- Speaker #0
Bienvenue dans Dire Mama, aujourd'hui je reçois une femme dont la voix porte bien plus haut que la musique. Elle est maman de quatre enfants, elle vit dans le Grand Est de la France. Elle a transformé une enfance brisée en mission de protection pour les autres. Ici pas de détails, juste son chemin, sa force et ce qu'elle a construit pour les enfants et les familles touchées par les violences. On avance avec douceur à son rythme. Installe-toi, respire, c'est parti ! Salut Evie !
- Speaker #1
Salut !
- Speaker #0
Comment ça va ?
- Speaker #1
Ça va super !
- Speaker #0
Ça va super ? Oui ! C'est quoi ? C'est fait pour venir ?
- Speaker #1
Ça va, c'était un peu loin, mais ça va !
- Speaker #0
Oui, c'est vrai que le Grand Est, c'est pas...
- Speaker #1
C'est pas à côté ! Mais ça va, c'est pas à côté !
- Speaker #0
Ok, alors dans quel état d'esprit tu te trouves ? Comment tu te sens aujourd'hui, au moment où on se parle ?
- Speaker #1
Ça va, j'ai une manifestation cet après-midi, donc je suis contente. Donc voilà, donc... Je suis prête à partager un peu de mon histoire, si ça peut éclairer et aider d'autres personnes. Parce que c'est le but. D'accord.
- Speaker #0
C'est une manifestation sur quoi ?
- Speaker #1
Sur les violences faites aux femmes. Et c'est vraiment sur les délais de prescription qu'on ne veut plus. Et la justice qui nous agresse aussi. Et du coup, vraiment protéger les enfants, surtout victimes d'inceste, qu'on puisse parler et ne pas se sentir autant après méprisé par la justice.
- Speaker #0
D'accord. Une vraie mission. Ok, écoute, Evie, si ça te va, je te propose qu'on rentre dans le vif du sujet, si je peux me permettre. Qui étais-tu, ma chère Evie, avant ce traumatisme ? Comment elle était la petite fille ?
- Speaker #1
Alors, j'étais une petite fille souriante, je chantais beaucoup et du coup, moi je suis née en Haïti. Donc je suis née en Haïti et après je suis arrivée en France à deux ans. Et du coup, non, j'étais joyeuse, heureuse, tout allait bien. J'aimais ma maman, tout, c'était top.
- Speaker #0
D'accord. À quel moment tu as compris et vu que ton enfance n'était pas comme celle des autres ?
- Speaker #1
Je l'ai compris quand j'avais 8 ans.
- Speaker #0
D'accord.
- Speaker #1
Quand j'ai commencé à poser des questions à mes copines autour de moi, en leur demandant est-ce que eux aussi, leur papa ou leur beau-papa rentraient dans la chambre la nuit et leur faisaient du mal. Est-ce qu'elles aussi, elles avaient ça ? Est-ce qu'elles se faisaient réveiller en pleine nuit ? Et j'ai vu le regard de ma meilleure copine à l'époque, qui m'a regardée d'une façon tellement... Mais qu'est-ce que tu racontes ? Je me suis dit, waouh, c'est vraiment qu'il y a un souci. Donc je me suis dit, ok, c'est vraiment pas normal ce que je vis. Ok.
- Speaker #0
Et donc tu as commencé à poser les questions à ta meilleure amie, donc à l'âge de 8 ans.
- Speaker #1
Voilà.
- Speaker #0
Est-ce que tu veux nous dire quand est-ce que ça a commencé ou pas ?
- Speaker #1
En fait, l'inceste que j'ai vécu, il a commencé quand j'avais 4 ans. Donc entre 3 ans et demi, 4 ans vraiment, pour ne pas mentir, entre 3 ans, 4 ans. Et du coup, c'était la part de mon beau-père. C'est mon beau-père qui faisait ça. Et ça a duré jusqu'à ce que j'ai 9 ans. Et que j'en ai marre avec ma petite sœur. Et qu'on demande de l'aide à ma mère. Et que ma mère, du coup, nous aide. Mais vraiment, ça a duré. Voilà, c'est ça.
- Speaker #0
Et donc, si je comprends bien, tu as commencé à mettre des mots sur ton histoire. Au moment où tu en as parlé à ta meilleure amie, est-ce qu'il y a eu d'autres moments où tu t'es dit...
- Speaker #1
En fait, à l'école, il y avait cette chanson, il y avait une dame qui était venue, qui avait commencé à parler du consentement, de « on n'a pas le te toucher » , elle avait une chanson « mon corps c'est mon corps » . Et du coup, je me suis dit « oui, il y a des trucs que moi, mon beau-père me fait, moi je ne suis pas d'accord qu'on me fasse ça » . Et en fait, le problème, c'est que quand je pars la voir et lui demander, « ok, vous parlez d'inconnu, mais est-ce que ça peut être un beau-papa ? » Et là, en fait, elle ne sait pas quoi me dire. Ça sort de son cadre, de ce qu'elle est venue dire. Et elle ne peut pas répondre. Et en fait, elle m'envoie bouler, on va dire, assez vite en me disant « Bon, de toute façon, si un inconnu te touche, il n'a pas le droit. » Mais ça reste en suspens. Donc, ça veut dire que quelqu'un que je connais, oui, mais un inconnu, non. Et en fait, c'est de là que j'ai commencé à poser des questions et à me dire « C'est bizarre. » Parce que quand même, on me fait un truc que je ne veux pas. Je n'accepte pas ce qu'on me fait. on peut vivre ça tous les soirs, c'est un enfer et en fait j'en peux plus quoi, donc voilà Et c'est vraiment à partir de là. Après, j'ai posé la question à ma copine. Après, ma copine, elle m'a dit ça. Après, j'ai posé la question à une autre de mes copines qui m'a répondu la même chose en me disant « Mais de quoi tu parles ? » Genre, moi, ma mère, elle me lit une histoire ou mon père. Et après, en fait, je dors toute la nuit. Personne ne vient me réveiller. Ce n'est pas possible. Donc, je me dis « Ok, là, vraiment, j'ai un souci, il y a un souci. » Et ma petite sœur, elle était au courant de ce qui se passait. Et du coup, elle était là en me disant « Ce n'est pas normal. ce que tu vis et ce qu'ils te disent qu'il ne faut pas le dire à maman parce que notre mère nous dit qu'il faut tout dire Mais lui, il me disait, si tu le dis, ta mère, elle va mourir. Si tu le dis, il va se passer des choses horribles. Tu vas retourner en Haïti, tu vas te retrouver toute seule. Vraiment, c'était... Des catastrophes qui m'annonçaient et rentraient dans ma tête en me disant que ce que tu vis c'est normal, c'est comme ça quand un beau-père et une belle-fille s'aiment. Et du coup, quand tu es petite, tu le crois, tu te dis ok c'est normal. Après tu commences à poser des questions parce que, je ne vais pas rentrer dans les détails, mais on passe d'un attouchement à des viols. Et tu violais un enfant de 6 ans, c'est un corps d'enfant de 6 ans, ça fait juste mal, il n'y a aucun plaisir là-dedans, c'est juste que tu souffres. et du coup quand tu souffres l'agresseur va trouver d'autres moyens pour te faire taire, pour que tu puisses ne plus parler. Et voilà, donc c'est très compliqué.
