- Speaker #0
A.A.Z Aujourd'hui j'accueille dans le studio de A.A.Z Camille Daud, artiste pluridisciplinaire, DJ. Depuis notre première rencontre à vélo il y a 5 ans, la carrière de Camille a explosé. Aujourd'hui, on va parler ensemble de la vie de DJ, des processus créatifs dans la musique, de la difficulté d'aligner ses valeurs personnelles et sa carrière, et de plein d'autres choses encore. Camille, je suis ravi de t'avoir dans le studio de 2AZ. Merci beaucoup d'avoir accepté l'invitation. Je profite que tu sois de passage dans notre région pour t'accaparer pour quelques heures. Et qu'on discute ensemble de ton parcours. Je viens de penser, je n'avais pas du tout prévu de te poser cette question, ton nom de scène, d'artiste, c'est Camille Daud. C'est ton vrai nom en fait ?
- Speaker #1
Non, c'est mon vrai prénom. Ce n'est pas mon vrai nom de famille d'artiste. Et Camille Daud est née en 2000, parce qu'il y a eu plusieurs changements de nom quand même, avant que je reste sur celui-ci. et c'est venu suite à des discussions avec Yann justement mon partenaire dans la vie mais aussi cofondateur de notre label de notre collectif et l'idée c'était de trouver un nom qui me corresponde bien avec lequel je me sens à l'aise et DO en anglais c'est utilisé sur les documents d'identification pour prendre l'exemple par exemple monsieur madame X Merci.
- Speaker #0
Le fameux John Doe ?
- Speaker #1
Voilà. Alors John Doe, c'est pour les hommes, et Jane Doe, c'est pour les femmes. Et je trouvais ça assez marrant, l'idée d'utiliser un nom générique un peu universel, comment à tous, pour utiliser un nom d'artiste qui, au final, est quelque chose d'assez unique et qui casse avec l'idée d'être trop proche de son égo d'artiste. Tu vois, c'est justement plutôt de s'offrir... au monde et de se détacher vraiment de ce censeur ou de ce persona avec lequel on parle tout le temps et qui des fois nous freine, des fois nous donne l'impulsion mais avec lequel on est obligé de cohabiter et j'aimais bien l'idée qu'il soit justement un peu comme universel pour moi.
- Speaker #0
Ok, et t'as eu d'autres alias, d'autres noms de scène avant ?
- Speaker #1
Alors là du coup je vais vous dévoiler mon vrai nom de famille. puisque ça a commencé par là. Mon nom de famille, c'est le prénom Hervé.
- Speaker #0
OK.
- Speaker #1
Et donc, mon tout premier nom d'artiste, c'était Hervé avec E à la fin, comme pour féminiser mon nom.
- Speaker #0
OK.
- Speaker #1
Pendant assez longtemps, ça a été Hervé. Et puis, on va en parler plus tard, mais dans les cycles artistiques, j'ai finalement évolué vers quelque chose où je me réappropriais mon prénom. Et où je transformais finalement mon nom de famille. Et c'est venu au moment où j'ai eu mes premières sorties musicales.
- Speaker #0
D'accord.
- Speaker #1
C'est un peu comme un process où au début t'es petit enfant, puis un jeune enfant, puis on est après ado-ado, et puis après jeune adulte, adulte. Donc j'ai eu des noms par période artistique et processus de grandir jusqu'à adopter finalement Camido.
- Speaker #0
Ok.
- Speaker #1
Voilà.
- Speaker #0
Donc nous on s'est rencontrés... Une période où, avec votre collectif, Go Go Green, vous faisiez votre tournée d'été en vélo. Mais avant ça, il s'est passé plein de choses et tu vas nous les raconter. Ton premier rapport avec la musique, c'est quand et c'est comment ? J'ai entendu dire que c'était par la danse d'abord, c'est ça ?
- Speaker #1
Oui, tout à fait. Je dirais même que... Le premier rapport à la musique, c'est celui qu'on hérite un peu de nos parents, de leur manière d'écouter la musique à la maison, par quel biais, quel style et pour quel usage. Et chez moi, il y avait un lecteur de disques et à la maison, on passait les disques, écoutait mes parents. C'était quand même pas mal rock. Et je me souviens d'avoir visionné une vidéo qu'ils avaient prise de moi en tant bébé, danser comme un bébé, d'ailleurs, avec la couche culotte, contre le mur, sur du Rolling Stone. Donc je pense que c'est mon tout premier rapport à la musique. Il est quand même plutôt lié à l'écoute et à la danse. une forme de consommation de la musique très spontanée, innocente et plus tard quand j'ai grandi c'est vrai qu'il y avait tout le temps de la musique mais surtout j'avais une radio un poste de radio dans ma chambre, j'écoutais tout le temps la radio, je connaissais tous les tubes de la radio locale bordelaise qui s'appelle Black Box Radio et je me souviens qu'à l'occasion de la kermesse de CM2, il était organisé un tombola. Donc il fallait aller vendre des tickets pour faire participer les gens qui gagnent des lots, etc. Et moi je m'étais donnée à balle, j'avais 10-11 ans, et j'avais gagné le concours de backchasse et j'avais le droit de demander deux singles. C'était mon cadeau. Et je me souviens avoir demandé, donc à 10 ans, Yves, who's that girl ? Hello States ! I'm a soldier de Destiny's Child en fait j'étais déjà vachement attirée par les musiques afro-américaines R'n'B etc rap ça me transcendait étant jeune donc c'était vraiment une période d'émancipation par rapport à ce qu'écoutaient mes parents ok donc ton premier crush musical c'est le R'n'B à fond ouais ok et après à partir de stagiaire à peu près j'ai commencé à faire du hip hop en club ok Mais c'était le club de Pessac, là d'où je viens. Donc, tu vois, c'était tous les jeudis soirs. On mettait des bandanas, des baguilles. On allait danser comme dans les clips, tu vois. Et j'étais, mais à donf. Vraiment, mais... Et je continuais chez moi. Les week-ends, après les cours, j'avais un bien-voir dans ma chambre. Et je passais mon temps à danser pour moi. Et je suis contente d'avoir vécu ça parce que c'était mon... C'était mon safe place. Tu vois, c'était le moment où... C'était sacré, c'était hyper intime pour moi. Je suis contente d'avoir... d'avoir développé quelque chose qui n'avait pas vocation à être montré à qui que ce soit. Là où aujourd'hui, maintenant que j'en fais mon métier, la production, du mix, tout ce que je construis, co-créer, c'est dans une optique d'être tout de suite partagé et streamé, etc. Donc tu vois, il y a quand même plein de biais aujourd'hui. Mais avant, quand j'étais jeune, ma première relation avec la musique, elle était assez pure. Je ne dis pas qu'elle n'est pas pure aujourd'hui, mais... C'est ce qui m'a mis sur la voie de vouloir en faire mon métier, c'est que j'avais une relation hyper sincère. Et toujours aujourd'hui, à la musique, à cet art, à vouloir, si un jour j'en fais mon métier, ça sera dans une démarche des plus authentiques possibles, vraiment. Et après, la vie, le chemin de la vie, les études, les voyages, les rencontres, travailler dans un bar, commencer à mixer, puis me lancer à pieds joints dedans en 2019. jusqu'à aujourd'hui, où maintenant c'est mon métier, j'en vis, je joue en club, en festival, pour les potes, et je suis tellement heureuse, reconnaissante et épanouie dans ce que je fais. Voilà, avec tout ce que ça comporte aussi, que les gens ne voient pas, qu'on a rarement l'occasion de montrer sur les réseaux, parce que non pas que ça soit une forme de, je pense, de honte ou de pudeur, mais c'est plus que... Nous-mêmes, on a du mal à mettre des mots sur ce qu'on traverse si on n'a pas des personnes autour de nous avec qui en parler et exprimer ses pensées. Peut-être que je saute déjà des étapes d'admission. Entre le moment où je commence à processer certaines choses de mon process créatif et de mes blocages versus quand je suis capable d'en parler, il s'est passé une vie, tu vois. Et donc voilà, on aura l'occasion d'en reparler lors du podcast. Mais oui... musique, danse, hyper important pour moi. J'ai commencé à aller en club à l'âge de 16 ans et je reproduisais les mêmes danses que je faisais dans mon cours de danse. J'avais une approche aussi du dancework qui était très portée sur, comme si je voulais reproduire les clips que je voyais à la télé, à la TV, etc. J'imaginais que la boîte de nuit, c'était le terrain de... C'était comme mon club de danse, mais en version boîte de nuit et que tout le monde venait pour ça. Je pensais que c'était ça, les clubs. Je n'avais pas encore la dimension séduction, rencontre, etc. Pour moi, c'était des gens passionnés de danse qui venaient se retrouver, faire des battles ou alors faire des clips ensemble. Et pendant très longtemps, j'ai consommé... En tout cas, j'ai vécu des expériences de club dans cette optique-là.
- Speaker #0
C'est comme si tu allais sur un terrain de foot, sur un terrain sportif. Il y avait un côté performance.
- Speaker #1
Performance, ouais. Alors pas performance du coup de compète.
- Speaker #0
Non, mais performer pour montrer ses skills.
- Speaker #1
Exactement. Théâtre, tu vois, de danse. Et du coup, j'approchais les gens comme ça, de manière à comme si je rentrais dans une danse à deux, à trois, quatre, à dix. Et on me disait, ah, mais t'as des bons moves et tout. Et je disais, on est là pour ça, non ?
- Speaker #0
Ok, donc t'avais une approche un peu naïve. du clubbing. Tu rentres dans la musique par le R&B, c'est ta première porte d'entrée dans la musique, le R&B, la danse. Et là, tu te retrouves en club, mais c'est quoi ? C'est des clubs de musique électronique, j'imagine ?
- Speaker #1
Oui, beaucoup.
- Speaker #0
Et donc, tu mixes en fait ce bagage R&B, ces moves R&B dans les clubs électroniques, à une période où il n'y a pas trop de porosité entre les univers musicaux ?
- Speaker #1
Les clubs sont assimilés quand même à des cultures, des sous-cultures ou des genres musicaux quand même spécifiques à la musique électro. Mais par contre, dans ce que je joue, je vais quand même être très, très attirée par des morceaux qui reprennent des samples R'n'B, hip-hop, old school, qui ont quand même un grain et sur lesquels je vais pouvoir me réimaginer danser comme quand j'étais ado. Que ce soit dans mes productions ou dans mon choix de morceaux, je vais aller vers des sous-genres, des genres de la house qui ont des influences de ces styles. Le public et la crowd d'aujourd'hui, l'avantage, c'est qu'ils ont complètement pété les cloisons des styles. On peut tout écouter. On peut écouter du Jul, on peut écouter de la Artek, on peut écouter de la variété française, on peut écouter des tubes des années 90-2000. Et ça, c'est quand même cool. Parce qu'il y a quand même une sorte... une forme d'ouverture d'esprit. Et après, c'est plus dans la manière dont tu vas vraiment créer ta communauté, construire ton audience et les fidéliser à ton univers artistique qui va être plutôt l'enjeu personnel de l'artiste. Mais sinon, je trouve que quand même, les jeunes sont... Enfin, la new gen, elle est quand même assez ouverte.
- Speaker #0
OK. Les premiers clubs où tu vas, c'est les clubs de Bordeaux. C'est lesquels ?
- Speaker #1
Je ne sais pas s'il existe encore. C'était le King Palace. Je sais pas si ça vous parle, c'était vraiment un club dancehall, pas reggaeton à l'époque, mais c'était vraiment musique afro-caribéenne. Et j'étais ouf, il y avait les nègres marrons qui venaient, il y avait Chris, c'était vraiment... c'était beaucoup de zouk aussi, j'écoutais grave du zouk plus jeune, et beaucoup de musique aussi afro-américaine, R&B, rap, mais je me régalais quoi. Franchement c'était... très contente d'en écouter encore aujourd'hui, de revenir à ces vieux sons qui me transportent toujours au temps. J'allais beaucoup au King Palace et après, plus tard, vers 19 ans, c'était les boîtes plutôt commerciales, la plage, si ça existe encore ou pas.
- Speaker #0
Et tout ce qui était club, type le 400, l'iBot et tout ça ?
- Speaker #1
Le 400, j'y suis allée une fois avant que ça ferme. Et ensuite, j'ai... J'ai été à l'ouverture de l'iBot et j'y suis beaucoup allée. Donc là, c'est quand je me suis ouvertée aux musiques électro. Et l'iBot, c'était vraiment la référence bordelaise. Donc j'y suis allée jusqu'à ce que je parte en Australie en 2010. Et j'adorais, j'adorais, j'adorais les clubs. J'adore la culture club. Et j'aime découvrir des nouveaux clubs. C'est pour ça que c'est un plaisir aujourd'hui d'être bookée dans des villes que je ne connais pas. Quelles qu'elles soient françaises ou européennes. Et à chaque fois, c'est... C'est hyper intéressant d'arriver dans ces lieux et d'essayer de comprendre l'architecture, l'environnement, les matériaux qui sont utilisés, les systèmes son, on s'intéresse à tout. Et ensuite de sentir un peu la vibe du dancefloor, c'est super intéressant comme analyse juste sociologique.
- Speaker #0
Oui, absolument. On l'a dit tout à l'heure, tu es une artiste complète, tu produis, tu es DJ, tu fais la DA aussi de tout ton univers. Tu es venue, cette dimension artistique, elle est venue par quoi en premier ? C'est quoi qui t'a attiré en premier, le DJing ou la production ? À part la danse.
- Speaker #1
Oui, donc dans mon rapport à la musique, quand j'étais ado, pré-ado, plus jeune, je vivais pour l'art, pour les loisirs créatifs en général. La perspective de faire de la musique, vu que c'est ce que je préférais par rapport à tout le reste, ça relevait du rêve, mais d'un rêve un peu fantaisie, parce que je n'avais pas appris d'un instrument. Je voulais apprendre à jouer de la guitare, mais je n'avais pas pris de cours, donc ça avait fané comme projet en tant que petite. Et donc plus tard, en grandissant... Tout le monde te pose la question, tu veux faire quoi plus tard ? Quel métier tu envisagerais de faire ? On ne te dit même pas que tu as le choix entre salarié freelance, artiste. Ce n'est pas une voie qui est conseillée. Soit tu as des gens dans ta famille ou dans ton entourage qui vont te dire que c'est possible, voilà le résultat chez nous. Soit ça vient plus tard quand tu découvres la vie et le monde. Moi, j'ai choisi des études vraiment de merde. J'ai fait un BTS de deux ans dans le commerce, mais vraiment, c'était pour être chef de rayon. En gros, déjà, j'avais beaucoup de mal avec les cours. Je n'étais pas si mauvaise, mais j'avais un problème d'attention énorme. en fait, dès que... quelqu'un parle à plus de 2-3 personnes si l'attention n'est pas focalisée sur moi, je décroche immédiatement. Et donc les cours, c'était vraiment une corvée. J'ai choisi des études très courtes et le projet d'art, c'était partir, découvrir le monde. Et je suis très, très reconnaissante de cette expérience qui a duré un tout et pour tout près de 5 ans parce que...
- Speaker #0
Cette expérience de voyage, ouais.
- Speaker #1
De 2010 à 2015, quand je suis revenue vivre en France et que je me suis installée à Paris pour travailler dans la musique, c'est passé 5 ans.
- Speaker #0
Ah t'es partie 5 ans ? Mais sans en venir ?
