- Thierry
A A7
- Daz
Il y a des personnes qui ont marqué l'histoire d'un sport et puis il y a celles qui continuent de le faire vivre, de le faire évoluer, souvent avec la même passion qu'au premier jour. Thierry Kuntz fait partie de ces personnes. Oui, c'est un des pionniers du snowboard européen, mais ce n'est pas seulement pour ça que j'avais envie de l'inviter. Ce qui me touche chez Thierry, c'est qu'il n'a jamais perdu cette curiosité qu'il a amenée au snowboard. Cette envie de créer, d'innover, de lancer de nouveaux projets, mais aussi de transmettre et de rendre à cette communauté une partie de ce qu'elle lui a apporté. Il y a aussi quelque chose de très libre dans sa manière d'avancer. Il ne sent jamais suivre un chemin tout tracé, il fait les choses à sa façon. guidé par ses convictions, ses envies, sa curiosité, plus que par les attentes des autres. Et je crois que c'est précisément cette liberté qui rend son parcours si unique et passionnant. Aujourd'hui, on va revenir sur les débuts du snowboard, sur son parcours d'entrepreneur, sur les réussites, les doutes, les virages et tout ce qui continue de l'animer. Thierry Koontz, je suis très heureux de t'accueillir aujourd'hui dans le studio de A à Z. Merci d'avoir fait le déplacement depuis la Suisse, puisque c'est là où tu résides.
- Thierry
Oui, je réside en Suisse. Après, je passe ma vallée de temps dans le Pays Basque, puisque j'ai gardé un point d'attache à Biarritz.
- Daz
Ok. Donc toi, tu es originaire de Genève, de la région de Genève, c'est ça ?
- Thierry
Exactement. Je viens de Genève. Je suis né en 71.
- Daz
Et tu es tombé dans le snowboard très jeune, quoi, 82. C'est ce que j'avais lu quelque part, il me semble.
- Thierry
Exactement. Tu es très bien informé. Oui, en 82, en fait, c'était vraiment un coup de bol. En fait, le père d'un de mes copains faisait beaucoup de voyages aux Etats-Unis et a ramené une planche. C'était une personne qui était déjà très non à mouvant surf, skate, des années 60-70. Et puis, on a essayé pour la première fois de monter sur une planche de snowboard. C'était une Burton Performer, très étroite. Mais on faisait ça vraiment après notre journée de ski à côté du chalet. comme on peut faire de la luge, par exemple. Et puis après, en 84, je me suis vraiment mis à faire que ça.
- Daz
Mais tu étais déjà, quand tu découvres le snowboard en 82, tu étais déjà dans un environnement montagne. Tu faisais déjà du ski. Tu avais déjà la proximité en étant à Genève, j'imagine. Mais tu étais déjà familiarisé avec cet environnement.
- Thierry
Ah oui, moi, je suis né... J'avais un papa qui adorait faire du ski. Donc j'ai commencé à skier. Je n'avais même pas deux ans. J'ai passé toutes mes vacances, les week-ends, sur les pistes de ski. Et puis je suis tombé sur le snowboard, j'ai fait du skate aussi, les premiers skates dans les années 70, fin des années 70. Donc j'étais dans cette mouvance très de l'action sport. On ne parlait pas d'action sport, mais en tout cas j'étais déjà très attiré par le skate, le surf, le windsurf. Parce que j'avais des potes justement qui étaient les potes à la base de mon grand frère, qui a 30 ans de plus que moi. Et donc, je voulais faire un peu ce que les autres faisaient. C'est des personnes qui ont été très influentes dans le snowboard, dans le BMX, dans le surf, dans la région genevoise et en Suisse.
- Daz
Ton frère et ses copains ?
- Thierry
Non, des copains. Mon frère n'était pas du tout dans l'action sport. C'était plus des potes d'école. D'accord. Et puis, moi, je suis tombé vraiment amoureux de l'action sport en règle générale. dès mon plus jeune âge.
- Daz
Alors si tu viens d'une famille de skieurs, comment ça se passe en 82 quand tu te mets au snowboard ? Parce qu'il n'y a personne quasiment qui en fait à ce moment-là et puis ça est un peu perçu comme un outil rebelle déjà à ce moment-là ?
- Thierry
Alors pas du tout. En 82, il faut vraiment imaginer faire du snowboard comme on fait de la luge après une journée de ski. Après en 84, quand j'ai vraiment commencé à avoir ma première planche de snowboard, quand j'ai commencé à essayer vraiment de faire que ça, Je l'ai essayé parce que ce n'était pas toujours simple. Il y a plein de stations qui nous interdisaient de faire du snowboard. C'était une autre époque. Mon père a toujours été hyper admiratif de tout ce qui glissait sur la neige. Il n'y avait pas du tout ce côté rebelle. Le côté rebelle ou le côté corps est venu beaucoup plus tard. En tout cas en Europe, avec le skate qui a été beaucoup plus influent au début, le snowboard c'était plus des surfers qui faisaient du... Du surf sur la neige, et c'est pour ça qu'en France, on appelait ça le surf des neiges plus que le snowboard. Et puis, le snowboard, comme on le connaît, qui est avec un héritage plus skate, est venu un peu plus tard, avec ce côté rebelle, avec ce côté baggy pants, ce côté faire peur, whiskyer, faire des autres courbes, etc. Nous, on était un peu les... Petit singe de foire, on était trois snowboarders qui se couraient après, donc il n'y avait pas ce côté de masse qui arrivait dans les débuts des années 90 ou au milieu des années 90.
- Daz
Donc toi, on peut dire que tu fais vraiment partie de quasiment la première génération de snowboarders en Suisse.
- Thierry
Ça, ça a toujours été un dilemme, en fait. J'ai toujours été ce que j'appelle un jeune vieux. En fait, je ne fais pas partie vraiment de la première génération. à la première génération de... de snowboardeurs comme un José Fernandez, comme un Mickey Fru, ces personnes-là étaient déjà plus adultes quand ils ont commencé le snowboard. On a commencé plus ou moins dans les mêmes années, mais moi j'étais vraiment tout jeune. En 82, j'avais 11 ans. Donc en 84, j'en avais 13, à peine 14. Donc c'était complètement différent. Moi j'étais le petit jeune, je faisais ça les week-ends pendant... possibilité d'aller sur la neige pendant les jours fériés ou les week-ends, les vacances ou les jeudis parce qu'on avait congé le jeudi. Mais ce n'était pas une profession, c'était vraiment pour moi un hobby, une passion mais qui restait comme la majorité des gens vont skier un week-end. Donc oui, je fais partie de ces premiers à être monté sur une planche de snowboard, mais je ne m'estime pas en faisant partie de la première génération de snowboarders. J'estime plutôt d'être dans la deuxième génération de snowboardeurs, avec Liberty Denervaux, Camille Brichet, ces gens-là qui ont été aussi hyper influents dans le snowboard à l'époque.
- Daz
Et alors, qu'est-ce qui fait, tu as utilisé le terme tout à l'heure, qu'est-ce qui fait que c'est devenu une profession ? Donc, c'est devenu ton métier d'être snowboardeur professionnel. Qu'est-ce qui se passe entre 82, ta première planche, et toi qui vis du snowboard ?
- Thierry
Il s'est passé plein de choses, mais en fait... Moi, je n'ai jamais voulu être vraiment snowboardeur professionnel. Ça m'est tombé un peu dessus parce que j'étais justement avec des gens qui étaient à fond de snowboard. Les week-ends, je partais avec eux. C'était aussi une manière pour moi de m'échapper du cocon familial et puis d'aller profiter d'être avec des gens un peu plus âgés que moi, mais sans être vraiment plus âgés. Donc pour moi, c'était plutôt une manière de m'échapper du cocon familial. Et puis j'ai commencé à avoir un niveau parce que j'étais peut-être aussi plus jeune, j'avais plus de facilité, je faisais pas mal de gym, pas mal de sport aussi à l'époque. Et puis j'avais un peu de facilité, donc j'ai commencé à avoir des sponsors assez rapidement. Ça a commencé en fait par un magasin à Genève qui, à l'époque, les magasins aimaient bien sponsoriser des petits jeunes plus pour... que nous on fasse la promo des marques ou du magasin dans les cours d'école vraiment pour soutenir des athlètes ou des futurs champions. Et puis ce magasin m'a mis en contact directement avec Nidecker qui a été mon premier vrai sponsor à part le magasin. Et l'histoire elle a commencé par ce magasin qui m'a connecté avec Nidecker et puis après j'ai continué à faire des compétitions parce qu'à l'époque... Faire des compétitions, c'était aussi un moyen de se retrouver entre nous, entre snowboarders. Ce n'était pas pour gagner les compètes. Beaucoup de gens venaient faire des compètes juste parce que l'ambiance, c'était des week-ends, c'était incroyable. Moi, ma première compète de pipe, je l'ai fait en 86 à Molaison, qui est une toute petite station perdue dans les Alpes-Fribourgeoises. Et puis on était là, on ne savait pas trop. Les pipes, ils faisaient un mètre de haut. C'était deux tas de neige qui étaient mis. Et on essayait de faire des figures, on essayait de faire des choses. Et puis, on était là pour se marrer. On n'était pas là pour gagner. Ça n'a jamais été pour moi un objectif de devenir champion du monde. Alors, on en rêve tous parce qu'il ne faut pas se mentir non plus. Mais voilà, je suis tombé dans la compétition plus par passion pour pouvoir voyager, pour pouvoir aller voir du monde, partager la même passion. Et puis, j'ai réussi à passer des étapes au niveau national. Et puis après, j'ai couru. À l'époque, c'était la Fédération internationale de snowboard. Et puis j'ai fait plein de Coupes du Monde, mais je me suis assez vite rendu compte que je n'allais pas être champion du monde. Il y avait toute une nouvelle génération, surtout des Nordiques, des Terriers, des Daniel Franck, des Sebu Kuhlberg, pas mal de Nordiques qui ont vraiment sorti aussi, qui sortaient de terre à cette époque-là. Et puis moi, j'étais un snowboardeur, on va dire, j'adorais rider. Je n'avais aucune rigueur au niveau de l'entraînement. Et puis, je n'étais pas un acharné du travail. Donc, j'ai vécu les belles années du snowboard en tant que pro avec des sponsors. Franchement, je n'ai jamais compris pourquoi les gens me donnaient de l'argent pour voyager à travers le monde et puis m'amuser. Et c'est là où j'ai très vite changé aussi mon fusil d'épaule parce qu'à l'âge de 24-25 ans, je me suis dit, ok, c'est cool, tu as fait quelques années. de compétition. J'ai dû aussi à l'époque finir mes études parce que je viens d'une famille, une bonne famille suisse qui voulait absolument que mes études soient terminées, que j'ai des diplômes pour pas que je me retrouve à la rue plus tard. Je leur remercie aujourd'hui. Et puis, je me suis vite rendu compte que je n'allais pas être champion du monde, qu'il y avait plein d'autres personnes qui étaient bien plus fortes que moi. Et puis, je n'avais aucune volonté. de travailler pour justement essayer de combler les lacunes que d'autres avaient déjà explosées parce qu'ils avaient un niveau qui était intérieur. Il était à l'époque intouchable. Donc, c'était compliqué. Même en travaillant énormément, énormément, je pense que je n'avais pas le talent pour rester dans le top, top mondial. Donc, j'ai préféré changer un peu mes objectifs.
- Daz
Donc, ta famille t'a soutenu dans tes rêves, dans tes passions ? Mais en même temps, tu as donné un contexte, un cadre. C'est ça ? C'était, ok, va faire ton délire de snowboard, mais par contre, derrière, tu finis tes études.
- Thierry
C'est ça. En fait, mon père, c'était un passionné de montagne, qui était banquier, mais qui était passionné de montagne. Il aurait rêvé d'avoir une carrière ou d'être même prof de ski à l'époque. Et puis, ma mère, c'était un peu différent. Ma mère, elle voulait faire des études, elle voulait que je fasse des études. Je savais que j'avais la capacité de pouvoir faire quelque chose, de devenir médecin, avocat ou quoi que ce soit. Moi, ce n'était pas du tout dans mes objectifs. Donc, j'ai fait, on va dire, le minimum du minimum. J'ai fait une école de commerce, j'ai fini mon école de commerce. Et puis, moi, la seule chose que j'avais en tête, c'était faire du snowboard. Donc, j'aurais pu avoir peut-être une plus grande carrière. J'aurais pu arrêter plutôt à 17 ans. J'avais la possibilité de partir en voyage, etc. Ce que je n'ai pas pu faire parce que je devais finir mes études. Après, moi, ça, c'est de l'histoire passée. Moi, je n'ai pas envie de revenir dessus. Je me suis bien marré. En fait, moi, j'ai toujours voulu avoir une vie où, tant que je rigole, je suis content. Je continue. Si je ne rigole plus, il faut que je change.
- Daz
OK. Mais tu dis que, donc, tu arrêtes ta carrière professionnelle en 96, tu m'as dit ?
- Thierry
95, oui.
- Daz
Mais tu continues quand même à être sponsorisé après ça. Tu continues à rider. Tu continues à te sponsoriser, parce que je me rappelle encore certaines pubs Quicksilver de toi, c'est début des années 2000 encore.
- Thierry
Oui, alors j'ai continué à rider, ça c'est sûr. Après, en 95, j'avais un délire en tête, c'est que je voulais écrire ma marque de snowboard. Et puis, j'avais plein d'idées en tête. Et puis, mon sponsor de l'époque, qui était Nidecker, j'ai été voir le père Nidecker. C'est une entreprise familiale suisse qui existe depuis 1887. Alors,
- Daz
on va beaucoup en parler.
- Thierry
Voilà, qui a commencé à faire des snowboards en 84. Et puis, je leur ai dit, justement, je lui ai dit, écoutez, j'aimerais vraiment lancer ma propre marque. Est-ce que ça vous intéresse ? Et puis, je lui ai présenté le projet. Il a été partant et l'aventure a tourné. Donc, je faisais ma marque de snowboard. Et en plus de ça, j'essayais de rider un maximum. J'avais Quick en sponsor. J'étais chez Arnett pendant quelques années. j'ai eu J'ai eu pas mal de sponsors, même extrasportifs, comme du Nescafé. Donc, c'est assez drôle.
- Daz
À toi, tu étais Nescafé ? Je me rappelle, il y avait Steamroll aussi, les Swing-Off et Nescafé.
- Thierry
Verti était Steamroll, moi j'étais Nescafé. Ok. Ouais, c'est ça.
- Daz
Donc, c'est quoi ? 95-96, tu crées Donuts. C'est ta première marque de snowboard, Donuts.
- Thierry
Exactement, c'est ça.
- Daz
Et donc, tu ne pars pas, comme tu as un bon bagage scolaire, tu es câblé. Du coup, tu ne pars pas tout seul, tu ne vas pas à poil, tu vas voir qu'il y a une des marques leaders à l'époque, qui est Nidecker, et en gros, tu leur proposes de créer ta marque à toi, mais supportée par leur structure à eux.
- Thierry
Exactement. En fait, on avait l'usine en Suisse et moi, je voulais développer des planches. C'est ça qui m'intéressait. Et puis j'avais une vision qui était un peu à l'encontre de ce que Nidecker était devenue, ce qui était une marque grand public dans le milieu des années 95. Nidecker, c'est la deuxième plus grosse marque de son ordre du monde. Alors ils vendaient beaucoup d'Alpins, mais ça restait quand même une énorme machine. Ils avaient leur usine à Rolles, au bord du Léman. Et donc je suis arrivé, j'ai proposé ce que je voulais faire. Monsieur Nudécker a été très motivé, donc j'ai commencé. Et malgré avoir quelques connaissances de commerce, je n'avais aucune connaissance de comment chaper une planche, d'utiliser une commande numérique, comment faire un moule. Je n'avais aucune connaissance de tout ça. Et puis les connaissances que tu as en sortant de l'école de commerce, elles restent quand même assez basiques au niveau de... Au niveau du marketing, au niveau de la communication, etc. J'ai dû tout apprendre sur le tas, faire mes catalogues, développer, travailler avec des graphistes, et puis chéper les planches, faire des moules, des contre-moules, bosser sur tout ça. J'ai dû apprendre, j'ai eu beaucoup de personnes qui m'ont aidé. Stéphane Radiguet, qui à l'époque était le shaper, Nidéquer qui m'a aidé. énormément appris, qui m'a donné aussi sa manière de chêper. Ce qu'il faut savoir, c'est qu'à l'époque, on chêpait des planches sur des fichiers Excel. Donc, tout à fait, c'était des fichiers Excel, donc c'était que de la 2D. Il fallait imaginer les formes en 3D, mais on les mettait en 2D.
- Daz
Alors, explique-nous plus en détail, justement, à ce moment-là, et on verra si c'est différent aujourd'hui, mais comment se fabrique une planche de snowboard ? Le plus simplement possible.
- Thierry
Alors, elle se fabrique aujourd'hui comme elle se fabriquait à l'époque. Après, c'est la conception qui a complètement évolué. Aujourd'hui, on travaille avec des programmes de dessin en 3D qui sont beaucoup plus fiables que ce que nous, on avait. Nous, on avait des fichiers Excel où on mettait des points. Il faut imaginer une feuille avec des points, comme les dessins pour enfants avec les numéros où on met les petits points. Donc, on dessine nos petits points, puis après, on relie ces petits points. par des segments qui sont des segments droits, mais comme les points sont très rapprochés, c'est comme un pixel. Plus tu te rapproches, plus c'est carré, plus tu t'éloignes, plus la forme peut être arrondie. Là, c'était exactement la même chose. Donc on faisait ça, on avait l'outline, après il fallait les courbes, les épaisseurs de noyaux. Puis après, on allait découper nos produits, les noyaux bois, etc. On faisait des prémoules en bois pour faire les premiers prototypes. Je m'amusais à tout faire de A à Z. Je dessinais une planche un jour, le lendemain matin je faisais mon proto et l'après-midi j'allais sur la neige pour essayer ce que j'avais mis en tête avec plus ou moins de succès. Il n'y a pas eu que des succès. Et puis voilà, ça a été un peu le délire de pouvoir justement tout contrôler dans le process entre ce qu'on a en tête en tant que rider. et puis de voir aboutir quelque chose que les gens vont avoir sous les pieds.