- Speaker #0
Ok. Et ça a été quoi ton déclic ? Alors tu disais qu'il y a eu cette personne qui est venue à l'école pour justement faire de la prévention à ce niveau-là. Toi, elle n'a pas vraiment pris en considération tes mots, c'est-à-dire elle n'a pas alerté. les adultes. Toi,
- Speaker #1
ça a été quoi ton déclic pour parler ? Moi, c'était un moment où j'ai 8 ans et demi, 9 ans. Je sors d'une période où je m'étais cassée la jambe et je m'étais fait les nôtres. Et du coup, j'avais eu un petit accident. Donc vraiment, j'avais les quatre membres en plâtre. Et voilà. Et en fait, pendant cette période-là, il ne pouvait pas me toucher. Donc ça faisait déjà 3-4 mois qu'il ne me touchait plus. Et du coup, en fait, il y a un moment où je commence à lui dire « Écoute, si jamais tu me touches... » Je vais le dire à ma mère, je vais dire ça, je vais dire ça, et là en fait je me laisse plus vraiment faire. Et à un moment, ma mère part, elle avait du travail, elle part, et là du coup je me retrouve en train de dormir, ma petite sœur au-dessus, sur un lit superposé, elle est au-dessus, moi je reste en bas parce que j'ai encore une jambe qui me fait encore mal, donc j'évite de monter, et du coup en fait je me réveille, et là, je sais pas à quelle heure elle est, mais je me réveille, et quand je me réveille, il est sur moi, et on va dire pour être soft, j'ai du blanc partout sur moi, et moi j'en peux plus quoi. Et en fait, j'en ai marre. C'est juste, c'est bon, en fait. C'est tout le temps et j'en peux plus. Et là, je pense vraiment. En fait, j'ai pété un câble. J'ai commencé à crier. Ça a réveillé ma petite sœur qui s'est mise à crier. Elle m'a vu. Elle m'a dit mais c'est quoi ? Je lui ai dit mais j'en ai marre. Et on s'est enfermé dans la salle de bain. Et là, ma petite sœur, elle a dit à mon beau père qui est son père. Elle lui a dit oui, tu vas voir là. On va le dire à maman et tu vas arrêter de faire du mal à ma grande sœur. Moi, j'en ai vraiment marre. En fait, c'est elle qui s'est plus rebellée. Et j'ai vu le courage En fin de compte, je la défendais parce qu'il me disait à un moment, si toi, tu ne veux plus, je vais prendre ta petite sœur. C'est ou toi ou elle. Et là, tu te dis, moi, il me l'a déjà fait, donc autant que ce soit moi, parce que je ne veux pas que ça arrive à ma petite sœur, parce que ça fait mal et c'est ma petite sœur. Et en fait, c'est vraiment ce déclic-là où je le dis à ma mère, où ma mère rentre. Et en plus, dans les escaliers, elle le croise. Et quand elle le croise, il lui dit, de toute façon, tes filles, elles sont en train de mentir sur moi. je me casse, bref. C'est-à-dire, en fait, il avoue quand même que c'est lui qui a fait une dinguerie. Parce que comment tu peux savoir ce que nous, on va dire, si toi, tu sais que t'as rien fait ? Et au final, quand ma mère rentre, en fait, là, on lui explique. Et je me rappelle, c'est la douceur et l'amour de ma mère qui me prend les épaules et qui me dit je comprends pas, parce que c'est vrai, j'ai 9 ans, je suis en train d'hurler, je pleure en même temps, ma petite sœur, elle pleure. Et elle me prend et elle me dit, écoute, je te crois. Mais explique-moi ce qui se passe, parce que là, je ne comprends pas ce que tu me dis. Et elle me dit cette phrase, je te crois, tu vois. Et là, je me dis, waouh, et là, je peux lui dire, et voilà, c'était incroyable. Mais ouais, c'est le déclic.
- Speaker #0
Le déclic, ça a été cette douleur, enfin, c'était plate.
- Speaker #1
Ouais.
- Speaker #0
Cette douleur de ta sœur.
- Speaker #1
Ma sœur.
- Speaker #0
Il a pris aussi un peu...
- Speaker #1
Ah non, elle a vraiment pris ma défense. C'était dur parce que c'est son géniteur. C'est sa fille. Et non, elle a pris mon parti, elle a crié, elle a hurlé. Elle m'a dit, on ne peut plus vivre comme ça, ce n'est pas normal. Parce que je pleurais souvent, je pleurais tout le temps. quand les gens à l'école je rigolais tout allait bien après Mais quand j'étais en dehors, c'était horrible. J'étais super triste. Dès que je rentrais, il y avait une sorte de... C'était ma vie. Dès qu'on fermait la porte de la maison, je ne souriais pas, je ne parlais pas. Je n'acceptais même pas de manger parce que moi, ils m'agressaient. Et il y a des moments où ils me disaient, de toute façon, tu supportes parce que c'est moi qui paye la nourriture. Alors moi, je ne mangeais pas, en fait. Du coup, je ne mangeais pas. Franchement, c'était super compliqué. Dehors, j'arrive à rigoler un peu. Mais à l'intérieur de cette maison... Ma mère, elle me donnait le sourire, mais en fait, je lui en voulais aussi. Parce qu'elle ne savait pas, mais je lui en voulais du fait d'être avec cette personne-là qui ne m'aime pas et qui me fait du mal. Et je lui en voulais parce que moi, je devais me taire pour ne pas qu'elle souffre. Et moi, je souffrais beaucoup. Alors que la pauvre, si elle l'avait su, elle m'aurait sorti de là tout de suite. Et elle l'a fait. À la seconde où elle l'a su, on n'a pas de papier, on n'a rien. Elle est partie, elle est partie voir la police. Elle leur a dit...
