qu’est l'écosystème du monde du travail. Et donc ils sont assez, pas exigeants, mais challengeants sur vos contenus « Attends, moi, j'en reviens, ce n'est pas ça dont il y a besoin », « Il faut faire plus de ci, plus de ça ». Et c'est vrai qu'on a chaque année, les troisième année, qui ont une belle maturité là-dessus. Pour des élèves de M2, ils connaissent et ils savent déjà un petit peu qu'est-ce qui leur paraît pertinent, mais non pas par des représentations, mais parce qu'ils ont vraiment passé 12 mois dans des entreprises et qu'ils ont pu voir un petit peu en détail quelles étaient les compétences dont ils avaient besoin, pour quelqu'un qui est ingénieur et qui débute. Ça ne veut pas dire qu'ils sauront dire ce qu'il leur faut dans 20 ans. Et ça, je pense que c'est un vrai sujet. Mais à court terme, ils ont une bonne vision de ce qu'il leur faut. Et donc, ils nous ont pas mal challengé en disant « mais là, par exemple, sur la transition, vous n'êtes pas à la page », « c'est comme ça que ça se passe dans les entreprises », sur les questions d'organisation, sur plein de sujets comme ça. On avait une promo qui disait « c'est sympa ce qu'on fait en troisième année, mais ça pourrait être encore mieux. Il faut que vous amélioriez tel ou tel point ». Et donc on les a pris un peu au mot et on a dit, écoutez, si vous voulez, là, finissez votre cursus, puis après on fait une journée où vous venez et puis on en discute. Donc on a profité pour un peu les sonder comme ça en off, c'est-à-dire c'est quoi les sujets qui seraient intéressants pour vous de votre point de vue. Il y a aussi la direction de l'école, son codir (codirecteur) et un peu toute l'équipe qui a proposé d'aborder certains sujets. PAUSE. On a convergé au final sur six items pour ce hackathon-là, en disant que pour 2026, un peu sur la même philosophie que 2019, on ne peut pas tout aborder. Il faut que ce soit des thèmes un peu transverses, sinon ça revient à faire réfléchir une UE par une UE. Et il faut que ça nous permette d'avoir un impact sur le cursus à moyen terme. L'idée, c'était de travailler sur un certain nombre de thèmes. Et pour chacun des thèmes, il y avait deux animateurs qui avaient désignés, enfin qui s’étaient portés volontaires au préalable, et qui étaient en charge d'animer des groupes de travail de 6 à 10 personnes sur les thèmes en question. Et l'idée, c'est de basculer entre des moments où on est en petit groupe et on réfléchit, et des moments de mise en commun. Et donc là, le matin, il y avait un travail en petit groupe sur les états des lieux, thème par thème, où en petit groupe, ils réfléchissent, ils font une synthèse, qui est suivie par une restitution sous forme de pitch, deux minutes par groupe, par GT (groupe de travail), devant les autres, pour venir présenter. Ensuite, on fait une pause, on va manger. Et l'après-midi, on refait pareil. Une heure et demie à deux heures de travail en GT sur « Et maintenant, quelles sont nos propositions ? », qui sont suivies par une synthèse un peu générale de la journée. Et tout ça est mis ensuite dans un document unique, et on est en train de le consolider pour le diffuser au niveau de l'école et que tout le monde puisse y avoir accès. Du coup, sur les six groupes de travail qu'on a mis en place et les six thèmes, il y en avait deux qui étaient très disciplinaires. C'était tout ce qui était autour d'un contenu scientifique de base, les maths, les physiques : la mécanique, l'énergie, les matériaux, tout ce corpus-là, on les met ensemble, parce qu'à cause du silotage par UE, ils ont peu l'occasion finalement de discuter entre eux alors qu'ils ont les mêmes problèmes et qu'ils sont confrontés aux mêmes difficultés. Et notamment des difficultés en termes d'évaluation, « est-ce qu'on fait encore de l'évaluation scolaire, est-ce qu'on fait de l'évaluation par mode projet ? Mais si on fait du mode projet, est-ce qu'on le fait à la maison, est-ce qu'on le fait à l'école ? Sachant que le mode projet à la maison, de plus en plus, ça va être