- Daz
Ok. Et en termes de positionnement, est-ce que déjà tu te disais « Ok, je veux être niche, je veux être plutôt freestyle, plutôt freeride » ou tu avais juste envie de faire plaisir et de créer les boards et la marque qui te ressemblaient ?
- Thierry
Alors, j'ai clairement créé la marque, je pense, qui me ressemblait le plus. Après, c'est assez marrant. C'est qu'à l'époque, le snowboard était beaucoup plus segmenté qu'il l'est aujourd'hui. Il y avait l'alpin, donc chaussures à plaques pour faire des gros virages, d'éviter les turns. Il y avait des planches de freestyle, il y avait des planches de freeride, mais il n'y avait pas beaucoup de planches all-mountain. Ce qui, aujourd'hui, est la plus grosse partie du marché. Mais à l'époque, ça n'existait quasiment pas. En fait, moi, mon rêve, ça a toujours été d'avoir une planche à tout faire. Donc, The Notes, ça a été vraiment la marque, pour moi, des planches à tout faire. Et donc, c'était un mix entre des côtes d'une planche où tu pouvais vraiment carver, avec des relevés de spatules qui étaient inspirés par le freeride, et puis des noces qui étaient assez rondes pour pouvoir justement faire du freestyle.
- Daz
Donc, pour les non-snowboarders, ça veut dire une planche qui permet de passer partout, d'être polyvalente ?
- Thierry
Exactement. En fait, moi, j'avais envie d'avoir qu'une planche. Et puis une planche pour pouvoir vraiment tout faire, dans toutes les conditions. Et à l'époque, c'était beaucoup plus segmenté que ça l'est aujourd'hui. Donc c'était assez innovant en fait. Ce qui paraît complètement aujourd'hui aberrant, puisque je pense que 60 ou 70% du marché aujourd'hui, c'est des planches de ce type-là. Mais à l'époque, ce n'était pas vraiment le cas. Et évidemment, moi, j'avais envie d'avoir ce côté un peu plus corps parce que Nidéker était quand même un gros faiseur. Donc, il vendait dans les magasins qui étaient hyper corps, mais aussi, c'était les premiers à aller chez Nidéker dans des magasins grand public. Et puis, moi, je voulais vraiment offrir quelque chose pour les magasins spécialisés avec une histoire autour qui me ressemblait, qui était vraiment liée au voyage. C'est pour ça que graphiquement parlant, ça a toujours été autour du voyage, ça a été autour de l'action sport, ça a été un mélange avec du surf, avec du skate. Ça a été à mon image, avec des gens avec qui j'ai travaillé, que j'ai adoré bosser, que ce soit un Gérald Viosa dans les graphismes, qui avait beaucoup bossé pour Asnowboard.
- Daz
C'est lui qui avait fait tous les graphismes des bornes de David Vincent, par exemple ?
- Thierry
pas sûr que ce soit exactement... C'était en tout cas le directeur artistique de Snowboard. Après, je ne sais pas exactement ce qu'il a fait. Je sais qu'il a fait beaucoup, beaucoup de déco pour art. J'ai bossé beaucoup avec un pote d'enfance qui s'appelle Mark Linguetto, qui est un photographe sur Genève, que je connais depuis qu'on a 12 ans. Et puis voilà, on a beaucoup voyagé, beaucoup passé de temps en Californie, beaucoup fait de photos. On a utilisé ces photos, justement, pour faire des graphismes. Il y avait tout un concept artistique qui était... qui était assez élaboré, peut-être un peu trop innovant pour pas mal de personnes qui n'ont pas toujours compris nos délires, mais en tout cas, c'était une expérience incroyable.
- Daz
J'ai le souvenir, effectivement, que tu... Maintenant, avec le recul, j'ai l'impression qu'avec Donuts, tu étais vachement en avance sur ton temps, mais sur plein de sujets. autant sur le design des bornes sur le graphisme et même aussi sur des positionnements si je me rappelle bien tu étais le premier à avoir un snowboarder camerounais par exemple dans le team, c'est ça ? Tu me confirmes bien ?
- Thierry
Oui c'est ça Francis Abena qui était un suisse camerounais qui était un Golgoth physiquement très intense qui voulait absolument se qualifier pour les Jeux de Nagano en 1998. Et puis, on l'a aidé. Mais on a fait plein de choses. J'ai été un des premiers aussi à utiliser des fibres un peu différentes que la fibre de verre. On a utilisé de la fibre de chanvre. On a fait les premières planches. J'avais intégré des vraies feuilles de cannabis sur les planches pour en faire ce que c'était le modèle ultralight, qui étaient des planches hyper légères. Justement, on avait réussi techniquement à... à enlever les surfaces, à gagner du poids. Puis on utilisait de la fibre de chambre. On a eu plein d'histoires aux Etats-Unis parce qu'on s'est fait contrôler, parce qu'ils pensaient qu'on faisait du trafic de drogue entre la Suisse et les Etats-Unis. Il y a eu plein d'histoires. Et puis, ouais, on a essayé. Moi, j'ai toujours essayé dans ma carrière d'essayer de penser en avance. Alors parfois, on est un peu trop en avance. Parfois, on est juste dans le timing. Parfois, on est à côté. Ça arrive aussi. Mais ça a été une expérience très enrichissante. Et puis, c'est ce qui m'a aussi lié avec le snowboard à tout jamais.
- Daz
OK, donc ça, c'était une démarche consciente. Justement, c'est ce que j'allais te demander. Est-ce que tu faisais ça parce que ça venait d'innover comme ça ? Non, il y avait une vraie démarche de se dire, OK, je vais faire les choses différemment.
- Thierry
Oui, après, je ne sais pas. Je pense qu'aujourd'hui, une qualité, si on peut appeler ça une qualité, mais... c'est d'écouter les gens et puis d'essayer de voir qu'est-ce qu'on peut faire de mieux. On se rend compte que, moi, c'est ce que j'appelle la chance. Il y a des gens qui pensent que la chance, c'est gagner au loto. Moi, je pense que la chance aujourd'hui, c'est d'avoir des petites antennes et puis d'écouter les gens et puis de prendre une bribe d'informations à droite, une bribe d'informations à gauche et puis de mettre tout ça dans un shaker et puis d'en sortir une autre idée. Et puis, je pense qu'aujourd'hui... Tout est une question aujourd'hui d'écoute et c'est quelque chose qui est pour moi assez instinctif, ce n'est pas quelque chose qui est forcément très réfléchi. Je me réveille le matin, je prends une douche, je me sèche aux sèches cheveux, ça va faire rire certaines personnes. Mais voilà, c'est ces moments de conscience où en fait je laisse passer mon imagination et puis j'essaie de me dire « ah mais j'ai discuté une fois avec... » lui et puis il m'a dit ça, puis l'autre il me disait ça, alors pourquoi on ne ferait pas quelque chose qui pourrait rentrer dans ses cases ? C'est un peu ma manière on va dire logique ou illogique de réfléchir et de faire ce que je fais.
- Daz
Ok, donc tu te nourris énormément de... de ton environnement et des rencontres ?
- Thierry
Moi, je pense qu'aujourd'hui, il faut être... Il faut déjà écouter les gens. Je pense que c'est un des grands problèmes de notre société aujourd'hui. On n'écoute pas assez les gens. C'est d'écouter les gens, puis c'est surtout aussi de s'intéresser à autre chose. Le snowboard, comme beaucoup de sports dans l'action sport, c'est des sports qui, au lieu de s'ouvrir, se sont un peu renfermés sur eux-mêmes, avec des gens qui... pensent qu'il n'y a qu'eux qui sont cool, que c'est le truc le plus cool de la Terre. Moi, j'ai toujours eu cet intérêt, justement, de discuter, d'aller voir, que ce soit dans le milieu artistique, dans le milieu industriel. Il y a plein de choses qui, pour moi, m'attirent parce que je trouve qu'il y a des choses qui sont exceptionnelles faits ailleurs. Et puis après, parfois, il y a des idées qu'on peut essayer de... pas forcément de copier, mais de s'inspirer, justement, pour essayer de faire évoluer quelque chose qui n'évolue pas forcément. Donc voilà, c'est un peu ma manière de faire. Et puis c'est aussi à la manière de mes potes, où j'ai beaucoup de potes qui sont, qui n'ont absolument rien à voir avec le milieu, aujourd'hui, de la glisse, ou qui n'ont jamais eu à avoir avec le milieu de la glisse. Aujourd'hui, c'est des avocats, des chirurgiens, des gens qui bossent à l'aéroport, etc. Il y a de diverses... divers horizons qui, aujourd'hui, nourrissent énormément.
- Daz
Ok. Je reviens sur cette expérience Donetsk. Tu te retrouves chef d'entreprise à 25 ans. C'est ça ? Tu vas garder cette marque pendant quasiment 8 ans, il me semble ?
- Thierry
C'est ça. En fait, j'ai commencé avec Donetsk en 1995. En 2001, M. Nidecker m'a demandé de m'occuper aussi un peu de Denis Descartes On Board, qui était à... qui était dans une situation un peu difficile. C'était la fin vraiment de l'Alpin, où Annie Descartes était très forte dans l'Alpin. Et puis, il fallait un peu rajeunir, un peu pousser les choses. Puis, voyant aussi le travail que je faisais avec Donuts, j'ai volontiers pris cette responsabilité-là, qui a été assez compliquée. parce qu'il fallait faire plein de choses. Et puis, quand on a une bonne idée, on ne sait jamais à qui la donner. Est-ce que tu la donnes, tu la gardes pour toi ? Est-ce que tu la donnes à celui qui t'a aidé et qui t'aide ? Donc, ça a été un peu compliqué. Et en 2004, on a fait un merge entre Nidecker et The Notes. On a créé à l'époque ce qui s'appelait NDK. C'est la contraction Nidecker. Et puis c'était tout le côté un peu freestyle avec les Steadfruits qui sont passés, Souvenirs d'Equerre, etc. Donc on a un peu mergé les deux marques et puis je m'en suis occupé jusqu'en 2006. Et puis après, je pensais avoir fait mon temps. Donc je suis parti en très bon terme avec la famille et je suis parti. Et puis après, il y a eu d'autres aventures qui sont arrivées.
- Daz
Alors avant de parler de ces aventures, tu en as tiré quoi de l'entrepreneuriat ? Toi, tu en as appris quoi comme expérience personnelle ? De cette période où toi, tu te retrouves, même si tu es dans un groupe, tu te retrouves chef de ta propre entreprise,
- Thierry
très jeune. Pour moi, ça a été une expérience très enrichissante parce qu'à l'époque, tous mes potes continuaient à faire du snowboard. Donc, c'est sûr qu'on passe de l'autre côté du miroir. Il y a un temps d'adaptation. Quand tu penses, tu fais des compétitions. puis t'es rider et tu fais ta compète et puis d'une année à l'autre t'es en bas dans l'air d'arriver à regarder tes potes rider t'es un peu là, t'as envie d'y aller t'as envie mais ça, ça a été une période au début qui était un peu compliquée à gérer mais ce que j'ai appris le plus c'est pour bien faire son travail il faut connaître son travail et j'ai eu la chance justement très jeune de voir. Absolument tout faire. Je me suis tapé des catalogues en faisant des fichiers QuarkXPress à l'époque, qui est aujourd'hui du InDesign sur Adobe. J'ai dû dessiner des planches, j'ai dû faire de la prod, j'ai dû aller dans les salles d'outillage, faire des contreformes, percer du bois, tordre des bains en métal, mettre des vis. J'ai fait de la sérigraphie, j'ai fait un nombre de planches en sérigraphie aussi, etc. Donc, j'ai dû apprendre sur le tas absolument tous les rouages pour faire un snowboard, pour créer une marque, pour la faire tourner. Et en fait, aujourd'hui, ça m'aide énormément parce que quand je travaille avec des gens, des collaborateurs qui bossent avec moi aujourd'hui, je comprends énormément leur point de vue et leur travail et la difficulté qu'ils peuvent avoir. Je pense qu'aujourd'hui, c'est une bonne leçon de vie. Je pense qu'aujourd'hui, si on veut diriger quelque chose, il faut absolument comprendre tous les rouages, parce qu'un bon dirigeant est une personne qui comprend. Et on peut, que ce soit dans le côté, je ne sais pas, si un graphiste dit, je dois faire un catalogue, ça va me prendre, je ne sais pas, deux mois pour le faire, tu peux lui dire, écoute, je ne pense pas que ça va te prendre deux mois, j'en ai déjà assez fait, au même titre que si quelqu'un vient... et te dit, je vais te faire ça en 3 jours, tu peux lui dire, écoute, je pense que tu vas mettre plus que 3 jours parce qu'on a l'habitude de le faire. C'est ce côté-là d'avoir mis les mains dans le cambouis qui fait qu'on a une vision et une approche complètement différentes.
- Daz
Et de net, ça a marché en tant qu'entreprise, en tant que marque ?
- Thierry
Alors, ça a marché... À l'époque, c'était... toute petite marque, mais à l'époque, on faisait quand même 15 000 planches, quand aujourd'hui, il y a plein de marques qui rêveraient de faire 15 000 planches. Donc, le marché n'était pas du tout le même.
- Daz
Le marché, à ce moment-là, il était en pleine croissance. Oui,
- Thierry
mais c'était la première fois que j'étais à Las Vegas pour ce qui s'appelait Essayer. Ce qui est devenu Essayer. C'est pas Magic. Je ne sais plus comment ça s'appelait.
- Daz
C'était le salon de snowboard international.
- Thierry
Exactement. C'était assez amusant, déjà c'était à Las Vegas, donc c'était toujours très drôle. Et puis souvent pendant le salon, il y avait, c'est une énorme halle, plusieurs halles. Et puis souvent tu avais soit le salon de l'armement, soit le salon du film X, c'était assez drôle. Et à l'époque, la première année, il y avait 450 marques de snowboard qui exposaient. Oh,
- Daz
ok. Ouais,
- Thierry
c'était complètement délirant, tout le monde faisait des snowboard. Donc pour répondre à ta question... Elle a marché beaucoup plus en Europe et au Japon qu'aux Etats-Unis. Aux Etats-Unis, c'était un peu plus compliqué. Mais elle a marché aussi grâce au fait que j'ai utilisé énormément le réseau de distribution de Nidecker pour pouvoir me lancer. Donc ça a été très positif au début et ça a été plus compliqué à la fin parce que souvent, des distributeurs étaient là. Mais pourquoi vous n'êtes pas capable de faire ce que vous faites chez Donuts, chez Nidecker ? Vous devriez faire du donut chez Nidecker. Donc ça a été un peu ce côté schizophrène où on ne sait pas du tout où on se place. Mais c'est pour ça qu'on a fait ce merge en 2004.
- Daz
Ok, donc ça c'est le merge en 2004. Après, du coup, tu restes chez Nidecker jusqu'en 2008, c'est ça ? Non, 2006. 2006, pardon.
- Thierry
2006.
- Daz
Et là, nouvelle aventure qui se présente. Avant de la présenter, cette nouvelle aventure, on a l'habitude dans le podcast de A à Z de faire un petit cadeau. C'est-à-dire, je vais prendre un livre de ma bibliothèque que j'offre à mon invité. Donc voici, c'est un livre d'un très ancien photographe sur le Pays Basque. Un photographe qui s'appelle Jacques Lartigue. C'est pour amener le sujet suivant.
- Thierry
Oui.
- Daz
Le Pays Basque. Alors avant que tu me parles du Pays Basque, je me rappelle un jour, tu m'as dit quelque chose, que tu avais trois rêves dans la vie. Tu te rappelles de ça ?
- Thierry
Ouais.
- Daz
Parce que le Pays Basque faisait partie de ces trois rêves.
- Thierry
Bien sûr. Le Pays Basque, je l'ai découvert en 87. Justement avec de nouveau cette même bande de potes avec qui je faisais du snowboard, où elle était plus âgée. Moi, j'étais le petit qui venait en vacances avec les grands. Et puis, je suis tombé complètement sous le charme du Pays Basque. Et j'ai toujours dit, un jour, j'habiterai dans le Pays Basque. Et une des raisons du changement professionnel, ou en fait du choix, parce que quand je suis parti chez Indécare, je suis parti avec aucun job derrière. J'avais juste envie de faire un break. Je me suis dit, je fais six mois tranquille. Et puis après, on verra ce qui arrive. J'avais vraiment envie de faire une déconnexion avec le snowboard, avec l'action sport. J'avais envie vraiment de... vivre quelque chose de plus personnel.
- Daz
Mais t'es dans quel état d'esprit quand tu sors de ça ? T'es essoufflé ? Ouais, je pensais... Tu vis comment la fin ? C'est dur ou c'est un choix ? Toi t'en as marre ?