- Speaker #0
Est-ce que tu me disais lors de notre première échéance que vous n'aviez pas de papier ? Non.
- Speaker #1
On est arrivés en France, parce qu'elle avait le droit d'arriver en France, elle l'a fait. Elle a fait ses études et pendant ce temps, on demande, les papiers, on demande à être français. Oui, c'est en cours. Voilà, c'est en cours, mais c'est toujours en cours. Donc légalement, on n'est pas sous le QTF, on ne doit pas partir. Mais on est censé faire tous les papiers, faire tout ça, et on n'a pas. Oui, en attendant, vous n'avez pas de statut. On n'a pas de statut. On est rien. Et du coup, ma mère a la peur de la police, mais elle me dit qu'on n'a pas le choix. Il faut leur faire confiance parce que là, on a besoin d'aide. Et du coup, moi, je me mets à sa place et je me dis, en plus, surtout, on est chrétien. Elle est là, elle divorce. Elle divorce énormément. Quand tu es chrétien, tu ne peux plus te remarier. Elle doit avoir 25 ans, 26 ans. Elle divorce et elle part. Elle sort de la maison. On va voir la police. vraiment elle a tout gérer, vraiment, et c'est la police qui lui a dit il faut partir, parce qu'effectivement vu que quand ils me faisaient des choses c'était par derrière et qu'en fait, vu que ça a pris du temps on peut plus voir les séquelles mais on voit qu'il y a quelque chose qui s'est passé et en plus vu que je m'étais lavé donc il n'y a pas vraiment de preuves, donc du coup ils lui ont juste dit ça se voit puisque la façon dont elle raconte c'est ça, on te met dans une pièce à part on t'explique, on te montre une poupée, on te dit touche là où on t'a fait, qu'est-ce qui s'est passé et t'explique tout, et on voit la dame elle lui a dit on voit que c'est vrai parce que On voit le traumatisme qu'elle a. Et il faut partir. Et c'est ce qu'elle a fait. Elle est partie. Le lendemain, on est parti et on n'est plus revenu.
- Speaker #0
D'accord. OK. Et c'était quoi tes moments ? Alors, peut-être qu'il n'y en avait pas, mais tes petits moments de joie à ces moments-là. Est-ce que justement, la musique faisait partie ?
- Speaker #1
C'était Ophélie Winter. Je m'adonnais la foi dans la cour de récréation.
- Speaker #0
OK.
- Speaker #1
C'était trop bien. Du coup, on faisait des chorégraphies avec mes copines. Et du coup, c'est comme ça que j'ai compris que je savais bien chanter. Du coup, déjà, je chantais déjà à l'église. Tous les dimanches, je chantais à l'église. Mais c'était des chants chrétiens. Donc je me dis, en fait, je sais chanter les chansons chrétiennes. T'es une enfant, donc tu sais parler d'eux. Et là, je commence à chanter au filmateur et je danse et je chante. Et mes copines, elles dansent avec moi et elles chantent. et je me dis, j'aime trop, j'ai envie de faire ça. Mais oui, c'était ça. C'était les moments où... Et aussi, en fait... Les moments où j'étais que avec ma mère. Parce que quelquefois, ma mère, elle voyait que j'étais pas très bien à la maison. Donc, on allait au parc, on se baladait pendant des heures à Pantin, on faisait plein de trucs. C'était trop bien. Et en fait, elle, elle comprenait pas. Elle avait pas la compréhension de se dire, mais attends, pourquoi quand elle est dehors, elle est aussi heureuse ? Et dès qu'elle rentre à la maison, c'est aussi dur, le visage y change. Tu vois ?
- Speaker #0
Et t'avais pas encore les mots ?
- Speaker #1
Ben non, et en plus, c'est surtout que toi, on te dit, si tu le dis à ta mère, ta mère va mourir. Moi, je peux pas perdre ma mère. parce que ma mère, c'est ma seule bouffée d'air. Donc si ma mère est meure, si ma petite sœur est meure, puisque c'est ce qu'ils me disaient, du coup, moi, je me retrouve toute seule. Donc c'est hors de question.
- Speaker #0
Alors, on a dû m'a donner la foi dans la cour de récréation, mais j'aimerais savoir comment la musique t'a soutenue, justement, dans ces moments-là, mais aussi après, et pour en faire aujourd'hui ton métier.
- Speaker #1
Plus tard, ça m'a plus aidée, en fait, c'était d'écrire. Avec des pédopsychiatres, des orthophonistes. Et en fait, du coup, c'était vraiment pour voir. Écrire ce qui se passait. C'est exactement ce que j'avais demandé. Par la parole, c'était d'écrire des lettres. J'écrivais des lettres à moi-même, je m'écrivais des lettres dans le futur en me disant quand tu seras plus grande, il faut absolument que tu aides les enfants, tu ne peux pas laisser les choses arriver comme ça à d'autres personnes. Et c'était des trucs comme ça. Et du coup, ça ne m'a plus d'écrire. Et du coup, j'ai commencé à écrire, écrire, écrire et on est monté. Et après, j'ai rencontré un prof de chant, un coach vocal et du coup, il m'a dit, mais tu sais, tout ça, tu peux le mettre en musique, tu peux faire des choses. et je me suis dit, ouais, il faut que j'essaye. Après, j'ai commencé comme ça. Mais ma première composition, je l'ai écrite, j'avais 12 ans. Vraiment, j'aimais trop.
- Speaker #0
Donc la musique t'a vraiment permis de retrouver de la joie.
- Speaker #1
Mais c'est la meilleure thérapie. En tout cas, c'était ma meilleure thérapie. Parce que parler à quelqu'un, lui expliquer... Et franchement, les pédopsychiatres, ils avaient mal au cœur pour moi. Moi, je leur expliquais et au bout d'un moment, je n'osais même plus parler. Parce que je voyais qu'ils avaient beaucoup d'émotions. Et ils ne sont pas censés faire ça. Mais c'est dur de voir un enfant, je me mets à leur place, voir un enfant qui te dit, on m'a fait ça. et en plus moi j'ai pas de de mots, moi je le dis, brut, brut. Donc ils se disent, c'est dur en fait. Et voilà, donc...
- Speaker #0
Je pense qu'ils sont armés pour entendre des choses comme ça.