l'IA qui va répondre. Donc comment on résout le problème là ? Est-ce qu'on revient vers du mode scolaire, mais qui ne plaît pas trop aux élèves ? ». Donc plein de questionnements. Et l'idée, c'était de se dire, vous avez les mêmes questions, réfléchissez ensemble. Je parle « vous » au sens les profs de ces différentes matières. Le deuxième item, un peu dans le même style, mais quand même différent, c'était tout ce qui était sciences humaines, économiques et sociales, qui est une composante de longues traditions à l'école. Il y a des cours de droit depuis le milieu du XIXe siècle. Et ce contenu-là, il est pareil, il est dilué sur les trois années. Il demande à être bien concerté entre ce qui est fait en droit, en économie, en gestion, en sociologie, que ce soit complémentaire. « Qu'est-ce que vous pensez ? Est-ce qu'on a bien équilibré ? Est-ce qu'on met suffisamment de telle ou telle discipline ? » Il y a systématiquement une dimension qui apparaît et qui, pour moi, dans les écoles d'ingé, mais même au sens large, en fait, sur l'éducation, je pense que ça commence dès la maternelle, en fait. Quel est l'équilibre qu'on met entre théorie et pratique ? Et ça, c'est une question qui peut s'étendre à tout type de module, de tout cycle, partout. Pourquoi ? Parce qu'en fait, si on fait quelque chose de très pratique, ça, ça ne marche pas à la maternelle, mais on va aller vers des compétences d'employabilité. Je vais regarder ce qu'utilise comme logiciel, à l'heure actuelle, je ne sais pas quelle entreprise qui recrute beaucoup de mes élèves, et je vais les former à ça. Et parce que ça me semble pertinent à l'instant T. Mais si demain le logiciel disparaît, mon élève a appris quelque chose qui ne lui sert plus à rien, et s'il n'y a pas des compétences de niveau un peu supérieur, comme la capacité d'auto-apprendre par lui-même d'autres logiciels, en fait, il sera beaucoup moins employable à ce moment-là que celui qui aura appris autre chose. Je donne souvent l'exemple de l'informatique : si on se concentrait sur ce qu'ils font en stage, on leur ferait des cours d'Excel et de PowerPoint. Mais je pense que c'est une mauvaise idée. Je pense que c'est beaucoup plus pertinent de leur apprendre le Linux, le plus de base possible au début, du moins. Parce que derrière, ils sauront déployer ses compétences informatiques sur n'importe quel logiciel. Et donc voilà, il faut un peu doser ça pour toutes les disciplines. Et doser ça, voulant dire qu'on ne peut pas faire que des cours uniquement théoriques ou que appliqués. Il faut trouver le bon point d'équilibre, mixer un peu les deux, sachant que lié à ça, il y a la question de la motivation, et qu'outre le fait de se dire « je veux apporter telle compétence » , il y a aussi l'adhésion que vont avoir les élèves à ce qu'on leur propose. Il faut jouer sur les deux dimensions. Donc les SHS (sciences économiques, humaines et sociales), l'autre point qui était super important, c'était l'histoire des stages. Comment, en fait, on raccroche ces contenus en sciences économiques, humaines et sociales avec le suivi et l'accompagnement des trois stages qu'il y a dans le cursus, notamment le premier qui est le stage exécutant, où les élèves passent un mois en position non-managériale et non-ingénieur justement. Et donc comment on apporte des contenus à ce moment-là, qui est leur première découverte de l'entreprise. En deuxième année, où ils vont à l'international découvrir une entreprise qui n'est pas française, donc avec des codes différents et tout ce qui va avec. Puis en troisième année, le stage de sortie qui est un peu la préparation à l'emploi. On s'est rendu compte sur ce GT qu'on avait visé trop large. Parce que si on met des thèmes trop gros en disant « Allez, comme ça, tout le monde va pouvoir y trouver son compte » , à la fin, ça fait un gros yaourt, qui est intéressant en soi. Mais là, ce qu'on a ressorti surtout, c'est le fait qu'il y a tellement à manger dans ce GT-là qu'on va sûrement derrière les faire réfléchir en trois