- Thierry
C'est ce que je disais au début. Moi, du moment où je rigole plus, il faut que je change. Tant que je rigole, c'est pas une question de combien tu gagnes, qu'est-ce que tu fais, c'est vraiment une question de plaisir. Du moment où t'as du plaisir, moi j'adore. et je me donne corps et âme à faire les choses. Du moment où tu n'as plus le plaisir, pour moi, il y a un moment donné où je prends la décision et peu importe ce qui va arriver, je changerai. Et à ce moment-là, on était un peu en désaccord avec M. Ndéquer sur la suite à donner aux marques, etc. Donc j'ai préféré partir. Donc je suis parti en n'ayant absolument aucun job, absolument rien derrière moi. en me disant, je vais faire six mois tranquille, je vais prendre du temps, aller sur la neige, aller faire du surf, aller m'amuser un peu. Et puis, assez vite, j'ai eu trois offres d'emploi qui sont arrivées assez vite, qui étaient complètement différentes les unes des autres. j'ai eu une marque de joaillerie pour qui cherchait justement une personne pour s'occuper du marketing, qui voulait un marketing un peu différent. Harry Winston, qui est un joueur allié new-yorkais, qui fait des blu-tran suisses de luxe. Et puis, il y avait le comité olympique aussi, qui commençait vraiment à regarder, après les Jeux de Nagano, et puis les Jeux de Sautelet, les Jeux de Turin, justement à faire rentrer le skate, le surf, et qui avait besoin un peu d'avoir quelques... quelques points de ce côté-là.
- Daz
Ça, c'était le comité olympique international.
- Thierry
Qui est basé à Lausanne. Et puis, il y avait DC Shoes qui cherchaient une personne pour lancer leur programme snow. Comme j'étais chez Quick, j'ai signé mon premier contrat chez Quick en 1992. J'étais tout le temps avec Quick jusqu'en 2006 quand je suis parti de Chindéker. Je le suis toujours un peu d'une manière ou d'une autre.
- Daz
Tu n'as jamais coupé le lien ?
- Thierry
Je n'ai jamais coupé le lien. Je suis très fidèle de ce que tu es là.
- Daz
C'était avec qui tu as signé ton premier produit ? Avec Maritou Larigan. Ok.
- Thierry
Voilà. Et puis, à l'époque, c'était Harry Hodge qui dirigeait la boîte.
- Daz
Oui.
- Thierry
J'ai vu quelques gars passer au sein de l'entreprise. Et puis, Pierre Agnès qui s'occupe, qui était team manager. Et puis après on a eu Jasper qui s'occupait du snow. Jasper Sorners. Exactement. Et donc j'avais ces trois propositions. Il y en a une qui était très intéressante intellectuellement parlant parce que c'était justement le côté montre qui est un milieu complètement différent avec des stratégies que j'avais déjà mis un peu en place chez Nidecker qui à l'époque n'étaient pas vraiment existantes, ce qu'on appelle aujourd'hui la segmentation. À l'époque, j'avais eu tout un article dans une revue suisse au niveau économique, justement, sur ce que j'avais mis en place chez Indecker, qui était les prémices de la segmentation, justement, où il y avait des profils par rider, des produits qui étaient faits, etc. qui n'étaient pas quelque chose qui était courant, en tout cas. Je ne dis pas que je suis l'inventeur de la segmentation au loin de là. Mais en tout cas, j'avais eu justement cet article. C'est de cet article, en fait, qu'est né l'intérêt de Harry Winston pour justement essayer de changer un peu leur manière de faire. Mais c'était le luxe. Moi, je suis né d'une famille de banquiers, donc je n'avais pas envie de me mettre en costard-cravate. Je n'avais pas envie. Moi, j'aime bien l'été être en t-shirt short et puis en flip-flop. Et donc le travail m'intéressait, mais pas forcément la forme. Le fond, oui, mais pas la forme. Et puis après, le côté olympique, c'était beaucoup trop politisé. Moi, je ne suis pas très politique. J'aime aller dans une direction, j'aime qu'on me laisse les mains libres, que je puisse prouver. Ça a toujours été un peu mon grand challenge dans la vie, de prouver aux gens que j'avais raison. Et donc voilà, et puis Marie de Choux justement m'appelle en me disant écoute, il y a DC, il cherche quelqu'un, est-ce que ça t'intéresse et tout. Puis en fait, de ce rêve d'un jour habiter dans le Pays-Bas qui est devenu réalité, et donc j'ai accepté de travailler pour DC Shoes, où j'ai commencé par m'occuper justement du lancement de tout le programme hiver pour DC, qui lançait des planches de snowboard. Et ça a duré six mois, puis après Pierre Agnès... Une fois, il m'a attrapé en train de descendre les marches à Vidar pour aller manger à la tantina de la païa, en me disant « écoute, tu vas changer de job, je ne veux plus que tu fasses le snow » . J'étais un peu sous le choc. Il m'a dit « qu'est-ce qu'il m'annonce ? Il veut me virer le CETA » . C'était un peu la manière de Pierre de parler aux gens. Je vois tout à fait. Et puis il me dit « maintenant, tu vas t'occuper du marketing pour DC Europe, c'est toi qui vas prendre la tête » .
- Daz
Pierre, il avait ce talent pour t'annoncer une très bonne nouvelle. Et en général, tu pensais que tu allais te faire virer dans l'intonation avec laquelle il t'amenait le sujet.
- Thierry
Tout à fait. Et puis après, il me parlait. Puis c'est aussi arrivé. J'étais sûr que j'allais me faire virer. Mais bon, ça, c'est des autres histoires.
- Daz
Avant de nous parler de cette expérience, je voudrais juste faire un petit retour sur les Jeux Olympiques, justement. Puisque toi, tu étais... premiers Jeux Olympiques où était présent le snowboard, c'est en 1998 au Japon à Nagano, si je me rappelle bien. Tu n'as pas participé en tant qu'athlète, mais tu y étais. Je sais qu'après, tu as fait consultant technique pour la télévision suisse romande.
- Thierry
C'est ça.
- Daz
Tu le fais toujours, d'ailleurs.
- Thierry
Je le fais toujours. Je suis le plus vieux consultant de la TDSR. C'est vrai ? Depuis Nagano, en fait. Depuis 1998, je continue à faire de temps en temps. J'ai fait beaucoup moins parce qu'il y a Darius Erichian qui a pris le relais.
- Daz
C'est Darius.
- Thierry
Il a pris le relais. Moi, je reste maintenant à faire l'extrême de Verbier une fois par année. Ça reste très sympathique.
- Daz
J'aimerais bien avoir ton point de vue sur l'impact des Jeux Olympiques sur le snowboard. C'est un sujet qui est très clivant, aujourd'hui encore, je trouve.
- Thierry
mais j'aimerais bien avoir ton avis ouais alors sujet casse-garde non pas du tout, j'ai aucun problème je sais qu'il y a plein de gens qui ne vont pas être d'accord avec moi j'aime justement pouvoir discuter débattre, je pense que ça fait partie de la beauté de l'écoute de l'un et de l'autre les Jeux Olympiques, moi je fais partie de cette génération qui a connu Les snowboarders voulant faire partie de la FISE, la Fédération Internationale de Ski. Et la FISE, à l'époque, comme beaucoup de marques de ski de l'époque, était là, oui, les snowboarders, vous verrez, c'est comme le monoski, dans deux ans, plus personne n'en parlera. Ils ne nous aimaient pas. C'était du rejet. Et des marques, des grandes marques de ski, que je ne citerai pas, mais ils se reconnaîtront peut-être s'ils écoutent le podcast, qui étaient anti-snowboard, mais au possible. Et donc, de ce fait, les snowboardeurs ont dû se regrouper pour créer leur propre fédération de snowboard. Donc, ça a été la International Snowboard Federation, ISF, où il y a eu tout un tour qui a été organisé à travers des épreuves, qui étaient des épreuves, on va dire, régionales. Puis, il y avait quelques grosses compétitions, comme les uns, comme au Japon, comme aux US, avec l'US Open, etc. Et en fonction du classement, c'était un peu comme ce qui se passe dans le tennis avec les tournois ATP. Il y avait des Master 1000, etc. C'était des autres désignations. Et évidemment, quand en 1995, le snowboard a explosé et arrivé dans beaucoup de marques et dans l'industrie du ski, où les gens se sont rendus compte que... En Europe, c'était quasiment du 50-50, donc 50% skieurs, 50% snowboardeurs. Les fédérations ont commencé à voir tous leurs jeunes partir à faire du snowboard. Ils se sont dit, on a loupé le train, allez on va reprendre le snowboard. Et c'est là où il y a eu énormément de guerres entre l'ISF et la FISE, parce que les snowboardeurs se sont vraiment, en tout cas de la première époque dont je fais partie, se sont complètement retrouvés. voler parce que les mecs, c'est du style, nous, on a tout construit. Puis vous, vous arrivez, puis vous prenez les clés, puis vous rentrez dans le logement. Donc ça, ça a été quelque chose d'assez compliqué à vivre. Et puis, il y a eu beaucoup, beaucoup de fights. Il y a encore des stickers. J'en avais retrouvé chez mes parents, une vieille boîte de stickers où c'était écrit « Fuck Fizz » , etc. Et Terrier, qui est un des grands, qui était le leader, en tout cas le plus. Le plus capé des snowboarders de l'époque était un antiphys jusqu'à refuser d'aller aux Jeux Olympiques pour des raisons qui lui sont propres. Et voilà, donc il y a eu cette bagarre. Moi, j'ai arrêté les compétitions en 95, vraiment. J'ai fait quelques courses, un peu de freeride, un peu à Ausha droite, mais rien de foufou. Donc j'étais un peu à l'écart de ça, mais il y avait vraiment cette... de tension entre la FISE et la Fédération Internationale de Snowboard, qui malheureusement a très très mal géré l'affaire. Et puis il y a eu pas mal de choses qui se sont passées qui n'étaient pas très très simples. Et puis la FISE, eux, avec le rouleau compresseur, ils ont commencé à faire, faire, et puis ils sont arrivés au jeu, et puis ils ont fait les jeux de Nagano. Moi je suis arrivé au jeu avec... Avec beaucoup de questionnements. Je n'étais pas pour, je n'étais pas contre. J'avais envie de voir ce que c'était. Je n'avais jamais fait de Jeux Olympiques auparavant. Et en fait, quand je suis arrivé au Jeux, j'étais là, c'est juste énorme. L'ambiance, les gens, il y a quelque chose vraiment d'unique si on va aujourd'hui au Jeux. Puis on est vraiment dans les Jeux de l'intérieur. Il y a vraiment quelque chose d'assez fou. Et puis je me rappelle très bien d'un soir. Après les Jeux, je discutais avec Berti, qui a participé au Jeu pour l'équipe suisse. Berti Denervaux ? Exactement. J'étais là, waouh. Je pense que si j'ai un regret aujourd'hui dans ma carrière, c'est de ne pas avoir pu participer au Jeu et de faire la compétition. J'avais fait les trainings, j'avais fait deux ou trois trucs, mais je n'ai jamais fait la compète. Je pense que l'ambiance, l'événement en lui-même, c'est quelque chose qui est quand même exceptionnel. Après, il y a tous les à-côtés qui sont de la politique, des choses qui ne sont pas forcément très agréables. Mais en tout cas, lorsque les jeux commencent et l'ambiance, c'est quelque chose d'assez incroyable. Puis pendant les Jeux de Nagano, comme je ne faisais pas la compète, à l'époque, le commentateur de la télévision suisse qu'on avait mis un peu contraint et forcé de s'occuper du snowboard. Évidemment, comme beaucoup de télévision à l'époque, le snowboard, c'était même pas la cinquième roue du chaos. C'était vraiment le truc que personne n'avait ou voulait faire. Lui, il adorait ça. C'était un gars passionné qui faisait la moto aussi, qui hurlait dans le micro à chaque fois et qui avait un enthousiasme absolument délirant. qui s'appelait Bernard Jonzier. Et puis, comme j'étais en bas du pipe et tout, il me dit « Ouais, tu veux pas aussi commenter vite fait le pipe et tout ? » Et puis j'ai commenté la première médaille olympique avec Gian Simon, Suisse, qui gagne les Jeux de Nagano.
- Daz
Donc ça s'est fait complètement à l'arrache ?
- Thierry
Ah mais ça s'est fait complètement à l'arrache. C'était pas du tout... Moi j'avais mon pass officiel avec l'équipe nationale. Et puis c'était pas du tout prévu. Le mec a dit au lieu de rester là, viens parler dans le micro. Je suis arrivé là-bas. J'ai fait les Jeux de Nagano. Quatre ans après, South Lake, pareil. Mais la télé, de nouveau, ils n'avaient pas forcément les budgets pour chopper une chambre d'hôtel. J'avais dû dormir avec un juge, Mathieu, qui avait une grande chambre avec deux lits. J'avais squatté chez lui. Après, j'ai fait les Jeux de Turin en 2006 et puis j'ai fait les Jeux de Vancouver en 2010.
- Daz
Et Turin et Vancouver, tu avais une chambre ?
- Thierry
Ah, Vancouver, j'étais hyper bien. Mais ça a mis quand même quelques années, quoi. Ça a mis quelques années avant que les gens comprennent qu'il y avait un intérêt et puis qu'ils se disent qu'un consultant, ça valait la peine et qu'il fallait le traiter correctement. En France, c'était encore pire, parce que je me rappelle aux Jeux de Sautelet que c'était vraiment... C'était vraiment qui va y aller, qui va y aller. Ils avaient envoyé Nelson Monfort qui devait expliquer, après trois compétitions de patinage artistique, ce qu'était le pipe. Parce qu'à l'époque, Dorian Vidal avait fait un médaillé d'argent à Salt Lake. Donc ils étaient complètement perdus. France Télévisions, il y a une potentielle médaille, il faut qu'on envoie quelqu'un. Qui est-ce qu'on envoie ? Allez ! Qui s'est tapé à la machine, lève le doigt, c'était un peu ça.
- Daz
On se rappelle des incartades de Mathieu Crépel, qui était consultant technique, avec Patrick Monté, je crois, qui disait, mais pourquoi on ne dit pas planche à neige, qui était contre les anglicismes. Ça,
- Thierry
c'est bien plus tard. Ça, c'est bien plus tard. C'est bien plus tard. Donc, il faut imaginer que là, nous, on était des ovnis, les vies qui ne comprenaient pas. Nous, à l'attention suisse... J'étais surtout aux Jeux. On a beaucoup rigolé aux Jeux. Il y a deux petites anecdotes assez drôles pendant les Jeux. 2006, les médias suisses, avant les Jeux, étaient là. L'équipe de ski alpin, ils sont nuls. C'est les snowboardeurs qui vont tout gagner. Résultat des courses pendant les Jeux, les snowboardeurs avaient de la peine. On s'est fait maltraiter en pipe, etc. Arrive la finale de Bordeaux Cross Féminin. Et là, il y a... comment elle s'appelle j'ai complètement loupé son nom je suis très mauvais pour le nom je suis désolé Tania Friedan voilà son nom me revient qui arrive dans le bord de crosse en finale Au dernier saut, Jacob Ellis était en tête, elle avait 200 mètres d'avance sur tout le monde, à l'américaine. Et puis sur le dernier saut, pour ceux qui se rappellent peut-être de cette image, elle a essayé de faire un backside air et puis elle s'est lamentablement vautrée à l'atterrissage. Et nous, on était en train d'hurler dans le micro à l'époque avec Romain Glacé, qui était lui le journaliste de la RTS. On était en train de crier, oui, on est trop content, une médaille d'argent, une médaille d'argent. Puis là, on voit Jacob Ellis qui se pète la gueule. Et là, Tania Friedan qui passe la ligne devant Jacob Ellis et qui devient championne olympique. Première année du board cross en 2006. Et là, on hurle. Et puis à l'époque, il y avait des Bouzouzélas, ces sortes de trucs. Moi, je prends les Bouzouzélas qui étaient là et je commence à souffler dans les Bouzouzélas au milieu du micro. Donc, on a fait... péter les micros, les mecs ils nous ont hurlé dessus parce qu'on a crié tout, on a eu des plaintes ils ont reçu, la télé suisse a reçu des plaintes d'auditeurs qui disaient c'est qui ces esservelés qui crient dans les micros, etc. C'était assez drôle.
- Daz
Donc quelque part t'as un peu représenté la culture rebelle snowboard.
- Thierry
On a essayé le pire ça a été les jeux de 2010 donc les jeux de 2010 c'est une anecdote assez drôle Je ne sais pas si tu la garderas ou pas, mais c'est assez drôle.
- Daz
On garde tout ici.
- Thierry
En fait, juste avant les Jeux, c'était le début des réseaux sociaux. Et Romain, qui était un bon pote et qui était justement le journaliste, Romain Glacé, qui était le journaliste de l'époque, je lui ai dit, écoute Romain, j'aimerais faire une page Facebook pour mes potes. Est-ce que ça te dérange si je fais une page Facebook pour faire des photos et puis faire un peu des reportages pour que mes potes voient ce qu'on fait aux Jeux ? Il dit, ah mais c'est une super idée, je vais en parler au grand chef. Donc, il parle au big boss des sports de la télévision suisse. Le mec, il est là, c'est super, c'est une super idée, on est d'accord et tout. Donc, on crée une page de Facebook qui s'appelait Romain et Thierry au jeu. Et donc, on arrive aux Jeux Olympiques Vancouver et on commence à faire des photos, des vidéos, des interviews, des trucs, mais vraiment un coup de gueule. Des délires, on interview des Xavier Delorue avec Paulo Delorue et des trucs assez drôles, les Mathieu Crépel et tout et tout. Et puis, tout d'un coup, la télé canadienne se rend compte qu'il y a une page Facebook qui arrive. Donc, ils veulent nous interviewer parce qu'ils trouvent l'idée incroyable. Ce qu'il faut savoir, c'est qu'à l'époque, et ça a l'air complètement taré aujourd'hui. Les réseaux sociaux n'étaient pas dans la liste des médias des Jeux Olympiques. Ça n'existait pas. Aucune chaîne de télévision utilisait les réseaux sociaux. Ils utilisaient
- Daz
Facebook. Encore une fois, tu as été une... Ça a été un peu...
