Speaker #1Je pars avant qu'on puisse me rejeter. Je suis déjà partie avant qu'on puisse me quitter. Et quelquefois, je refuse même une relation avant même qu'elle ne débute. Pas forcément parce que je ne veux plus de la relation, mais parce que quelque part dans ma tête, il y a cette peur. Et si un jour mon handicap devenait trop lourd ? pour l'autre. Et s'il finissait par en avoir marre, et si je devenais un poids, alors parfois on croit se protéger, on anticipe, on prend les devants, on décide de partir avant même que l'autre ait décidé de nous rejeter. Et je me suis rendu compte d'une chose assez violente. À force d'avoir peur que quelqu'un décide qu'il ne veut plus de moi, je peux finir par prendre cette décision à sa place. Et aujourd'hui, c'est de ça dont j'ai envie qu'on parle. Hello à toi et bienvenue dans Déconstruire Ensemble, le podcast qui explose les clichés sur le handicap. Moi c'est Nathalie, j'ai une créatrice de Déconstruire Ensemble et aujourd'hui on va parler de couple. Mais pas seulement, on va parler de cette peur du rejet qui peut nous faire saboter quelque chose avant même de savoir ce que l'autre aurait choisi. Et je vais aussi vous expliquer comment faire la différence entre une relation qui ne nous convient réellement plus et une relation que l'on est peut-être en train de fuir uniquement parce qu'on a peur. Quand quelqu'un quitte une relation de l'extérieur, on se dit Bon, elle ne voulait plus être avec lui, elle ne voulait plus être avec elle. La relation ne fonctionnait plus. Sauf que parfois, c'est beaucoup plus compliqué. Parce qu'on peut partir de quelqu'un qu'on aime, on peut prendre de la distance alors qu'on voudrait justement se rapprocher. On peut dire « je préfère être seule » alors que la phrase qui tourne réellement dans notre tête c'est Je préfère partir maintenant plutôt que souffrir plus tard. Et là, ce n'est plus exactement la même chose. Parce que la décision n'est plus seulement guidée par ce que je veux. Elle est guidée parce que j'ai peur de ce qui va arriver. Et c'est là que la peur du rejet devient vicieuse. Elle ne nous dit pas. Tu vas être rejeté, elle nous dit, pars avant de savoir. Et évidemment, cette peur existe chez énormément de personnes qui ne sont pas handicapées. Je tiens à le dire, la peur de l'abandon, la peur de ne pas être en train de vivre. pas être assez bien, la peur qu'un autre nous préfère à quelqu'un d'autre, c'est profondément humain. Mais quand tu vis avec un handicap, il peut se rajouter quelque chose. Cette question, est-ce que je vais finir par lui imposer ma vie. Et là, on ne parle plus seulement de séduction, on commence à penser logement, accessibilité, déplacement, fatigue, organisation, besoin d'éventuelles aides, évolution du handicap et parfois même, est-ce qu'un jour mon conjoint va devoir devenir mon aidant ? Et tout ça peut arriver dans... Alors que la relation, elle, n'en est même pas encore là. Tu es déjà en train de résoudre des problèmes qui existent, n'existent pas encore. Et surtout, tu es déjà en train de décider ce que l'autre sera capable ou incapable d'accepter. Cette phrase, je la connais. Je ne veux pas être un poids. Et elle peut paraître extrêmement généreuse. Parce qu'on se dit, je veux protéger l'autre. Je ne veux pas lui imposer ça. Je ne veux pas qu'ils sacrifient sa vie pour moi, sauf qu'il y a un piège. Parce qu'à quel moment protéger quelqu'un devient décidé pour lui ? Si une personne adulte connaît ma réalité, si je lui parle honnêtement de mes besoins, de mes limites, de ce que je peux ou ne pas faire, elle a aussi le droit de choisir. Elle a le droit de me dire « oui, cette vie-là me convient » . Elle a également le droit de me dire « non, ce n'est pas pour moi » . Et ça peut faire mal. Mais ce qui n'est pas juste, c'est de répondre « non » à sa place, avant même de lui avoir posé la question. Je ne vous parle pas de ça depuis un manuel, je vous parle de quelque chose que je connais. J'ai déjà vécu en couple avec mon handicap, j'ai déjà