étapes. Le troisième item, c'était autour… Celui-là, c'est encore pire. C'est autour de l'IA. L'IA, là, la conclusion du rapport, c'est qu'il faut qu'on refasse un hackathon que là-dessus. C'est encore un autre niveau. Le sujet est tellement vaste, tellement nouveau, tellement compliqué, touche tellement à tout, qu'on pense très certainement, alors peut-être pas l'an prochain parce que c'est long à organiser, mais je pense que d'ici deux, trois ans, on va essayer de monter quelque chose de spécifique, une journée qui se concentrait que là-dessus. Le rapport qu'ont produit les élèves de jour J est super, mais ça mérite d'en faire quelque chose dédié parce que, d'une, ça émerge à une vitesse effrayante, qu'il y a une documentation à consulter pour essayer de voir un peu ce que tout le monde a pu dire, lire, penser là-dessus, qui est monstrueuse, et que ça demande de prendre le temps peut-être d'en faire quelque chose de dédié. Le quatrième (item), c'était autour des questions de transition environnementale et énergétique, et on a mis les questions autour de la santé aussi dedans. L'anthropocène…, on a un peu adopté l'approche « One Health » qui est proposée par l'Organisation des Nations Unies qui dit « santé de la planète = santé des individus = la santé humaine ». Et regardons ce qu'on doit enseigner à nos élèves, à quoi on doit les préparer. Moi, je reste persuadé que ça doit rester le pilier central du cursus, qu'après, on continue à bien réfléchir à ce qu'il faut faire sur le numérique, sur la souveraineté, les risques, les crises, bien sûr, mais ça, c'est un peu le pilier central. Alors justement, le 5, c'est autour des questions justement souveraineté, risque, crise, qualité, comment former dans un monde incertain, et comment former à l'incertitude les élèves. Alors ça, pareil, on avait monté un cours qui s'appelle « Imaginez les crises » , qui est un hackathon, mais là, que font les élèves. Donc c'est pendant trois jours à la fin de leur cursus. Et l’idée c'est comment maintenir ça, le développer, le déployer. Voilà, qu'est-ce qui manque dans la maquette là-dessus. Et puis le dernier, parce que ça fait déjà une bonne liste, le sixième. C'était très spécifique pour la peine à l'École des Mines. C'est lié à l'organisation de notre cursus de notre deuxième année, où il y a un jonglet entre vie étudiante et vie associative, apprentissage, et en dehors de l'école, comment on valorise ça, comment on accompagne ça. Donc ça c'est tout ce qui est autour de l'engagement étudiant, dans lequel on vient rajouter les mobilités, c'est aussi là où se font la plupart de nos mobilités, et enchaîner sur la césure, qui est encore un troisième item, qui vient en général à la suite, mais qui peut avoir des impacts sur la deuxième année, parce que si on se lance dans un double diplôme, ça a des conséquences. Et donc celui-là, c'est très interne. C'est-à-dire qu'en gros, il faut déjà connaître très bien le cursus pour pouvoir savoir de quoi ça parle. Mais par extension, la partie qui serait peut-être duplicable, c'est celle autour de l'engagement étudiant dans la thématique, et notamment comment reconnaître, et ça pareil c'est une problématique plus générale, éducative, comment je reconnais les apprentissages non formels et informels, dans une approche compétence qui permet de les mettre en valeur. Voilà, ça fait une bonne liste quand même. PAUSE. Concrètement, ce qu'il faut bien voir, c'est que quand on fait ce genre de hackathon, Il faut à la fois motiver les gens en disant « ça va servir, vous ne réfléchissez pas pour rien », le but du jeu c'est quand même que ça produise quelque chose. On ne vous fait pas juste venir pour boire des cafés et discuter, sinon c'est vite démotivant. Donc il y a une promesse d'impact. Et par contre, il ne faut pas non plus, pour les gens qui ne peuvent pas participer, qui ne sont pas là ce jour-là, il ne faut pas non plus faire croire au reste du monde que tout va se jouer à cet endroit-là. Parce que, moi je l'ai bien précisé, mais il