- Speaker #1
Mais la petite fille que j'avais, c'est vraiment parce qu'elle aimait beaucoup ma mère et qu'elle m'appréciait beaucoup. Mais de base, c'est pas des enfants qui se faisaient violer. Elle parlait vraiment plus dans des séparations, des enfants qui se retrouvaient séparés de leurs parents. C'était autre chose. Et je me suis dit, je vais parler. Je vois bien, bon, allez, je vais écrire. Je me sens mieux quand j'écris. Donc ça te fait du bien aussi de... Ouais, et pour pas en vouloir à tout le monde. Parce que quand t'as un truc comme ça, tu vois, moi je suis chrétienne, et au bout d'un moment, t'en veux à Dieu, tu vois. Bien sûr. Comme moi, il m'arrive ça, moi j'en ai marre. Et en fait, t'as besoin d'écrire pour te soulager, pour pas être en colère contre tout le monde. Même contre ma petite sœur. Ma petite sœur, elle ressemblait beaucoup à mon beau-père, c'était dur. mais c'est ma soeur, je l'aime trop mais tu vois, il fallait absolument que j'écrive que je me libère de ça et voilà, ça m'a fait du bien et en plus j'avais pas de soutien au point de vue de ma famille personne ne savait rien. On était vraiment dans le flou. Donc voilà.
- Speaker #0
Et à partir du moment où, avec ta maman, vous êtes partie, donc vous êtes séparée de cet homme-là, est-ce que tu as pu avoir du soutien de la part de ta famille, de la famille de ta maman, par exemple ?
- Speaker #1
Non parce que ma mère elle avait ce truc où elle s'entendait pas très bien avec toutes ses soeurs même si elle les aime mais s'entendait pas très bien et elle avait très peur que si jamais moi je dise voilà ce que lui m'a fait que du coup à mon âge d'entendre quelqu'un qui me dise mais de toute façon c'est de ta faute c'est toi qui l'a voulu et c'est ce qu'il s'est fait. Elle a eu raison parce que moi je lui ai dit mais non je connais mes tantes jamais personne n'aurait fait ça mais aujourd'hui quand j'ai fait ma première vidéo et que j'ai parlé de ce qui s'était passé. J'ai quand même une de mes tantes qui a dit à ma mère, qui l'a appelée en lui disant, si tu te fais violer, c'est que c'est toi qui l'as décidé. Ma mère lui a dit, mais c'est un enfant de 4 ans, 5 ans, comment tu peux dire ça ? Si elle s'est fait violer, c'est qu'elle l'avait décidé. Donc elle m'a bien protégée. Parce que je n'ai pas eu du soutien auprès de ma famille, mais j'ai eu du soutien auprès de ce que j'appelle mon pilier, ma mère et ma sœur. Et ça, c'était la base. Ma sœur, elle se retrouve séparée de son père. Elle aurait pu... Non, elle savait tout ce que je vivais, donc elle était... de mon côté, elle était heureuse. Les premières nuits qu'on était sans lui, c'était incroyable. Moi, je ne savais pas ça. Franchement, c'est un truc bizarre. C'est que j'attendais qu'il vienne me chercher. C'est tellement je savais que tous les soirs, il venait me chercher, que les premières nuits où j'ai dormi, en fait, j'attendais. Et comme il ne venait pas, je trouvais ça bizarre. Et ma soeur, elle me disait, il ne reviendra plus. C'est terminé. Mais c'était vraiment très étrange de se dire, j'attends le monstre qui vient me réveiller. donc non, j'ai pas trop de soucis auprès de ma famille mais auprès de ma mère et ma soeur principale
- Speaker #0
Alors la musique ça t'a aidé, ça a été une forme de thérapie, la musique, écrire. Qu'est-ce que t'avais comme d'autres formes de protection, de protéger justement peut-être du regard des gens ?
- Speaker #1
C'est pas joli. Là je vais le dire mais c'est pas joli, mais je mentais beaucoup. Je mentais pour pas qu'on me pose trop de questions. Parce que tu m'as posé la question de qui est ton père. Moi j'ai pas de père, je sais pas qui est mon père, à l'époque je savais pas. Ma mère m'en parlait pas, elle voulait pas en parler. Donc voilà, mon père il a très l'endroit, mon père il est là. Mon père est nulle part, j'ai juste pas de père. Après, ça a été aussi... Il y a eu un truc où ma mère, avec des blagues qui ne sont pas drôles, mais en gros, il y avait un gars qui passait à la télé et à force de lui dire, mais non, c'est qui mon père ? Elle m'a dit, c'est lui. Et je suis partie à l'école toute contente. Ouais, le gars qui fait ça, c'est mon père. Bien sûr que non, bien sûr que tout le monde sait que c'est faux. Et là, après, j'ai vu comment les gens me mettaient à l'écart. Et en fait, j'aimais être à l'écart. Alors du coup, quand j'entrais dans une école, j'aimais bien mentir un peu, mais gros mensonge vraiment pour que tu dises, elle c'est une menteuse tu me parles pas, voilà, comme ça on se parle pas Comme ça, je ne veux pas avoir de meilleurs amis. Je ne veux pas qu'on me pose des questions. Mais pourquoi tu es là ? Mais qu'est-ce qui s'est passé ? Je ne veux rien. Je ne voulais vraiment rien dire à personne. Rester tranquille. Voilà. C'était vraiment... J'étais déjà le centre de l'attention de mon beau-père pendant trop longtemps. Je ne veux pas qu'on me touche. Je ne veux pas qu'on s'approche de moi. Et en fait, j'ai trouvé ce truc de mentir, c'était très bien. Comme ça, vraiment. Et c'est normal. aujourd'hui, voilà, moi je supporte plus le mensonge, mais je peux comprendre. personne ne me parle, personne ne veut être amie avec toi. Moi, ça m'allait très bien. Je n'avais pas envie d'être amie avec les gens. Donc,
- Speaker #0
le mensonge, ça t'a permis de t'isoler aussi un peu des autres.
- Speaker #1
En fait, tu vois, quand j'avais 12 ans, j'avais plus de forme que les autres. J'étais déjà... Et du coup, tu sais que les garçons étaient là en train d'attirer par toi. Moi, je ne voulais pas de ce truc-là. Donc, c'était mieux de mentir deux, trois fois. Après, on te laisse tranquille. Après, très vite, j'ai arrêté. Un de mes profs m'a aidée, il m'a dit que ça ne sert à rien de mentir. En plus, tu fais des mensonges où tout le monde sait que c'est faux. Donc, ça se voit que tu as un problème et que tu ne veux pas le dire. Va plutôt voir quelqu'un qui peut t'aider. C'est là que j'ai repris encore avec le pédopsychiatre, une autre pédopsychiatre. Et après, elle m'a dit que ça ne sert strictement à rien. Et après, on est parti quand j'ai déménagé. Et là, je ne mentais plus. Vraiment, j'ai arrêté. Mais je ne veux pas... C'est une forme de défense. Ça m'a défendue pour que les gens me laissent tranquille. parce que je me faisais harceler, ce n'était pas facile. Donc j'étais bien toute seule dans mon coin.
