Speaker #1Est-ce que tu as déjà accepté quelque chose dans l'intimité, pas parce que tu en avais vraiment envie, mais parce que tu avais peur que l'autre parte, parce que tu t'es dit, si je refuse, peut-être qu'il ou elle ira voir ailleurs, ou pire. Avec mon corps, je ne vais quand même pas faire la difficile. Cette phrase-là, elle peut faire énormément de dégâts. Parce qu'à force de se demander si quelqu'un va nous aimer, nous désirer, nous accepter, on peut finir par oublier la seule question qui devrait venir avant toutes les autres. Et moi, est-ce que j'en ai envie ? Parce que l'amour n'est pas une faveur, le désir n'est pas une faveur. et ton corps n'est jamais quelque chose que tu dois donner en échange. Bienvenue dans Déconstruire Ensemble, moi c'est Nathalie, je vis avec un spinabifida mieloménagocel, une hydrocéphalie valvée, je suis stomisée, unijambiste et je sais ce que signifie vivre dans un corps qui peut attirer les regards, les questions, parfois même les suppositions. Ici, on parle évidemment de handicap, mais surtout, on parle de ce que le handicap peut révéler de profondément humain chez chacun d'entre nous. Et aujourd'hui, j'ai envie qu'on parle d'un sujet dont on parle encore beaucoup trop peu, l'intimité. Pas uniquement la sexualité, l'intimité au sens beaucoup plus large, le désir, la confiance, le rapport à son corps, le regard de l'autre, et sur. Tout. les limites que l'on a le droit de poser. Parce qu'il y a un cliché particulièrement sur moi que j'ai envie qu'on déconstruise ensemble. Le cliché, c'est celui-ci. Quand quelqu'un accepte ton handicap, tes cicatrices, ta stomie, ton amputation ou simplement un corps différent, tu devrais presque lui en être reconnaissant. Comme si cette personne avait accompli quelque chose d'exceptionnel en te trouvant désirable et parfois sans même nous en rendre compte cette reconnaissance peut commencer à ressembler à une dette parce que lorsque ton corps ne correspond pas au standard tu peux finir par croire que tu pars avec un désavantage dans la séduction Pas ton handicap médical, je parle d'un autre handicap, celui qu'on finit parfois par fabriquer dans sa tête, celui qui te souffle, tu as déjà de la chance que quelqu'un veuille de toi. Et cette petite phrase est beaucoup plus dangereuse qu'elle n'en a l'air. Parce que si tu commences à croire que tu es moins désirable, tu peux commencer à négocier avec tes propres limites. Tolérer une remarque que tu n'aurais jamais acceptée auparavant. Faire semblant d'être à l'aise. Ne pas dire que quelque chose te dérange. Accepter une pratique sexuelle uniquement pour satisfaire l'autre. Ne pas demander de protection par peur de casser l'ambiance. Ou simplement ne pas réussir à prononcer non. je n'ai pas envie et attention je ne parle pas forcément de quelqu'un qui te force je parle aussi de cette pression que l'on peut finir par exercer sur soi-même parce qu'on a intégré cette idée je ne peux pas être trop exigeante je ne peux pas demander trop de choses je ne peux pas poser trop de limites et là j'ai envie de dire quelque chose très clairement si quelqu'un te désire avec ton handicap il ne te fait pas une faveur il te désire point Et cette question, évidemment, je ne la regarde pas de l'extérieur. Je suis, sans puter, je vis avec une stomie urinaire. Et dans l'intimité, ça signifie qu'à un moment donné, quelqu'un peut découvrir un corps qu'il ne voyait pas lorsque j'étais habillée. Il y a ce que l'on montre au monde. Et puis, il y a ce que l'on choisit de montrer à quelqu'un lorsqu'on lui fait suffisamment confiance. la stomie, les cicatrices L'amputation, une prothèse que l'on retire, les particularités d'un corps, et ça demande quelque chose d'immense. Pas du courage. De la confiance. Parce que montrer son intimité à quelqu'un, ce n'est pas seulement enlever ses vêtements, c'est parfois montrer quelque chose que l'on a mis des années à accepter soi-même. Et c'est précisément pour cette raison que l'autre ne reçoit pas un droit supplémentaire sur ton corps. Il reçoit quelque chose de beaucoup plus précieux, ta confiance. Et j'ai déjà été confrontée à une situation Situation qui m'a obligée à être très claire avec mes propres limites. J'ai connu un homme qui souhaitait une relation sans engagement et là-dessus aucun problème. Deux adultes peuvent parfaitement décider qu'ils veulent la même chose sans construire une histoire d'amour derrière. Ce n'était pas le sujet. Le problème c'est qu'il ne voulait pas utiliser de préservatif. Et pour moi, c'était non. Pas, peut-être, pas, on verra au moment venu, pas, je vais faire un effort parce que j'ai peur qu'il parte, non. Et l'histoire s'est arrêtée là. Et tu sais quoi ? C'était très bien comme ça, parce qu'à un moment donné j'ai compris quelque chose qui dépasse complètement le handicap. La peur de perdre quelqu'un ne doit jamais te faire perdre le respect que tu te dois à toi-même. Je ne lui devais pas mon corps, je ne lui devais pas de prendre un risque. Et je ne lui devais certainement pas de transformer mon nom en « oui » simplement pour qu'il reste. Et c'est justement là que ce sujet devient universel parce que tu peux n'avoir aucun handicap et te reconnaître parfaitement dans ce que je viens de dire. Combien de personnes ont déjà accepté quelque chose par peur d'être quittées ? Combien ont fait semblant d'avoir envie ? Combien se sont dit « si je refuse, il ou elle ira voir ailleurs » ? Combien ont accepté pour faire plaisir ? Éviter une dispute pour ne pas décevoir, pour être aimé. Et finalement, la vraie question devient, depuis quand avons-nous commencé à croire que l'amour ou le désir de quelqu'un devait se mériter avec notre corps ? Et je veux aussi parler des hommes, parce qu'on parle beaucoup du rapport des femmes à leur corps. Et heureusement ! Mais le handicap peut également venir toucher quelque chose de particulièrement sensible chez certains hommes, leur représentation de la virilité. Après un accident, une lésion neurologique. Une atteinte du bassin, des troubles urinaires, des troubles de l'érection, des difficultés sexuelles ou simplement un corps qui ne fonctionne plus exactement comme avant. Et il peut y avoir cette peur. Est-ce que je suis encore un homme si mon corps ne répond plus comme avant ? Parce qu'on a construit une représentation absurde de la masculinité. Toujours performant, toujours capable, toujours prêt, toujours en contrôle. Mais un corps humain n'est pas une machine, ni celui d'un homme, ni celui d'une femme. Et l'intimité ne devrait jamais devenir un examen de performance. D'ailleurs, l'intimité ne se résume même pas à la sexualité. L'intimité, ça peut être accepter que quelqu'un voit ta stomie, qu'il te voit enlever ta prothèse, qu'il découvre une cicatrice que tu caches depuis 20 ans, qu'il t'aide à faire un transfert, qu'il comprenne que certaines positions sont impossibles, qu'il comprenne qu'un jour ton corps peut fonctionner d'une certaine façon et que le... lendemain ce soit différent ça aussi c'est de l'intimité et parfois même une intimité beaucoup plus profonde que la nudité parce que tu laisses quelqu'un entrer dans une partie de ta vie où tu es particulièrement vulnérable et cette personne doit comprendre une chose ta vulnérabilité n'est jamais une autorisation ta confiance ne signifie pas tu peux tout faire D'ailleurs, j'aime beaucoup cette image. La confiance n'est pas un abonnement premium avec accès illimité. Elle se construit. Elle peut être donnée, elle peut être retirée. Et surtout, elle doit être respectée. Alors, peut-être qu'il faudrait complètement renverser la question. Parce que pendant longtemps, quand on parle de handicap et de relation amoureuse, on demande. Est-ce que quelqu'un pourra m'aimer avec ce corps ? Mais aujourd'hui, je trouve cette question presque injuste. Parce qu'elle place automatiquement la personne handicapée dans la position de celle qui attend d'être choisie. Comme si l'autre devait décider. Oui, malgré tout, je veux bien de toi. Alors que non, moi aussi je choisis et toi aussi tu choisis. La véritable question devrait peut-être être, est-ce que cette personne saura respecter mon corps quand je lui en ouvrirai l'accès ? Et là, tout change. Parce que tu ne passes plus un entretien d'embauche amoureux en espérant que quelqu'un accepte ton dossier malgré quelques particularités techniques. Toi aussi, tu regardes la personne en face. Toi aussi, tu évalues. Est-ce que je me sens en sécurité avec cette personne ? Est-ce que je peux dire non ? Est-ce que je peux dire stop ? Est-ce que je peux parler de mon corps sans avoir l'impression de devoir m'excuser ? Est-ce que je peux être vulnérable sans que cette vulnérabilité soit utilisée contre moi ? Et surtout, comment cette personne réagit-elle lorsque je pose une limite ? Parce que quelqu'un qui te respecte uniquement lorsque tu dis oui, ne respecte pas vraiment ton consentement. Le respect se mesure aussi et peut-être surtout à ce qui se passe lorsque tu dis non. Alors, je reviens au cliché du début, non. Quelqu'un qui accepte ton handicap ne mérite pas, en échange, un accès particulier à ton corps. Il ne mérite pas que tu reposes tes limites. Il ne mérite pas que tu prennes des risques. Il ne mérite pas ton service. silence et il ne mérite certainement pas ta reconnaissance éternelle simplement parce qu'il te trouve désirable parce que tu sais quoi je ne te dois pas encore même si tu m'aimes même si tu me désire même si tu acceptes mon handicap Je ne te dois pas mon corps, ton intimité n'est pas une dette, ton corps n'est pas une monnaie d'échange, et ton consentement n'est jamais le prix à payer pour être aimé. Et maintenant, j'aimerais te poser une question. Que tu sois en situation de handicap ou non, est-ce qu'il t'est déjà arrivé d'accepter quelque chose dans une relation simplement parce que tu avais peur de perdre l'autre ? Tu peux répondre dans les commentaires si tu en as envie. Et évidemment, tu n'as absolument pas besoin de raconter ton intimité. Parfois, un simple « oui, je comprends » peut suffire. Parce qu'une autre personne ira peut-être ton commentaire et réalisera qu'elle n'est pas la seule à s'être déjà retrouvée dans cette situation. Et si tu connais quelqu'un qui a besoin d'entendre ce message aujourd'hui, partage-lui cet épisode. Parce qu'il y a une phrase que j'aimerais vraiment que l'on retienne. Tu n'as pas à payer avec ton corps le droit d'être aimé. Moi, c'est Nathalie. Tu étais sur Déconstruire Ensemble, le podcast où l'on change le regard sur le... handicap mais surtout où l'on apprend à regarder l'humain autrement si tu veux continuer à déconstruire ses idées avec moi abonne toi et surtout reste fier de qui tu es parce qu'un autre regard peut changer une vie à très bientôt