- Speaker #1
Si je faisais des allers-retours.
- Speaker #0
Mais 5 ans à l'étranger ? Ouais voilà,
- Speaker #1
5 ans à l'étranger.
- Speaker #0
Ouais d'accord.
- Speaker #1
Et à un âge où j'étais quand même jeune, tu vois, 20 ans, je suis partie de chez mes parents et j'étais en train de me construire et c'était impensable pour moi. Un âge de 25 ans, de vivre une vie de cloison, de mur, de bureau, de tailleur. Et d'horaire.
- Speaker #0
D'horaire fixe.
- Speaker #1
J'avais développé des espèces de blocages. Je me disais, en fait, je ne peux pas rester enfermée entre quatre murs et que quelqu'un, hiérarchiquement, au-dessus de moi, me dise tu dois être là à telle heure et partir à telle heure. En fait, ça me ramenait à l'école. Ça me ramenait à la trottinette de l'école. Ça me ramenait aux obligations. Et de ne pas, en fait... Avoir donné ton consentement pour ça. Tu vois, t'es pas ok d'aller à l'école tous les matins, de te réveiller, d'aller apprendre des trucs que t'auras oubliés le soir même, et ensuite te forcer à réviser pour passer un examen, et l'année d'après t'auras tout oublié. Enfin tu vois, ça me paraissait pas forcément logique. Donc c'est pour ça que les voyages, les expériences de vie, c'est à jamais vachement façonné dans mon envie de vivre une vie riche, pleine, et de pas attendre la retraite. De me dire, en fait, je n'ai pas envie de passer ma vie à travailler pour cotiser, pour ensuite profiter quand j'aurai 60 ou 65 ans, peut-être 70 maintenant, à un moment de ma vie où je serai le moins en forme. Tu vois, il y a ce truc où tu te dis, merde, mais attends, quand je serai libre, ça veut dire que j'aurai probablement des problèmes de santé, ça se trouve, je serai même morte avant. Donc, c'est un peu l'angoisse, tu vois. Donc, j'ai fait un pacte avec moi-même qui était, il en coûtera ce qu'il en coûtera, mais... Il faut que tu profites de ta vie au maximum, avec les possibilités qui te sont données, tout en prenant bien en considération que c'est un énorme privilège d'avoir ne serait-ce que ce genre de pensée. Parce que tout le monde n'a pas le choix, tout le monde... Tu vois, il y a quand même des déterminants sociaux, tu vois, de ta famille, d'où tu viens, de ton milieu, etc. qui ne te permettent pas du tout une seconde de penser à tes choix de vie, tu vois. Tu te dis, tu viens de là et voilà où tu iras pour... aider telle personne ou subvenir à tes besoins. Mais en tout cas, j'ai rien lâché, j'ai tenu bon. Et à cette époque-là, la musique, c'était vraiment ce qui me portait le plus. C'est ce qui m'avait accompagnée pendant tous mes voyages et qui m'avait rendue plus heureuse. Et me transporter dans des mondes inimaginables, d'émotions. Parce que quand t'es jeune, t'es tellement à la fleur de tout. Tu peux chialer sur une musique, tu réécoutes le même album 50 fois, et puis tu te crées des scénarios. Et voilà, et donc quand je suis rentrée à Paris, c'était dans le but de bosser dans la musique, mais côté business. Je n'avais pas encore assumé l'envie de vouloir en faire un projet artistique complet. Donc j'avais déjà commencé à mixer en Australie, là où je travaillais, dans le bar où je bossais.
- Speaker #0
Tu étais où en Australie ?
- Speaker #1
J'ai pas mal baroudé, mais je me suis installée près de deux ans à Melbourne.
- Speaker #0
Où il y avait une grosse scène club. Ouais,
- Speaker #1
grosse scène club.
- Speaker #0
Toujours d'ailleurs.
- Speaker #1
Ouais.
- Speaker #0
Et puis, il y a beaucoup de musique. Il y a un mouvement de la scène électronique australienne qui est vraiment basé à Melbourne.
- Speaker #1
Il y a des... C'est incroyable. Il y a des DJ locaux que personne ne connaît en dehors de Melbourne, mais qui sont à Melbourne des légendes. Mais des légendes de... Ils font des 6h de set, 7h, tous les week-ends, ils sont présents de plusieurs clubs. Et les gens, en fait, savent que peu importe le mood dans lequel ils sont, ce qu'ils vont venir entendre, ça va être Cali. C'est très différent déjà de la culture actuelle et c'est très différent de ce que j'ai pu voir ailleurs à l'époque aussi. Et donc, y aller en étant ouvert, en étant curieux et en étant dans la spontanéité de la soirée en se disant « Ce soir, je suis dans le mood de sortir et je sais que ça va être bien parce que c'est Bouz qui joue. » Bouz, c'est un mec qui m'a vraiment ouvert à la scène électro, à la culture électro, culture clubbing, etc. Donc, je suis. hyper fan. Mais c'est un mec, il a 50 piges, il ressemble à un craquette. J'espère qu'il entendra parce que je dis mais je rigole. Peut-être qu'on en refera ça. C'est Bouz, il a 50 ans. Il est résident de club depuis 25-30 ans à Malbourne. C'est une légende vivante. Et moi, c'est grâce à lui que j'ai eu envie de me plonger là-dedans. Et ce qui est dingue, c'est que j'ai un pote qui fait un back-to-back avec lui récemment. Donc je lui ai envoyé un DM en lui disant... « Oh là là, tu joues avec Boogs, c'est mon artiste préféré au monde, c'est mon dieu. » Il m'a montré le message et Boogs lui a répondu « Ah oui, Camido joue très bien, joue ses morceaux. » Et là, j'ai frappé ma tête. Je suis en mode « Waouh, mais c'est tellement bizarre en fait. » Parce que ça, c'est dix ans plus tard.
- Speaker #0
Il y a une boucle qui est en train de se boucler.
- Speaker #1
Exactement. Donc, je l'ai DM pour lui dire. William m'a dit « Sache que tu es une de mes plus grandes sources d'inspiration. » extrêmement fan de toi. Et maintenant, on est en contact, je lui envoie mes morceaux. Si je vais à Melbourne, je sais que je pourrais aller le voir en set, ou peut-être même jouer une soirée avec lui. Donc là, il y a encore plus le full circle qui se met en place.
- Speaker #0
Et parce que quand tu étais à Melbourne entre 2010 et 2015, tu vas danser sur ses sets, mais tu ne le connais pas personnellement. Il y a le rapport, il est dans la cabine, toi tu es sur le dancefloor.
- Speaker #1
Et il ne laisse rien transparaître. Il a une casquette, il baisse la tête.
- Speaker #0
Ce n'est pas le genre de DJ extraverti.
- Speaker #1
Pas du tout, au contraire. Il n'a quasi pas la tête et il est là pour faire son job. Et il le fait, mais de manière incroyable. Et donc, tu vois, il y a eu ma construction de cette culture, de ces identités. Elle s'est faite à travers la scène, beaucoup Club Melbourne, beaucoup à travers lui. Et donc, je pense aussi que mon... Mon inconscient et mon rapport au dancefloor et au clubbing, elle a été beaucoup influencée par cette position d'artiste qui est plutôt là pour servir le dancefloor tout en se respectant et en étant dans la plus grande tanticité artistique personnelle. Moi, il y a un côté aussi plus performance dans mon projet artistique comme le boost pourrait être une scène de théâtre où on se maquille un peu, on se fait ses petites tresses, on rentre dans son personnage d'artiste. mais néanmoins je vais toujours vouloir servir un chemin d'être au plus proche de ce que je vais considérer être authentique musicalement, ce que je vais aimer produire ou jouer à ce moment-là parce que c'est toujours des discussions entre est-ce que je dois tout donner pour le public pour qu'il soit heureux, est-ce que je dois jouer que des morceaux que moi j'aime sans me soucier de ce que les gens pensent ou est-ce que je suis dans des entre-deux où je dois... jouer ce que j'aime en étant authentique et de temps en temps envoyer un petit banger pour que les gens ça les rendent ouf et qu'ils se souviennent de ce moment de ton set tu vois et c'est tellement ça dépend tellement ton mood du moment j'ai eu des sets où j'étais tellement insécure que je jouais que les bangers que les gens voulaient entendre et à la fin du set je me sentais presque comme un peu dégueu tu vois j'ai payé je me suis pervertie j'ai J'ai...
- Speaker #0
Mais mettons-nous du moment, est-ce qu'il ne dépend pas aussi de l'énergie que les gens te renvoient ?
- Speaker #1
Oui, et puis il y a tellement...
- Speaker #0
Il y a cette sociologie du dancefloor, où il y a une relation, c'est toi tu donnes, mais aussi tu reçois. Donc il y a un partage entre le dancefloor et entre le DJ.
- Speaker #1
Et avant de jouer, il y a aussi des paramètres que tu peux analyser, prendre en considération, c'est-à-dire le lieu, est-ce qu'il a... Est-ce que les propriétaires ont des valeurs ou ils sont pour la culture de la musique électro underground et ils défendent ça et le public vient tout en sachant ça, donc il vient curieux et ouvert d'esprit. Ou alors, est-ce que tu viens parce que tu fais un support d'un big headliner donc tout le monde va attendre de toi que tu envoies des gros bangers, tu joues avant qui, après qui, à quelle heure ? Moi, j'analyse tout ça avant d'aller jouer quelque part pour commencer à me préparer psychologiquement, donc j'ai des attentes. Et au final, je vais tâter le terrain par rapport à ce que j'avais prévu. Et après, ça se passe soit comme prévu, soit pas comme prévu. Néanmoins, mes meilleurs DJ sets, c'est quand soit j'avais zéro attente. Donc j'y vais parce que je suis malade ou je suis fatiguée. Et j'y vais et limite j'ai la flemme. Et donc, j'y vais un peu limite à reculons. Et là, en fait, je prends mon pied à 2000% parce que justement, j'ai zéro attente. Ou alors, mes meilleurs DJ sets, c'est quand j'avais tel type d'attente. Et en fait, c'est complètement en reverse. Et là, je m'adapte très vite à ce qui est en train de se passer. Et là, je prends mon pied parce que ça part en grosse impro. Mais en même temps, tu es dans le flow de ta tête. Jeu de domino dans ta tête. Tu sais exactement tellement s'ovaler avec celui-là, avaler avec celui-là, avec celui-là. Il a... Genre je vais capter la vibe du crowd, là on est dans une forme d'échange et ça dure le temps du set. Mais c'est vrai qu'encore une fois, on vous montre sur les réseaux ce qu'on a envie de montrer, on ne montre jamais l'envers du décor de toutes ces préparations, qu'elles soient physiques et psychologiques, de nos playlists ou de mood dans lequel on va se mettre. Mais il y a tellement de paramètres tout le temps à prendre en compte et en considération. C'est un dialogue constant avec soi-même.
- Speaker #0
Donc on en revient à comment tu as découvert les platines, comment tu as découvert le DJing. C'est à quel moment ton premier contact physique avec des platines ?
- Speaker #1
Je bossais dans un bar à Melbourne qui avait des platines de DJ et je travaillais derrière le bar. Et j'étais vachement attirée parce que je sortais déjà au club, j'allais écouter la musique, j'allais danser jusqu'à l'aube et les platines m'attiraient. Énormément, puisque l'expérience que je faisais du dance floor était tellement excitante que j'avais envie de transmettre ce que moi je vivais et recevais. Donc j'ai commencé à l'ouverture du bar, à aller voir les platines, à essayer de toucher un peu les boutons. Et rapidement, je me suis acheté un tout petit contrôleur connecté à un ordinateur. Et là, j'ai commencé à bidouiller, à comprendre toute seule comment ça fonctionnait. Alors, je suis d'une époque. À l'époque, il n'y avait pas tant d'infos sur Internet et tout ça. Donc vraiment, il fallait être un peu autodidacte. Et je me souviens qu'il y avait le bouton sync que j'utilisais tout le temps, qui est aujourd'hui un bouton presque interdit, une hérésie. Attention ! Et alors, la première fois que j'ai demandé à mon patron si je pouvais essayer de mixer à l'ouverture, il n'y avait pas le bouton sync, parce que c'était des CDJ-800.
- Speaker #0
OK.
- Speaker #1
Et c'était très différent de l'ergonomie de l'écran que j'avais, ordinateur, siège, contrôleur. Et j'étais perdue. C'était beaucoup de stress. En plus, il y avait quelques personnes. Mais c'est la première fois que tu performes. Même si c'est devant trois pélos que tu ne connais pas. C'est un cauchemar.
- Speaker #0
Tu as un stress énorme.
- Speaker #1
Un stress énorme. Puis j'étais nulle. Je ne savais pas syncher et tout. Et alors, du coup, l'autre DJ est arrivé après moi. Je lui ai dit, mais il n'y a pas le bout de ton sync. Et là, elle m'a regardé un peu. C'est normal, chérie. Tu sais, genre avec un homme, il était tellement genre. Et je suis en mode putain, la bitch. Et donc, du coup, je me suis appropriée. plus des platines, je me suis entraînée avant l'ouverture du bar, etc. Et là, j'ai commencé à plutôt bien maîtriser et puis à continuer à faire mes playlists, à préparer bien mes clés, etc. Et ouais, c'est dans ce bar que j'ai vraiment commencé à jouer. Et après, pour les potes, dans les soirées, ça a duré le temps que je vivais à Melbourne. Et ensuite, on peut parler de la suite si tu veux.
- Speaker #0
Donc là, ensuite, tu rentres en France.
- Speaker #1
Oui.
- Speaker #0
Et c'est là où tu te dis, je veux en faire mon métier.
- Speaker #1
Je n'osais pas, en fait. Et puis, à quel moment tu deviens artiste ? À quel moment ? Entre le moment où c'est acté dans ta tête et tu vois, il n'y a pas de BTS artiste. Je n'allais pas faire le...
- Speaker #0
Il y a des formations maintenant.
- Speaker #1
Il y a des formations, mais si tu veux, il n'y a pas un diplôme que tu vas montrer au patron d'un... Une boîte ? Regardez, je suis DJ, j'ai mon diplôme de 4 ans. Donc vraiment, j'ai bossé d'abord en label et en studio d'enregistrement. J'organisais les résidences artistiques qui s'y déroulaient. C'était un studio à la campagne, donc les artistes venaient 8 jours, 10 jours.
- Speaker #0
C'était quoi comme label ?
- Speaker #1
Alors d'abord, le label, c'était le label d'Agorea Sapiens.
- Speaker #0
Ouais,
- Speaker #1
d'accord. Moi, j'étais dans la... Il y avait un service de label management. En gros, c'était une boîte externe qui allait s'occuper de faire tout le label service management, le lancement du label d'Agoria. J'ai commencé par cette expérience qui n'a pas été très fructueuse, je dirais. Je n'étais pas du tout pour blâmer qui que ce soit, mais j'étais vraiment novice. Je ne connaissais rien à rien. J'étais peu accompagnée par mes collègues ou mon tuteur.