- Speaker #0
D'accord. On va revenir à aujourd'hui, sans transition, tu transformes cette histoire de vie en aide concrète pour les autres. Comment est née l'idée de créer ta fondation ? Tu vas nous en parler dans quelques instants, mais comment est venue cette idée de créer tout ça ? Quand tu parles de tout ce que tu as vécu à aujourd'hui. Comment t'es venue cette idée de créer cette fondation ?
- Speaker #1
L'idée elle est venue de plein de trucs différents qui a fait un truc de base c'était vraiment parler à des femmes on était entre nous et on se parlait et on avait des femmes qui voulaient dénoncer l'inceste que leur fils vivait et on se rendait compte que quand tu dénonces c'est toi le parent qui est sain qui est coupable, on t'enlevait tes enfants, ça partait dans tous les sens et du coup nous on disait il faut vraiment qu'un enfant puisse parler et qu'on puisse lui faire confiance mais comment faire ? Après c'est parti aussi Aussi d'une histoire, d'une chose qui m'a vraiment touchée, c'est un moment où j'allais en prison. Je n'étais pas prisonnière, mais voilà, je le dis. On ne prétend pas. Je prétends, non. Mais du coup, et là-bas, on rencontrait des gens. Et moi, on m'a mis avec un monsieur, et du coup, j'ai dit à un jeune homme, vraiment, on avait à peu près la même âge.
- Speaker #0
Qu'est-ce que tu allais faire en prison ?
- Speaker #1
En fait, avec... Comme ça, c'est très clair. Parler aux personnes qui sont vraiment en fin de... Comment je peux dire ça ? En fin de peine, qui vont bientôt sortir, et du coup, leur parler de Dieu. C'est important, donc tu vois, leur parler de la religion, de la foi, prier avec eux, des gens qui ont donné leur vie à Dieu, tout ça. Et après, en fait, en gros, on les accueillit à l'église, parce qu'il y en a plusieurs qui sont partis à l'église. Et c'était ce genre de choses. Et lui, il était en fin de peine. Et il devait sortir dans pas longtemps. Et du coup, on a discuté ensemble. Et quand on a discuté, il m'a dit un truc. Je lui ai dit, pourquoi t'es là ? Et il me regarde. Et je crois qu'il voulait me choquer un peu. Mais il a réussi parce que ça m'a énervé. Il m'a dit, oui, je suis là parce que je voulais violer des enfants. Je lui ai dit, t'as un problème ou quoi ? Et moi, le problème, c'est que je suis à fleur de peau. J'ai mal. J'ai subi beaucoup de choses. Et du coup, ça, ce qu'il me dit, ça me fait vite me frapper. dans le coup. et en fait je comprends qu'il le dit déjà il le dit parce qu'il le pensait mais c'est surtout pour qu'on le laisse tranquille alors que c'est lui, s'il avait pas demandé de venir en fait on peut pas forcer les gens à venir donc après je lui dis pourquoi tu dis ça et là il m'explique je lui dis moi on m'a violée quand j'étais petite donc moi en fait c'est un type qui me saoule, il me dit bah moi aussi je lui dis alors moi je comprends pas pourquoi moi ça m'est arrivé et je veux autant aider les autres et toi ça t'arrive toi tu dis juste ce que tu voulais, il m'a dit mais je me suis dénoncé moi même, j'avais des images chez moi voilà donc ça fait que j'ai appelé la police ont m'a arrêté. Et du coup, je l'ai fait exprès parce que j'avais besoin de temps pour dire au revoir à ma sœur, pour dire au revoir à ma mère. Parce que dès que je sors, il est l'heure de question que je fasse du mal à un enfant. Je préfère me suicider. Et dans ma méchanceté, je lui ai dit mais t'étais pas obligé de partir en prison, t'avais qu'il juste à te tuer quoi. Et là, il m'a dit non. Il m'a dit voilà, j'aime ma sœur. Il faut que je m'excuse pour ce que j'ai fait, ce que j'ai failli faire à sa fille. Et voilà, il avait son histoire. et du coup je lui ai en fait voilà on a parlé comme ça pendant une heure Et à un moment, il m'explique. Et voilà, c'est qu'on avait le même parcours. Lui, c'était à 4 ans, moi aussi. On a commencé à se faire agresser. Moi, ça s'est arrêté par chance avec ma soeur, avec ma mère à 9 ans. Lui, ça a continué jusqu'à 14-15 ans. Ça a continué.
- Speaker #0
Et toi, ce que je te demandais, c'était comment tu as eu l'idée de créer cette fondation. C'est avec cette personne. Voilà, c'est avec ce... C'est en échangeant avec cette personne.
- Speaker #1
En discutant et en regardant, en se disant, toi, t'es en prison et moi, je ne suis pas. Moi j'aide les autres et toi non, mais comment on a le même parcours, comment c'est possible ? Et là en fait je lui ai dit, imaginons qu'on serait parti dans ton école et qu'on t'aurait dit, tu vois, le consentement, ça c'est normal, ça c'est pas normal, est-ce que tu penses que ça aurait changé quelque chose ? Il m'a dit bien sûr que oui, il m'a dit bien sûr que ça aurait tout changé, parce que moi on m'a fait croire que c'était normal, on m'a fait croire que c'est normal de faire ça le soir et qu'à côté d'avoir, lui c'était son beau-père aussi, et de vivre avec une femme... normal quoi, si j'avais compris que c'était pas normal bah j'aurais pas eu ces déviances là les déviances je les ai pas eues à 4 ans tu vois je me dis bah oui, et je dis c'est ce que j'ai envie de faire et il m'a dit c'est vraiment, et là on a commencé à parler et en fait il m'a dit ouais va fais ça, parle de mon histoire ce serait bien et tout, et je lui ai dit oui je pourrais aller dans les écoles parler de nos histoires parler de ça, et en fait c'est parti de là vraiment, je pense que sans ce déclic là j'aurais pas fait parce que moi je pensais, toi t'es méchant, toi t'es gentil fin, alors que c'est beaucoup plus complexe que ça
- Speaker #0
D'accord, ok. Alors concrètement, comment est-ce que... Alors déjà, comment s'appelle ta fondation ?
