- Speaker #0
Bienvenue dans DeepMedia, le podcast qui décrypte les médias à l'heure du numérique. Aujourd'hui, je vous propose un épisode assez exceptionnel, hors format traditionnel. Il y a quelques mois, j'ai eu la chance de m'entretenir pour ce podcast avec Benoît Georges, journaliste en charge de l'implantation de l'intelligence artificielle à la rédaction pour les Echos. Les trois épisodes sont toujours disponibles dans ce fil de ce podcast et je vous invite vivement à les écouter et surtout à vous abonner pour ne manquer aucun des prochains épisodes. En attendant, pour avoir un condensé dans notre conversation, je vous propose en seulement quelques minutes... un récap de cet échange. Cet épisode a été généré grâce à la fonctionnalité résumé audio de Google Notebook LM. A présent, je vous laisse découvrir cet épisode et je passe la parole à mes deux co-animateurs. Bonne écoute !
- Speaker #1
L'intelligence artificielle dans une rédaction. Alors, simple gadget ou véritable révolution dans la façon de travailler ? La question est vraiment sur toutes les lèvres. Pour essayer d'y voir plus clair, on s'est plongé dans une conversation passionnante avec... Benoît Georges, c'est le journaliste qui pilote tout le déploiement de l'IA au journal Les Echos.
- Speaker #2
Oui, et cette discussion elle vient du podcast Deep Media qui explore justement l'avenir des médias. Ce qui est précieux ici, c'est qu'on sort un peu des grandes théories sur l'IA. On a une vision de l'intérieur très concrète, partagée par celui qui a vraiment les mains dans le cambouis. C'est assez rare comme témoignage.
- Speaker #1
Il faut faire un simple résumé des trois épisodes. C'est vraiment d'en extraire le fil rouge, de décortiquer la stratégie d'un grand média face à une technologie qui, ben... qui bouscule tout. On va chercher les idées fortes et aussi les tensions, les paradoxes.
- Speaker #2
Et le point de départ de leur stratégie est sans doute le plus contre-intuitif.
- Speaker #1
C'est ça qui est fascinant. On s'attendrait à ce qu'un projet d'IA commence par un grand plan technique, le choix d'un logiciel. Mais Benoît Georges raconte que non. Chez eux, ça a commencé beaucoup plus simplement. Ils sont allés voir les journalistes et leur ont posé une question toute bête. Au quotidien, c'est quoi vos points de friction ? Qu'est-ce qui vous fait perdre du temps ?
- Speaker #2
Une démarche qui part de l'humain. et pas de la machine. Et c'est sans doute pour ça que leur approche à l'heure de fonctionner, là où d'autres médias s'y sont un peu cassés les dents.
- Speaker #1
Justement, il parle de deux grandes phases d'adoption de l'IA dans la presse. La première, il le dit, a été un échec assez cuisant. Qu'est-ce qui n'a pas marché au juste ?
- Speaker #2
C'était l'approche du remplacement. Des médias, surtout anglo-saxons, ont cru qu'ils pouvaient, un peu discrètement, remplacer des journalistes par des IA pour faire du contenu à bas coût. Des résumés de résultats sportifs, des bulletins météo. Le problème, c'est que ça s'est vu tout de suite. La qualité était médiocre, sans âme, et ça a surtout abîmé leur crédibilité.
- Speaker #1
On ne trompe pas le lecteur si facilement.
- Speaker #2
Exactement. La deuxième phase, celle des échos, est beaucoup plus mûre. Elle est pilotée par la rédaction elle-même, avec un but radicalement différent. Non pas remplacer, mais assister. Créer des outils qui libèrent du temps pour ce qui est une vraie valeur ajoutée.
- Speaker #1
D'accord. Et donc concrètement, ça ressemble à quoi cette assistance pour un journaliste des échos ?
- Speaker #2
Les cas d'usage sont très très pragmatiques. Le premier point de friction qu'ils ont identifié, c'était la retranscription des interviews. C'est une tâche incroyablement longue et franchement fastidieuse. Du coup, ils ont mis en place un outil sécurisé, européen, Scribe, qui fait ça automatiquement. Ce sont des heures et des heures de gagné chaque semaine.
- Speaker #1
Ok, ça c'est pour le travail en amont, mais est-ce que l'IA intervient aussi dans l'écriture ?