- Speaker #0
Donc, je n'ai pas vraiment pu développer des compétences, je n'ai pas pu être efficace, je n'ai pas eu de très bons rapports avec les gens en général. Donc, ça m'a beaucoup refroidie parce que je me dis, merde, attends, j'ai passé cinq ans à vivre ma best life, à apprendre à mixer, à parcourir des pays, à rencontrer des gens. Et je rentre à Paris pour vivre mon rêve. Et en fait, c'était un peu la désillusion de cette première expérience. Et heureusement, j'ai rencontré une personne en or qui m'a offert un deuxième job qui était justement chargée de production du studio, donc le Red House Studio en Champagne-Ardenne, où là, je m'occupais vraiment du fonctionnement, du bon fonctionnement du studio et notamment de l'accueil des artistes, des résidences, de l'organisation des résidences et rester sur place pendant les résidences pour s'assurer que tout se passe bien. Donc, j'ai rencontré pléthore d'artistes, toujours confondus. tribal, musique, rap français, pop folk suédoise. Et donc, du coup, ils viennent enregistrer leur album. Donc, c'est un moment hyper excitant pour Eleu. Et tu rentres dans l'intimité du recording et c'est tellement fascinant, passionnant. Mais encore une fois, je regardais ça avec des yeux un peu rêveurs. Mais là,
- Speaker #1
tu es dans le studio, tu les vois faire.
- Speaker #0
Voilà, ouais, ouais, ouais, je les vois faire. J'insiste, c'est sûr.
- Speaker #1
t'absorbes.
- Speaker #0
Ouais, Et on mange ensemble le soir, on se réveille ensemble le matin, donc on discute, on tisse des liens.
- Speaker #1
T'es en immersion complète.
- Speaker #0
Complète. Et surtout, j'ai accès à beaucoup, beaucoup d'infos. Ils partagent leurs doutes, leurs peurs, leurs peines, leurs obstacles, leurs joies. Et donc, j'apprends plein, plein de choses sur ce qu'est être un artiste ou une artiste. Et en 2019, gros, gros burn-out. Mais alors... Toute ma vie qui part en sucette affective, familiale. Je fais des conneries dans mon boulot, de devis, de trucs qui s'enchaînent. Et en fait, je me fais remercier du jour au lendemain. Et là, c'est déchirement. Mais vraiment, je suis au plus bas. Tout s'enchaîne en six mois. Et là, j'étais encore intermittente puisque j'étais régisseuse. Officiellement, mon statut était régisseuse. Donc, il me restait huit mois d'intermittence. Et là, j'étais en craquage, quoi. Enfin, j'étais... Ouais, inerte. Et là, je pars deux mois l'été, en rando, faire du bikepacking toute seule. Et il fallait que je remette un peu toutes mes idées dans l'ordre, en place, etc. Et là, je me dis, fuck. Ça y est, je vais... Je vais lancer mon rêve de vie qui est de lancer ma carrière officielle en tant que DJ et de me mettre à la production pour faire mes propres morceaux et vivre vraiment mon rêve pleinement. Et là j'avais 29 ans. Donc là je me dis, tu vois, avec du recul, c'est quand même fou de se dire que je me suis lancée professionnellement à Don dans un truc que je ne savais pas encore faire. Je ne sais pas si tu te rends compte, je savais mixer, mais je ne savais pas produire. Et pour moi, la finalité, c'était vraiment de faire mes morceaux. Et ça allait de pair. Je n'allais pas être seulement DJ, je le savais. Ça aurait peut-être, pendant trois ans, je me serais amusée. Mais au bout d'un moment, soit j'aurais lâché l'affaire, soit je m'y serais mise. Donc, j'allais apprendre la production. Mais c'était un peu bizarre de me dire, tu vois, c'est comme si je me dis, bon, ça y est, je vais être peinte professionnelle maintenant. Et là, je commence les cours de peinture. Heureusement, j'ai cette espèce de... d'insouciance, je ne sais pas, mais en tout cas, la chance que j'ai eue, c'est que le Covid est arrivé trois mois après que j'ai tout annoncé à tout le monde. Donc en gros, le même été de mon burn-out, je fais un message sur Facebook, Instagram et je dis à tout le monde, hello tout le monde, je suis DJ, ça y est. Tu vois, c'est ça que je te disais tout à l'heure, c'est bizarre en fait, à quel moment tu sautes le pas et que tu es officiellement quelque chose. En fait, ça ne tient qu'à toi de l'annoncer. Donc je l'ai annoncé. Bon, j'ai participé à des tremplins, j'ai gagné des tremplins, j'ai pu faire des premières scènes, c'était super, c'était un bon début. Et trois mois après, c'était le Covid. Et donc entre-temps, j'ai rencontré Yann, en festival, on s'est confinés tous les deux. Et là, moi j'étais comme une ouf, je me disais, là ça y est, je vais me mettre à la production, c'est mon cadeau en fait, de la vie. J'ai enfin du temps, le monde est à l'arrêt, je n'ai que... que ça à faire, je sais déjà mixer donc j'ai du temps pour apprendre à produire et effectivement on s'est mis tous les deux, on a acheté des tutos à 15 balles et on les a décortiqués, on a essayé de faire un morceau tous les deux, à essayer de comprendre la synthèse sonore, les arrangements comment tu construis une loupe créative et que tu l'étends etc et c'était passionnant, c'était super excitant de faire ça à deux on a fait notre premier morceau On a fait un premier morceau dont on était tellement fiers. On l'a fait mixer, masteriser, on a payé 200 euros. Et on l'a envoyé à plein de labels. Mais il faudrait que vous l'écoutiez. Il faudrait que je fasse un compli de ces premiers morceaux. C'est trop marrant parce que quand je le réécoute aujourd'hui, j'entends toutes les erreurs, on va dire. Mais à l'époque, comme je n'avais pas de point de comparaison par rapport à mon expérience, du coup, ça me paraissait être un peu dessus. Tu les assumes,
- Speaker #1
ces morceaux, aujourd'hui ou pas ?
- Speaker #0
Je les assumerai dans un contexte de raconter mon histoire. Mais jamais au monde, je les joue. Impossible ! Maintenant que j'ai plus affiné mon oreille, que j'ai plus d'expérience de production, c'est comme j'imagine un ou une peintre qui, par sa première toile, s'il revient des années dessus, il le regarde avec affection et avec de l'émotion, de la reconnaissance du parcours qui a été fait depuis les débuts. J'aimerais bien faire un projet autour de... plutôt de l'idée d'archives. Donc, tu vois, de reprendre les différentes époques d'un ou une artiste. Mais non, je ne pourrais jamais jouer dans mes sets. C'était très amateur. Mais voilà, j'ai eu deux ans pleines pour apprendre la prod. Première année en autodidacte, deuxième année à distance avec la Toolroom Academy, qui est donc une école affiliée au label anglais Toolroom. Et ça, c'était juste incroyable. Vraiment, en un an, j'ai fait plusieurs modules. C'est hyper intense. J'en ai grave, grave chié parce que tu t'apprends énormément d'informations en un espace temps très, très réduit. Et c'était très fatigant pour le cerveau, surtout quand tu es sorti un peu du cursus scolaire. Ça faisait 5, 6, 8 ans, 10 ans que je n'étais plus à l'école. La machine était un peu rouillée. Mais à l'issue de cette formation, j'avais déjà acquis des très bonnes bases. J'ai signé mon premier morceau sur le label. Et ensuite, pendant trois ans, j'ai continué à pratiquer toute seule. Et là, on était dans le cœur du lancement de mon projet DJ slash productrice. Et là, j'en ai grave chié parce que personne ne te connaît. Il y a beaucoup d'autres projets émergents de ton macabre. qui ont un meilleur réseau que toi. Toi, tu décides de te focaliser sur la production. Et au final, il n'y a rien qui sort. Personne ne veut signer tes morceaux. Toi, tu peux les jouer, mais tout le monde... Enfin, voilà. Et pour autant, tu continues à persévérer. Toutes les journées, tu t'enfermes en studio et tu produis, tu produis, il ne se passe rien. Until. Ta-da ! Until.
- Speaker #1
Until, c'est quoi le déclic ?
- Speaker #0
J'ai envoyé des morceaux que j'avais terminés, dont j'étais assez fière, au A&R, donc au directeur artistique du label de Fatboy Slim, qui m'a dit texto. On ne signe pas des projets qui n'ont pas de stream, pas de followers, mais la musique nous semble vraiment suffisamment... Elle est bien, elle est très bien, elle est suffisamment quali, on pense que ça peut marcher. Et donc, on go, quoi.
- Speaker #1
On est quelle année, là ?
- Speaker #0
2024. Ok. Et trop contente, du coup. Et effectivement, quand tu signes sur des labels, ils utilisent des services promos DJ. Donc, en gros, ils payent une agence qui a un gros listing de DJ, qui leur fait confiance, et ils envoient les morceaux avant même qu'ils sortent pour que les DJ les jouent de manière un peu exclusive en avant-première avant tout le monde. Et là, le... Le A&R m'a dit, écoute, on passe par le service Prom Marketing. Le mieux qui puisse t'arriver, ce serait que Peggy Gou te télécharge de Jou et Anna Luneau, qui est une artiste australienne. Et moi, j'étais en mode, première sortie, déjà, je suis trop contente. C'est sûr, sur votre label, on verra. Effectivement, tout s'est passé comme dans nos rêves. Peggy Gou a téléchargé.
- Speaker #1
Peggy Gou, c'est une des plus grosses stars du DJing actuel. C'est une coréenne qui est basée à Berlin, c'est ça ?
- Speaker #0
Aujourd'hui, je crois qu'elle est à Londres. Mais oui, c'est elle. C'est une des DJ les plus influentes. C'est ce qu'on appelle dans les artistes de cet an, c'est des taste makers. C'est-à-dire qu'ils ont une force de frappe tellement énorme que ne serait-ce que s'ils te jouent, ça peut tout changer en fait. Pour ta carrière, pour tes morceaux, pour tes streams, pour ta hype. D'ailleurs, c'est fou de se dire à quel point leur pouvoir est concentré en très peu de mains d'artistes. Et ça rend du coup la chose encore plus exclusive parce que tout le monde... va avoir accès à leur... va être dans leur clé USB. Tu vois ? Alors moi, tu vois, je suis là, je suis nobody. C'est ma première grosse sortie. Je suis déjà trop contente parce que j'ai le Stem Southern Freight Records, donc de Fatboy Slim. Ils font de la com. Je peux utiliser ça dans mon press kit. Les promoteurs entendent un peu parler de moi. En France, il y a Camille Doux qui est une DJ locale, qui signe sur tel label. Donc c'est déjà super pour moi, pour ma carrière. Et puis, d'un coup, je commençais à être jouée par Peggy. Et là, ça a soit un peu plus la crédibilité, mais surtout à une période où moi, je m'étais lancée, je jouais en France. C'était acté que j'étais dans un créneau house-tech-house, assez UK-oriented. Et ce n'était pas du tout la tendance en France. Et encore moins à Paris. C'était même un peu snobé. J'arrivais de Melbourne et c'était méga cool là-bas. Donc si tu veux, j'assumais entièrement mes choix et j'étais très heureuse de jouer ce que je jouais et d'aller dans la direction où j'allais. Mais c'est vrai qu'à Paris, c'était quand même un délire.
- Speaker #1
Il y a toujours eu un décalage musical entre ce qui se passe à Paris et ce qui se passe à Londres ou des scènes anglo-saxonnes en tout cas.
- Speaker #0
Mais la fête !
- Speaker #1
C'est vraiment même... Des fois, c'est des antagonismes un peu... Il y a un style qui va marcher à un endroit qui est détesté de l'autre côté de la manche et réciproquement.
- Speaker #0
Il y a même un triangle entre Berlin, Paris et Londres, où ce qui va être l'épicentre dance music le plus cool en Angleterre va être le plus cringe à Berlin. Parce qu'on va être dans des esthétiques beaucoup plus techno, beaucoup plus mentales, beaucoup plus... pas de vocale du tout. Alors qu'en Angleterre, plus ça chante, plus c'est singulant, plus c'est betu, il y a quand même cette culture du tube en Angleterre. plus ça va marcher. Et en France, à chaque fois que je parle avec des gens de l'industrie anglaise, ils me disent « on ne comprend pas le marché français » . Ils appellent ça un « black spot » . C'est-à-dire que c'est un marché incompréhensible. On ne sait pas comment faire percer nos artistes qui remplissent des clubs, des festivals, des milliers de personnes partout dans le monde. Mais en France, c'est des « nobody » . Et c'est vrai qu'à chaque fois, je me pose la question, je me dis « mais qu'est-ce qui fait qu'on soit un marché si fermé ? » Je pense qu'on reste très, très... Un peu fière d'être français, fière de nos racines, fière de Headbanger, fière de la French Touch. Je pense qu'on reste beaucoup sur un truc de legacy. Et on a du mal aussi à s'ouvrir à ce qui se passe dans le monde. Je pense aussi parce qu'on n'a pas la chance d'avoir des radios aussi influentes que dans d'autres villes européennes. Et on n'est pas vraiment au courant de ce qui se passe outre-Manche, en Europe. On ne s'intéresse pas forcément. Je trouve qu'on valorise beaucoup la culture locale et française, ce qui est en soi génial, puisque du coup, les audiences sont archi-fans. Je vois des mecs qui ne sont pas du tout underground, mais qui ont des communes de malades, genre Vladimir Cauchemar ou des Moziman, hyper proactifs en France. Mais moi, du fait que je sois snobée par la scène locale, En fait, j'ai fait, au lieu de prendre perso et de vouloir, please, tu vois, les tendances, j'ai fait fuck. Je me suis dit, en fait, je ne vais pas, je suis désolée, je ne vais pas me pervertir ou en tout cas me façonner aux tendances pour juste faire que ça marche. Donc, je suis directe à aller regarder du côté d'Angleterre, des autres pays, essayer de connecter avec les labels, avec les artistes. Et c'est tout con, mais ça passe par envoyer de la force. Ça passe par envoyer sa musique. Et en fait, tu te rends compte que les gens là-bas, ils sont hyper open. Ils écoutent, ils te répondent. Il n'y a pas de... Je trouve que ce n'est pas du tout pour cracher sur la France, etc. Parce que je joue dans plein de villes et j'adore. Mais en France, on a toujours peur que quelqu'un d'autre prenne ta place. Tu vois, il y a une... ultra compétitivité entre tout le monde. On n'a pas encore compris qu'il fallait, on avait plus intérêt à tous connecter entre nous, travailler, collaborer, utiliser l'intelligence collective pour monter. On a toujours peur que non, machin, c'est elle qui va me prendre ma place sur tel line-up, elle est dans le même créneau que moi, et gna Au lieu de faire du son ensemble, faire des collabs, et commencer à créer une scène, parce qu'on va être plusieurs, donc on va être plus forts ensemble, et on va pouvoir rayonner à l'étranger, tu vois. Depuis Ed Banger, il n'y a pas vraiment de scène française qui a réussi à s'imposer encore à l'inter. Je trouve ça trop dommage, mais je le vois. C'est parce que chacun fait son petit truc dans son coin. Aux Etats-Unis, j'ai des retours d'artistes franco-américains qui me racontent que... le cœur de ton succès, la clé de ton succès, ça va être ton réseau, ça va être tous les gens. Tous les gens, tu passes un coup de tête, ah mais je connais le manager de Drake, là on peut aller en session avec son produceur, viens tout de suite, nanana, tu vois. Et ça se fait comme ça, c'est des opportunités de malade qu'on ne peut pas du tout avoir en France. Si un tel connaît le manager de machin, c'est du gatekeeping à mort. Jamais je ne vais te filer mon contact, parce que c'est mon contact. Et ça, tu vois, c'est une promesse que je me suis faite de ne jamais faire de gatekeeping. C'est-à-dire que... Quiconque me demande un contact pour quelque chose, je vais être très heureuse de lui donner. Je vais la mettre en garde sur les manières d'aborder la personne parce qu'elle est comme si, elle est comme ça. Mais je suis pour, en fait, le partage, tu vois, de tout. Des connaissances, des contacts, des skills. Enfin, tu vois, pour moi, la clé, c'est partage, transmission.