- Speaker #1
Alors la fondation, elle s'appelle Daphné Léger.
- Speaker #0
Daphné Léger, très bien. Et comment est-ce que vous accompagnez ? Vous êtes plusieurs personnes dans cette fondation. Comment est-ce que vous accompagnez concrètement les familles ?
- Speaker #1
Alors du coup, pour expliquer, ça s'est fait sur beaucoup d'années. Moi, je me suis formée avec des psychiatres, des pédopsychiatres, voilà. Et du coup, à force d'avoir rencontré des policiers, des gendarmes... d'avoir parlé à beaucoup de personnes, en fait, on s'est dit, ce serait bien de se mettre ensemble, de créer ce travail qui est être agent du cœur et du coup, en gros, vraiment soutenir les familles et les victimes, de passer de victimes à survivants. Et là, dans un premier temps, normalement, l'année prochaine, on va dans les écoles et du coup, on va parler avec Mama Chanson, dit son nom, aux enfants du consentement, mais au-delà du consentement, de ce qui est normal et ce qui n'est pas normal, en parlant de nos histoires. tu ne peux pas te faire taper tous les jours, tu ne peux pas te faire agresser tous les jours. C'est vraiment un service au maximum. On va parler aux enfants. Les enfants, après, on les invite à écrire un petit courrier, une petite lettre et à nous le donner dans une petite boîte aux lettres. L'enfant peut dire ce qu'il veut. Mais si on tombe sur un enfant qui dit « moi, mon beau-père me fait ça » ou « ma mère » du coup, nous, avec l'enfant, on va parler avec la maîtresse. voir ce qu'on peut faire. Est-ce que l'enfant est d'accord qu'on puisse parler directement à ses parents à sa place ? Parce qu'il faut savoir que c'est un choc de se dire que son enfant subit des agressions, surtout quand on ne le voit pas. C'est un très gros choc. Moi, ma mère, elle l'a bien pris. Elle m'a dit cette phrase de je te crois, mais il y a plein de parents, même quand ils croient à leur enfant. C'est au tout début, c'est pas possible, tu mens. Et cette phrase-là, les premières phrases qu'un parent te dit, quand tu es victime, les premières phrases, elles restent ancrées. C'est pas possible de les oublier. Donc du coup, là, c'est vraiment aller voir le parent, après, ensuite l'aider, lui dire voilà ce que ton enfant a subi, voilà maintenant ce qu'on peut faire, ton enfant va venir te parler, je sais que c'est dur, mais vraiment, respire un bon coup parce qu'il a besoin, ne pleure pas, parce qu'il faut vraiment que l'enfant puisse se sentir libre et se dire... Je ne fais pas de peine à mon parent. Je dois juste dire la vérité. Et en fait, à partir de là, quand c'est fait, nous, du coup, on les aide pour les pédopsychiatres, pour les psychologues, pour les mamans aussi, les papas, pour les adultes. On les aide à aller voir la police.
- Speaker #0
Oui, c'est ce que j'allais dire au niveau de la justice aussi. En fait, c'est un accompagnement émotionnel. C'est un soutien.
- Speaker #1
Oui, vraiment. Donc, on peut nous appeler à 3h du matin parce que la maman, elle ne va pas bien. Ou le papa, parce qu'en fait, c'est dur. Il y a un procès qui arrive. On ne va pas bien. On est là. on est là tout le temps donc du coup c'est vraiment ce Ce truc de se dire qu'on a quelqu'un qui existe et qui est là en tout temps, en toutes circonstances pour nous aider et nous tendre la main. Donc même dans les démarches d'aller trouver un appartement parce qu'il y a certaines personnes, il faut qu'ils trouvent un appartement, il faut qu'ils partent. Il y a plein de choses comme ça. Donc c'est très important.
- Speaker #0
Du soutien aux familles.
- Speaker #1
C'est du soutien aux familles.
- Speaker #0
Et un accompagnement de l'enfant à l'aider à poser des mots, en écrivant,
- Speaker #1
en parlant, en expliquant et surtout en lui montrant beaucoup de visages parce que dans ma chanson, Dis son nom, là il y a le clip qui est sorti. vraiment avec un fond jaune, j'ai pris quelque chose de neutre. Mais il y a aussi un clip avec plein de visages d'anciennes victimes qui sont devenues des survivants. Des hommes, des femmes, des grands, plusieurs religions, plusieurs couleurs, plein. Pour montrer aux enfants que vous pouvez vous identifier à toutes ces personnes-là. Parce que, en fait, l'inceste, la violence, elle n'a pas de religion. Vraiment. Elle n'a pas de couleur. Ça arrive à tout le monde. Ça n'a pas de statut. Ça peut arriver à tout le monde. Là, on est sur une classe de 30 enfants. On sait qu'il y a trois enfants. qui est victime de violences. Donc non, il faut en parler. Donc c'est important.
- Speaker #0
De quoi es-tu le plus fière aujourd'hui ?
- Speaker #1
Ça ne se fait pas de dire ça. Parce que du coup, je te dirais de mes enfants. Mais non, mais pourquoi pas ?
- Speaker #0
Quelle est ta plus grande fière, Théo ? Mes enfants. Mes enfants.
- Speaker #1
Je les aime tellement. C'est des personnes incroyables.
- Speaker #0
Je disais effectivement au début d'interview que tu avais quatre enfants. Tu veux nous en parler un petit peu ?
- Speaker #1
Pas longtemps, un petit peu. Mais j'ai quatre enfants magnifiques. Les deux plus grands, ils ont 14 et 15 ans. Et c'est incroyable parce que moi, quand je leur ai dit, j'ai attendu un peu parce que j'avais vraiment peur qu'ils entendent un peu partout ce que leur maman a subi, ce qui se passe, que ce n'est pas facile. Eux, ils m'ont dit, mais maman, fonce. Fonce, en fait, tu aides déjà les gens. Donc fais-le pour que tout le monde te voit et que tout le monde puisse prendre conscience de ce qui se passe. Et je les aime trop. Parce que franchement, des soutiens comme ça, tu te dis, ils sont féministes. Ils sont là, ils vont aux manifestations, ils sont prêts. Et je trouve ça incroyable. Donc, l'éducation fait. Mais franchement, je me dis merci Seigneur, parce qu'ils sont vraiment d'un bon soutien. Et là, je me dis ouais. Et quand je vois les enfants aussi, et après, il n'y a pas que ça. Il y a aussi, quand je vois les petites filles, les petits garçons que j'aide et qui sont là. Et ceux qui m'ont trouvé ce nom, Agente du Coeur, c'est une petite fille qui m'a dit, moi, je t'aime trop, t'es trop gentille, t'es un agent. mais tu sais mais... Mais un agent du cœur, je dis, oh, c'est trop chou. Je prends et je suis fière de ça aussi. De me dire qu'au moins un enfant peut dormir là, ce soir, sans souci. C'est déjà incroyable. Donc, tu vois, tu te dis, ouais, moi, j'aime bien. Donc, je suis fière des deux. Je suis fière de mes bébés et je suis fière de mon bébé. C'est un projet. Voilà.