- Thierry
C'était plutôt un coup de bol plus qu'autre chose. Donc, les mecs, ils ont fait une petite interview. Et là, tombe le CIO. Il voit cette interview et il dit, mais c'est quoi ce bordel ? Et donc, nous qui faisions des interviews... complètement aux Jeux Olympiques. Ce qu'il faut savoir, c'est que tout est très, très cadré. Même les caméras, il doit y avoir des stickers qui sont dédiés, qui sont vérifiés. Les zones d'interview, c'est les mix zones. Tu ne peux pas aller en dehors, etc. Nous, on disait, mais on était complètement rebelles. On disait tout, mais complètement illégal. Et donc, le patron de la com' au CIO téléphone au grand patron de la télévision suisse en disant vous me virez ces deux journalistes et vous leur... piquer leur accréditation, on ne veut pas en entendre parler, ils ont complètement enfreint les règles de tout ce qui se passe aujourd'hui. Donc le patron de la télévision suisse qui est basé à Zurich, ayant aucune connaissance de ce qui se passait en Suisse romande, téléphone en furie au gars du chef des sports de la télévision suisse romande, en disant c'est quoi ce bordel et tout, puis le patron il dit bah écoute, c'est moi qui ai donné l'autorisation, donc nous on a été sauvés. Mais par contre, on n'avait plus le droit de faire tout ce qu'on a fait. Et il y a encore des vestiges. On a dû effacer la page, mais il y a encore des vestiges. Il faut plus chercher sur YouTube et tout. Et ce qui est assez drôle, c'est qu'on a justement utilisé les réseaux sociaux. Et même pendant les compétitions, moi, j'avais mon ordinateur. Et puis, on répondait aux questions des gars qui nous écoutaient, sachant que comme on était au Canada, c'était au milieu de la nuit. en Suisse, et puis il y avait des gens qui nous posaient des questions, on leur répondait et tout. Donc on était hyper interactifs quand on faisait nos commentaires. Et c'est assez drôle, justement, c'est qu'aujourd'hui, on a été la première chaîne de télé à utiliser les réseaux sociaux. Et puis quatre ans après, tout avait été clarifié au niveau de la com et puis des Jeux Olympiques sur l'utilisation justement des réseaux sociaux.
- Daz
Vous avez fait jurisprudence.
- Thierry
On a fait jurisprudence.
- Daz
C'est dingue. Ok, ben écoute, merci pour ces anecdotes. Tu penses que le snowboard a bénéficié des Jeux Olympiques ou c'est les Jeux Olympiques qui ont bénéficié du snowboard ? Parce que je crois que c'est un des records d'audience. Alors toi, tu dois le savoir. Je crois que la finale du PAI, par exemple, c'est une des plus grosses audiences des Jeux Olympiques d'hiver. C'est vrai ?
- Thierry
Oui, c'est tout à fait le cas. Aujourd'hui, il y a énormément de... de regard qui se mettent sur justement l'action sport. Après ça, ça a été toute la difficulté des Jeux Olympiques. C'est qu'il y a toute une génération qui aujourd'hui ne s'intéresse plus aux tirs à 40 mètres, à certains sports, on va dire. Donc ils doivent renouveler aujourd'hui les sports. Et le pipe aujourd'hui en snowboard, c'est quelque chose qui passe énormément bien au niveau télévisuel. C'est très photogénique. Et puis il y a à ce côté... Ce côté dangereux qui est aujourd'hui de plus en plus présent. Aujourd'hui, quand on voit les athlètes sur les derniers Jeux à Milan avec la finale de pipe à Livigno, l'engagement des athlètes, il est juste complètement taré. Moi, je n'ose même pas dire qu'à l'époque, je faisais des coupes du monde de half-pipe quand je vois ce qui se passe aujourd'hui. Les pipes sont gigantesques, la neige est dure comme de la pierre, les mecs s'envoient à 6-7 mètres en-dessus du coping, c'est juste délirant. Et donc oui, ça fait beaucoup d'audience. Donc c'est des sports qui, aujourd'hui, ont leur place au jeu au niveau de l'audience. Après, c'est depuis les Jeux Olympiques, pour moi, il y a eu cette... Même si ça existait déjà, mais beaucoup, beaucoup moins, un peu auparavant. Comme je le disais avant, moi j'ai commencé à faire des compétitions, on faisait des compétitions parce que c'était le moyen de se retrouver entre snowboardeurs. Aujourd'hui, le snowboard, il y a tout le côté, on va dire, le free sport, ou le sport libre qu'est le snowboard, et puis il y a tout ce qui est compétition. Il y a vraiment aujourd'hui... Il y a deux écoles, il y a ceux qui font de l'image pour les réseaux sociaux, pour les marques, etc. Puis il y a les Jeux Olympiques où il y a justement cette volonté de gagner une médaille et puis d'avoir son nom dans les livres olympiques. Et c'est des écoles qui sont très différentes. Alors il existe des riders comme Mons Roisland qui est capable par exemple de faire à la fois des Jeux mais aussi à la fois d'aller faire des films avec Thorstein, etc. Mais beaucoup d'athlètes, ça reste des athlètes qui sont formatés compétition aux Jeux Olympiques. Pour moi, je pense que tout a le droit d'exister. Après, il faut juste choisir son camp. Je pense qu'un est aussi valable que l'autre. De mon côté, j'ai clairement plutôt penché sur le côté non compétition, et peut-être aussi par manque de talent. Mais toi, à titre perso ? Ouais, perso, après moi, en tant qu'aujourd'hui, pour le sport et le snowboard, je pense que chaque fois qu'on me parlera de snowboard, peu importe si c'est du good buzz, bad buzz, peu importe, je pense qu'aujourd'hui, ça fait du bien au snowboard. Et puis, plus on parlera du snowboard, plus on encouragera des jeunes à mettre d'abord les pieds en montagne et puis après à pouvoir glisser sur une planche. et si... ils peuvent découvrir et avoir la sensation que moi j'ai connu quand j'ai commencé à faire du snowboard c'est tout le malheur que je leur souhaite
- Daz
Et tu penses quoi de l'apparition du skate et du surf aux jeux olympiques par extension ? Est-ce que c'est un peu la même problématique ?
- Thierry
Je pense que le skate c'est une autre discussion je pense que le skate et le snowboard c'est des formats qui sont télévisuels Parce qu'aujourd'hui, déjà, c'est des formats olympiques. Et la raison pour laquelle le skate est vraiment rentré au jeu, c'est grâce à un Rob Dyrdek qui a fait Street League à l'époque, soutenu par DC. Et je me rappelle de discussions... sans fin avec Rob Dyrdek aux Etats-Unis en parlant justement de sa volonté de créer Street League
- Daz
Rob Dyrdek pour expliquer pour notre audience qui ne le connait pas forcément ça a été un skater professionnel une star du skate dans les années 2000 qui était pro chez DC notamment et qui a créé le premier format de compétition internationale de street Avec un format très innovant.
- Thierry
Exactement. Avant, les compétitions de skate, ça a toujours été un sport à part. Ça veut dire qu'aujourd'hui, il y avait les compétitions, ce n'était pas forcément le mec qui posait tous ses tricks, c'était le mec qui faisait le plus gros trick qui remportait la mise. Et ça a toujours été assez incroyable. Les gens en compétition, les mecs, ils essayaient 10, 15 fois, 20 fois. Et puis, tout d'un coup, ils plaquaient. Et là, tout le monde explosait. Et c'était le champion. Ce qui va à l'encontre de n'importe quel autre sport. Parce que généralement, la chute dans n'importe quel autre sport, c'est quelque chose qui t'élimine d'office. Et Rob, en fait, sa volonté, c'était de pouvoir justement avoir un format qui puisse être compréhensible avec justement aussi... Un côté où les scénarios peuvent changer absolument, ce côté un peu mystérieux de qui va gagner. Et il a réussi à faire une compétition qui était formatée aussi dans le temps, qui est aujourd'hui pour un programme olympique. Les programmes sont là, les télés achètent les programmes. pas ou c'est très compliqué de dire la compète va durer 4 heures ou 5 heures ou 10 heures et on ne sait pas trop quand elle va commencer, quand elle va se terminer. C'est le surfboard. Exactement. Donc le snowboard et le skate c'est des compétitions aujourd'hui dans les reformats qui sont facilement podcastables au niveau olympique et je pense que c'est une des raisons du succès justement de ces compétitions-là. Le surf pour moi, c'est quelque chose qui est beaucoup plus compliqué parce qu'aujourd'hui, au même titre que je trouve le freeride en snowboard ou à ski, il faut avoir les conditions. Un pipe aujourd'hui, à moins qu'il pleuve ou qu'il neige à gros flocons, un pipe, on peut l'utiliser. C'est de la neige artificielle, c'est chez P. Donc la compétition, si elle doit commencer à 18h, elle commence à 18h. Elle finit à 18h58 avec... Trois minutes de page de pub, ça passe très bien au niveau de la télé. Le skate avec les nouveaux formats, c'est clairement la même chose. Par contre, le surf, c'est un sport où tu as envie de voir des belles conditions, tu as envie que ce soit le mieux du mieux. Et donc, c'est beaucoup plus compliqué aujourd'hui, je pense, pour le CEO, de dire qu'une compétition va durer dix jours qu'en n'importe quelle autre compétition, dans n'importe quel autre sport olympique en tout cas. Ça ne dure jamais sur 10 jours.
- Daz
Oui, c'est 10 jours parce qu'il y a cette waiting période pour au final quelques heures juste de compétition. Mais l'idée, c'est de lancer les surfers dans les meilleures conditions possibles en termes de taille de vague, de marée et de vent.
- Thierry
Exactement. Donc, c'est beaucoup plus compliqué pour des organisations qui ont l'habitude de faire des matchs de foot qui commencent à 20 heures et qui finissent à 20h45 plus 3 minutes de prolongation. Donc, c'est plus compliqué. Et c'est pour ça que je pense qu'aujourd'hui, honnêtement, je pense que le surf, à terme, ça sera du surf de piscine qu'on aime ou qu'on n'aime pas. Ça a déjà été le cas, par exemple, pour le kayak, pour d'autres sports olympiques, où aujourd'hui, on n'est plus en milieu naturel. On est complètement dans des milieux artificiels. Donc après, oui, pour moi, je trouve que j'étais aux Jeux de Paris, voir les finales de street, l'ambiance était juste... Incroyable. Je pense que, pour moi... Tant qu'on parlera de nos sports et qu'on aura cette ouverture d'esprit de justement essayer de ramener un maximum de personnes à comprendre notre culture, comprendre notre passion, je pense que c'est un bénéfice pour le sport. En règle générale, après, c'est sûr que le surf, c'est un peu plus compliqué parce que maintenant, il y a beaucoup de gens qui sont à l'eau, les vagues, elles ne sont pas illimitées, et puis que ça pose d'autres problèmes. Mais en tout cas, pour la culture... J'estime qu'aujourd'hui, on a une culture qui est la nôtre et qu'on devrait la chérir et la partager et éviter justement que d'autres industries comme le luxe, par exemple. Je ne sais pas si tu as vu le dernier, c'était le dernier défilé Louis Vuitton, magnifique à Paris, une vague artificielle faite. C'était magique et tu te retrouves avec. tous les codes de l'action sport, remodifiés, remodelés, réimaginés par l'industrie du luxe. Et tu te dis, il y a quand même quelque chose qu'on a un peu loupé dans notre industrie. C'est qu'aujourd'hui, c'est les autres qui en profitent. Et de nouveau, c'est comme l'ISF, on parlait de la FISE. Aujourd'hui, on a construit la maison. Aujourd'hui, ce n'est pas nous qui l'habitons.
- Daz
Il y a une forme d'appropriation culturelle. Quand on voit justement... Sur ces défilés, alors moi j'étais à Paris, en plus pendant la semaine de la Fashion Week, où c'était une canicule hors normes, et de voir cette indécence de ce faux tube, déjà il y avait ce paradoxe-là, mais au-delà de cet aspect ponctuel, c'est une fois de plus la mode qui reprend les codes, mais c'est du jetable, c'est-à-dire ils font ça une fois mais il n'y a pas de suivi, et puis ça fait... Moi, ça me fascine parce que je fais un aparté, mais j'ai des gens autour de moi qui disent c'est super pour le sport. C'est super pour le surf. C'est souvent des gens qui ont démarré le surf il n'y a pas très longtemps et qui trouvent ça très cool. Mais concrètement, moi, je ne vois pas ce que ça apporte au surf parce que ça ne va pas forcément faire avancer la pratique. Ça ne va pas forcément faire avancer la culture.
- Thierry
je pense qu'il y a deux choses dans cette discussion là je pense que c'est un peu comme tout aujourd'hui, je pense que le luxe, ou en tout cas les grandes marques se sont toujours intéressées au snowboard moi j'ai dessiné la première planche Chanel c'était en 98 avec notre ami à l'époque Karl Lagerfeld aussi il y a une histoire assez drôle à ce sujet là Et puis, on a eu beaucoup de contacts et on a travaillé pour justement du Dior, du Louis Vuitton, des grandes marques de luxe qui voulaient utiliser justement notre image de l'action sport ou du snowboard pour justement amener ce côté un peu, je ne vais pas dire fou, mais c'est dans l'imaginaire collectif. L'action sport, c'est des gens relax, des gens cool, c'est plutôt des gens assez beaux gosses. En tout cas, si aujourd'hui on doit dessiner un surfeur, par exemple, on le dessinera avec une belle chevelure blonde. C'est des stéréotypes et c'est des clichés, mais dans la tête des gens, c'est quelque chose de très, très imprégné. Et ces marques-là, elles jouent complètement sur ça. Ou on peut dire oui, si ce n'est pas bien parce que vous nous piquez les choses, moi je suis d'accord. de le dire comme ça, mais en fait, moi, j'ai envie de retourner un peu la question en me disant, mais pourquoi nous, industrie, on n'a pas réussi à conserver ça ? Aujourd'hui, pour notre industrie, c'est le plus gros truc. On voit les boîtes, que ce soit toutes les marques de surf, aujourd'hui, elles ont des difficultés. Et pourtant, tu vas à la Côte des Basques, aujourd'hui, tu as 400 personnes à l'eau. Tu les vois arriver, il n'y en a pas un qui porte une marque de surfwear. ils portent toutes les autres marques que des marques de software. Il y a bien un moment donné, notre industrie, et je ne m'inclue plus dedans, qu'on soit bien d'accord, mais on a loupé quelque chose. On a loupé ce côté qu'on aurait dû garder et justement chérir cette culture. Et à mon avis, ce qu'on a loupé, c'est qu'au lieu de s'ouvrir aux gens et puis de partager ce qu'on a fait, on s'est mis dans notre bulle en disant, nous, on est cool, les autres, c'est des blaireaux. Et puis, je pense que c'est ce qu'on a fait un peu de faux. C'est mon point de vue. Après, c'est très certainement des discussions qui sont sujets à débat. Mais pour moi, c'est ce côté, on s'est ouvert et puis après, on s'est refermé comme une huître. Et puis après, aujourd'hui, c'est les autres qui prennent. Et puis, je trouve hallucinant de voir... Un défilé Louis Vuitton avec un mec qui est en combi de surf, qui porte un gravel. Pour moi, c'est des choses qui ne vont pas du tout ensemble. Mais je regarde la combi Louis Vuitton et je me dis qu'elle n'est pas si dégueulasse que ça. Et peut-être que, je ne dis pas que des marques de surf historiques auraient dû faire les mêmes combis, mais peut-être qu'en apportant un peu autre chose que des combis toutes noires avec un logo, Peut-être qu'ils auraient fait... autre chose, je ne sais pas.
- Daz
Ça, c'est un gros sujet sur lequel on ne va pas s'étendre, mais pour le coup, toutes les tentatives d'apporter un peu de créativité sur les combis, au final, ça n'a commercialement jamais marché. C'est ça qui est hallucinant. Et ce qui reste, en fait, la majorité des combis vendus, c'est du full black.
- Thierry
Mais c'est la même chose dans les boots de snowboard, dans les fixations de snowboard, je te rassure.
- Daz
Dès que tu proposes de casser les codes, le marché se remet en place.
- Thierry
Oui, mais je pense qu'aujourd'hui, je suis complètement d'accord. Nous, on a le même sujet aujourd'hui dans le snowboard. Aujourd'hui, 70 à 80%, je dirais même plus, si on prend les fixations noires et blanches ou les boots noires et blanches, je pense que c'est quasiment 90% de ce qu'on vend. Et pourtant, on se force à faire plein d'autres coloris, plein d'autres collabs, plein d'autres choses. On sait que ce n'est pas des choses qui sont... commercialement quelque chose qui vont être un succès. Et ce n'est pas le but. C'est juste pour montrer la diversité. Aujourd'hui, Louis Vuitton, j'ose imaginer que s'ils vendent 100 combinaisons et encore s'ils en vendent une, parce que c'est peut-être fait que des pièces uniques pour les défilés, eux, ils s'en foutent. Ils ont fait un truc. C'est une image, c'est un impactant, etc. Nous, aujourd'hui, je pense qu'on doit aussi amener quelque chose qui va faire que les gens vont avoir un intérêt. Même s'ils vont acheter après une boots noire ou une... fixation noire, d'avoir vu quelque chose d'autre et puis d'avoir aussi utilisé ces supports pour justement raconter des histoires et pas juste de faire quelque chose de hyper commercial. Et je pense que le vêtement, c'est pareil. Je vous imaginais qu'un North Face, aujourd'hui, 70% de leur vente, c'est des jackets noirs et puis le reste, voilà quoi. Mais il y a des histoires à raconter et je pense qu'on s'est trop enfermés et on n'a pas... pas assez raconter nos histoires et aujourd'hui c'est les autres qui racontent notre histoire
- Daz
Point de vue très intéressant avant de revenir au Pays Basque et à Biarritz Biarritz dit Chanel et dit Chanel là tu m'as teasé avec ton anecdote sur Carla Gerfeld alors c'était pas prévu qu'on en parle mais maintenant que tu m'as amené là dessus, t'as bossé directement avec lui c'est ça ?