- Speaker #1
Ça, on va en parler justement tout à l'heure parce que tu en as fait quelque chose de très concret de ces valeurs-là. On va faire une petite parenthèse justement sur ce côté DJing. On va revenir sur le fait qu'au final, ta crédibilité en France, elle est venue de l'étranger. Complètement. On a une tradition dans 2AZ, je fais des petits cadeaux. Normalement, jusqu'à présent, je prenais un livre de ma bibliothèque.
- Speaker #0
J'adore !
- Speaker #1
Sauf que là, j'ai une artiste musicale, donc je me suis dit que j'allais prendre des disques.
- Speaker #0
de ma bibliothèque c'est trop gentil je suis trop contente non mais c'est trop alors est-ce que tu connais le
- Speaker #1
premier label sur lequel était signé Fatboy Slim tu as la bonne réponse tu gagnes
- Speaker #0
2 vinyles sur lequel il a est-ce que c'était pas Mighty Club 4
- Speaker #1
Non. Skint ?
- Speaker #0
Ah ouais, non. Je ne sais pas celui-là.
- Speaker #1
Donc voilà, ça c'est des... Il date un peu. Mais voilà, tu as un vinyle de Fatboy Slim et tu as un vinyle qui est un classique du label Skint sur lequel était signé Fatboy Slim. C'est un label de Brighton qui s'appelle Brassic Beats.
- Speaker #0
C'est ouf !
- Speaker #1
Voilà.
- Speaker #0
Je suis trop émue, merci. En plus... Peut-être qu'on peut partager l'info à nos auditeurices. Mais du coup, je vais le prendre avec moi, le 22 octobre prochain, puisque Fatboy Slim sera l'invité de ma dernière date en résidence à Paris, à Miyamao. Et donc, je serai plus qu'honorée qu'il puisse signer ce vigné que tu viens de m'offrir.
- Speaker #1
Ben voilà.
- Speaker #0
C'est un truc de fou. Je suis trop contente. Attends, je vais montrer. Voilà, Yann. Merci, je suis trop touchée. Merci beaucoup.
- Speaker #1
Avec plaisir. Et puis, c'est... Je trouvais ça marrant pour l'anecdote, parce que je trouve ça quand même très classe de se retrouver signé, de sortir de nulle part, de ne pas encore avoir de reconnaissance en tant qu'artiste, et d'être signé sur un label d'un des plus gros artistes de la musique électronique. Quelqu'un que j'adore au niveau du son, au niveau de l'attitude en tant que DJ, au niveau aussi de l'esthétique. Je trouve que les clips de Fight Boy Slim de Spike Jonze, notamment, étaient toujours incroyables. Donc voilà, je trouvais ça très cool, très fier que tu sois signé sur son label et que tu le fasses venir jouer. En plus, il y a encore une boucle qui se boucle, je trouve ça génial. Ça, c'était la petite parenthèse, le moment cadeau de 2AZ. On revient, donc, voilà, les débuts dans le DJing, on en a parlé. La production aussi, tu nous as raconté comment ça s'est mis en place, comment ça a décollé. Aujourd'hui, en 2026, tu articules comment le côté production, le côté DJing ? J'imagine que tu te nourris des deux, tu as besoin des deux. Est-ce que tu sens qu'il y en a un qui prend le dessus sur l'autre ou est-ce que ça dépend ? Est-ce que c'est cyclique ?
- Speaker #0
C'est une très bonne question. Encore une fois, on parlait de discussion avec soi-même permanente. Celle-ci en fait vraiment partie. Il y a des fois où je suis complètement déconnectée des deux et donc c'est l'un qui va être moteur de l'autre. Mais en général, je suis un peu en burn-out créatif quand je n'ai plus aucune réponse à aucune de mes questions. Et parfois, il faut juste se laisser se reconnecter à la musique. Donc ça passe par je vais être bookée quelque part, je vais faire une date et je vais jouer des choses et je vais dire c'est vraiment ce que je kiffe en ce moment, jouer. Vraiment, je suis dans cette énergie un peu old school, plus groovy, plus haussier, un peu plus lente. Et des fois, je vais dans un autre mood qui n'est pas forcément lié à ma vie. Ce n'est pas parce qu'en ce moment, je suis... un peu déprimé, que je vais aimer jouer plus dark. Ça n'a rien à voir. C'est vraiment plus, limite, je dirais un peu saisonnier. C'est-à-dire que quand vient l'automne, l'hiver, on va naturellement se diriger vers plus de clubbing, donc des environnements plus dark, plus deep. On a envie de faire des sets plus longs, de connecter avec le public d'une autre manière. Et quand l'été arrive, ça va être tout de suite festival, open air, grande scène, gros sound system, etc. On a plus envie de jouer des trucs à pisse au l'air, un peu. C'est l'occasion de jouer ses nouveaux bangers, etc. Et donc du coup, quand je n'ai plus aucune inspiration de ce que je sais, ce que j'ai envie de jouer ni ce que j'ai envie de produire, soit un DJ set va me recréer le haut des clics, soit... Et donc ça, j'ai vraiment... J'ai dessiné un schéma pour essayer de comprendre mon processus créatif. Ça va passer par trouver des inspirations et aller diguer. Donc ça, c'est des périodes, des moments où je m'enferme et là, je vais sur Discogs. J'écoute énormément de trucs sur YouTube, sur des channels de passionnés, de vieux vinyles, etc. Je vais aller sur SoulCycle aussi.
- Speaker #1
Ça existe encore ?
- Speaker #0
Ça existe encore, c'est mine d'or de partage. Tu vas dans les collections des gens et il y a plein de gens qui ont ripé des vieux vinyles. Il nous arrive aussi avec Yann d'aller dans des... dans des vinyles shops à Paris pour aller écouter des vieux vinyles. Ou alors, et ça, j'adore le faire depuis l'année dernière, il y a une bibliothèque municipale à côté de chez moi. Ils ont une discothèque, pas une boîte de nuit, mais tu vois, comme une bibliothèque, mais version CD-ROM. Pas non, CD. Et là, ce que je fais, c'est que je prends 10, 12 CD au pif. Et là, je les ramène chez moi, j'ai un lecteur CD, je les laisse tourner pendant que je fais d'autres activités, manuels créatifs, loisirs créatifs, montage, autres. Et là, je laisse les CD tourner et parfois, je les laisse. C'est marrant, tu les remets dix fois. Et au bout d'un moment, à la fin de la journée, tu connais le CD presque par cœur et tu as réussi à découvrir un nouvel artiste et en plus, à t'imprégner de sa musique au point où tu connais les morceaux, les enchaînements. Alors qu'au début de la journée, tu ne connaissais cette personne ni d'Avni ni d'Adam. Et c'est un moyen... Hyper intéressant que j'ai trouvé de me reconnecter à d'autres genres musicaux aussi, puisque c'est le problème de faire de ta passion ton métier, c'est qu'en fait, tu perds un petit peu la connexion, puisque ça devient, on va dire, capitaliste, mais j'en vis. Donc je génère des revenus avec ma passion, ma production musicale, etc. Et donc du coup, j'ai une forme de pression qui naît de ça. Et je n'ai... J'ai perdu l'écoute innocente, spontanée, où je suis chez moi dans mon canapé, je me mets une musique que j'aime et je kiffe. Ça, je l'ai perdu.
- Speaker #1
Ok, mais tu le reconnais. Je l'en ai. J'ai l'impression que c'est quelque chose qui m'a toujours fait peur un peu, d'être passionné de musique. Je fais un peu de DJing en amateur, mais justement de passer le cap. J'ai un pote qui est un excellent DJ que j'adore. qui s'appelle Alexis Distraction qui a une culture musicale de dingue et je lui dis toujours mais pourquoi tu ne bosses pas dans la musique ? Il me dit ah non, non, non, j'aime trop la musique je pourrais bosser dedans. Et je trouve ça tellement juste parce que c'est vrai que au bout d'un moment est-ce que tu arrives à écouter un morceau sans but ? Sans se dire tiens, je peux le jouer là ou tiens, je choppe un petit gimmick là ou je choppe là un beat, machin ou je dis tiens, ça s'est fait avec telle synthé ou... Est-ce que tu es de juste écouter pour écouter ?
- Speaker #0
Depuis que je vais chercher ces CD à la bibliothèque et je les laisse tourner chez moi, oui. Mais avant ça, non. A chaque fois, j'écoutais quelque chose, c'était dans un but précis. Justement, tout ce que tu viens de décrire. Sampler le morceau, l'acheter, le jouer, dans quelle playlist, avant quel DJ, faire un remix, ou même l'écouter avec une oreille d'analyste. l'arrangement, le mix. J'ai perdu complètement le côté juste innocent de mon rapport à la musique. Ça a été un de mes grands regrets parce que du coup, t'as l'impression d'avoir un peu corrompu ta relation. C'est comme si c'était un être cher. T'as un peu perverti ta relation à cet être cher parce qu'il y a un intérêt maintenant vis-à-vis de cette chose.
- Speaker #1
C'est plus un amour inconditionnel.
- Speaker #0
Non, c'est un amour conditionné par ta réussite professionnelle. et il y a ce truc capitaliste qui vient un peu genre... tout gâcher, tu vois, le fait qu'il y ait la finalité, ce soit de générer de la thune, alors que c'est absolument pas l'intention de base, tu vois. Mais oui, l'intention de base, c'était justement moi, dans mon espèce de de cheminement sacré, tu vois, de respect authentique de l'art qu'est la musique, tu vois, cette espèce de promesse que je me suis faite un peu religieuse à moi-même, bah, t'as l'argent, le système, capi. qui vient supplanter tout ça et corrompre le process mais j'essaie tout le temps de trouver des moyens de contourner encore dans ce dialogue avec moi-même comment revenir à une relation plus pure à la musique aux origines de pourquoi je fais tout ça et j'ai des périodes où je suis Merci. à donf, je sais exactement où je vais, quelle musique j'ai envie de sortir, quelle musique j'ai envie de jouer. Et donc là, je suis sur des rails. Et il y a des périodes plus de flottement, où c'est la fin d'un cycle, bientôt un nouveau qui va commencer, ou alors je suis en panne totale l'inspire. Et là, je sais que, ok, on fait un pas en arrière, on va faire une rando, on va faire du vélo, on se rafraîchit les idées, on va marcher en nature, on réécoute de la musique, juste pour le plaisir d'écouter de la musique, tu fais d'autres loisirs créatifs. pour justement aussi couper un petit peu avec la musique. Et là, naturellement, il y a le flow créatif qui revient. Mais j'ai aussi appris à ne surtout pas le forcer ni le push. Cette pression, je ne me la mets pas, mais je n'autorise personne à me la mettre non plus. Parce que ça arrive.
- Speaker #1
C'est important.
- Speaker #0
Si j'ai des managers qui sont intéressés, si heureusement mon agent, c'est une perle rare, jamais au monde, il ne m'a mis la pression non plus. Donc, je ménage tout ça de manière extrêmement... vraiment attentive, de sorte à ne pas en rajouter une couche sur le burn-out créatif. Mais donc du coup, écouter des CD de la manière la plus spontanée et innocente possible, c'est une manière pour moi de me reconnecter à la musique. Mais il faut qu'il y ait du hasard là-dedans. Il ne faut pas que ce soit Spotify qui me propose des playlists. Il ne faut pas que ce soit moi qui réécoute le même album de Rihanna que j'écoutais quand j'avais 15 ans. C'est des trucs à la con, tu vois. Mais il faut aller vers du renouveau. et laisser la musique venir à toi plutôt que toi aller vers la musique. Et je trouve que ça, c'était quelque chose qui était hyper précieux et tellement stylé quand on était plus jeunes. Déjà, il y avait un objet physique, qui était le vinyle ou le CD, et on laissait le CD tourner. C'est-à-dire que c'était la musique qui était chef d'orchestre. Ce n'est pas nous qui streamions, changions au bout de 15 secondes, faisions des playlists selon nos goûts. T'apprenais à aimer un album dans son entièreté.
- Speaker #1
Ouais, pour faire une playlist, il fallait écouter l'album d'abord.
- Speaker #0
Ouais.
- Speaker #1
Pour savoir quel morceau t'allais choisir.
- Speaker #0
Et t'apprenais à aimer les morceaux que t'aimais le moins. T'apprenais à aimer des morceaux, s'ils avaient été suggérés dans une playlist Spotify, tu les aurais pas écoutés. Mais parce qu'ils font partie du CD dans son entièreté, t'apprends à aimer l'objet, le projet de l'artiste qu'il a sorti en telle année. Et ça te connecte. Plus je trouve à son univers que simplement le tube de l'album que tu as adoré, sur lequel tu es en sang, que tu vas écouter 150 fois en une heure pendant cinq jours et après tu vas passer à autre chose. Et faire des pauses, écouter de nouvelles musiques qui n'ont rien à voir avec ce que je joue, tout ça va contribuer à élargir mon chant, mes idées, ma créativité et à me reconnecter à la musique.
- Speaker #1
Est-ce que tu es capable encore de pleurer en écoutant un morceau de musique ?
- Speaker #0
Ouais, Franchement, je suis grave... Alors, des fois, ça va être des vieux morceaux, mais ça va être des nouveaux albums. Et souvent, c'est aussi dans des périodes où je suis plus émotive et plus à fleur de peau. Et j'aurais bien aimé... J'aime bien réfléchir à ces questions en amont, mais là, quand c'est sur le pouce, comme ça, je suis... Je suis toujours un peu... Merde, attends, quand c'est ce que j'ai pleuré dernièrement ? Et ça m'est arrivé. Si ça me revient à la fin du podcast, je ferai une petite intervention.
- Speaker #1
Tu as parlé justement de ton processus créatif, donc de ces cycles. Et quand ça bloque, justement, tu vas faire de la rando, tu vas dans la nature. C'est quoi ton rapport à la nature, justement ? Et après, je vais te laisser répondre et après on parlera du collectif GoGoGreen, justement.