y a quand même des gens qui dans la communauté de l'école des mines, étaient persuadés que tout se jouait ce jour-là et qui m'ont envoyé des mails deux jours avant en disant « Oui, je ne peux pas être là, mais comme je tiens absolument à ce que mon avis soit pris en compte, voici ce que je préconise. » 60 lignes, j'ai dit « Non, ne vous inquiétez pas, il y aura d'autres moments, on va vous reconsulter, ça reviendra. » Donc voilà, il y a un équilibre, on voit un impact, mais ce n'est pas là où tout se joue. Nous, le choix qu'on a fait, c'est de dire que les groupes de travail servent à décoder le cahier des charges initiales, qui était celui-là que j'ai fait un peu en accéléré, à commencer à faire des premières propositions et surtout à nous dire, mais maintenant, si on veut avancer concrètement, comment on s'organise ? D'où l'idée de certains groupes qui ont proposé de se re-spliter (reséparer) en plusieurs groupes, l'idée d'autres groupes qui ont proposé de créer un hackathon dédié en disant, là, le sujet est trop vaste, il faut qu'on rediscute dessus. D'autres groupes qui ont dit, bon, maintenant, on se met en mode plus classique groupe de travail, et on réinvite tous ceux qui souhaiteraient rejoindre. Alors, une fois que j'ai dit ça, je n'ai pas parlé propositions. Qu'est-ce qu'on a d'un peu concret ? Comme on a demandé quand même de faire des propositions, l'idée c'était vraiment d'organiser en deux temps, le matin état des lieux, l'après-midi proposition. On a quand même des choses qui ont émergé. Mais encore une fois, là-dedans, il faut trier et surtout dégager celles qui sont les plus intéressantes, les poser sur l'étagère et se dire, voilà, quand il va y avoir une opportunité de modification, on pourra en tirer profit. Donc à titre d'exemple, un cours autour de la géopolitique, géostratégie, c'est venu du côté du GT sur les sciences humaines et sociales, c'est venu dans le cours des risques et des crises. Il y a même eu une proposition côté vie étudiante, le GT6. Donc il y a trois GT qu'on a parlé. Il se trouve que j'ai un vide à combler en troisième année. Bon, à priori, on va essayer de pousser par exemple cette idée-là. Mais je reviens encore sur cette idée qu'il faut faire correspondre des opportunités qui vont arriver à un moment donné, ou qu'on sent possible, parce que le cursus peut être remodelé sous cette forme-là. Et puis ces idées qui sont proposées dans ces hackathons-là. Ce qui est intéressant aussi, c'est de refaire des enquêtes pour les faire valider un petit peu. Parce que là, il faut rester humble. On a consulté 60 personnes, dont un tiers, un tiers, un tiers élèves alumnis, profs. Donc ça ne fait pas non plus des quantités qui sont si représentatives que ça. Donc il faut doubler ça avec des enquêtes, des petits questionnaires à faire remplir par les différentes promos pour savoir un petit peu qu'est-ce qui peut ressortir. Moi, ce que je trouve intéressant, c'est que ça permet de s'affranchir des rôles habituels dont on est affublé habituellement. Le fait est que je vois bien qu'un comité pédagogique, qui est, comme je disais tout à l'heure, l'espèce de CA, où on est un peu... Ce n’est pas pompeux le bon terme, mais on essaie que ce soit à la hauteur de l'importance qu'il a. En plus, nous, le comité de perfectionnement pédagogique, pour l'anecdote, c'est lui qui a gardé le décompte historique des comités de l'école. Donc ça a été créé en 1919. Ça fait plus de 106 ans qu'il existe et on les numérote. Par exemple, l'autre jour, j'ai organisé le numéro 742. Je connais peu de réunions comme ça qui peuvent se dire qu'il y en a entre 4 et 8 par an parce qu'il y a eu différents formats et on est au numéro 800. C'est quand même un truc dont on a tous les comptes rendus, quasiment un par un. C'est vraiment un côté un peu solennel. Et donc ça, on voit bien que dans ce truc-là, chacun est un peu dans sa posture. Les professeurs parlent en tant que professeurs, etc. Dans un hackathon, on va casser complètement les codes, on va se retrouver