- Speaker #2
Ah non, pas pour écrire l'article, ça c'est une ligne rouge absolue. Mais... Une fois que le journaliste a fini son texte, là oui, l'IA peut aider. Directement dans leur logiciel de rédaction, ils ont intégré ce qu'ils appellent des promptes, des sortes de commandes toutes prêtes. En un clic, le journaliste peut demander à l'IA de lui proposer, disons, 5 titres différents, un résumé pour le web ou même un post-LinkedIn. C'est une aide à la déclinaison.
- Speaker #1
C'est un peu comme avoir un assistant éditorial ultra rapide sous la main, en fait.
- Speaker #2
C'est tout à fait l'idée. Et ça ne concerne pas que les rédacteurs. Ils donnent un exemple super... parlant pour les infographistes. Parfois, ils reçoivent un graphique en images et ils doivent tout retaper à la main pour le refaire. C'est long, c'est pénible. Là, un outil d'IA transforme l'image directement en fichier Excel. Le gain de temps est juste colossal.
- Speaker #1
Il y a une anecdote qui est formidable et qui illustre parfaitement ça. C'est celle sur les secrétaires de rédaction, les SR. Ce sont un peu les gardiens du temple pour les titres. Et au début, ils n'étaient pas, comment dire, pas ravis de voir une machine débarquer pour faire leur métier.
- Speaker #2
On peut les comprendre, c'est leur savoir-faire, leur art. C'est un peu comme si on proposait à un grand chef un robot pour créer ses sauces. Il y a une part d'artisanat, d'intuition. Ils ont dû voir ça d'un très, très mauvais œil.
- Speaker #1
Au début, oui. Mais Benoît Georges raconte la suite. Après quelques mois, ce sont ces mêmes SR qui sont revenus le voir. Et ils lui ont dit, écoute, ton outil est pas mal pour les titres web, mais ils sont souvent trop longs pour le journal papier. Tu pourrais pas nous faire un prompt personnalisé, juste pour nous, qui génère des titres plus courts, adaptés au format print ?
- Speaker #2
Et voilà, c'est là que la magie opère. L'outil n'est plus une menace imposée d'en haut, mais une extension de leur... propre expertise. Ils se le sont appropriés. C'est la définition même d'une adoption réussie, organique.
- Speaker #1
Ce qui prouve bien que ça ne peut pas marcher si on ne prend pas en compte la culture de l'entreprise.
- Speaker #2
C'est le point fondamental. Et cette culture de confiance, ils l'ont bâtie sur deux piliers. D'abord, la formation. Plus de 150 journalistes formés. Pas juste pour apprendre à cliquer sur un bouton, mais pour comprendre comment l'IA fonctionne et Et surtout, quelles sont ses limites ? Et le deuxième pilier, c'est que l'usage des outils est totalement optionnel. Il n'y a aucune surveillance, pas de flicage, comme il le dit.
- Speaker #1
Si on force ces gens et les listes, si on leur propose une aide, ils finissent par l'essayer, ne serait-ce que par curiosité.
- Speaker #2
Tout à fait. Et le plus drôle, c'est que les premiers à se jeter dessus n'étaient pas forcément les jeunes geeks de la rédaction, comme on pourrait l'imaginer.
- Speaker #1
Ah non, j'aurais parié le contraire.
- Speaker #2
Pas du tout. Ils racontent que parfois, le super utilisateur... C'était un journaliste plus senior qui, tout simplement, détestait écrire les chapeaux. Vous savez, le petit texte d'intro. Il était ravi que l'IA lui en propose trois versions en dix secondes. Ça lui faisait gagner un quart d'heure en fin de journée. L'adoption, elle est liée à la résolution d'un problème très concret, pas à l'amour de la technologie.
- Speaker #1
Donc, en interne, l'IA semble être un allié formidable. Mais ce qui est fou, c'est que cette même technologie peut devenir une menace existentielle dès qu'on regarde à l'extérieur. Je pense au trafic des moteurs de recherche, évidemment.
- Speaker #2
C'est le grand sujet d'inquiétude pour toute la presse en ligne, oui. L'émergence des moteurs de réponse comme Perplexity ou les nouvelles fonctions de Google, ça change complètement la donne. Avant, Google donnait une liste de liens. Maintenant, de plus en plus, il donne la réponse directement, en piochant l'info sur les sites des médias. Mais sans que l'internaute ait besoin de cliquer.
- Speaker #1
Ce qui, pour un modèle économique basé sur la pub et le volume de visites, est une bombe à retardement. Du coup... Comment on fait si le trafic de Google se tarie ? C'est quoi le plan B ?
- Speaker #2
La parade des échos est très claire. C'est le renforcement du modèle par abonnement. L'idée, c'est de se dire, puisque les gens viendront moins chez nous par hasard, il faut leur donner des raisons encore plus fortes de venir directement et de payer pour ça. Il faut créer une valeur ajoutée exclusive.