- Speaker #0
Quand j'étais enfant, mes parents avaient un petit fourgon Volkswagen. Et nos vacances consistaient à prendre ce fourgon et partir dans les pays limitrophes à la France, dormir n'importe où et découvrir des pays par la route. Et j'en garde des super super bons souvenirs et j'ai trop aimé le côté route. Tu vis avec trois trucs, deux Tupperware, tu manges ta petite boîte de thon, tu vas faire des petites marches la journée, tu changes de sport. c'était vraiment un sentiment de liberté en étant enfant que je cheris beaucoup. Et lorsque j'en ai eu l'opportunité en Australie, j'ai moi-même loué des vannes et j'ai pris la route. C'était super bien, j'ai trop kiffé. Et première expérience de rencontre avec des nouveaux paysages, c'était par ce biais-là. Donc voilà, j'ai eu la chance avec mes parents de pouvoir faire quand même pas mal de randos. et de marche et de découvrir des pays autres que la France, qui est d'ailleurs un pays tellement riche. Aujourd'hui, je ne pars plus en voyage. Si je suis bookée pour une date, je vais aller à l'étranger et je vais être hyper honorée de pouvoir voyager via ce biais-là. Mais maintenant, si je prends des vacances, je veux rester en France et je veux aller marcher ou faire du vélo. Je n'ai pas encore de vanne, mais j'espère que ça arrivera. Mais en tout cas... J'ai quand même beaucoup, beaucoup, beaucoup de plaisir à être dans la nature. Je trouve que c'est des moments hyper, hyper précieux de juste marcher, se reposer l'esprit de la nature. Elle ne te juge pas, elle s'en fout. Tu t'en fous de à quoi tu ressembles. Il n'y a plus aucune injonction à qui on est. Il n'y a plus d'égo. On s'en fout de tout. On est juste là dans le moment et ça me repose. énormément l'esprit qui est tout le temps en train de turbiner, soit de réfléchir à l'avenir, ou repenser au passé, ou alors essayer d'avoir des nouvelles idées créatives. Donc ça fait du bien de le mettre en off. Mon rêve absolu, et les gens qui me connaissent, ou alors me suivent un peu sur réseau, savent à quel point je suis obsédée par les animaux, et en particulier les chiens. Mon rêve, c'est d'avoir un... Je ne peux pas savoir à quel point je rêve d'une vie où je... Je promène mon chien le matin, le soir. C'est mon moment privilégié avec lui ou elle. Voilà. Donc, on y est bientôt, j'espère. C'est qu'une question de temps avant que j'y arrive. Mais en tout cas, mon rapport à la nature, il a émergé, petite, grâce au voyage en van. Et ensuite, je suis quand même partie en 2010-2015 en Australie. Mais j'ai aussi vécu un an en Amérique du Sud. Et j'ai fait des études. À Cuba, j'ai fait un stage en Équateur dans la forêt amazonienne qui a duré 4 mois. Et après, j'ai fait un voyage en sac à dos pendant 5 mois, toute seule. Et j'avais 22 ans à l'époque, j'ai surtout en 2015. Et là, je ne peux pas imaginer la claque, mais vraiment la claque que j'ai prise en termes de découvertes, qu'elles soient culturelles ou de paysages. L'Amérique du Sud, c'est un truc de malade. Là, je ne te parle pas des volcans d'Auvergne. Là, je te parle de cascades, du désert de Douyouni en Bolivie, où tu as un désert rose en vert. Tu as un lac vert, un lac bleu, un lac noir, et puis tu as des flamants roses. C'est limite s'il n'y a pas des dauphins qui vont descendre du ciel. C'est un truc de malade. J'ai eu des moments d'épiphanie tellement intenses que j'ai pour le coup pleuré devant des paysages tellement j'hallucinais. Et je me disais, c'est pas possible que notre terre abrite des merveilles comme ça. Et bon, paroxysme du syndrome de Stendhal, d'être tellement submergé par la beauté de ce qu'on voit qu'on en perd tous ses moyens. Et j'ai eu la chance pendant mon année de burn-out de justement partir en rando faire du vélo et d'avoir l'impression de heal par la nature. Tu vois ? nature qui t'offre des moments d'apaisement, de break mentaux, de le flux continu, il se stoppe pour un instant, il t'aide à y voir plus clair, etc. Je l'ai vécu comme une chance, un privilège de juste se retrouver seule avec soi et d'aller mieux. Et de là émergeait mon envie de cofonder en collectif un projet avec d'autres personnes où on met la nature un peu au cœur de nos préoccupations, de nos événements. pouvoir sensibiliser, pouvoir organiser des événements en pleine nature. Et à l'occasion d'une petite teuf entre potes, qui ne sont pas des potes, donc je n'ai pas forcément envie de leur donner des noms ou quoi que ce soit. Mais j'ai rencontré plusieurs autres DJ avec lesquels on a cofondé GoGoGreen, qui est un collectif qui promeut des valeurs de lien social et d'environnement. On a pu bosser avec beaucoup de militants, d'associations, porter des projets incroyables. rencontrer des personnes qui nous ont donné beaucoup d'espoir par rapport à la situation en conjoncture actuelle, qu'elle soit écologique ou politique, dans un monde où les liens sont vachement délités, où les jeunes prennent de plus en plus d'antidépresseurs. Ça m'a donné de l'espoir de faire partie d'une communauté. On a créé cette tournée à vélo qui s'appelle Bike to Basics, au départ de Bordeaux jusque dans le Pays Basque. L'idée de cet événement, c'est de créer un festival itinérant où le public nous suit à vélo. On s'arrête tous dans les campings et le soir, on va dans différents lieux pour faire la fête tous ensemble. On a fait six années d'affilée, cette année on fait une pause. On a la chance dans notre malheur, c'est une année horrible pour la région, à cause des incendies. Ça nous a dévastés. La vélo dit s'y comprend habituellement chaque année. C'est des régions où il n'y a plus rien, il y a des villages entiers qui ont été détruits par le feu. Franchement, j'ai même... J'ai même dû arrêter d'aller sur les réseaux tellement ça m'a affecté. Et on aurait dû annuler si on l'avait organisé cette année. Donc ça remet en question tellement de choses. Tu n'as pas envie d'arrêter parce que c'est un projet qui te donne des espoirs, mais à la fois, tu n'as pas envie de mettre les gens en danger. Et tu n'as pas envie de prendre une route brûlée. Donc il y a plein de questions qui se posent, de problèmes qui sont soulevés. Mais on adore. Bike to Basics, on adore ce projet, on a pu te rencontrer.
- Speaker #1
C'est comme ça qu'on s'est rencontrés, ouais.
- Speaker #0
On est tellement heureux parce que quand on est arrivé, la première année on était quatre, la dernière année on était 650. Et quand on est arrivé en présentant notre projet aux locaux, on a été hyper bien accueillis, les gens sont ouverts à notre initiative. On sait aussi que... quand t'es pas du coin, ça peut être plus compliqué, surtout pour des gens qui sont installés depuis longtemps, et c'est normal, ils sont sollicités tout le temps, on fait pas confiance tout de suite. La plupart du crew sont des gens qui viennent de Paris, en plus, donc on sait qu'il y a quand même on freine un petit peu la colonisation parisienne en terre basque et landaise, et en fait, le fait de venir, je pense, à travers une initiative slow life, respect de l'environnement... avec les valeurs qu'on porte et qu'on défend. On a rencontré des gens incroyables, dont toi, qui nous ont ouvert leurs portes, qui nous ont fait rencontrer des gens, nous ont permis de jouer dans des lieux trop, trop sympas. Tout notre public a été conquis. Et c'est des liens qui se sont aussi ancrés dans le temps et qui font qu'aujourd'hui, on n'organise pas la tournée, mais on vient te voir, tu nous héberges, tu nous ouvres les portes de ta maison. Et c'est incroyable pour nous. Ça nous fait tellement plaisir de nous dire qu'on... On avance dans la vie tout en continuant à tisser des vrais liens avec des gens et que rien n'est fini, rien n'est acté, tout se construit et tout est à faire encore.
- Speaker #1
C'est vrai, je suis un peu ému là. J'adore. Non mais je repense aux premières années où on vous a vu arriver avec votre crew à vélo, moi ça m'a... ça m'a... je trouvais ça super... très beau la dynamique qu'il y avait et tous les gens qui vous suivaient, il y avait une ambiance qui est... je ne peux pas employer des termes qui sont galvaudés de bienveillance, de respect mutuel, c'était hyper mignon quoi, à voir, tu vois, c'est pas du tout péjoratif, enfin comment je le dis, au contraire, t'avais l'impression que c'était tout. groupe de bisounours qui arrivait à la plage, ils étaient tous contents, hyper polis, tout le monde était vachement cool. Ça fait du bien, quoi. Ça fait vachement de bien. Enfin, nous, c'est que, voilà, moi, j'étais dans un collectif qui s'appelle La Standard, et qu'en fait, c'était l'échange de collectif à collectif. Et c'est pour ça que nous, on avait adoré votre initiative. Et je trouvais l'initiative, ouais, vraiment saine. Et puis en plus, ça fait faire du vélo aux gens, c'est vachement bien. Ça fait découvrir des coins que peut-être ils ne connaissaient pas. Enfin voilà, j'adore le concept. J'espère qu'il va revenir. Dans le cadre de Go Go Green, justement, toi, tu t'es retrouvé à prendre la parole il y a quelques années, notamment sur le DJing, sur le fait que les DJ superstars voyagent en jet privé et tout ça. Et t'es devenu un peu, alors je ne sais pas si c'est malgré toi ou pas, un peu la porte. de parole de cette mouvance anti-jet privé, on va appeler ça comme ça, parce que tu peux me raconter un peu, tu t'es retrouvée vachement dans les feux de l'actu, en tout cas dans les médias de musique électronique t'as beaucoup pris la parole voilà, comment ça s'est passé tout ça ?
- Speaker #0
J'ai fait un tweet où je disais j'espère que cette année on verra pas de DJ en private jet, parce que c'est la mode, quand les saisons commencent ils posent tous avec leurs gros muscles devant des jets privés, mais moi ça me... Tu sais quand t'es complètement en décalage avec quelque chose qui est cool pour certains et toi c'est genre le summum du cringe. C'est genre mais bon, c'est une culture, tu vois. Donc j'ai assez de recul pour comprendre ce qui pourrait plaire mais je trouve ça tellement lame et has been aujourd'hui, surtout quand t'as plus besoin de diguer dans des médias underground pour savoir que le monde part totalement en sucette et l'écologie c'est vraiment, la biodiversité s'effondre. et le réchauffement climatique est déjà en marche. Donc quand je vois beaucoup de mecs qui sont toujours dans leur vieux truc bling bling de surconsommation de thunes et non dans des schémas hyper délétères pour l'environnement. Surtout, tu mets une énorme distance avec ton public. Tu leur montres que toi, tu prends un jet. Probablement que le coût de ton trajet, c'est 10 000 balles et c'est du CO2 en pagaille. Bah, tu te... Mais un peu en haut de la chaîne, la pyramide sociale, tu vois. Et c'est trop un schéma d'incarnation, d'être un artiste que j'ai du mal à comprendre. Nous, au contraire, on vient à vélo avec tout le monde, tu vois. On a des sacs à dos, on a des sacoches, on campe avec le public, tu vois. Donc on casse, on pète les cloisons de la distance que les gens mettent entre le statut d'être artiste et le public. et donc Vraiment, poser à côté d'un jet, pour moi, c'est la honte. Tu vois, je vois ça et je suis un... Toi, tu trouves que c'est trop cool. Moi, je trouve que c'est trop la honte. Donc, j'ai fait ce tweet. Et Trax Magazine nous a contactés pour justement parler face cam sur ce sujet. Et c'est vrai que je n'ai pas mâché mes mots ce jour-là. Donc, j'ai dit ce qu'il y avait à dire. C'était pisser à l'arrêt de l'écologie, de faire ça. Et on s'est... Alors vraiment, je pense que c'est un concours de circonstances énormes. Dès le lendemain, il y avait d'autres influenceuses, des filles de la... Kardashian, qui faisaient n'importe quoi avec des jets. Et il y a des lois qui allaient passer sur taxer le kérosène des jets. Enfin, il y a eu vraiment une synchronisation entre notre prise de parole et l'actualité qui a fait que ça a eu un effet, vraiment, ça a amplifié notre prise de parole. Et puis, ça s'est tassé. Tout le monde a oublié. Aujourd'hui, tout le monde s'en fout. Je suis désolée. C'est où j'en suis aujourd'hui dans mes réflexions. Mais c'est que ces go-go green existent toujours. Ça devient un label de musique puisqu'on n'est plus que deux aujourd'hui dans le collectif. Donc, est-ce que ça fait toujours sens de s'appeler collectif ? Je ne sais pas. Mais la tournée Back to Basics continuera d'exister. Après six ans d'existence, je peux te dire une chose, c'est que malheureusement, j'ai l'impression que le monde est tellement fucked up en ce moment, à cause de dirigeants politiques qui sont complètement schtarb aux Etats-Unis et ailleurs, qu'en gros, l'écologie, j'ai quand même l'impression, malgré le fait que tout s'accélère énormément, et les prévisions du GIEC qui étaient annoncées pour 2030-2050, tout se met en place dès à présent, donc c'est pire que tout. Mais en novembre, plus personne n'en parlera. Tu vois ce que je veux dire ? Oui,
- Speaker #1
je sais.
- Speaker #0
Malheureusement,
- Speaker #1
c'est dur de passer des années à essayer d'éduquer, de faire la sensibilisation, pour voir qu'en fait, ça n'avance pas, voire même ça régresse. Ça régresse complètement. Je t'avoue que c'est hyper démoralisant.
- Speaker #0
C'est hyper démoralisant. Et j'ai eu un... Je pense qu'avec l'arrivée de Trump, le nouveau mandat, le... Le président d'Argentine, les trucs, enfin, c'est en poutite. Quand tu regardes l'actualité, j'ai un peu perdu de mon mojo de militant, tu vois. C'est vrai ? Mon mojo militant. Ouais, grave. Je me sens beaucoup moins légitime, j'ai plus la force, le moral. Je dois quand même essayer de mener bien ma carrière. Je suis quand même, maintenant, j'ai des dates où, tu vois, j'ai une date à Chypre en septembre. Les gens me disent, mais tu y vas comment ? Tu vas comment ? J'y vais en vélo. Il y a eu aussi un énorme amalgame entre notre prise de position sur les jets et le modèle artiste bling-bling de malade et nous qui prenons l'avion, qu'on ne prend pas, très peu. La discussion que j'ai avec mes agents, c'est que je veux prendre l'avion s'il n'y a pas d'autre option. Je peux prendre le train pendant 10 heures s'il faut, il n'y a aucun problème. J'adore ça d'ailleurs. Est-ce que c'est des moments où... Personne ne peut m'appeler, il n'y a pas de réseau, je peux faire du son, je peux lire, je peux me reposer, je peux regarder le paysage, je peux me... voilà. Et donc du coup, je déteste prendre l'avion. J'aime pas dans les faits parce que je trouve ça trop chiant, tout est chiant dans l'avion. Et je n'aime pas non plus le caractère, pas actuellement de prendre l'avion. Donc vraiment, ma carrière aussi se développe organiquement. Donc je commence à avoir des demandes dans des pays hyper atypiques et je suis trop fière de pouvoir y aller par le biais de mon travail. Donc dans un cas d'autres options, je peux le prendre. Mais du coup, il y a encore ce truc qui me colle un peu à la peau. Et tu vas comment ? Bah oui, comment j'y vais ? A ton avis, je te pose la question. Donc bref, ça mérite un petit peu. Et à la fois, je suis aussi responsable probablement de ça. Et à la fois avec Ippoko. Et c'était des positions qui étaient aussi claires sur un sujet. Jet, avion, les gens n'ont pas creusé pour faire vraiment la différence sur ce que je disais. Mais oui, du coup, on a quand même, à une époque où on parlait beaucoup des jets. Et aujourd'hui, on revient à début d'été. J'ai vu des cakes. encore des mecs avec leurs gros muscles et leurs débardeurs posés à côté d'un jet et je suis en mode putain mais vous êtes tellement asbi mais vous je comprends pas donc il faut se ménager encore une fois parce que si tu vois chaque jour pourrait être il pourrait avoir son lot de triggers c'est à dire qu'en gros moi je dois ménager ma santé mentale parce qu'il y a tellement de paramètres que je maîtrise pas, d'ailleurs j'en maîtrise que très peu moi qui peux faire de la musique et faire mon contenu Tout le reste, ça ne m'appartient pas. Les conjonctions politiques, environnementales, les trends, l'algorithme d'Instagram, je ne maîtrise rien. Et ce manque de prise sur mon réel peut conduire à des gros, grosses périodes de breakdown, de burn-out artistique créatif. Et donc, je dois faire attention à tout ça. Et par exemple, le fait de porter ce collectif engagé pendant autant de temps et de voir qu'aujourd'hui, c'est la loose. totale, ça m'a énormément affectée, impactée. Et j'ai dû, je me rends compte aujourd'hui que j'ose plus prendre la parole sur des sujets qui, avant, étaient hyper importants pour moi. L'actualité, et surtout, Instagram, c'est tellement un endroit de violence. C'est le théâtre, mais là, au mois de juillet, il y a eu les incendies, il y a eu des faits, autant la musique avec Barbara Boach, qui a été dont le concert a été arrêté, qui a été le théâtre de déchaînement, mais politique, à tel point que j'ai rompu avec Instagram en juin. Je n'arrivais plus à aller dessus, parce qu'à chaque fois que je l'ouvrais, j'étais prise dans une bulle algorithmique où tout ce qui apparaissait dans mon feed, c'était extrêmement anxiogène. Et je suis quelqu'un d'assez... J'arrive à mettre des limites et j'arrive à toujours rebondir quand il y a quelque chose qui ne va pas. J'ai des outils pour aller mieux, tu vois. Le sport, la nature, mon couple. Mais là, je n'avais plus rien. Tu vois, je me sentais... Je n'avais plus de peau. Ma chair était à vif et Instagram venait me brûler, tu vois. Et donc là, j'ai du mal en ce moment à aller dessus. Je trouve que c'est plus ce que c'était. Je trouve que c'était plus fun, innocent, marrant avant. Aujourd'hui, c'est à qui va lâcher le truc le plus haineux, raciste ou grossophobe, lesbophobe. C'est tout, tout. À chaque fois que tu lui dis un post, tu lui regardes les commentaires, c'est n'importe quoi. Tu as l'impression qu'il n'y a plus aucune bienveillance. Après, est-ce que c'est moi en ce moment qui constate ça parce que je suis prise dans ce truc sur Instagram ?