- Thierry
Pour faire les boards ?
- Daz
Tu me rappelles les snowboards des snowboards Chanel ?
- Thierry
C'est une anecdote drôle. Donc, c'était 98 par là, donc j'avais commencé Donuts Snowboard, et puis à l'époque, j'avais pas mal de potes à gauche, à droite, et un gars, donc Stéphane Routin, qui était un snowboarder pro, qui était chez Asnowboard, qui est passé chez Donuts, avait un autre pote, et les choses se sont mises en place un peu bizarrement, et j'ai eu un coup de téléphone un jour, je ne sais pas... plus c'est Steph ou son pote, je ne me rappelle plus exactement, qui me dit, écoute, Chanel, ils veulent faire des snowboards, on a donné ton contact, ils vont t'appeler, etc. Et puis, je dis, ok, cool, parfait. Et en fait, Chanel m'a appelé en me disant, voilà, on aimerait faire des snowboards, nous sommes le studio, la partie créative de Chanel, on aimerait faire des snowboards et tout. Et puis j'étais là, ok, très bien. Et puis, vous voulez quoi ? Alors, on aimerait un snowboard comme ci, comme ça, comme ça. Puis là, j'ai un peu joué leur jeu, en fait, parce qu'on m'avait un peu briefé sur comment ces grandes marques de luxe fonctionnaient. En fait, ce qu'il faut savoir, c'est que ces grandes marques de luxe, elles fonctionnent assez simplement. Elles ont besoin d'accessoires pour leur défilé, donc elles font des accessoires. Et de ces accessoires, il y a une panoplie d'accessoires qui est faite. À l'époque, c'est Karl qui, avant le défilé, allait dans la salle d'accessoires en disant, d'un... Ce mannequin, il prend ça, l'autre Et tu avais une chance aussi que ton produit soit carrément pas au défilé parce qu'il n'avait pas passé le cut justement du défilé. Le cut de Karl. Exact. Et puis, après le défilé, il y avait les ventes, puisque Chanel, à l'époque, vendait tout en direct. Je pense que c'est encore le cas avec leurs propres enseignes. Et donc, après, il y avait les commandes. Donc, en fait, quand Chanel t'appelle ou un boîte de luxe t'appelle, C'est pas... Tout de suite, on se dit, ah mais ils vont vendre plein de planches, ça va être trop génial, on va faire plein d'argent, c'est luxe, c'est incroyable. Mais en fait, ce n'est pas du tout comme ça que ça se passe. Donc moi, j'avais déjà ces informations-là. Donc j'ai un peu joué leur jeu quand ils m'ont appelé en leur disant, oui, ok, c'est super. Mais bon, moi, j'ai mes conditions aussi. Vous savez, je suis une marque suisse, je fabrique en Suisse, j'ai mes standards. Donc je suis d'accord de vous faire des choses. Mais par contre, j'ai droit au regard sur le design si j'estime que les designs... Ils ne sont pas en accord avec mes planches. Je ne veux pas les faire. Là, ils se sont retrouvés un peu surpris en disant mais c'est qui ce gars qui me parle comme ça ? Nous, on est Chanel. Toi, tu es une petite marque suisse dans ta campagne. Qu'est-ce que c'est ? Ils ont accepté. Ils m'ont envoyé des premières propositions graphiques. Le top sheet était pour moi OK. Les semelles n'étaient pas jolies, donc je leur ai dit, écoutez, je suis désolé, mais je ne veux pas des semelles comme ça. Voilà, je vous envoie deux propositions. Et là, ils étaient un peu aussi dans leur tissu lié. En m'envoyant un mail, je pense que je peux encore le retrouver, où ils m'avaient dit, oui, alors on va en parler à Karl, c'est lui qui choisit, etc. Et puis, quelques jours après, j'ai la réponse du studio en me disant, oui, alors Karl a accepté. Il est d'accord avec votre proposition et tout. Et donc, je leur ai fait leur première planche. Et j'avais signé les planches. Entre le pack d'inserts, j'avais mis chez ByteEcoons, etc., de notre snowboard et tout. Et donc, je leur envoie les deux échantillons qu'ils avaient besoin. Ils montrent les fixations. Ils m'invitent au défilé. Je vais au défilé. Ils me présentent à Karl, à Gerfeld, à la fin du défilé, etc., etc. Et puis, ils passent commande. Ils passent une... très belle commande. Honnêtement, je ne sais plus, il y a eu 300 planches, ce qui était à l'époque pour un Chanel, c'était vraiment bien. Et donc, je leur fais leur prod et tout. Et ils reçoivent leur prod. Et là, coup de téléphone, drama complet. Écoutez, on ne peut pas accepter votre production. Il y a un problème. Il y a votre nom sur les planches. Aujourd'hui, il n'y a aucune personne chez Chanel qui a son nom sur une planche. Même pas Karl Lagerfeld, un produit signé. dans la collection Chanel. Je leur ai dit, écoutez, moi je vous ai envoyé des échantillons, il y avait ma signature dessus, si ça avait posé un problème, sachant que pour vous c'était des bons de validation, et bien, c'est pas ma faute, c'est vous qui avez pas regardé. Et donc ils étaient tous stressés, ils démontaient. les fixations qu'ils avaient mises sur la planche. Et là, ils découvrent qu'il y a exactement la correspondance entre leurs produits validés et la production qui a été envoyée. Et donc, aujourd'hui, je fais partie, je pense, ou je suis la 5e personne qui a son nom sur un produit Chanel.
- Daz
Pas mal. Ça, c'est le rôle. Pas mal. Ça,
- Thierry
c'est le rôle.
- Daz
OK. Donc ça, c'était quelle année, Stéphane ? C'était en 98.
- Thierry
C'était en 98, je pense.
- Daz
OK. OK. On voyage dans le temps et dans l'espace, on revient donc au Pays Basque. Ton expérience avec DC, ça va durer jusqu'en... Comment ça s'est passé ?
- Thierry
Ça s'est passé assez bien. C'était assez drôle. J'ai eu la chance de pouvoir bosser pour DC. Oui, il y a eu plein de choses qui se sont passées au niveau du groupe, avec le groupe Board Rider.
- Daz
Tu étais dans une période très très fast où il y a eu aussi beaucoup d'activités dans plusieurs univers. Toi t'as touché à tout, là tu sors du snowboard.
- Thierry
Alors là moi je suis arrivé par le snowboard et puis quand on m'a donné le marketing pour DC DC c'était une petite marque au sein du groupe, en tout cas en Europe et puis on a eu les années d'explosion de DC avec tous les délires qu'on a pu faire où on a vraiment beaucoup beaucoup rigolé. et comme je l'ai dit pour moi c'est tant que tu rigoles tu comptes pas tes heures donc ouais d'ici ça a été ça a été touche à tout on avait les on va dire les trois grosses catégories ou les trois silos qu'on avait c'était le skate évidemment puisque historiquement c'est une marque de skate de snowboard parce que historiquement Ken Block c'était une de ses passions Et puis, il y avait ce côté lifestyle. Ça a été DC, une des premières, voire la première marque qui a utilisé des artistes pour faire des collabs sur des sneakers. Et puis après, il y avait ce qu'on appelait le bloc Action Sport avec le surf, le BMX, l'auto, la moto. Et donc, moi, j'ai touché absolument à tout. Et on a eu la chance aussi à l'époque d'avoir le patron de DC Europe qui était Juan González. qui était assez proche de Pierre Agnès et donc on pouvait vraiment faire ce qu'on voulait. Il y avait vraiment 100% de confiance qui était installée entre l'équipe d'ici et puis on a pu se permettre de faire des choses complètement folles et on a vraiment beaucoup rigolé.
- Daz
Ça, c'est la période où une marque de skate, à la base, devient une des plus grosses marques de l'action sport. Et toute cette partie sport mécanique commence à prendre beaucoup de place, beaucoup d'ampleur.
- Thierry
Oui, ça a été... En fait, à la base, ça ne devait pas prendre beaucoup d'ampleur. À la base, vraiment, le surf, le BMX, l'auto et la moto. En fait, à la base pour DC, dans la stratégie originelle de DC, c'était vraiment un bloc qu'on appelait Action Sport, où on allait prendre uniquement les meilleurs athlètes de chaque catégorie et puis on les sponsorisait. Mais on n'avait aucune volonté de créer des produits dédiés pour cela. Et puis quand DC a commencé à vraiment prendre énormément de place, surtout dans la catégorie auto et moto, Auto, c'était verrouillé par Ken Block. Après, il y a Pastrana qui est venu un peu dedans. Mais il y avait le côté moto où à la base, c'était Pastrana qui était en contrat. Après, on a commencé à prendre d'autres athlètes, d'autres athlètes. Et puis, ça a fait boule de neige. Et puis, c'est devenu une marque qui est devenue très sport mécanique. Mais c'était un peu contre la volonté de l'idée de base de qui était d'ici. De nouveau, les trois premiers blogs, c'était vraiment le skate, le snow et le côté lifestyle. Mais ça a pris beaucoup de place. Et puis, le succédant, DC, s'est un peu perdu, on va dire, dans son côté originel. Et puis, il y a aussi un fait qui a été assez marquant. C'est que DC a révolutionné la skate shoes en faisant des skate shoes qui étaient très puffy. des répesses. Et dans les années 2008, quand il y a eu la crise justement économique, le monde et la vision du monde a vachement changé. Donc tout est devenu beaucoup plus strict. C'est pour ça que dans les silhouettes, les gens ont commencé à s'habiller avec des pantalons beaucoup plus serrés, avec des chemises plus près du corps, ce qui n'était pas le cas auparavant où on était plus dans cette... parties économiquement plutôt saines, où les gens avaient envie d'être plutôt en mode relax, là on était en mode beaucoup plus strict. Justement, avoir des chaussures très grosses, puffy, avec des pantalons très slim, c'est des choses qui ne vont pas du tout ensemble. C'est aussi une des raisons pour laquelle Vans, qui avait ses chaussures de l'époque, est revenu énormément à la mode parce qu'ils avaient des silhouettes historiques qui étaient beaucoup plus fines et nous, même si dans les collections d'ici, on avait ce côté slim. Ça a été aussi une période assez compliquée pour essayer de convaincre justement les gens de continuer à aimer la marque, pas seulement pour ce côté innovant qui était la puffy shoes de l'époque et de continuer justement à aimer la marque par pur amour de la marque.
- Daz
Est-ce que tu penses que justement la marque de se laisser emporter par tout, tout ce phénomène sport mécanique, ça l'a endommagé à terme. Il y a prescription maintenant.
- Thierry
Je pense que ça n'a pas fait que du bien, mais je pense que c'est plutôt la manière de gérer ou c'est toujours un peu, quand tu travailles dans une entreprise, et ça, c'est une des choses que j'ai apprises chez DC et que j'essaie justement de ne pas renouveler chez Nidecker. Parfois, on fait plein de choses et puis il y a une chose qui sort du lot et on a un succès. Et parfois, on n'arrive pas à l'expliquer forcément. Je pense que c'est le cas de beaucoup de dirigeants de l'action sport qui n'ont pas compris pourquoi à un moment donné, ils avaient du succès. Et de l'autre côté, l'erreur à faire, c'est justement de dire « Ah, on a du succès, donc on va focaliser sur le succès et on va essayer d'en tirer un maximum de bénéfices. » Et on met souvent à côté des choses qui peuvent être potentiellement de futur succès, un peu en jachère ou sur le côté. Et en fait, on essaye de traire la vache au maximum. Et puis après, on se rend compte que quand la vache n'a plus de lait, au lieu d'avoir préparé d'autres vaches pour amener du lait, on se retrouve un peu le cul dans l'eau en se disant qu'est-ce qui se passe ? On ne comprend pas. Mais c'est la même chose aussi dans le sport en règle générale. On voit dans beaucoup de sports, on chérit les grands champions. Et puis on oublie parfois. Les fédérations, par exemple, mettent beaucoup d'efforts dans les grands champions et puis oublient de continuer en parallèle à essayer de motiver une nouvelle génération pour avoir un roulement, justement, continu. Et puis souvent, on met beaucoup d'attention sur le champion. Et puis le jour où il part à la retraite, on a 10 ans de jachère parce qu'on n'a pas fait le travail en parallèle. Et dans les marques, c'est exactement pareil. Donc je pense qu'aujourd'hui, un DC aurait pu... pu vraiment continuer à être très fort dans le skate, dans d'autres domaines d'activité, mais le focus, il a facilité, parce que c'est une question de facilité, s'est focalisé sur quelque chose qui était du facile à vendre, comme à l'époque, de vendre un t-shirt avec un gros logo, c'était facile à vendre, donc on en faisait des tonnes. Donc c'est super, on fait... Beaucoup, beaucoup de profits pendant quelques temps. Mais après, quand la vache à lait s'est tarie ou la source s'est tarie, c'est plus compliqué.
- Daz
Tu fais 6 ans chez DC, au Marketing Europe, c'est ça à peu près ?
- Thierry
Ouais, 2007 à 2013.
- Daz
Et là, 2013, il y a une grosse restructuration au sein du groupe Boardrider, dont on fait partie DC.
- Thierry
Toi, tu la connais aussi ?
- Daz
Oui, on l'a vécu ensemble. En gros, les régions explosent un peu. Et là, tu as une opportunité de prendre une position globale et transversale, où tu te retrouves à gérer tout l'univers snow.
- Thierry
pour toutes les marques du groupe il y a eu beaucoup de changements il y a eu une nouvelle direction qui s'est mise en place c'était des moments assez compliqués à vivre parce qu'en fait les gens qui ont été mis en place c'était pas forcément des gens qui étaient de ce milieu là et pourtant j'adore je pense que Il y a plein de personnes qui viennent d'autres milieux, qui peuvent apporter énormément de biens à un business. Je ne suis pas du tout dans ce mood de dire parce que tu es surfeur, tu seras un bon directeur ou un bon patron de marque de surf. Je pense qu'aujourd'hui, le problème, c'est que les mecs qui ont été mis en place, c'est des gens qui n'avaient aucune notion, mais vraiment aucune notion, et puis qui, comme beaucoup de cas dans ce genre de changement, au lieu de faire un vrai audit et de dire ça ça fonctionne, on garde, ça ça fonctionne pas on change, pourquoi ça fonctionne pas et se poser les bonnes questions je ne sais plus qui m'avait raconté ça je me rappelle, je crois que c'est un distributeur de bières une fois on était à Meribel qui m'avait dit les boîtes c'est comme ça il avait pris une bouteille dans la main il avait dit tu vois, là il y a l'étiquette Quand tu changes de direction, tu vas regarder le cul de la bouteille, de l'autre côté de la bouteille, et tu sais qu'un jour tu reviendras sur l'étiquette. Et j'ai trouvé cette chose assez pertinente en me disant « Ouais, il a vraiment raison » . Et en fait, c'est exactement ce qui s'est passé chez Boardrider. Ils sont arrivés avec leurs grands pieds, ils ont voulu tout changer, plus de régional, tout du global. Nous, on avait des liens directs, par exemple, avec les magazines de snowboard ou des magazines de skate, où on avait des deals incroyables. Ils avaient fait bosser des agences, ils avaient payé trois fois le prix. Quand à la base, ils devaient faire des économies, ils avaient fait trois fois le prix. On avait signé à l'époque Yuri Podlachikov en snowboard au jeu de 2014 avec un million de dollars. C'est l'anecdote. Ça, c'est une grosse année.
- Daz
On l'avait vécue ensemble, celle-là.
- Thierry
Avec un million de dollars s'il faisait une médaille d'or, 500 000 dollars s'il faisait une médaille d'argent et 250 000 s'il faisait une médaille de bronze. Et à l'époque, on était assez terrorisés parce qu'au début de saison, Yuri commençait vraiment à taquiner sérieusement la médaille d'or. Et je me rappelle d'avoir discuté avec le patron de l'époque du marketing et puis d'avoir dit, écoute, on a une possibilité. C'était Mathieu Darigrand qui avait trouvé cette solution-là, de dire écoute, on peut prendre une assurance, et puis cette assurance-là, elle nous coûte 50 000 dollars, quoi qu'il arrive. Et puis après, s'il fait médaille d'or, il faut rajouter 200. S'il fait médaille d'argent, c'est 100. Puis s'il fait médaille de bronze, c'est 25 ou 50. Je me rappelle exactement les chiffres. Puis je lui avais dit écoute, il y a cette possibilité-là. Et le mec m'avait regardé dans les yeux, il m'avait dit ouais, I'm gambling. Donc je joue. Ok, je vais dire qu'il est... Si c'est sa manière de jouer, ben voilà, quoi. Et arrivent les jeux de Sochi, et, comme par miracle, notre ami Yuriy Podachikov... Ping, il plie Sean White, bam, il devient champion olympique. Et 4 heures, 5 heures après, Cersei, qui était son agent de l'époque, elle avait envoyé la facture avec 1 million de dollars. Cersei Wallace,
- Daz
qui est une ancienne snowboarder professionnelle de la même période que toi, tu étais pro.
- Thierry
Qui est badass.
- Daz
Badass comme agent, qui représente aussi Travis Rice et plein d'autres snowboarders.