été mariée, j'ai connu la vie à deux avec une stomie, une amputation. Et dans mon parcours, l'amputation est venue ajouter une autre réalité. Donc quand je parle de cette peur d'imposer quelque chose à l'autre, je sais très bien à quoi elle ressemble. Parce que le handicap peut évoluer. L'autonomie peut changer, les besoins peuvent changer. Et quand tu as passé une grande partie de ta vie à essayer d'être autonome, à te débrouiller, à ne pas dépendre des autres, à accepter que quelqu'un puisse avoir envie d'être là, Même lorsque tout n'est pas simple, ce n'est pas forcément évident. Et parfois, on confond deux choses, être dépendante pour certaines choses et être un poids. Ce n'est pas la même chose. Un besoin d'aide est une réalité. Je suis un poids, c'est un jugement de valeur. Et souvent, c'est nous-mêmes qui prononçons ce jugement avant tout le monde. C'est ça que j'appelle ici le rejet anticipé. Je ne vais même pas attendre que tu me dises que tu ne veux plus de moi, je vais chercher les indices. Silence ! Une réponse moins enthousiaste, une journée où tu es fatigué, un changement d'habitude, et dans ma tête, ça y est, il en a marre, je savais que ça arriverait, et à partir de là... Je peux commencer à me protéger. Je me ferme, je prends mes distances, je deviens moins vulnérable, je prépare la sortie. Et parfois, je pars. Le problème, c'est qu'à force de vouloir éviter le rejet, on peut finir par fabriquer exactement la distance dont on avait peur. L'autre ne comprend plus, il sent qu'on s'éloigne, il se protège à son tour. Et nous, on regarde son éloignement en se disant « tu vois, j'avais raison » , alors qu'on a peut-être participé nous-mêmes à créer cette distance. Je veux être très clair là-dessus parce que ce genre de discours peut vite devenir dangereux si on le comprend mal. Je ne suis absolument pas en train de dire si tu veux partir c'est forcément ta peur du rejet. Non. Une relation peut être mauvaise, un partenaire peut être irrespectueux. Une relation peut ne plus nous convenir, on peut ne plus aimer quelqu'un, on peut simplement vouloir partir. Et on n'a pas besoin d'un tribunal pour justifier ça. La question que je propose est différente. Est-ce que je pars parce que cette relation ne me convient plus ? Ou est-ce que je pars parce que j'ai peur qu'un jour, elle ne convienne plus à l'autre ? Vous voyez la différence ? Dans le premier cas, je décide pour moi. Dans le deuxième, je suis peut-être en train de décider pour lui. Alors concrètement, Parce que je ne veux pas simplement vous laisser avec un joli constat psychologique, j'ai trois questions. Et je peux vous dire que ce sont des questions que je peux aussi me poser à moi-même. Première question, qu'est-ce que je sais réellement ? Pas ce que j'imagine, pas ce que je crains, pas ce que je prédis. Qu'est-ce que je sais ? Est-ce que cette personne m'a réellement dit « ton handicap est trop lourd pour moi » ? Ou est-ce que c'est moi qui pense qu'un jour elle pourrait le dire ? Ce n'est pas pareil. deuxième question est ce que je le veux moi sans prendre en compte pendant 30 secondes ce que je pense être beau pour l'autre est ce que moi j'ai envie de cette relation est ce que j'ai envie de construire quelque chose ? Est-ce que je suis bien avec cette personne ? Et enfin, troisième question, ai-je donné à l'autre la possibilité de choisir ? Est-ce qu'on en a vraiment parlé ? Pas avec des sous-entendus, pas avec tu sais, je... comprendrai si un jour une vraie conversation voilà ma réalité voilà ce qui me fait peur voilà ce dont j'ai besoin et toi comment tu vois les choses cette conversation là peut être inconfortable mais elle vaut infiniment mieux qu'un scénario entier écrit tout seul dans notre tête il y a aussi quelque chose que je veux déconstruire parce que je crois qu'on glorifie énormément l'autonomie et moi la première L'autonomie est un des moyens de la vie. importante pour moi. Mais être autonome ne signifie pas ne jamais avoir besoin de personne. Sinon, personne