- Speaker #1
En tout cas, c'est ce que l'algo va te montrer. C'est ça déjà. Et pourtant, aujourd'hui, être artiste de musique électronique, tu ne peux pas faire sans Instagram.
- Speaker #0
Tu ne peux pas.
- Speaker #1
C'est un outil de travail.
- Speaker #0
C'est encore plus déprimant de dire que tu dépends de ça. C'est comme si mon travail, c'est comme si j'allais au bureau tous les matins et que j'avais mon boss qui était un gros pervers narcissique. Et tu dois vivre avec ça, tu vois, tu dois aller tous les matins au travail en te disant « Aujourd'hui, je vais prendre cher, mon boss, c'est un gros pervers d'un ci qui me déprime. » Eh bien moi, aujourd'hui, en tant qu'artiste, utiliser Instagram, ça me fait le même effet. J'ai l'impression de devoir rendre des comptes et de devoir utiliser un outil qui me déprime et que je trouve hyper délétère pour ma santé mentale. Donc c'est très dur, encore une fois, on rentre dans tout ce que je te dis depuis le début, des discussions avec moi-même, comment je peux ménager mon utilisation, comment je peux... essayer de faire du contenu. Je poste, mais je ne regarde pas mes DM, je ne regarde pas les commentaires. J'y vais juste pour poster mes trucs, mais je ne développe pas ma communauté en créant un engagement avec. Parce que je n'arrive pas à passer du temps. C'est pour ça qu'on n'a pas réussi à se parler sur Instagram et en DM, parce qu'en fait, j'y passe moins de temps possible.
- Speaker #1
Tant mieux pour toi.
- Speaker #0
Merci. Mais j'ai ouï dire, Yann m'a donné cette info hier, et si c'est le cas, mais oh my God. Apparemment, les deux patrons de MySpace...
- Speaker #1
Ah oui, ils reviennent. J'ai lu quelque chose aussi.
- Speaker #0
Et alors, ils veulent fight contre les logiques algorithmiques. Mais c'est mon rêve. Moi,
- Speaker #1
j'adorais MySpace.
- Speaker #0
J'ai découvert quand c'était que la fin, malheureusement. Mais l'idée d'avoir juste une plateforme qui est ton petit univers artistique, où tu poses ta musique, tu peux avoir un peu ton merch. Moi, je fais de l'illustration, donc je pourrais poster mes illustrations, je pourrais faire un mail club avec ma commu. En fait, prendre du plaisir à être artiste et à partager avec ta commu sans avoir à subir toute la violence auquel on est confronté tous les jours quand tu vas sur Instagram et qui est tellement déprimante. Pour moi, en tout cas, en ce moment.
- Speaker #1
Tu parlais tout à l'heure, j'ai trouvé le concept hyper pertinent d'employer la notion de consentement dans le cadre professionnel. C'est-à-dire que tu vas sur ton travail et en fait, mais tu n'es pas consentante. tu subis ton travail. Ça résonne beaucoup. Je pense qu'il y a malheureusement beaucoup trop de gens qui sont dans ce cas-là de subir le job parce qu'ils n'ont pas le choix. Ben ouais. Ils n'ont pas le choix. Est-ce que justement l'utilisation des réseaux sociaux et d'Instagram notamment, c'est pas malgré toi ?
- Speaker #0
Complètement.
- Speaker #1
Mais t'as pas le choix.
- Speaker #0
J'ai pas le choix.
- Speaker #1
Si tu as le choix, mais si tu choisis de ne pas l'utiliser, ça a forcément des conséquences sur tes bookings, par exemple, j'imagine.
- Speaker #0
Ah oui, oui. Ne pas l'avoir, impossible de ne pas l'avoir. Je pourrais l'avoir sans rien poster et me développer autrement par YouTube, par Twitch, par Discord, par une newsletter. Ça prendrait beaucoup plus de temps, tant qu'aujourd'hui, je considère ne pas forcément l'avoir. Et puis surtout, j'ai d'autres envies dans ma vie. envie de... déménager de Paris, j'ai envie d'avoir un chien, j'ai envie d'avoir un atelier créatif dans lequel je puisse produire et faire d'autres formes d'art. Donc, si tu veux, j'ai pas cinq ans devant moi à essayer de me développer autrement que par les réseaux. Mais oui, moi, je suis dans un cas de figure un peu particulier où, en fait, en soi, j'adore avoir une plateforme sur laquelle je partage mes arts parce qu'en plus, je fais de la musique, mais... Je fais aussi du mix média, je fais aussi des petites animations, je fais aussi du collage, de la photo, je fais plein de choses. Et tu ne peux pas savoir à quel point ça m'anime. Et encore que je mets beaucoup de pression sur la musique, donc j'ai un peu perdu ma connexion à la musique en ce moment, mais autant toutes les autres formes de loisirs créatifs sur lesquelles je ne mets aucune pression, puisque du coup, je n'en vis pas directement. Mais tu ne peux pas imaginer que je me lève le matin, mais je peux même faire des insomnies tellement je suis excitée à l'idée de créer. telle chose parce que j'ai tel inspiré et j'ai des cycles créatifs comme ça mais complètement obsessionnel où je vais aller à donf par exemple l'année dernière j'étais à donf d'en créer mes bagues en pâte fimo j'en ai fait 150 mais je m'en rappelle très bien oui bien sûr j'ai fait des bagues fimo à ne plus en finir et j'ai offert à tout le monde et puis fin et puis je passe à autre chose et puis et puis un an plus tard je reviens sur tel cycle parce que ça y est c'est C'est son moment. Et... Et donc, j'aime créer et j'aime partager mes créations. C'est juste que je n'aime pas la plateforme Instagram. Je la trouve horrible. Je la trouve hyper codifiée, hyper dopamine, shot de dopamine oriented. C'est très, très... En fait, c'est même en train de changer la plasticité des cerveaux des gens. Ça nous habitue à consommer de l'information hyper rapide, hyper intense. Et des fois, je vois des trucs sur la maltraitance animale, je suis en Ausha. Et le truc d'après, c'est mix-médi-animation. Je suis en mode, oh, trop bien ! Et donc, du coup, tu mets toutes les informations au même niveau. Voilà.
- Speaker #1
Tu fais un yo-yo émotionnel en 30 secondes.
- Speaker #0
Et comme tu vis ça continuellement tous les jours, du coup, tu te désensibilises. Et pour te protéger, tu n'as plus d'insensibilité émotionnelle. Donc, du coup, plus rien ne te touche. Et tu vois, des fois, je me sens mal à l'aise de ne pas être sensible à des faits d'actualité qui sont, mais abominables. Et je regarde comme si je regardais une vidéo d'un tuto. un truc et alors là tu vois et je déteste ce que je suis en train de devenir je déteste le fait que les plateformes les social aujourd'hui nous nous déconnecte de la réalité des autres nous enferme ces bulles de violence et donc du coup je n'aime pas l'utilisation de la passion d'un stade mais si un nouveau modèle émergé de plateforme et je ne mange n'attend que ça et à la fois je pourrais me dire mais créé la camille comme j'adore voilà des jeux des tutos sur qui elle est du tout pour ça J'ai très très hâte de la prochaine plateforme beaucoup plus saine et beaucoup plus bienveillante qui va émerger. Je l'attends avec impatience.
- Speaker #1
Alors, je rebondis sur les bagues que tu as créées l'an dernier, parce qu'il y a une personne à qui tu as offert une de ces bagues qui a une question à te poser.
- Speaker #2
Salut Camille, c'est Agathe. Moi, j'ai une question. que j'ai très envie de te poser aujourd'hui, qui concerne ton vécu subjectif en tant que femme, dans le milieu de la musique, dans le milieu de la nuit. Et donc j'aimerais que tu nous racontes tout ça, et quels sont tes combats aussi s'il y en a, comment tu te protèges, s'il y a des moments où il est utile que tu te protèges. Et pour finir... Comme c'est quelque chose de merveilleux et d'absolument fabuleux quand même d'être une femme, j'aimerais savoir ce que ça t'apporte en plus. Je t'embrasse.
- Speaker #0
Agathe !
- Speaker #2
C'est Agathe Thaumann, artiste, peinte, photographe, dessine, qui écrit.
- Speaker #0
Adorable. Je suis très contente de recevoir cette question d'elle.
- Speaker #1
C'est comme le studio de AZ est dans son univers, dans son atelier.
- Speaker #0
C'est magnifique d'ailleurs.
- Speaker #1
Donc, question à tiroir.
- Speaker #0
Donc déjà, en tant que femme, en tant que femme dans les musiques électroniques, et ensuite, qu'est-ce que je chéris dans le fait d'être une femme créatrice ? Tout d'abord, pendant très très très longtemps, j'avais intégré une forme de sexisme, moi-même, envers les femmes. Donc, c'est-à-dire qu'en fait, j'avais intégré l'idée que les femmes se victimisaient beaucoup, jusqu'à un certain âge, jusqu'à 22-23 ans. Pour moi, les femmes, c'était des chochottes qui racontaient n'importe quoi, qui se victimisaient. Je ne prenais pas trop en considération leurs paroles en tant que victime.
- Speaker #1
C'était très machiste. Oui, oui, oui.
- Speaker #0
C'est lié à mon... Malheureusement, je ne vais pas rentrer dans les détails, mais ma vie... personnel, ma construction, etc. Et je ne m'en rendais pas forcément compte, mais je m'étais construite aussi un personnage d'homme-boy un peu battante, très, très... J'aimais bien être la seule femme dans des groupes d'hommes, mais pas en tant que copine, en tant que pote.
- Speaker #1
De gros, quoi.
- Speaker #0
Et j'y allais dans leur centre. La meuf badass. Voilà. Et j'allais dans leur sens quand il s'agissait de descendre un peu les femmes. Et les rencontres de femmes artistes, des nouvelles amitiés qui sont rentrées dans ma vie à Paris, de femmes qui subissaient vraiment des violences sexistes, sexuelles et qui m'ont raconté leur vie, m'ont fait complètement changer. Déjà humainement, mais aussi d'avis. Et je suis allée dans l'autre extrême. Quand j'ai pris conscience de ça, c'était... Je ne dirais pas jusqu'à misandre, mais j'ai porté le fardeau de vouloir défendre toutes les femmes, de prendre leur défense quand il fallait, de développer des projets féministes, et de beaucoup m'informer, de lire des livres. Et waouh, ça a été un nouvel changement dans ma personnalité. aujourd'hui... J'ai les codes, parce que je les ai intégrés masculins. J'ai conscience de la manière dont l'industrie est organisée. Mais à la fois, je sais aussi me positionner de sorte à ce que je suis très peu victime de réflexions sexistes. Je n'ai pas beaucoup été sexualisée en tant qu'artiste DJ. C'est une chance parce que je sais que beaucoup de femmes le vivent et je leur apporte tout mon soutien. Ça m'est peu arrivé quand même. Il y a eu des fois où, par vraiment prise des normes de risque d'un technicien, quelque part sur un festival, qui me parle comme une merde, mais je lui réponds à hauteur de sa réflexion.
- Speaker #1
On ne va pas être à sa place. Oui,
- Speaker #0
il y a eu une fois où...
- Speaker #1
Tu n'aimes bien... Oui,
- Speaker #0
il y a eu un choc d'un technicien qui m'a parlé comme de la merde. Et j'ai rigolé. En fait, j'ai explosé de rire à deux reprises en lui demandant si c'était une blague. Et j'ai vu dans ses yeux qu'il y avait un... Merde, non, c'était pas une blague. Je lui ai dit, je te donne une deuxième chance de me dire que c'est une blague. Ouais, donc, tu sais, yes. Voilà. Et bref, après, je lui ai parlé à hauteur de ce qui m'a... Enfin, je l'ai remis à sa place. J'ai fait mes retours au festival. Bref, l'histoire est enterrée, mais... Voilà, je suis peu victime... De violences sexistexuelles, mais c'est juste une chance. C'est que ça aurait pu m'arriver mille fois, ça arrive beaucoup. Je suis proche de personnes qui récoltent des témoignages. C'est extrêmement répandu, de plus en plus de MeToo, de plus en plus d'enquêtes, de plus en plus de prises de parole, heureusement. Beaucoup, beaucoup d'hommes encore qui bénéficient de protection. Donc le chemin est encore très, très long. Et j'espère pouvoir être là, soit en tant qu'oreille attentive, soit agir si je peux, si besoin, pour lutter contre ces violences. Et ensuite, pour ma part, pour porter ma petite pierre à cet immense édifice, j'essaie de porter de nouveaux projets, comme par exemple celui de Traquan, avec Marge, notre DJ productrice, pour transmettre tout ce que j'ai appris sur Ableton. à des personnes flintas. Donc, proposer des ateliers, des initiations, des sessions digitales à des prix abordables et accessibles pour pouvoir espérer que de nouvelles voix s'élèvent et de nouvelles artistes émergent en apprenant les bases d'Ableton et la production. Donc voilà, j'ai quand même...