- Thierry
Exactement. Et donc, on a reçu cette facture. Et ça, je pense que ça a été le plus gros chèque que j'ai eu à l'occasion de devoir signer. Ah,
- Daz
c'est toi qui l'avais signé ? Ouais,
- Thierry
j'avais dû la filer. Moi, je l'avais pré-signé pour la filer après au marketing. Après, je ne sais pas comment ils se sont débrouillés, mais ils ont dû la payer.
- Daz
J'ai vu passer. Ouais, je me rappelle très bien de cette anecdote. C'est la même équipe qui a eu à peu près la même attitude avec Ellis Leter.
- Thierry
en disant non il partira il partira pas il y a eu plein d'histoires il y a eu aussi avec Candide il y a eu pas mal de choses ça a été encore des autres discussions avec André Tovex tout à fait c'est des périodes de transition c'est des périodes de changement où on pense toujours être meilleur que l'autre et puis en fin de compte ça arrive pas toujours et ça il y a eu ces changements après ça a rechangé Merci. Et moi, en 2015, Pierre avait repris la direction de Boardrider. Et j'ai décidé de partir de Boardrider parce que je n'étais plus en accord avec ce que je voulais faire. Et donc, j'ai préféré de nouveau partir. Donc, j'ai annoncé mon départ. Et puis, je suis retourné dans ma Suisse natale pour travailler pour Nidecker. ou c'est les trois frères qui m'ont demandé justement de... de reprendre et de relancer la marque New Decker, qu'ils avaient mis un peu en jachère, parce qu'ils avaient repris le groupe en 2010, dans un état un peu compliqué. Et ils avaient créé Yes Snowboard, John Snowboard, Slash, l'ère d'Hamilton Stand Up Paddle, ils avaient marqué plein de marques. Et puis c'était des tout jeunes gamins à l'époque, plus vieux qu'il y avait à l'époque, et aujourd'hui il vient de fêter, Henri vient de fêter ses 40 ans. On parle de ça en 2010, donc ça fait 16 ans. Il avait 24 ans.
- Daz
Donc, c'est eux qui sont venus te chercher ? Ou c'est toi qui as dit, ça y est, je ne m'amuse plus,
- Thierry
je ne rigole plus, je pars ? Ou ça s'est fait un peu en même temps ? En fait, moi, j'ai toujours eu de très bons contacts avec les frères. Quand ils étaient... Au début, quand ils ont repris l'entreprise familiale, j'ai toujours été à leur côté, toujours discuté avec, j'ai toujours été considéré, on va dire, un peu comme le quatrième frère. Et c'est des choses qu'on a toujours été ensemble, on a toujours discuté. Puis moi, je sentais que je ne pouvais pas faire ce que je voulais chez Boardrider. J'avais plein d'idées, puis ces idées, soit elles ne passaient pas la rampe, soit elles étaient prises par d'autres. c'était compliqué donc j'avais plus forcément cette motivation là et puis eux ils avaient besoin justement d'avoir quelqu'un qui rebooste un peu la marque Nidecker qui est la marque on va dire familiale mais aussi d'avoir un point de vue parce qu'ils étaient tout jeunes de grands groupes, de tout ce que j'ai appris chez Boardrider au niveau de la structure au niveau de comment on fonctionne, comment on s'organise J'ai eu un peu au début ce travail et je suis passé chez Nidecker. De là, on a créé le board chez Nidecker où on est trois frères, plus aujourd'hui deux autres personnes dont une personne qui s'occupe des opérations et moi. On fait partie du board du groupe et on a chacun nos tâches au quotidien. On essaie de faire croître et renaître. ce groupe est brillé et aujourd'hui on n'y arrive pas trop mal
- Daz
Nid d'Ecker on va rentrer on va développer ce sujet là puisque tu es toujours chez eux aujourd'hui avec le groupe Nid d'Ecker aujourd'hui C'est une histoire t'as passé plus de temps avec Nidekar dans ta vie quasiment que sans aujourd'hui.
- Thierry
Oui complètement parce qu'en fait ça a été mon premier sponsor en 88 donc j'ai ridé pour eux jusqu'en 95 après j'ai lancé ma marque de snowboard avec eux et puis on est resté ensemble après on a mergé jusqu'en 2006 et puis maintenant depuis 2015 à Je suis retourné là-bas pour essayer de relancer cette magnifique marque qui me tient à cœur. Et puis aussi avec ce sentiment un peu redevable de dire que c'est grâce aussi à la famille Decker où j'en suis, que ce soit pour mes années en tant que rider ou avec ce que j'ai fait avec Donuts. Donc il y a ce sentiment qui est là. Et puis je pense qu'aujourd'hui j'ai... J'ai réussi en tout cas à faire ce que j'avais à faire, en tout cas émotionnellement parlant.
- Daz
Donc Nidecar, c'est une entreprise suisse familiale qui a plus d'un siècle, je crois. J'ai lu ça quelque part. Toi, quand tu arrives en 2015, la boîte, elle est dans quel état ?
- Thierry
Alors l'entreprise, elle a été fondée en 1887. Et là,
- Daz
ils ne font pas du snowboard.
- Thierry
Donc ils ne font pas du tout du snowboard. En fait, c'était une menuiserie qui avait justement cette capacité de... Et c'est la technologie de courber le bois. Et donc en faisant d'abord des roues de char, des charrettes, il faut se remettre dans le contexte. Et en 1917, si je ne me trompe pas, ils commencent les premiers skis. Le bois courbé, c'est les skis à cette époque-là sont en bois. Ils sont en bois, il n'y a pas de car. Il faut imaginer le flex des skis, c'est des épaisseurs de bois, c'est des lattes avec des sangles, avec des chaussures en cuir. Et puis après, ils ont continué à faire du ski, ils ont fait du ski nautique, ils ont fait plein de choses. Ils continuaient à faire aussi des tables, des chaises, des échelles. Ils ont fait des télécabines. Les télécabines, par exemple, qu'il y avait au Diableret, qui est monté sur Isnault, tout ce qui était parti, c'était les oeufs rouges, tout ce qui était parti en bois, que ce soit les bumpers pour quand elles se tapent l'une et l'autre, ou les sièges, c'était tout fait par l'entreprise Nizekia et tout. Et donc, ils ont commencé à faire du monoski aussi. Et en 1984, ils ont commencé à faire les premiers snowboards. À travers une demande de Thierry Donard, qui faisait à l'époque les Nuits de la Glisse, et puis qui avait besoin d'une planche, et puis qui avait été voir en Indécaire, en disant, tu devrais faire un snowboard. Ça a commencé comme ça ? Oui, ça a commencé comme ça.
- Daz
Ok, c'est intéressant. Et à quel moment ils arrêtent de faire tout le reste pour faire que du snowboard ?
- Thierry
À partir de 1984, on va dire, il y a eu encore 2-3 ans, 4 ans, où il y avait un peu de ski, encore des skis de fond, du monoski et un peu de snowboard. Puis après, on va dire, à partir de 1987-1988, je pense qu'ils n'ont fait que du snowboard. Ça a commencé à exploser jusqu'en les années 90. La plus grande année, je pense que c'est 1995. Et là, c'est... C'était juste incroyable. Les usines, elles tournaient en 2x8. C'était juste de la folie.
- Daz
Ils faisaient du snowboard alpin et aussi du snowboard freestyle. C'est la période où il y avait Babs qui était dans le team, je me rappelle, avec le chamois sur son modèle.
- Thierry
Il y avait Babs, il y avait Camille Brichet, il y avait Sergio Bartrina, il y avait quelques freestylers d'Eric Hain et Van Jones. et puis il y avait beaucoup d'Alpins puisqu'Anil Eka était vraiment reconnu pour l'Alpin à travers leur shaper historique qui était lui aussi Stéphane Radiguet qui était un compétiteur en Alpin, qui est un gars qui est pour moi un des meilleurs shapers de tous les temps de snowboard et ils étaient très forts en Alpin et l'Alpin c'était les fixations en plaques Et puis, à la fin des années 90, quand le carving ski est revenu, le snowboard, Alpin en tout cas, est passé un peu la trappe. Donc, c'est sûr que ça a été des grands changements aussi au niveau de la notoriété. Il faut imaginer que... C'est comme si on dit que tu es une marque de moto, mais tu es spécialisé dans la moto de course. Et puis tout d'un coup, la mode, ce n'est plus la moto de course, c'est la moto de FMX. Et puis tu te dis, on va faire des motos de FMX, mais ce n'est quand même pas si simple que ça. C'était un peu ça. Dans l'état dans lequel la marque était, eux et les enfants ont hérité de quelque chose d'assez compliqué. Parce que Nidecker possédait deux usines, une en Tunisie et une en Suisse. Il fallait les faire tourner, il fallait les remplir. Ils produisaient un peu pour Salomon et pour d'autres marques. Il a fallu faire des choix stratégiques difficiles, dont arrêter l'usine ou les usines. Et ça, ça a été très courageux de la part des trois frères, parce que c'est quelque chose d'historique. C'était vraiment un crève-cœur pour le père de voir son usine s'arrêter. Puisqu'à la base, avant d'être une marque ou d'être une marque, c'était vraiment un fabricant. Donc forcément, les trois frères ont changé la donne complètement en disant, aujourd'hui, on va créer plusieurs marques. On va gérer, nous on va s'occuper du branding, de la distribution, du marketing des marques, mais on ne veut plus s'occuper de la production parce que c'est des métiers qui sont complètement différents et avec des problématiques qui sont différentes. Et donc voilà, ils ont décidé de choisir ça, ils ont créé des marques. La première qu'ils ont créée, c'était Arikias. Avec les anciens de Unink, Romain Demarquis, J.P. Solberg, DCP. Et après, ils ont été voir Jeremy Jones, qui était rencontré avec Rossignol en disant « Est-ce que tu veux… » « Il y a une légende du freeride. » « Il y a une légende du freeride. » Et Jeremy a dit « Ok, d'accord, on lance ça. » Donc, il s'est investi là-dedans. Après, il y a eu… Guigui avec Slash Snowboard, après il y a eu l'ère d'Hamilton pour les stand-up paddles. Ça a été vraiment Ausha, un peu tout azimut. Quand je suis revenu, il a fallu un peu calmer l'ardeur de cette fratrie pleine d'énergie qui a fait des choses qui allaient exactement à l'encontre de tout ce que l'industrie faisait. parlait aux frères et il disait vous êtes tarés de construire des marques, aujourd'hui il y a tout qui disparaît, qu'est-ce que vous allez rajouter des trucs quand tout le monde ferme leurs portes ? Et eux, ils ont été exactement dans une autre dynamique et pour moi, ça a été très courageux et puis c'était un challenge qui était pour moi juste magnifique et puis j'ai trouvé ça, c'est ce qui m'a vraiment motivé aussi de changer et de retourner chez Niveaquer. avec la possibilité aussi de relancer la marque Nidecker, qui était ma marque de cœur avec Quicksilver, puisque c'était mes deux gros sponsors historiques. Et de me dire, aujourd'hui, c'est à moi d'essayer de repartir une marque qui avait été assez abîmée à l'époque, quand je suis arrivé en 2015. 80% du chiffre d'affaires que la marque faisait, elle était faite entre la Suisse et la France. Aujourd'hui, ça représente 6%. On était zéro US. Aujourd'hui, c'est un tiers de nos ventes qui sont faites aux Etats-Unis, au Nord-Amérique. On a beaucoup développé, beaucoup changé. La perception aussi de la marque, qui avait pas mal de difficultés à se faire entendre.
- Daz
La marque avait quasiment disparu quand tu l'as reprise en 2015. Elle n'est plus du tout dans le radar des marques cool ou même des marques existantes.
- Thierry
Complètement. Donc voilà, ça a été ma mission avec mon petit bâton pèlerin. Je suis parti en quête d'essayer de redresser et de redonner de la splendeur à cette marque qui aujourd'hui, comme je l'ai dit, touche... énormément et qui est ma marque de cœur.
- Daz
Moi, je t'ai vu arriver. Tu as mis en place des choses dont tu as parlé tout à l'heure qui sont, on va dire, plus stratégiques que le consommateur ne voit pas forcément. Tu as mis en place justement une segmentation, notamment, des choses comme ça. Mais par contre, tu as remis une image, une identité, tu as redonné une identité sur cette marque et j'ai l'impression que tu t'es fait plaisir, en fait. J'ai l'impression que tu as fait la marque que tu avais envie de faire toi, et que tu as saisi quelque chose qui était là, tu as saisi un moment où tu as ramené de la glisse, tu as ramené du fun, du surf, dans les planches et dans l'image de la marque.
- Thierry
Oui, je pense qu'aujourd'hui, c'est sûr que c'est une marque qui me ressemble plus peut-être. Après, à nouveau, c'est assez amusant parce que... Parce que plein de gens pensent peut-être que je suis une personne, je suis un businessman, je suis une personne qui est là pour faire grossir, grandir, etc. Ça me fait assez amuser parce que je trouve ça assez amusant parce qu'en fait, je n'ai pas du tout ce sentiment-là. Moi, je suis une personne qui fait ça avec le cœur et la passion. Aujourd'hui, je suis tombé dans le snowboard. Ça m'a apporté beaucoup de choses dans ma vie. Ça m'a apporté de découvrir le monde. Ça m'a apporté de faire des connaissances incroyables. Ça m'a apporté des soirées de rire, des stress. Ça m'a apporté beaucoup d'émotions. Et aujourd'hui, ce que j'essaye moi aujourd'hui d'apporter, c'est justement ces émotions et puis de les transcrire à travers des produits où pour moi, le plus beau compliment que j'ai jamais eu, c'est quand une personne ride une planche et elle te dit « Ah, mais ça, c'est la meilleure planche que j'ai jamais ridée, quoi ! » Donner du plaisir aux gens, c'est quelque chose qui m'a toujours habité, qui me motive. Moi, comme je le disais, je suis né d'une famille de banquiers. Le profit, le côté business, faire de l'argent avec de l'argent, ce n'est pas ça qui m'intéresse. Je n'aurais jamais travaillé dans l'industrie du snowboard si j'avais pensé un jour devenir un milliardaire. Je pense qu'il n'y a personne aujourd'hui qui a cette ambition-là. C'est vraiment par pure passion et de faire avancer les choses. Et pour moi, ça a toujours été dans ce côté de faire progresser les choses. Et parfois, forcément, c'est des milieux, quand on les bouscule un peu, c'est un milieu qui n'est pas forcément toujours habitué à se faire bousculer et qui n'aime pas forcément se faire bousculer. Maintenant, c'est le temps qui nous dit si on a tort ou on a raison. C'est toujours ce que je dis aux gens. Moi, en dehors de mon travail, je donne pas mal de cours. À l'université ou dans des écoles de sport où je donne des cours de marketing et je leur explique aux étudiants qu'aujourd'hui, si on avait un livre de comment devenir riche et célèbre, il n'y en a pas un qui serait assis autour de la table puisqu'on ne serait pas à travailler comme on le fait. Mais par contre, aujourd'hui, il faut y aller avec passion, avec conviction. et puis être un bon marketeur tu te connais aussi bien que moi c'est le futur qui te donnera à tort ou raison mais sur le moment il faut prendre des décisions il faut aller à l'instant moi j'ai toujours fonctionné à l'instant et quand j'ai repris Nidecker j'avais une vision très claire de comment je voulais le mettre en place qu'est-ce que je voulais mettre en avant j'ai commencé par créer cette petite collection le Snowsurf River de chez Nidecker, qui était en fait une manière d'attirer l'attention de l'industrie du snowboard pour justement avoir le temps de pouvoir reconstruire tout ce qu'il y avait à reconstruire derrière. Ça a été un peu l'arbre qui cache la forêt. Et c'est ce qui a aussi marché avec une vision très personnelle. C'est une collection qui me tient à cœur parce que c'est des produits qui mixent pour moi la passion que j'ai pour le surf, même si je ne suis pas très bon surfeur et qu'aujourd'hui, j'adore surfer, mais je ne prétends de loin pas être un bon surfeur. Et ce côté snow où j'avais envie d'apporter, comme tu l'as dit, de la glisse, d'avoir une pureté dans le turn, d'avoir quelque chose qui, aujourd'hui, me convient comme ma planche que j'utilise tous les jours. Et ça, ça m'a permis justement de mettre ça en avant. Et de le faire assez facilement parce que c'était quelque chose qui me tenait à cœur et que j'avais dans la tête depuis longtemps. Même à l'époque, quand je m'occupais de Quick, j'avais la volonté de faire des campagnes. Il y a Surf the Mountain, on n'était pas des skieurs ni des snowboarders, on surfe à la montagne, etc. Qui a été repris par Quick dix ans après, mais ça, c'est drôle. Et ce côté, justement, avoir des produits qui me ressemblaient pour pouvoir, justement, après avoir le temps de faire un travail de fond. parce qu'il a fallu... Tout refaire. C'est-à-dire que j'ai recommencé, j'ai travaillé avec Antoine Flocket, qui est aussi un ancien de chez A, Apocalypse à Snowboard, qui est un super bon shaper de Snowboard, qui a beaucoup dessiné de planches et qui aujourd'hui s'occupe quasiment de la totalité de toutes les planches en équerre, qui est un mec incroyable. Et on a renouvelé complètement tous les chefs de planche, toute la manière de communiquer au niveau des planches. Après, on s'est attaqué. À toutes les fixations, c'est là où on a racheté Flow, la marque Flow, une marque historique aussi dans le snowboard, avec un système un peu spécial où on a justement, grâce à ça, pu combiner, rentrer dans des marchés. J'ai fait un peu un migmac sur plein de choses pour justement accélérer la croissance, parce que le but, c'était d'accélérer la croissance. Comme je l'ai dit, on était zéro aux US, on a été présents aux Etats-Unis, au Japon, dans plein de pays. Aujourd'hui, on est dans 42 pays. Et de l'autre côté, il a fallu reconstruire toutes les fixations. Après, on a pris un pont de la boots de snowboard pour refaire Maurizio, qui a renouvelé toutes les boots. Après, pendant ce temps qu'on est... On a fait ces trois segments, on a travaillé pendant des années aussi au lancement d'une fixation automatique qui me tenait aussi à cœur énormément depuis toujours. C'est un rêve que tout le monde a eu. Je me rappelle de discussions interminables avec Serge Vitelli sur...