sur Terre n'est autonome. On dépend tous de quelqu'un pour quelque chose. La vraie question n'est pas est-ce que j'ai besoin d'aide ? La vraie question, c'est est-ce que notre organisation respecte chacun de nous ? Parce que... Un conjoint n'a pas vocation à devenir automatiquement infirmier, aide-soignant, auxiliaire de vie, chauffeur, secrétaire. écoute au suisse 24 heures sur 24 ça oui il faut en parler il faut penser les relais les aides professionnelles les limites le repos la place de chacun mais entre mon conjoint doit tout faire et je dois absolument tout faire seul sinon je suis un poids pour les autres il existe tout un monde et c'est généralement dans ce monde là qu'on construit les relations les plus équilibrées. Et si on ne vit pas ensemble ? Ça, c'est un autre cliché. Comme si vivre ensemble sous un même toit était obligatoire. On peut aimer quelqu'un et avoir besoin de garder son logement. On peut construire une relation avec deux espaces. On peut vivre ensemble plus tard. On peut essayer. On peut changer d'avis. Ce qui compte, ce n'est pas de reproduire le modèle du couple que les autres considèrent comme normal. Ce qui compte, c'est de trouver une organisation dans laquelle les deux personnes sont libres et respectées. Donc même là, ne pas vivre ensemble peut être un choix. Mais il faut se poser la question, est-ce que je protège mon autonomie ou est-ce que je protège ma peur ? Parce que parfois la réponse ne sera pas la même. Finalement, je crois que derrière la peur du rejet, il y a une question beaucoup plus profonde. Est-ce que je crois vraiment que quelqu'un peut connaître toute ma réalité et me choisir quand même ? Pas une version édulcorée de moi, pas Nathalie qui va bien, pas uniquement celle qui se débrouille seule. Moi avec mes forces, mon caractère, mes contradictions, mon handicap, mes besoins, mes limites, mes projets, tout. Et peut-être que le travail commence là. Pas en essayant de devenir tellement indépendante que personne n'ait jamais rien à supporter, mais en arrêtant de considérer que le simple fait d'avoir des besoins nous rend moins digne d'être aimé parce qu'aimer quelqu'un ce n'est pas faire un bilan comptable chaque soir aujourd'hui j'ai donné 53% tu n'en as donné que 47 tu me dois six points heureusement sinon il faudrait sortir excel pendant le dîner Une relation saine, ce n'est pas forcément du 50-50 à chaque instant. Ce sont deux personnes capables de parler de ce qu'elles peuvent donner, de ce dont elles ont besoin et des limites qu'elles ne veulent pas dépasser. Alors, si vous vous reconnaissez dans ce que je viens de raconter, je voudrais vous laisser avec ça. Ne déposez pas. vous-même votre candidature dans la pile des refus. Si quelqu'un doit vous dire non, laissez-le vous dire non. Ça fera peut-être mal, mais laissez aussi une place au-dessus. Laissez une place à « je sais, j'ai compris que tu as tel handicap, mais je veux quand même construire quelque chose avec toi » . Parce qu'à force de pouvoir éviter toutes les blessures possibles, on peut finir par éviter aussi toutes les belles choses possibles. Et ça, ce serait comme ça. quand même sacrément dommage. Et justement, j'ai envie de vous entendre. Est-ce que la peur du rejet vous a déjà fait partir avant l'autre ? Est-ce que votre handicap vous a déjà fait penser « je vais être un poids » ? Qu'est-ce qu'il y a ? Ou est-ce qu'il y a une question sur le handicap que vous n'avez jamais osé poser ? Écrivez-la moi en commentaire. Je prépare vos questions et mes réponses. Notre premier live, quand je serai de retour après mon hospitalisation en France. prendra le temps de faire connaissance et je répondrai directement à vos questions. Moi, c'est Nathalie Gênes et vous étiez sur Déconstruire Ensemble, le podcast qui explose les clichés sur le handicap. Si cet épisode vous a parlé, partagez-le. Partagez-le. Abonnez-vous pour continuer à déconstruire tout ça avec moi. Parce qu'un autre regard peut changer une vie. Et surtout, reste fier de qui tu es.