- Speaker #1
Et ils ont un projet très concret pour ça.
- Speaker #2
Oui, et c'est sans doute le plus emblématique. Ils développent leur propre outil de question-réponse. Une sorte de... chat GPT des échos, si vous voulez, réservés aux abonnés, et qui ne seraient nourris qu'avec la totalité de leurs archives.
- Speaker #1
C'est brillant, ça. Un lecteur pourrait poser une question économique très pointue, du type « Quelles ont été les conséquences de la crise de 2008 sur le secteur banquier français ? » et obtenir une synthèse fiable, sourcée, basée sur 15 ans d'articles d'experts.
- Speaker #2
Exactement. C'est une valeur immense qui justifie de payer un abonnement. Et on touche ici à un paradoxe qui est magnifique. La meilleure réponse à la menace de la technologie est souvent profondément humaine.
- Speaker #1
Développez un peu cette idée.
- Speaker #2
Envers la masse de contenu généré par l'IA, qu'il qualifie de « moyennisé » , un peu fade, les échos investis à fond sur l'incarnation humaine. Ils citent par exemple le succès de leur newsletter premium, écrite chaque matin par un journaliste vedette qui donne son analyse, son regard. Ce n'est pas un résumé automatique.
- Speaker #1
Ce n'est pas juste de l'info, c'est de la perspective.
- Speaker #2
Précisément. Ils mentionnent aussi leur podcast quotidien La Story, qui met en avant la voix des experts de la rédaction. Ou encore, dans leur application, un format qui s'appelle 18h20, une sélection de l'actu faite par un humain, avec un ton un peu décalé, personnel. La stratégie, c'est IA en coulisses, pour être plus efficace. Et on utilise ce temps gagné pour créer des produits éditoriaux à très forte signature humaine. C'est ça, la vraie barrière contre la concurrence des algorithmes.
- Speaker #1
Mais cette stratégie, elle soulève une question presque philosophique. qui les fleurent dans l'entretien.
- Speaker #2
Oui, une question démocratique même. Si l'info de base, celle des IA, devient gratuite et partout, tandis que l'info de haute qualité, vérifiée, analysée, incarnée, devient un produit premium, payant, est-ce qu'on ne risque pas de créer une information à deux vitesses ? Une pour ceux qui peuvent se la payer et une autre plus superficielle pour tout le monde ? C'est une vraie question.
- Speaker #1
C'est une pensée vertigineuse. Et ça nous amène à l'avenir du métier. Dans ce nouveau monde, qu'est-ce que ça change pour les compétences d'un journaliste ?
- Speaker #2
Il utilise une analogie très parlante. Apprendre à utiliser l'IA aujourd'hui, c'est comme apprendre à utiliser Google au début des années 2000. A l'époque, ça paraissait un peu technique. Aujourd'hui, personne ne met maîtrise de Google sur son CV, c'est la base. Il pense que l'IA va suivre exactement le même chemin.
- Speaker #1
Il introduit aussi un concept qui m'a paru très... Très prospectif. Celui de contenu liquide, qu'est-ce qu'il entend par là ?
- Speaker #2
C'est une des idées les plus fortes, je trouve. L'idée, c'est de dire que l'article de presse en tant qu'objet unique et figé est en train de mourir. Aujourd'hui, un même sujet, une même enquête doit pouvoir exister sous une multitude de formes. C'est ça, le contenu liquide.
- Speaker #1
C'est-à-dire ?
- Speaker #2
À partir d'un même matériau de base, disons une grande enquête sur une entreprise, on doit pouvoir produire une brève... pour le mobile, un article long pour le site, un fil pour les réseaux sociaux, une synthèse audio, un script pour une vidéo. Et l'IA devient cet outil de liquéfaction qui permet, à partir du travail de fond du journaliste, de générer vite et bien toutes ces déclinaisons. On ne produit plus un article, on produit une information qui peut prendre plein de formes différentes.
- Speaker #1
C'est une transformation radicale. Mais tout ça, tous ces outils, ça doit être encadré par des règles très strictes. On ne peut pas laisser les machines faire n'importe quoi.
- Speaker #2
Ah mais absolument, et l'écho est très clair là-dessus. Les échos à une charte éthique avec des lignes rouges qui sont ininfranchissables. La première, la plus importante, l'IA ne rédige pas d'articles de A à Z. Elle assiste, elle propose, elle ne crée pas l'info originale. Le journaliste reste l'auteur.