- Daz
Une des premières légendes du snowboard en France.
- Thierry
Et qui est un inventeur de génie et qui adore bricoler, etc. C'est un mec passionnant. Et donc, on a travaillé énormément pour lancer cette fixation qu'on a lancée il y a quelques années, qui s'appelle la Supermatic.
- Daz
Qui est ce qu'on appelle, pour utiliser un anglicisme, un game changer.
- Thierry
Oui, en tout cas, ça a été perçu comme ça. On ne pensait pas que ça allait être autant. Et puis, en fait, ça a vraiment révolutionné beaucoup dans la fixation. Et puis, on a lancé et on continue à lancer. On travaille sur plein de projets parce qu'aujourd'hui, on n'a pas envie de s'asseoir justement sur un succès. J'ai connu trop de marques et trop dans cette industrie de personnes qui se sont contentées d'un succès. Moi, j'ai envie de faire progresser les choses. Donc, je fais partie de ces personnes qui sont parfois des insatisfaits. Parce que je pense qu'on peut toujours faire mieux.
- Daz
Mais là aussi, on retrouve ton caractère, ton appétence pour l'innovation à travers ces produits-là. Moi, je vais te raconter pour le coup mon anecdote perso. Parce que quand tu as mis en place ces designs de board qui étaient très surf de mountain, et puis ces fixations-là, moi, je suis passionné de snowboard, mais je serais pour toute ma vie le snowboardeur moyen. Et j'étais dans une période où je voyais beaucoup de potes autour de moi qui arrêtaient le snowboard pour se mettre au ski. Parce que le matos était plus pratique, parce que les enfants, donc c'était plus simple d'être en ski avec les enfants, voilà, pour toutes ces mauvaises raisons. Et j'étais, je me posais vraiment la question, et puis je sentais que j'étais, voilà, je ridais les mêmes planches que je ridais il y a 20 ans, qui n'avaient pas vraiment évolué. Et voilà, j'étais un peu en crise identitaire de snowboardeur qui approche de la cinquantaine. Et puis tu m'as fait passer, ou je ne sais plus si c'était Mathieu Crépel qui m'a fait passer une de ces petites bordes. Et là, j'ai redécouvert le plaisir de s'amuser en snowboard sur les pistes, tout en étant très versatile en hors-piste. Ah ouais, le snowboard, ce n'est pas que fun, que dans la poudreuse. En fait, on peut s'amuser sur les pistes sans se casser le dos à faire des jumps. Et puis, j'avais un ancien copain qui se moquait toujours de moi, parce que lui était en ski, il disait... Et quand il me voyait galérer à mettre mes fixations, il me disait, mais quand tu auras 70 ans, tu seras toujours à la montagne. Je dis, ben ouais, je serai toujours à la montagne. Et tu feras toujours clac, Et donc, quand il m'a envoyé ses fixations, et que là, il y a un système sans rentrer dans les détails, en fait, on rentre par l'arrière de la fixation, par le spoiler, et puis boum, on appuie, ça y est, c'est fait. Et ça prend deux secondes, et c'est une vraie révolution pour le coup. Et donc, ces deux outils-là, moi, du coup, je me suis dit, en fait, non, je resterai snowboardeur parce que j'ai retrouvé ce plaisir de m'amuser sur les pistes et de ne pas galérer, de ne pas avoir ces inconvénients. Et j'étais prêt à abandonner le snowboard à ce moment-là pour complètement les mauvaises raisons. Et je me suis dit, ben non, en fait, c'est comme quoi le matériel a un impact sur la culture parce qu'en fait, moi, je me sens profondément snowboardeur, mais culturellement, pas que dans la pratique. Voilà, ça c'était pour mon anecdote, donc je te remercie pour ça.
- Thierry
Merci à toi. Après, depuis toujours, mon moteur, ça a été faire progresser les choses. C'est pour ça que j'ai lancé ma marque il y a 25 ans. C'est pour ça que j'avais envie de faire évoluer les choses. Je pense que la chance que j'ai eue et que j'ai aujourd'hui encore, c'est que je travaille pour une marque qui, un, me fait totalement confiance. Et ça, ça n'a pas toujours été le cas. Et aujourd'hui, c'est une entreprise, et déjà, c'est une entreprise familiale, donc c'est une relation qui est... Très, très confortable, je vais dire, pour une personne comme moi, dans le sens où on a des comptes à rendre, évidemment, puisque le but, ce n'est pas de perdre de l'argent. Mais en tout cas, il n'y a pas ce stress temporel qu'on doit avoir, comme on l'a eu chez Boardrider, avec des actionnaires qui veulent des dividendes, qui veulent que ça marche, où on dit qu'on va faire un plus 20%, mais on sait très bien qu'on ne va jamais faire un plus 20%. Puis à la fin, on fait un plus 18%, quelque chose d'incroyable. Mais on se fait quand même sanctionner parce que les actionnaires, on leur avait 10-20, puis ils ne font que 18. Voilà, ça, c'est des choses qui n'existent pas dans l'entreprise dans laquelle je travaille aujourd'hui. Et c'est un confort qui est un confort énorme. La supermatique, ce projet de fixation, on l'a eu, on a commencé à travailler dessus. Tous les mardis, on avait des réunions, il y avait des ingénieurs, il y avait Henri Nivecker qui était au bas de la table, etc. On a fait ça pendant des années. Et chaque année, on arrivait aux sales meetings en disant, ouais, l'année prochaine, vous verrez, vous aurez un truc incroyable. L'année d'après, ah non, c'est l'année d'après. Parce qu'on n'était pas prêts, on n'avait pas encore ce qu'on voulait. On n'a pas eu cette deadline temporelle que beaucoup d'entreprises ont, où on donne de l'argent pour faire un projet. Si tu n'arrives pas dans les temps, ton projet, il est mis à la poubelle. Nous, on a ce temps-là, ce qui est quelque chose d'assez incroyable. Parce qu'aujourd'hui... On prend aussi des décisions qui peuvent être parfois aussi beaucoup plus rapides, où on essaie des choses, on n'a pas peur de tomber pour se relever, pour faire autre chose. Il n'y a pas que des succès. La vie serait même triste s'il n'y avait que des succès. On doit tomber et puis apprendre à se relever. Et je pense que c'est des entreprises, en tout cas pour ma manière de travailler, qui me correspondent parce qu'ils te laissent la liberté. Tu fais des projets pour l'hiver qui arrive. On a fait une collab avec Sorel, qui est pour moi le Graal de chez Graal par rapport au snowboard, puisque ça a été les premières vraies boots de snowboard. Alors Sorel,
- Daz
c'est quoi pour ça, pour ceux qui nous écoutent qui ne connaissent pas ?
- Thierry
Sorel, c'est une marque canadienne qui a créé une boots dans les années 60 qui s'appelle la Caribou, qui est à la base une chaussure pour les trappeurs du Grand Nord canadien. Et puis qui a été utilisé à ses dépens pour faire du snowboard. Parce qu'à l'époque, il existait des marques de snowboard. Sims, Burton, Barefoot, Winterstick, Nidecker, etc. Mais aucune de ces marques avait des boots de snowboard. On a commencé par les planches. On a commencé à travailler avec des fixations, avec du Burton, mais du Sims beaucoup, qui ont vraiment fait évoluer les fixations. Mais en boots, c'est venu beaucoup plus tard. Et les premières boots de snowboard... faites par des marques de snowboard étaient des copiés collés de ce qu'était la Sorel. Et donc, j'ai mis pas mal de temps à réussir à pouvoir faire cette collab, mais c'est quelque chose que j'avais en tête depuis très longtemps. Et puis, maintenant, ça voit le jour. Et on a annoncé plein de trucs et je me réjouis trop que ça sorte. On a fait un petit film qui sortira en novembre avec une grande partie historique, avec des Terry Killwell, des... des Tom Sims, avec des invités qui parlent justement des Mike Basich, des Tina Basich, qui parlent de toutes leurs premières expériences. J'en parlais avec Serge aussi, puisque lui, il s'est retrouvé en haut des championnats du monde en 88 à Breckenridge, avec sa perte sorel où il foutait du Docté pour les rigidifier, etc. Donc, il y a tout ce côté très, on va dire, sensible. Et je suis vraiment très, très content d'avoir pu réaliser ce rêve de faire cette collaboration entre Nidecker et Sorel, qui sont deux marques historiques.
- Daz
Moi, de ce que j'écoute, j'ai l'impression que tu as beaucoup de liberté aujourd'hui dans ce que tu fais avec ce groupe.
- Thierry
C'est ça, j'espère. En tout cas, la liberté, elle est liée à la confiance. Moi, quand je suis arrivé chez Nidecker en 2015... On était huit à Rol, on était dans une petite partie des anciens bureaux, il y avait l'ancienne usine, on était coucouniers, on était... C'était quelque chose qui recommençait, c'était une nouvelle histoire, il y avait de la poussière, il a fallu faire pas mal de choses. Et j'étais en face de personnes qui étaient très réceptives. C'est ce qui aujourd'hui m'a aussi énormément plu dans cette démarche justement, c'est d'avoir des gens réceptifs. Ça ne veut pas dire qu'ils soient d'accord avec toi. Être réceptif, c'est juste prendre le temps d'écouter l'autre. Et puis après, moi, ça m'arrive de pouvoir exprimer des idées et puis de changer mon idée si la personne en face, elle arrive à me convaincre qu'aujourd'hui, peut-être que mon idée n'est pas forcément la meilleure des idées. Et en fait, j'avais ça, ce qui n'était plus le cas chez Board Rider parce que Board Rider était devenu... Trop compliqué, structurellement parlant, que les pouvoirs de décision étaient justement tellement dispersés qu'il ne fallait même plus travailler en verticalité, c'était le vertical, l'horizontal, le diagonal. Et puis en fait, on était dans un mode assez de statu quo et au contraire, un Ile-et-Caire qui était dans le mode « waouh, on y va quoi » . Avec une volonté de prendre les risques qui allaient là-bas. Je suis parti, je suis retourné en Suisse avec un contrat bien moins favorable de travail que ce que j'avais chez Bord Rider. Mais j'avais cette volonté en me disant, j'ai les mains libres, je vais montrer déjà à la famille qu'on peut complètement changer la donne. C'est toujours un gros gag avec les frères et avec David qui bossait déjà avant que je revienne. Ils me disent tout le temps « Ouais, on t'a laissé un diamant brut, t'as juste eu Alpolier et tout » . C'est un peu le gag qu'on se fait toujours. N'empêche qu'il y a eu un travail qui a été fait, ce n'est pas que moi, c'est un travail d'équipe. J'ai commencé tout seul, après il y a d'autres personnes qui sont venues. Aujourd'hui, dans le core team de Nidecker, on est... Petite vingtaine.
- Daz
Donc c'était ces huit à la base ? Non,
- Thierry
non, non. On est passé à Roll, on était huit. Donc en Suisse, là on n'est pas loin de 100.
- Daz
Ah ouais, ok.
- Thierry
Parce qu'il y a toutes les autres marques aussi. On a des bureaux aujourd'hui en Suisse, à Amsterdam, à Tahoe, à Seattle, etc. C'est vraiment étendu. Aujourd'hui, le groupe Nideka, c'est plus ou moins 250 employés.
- Daz
Ok.
- Thierry
Quand à l'époque, il y avait 4 aux US, 8 ans, on était 12 ou 15. Et ça en 10 ans. Donc c'est un groupe qui a complètement explosé avec les difficultés et les succès qu'on peut avoir quand on expose comme ça. Mais voilà, aujourd'hui, en face de moi, c'est sûr que j'ai des personnes qui sont à l'écoute, qui m'ont laissé faire. Et puis chacun a pris ses responsabilités. eux de me laisser faire et puis moi de délivrer en fin de compte. Je pense qu'on est arrivé à quelque chose qui est bien, mais pour moi, on n'est qu'au début. Je pense que c'est une marque qui va dans les deux prochaines années facilement doubler au niveau de la taille.
- Daz
Ça fait quoi quand tu as une idée, tu la mets en place et que ça devient comme par exemple cette fixation, la supermatique et que ça devient un succès commercial ?
- Thierry
Alors, la fixation, qu'on soit bien clair, on est beaucoup sur le sujet. Je n'ai pas du tout envie de prendre, de m'approprier. J'ai fait partie de cette idée. On est plusieurs. Il y a un ingénieur qui s'appelle Daniel Schmer, qui est un génie aussi, lui, de ce côté-là, qui a réussi à aussi transcrire des problématiques techniques. Parce qu'il y a l'imaginaire, puis après, il y a la réalité. Donc, c'est tout un groupe de personnes. Moi, je veux vraiment mettre en avant toute l'équipe. C'est une équipe qui évolue, qui grandit, qui grandit avec la marque. Et je pense qu'on est obligé de jouer en équipe. Si on prend ce qui s'est passé hier soir, la nuit finale du monde de foot, c'est super d'avoir des gens qui sont très forts individuellement parlant. C'est bien parce que ça apporte de l'énergie. Mais par contre, si les gens ne peuvent pas jouer ensemble... le match est plié. Je suis vraiment de ce côté-là. Pour cette fixation-là, nous sommes, parce que c'est vraiment un travail d'équipe, nous sommes hyper fiers d'avoir réussi à faire ça, même si honnêtement, on avait fait un pari avec le board, justement, où au lancement, on avait dit combien on pensait vendre de fixation la première année. Donc, je me rappelle, le premier qui avait annoncé, je crois que c'est David qui avait dit, ouais, je crois qu'on va faire 5000 paires ou 6000 paires. Après, moi, j'avais dit, ouais, 7000 ou 8000, un autre, ouais, 6500 et tout. Et puis Henri, venu comme d'habitude après un peu la guerre, il dit, ouais, nous, on va faire 15000 paires. Et puis là, on regarde, on dit, mais t'es tard.
- Daz
15000, c'est énorme.
- Thierry
À l'époque de ce qui était Nidecker, 15 000 pour un modèle, c'était beaucoup. On était là, mais jamais de la vie. Et on avait mis certaines limitations aussi, par exemple aux US. Et première année, on a fait plus de 20 000 paires. Et donc, on avait explosé absolument tout ce qu'on avait pensé faire. Puis on est passé de 20 en ayant un peu retenu la chose, parce que c'était une première année de lancement. Aujourd'hui, je ne sais pas combien on en fait, mais plus de 80 000 paires. Et c'est des fixations qui sont à 399 euros la moins chère, ce qui est du haut de gamme. Donc, c'est des parts de marché qui sont gigantesques par rapport à la fixation haut de gamme. Mais c'est un vrai changement. Donc aujourd'hui, les gens qui l'utilisent, ils sont prêts à dépenser plus d'argent parce qu'on passe. Il faut que les gens comprennent que c'est un peu comme... Passer du Blackberry ou du Nokia ou un iPhone, c'est des changements qui sont énormes.
- Daz
Il n'y a pas de retour en arrière ?
- Thierry
Il n'y a pas de retour en arrière.
- Daz
Tu ne peux pas revenir sur une fixation normale. Tu es actif, tu es membre du groupe, vous avez aujourd'hui intégré beaucoup de marques récemment. C'est quoi ton niveau d'implication personnelle ? Tu es toujours, ni d'écart, c'est ton bébé ? Tu t'impliques aussi sur le reste ou tu laisses d'autres faire ça ?
- Thierry
Le groupe Miseker, à la base, c'est une marque historique. Après, c'est une entreprise qui a créé beaucoup de marques. Et puis, on a fait aussi des acquisitions. Ces dernières années, on a fait des acquisitions. On a racheté Soltech. C'est les quatre marques de Pierre qui étaient...
- Daz
Pierre-André Sénizère.
- Thierry
Exactement, qui étaient 3D2, Ethniz, America et S. Pour être complètement honnête, nous, on avait une vraie volonté d'avoir 32. Donc, c'est la marque de boots de Snowboard de Soltech. Exactement, puisque ça, c'était des discussions qu'on avait. Et puis, il s'est avéré qu'on a fait un deal à l'époque parce que Soltech était un peu en difficulté. Et puis, on a repris ces quatre marques. Parce que 3D2 faisait vraiment partie de notre portfolio. Et puis après, on a voulu aussi continuer ces marques qui étaient des marques légendaires de skate. Alors c'est assez drôle parce que de nouveau, quand on commence à avoir un peu de succès, tout le monde nous prête des mauvaises intentions. On a eu pas mal de critiques. Ouais, une idée qui a grouille, puis ils rachètent tout le monde. Ils veulent être les rois de l'univers, etc. Moi, personnellement, je ne le vois pas du tout comme ça. Je me dis, on a la chance d'avoir trois frères qui possèdent une entreprise, qui ont assez d'énergie, de passion et de couilles, si on peut le dire, pour reprendre des choses qui sont en piteux état, qui sont compliquées, et puis d'essayer de les faire survivre, parce qu'aujourd'hui, l'amour et la passion qui les animent aussi. fait qu'aujourd'hui, ils sont prêts à perdre de l'argent pour continuer des histoires qui font partie de la culture de l'action sport. Et je trouve ça plutôt fou. Moi, personnellement, je n'aurais pas forcément fait ce qu'ils ont fait, mais en tout cas, ils l'ont fait. Et mon niveau d'implication, pour moi, il n'est pas très important. au niveau en tout cas du footwear, et puis du reste même des marques, puisque les marques se débrouillent très bien entre elles. Moi, je suis là pour les grandes décisions. C'est un peu l'idée du board. C'est vraiment pour les grandes décisions. Après, tout le reste, j'estime que chacun doit faire sa popote. Et puis moi, aujourd'hui, j'ai aussi une mission, qui est aujourd'hui de continuer à faire briller cette marque Nidecker, qui était, quand je l'ai prise, la plus petite marque du groupe, qui aujourd'hui est la plus grosse marque du groupe. Donc, il faut aussi continuer à avoir les efforts parce que quand on dépense de l'argent d'un côté, il faut en gagner de l'autre côté pour combler parfois les trous. Et donc, aujourd'hui, moi, personnellement, je ne m'occupe pas trop de tout ce qui est footwear parce que c'est compliqué, parce qu'il y a d'autres personnes qui ont certainement des meilleures capacités que moi pour répondre à ce genre de questions.