- Speaker #0
Et qu'est-ce que... Donc là, tu viens de passer un message pour tes enfants. C'est une de tes fiertés. Une des fiertés aussi, c'est d'aider ces enfants qui peuvent être en grosse, grosse difficulté. Qu'est-ce que tu pourrais dire à une maman, à quoi elle devrait faire attention ? Je mets des guillemets parce que c'est délicat, donc je ne sais pas trop comment poser la question. Mais est-ce qu'il y a des signes qu'une maman peut repérer, par exemple ? Est-ce qu'il y a des choses que... Voilà, en voyant son enfant qui est différent entre aujourd'hui et dans trois mois, tu vois, quelque chose qui pourrait aider une maman ou moi ou d'autres mamans qui nous écoutent et qui pourraient nous alerter sur le fait que cet enfant est peut-être en danger ou que cet enfant subit peut-être des violences. Est-ce que tu aurais des éléments à nous...
- Speaker #1
J'ai parce que j'écris des livres dessus. Là, il me sort...
- Speaker #0
Non mais c'est que tu le dis, je le dis.
- Speaker #1
J'écris des livres dessus parce que... Parce que ma mère m'a dit la même chose. Ma mère, je devais avoir 20 ans, elle m'a dit « Mais comment j'aurais pu savoir ? » Moi, je pensais juste que tu étais un peu triste, mais comment j'aurais pu savoir ? Et moi, en étant énervée, je lui ai dit « Mais t'aurais pu comprendre ! » Et je me suis rendue compte qu'elle ne peut pas. Comment tu veux qu'elle comprenne ? Moi, je vis, donc je vois les alertes, mais pas elle. Et du coup, c'est là que j'ai commencé à écrire un livre pour ça, pour aider justement les parents à comprendre ce qui se passe. Et en fait, il y a plusieurs signes. moi tu vois il y a des enfants tu vois bien qui changent Tout d'un coup, ils vont te dire, cette personne-là qu'ils aimaient beaucoup. Moi, je vais prendre un exemple qui me touche particulièrement parce que j'ai aidé une personne il n'y a pas longtemps. Et du coup, cette jeune fille-là, elle se faisait agresser par son prof de sport. Mais du coup, j'ai dit à sa mère, à partir du moment où tu vois que ton enfant qui aime ça, qui aime le sport, te dit je ne veux plus y aller. Je ne veux plus. Qui pose ses affaires à côté, qui prend ses chaussons et qui les jette un peu partout. Tout d'un coup, tu vas voir que ton enfant qui est super sage, Merci. qui est très carré chez lui, tout est bien rangé, et tout d'un coup, c'est le bordel partout. Il n'y a rien qui va. Arrête de lui dire « range ta chambre » . Demande-lui « mais qu'est-ce qui se passe ? Qu'est-ce qui fait que ta chambre, elle est comme ça ? » Parce qu'il y a deux mois, tu ne me faisais pas ça. Il se passe quoi ? Parce que quelquefois, on ne peut pas l'exprimer avec la bouche, donc on va l'exprimer avec notre corps. On ne veut pas. On ne veut plus ranger, parce que dans notre tête, dans notre cœur, ce n'est pas ranger. Il y a des choses qui ne vont pas, qui nous dérangent. Moi j'ai arrêté de faire pipi au lit, j'avais 18 ans, alors que ça s'est arrêté. Mais c'est tellement, j'avais encore peur tellement. Et quand j'ai commencé à faire pipi au lit, ma mère elle n'a pas compris. J'étais totalement propre et là à partir de 4 ans, je refaisais pipi au lit. Mais ça aussi c'est une alerte. Une alerte, ton enfant tout va bien, tout d'un coup il recommence à faire pipi sur lui. Il a peur, il n'ose pas trop parler, il s'enferme un peu plus. Il a une façon même quelquefois de te répondre parce qu'il y a certains enfants qui étaient très sages et qui vont commencer à répondre. pose-toi une question.
- Speaker #0
Il y a un truc qui va par.
- Speaker #1
Déjà, regarde ton enfant, tu le connais. Déjà, les mamans, comme les papas, on connaît nos enfants. Quand tu vois que tout d'un coup, ton enfant change et que ce n'est plus la même personne, ce n'est pas que l'adolescence. On ne peut pas juste mettre ça en disant que c'est un ado. Non. À 6 ans, ce n'est pas un ado. À 10 ans, ce n'est pas un ado. Et même à 15 ans. Et à 12 ans, 13 ans, 14 ans... Ce n'est pas un ado aussi. C'est la préadolescence. Voilà, c'est la préadolescence. ce que je veux dire c'est ne mets pas juste ça sur le dos de l'internaute, te questionner beaucoup, voilà, juste que ça soit ensemble partir avec son enfant, on reste que tous les deux, on discute la communication. C'est tellement important. Quand tu peux dire à un enfant, il n'y a rien qui peut m'arriver, ne t'inquiète pas, dis-moi si jamais il y a quelque chose. Et de questionner de temps en temps. Parce que jamais questionner ton enfant, c'est compliqué. Juste de temps en temps. Quelquefois, c'est vrai qu'on a peur de la réponse. Parce que je peux me mettre à la place. Moi, j'aurais peur que mon enfant me dise qu'il se passe un truc. Mais à quel point on peut le laisser dans ce temps-là ? Mieux vaut qu'il nous le dise et que ça nous fasse mal et qu'on l'aide. à la place de dire, vas-y, c'est rien, c'est pas grave. effectivement, il est un peu étrange avec mon oncle. Mais allez, non, on ne laisse pas questionner. C'est important.
- Speaker #0
D'accord. OK. Donc, tu nous as parlé d'une fondation, d'une chanson, d'un livre.
- Speaker #1
Plein de livres. Plein de livres.
