Speaker #0Bienvenue dans DeepMedia, le podcast qui décrypte les médias à l'ère du numérique. Je suis Julien Bougeot, consultant en IA générative responsable, social media et formateur auprès de professionnels depuis plusieurs années. Mais avant tout, je suis un passionné et curieux de l'univers médiatique depuis plus de 15 ans. Dans un écosystème en perpétuelle transformation, comment les médias s'adaptent-ils ? Comment se réinventer face aux nouvelles technologies et aux géants du numérique ? Quel avenir pour l'information et ceux qui la produisent ? Si ces questions vous intriguent, alors vous êtes au bon endroit. Deep Media, c'est un temps de réflexion et d'échange avec celles et ceux qui façonnent l'avenir du secteur. Deep Media la capsule épisode 29, c'est parti ! Le 20h de France 2 en direct sur YouTube, il y a 10 ans, l'image aurait semblé improbable. Aujourd'hui, c'est le programme de France Télévisions le plus regardé sur la plateforme. Et mardi soir dernier, à la salle Playel lors du YouTube Festival 2026, cet alliance était présenté comme un symbole parmi d'autres. Eric et Ramzy qui préparent un film pensé d'abord pour YouTube, des créateurs qui revendiquent leur propre prime time, et le lancement... de YouTube Shopping en France. On pourrait lire tout ça comme une soirée de communication. Ce serait une erreur. Ce festival dit quelque chose de profond sur ce que deviennent les médias. Une distinction qui structurait tout le secteur est en train de disparaître. Celle entre ceux qui produisent les contenus et ceux qui les distribuent. Et avec elle, la question de savoir qui capte la valeur. Premier enjeu identifié, la distribution est en train d'être déléguée. Un média, historiquement, c'est une chaîne complète. On produit, on édite, on diffuse, on vend la publicité, on connaît son public. YouTube propose désormais d'absorber une partie de cette chaîne. Il apporte l'écran, puisque la télévision connectée est devenue le premier support pour plus de la moitié des 100 premiers créateurs français. Il apporte également le temps, puisqu'il y a 55 minutes de consommation par jour en moyenne sur la plateforme. Il apporte également la longévité, avec 40% des vues réalisées plus d'un mois après la mise en ligne. Et le média, lui, il apporte le contenu et sa marque. France Télévisions a obtenu un point important. Sa régie vend elle-même la publicité de ses programmes sur YouTube. C'est un précédent. Mais il faut garder en mémoire une leçon récente. Entre 2015 et 2017, de nombreux médias ont tout misé sur la vidéo sur Facebook. Le réseau a ensuite reconnu avoir surestimé certains indicateurs de visionnage, puis changé ses priorités. Plusieurs rédactions ont alors dû licencier. Une plateforme peut modifier ses règles du jour au lendemain, ne l'oublions pas. Un contrat protège les revenus. Il ne protège pas la place dans l'algorithme. Deuxième enjeu, le passage de l'attention à la transaction. Pendant des décennies, les médias ont vendu de l'attention aux annonceurs. Ce modèle s'érode. YouTube Shopping ajoute une couche à tout cela. Le contenu devient directement un point de vente. Les créateurs identifient des produits dans leurs vidéos et touchent une commission. Dans le monde, YouTube revendique 1,3 million de créateurs inscrits et des ventes multipliées par 13 en deux ans. L'IA reconnaît automatiquement les objets, y compris dans d'anciennes vidéos. Et le film d'Eric Ramsey intégrera les marques directement au scénario. Pour les créateurs, c'est une source de revenus de plus. Pour les médias, c'est une tentation et en même temps un dilemme. Un média d'information, par exemple, peut-il transformer ses reportages en vitrines ? Que vaut l'indépendance éditoriale quand chaque objet à l'image devient un lien d'achat ? Les créateurs ont construit leur modèle sur la proximité et la recommandation. Les médias, eux, sur la distance et la vérification. Ces deux logiques vont cohabiter sur la même plateforme, parfois dans le même écran. La question alors n'est plus de savoir si des médias y viendront, mais selon quelles règles. Troisième enjeu qu'on peut identifier, et c'est sans doute le plus subtil. La confiance devient une monnaie d'échange. Regardez les chiffres mis en avant par YouTube. Un français sur deux s'y informe. 