autour de la table, on fait un petit jeu au début pour se présenter et briser la glace, mais après très vite en fait, il y a une liberté de parole qui est engendrée par le fait de se dire, voilà, on n'est pas là pour se faire des reproches, on n'est pas là pour s'engueuler, on est juste là pour le bien commun, le bien de toute l'école, et on est prêt à entendre et à partager les impressions qu'on a, sans tension, sans stress. Et donc tout le monde discute au même niveau, que ce soit le prof même responsable du cours dont on parle, mais aussi l'élève qui l'a suivi il y a trois ans. Et je trouve que ça, c'est une pratique pédagogique qui est plutôt pertinente pour essayer d'amener des vrais changements. Sinon, on est vite dans une forme d'autocensure, en fait, où l'élève n’ose pas trop critiquer le prof, ou n’ose pas trop dire « oui, mais ça, finalement, ça ne nous servait pas trop ». Et inversement, des profs qui ne vont pas pouvoir exprimer eux ce qu'ils aimeraient vraiment faire. C'est la liberté de ton, moi, je trouve qui est assez appréciable, la liberté de parole, tant que ça reste courtois dans les échanges. Ça, je pense que c'est vraiment utile. Moi, je pense que ce qui est important aussi, c'est de ne pas hésiter à demander aux gens de ne pas forcément aller sur leur zone de confort initiale. De se dire, on ne met que les profs de maths, physique, sur le sujet maths, physique, etc. Et pour ça, les sujets transverses s'y prêtent assez bien. Tout le monde est légitime à s'intéresser à tout à partir du moment où il se renseigne un petit peu et où il est disponible. Et donc je pense que des formats où on mélange les formations, ça peut être intéressant. Aux MINES, on a la chance d'avoir une communauté enseignante qui est très diverse parce qu'on va des « matheux » aux sociologues. Et donc ça fait du coup une vraie diversité dans les parcours, dans les profils, dans les pratiques. C'est hyper intéressant de pouvoir parler avec un économiste, un énergéticien, un spécialiste de matériaux, un physicien, tout ça dans la même communauté de manière assez réduite. Et parce que c'est des façons de fonctionner et des opinions qui sont assez variées par nature. Et ça, c'est en faisant ce genre d'hackathon aussi, que l’on peut le faire dans un cadre un peu détendu. J'ai le souvenir à 19h30 d'être encore, voilà, une heure et demie, enfin presque deux heures après la fin, d'être encore avec 4-5 élèves à discuter assis sur la terrasse et ce sentiment un peu, bah voilà, c'était sympa et comme ça nous intéresse et qu'on est juste bien, on continue à discuter. Ça c'était vraiment un moment que j'ai trouvé assez agréable, mais je pense que c'est beaucoup lié au cadre dans lequel on a pu l'organiser. PAUSE. Sur les retours plus spécifiquement, on est surpris par le manque de temps, de toute façon. Je pensais vraiment, quand on le mentionne qu'on allait être ultra large, que même les gens allaient s'ennuyer au bout d'un moment. Et en fait, non. Rien que le fait de déjà se présenter, commencer à élaborer, à présenter les questions groupe par groupe et à commencer à travailler, ça prend déjà un... Ils occupent leurs deux heures, puis les gens, quand on leur donne la parole, ils aiment bien parler, en général. Alors, on a fait un truc marrant à la reprise, après la pause de midi, parce que c'est quand même dur, on a mangé, il faisait chaud et tout. Donc, pour se relancer, j'avais dit à chaque groupe de travail, vous vous remettez en groupe. Et pendant 10 minutes, tout le monde propose des idées sur des post-it, mais qui n'ont rien à voir avec le GT, qui n'ont même rien à voir avec le cycle, qui concernent l'école, PSL, qui concernent un peu leur environnement plutôt. Et lâchez-vous, faites-vous plaisir. Mettez vraiment tout ce que vous voulez dedans. Et donc ça, j'en ai fait une collecte que je vais mettre à la fin du rapport, qu'on va un peu diffuser, parce que là, pour la peine, il y a des idées vraiment très rigolotes, parce que l'idée, c'était de dire, faites-vous