- Speaker #0
Donc, on va reprendre tout ça. Déjà, pour que tu puisses en parler, et puis pour que le plus grand nombre puisse savoir ce que tu fais. Donc, la fondation, c'est Daphné Léger. Daphné Léger. Est-ce qu'on peut... Tu travailles avec des bénévoles, est-ce qu'on peut t'apporter de l'aide ? Comment est-ce que ça se passe pour te contacter par exemple si on veut en faire partie ? Je ne sais pas,
- Speaker #1
il y a une adresse mail sur Instagram, on me trouve facilement. Après moi je prends l'aide de tout le monde, j'ai fait une chanson qui s'appelle « Dis son nom » qui est sortie. Donc la fondation maintenant, c'est ensemble. Du coup la chanson, tous les revenus vont à la fondation. Ce n'est pas facile pour tout le monde d'avoir 50 euros, 20 euros, 30 euros. Et je peux comprendre. Mais aller écouter une chanson, ça ne demande pas beaucoup. Bien sûr. Donc voilà, payer un, deux, trois. Et comme ça, vous la mettez. Moi, ça me ramène les revenus. Les revenus vont dans la fondation. D'accord. Et bon, pour former d'autres personnes. Parce qu'on a besoin d'être formé, d'avoir le plus possible de personnes formées. Et du coup, pour pouvoir aller dans les écoles l'année prochaine. Donc, tu vois, ça se met ensemble. Et c'est pareil que mes livres. Parce que du coup, il n'y en a pas qu'un, il y en a plusieurs. Parce que ça parle de l'anxiété pour certains. J'ai coupé en plusieurs, parce que vraiment pour chaque problématique, pour que les parents puissent se concentrer sur une problématique. Alors,
- Speaker #0
ce sont des livres pour parents ou pour enfants ?
- Speaker #1
Ils sont pour, en fait, je dirais pour tout le monde. Parce qu'ils sont vraiment accessibles aux enfants de 5-6 ans. Et du coup, pareil, ils continuent à monter. Et du coup, on a aussi les... Comment reconnaître, comme tu me disais tout à l'heure, et pour chaque problématique, des questions à se poser. Et du coup, quand tu te poses la question, regarde les réponses. Et là, tu sais que ton enfant, il peut avoir un souci. Et comment l'aider, ton enfant, ton adolescent ? Parce qu'il y a des agressions qui commencent, il y a des incestes qui commencent à 16 ans, à 17 ans. Donc du coup, voilà, par les jeunes adultes aussi, donc c'est important. Donc voilà, les livres, vraiment, il y en a plusieurs. Il y en a dix avec chaque problématique.
- Speaker #0
Est-ce que tu nous donnes un titre ou deux les plus... Pas les plus marquants, mais peut-être ceux que...
- Speaker #1
Moi, ce que j'ai plus aimé écrire, c'est le pas du pardon jusqu'à la résiliation. Et c'est important de savoir pardonner, se pardonner à soi-même et pardonner aux autres, en fait, pour pouvoir avancer. Moi, j'ai pardonné à ma mère de ne pas avoir vu parce que la pauvre, elle ne pouvait pas voir. Et j'ai même pardonné à mon agresseur qui ne m'a jamais demandé pardon. Mais j'avais besoin de ce pardon pour avancer, pour aider les autres. On ne peut pas aider les autres avec, tu sais, c'est ce que je dis souvent, je prends l'image d'une cicatrice que tu as, tu as une blessure baillante, tu sais très bien que si quelqu'un essaie de te toucher, ça va te faire mal. Sinon, si tu veux toucher quelqu'un, ça va continuer à te faire mal. Donc en fait, il faut vraiment savoir guérir de ces blessures pour pouvoir aider les autres à guérir. Et moi, c'est ce que je fais et c'est vraiment quelque chose que j'aime le plus. Je n'ai jamais voulu devenir chanteuse pour me montrer, je suis jolie, je suis belle, c'est vraiment pas mon truc. Mais ça peut aussi être... Mais moi, ce que je voulais être, c'était vraiment... Voilà. C'était montrer aux gens, expliquer aux gens, tu vois, moi, j'ai eu un parcours très dur. Mais regarde ce que j'en ai fait aujourd'hui. Bien sûr qu'on m'a blessée, bien sûr qu'on m'a fait du mal. Et alors ? Et alors ? Je me relève tous les jours, je me bats tous les jours pour des personnes qui n'ont pas de voix, qui n'ont pas la voix pour parler. Et bien, du coup, je me bats pour eux. Et c'est très important. Donc, voilà.
- Speaker #0
Donc, tu disais le livre. Donc, il y a un livre qui est le pardon vers la... Parlons vers la résiliation. Est-ce qu'il y en a un autre ? Comment on peut les trouver tes livres ?
- Speaker #1
Du coup, ils seront en vente à partir de l'année prochaine sur Amazon.
- Speaker #0
D'accord. Tu t'auto-édites ? Oui,
- Speaker #1
parce qu'en fait, c'est ça le souci. Ce n'est pas récupérer la chanson. Je suis obligée de faire de l'auto-édition parce que dans le monde dans lequel on vit, quand tu dis à des producteurs, à des maisons de disques, je veux faire ça, mais je veux vraiment que la plupart des revenus aillent à la fondation et te regardent et disent non, c'est quoi nos bénéfices ? Je veux pas de bénéfices, je veux aider un maximum de monde et me rendre un petit peu pour refaire d'autres chansons et faire des concerts, mais le reste, continuer vraiment parce qu'il y a vraiment beaucoup de choses à faire et les gens, ils ont du mal avec ça.
- Speaker #0
D'accord. Donc, en fait, il faut s'abonner à ta page et c'est en prévision. Si je comprends bien. Là,
- Speaker #1
le 2026, on est prêt. Voilà, c'est parti en relecture, c'est fini. On est prêt.
- Speaker #0
Super. Merci, Evie.
- Speaker #1
Merci à toi.
- Speaker #0
Merci pour ta confiance.
- Speaker #1
de rien,
- Speaker #0
merci à toi merci pour ton sourire il est toujours là on a essayé de le faire partir avec plein de choses mais ça partira pas merci d'avoir posé des mots où pendant longtemps il n'y avait que du silence merci pour ton combat merci pour ta voix merci pour ta mission bah oui alors si cet épisode résonne avec ton histoire ou celle d'un enfant, n'hésite pas à te tourner vers des professionnels et vers des associations spécialisées, car personne ne doit traverser ça seul. Dire mama, on se retrouve très vite pour une nouvelle histoire de force, de résilience et d'amour. Et n'oublie pas qu'il n'est jamais trop tard pour écrire un nouveau chapitre. Ciao !