- Speaker #1
Et pour les images, Evelyne ? On voit partout ces images générées par l'IA qui sont de plus en plus réalistes.
- Speaker #2
C'est la deuxième ligne rouge à insister. Interdiction. total d'utiliser des images générées par IA pour illustrer l'actualité. Il insiste beaucoup là-dessus. Le rôle du journalisme, c'est de montrer la réalité, pas une version fabriquée. Donc, les photos d'actu doivent être de vraies photos.
- Speaker #1
Logique. Et au final, qui a le dernier mot ? La machine ou l'humain ?
- Speaker #2
Toujours l'humain. C'est le principe cardinal. L'IA peut proposer dix titres. C'est un journaliste qui valide, qui modifie ou qui rejette. Et puis, dernier point, la sécurité des données. Pour éviter que des infos confidentielles se retrouvent dans la nature, ils privilégient des prestateurs européens et ils utilisent une version sécurisée de ChatGPT, propre au groupe LVMH, qui garantit que leurs données ne sont pas utilisées pour entraîner les modèles publics.
- Speaker #1
Alors, avec tout ça, s'ils devaient se projeter à, disons, 5 ans, à quoi ça ressemblerait ?
- Speaker #2
Sa vision est assez surprenante. Il pense que dans 5 ans, on ne parlera quasiment plus de l'IA dans les rédactions. Ce sera devenu « business as usual » .
- Speaker #1
C'est-à-dire ?
- Speaker #2
Une technologie banale, intégrée, presque invisible, comme l'informatique ou Internet aujourd'hui. Un journaliste ne dit plus « je vais utiliser l'informatique pour écrire » , il ouvre son ordinateur, c'est tout. Pour Benoît Georges, le but ultime de l'adoption d'une technologie, c'est quand on arrête de parler de la technologie elle-même.
- Speaker #1
Si on devait synthétiser notre discussion, que retenir de l'expérience des échos ? Il me semble que la leçon principale, c'est que l'intégration de l'IA, c'est avant-temps une affaire de stratégie humaine, une implémentation pragmatique. qui part des besoins, une réponse stratégique qui renforce la valeur du journalisme de qualité et une vision où la technologie augmente les capacités sans jamais remplacer le jugement.
- Speaker #2
Et pour moi, la tension la plus intéressante, c'est ce paradoxe central. Les échos utilisent l'IA en interne pour lutter contre les effets de l'IA externe. Ils s'en servent pour être plus efficaces, pour créer des produits à très forte valeur humaine et pour convaincre des lecteurs de s'abonner dans un monde où les IA grand public menacent de siphonner leur audience. C'est une sorte de judo stratégique, c'est fascinant.
- Speaker #1
C'est une excellente image. Évidemment, là on n'a fait qu'effleurer la richesse de cette conversation qui, je le rappelle, s'étale sur trois épisodes.
- Speaker #2
Absolument, on a dû survoler certains points. Pour celles et ceux qui veulent vraiment comprendre les détails, entendre toutes les anecdotes et la réflexion de fond, on ne peut que recommander d'aller écouter l'intégralité de l'interview de Benoît Georges.
- Speaker #1
Et pour découvrir d'autres analyses aussi pointues sur l'avenir du secteur, pensez à vous abonner au... au podcast qui a mené cet entretien, Deep Media, qui est disponible sur toutes les plateformes.
- Speaker #2
Pour finir, peut-être une pensée à méditer, Benoît Georges a introduit ce concept de contenu liquide. Ça ouvre une question assez vertigineuse. Si un article peut être infiniment remodelé par des algorithmes pour s'adapter à chaque plateforme, à chaque format, et peut-être un jour à chaque lecteur, que devient l'intégrité du message original ? L'intention du journaliste, ses nuances, son ton ? Est-ce que ça peut vraiment survivre à une liquéfaction ? totale de son travail. C'est une réflexion qui, je crois, ne fait que commencer.
- Speaker #0
Merci d'avoir écouté ce récap de l'interview de Benoît Georges généré avec Google Notebook LM. Je suis preneur de tous vos retours à propos de ce format. Je vous donne rendez-vous prochainement pour de nouvelles interviews inédites où l'on va continuer d'explorer le futur des médias à l'heure du numérique. En attendant, pour ne pas manquer les prochains épisodes, abonnez-vous à ce podcast et mettez les commentaires et les étoiles adéquates. DeepMedia est un podcast autoproduit par FollowMeConseil, agence de formation et conseil stratégique spécialisé en IA générative et social media. A très bientôt !