- Speaker #1
T'as déjà lancé cette initiative ? T'as déjà fait des premiers ateliers ?
- Speaker #0
J'en ai animé plusieurs déjà, j'adore ça. Franchement, ça m'excite grave. J'ai même peut-être pour projet, post-carrière DJ, productrice, d'avoir mon petit centre de formation, peut-être avec Marge, et de proposer des initiations breverts à tous.
- Speaker #1
Donc il y avait déjà la Pitong Academy, il y aura peut-être la Camille Hiddo Academy ?
- Speaker #0
Non, ce serait Track One, le nom de mon projet. Track One,
- Speaker #1
et vous êtes quoi, sous format associatif ?
- Speaker #0
Tout à fait, ouais.
- Speaker #1
Donc on est encore sur les projets de partage et de transmission ?
- Speaker #0
Oui, absolument, de rendre ça accessible. J'ai beaucoup de mal à imaginer. Prends toute la thune des gens pour un savoir-faire que j'aurais développé. C'est dur de se dire, je te propose une formation à 1000 balles la semaine. Avant de pouvoir me lancer, j'ai été intermittente, mais après j'ai été ORS pendant deux ans. Ensuite, j'ai fait mon intermittence, donc je gagne 500 balles par mois. J'ai tellement eu des périodes de grosses galères qu'aujourd'hui, j'ai du mal à me dire, maintenant que tu as acquis toutes ces connaissances, tu vas faire raquer les gens, probablement des gens qui sont autant en galère que tu ne l'as été. J'aime bien monter des projets associatifs sur lesquels je n'ai pas de pression et qui sont du pur plaisir, mais qui prennent quand même du temps. Parfois, je me dis, et voilà, meuf, tu as 36 000 trucs à faire et tu te rajoutes des projets. Et ça, c'est l'histoire de ma life. J'ai tout le temps des projets, des nouveaux qui émergent et qui m'excitent tellement. Que ça crée des nouvelles envies, des nouvelles insomnies, des nouveaux...
- Speaker #1
Mais est-ce que ce n'est pas ça ton équilibre ?
- Speaker #0
Oui, si. Il faut que j'apprenne juste à... vraiment... En fait, ce qui me manque aujourd'hui, c'est une soupape. C'est-à-dire... C'est pour ça que j'ai hâte de déménager de Paris. C'est que si au moins j'avais un jardin et accès à une forêt, enfin, moins bois, dans lequel je puisse aller me promener avec mon chien, vous l'aurez compris.
- Speaker #1
Ça, c'est une autre soupape.
- Speaker #0
Ouais, c'est vrai. Ça m'aiderait à me poser un peu plus. Et voilà, donc, ma contribution en tant que personne flinta. Et pour répondre à la dernière question d'Agathe, qu'est-ce que ça m'apporte en tant que femme d'être créatrice ? Moi, je vais fêter mes 36 ans demain. J'ai l'impression d'accoucher tous les mois. Donc, je ne suis pas mère, mais j'ai l'impression d'avoir 1000 bébés au quotidien dans lesquels il faut que je m'occupe et j'ai l'impression d'être dans un flux continuel de création, d'accouchement, procréation, création, accouchement, permanence et d'être... Ultra connectée avec ma force créatrice, tu vois, et qu'elle ne soit pas seulement destinée à la possibilité de procréer un être humain, qui est encore une autre expérience, mais qui en soit pour moi pas du tout. une priorité, voire pas du tout quelque chose que je recherche en ce moment, par exemple. Je trouve que la vie est une création en elle-même de chaque instant, et je trouve ça tellement excitant et fascinant de se dire qu'il y a tout à faire tous les jours. Tous les jours de ma vie sont une nouvelle occasion de créer quelque chose de nouveau, donc déjà. Donc ça, c'est assez intense. Mais surtout, je me dis aussi que ça rentre dans le cadre de mon projet. Rien ne se perd, tout se crée, rien ne se perd, tout se transforme. Merde, Yann la connaît par cœur.
- Speaker #1
Il a cru que ça se perd comme ça.
- Speaker #0
En gros, toute l'énergie créative du monde, c'est quelque chose qu'on va reprendre d'ailleurs et retransformer, recréer à sa propre sauce. Et du coup, on est dans un cycle d'énergie créatrice. qui ne s'arrête jamais, sauf en breakdown ou en moment de déprime. Et c'est un peu la vie, on en revient encore à ce que je disais au début, c'est un peu la vie que je recherchais. C'est-à-dire de me dire que sur mon lit de mort, à la fin, j'aimerais pouvoir me dire, tu as vécu chaque journée comme une nouvelle possibilité d'être ou de faire quelque chose. Et tu n'as pas attendu la retraite pour vivre. Et je pense que je suis animée par ça tous les jours. Je suis excitée de vivre chaque journée. d'avoir de nouvelles idées, de rencontrer de nouvelles personnes, de créer de nouveaux liens, de nouveaux projets, d'avoir de nouvelles idées pour créer des nouveaux collages, des nouvelles musiques, etc. Et c'est hyper excitant pour moi.
- Speaker #1
Je rebondis sur ce dont tu parlais, du fait d'être une femme dans le milieu du DJing. C'est vrai que ça a été un milieu qui était très masculin pendant des décennies. Aujourd'hui, il y a énormément de line-up où il y a une volonté de parité. J'ai envie de dire oui, les line-up deviennent paritaires, mais les décisionnaires, j'ai l'impression que c'est toujours des mecs. Vrai ou c'est moi qui suis un peu déconnecté ?
- Speaker #0
La question à 3 millions. Tu as totalement raison. Il y a encore beaucoup de décisionnaires dans cette industrie qui sont des hommes. Je pense que, heureusement, grâce au combat d'associations féministes qui élèvent la parole, qui portent leur voix sur ces dysfonctionnements et ces déséquilibres, il y a plus de femmes sur les line-up. On est encore quand même en deçà de l'équilibre 50-50. Mais... un autre problème que ça soulève, c'est est-ce que vous faites ça pour valoriser le talent de l'artiste ou est-ce que vous faites ça parce que sinon vous allez vous faire shamer. Et je suis la première à le faire. Je suis la première à envoyer des tirs en story. Je reposte des flyers de line-up où c'est que des mecs et je vais jamais nimer et shamer personnellement des gens, tu vois, les programmateurs en question. Jamais je fais ça. Je trouve ça hyper violent. Par contre, l'entité, le festival en lui-même et soulever les dysfonctionnements, ça, je vais le faire sans problème. Ça fait beaucoup rire les gens parce que je vais souvent mettre en commentaire. Je ne sais pas si vous connaissez le concept de DJ femme, entre guillemets. Et du coup, je poste aussi mon commentaire. Ça fait beaucoup rire les gens et surtout, ça ouvre un peu les yeux sur la situation. Donc, la dernière fois, je parlais avec l'artiste Anna Lunowé, australienne qui était de passage à Paris. Et on se faisait la même réflexion qui est, on est encore loin du compte. Et à la fois, quand on est booké, c'est-à-dire qu'on a... Des fois, on bénéficie de, justement, une période où on a besoin de rééquilibrer ce déséquilibre unbalance entre femmes et hommes. Donc, on va être booké sur des festivals où il faut quand même des femmes, machin, sur cette scène, sur ce line-up. A l'instar d'autres. homme où il y en a 6100 tous les jours. Je vois les difficultés auxquelles Yann fait face qui sont d'autres difficultés qui sont qu'un autre homme blanc hétéro qui veut devenir produceur et donc tout le monde s'en fout. En fait, personne n'écoute sa musique. C'est très difficile pour lui que des gens ouvrent ses démo-listes pour écouter sa musique. Je ne vais pas pleurer pour lui parce que nous, on a nos difficultés. A l'instar de Yann, moi je vais avoir la chance d'accéder à certaines opportunités. Mais du coup, des fois je me dis putain, mais je suis là juste parce qu'ils ont besoin de femmes. Mais à la fois je suis aussi productrice et j'ai donné ma life pour apprendre à faire du son et faire mes propres morceaux signés sur des beaux labels. Donc, je ne vais pas non plus me sentir imposteur, ce qui n'est pas le cas. J'ai mérité aussi ma place, mais je bénéficie de certaines facilités aussi. Mais elles ne sont pas encore tout à fait honnêtes. Mais on traverse, on est dans une période où on a besoin de passer par là pour rééquilibrer. Dans dix ans, ça nous paraîtra probablement has-been de booker des femmes parce qu'on a besoin de femmes sur le line-up. Peut-être qu'à ce moment-là, j'espère, l'industrie sera beaucoup plus équilibrée en termes de productrices, hommes et... productrice et producteur, DJ femme, DJ homme. Et donc, ça sera juste naturel de booker des hommes et des femmes parce qu'il y en aura tout autant. J'espère qu'on arrivera à ça. On a besoin de passer par cette période-là en ce moment, mais ce n'est pas tout à fait honnête encore. Et j'en ai conscience.
- Speaker #1
Tu as des valeurs, tu as des convictions. Est-ce que... Et tu les partages ? Tu n'as pas peur d'ouvrir ta gueule, de donner ton avis ? Est-ce que la musique est politique ? Est-ce que la musique électronique même est politique ?
- Speaker #0
Elle est très politique, oui. Elle n'existe pas sans la politique, surtout la culture. Il faut savoir d'où on vient, il faut savoir comment est née la musique électronique. Il faut connaître un peu son histoire.
- Speaker #1
Les warehouse de Chicago, les communautés gays, blacks.
- Speaker #0
Complètement. On existe en tant que DJ grâce à cette culture, à certains pionniers qui sont encore là, heureusement. Les clubs dans lesquels on joue, qui est à la tête de ces clubs, quelles sont leurs valeurs, quels sont leurs business models aussi. les collectifs que tu vas fonder, cofonder et l'effet de société. Tu vois, il y a eu, justement, on parlait tout à l'heure le cas de Barbara Butch en juillet qui a... Donc on s'est arrêté, arrêté et tout le déferlement médiatique et des prises de parole à sujet qui ont en fait mis le doigt sur à quel point la musique est politique et que rien n'est aujourd'hui laissé au hasard, passé sous silence. En tant qu'artiste, on a une responsabilité dans le message qu'on... passe, dans la posture qu'on prend, dans les valeurs qu'on va transmettre. Si tu décides de ne pas l'être, c'est un choix, ça existe. Il y a énormément d'artistes qui ne véhiculent aucune valeur. Et au final, tu te rends compte aussi qu'ils sont bookés sur des line-ups sur lesquels tu ne seras jamais et puis qui sont là aussi pour faire du flouze. Et donc du coup, ne pas être politique, ça veut dire être dans une autre forme de... de politique qui est plus peut-être une politique capitaliste. Et donc se dire, si moi je suis là pour faire du flou en tant que DJ, qui est un métier qui peut beaucoup rapporter, c'est un parti pris aussi, et c'est politique. Mais ça crée des cercles très distincts, de gens qui vont travailler ensemble ou pas. Moi, j'ai conscience que je suis bookée sur des gros stages, de gros festivals très très très capitalistes. Et à la fois, c'est des dates qui vont apporter la visibilité qui vont me permettre de... de pouvoir jouer sur des beaucoup plus petites scènes, des clubs beaucoup plus underground. Et j'ai cette chance de pouvoir justement orienter mon projet en choisissant un peu de ça, mais pas trop de ça, etc. Et donc, du coup, d'évoluer à différents niveaux. Mais, par exemple, on a vu l'émergence de la scène Artec. Alors, il faut savoir que je déteste et le purisme et toute forme de snobisme.
- Speaker #1
Je croyais que tu allais dire que tu détestes l'Artec.
- Speaker #0
Justement.
- Speaker #1
Moi, je n'aime pas trop.
- Speaker #0
Voilà. J'aime droit. Il y a des affinités musicales. Ça n'en est pas une. Mais ce n'est pas pour autant que je dénigre l'art tech. Je pense qu'heureusement, il faut de la diversité dans la musique. Mais on a vu l'émergence de cette scène. Vraiment, aujourd'hui, c'est un truc de malade. Ils sold out énormément de clubs. C'est hyper populaire. C'est en train de devenir le nouvel EDM. Mais il y a une volonté. Je pense que ça a attiré énormément de baby DJ. qui voient une manière de devenir très rapidement viraux, de faire énormément de thunes en peu de temps, mais sans forcément connaître les racines de la musique électro, de respecter la culture, de vouloir justement rendre hommage aussi aux anciens, rendre hommage aux pionniers. Et donc on est dans un truc parfois hyper aseptisé, où en fait c'est tout pour l'image, et où le DJ devient la star. où le content devient la priorité et où il faut faire des transis qui durent 30 secondes et il faut danser absolument devant la caméra pour enjailler un max le public. Et on est quand même très très loin des racines et de la manière dont les musiques électro se sont construites, donc contre-culture, dans les warehouse, le côté illégal et puis surtout le DJ qui est là pour... Tu vois, pour la foule, en tant que... Comment dire ? Il n'est plus au centre, il était limite caché derrière un rideau.
- Speaker #1
Et les gens ne le regardent pas. Les gens se regardent entre eux. Et de temps en temps, tu peux jeter un coup d'œil parce que... Il met tel morceau, mais le but, c'est de communier.
- Speaker #0
C'était des espaces où on... Les gens n'avaient pas l'opportunité de se rencontrer. Et donc, le dancefloor permettait ça. Et il n'y avait pas d'étiquette. On ne sait pas d'où tu viens, combien tu gagnes. On veut juste la même chose. On veut passer un bon moment, hors du temps, hors des injonctions sociales et des contraintes de la vie. Et donc là, on est complètement dans l'industrie de l'entertaining. Là, c'est le divertissement, mais c'est la foire du trône. Moi,
- Speaker #1
ce qui me fait marrer dans les vidéos que je vois... Parfois, c'est que la seule personne qui danse, c'est le DJ. Et que tu as 10 000 personnes devant lui qui sont avec leur téléphone en train de filmer un moment. Que de toute façon, tu vas voir qui sera mieux filmé que toi par l'équipe du DJ. On a atteint un espèce de paradoxe de la société du spectacle. Où les rôles se retournent.
- Speaker #0
Tu parles du téléphone, effectivement. Bon, je ne sais pas, je n'ai pas 80 ans, mais le téléphone, c'était pareil, c'était presque comme le jet. Ça faisait un peu pitié de sortir son téléphone pour filmer Back in the Days, quand j'ai commencé à sortir en club. Tu vois, ce n'était pas du tout le mood. C'était limite, ça nous mettait mal à l'aise de le sortir, parce que c'était vraiment un moment du moment.
- Speaker #1
C'est comme si tu volais un peu l'intimité du dancefloor. Exactement. Il y avait un côté tu y es, tu partages un moment, mais ça reste un côté se faire un peu privé. Ce qui se passe sur le dancefloor reste sur le dancefloor.
- Speaker #0
Et effectivement, c'est aussi des milieux qui côtoient des substances. On ne va pas non plus faire comme si on ne savait pas. Et donc, du coup, sortir son téléphone, c'était comme presque faire prendre des risques à certaines personnes qui voulaient rester hyper intimes.
- Speaker #1
C'est vrai.