- Daz
Ok. Et comme d'être le brand lead d'une marque à succès de snowboard, ça ne te prend pas assez de temps, tu as trouvé aussi du temps pour te lancer dans d'autres activités. Tu aimes bien,
- Thierry
tu aimes bien t'occuper. Oui.
- Daz
Tu as monté un autre projet en parallèle de ça depuis quelques années. Tu peux nous en parler ?
- Thierry
Oui, tout à fait. J'aime bien m'occuper. Non, mais en fait, ce que j'aime surtout, c'est... C'est réaliser les idées que j'ai dans ma tête. Ça, c'est, je pense, le plus gros kiff qu'on puisse avoir.
- Daz
C'est quoi ? Si tu as des idées, si tu n'arrives pas à les faire vivre, elles t'obsèdent ? Elles sont présentes ? Ça se manifeste comment ?
- Thierry
C'est souvent quelque chose où, déjà, je déteste avoir une idée et ne pas la faire. Et puis que quelqu'un d'autre la fasse et me dire « Ah, mais j'avais l'idée ! » Parce que c'est toujours très facile à dire. Non, mais c'est très facile à dire. parce que tout le monde a dit, moi les réseaux sociaux, moi j'y avais pensé avant, mais tu ne l'as pas fait. Donc moi, j'aime bien quand j'ai une idée de le faire pour pouvoir marquer que l'idée a été faite, avec succès ou pas. J'y fais des choses, je me rappelle, j'avais lancé, j'avais eu une idée, j'avais posé un brevet, ça m'avait coûté une fortune, pour une poche à masque, pour les Google, où on ne savait jamais où les foutre, j'avais fait une sorte de... Comment je pourrais dire ça ? une sorte de banane comme on l'avait à l'époque, qu'on mettait autour de la taille, mais qui était autour de la jambe. J'avais été voir Pierre de chez Quick en disant « Vous devriez faire ça, on avait fait quelques protos, puis le truc il est morné, mais bon voilà. »
- Daz
Ça fait partie du parcours de l'entrepreneur.
- Thierry
Exactement. J'ai pu quand j'avais posé sur la table, c'était 10 000 balles pour pouvoir poser tous les brevets, les trucs et tout, puis ça n'a jamais rien donné. Après, il y a d'autres choses qui ont mieux réussi. Et donc, voilà, là, le projet en question, c'est un projet qui s'appelle Equip. C'est comme une équipe, mais sans E pour Equipment. Et en fait, c'est parti d'une discussion qu'on a eue avec le board, parce que chaque année, on se retrouve quelques jours en dehors des bureaux. Et puis, on parle de la structure de l'entreprise. On revoit toutes les entreprises, etc. Puis, on se garde toujours un moment sur des projets qu'on a et des idées qu'on a en tête. On était à Amsterdam et on a commencé à parler de la discussion que j'ai commencé à faire. C'était justement de dire ma vision de comment pouvait devenir le sport et la pratique sportive dans le futur.
- Daz
Ça c'est en 2020, c'est ça ?
- Thierry
C'était 2019. Et justement, de dire, voilà, moi, mon rêve aujourd'hui, et je ne parle pas de 100% des gens qui rident, mais de la majeure partie des gens qui font du snowboard, qui habitent Paris, Londres, New York ou peu importe, c'est de faciliter justement l'accès au sport. Et donc, c'est de se dire, qu'est-ce qu'on peut faire dans le processus de la pratique sportive pour justement avoir un accès qui est le plus facile possible et comment aller... potentiellement devenir la pratique sportive du futur. Et c'est là où, justement, on a commencé à discuter de ça. Et j'ai imaginé, justement, d'avoir une application avec des casiers où on peut récupérer du matériel de sport sur le lieu de pratique. Et puis, on a commencé à travailler avec Henri, à faire des idées. Et Henri aussi, lui, quand il commence à avoir une idée en tête, il y passe ses nuits. On a commencé à révolutionner tout le snowboard en imaginant des cases, des containers avec des bras robotisés qui allaient prendre les planches, les waxer, les farter, faire les cars, les servir, etc. Puis à un moment donné, on s'est dit, on part trop en couée. Faisons un sport qui est compliqué, mais qui pose beaucoup moins de problèmes. Et on est parti sur des premiers casiers pour le stand-up paddle. Aujourd'hui, il n'y a rien de pire que de faire du stand-on-pile sur lac ou sur des plans d'eau. Parce qu'aujourd'hui, il faut prendre ta planche, si elle est rigide, elle est hyper grande. Si elle est gonflable, il faut chercher à la gonfler, à la dégonfler, etc. Quand tu as envie juste d'aller une heure sur l'eau. Donc, on a créé ces casiers, on a créé cette harpe. Après, très rapidement, on est passé sur ballon de foot, ballon de basket, raquette de tennis, de paddle, paddle tennis. On a commencé à ouvrir des casiers avec l'APE. On a eu un peu en Suisse, à Lausanne, on a fait le hub à Lausanne, à Genève. Après, on a eu Paris pour les Jeux de 2024. On a 100 casiers qui ont été posés à travers Paris. On a eu Londres, on a Wimbledon qui est aussi venu nous voir. On a Munich avec Adidas pour le lancement de la Champions League il y a deux ans. Maintenant, on a ouvert le Canada, on commence les États-Unis. Donc voilà, on commence à planter nos petits casiers avec notre application pour révolutionner justement l'accès au sport et puis apporter justement la volonté de 1. faire bouger les gens. Et puis deux, on a toujours cette éco-responsabilité en tête. Et pour moi, la meilleure manière d'être éco-responsable aujourd'hui, c'est de partager son matériel de sport. Parce qu'aujourd'hui, même une planche de snowboard, la logique veut d'avoir une planche qu'on garde dans son garage 51 semaines par année et qu'on l'utilise une semaine. Il n'y a pas forcément de grande logique à ça. et c'est encore plus le cas pour moi, pour un ballon de basket ou un ballon de foot, où t'as envie de jouer une heure avec tes potes et puis t'as pas forcément envie de te le trimballer avec toi et puis aujourd'hui, s'il y a une personne qui achète un ballon ou dix personnes qui utilisent le même ballon, c'est moins de production moins de pollution, moins de plein de choses
- Daz
C'est plus dans le sens de la pratique au final, de l'usage même de tout
- Thierry
Complètement
- Daz
On a moins besoin d'être propriétaire, mais c'est l'expérience qui compte.
- Thierry
Exactement. Et moi, je veux faire attention au maximum à la planète et donner à ma fille aujourd'hui une planète en bon état, ou en moins mauvais état, peut-être. Mais de l'autre côté, je n'ai aussi pas envie de me priver des plaisirs qu'on peut avoir. Moi, je fais partie justement de cette génération, ce que j'appelle moi les jouisseurs, où on a fait du snowboard pour se marrer, on a fait que des choses pour rigoler. On n'a pas eu encore, en tout cas jusqu'à présent, de grosses contraintes. On n'a pas connu la guerre, on n'a pas connu des choses qui nous ont obligés à ne pas faire ce qu'on voulait faire. On a toujours été dans cette grande liberté. Et c'est quelque chose que moi, je chéris et que j'ai envie de continuer à offrir en tout cas. car à ma fille.
- Daz
Ok. On a une tradition, on arrive bientôt proche de la fin, on a une tradition de A à Z d'avoir un invité surprise qui va te poser une question. Donc je vais te la faire écouter et je vais te laisser nous dire si tu as reconnu qui c'est et je pense que tu vas reconnaître. Elle est très philosophique sa question. Je te préviens à l'avance. Donc prends ton temps pour... Pour y répondre, pour la digérer, on a tout le temps.
- Speaker #2
Et Loteka, à toi de passer à la moulinette de Daz. J'ai vraiment hâte d'écouter cet épisode. Petite question philosophique du jour. Est-ce que tu peux nous dire ce qui te rend unique, bien que tout le monde le soit ? Vous avez 4 heures. Non, vous n'avez pas 4 heures. Allez, la bise. À très vite.
- Thierry
Ça, c'est la question. Ça, c'est ma question. Il l'a piqué sur mon Instagram. C'est vrai ? Ah d'accord,
- Daz
je connaissais pas, j'avais pas la rêve.
- Thierry
C'est, ouais, donc Mathieu Crépel évidemment, que je connais depuis très très longtemps.
- Daz
Donc qui est Mathieu Crépel ?
- Thierry
Mathieu Crépel, pour moi, c'est un humain extraordinaire, c'est la première des choses. Après c'est un snowboarder, surfeur de grand talent. Triple champion du monde de snowboard.
- Daz
Mais ça c'est juste pour la partie CV, on va dire.
- Thierry
Après, c'est qualité, mais pour moi, c'est plus son engagement, sa personnalité, sa joie de vivre. C'est une belle personne. Et pour moi, ça fait partie, dans le snowboard, des personnes que j'apprécie énormément et qui ont un intérêt aussi au-delà de juste parler snowboard, de skater ou surf.
- Daz
Et c'est une des premières personnes qui t'a fait confiance quand tu as remonté ce projet Nideka ?
- Thierry
Exactement. C'est l'un des premiers riders que... Voir même le premier rider, gros rider que j'ai re-signé chez Indecker, je lui ai expliqué le projet et puis c'est une personne qui a... qui est courageuse aussi et qui aime se lancer dans l'aventure. Là, il vient de se lancer dans une nouvelle aventure avec un breuvage qu'il vient de lancer à Montierre, si je ne me trompe pas.
- Daz
C'est ça.
- Thierry
Et voilà, c'est une personne que j'aime beaucoup, que j'admire aussi énormément parce qu'il a réussi à porter aussi sa patte. C'est une personne qui, en snowboard, a un toucher de neige comme je pense. Peu de gens dans le monde ont un toucher de neige, un contrôle de planche qui est juste incroyable. Il a gagné tous les Bank Slalom possibles et imaginables. La dernière fois, c'était pendant Team Weekney Daycare, il y a quelques mois, où il m'a mis la fessée dans un duel Bank Slalom, mais c'était très drôle. Et donc cette phrase, c'est une phrase qui est en fait pour moi une phrase que j'aime beaucoup, qui est à la base une phrase, bien sûr... en anglais, mais qui définit en fait un peu aussi, ou qui remet sur terre la pensée aujourd'hui de tout un chacun, où justement on pense tous qu'on est des gens super cool, on est spéciaux, etc. Mais en fait, on se rend compte que tout le monde est spécial, tout le monde a quelque chose à raconter. Et ça, ça a été une phrase qui m'a beaucoup parlé, surtout en travaillant dans cette industrie. où cette industrie a été pendant des années aussi lidée par des gens qui pensaient qu'ils étaient super cool parce qu'ils bossaient pour une marque ou une autre. Et puis ils pensaient que, et c'est encore souvent le cas, que leurs consommateurs, eux c'est des blaireaux, ils sont là juste pour acheter des choses. En fait, le bottom line de tout ça pour moi, c'est qu'on est tous le blaireau de quelqu'un. Moi, j'ai rencontré des gens qui ne pépéraient en snowboard, mais par contre, qui m'ont raconté des choses sur l'astronomie, sur la chimie, sur la physique, sur d'autres choses qui étaient bien au-delà de ce que j'étais capable de comprendre. Et je pense que c'est juste de se rappeler qu'en gros, on est tous uniques, mais tout le monde est unique. Donc, c'est aussi à nouveau une question de respect, une question d'écouter les gens. Je parle beaucoup de ça parce que je pense que c'est en ce moment le mal de notre siècle. On pense qu'on sait tout sur tout le monde parce qu'on regarde les réseaux sociaux, parce qu'on pense que tout le monde a une vie de rêve, etc. En fait, on ne s'intéresse même plus aux gens et on ne s'intéresse pas forcément aux choses. Et on pense qu'on est tous uniques parce qu'on fait des choses. Mais en fin de compte, on est tous uniques. Donc, il faut aller chercher chez l'autre ce côté et apprendre de l'autre. Et je pense qu'on a beaucoup de choses à faire de ce côté-là.
- Daz
Ça te permet de garder les pieds sur terre, de garder une forme d'humilité ? Ou c'est quelque chose qui s'est imposé à toi naturellement ?
- Thierry
Moi, j'ai beaucoup changé et j'ai beaucoup évolué. Quand j'étais snowboarder pro, quand j'étais jeune, j'étais un petit con. Il faut le dire.
- Daz
On a tous été des petits cons quand on a démarré dans cette industrie.
- Thierry
Parce qu'on était là, slapété, dire nous, nanana, puis une huile, puis machin, etc. Après, c'est des choses que tu apprends. Moi, j'ai commencé à faire des compètes en Suisse. J'étais tout le temps bien placé, j'étais des podiums et tout. Je suis arrivé, première Coupe du Monde. Je me rappellerai toujours, j'étais à l'Axe, je suis arrivé là. Berti, qui est un super pote, qui a été 8 fois champion du monde de snowboard, non champion du monde de pipe, quand Terrier n'a pas fait son année de pipe, c'était 1995, si je ne me trompe pas, et qui est une machine, mais vraiment une machine aussi, avec beaucoup de volonté et beaucoup de technique. Et puis il était là, mais non, mais fais pas ça, tu vas te péter la gueule. Puis j'étais là, non, moi je vais faire Strix. Puis en fait, je suis parti, je me suis fait satelliser, puis je suis tombé comme une merde. Je suis passé du podium à 77e ou 78e à la Première Coupe du Monde. Et là, je me suis pris une claque dans la gale parce que je me voyais déjà sur le podium à faire le malin. C'est des attitudes plutôt de jeunes. Moi, j'ai aujourd'hui plus que le double de cet âge. Donc, tu apprends un peu à voir les choses un peu différemment. Et je pense qu'aujourd'hui, voilà. L'équipe, c'est quelque chose d'important, de travailler avec les gens, de comprendre les gens, de les écouter. même si parfois, c'est ce que je dis toujours à mes équipes, moi je fais partie de la démocratie dictatoriale. Ceux que je l'estime m'ont parlé, et puis après je mets quand même mon point de veto si j'estime que c'est moi qui prends les décisions. Mais parce que j'estime que quand on prend des décisions, c'est comme ce que j'essaie d'expliquer à ma fille, on a dans la vie des droits et des devoirs. Et puis quand... tu prends une décision, ça veut dire que tu prends la responsabilité de cette décision-là. Et donc, de nouveau, c'est une décision unique et tout le monde est différent, mais tout le monde a ce côté unique puisqu'il est différent.
- Daz
Est-ce que tu as accompli tous tes rêves ?
- Thierry
Alors, c'est une très bonne question. Non, clairement pas, parce que j'en ai plein, et puis que j'en ai plein. Mais par contre, il y a une chose... J'aime bien, moi, retourner toujours les questions un peu différemment. J'aurais pu peut-être faire de la politique, même si je ne suis pas vraiment sûr. Parce que je pense que je suis trop dictateur pour faire de la politique. Mais la seule chose que je sais, c'est que je n'ai pas de regrets. Et aujourd'hui, je pense que des rêves, il faut toujours en avoir. Parce que c'est un moteur dans sa vie. Et je pense qu'aujourd'hui, le plus important, c'est d'avoir des rêves. Mais surtout, jamais avoir de regrets. Et aujourd'hui, je n'ai pas forcément de regrets dans tout ce que j'ai fait. Je suis une personne qui... Je ne dis pas que tout est rose, que tout est beau, que tout va bien. Je dis juste qu'aujourd'hui, je n'ai pas de regrets. J'ai fait ce que j'avais envie de faire. J'ai toujours été accompagné de personnes qui, dans ma vie, ont été importantes et m'ont soutenu. Comme j'espère pouvoir soutenir aussi un maximum de personnes. Mais voilà, je pense qu'aujourd'hui... J'ai plein de rêves, encore. Je rêverais de pouvoir beaucoup mieux surfer, mais pour ça, il faudrait que je mette un peu plus de temps à l'eau. Je rêverais de bien mieux jouer au golf. Ça, il faudrait que je puisse aussi passer plus de temps sur les terrains.
- Daz
C'est le combat d'une vie, ça.
- Thierry
C'est exactement ce genre de choses. Après, je rêverais de réinventer des choses où un équipe devienne aujourd'hui une nouvelle manière de consommer le sport au niveau mondial. Ça, c'est des... Mais j'essaie de les faire, de les réaliser. Et la seule chose que je sais, c'est qu'il ne faut pas vivre avec des regrets. Donc pour moi, la réponse, c'est pas de regrets. Des rêves, j'en ai plein la tête. Merci Thierry.
- Daz
Merci à toi.