78% de ceux qui cherchent l'actualité la jugent de qualité. Et 98% feraient davantage confiance aux créateurs YouTube qu'aux influenceurs d'autres réseaux. La plateforme parle le langage des médias. Qualité, fiabilité, confiance. Ce n'est pas un hasard. YouTube a besoin de la légitimité des médias pour rassurer annonceurs et régulateurs. Les médias ont besoin de la portée de YouTube pour toucher les jeunes publics. C'est un échange, la légitimité contre l'audience. Mais il n'est pas forcément équilibré. Un responsable de la BBC confiait récemment au site C21 que lorsqu'un spectateur apprécie un programme sur YouTube, c'est souvent la plateforme qui en récolte le mérite, logo ou pas. Si le public finit par faire confiance au lieu plutôt qu'à la marque qui produit, la confiance alors aura changé de propriétaire. Un mot de méthode au passage. La plupart de ces chiffres viennent de YouTube ou d'études commandées par YouTube comme le rapport d'Oxford Economics qui évalue à 1,1 milliard d'euros la contribution de la plateforme aux produits intérieurs bruts français. Le fameux 98% provient d'une enquête Google et Ipsos de 2023. Ce ne sont pas des chiffres faux, ce n'est pas du tout ce que je veux dire. Mais ce sont des chiffres d'avocats. Et il en manque un. Combien YouTube reverse aux médias et aux créateurs français ? Quatrième enjeu, enfin, la frontière entre créateurs et médias tend à s'effacer. Selon l'étude, 78% des créateurs qui travaillent sur YouTube qui travaillent dans les médias et le divertissement ont commencé leur carrière sur YouTube. Le vivier des talents ne passe plus par les écoles ou les rédactions, mais plutôt uniquement par la plateforme. Pendant ce temps, les créateurs deviennent des entreprises avec des équipes, des studios, des contrats. Et les médias apprennent à incarner, à tourner face cam, à parler à une communauté. Dans 5 ans environ, la différence entre une chaîne de créateurs et une chaîne de médias tiendra moins au format qu'aux règles déontologiques qu'on s'impose. Alors, à quoi ressembleront les médias de demain ? Voici la lecture que je vous en propose à prendre comme une hypothèse. Trois modèles vont se dessiner. Le média fournisseur qui produit pour les plateformes et vit de contrats avec le risque de devenir un sous-traitant. Le média destination qui garde un lieu à lui, une application, un site, une newsletter, et qui utilise les plateformes comme une vitrine. Et enfin, le média incarné qui mise sur des personnalités capables de porter une relation directe avec le public. Dans la plupart des cas, on verra sans doute une combinaison des trois modèles. Mais ceux qui n'auront pas choisi consciemment leur équilibre subiront cet état de fait. Alors qu'est-ce que ça change concrètement ? Pour un média, trois décisions deviennent stratégiques. Garder une relation directe avec une partie de son public sans intermédiaire. Négocier chaque partenariat sur trois points. La publicité, les données, la mise en avant. Et formuler une doctrine claire sur le commerce et l'IA. Ce qu'on accepte de rendre achetable, ce qu'on refuse, ce qu'on dit au public. Pour les créateurs, le chantier est ailleurs. L'étude de YouTube montre que 2 sur 3 manquent d'accompagnement pour former leurs équipes. Une filière qui pèse 1 milliard mais qui se professionnalise sans filet. C'est étrange. Au Monopolis, ce n'est pas celui qui passe le plus souvent sur une case qui gagne, c'est celui qui possède la rue. Les médias sont désormais partout sur YouTube. Reste à savoir combien de rues ils possèdent encore. Je vous remercie d'avoir écouté cette 29ème capsule de Deep Media. N'hésitez pas à réagir à ce sujet en commentaire. DeepMedia, c'est désormais le newsletter mensuel, un chatbot de veille appelé IA Media Lab, ainsi qu'Explore DeepMedia, mon nouvel outil d'exploration des archives de ce podcast. Pour accéder gratuitement à ces trois outils, je vous mets les liens en commentaire de l'épisode. On se retrouve très bientôt pour un nouvel entretien avec celles et ceux qui façonnent l'avenir des médias. En attendant, n'oubliez pas de vous abonner et de déposer les commentaires adéquats sur toutes les plateformes de podcast. DeepMedia est un podcast autoproduit par Follow Me Conseil, agence de formation et conseil stratégique, spécialisé en liens génératifs et social media. A très bientôt !