- Speaker #0
Donc, il n'y avait pas d'histoire de téléphone, etc. Et à la fois, aujourd'hui, moi, tu vois, je suis au concert de Bad Bunny. Ah, j'ai tout filmé, j'ai regardé les vidéos, j'ai pleuré en regardant mes vidéos. Donc, il y a une envie d'immortaliser des moments qu'on considère des moments qui font partie de notre histoire et des souvenirs. Mais tu vois, là, je suis allée jouer à Ibiza et la soirée solide grouse. Plus de photos, plus de vidéos parce qu'ils ont ressorti des archives des années 2008-2009. C'est un truc de malade. le crowd, la vibe et donc je suis contente de voir qu'en 2026 tu vois on revient à ça quoi il y a de plus en plus de soirées où c'est des soirées anophones ouais exactement il y a des clubs historiquement,
- Speaker #1
le Berghain à Berlin par exemple, ça a toujours été un tournée,
- Speaker #0
c'est vrai et d'ailleurs tu comprends pourquoi, j'y suis allée pour la première fois en juin alors,
- Speaker #1
raconte wow est-ce que c'est à la hauteur de la réputation que ça a...
- Speaker #0
ouais quand même t'es allée jouer ?
- Speaker #1
où t'es allée ?
- Speaker #0
je suis allée en spectatrice t'as réussi à rentrer ? on était sur la liste d'une DJ parisienne Mahem qui jouait elle a le droit des guest list et les guest list de facto peuvent rentrer donc c'est la seule manière pour toi de t'assurer de rentrer mais t'es obligée de faire la queue ? ouais et nous on est arrivés à 5h-4h du matin donc on a dormi avant et on est arrivés vers 5h-4h du matin et et Et donc, du coup, on n'a plus rentré direct. Et personne, à ce moment-là. Mais ils nous ont parlé en allemand et ils nous ont mis la pression. Et on était là, guess this, guess this. Je suis chiée dessus, quoi. Et oui, oui, le Bergen, c'est à la hauteur de tout ce qu'on peut imaginer. Mais quand même, mon ressenti, c'était que c'était quand même un endroit beaucoup porté sur les expérimentations sexuelles, on va dire.
- Speaker #1
Ah ouais.
- Speaker #0
Il y a des rooms dédiés à ça. Historiquement, c'était un club très, très gay aussi. Donc, c'est quand même assez kinky.
- Speaker #1
OK.
- Speaker #0
Et moi, ce n'est pas mon modèle, forcément. Tu sais, quand tu vas à Berlin, on parle souvent du Sisyphos ou du Berghain. Et le Sisyphos, c'est le Disneyland du clubbing. C'est vraiment un petit monde féerique, de lutins, avec plein de scènes, plein d'espaces. T'as une scène avec le lever du soleil où tout le monde est un peu en kimono et danse, machin, avec le smile. Le Berghain, ça n'est plus le côté, t'as le petit diable et le petit ange, tu vois. C'est le dark side. Ouais, moi je vais plutôt aller vers le Sisyphos à Berlin et des gens vont vouloir découvrir cet univers plus kinky et dark au Berghain qui était moins mon modèle.
- Speaker #1
Ok.
- Speaker #0
Voilà.
- Speaker #1
Ok. Aujourd'hui, c'est ta carrière après un nouveau tournant. Tu commences à boucler de plus en plus à l'étranger. Est-ce que tu as refusé des dates par conviction ?
- Speaker #0
Oui, Boiler Room, cinq fois.
- Speaker #1
Ok, parce que ça appartient à qui ça appartient ?
- Speaker #0
Oui, il y a eu un énorme boycott. J'y ai joué une fois. C'était un peu le début de l'histoire de... Voilà, KKR, Superstruct, etc.
- Speaker #1
Donc Boiler Room, c'est quand même une grosse référence dans les musiques électroniques, puisque c'est des DJ sets qui sont filmés en live. Ils ont un peu inventé le concept d'avoir du monde qui danse derrière, le DJ et tout ça.
- Speaker #0
Absolument.
- Speaker #1
Et par contre, ça a été racheté par un groupe qui a des gros festivals et qui soutient des...
- Speaker #0
Qui investit dans la guerre israélienne, enfin le génocide, dans des moyens militaires financiers. Il y a eu un énorme boycott dans plein de pays. Celui en France est très très intense. On s'est rendu compte que quand on allait en Allemagne, de par leur histoire, c'est très différent. En France, beaucoup de gens ont pris la parole à ce sujet de manière très... intéressantes et fondées. Et je trouve qu'aujourd'hui, c'est encore une dérive des réseaux sociaux. Il y a des mecs qui se prennent pour des pseudo-journalistes, qui vont shamer les artistes qui jouent. Je trouve ça aussi hyper naze. Parce qu'autant j'ai participé une fois, j'y participerai plus. Mais autant, t'as des artistes qui sont des tout petits artistes, dont le rêve, c'était un jour de jouer à Ballroom. Aujourd'hui, la situation est critique pour eux. Et ils ne se voient pas refuser une date là-bas parce que ils ont l'impression... probablement que ça pourrait leur permettre d'étendre leur réseau et d'avoir accès à d'autres dates. Et on sait à quel point le marché est saturé, que c'est très difficile de vivre, d'être artiste. Et t'as des mecs qui vont dans des postures archi-virilistes et mascus toxiques faire des takes à la con pour shamer les gens, mais les namer. Mais je trouve ça, encore une fois, tellement lame. Foutez-leur la paix, quoi ! Putain, mais regardez-vous dans un miroir et demandez-vous qu'est-ce que vous apportez. Désolée, je vide mon sac, mais ils me trigger, ils me rendent ouf. Et c'est toujours ces mêmes mecs qui vont soit prendre la parole à la place des femmes, soit shamer les petits artistes et ensuite se prendre pour des grands penseurs et philosophes des réseaux, alors que leur rêve, c'est d'être des DJ qui tournent. Tu vois, ce que je veux dire, c'est qu'en fait, ils critiquent le côté capitaliste et la bien-pensance. de nos métiers, mais en fait, ils n'arrivent juste pas à vivre de leur musique, et donc du coup, ils s'inventent une nouvelle carrière fondée sur rien. Et ça m'énerve, tu vois. Bref, c'est bon. Le sac est vidé, tout ça pour dire que du coup, oui, oui, pour des raisons de... pour des questions de valeur, mais justement, mes valeurs avaient été justement un peu remises en question la première fois qu'on me l'a proposé. Toute petite artiste, on me propose Boiler Room, j'ai conscience de la sauce dans laquelle ils sont, c'était un peu les débuts. Et je me suis dit, je ne me sens pas de refuser, donc j'y suis allée. Une ou deux personnes m'ont unfollow. Voilà, j'ai eu la chance de ne pas être prise dans une shitstorm. Mais quelques personnes ont ouvert le débat avec moi et je leur ai dit exactement ce que je viens de dire, qui est que de shamer les artistes qui sont à toute fin, en bout de la chaîne alimentaire. Et à la fois, ils ont aussi leur responsabilité, mais en fait, de faire porter toute la responsabilité sur les épaules des petits artistes, je trouve ça nul, tu vois. à la limite, les très gros artistes influents qui se font des 20 000 par date, qui n'ont pas peur pour leur agenda ni leur carrière et qui souhaitent prendre part, position et en parler publiquement, ça je trouve ça fort comme message. Et le tout petit artiste qui est à peine intermittent, qui est obligé d'aider de la régie pour faire ses cachets et qui accepte Boiler Room parce qu'il trouve que c'est une opportunité et de lui dire que le faire se sentir mal je trouve ça nul mais euh Je ne vais pas dire que c'est la géométrie variable, mais les valeurs sont évolutives tout au long d'une carrière. Je te disais qu'avant, il y a quelques années, je postais en continu sur les sujets environnementaux et écologiques. Et depuis l'arrivée de Trump, depuis le génocide en cours, depuis le monde qui part totalement en couille, je n'ai plus la force, je n'ai plus la foi de parler d'écologie. Donc les valeurs, il faut aussi avoir un tout petit peu, je pense, de... d'indulgence envers les humains derrière les artistes, tu vois, qui sont-ils, où ils en sont dans leur vie, à quel moment, à quel stade ils en sont dans leur carrière, où en est leur santé mentale en ce moment, etc. Et aujourd'hui, malheureusement, il n'y a plus de nuance. à travers les réseaux sociaux. On ne va pas essayer de comprendre l'artiste derrière sa démarche. On va tout de suite la lyncher sur la place publique, mais d'une manière tellement violente que ça va avoir des répercussions dans sa vie physique. Des dépressions, des agressions dans la rue, des boycotts dans des concerts, du harcèlement moral dans ta boîte aux lettres, des menaces de mort. C'est horrible, tu vois ce que je veux dire ? Donc, tu as envie d'être politisé ? T'as envie d'être politique et de passer tes messages, mais t'as compris aussi que là, ce à quoi tu te prépares, c'est potentiellement un harcèlement, d'une violence, un truc de malade. C'est encore une fois, on en revient à l'utilisation, enfin, la manière dont aujourd'hui sont régis les réseaux sociaux. Donc vivement MySpace.
- Speaker #1
Ta carrière, elle a vraiment accéléré en deux ans ? Tu les vois comment les deux, les cinq prochaines années ?
- Speaker #0
Alors déjà, je suis extrêmement fière de l'évolution de ma carrière, notamment grâce à la musique. Parce que c'était mon objectif de devenir productrice, faire ma musique, faire danser les gens sur ma musique, éventuellement signer sur des labels et être soutenue par des gros artistes. J'ai extrêmement de chance d'être soutenue par, entre autres, deux artistes extrêmement influents et très différents. deux scènes, donc Interplanetaires et Criminals sur la scène UK Garage et Péligood sur la scène plus House. Et c'est des gens qui me soutiennent avant tout parce qu'ils aiment ma musique. Donc tu vois, encore une fois, je me sens pas valorisée parce que je suis une femme spécialement. Et ça aussi, c'est une fierté pour moi parce que oui, effectivement, je suis ok de jouer, d'être le quota sur certaines stages dans des festivals, mais j'ai pas du tout envie qu'on ait pitié de moi et qu'on me boucle parce que ma musique est un peu pourrie, mais je suis une femme qui fait de la musique, tu vois. Donc j'ai tout donné pour faire de la musique. qui soit jouable, on va dire. Et donc aujourd'hui, je me sens extrêmement chanceuse d'être soutenue par ces artistes qui, soit me bookent sur des énormes dates de ouf, soit jouent ma musique et ce qui aide à rendre mon projet plus crédible. Donc déjà, il faut savoir qu'à Paris, il y a beaucoup de gens, je l'ai dit dans une autre interview, mais beaucoup de gens qui ont retourné leur veste au moment où les gros artistes ont commencé à me soutenir. Des gens qui me snobaient et aujourd'hui, des gens qui me donneraient... ne m'auraient pas donné l'heure et aujourd'hui voilà, mais bon c'est aussi la manière dont on se construit et on sait avec qui on a envie de rider ceux qui sont là pour le business et c'est totalement ok. Et par rapport à l'évolution de ma carrière, du coup grâce à la musique aux signatures sur les labels et aux DJ qui m'ont soutenu, je suis rentrée dans une agence interne donc je commence à avoir des dates en Europe donc c'est super trop excitant de jouer dans d'autres pays que je ne connais pas et puis de découvrir d'autres cultures, d'autres clubs Il faut savoir que j'ai et j'aurai toujours des DJ sets, où c'est des flops, où j'arrive, je suis bookée à Amsterdam et personne ne me connaît, je vais jouer dans trois personnes. Et donc, du coup, tu documentes tout ton voyage et puis tu ne peux pas faire de story du moment où tu joues puisqu'il n'y a personne sur le Dead Slope.
- Speaker #1
Ça permet de garder les pieds sur terre ?
- Speaker #0
Ah mais toujours.
- Speaker #1
Toi, c'est en fait la carrière de DJ, c'est ça ? Oh my God,
- Speaker #0
toujours. Ah mais c'est jamais, never forget d'où tu viens. Mais vraiment, je te jure, c'est... une des leçons d'humilité permanente. Ce qui est kiffant et excitant, c'est d'être bookée dans des pays improbables. Pour la première fois, je vais aller jouer à Chypre en septembre. On dit aller avec Yann, mon mec. Il vient en tant que tourmane, en plus. Réellement, il va y se faire un cachet grâce à ça. Il vient en tourmane, donc on est à tous les deux. On reste une semaine et on va pouvoir visiter le pays. Moi qui adore en plus, vous l'aurez compris, barouder, découvrir un peu sa cadeau des nouveaux... pays. Et où je me vois dans 5 ans, je lui dis, c'est quelque chose sur lequel je suis assez transparente, la musique, j'ai fait tout ça à la base par passion. Aujourd'hui, c'est devenu mon métier, je suis hyper épanouie dans ce que je fais, mais ma vie de rêve, c'est pas ni de tourner, ni de faire des cachets monstrueux, ce serait d'être pépouse dans une petite maison à la campagne, avec un chien, et avoir accès à la nature dans laquelle je puisse aller me... me balader et avoir un espace à moi, un atelier dans lequel je puisse faire mes créations. Ça, c'est ma vie de rêve. Tu vois, ça, c'est mon quotidien. Et grâce à la musique, grâce au gig, j'ai des revenus et grâce à tout ça, je peux vivre et donc faire mes créations. Mais donc, du coup, d'ici cinq ans, je rêve d'avoir un lieu de vie dans lequel je me sens bien. d'avoir un chien et d'avoir un espace de vie dans lequel je puisse inviter mes potes, la famille, organiser des résidences créatives et en fait avoir un lieu de vie dans lequel on fait émerger d'autres idées, d'autres projets, d'autres collaborations. Franchement, ça, ça m'excite grave. Et peut-être post-carrière de DJ, j'aimerais bien aller soit vers de la formation sur Ableton, Il y a la nutrition, ça m'intéresse vachement. C'est tout nouveau, ça a deux semaines. Peut-être que c'est un nouveau cycle obsessionnel qui n'est pas lié à la musique, mais ça me fait grave du bien de me dire je vais apprendre une tonne de nouvelles infos sur un sujet que je ne connais absolument pas. Et en ce moment, depuis que j'ai fait un jeûne de 7 jours début juillet, je trouvais ça hyper intéressant. Les répercussions positives, les bienfaits sur mon corps et mon esprit ont été tellement... ouf, que je me dis mais pourquoi pas en apprendre plus sur la nutrition, sur le jeûne pourquoi pas peut-être dans 10-15 ans organiser moi-même des séjours où j'encadre des groupes mais en fait juste la perspective d'avoir une porte de sortie derrière la musique qui soit autre chose, ça me permet aussi de chill out par rapport à aujourd'hui et à me dire, t'inquiète pas si la musique t'arrive un moment, ça marche plus pour x ou y raison Il y a d'autres voies possibles. Et du coup, ça fait relativiser. Ça aide à être moins auto-centré et mettre autant la pression sur mon perso d'artiste et ma musique. Et voilà, m'imaginer rêver à autre chose, ça me permet de me dire « Ah, mais du coup, c'est tellement bien ce que tu fais aujourd'hui, c'est tellement kiffant que tu devrais en profiter à 200% quoi. » Voilà un petit peu.
- Speaker #1
Eh bien, Camille... on va terminer sur cette très belle parole. Merci beaucoup pour cette conversation pleine d'honnêteté, de conviction et de passion. Je te souhaite le meilleur pour les futurs gigs, pour les futures productions qui vont sortir. C'était un grand plaisir et un honneur de t'avoir dans le studio de A à Z. Merci beaucoup.
- Speaker #0
À Asset.