plaisir depuis la piscine dans le jardin jusqu'au jacuzzi sur le toit. Enfin, j'exagère, mais c'était un peu l'idée. Et avec des trucs aussi bien très, comme ça, autour des locaux, de la qualité de vie, du réaménagement, que même de l'événementiel, par exemple. Alors ça, il y en a plein, je pense, pour PSL, ça marcherait super bien, d'ailleurs, parce que je pense qu'il y a un effet d'échelle. Mais faire un open micro stand-up une fois par mois, et on tourne d'établissement en établissement, ciné-club un peu sous le même format, d'essayer de remplir avec des choses qui n'existeraient peut-être pas encore. Sur les groupes de travail, ce n’est pas que c'est assez classique, mais disons qu'étant depuis longtemps dans le circuit, je perçois aussi un petit peu les manques et les problèmes qu'on a, et donc ça ne m'a pas surpris ce qui sortait plus que ça. J'en trouve qu'ils sont très intéressants, et on va pouvoir sûrement s'appuyer dessus. Mais on va dire que je m'y attendais un petit peu. Moi, en tant que responsable de cycle, il ne faut absolument pas qu'on tombe dans un système où je chercherais à pousser, à imposer seul des idées. Je peux en poser sur la table, en discuter, etc., mais en étant un parmi d'autres dans ces différents comités. Parce qu’un certain nombre de bonnes idées, c'est assez marrant, quand elles sont vraiment bonnes, elles émergent à plusieurs endroits en même temps. Le prof d'entrepreneuriat à l'école, Philippe Mustar, il me dit souvent « Quand t'es tout seul à avoir une idée, c'est mauvais signe quand même. Méfie-toi. C'est qu'il y a un truc qui ne va pas. » Et donc, l'idéal, c'est ça. C'est d'avoir de manière spontanée certaines idées. Mon conseil pour les enseignants, responsables de formation, enseignantes, formatrices, etc., qui souhaiteraient se lancer dans ce genre de démarche, de faire une réflexion collective, une journée de hackathon ou bien même plus légèrement un groupe de travail sur le long terme, ça peut marcher aussi, c'est de ne pas hésiter à quand même profiter d'opportunités qu'on peut avoir quand on voit passer des générations d'élèves qui sont propices à accompagner ce genre de projet. Moi, je n'aurais pas pu le faire tout seul. Je me suis vraiment beaucoup appuyé sur les trois dernières promos qui viennent de sortir, avec qui d'une, je m'entends très bien, dans lesquelles il y a des élèves identifiés qui sont de super qualité et que je sentais capables d'accompagner le projet. Donc, il y a un côté opportunité, vraiment, de ne pas hésiter à surfer là-dessus. Quand on voit qu'on a des personnalités avec qui on s'entend bien et avec qui on pourrait faire ce genre de projet. Le faire de force, ça ne marchera pas forcément. Et c'est un peu pareil pour les profs. C'est-à-dire que globalement, on va ouvrir après un peu les inscriptions comme ça, librement. Mais il faut aussi cibler ceux qu'on a envie de voir participer, parce qu'on sait qu'ils vont pouvoir apporter quelque chose. Donc le plus important, moi je dirais, plutôt que définir à quoi on va réfléchir, ça on y arrive toujours. Je dirais que le plus important, c'est de savoir avec qui on va le faire. Et une fois qu'on a défini ça, normalement derrière, ça tourne tout seul. Merci à vous. Orateur #0 : Estelle Gouze Eh bien, c'est la fin de cet épisode. Merci à notre invité Matthieu Mazière de nous avoir partagé ce projet de hackathon. J'en profite pour vous dire que le CIP accompagne bien sûr les équipes des établissements de PSL dans la refonte de maquettes et qu'il ne faut pas hésiter à nous contacter. Vous pouvez écrire à cip@psl.eu pour en savoir plus. Merci à tous de nous avoir écoutés. Vous trouverez en lien des ressources sur les pratiques pédagogiques que nous venons d'aborder. Merci à Iséo Furudoï pour la réalisation, le montage et le mixage. C'était Dans mon cours. N'hésitez pas à partager ce podcast. Et si vous souhaitez faire évoluer votre cours, sachez que le Centre d'innovation pédagogique de PSL peut vous accompagner. A bientôt pour un prochain épisode.