Speaker #0Coucou toi, j'espère que tu vas bien, ou que tu sois dans ta journée ou ta soirée. Si tu peux, prends quelque chose de chaud, un café, un thé, un chocolat ou juste un verre d'eau. L'idée c'est qu'on prenne quelques minutes ensemble, comme une petite parenthèse dans tout le reste. On arrive au début de l'année, alors déjà, belle année 2026. Merci à toutes les personnes qui étaient là en 2025, qui ont écouté. Parfois en silence, parfois en m'envoyant un message. Coucou Delphine ! Par vous, ça compte vraiment plus que vous ne le pensez. Je vais essayer d'être plus régulière cette année. Merci d'être là encore une fois et bonne écoute. Ce matin, j'ai ouvert mon ordi pour écrire ce script et j'ai fini avec... avec cinq onglets, un sur la pensée arborescente, un sur nous les menteurs, Twin Peaks, le cerveau créatif. Et il y avait aussi un Google Doc, je crois, qui était ouvert, mais vierge, il n'y avait rien d'écrit dessus. Et je me suis dit, qu'est-ce que je fais ? Et ça, c'est ma tête tous les jours de l'année, des idées partout, mais rien de concret ni de fini. Et j'ai compris quelque chose, que ma vraie peur, c'est pas de manquer d'idées, c'est d'en avoir trop pour ne rien construire derrière et ne pas les faire évoluer de quelque façon que ce soit. Et du coup, ça pose problème. Je te donne une scène très banale de mon quotidien. Disons que je lis Nous les menteurs. Je partage une théorie à une amie sur WhatsApp. Et 30 secondes plus tard, je parle déjà de Twin Peaks. Entre temps, j'évoque l'île, le trauma, la mémoire, le déni psychique. Puis bim, parce que ça parle de déni psychique, j'évoque Lynch pour ceux qui connaissent. Puis le livre de Laura Palmer. Donc je pars très loin. Et si tu voyais ma tête, dans ma tête, c'est 50 branches mentales. Et ce que je ressens, c'est... Pas seulement de la distraction, c'est une forme d'urgence de ne pas louper un détail dans la conversation. Comme si, pour être comprise, je devais tout dire, tout montrer, tout expliciter. Je spoonfeed les personnes qui m'écoutent ou qui conversent avec moi de détails. J'ai peur qu'ils loupent un sens caché. ou qu'il devine une intention qui n'est pas là. Enfin, je pars très loin. Et plus j'essaie d'être claire, plus je deviens floue, c'est logique, et paradoxal aussi. Et après avoir observé tout ça, j'ai pris du recul et j'ai compris quelque chose. C'est pas forcément un défaut, cette dispersion, mais c'est une manière de penser. Et donc, il se peut que j'ai un cerveau arborescent, si je ne me trompe pas. Ça fonctionne comme une constellation, chaque idée en appelle une autre, et l'ensemble forme un ciel riche mais impossible à lire d'un coup d'œil. Le problème, c'est que quand tu veux transformer ce ciel d'étoiles en un seul mot, en une seule interprétation, c'est là, en général, qu'il y a un freinage, un blocage, sans la panique monter, parce que tu veux garder la densité de ton propos. tout en restant lisible. Et moi, c'est ça en permanence. J'ai trop d'idées et ça me tue l'envie d'en choisir une seule. Et à force, j'ai fini par éviter de m'enregistrer, par exemple, alors que j'écris à côté, juste pour ne pas avoir à trier mes pensées, me réécouter et me dire, là, tu t'es dispersée, personne ne va écouter ce que tu as à dire, ce n'est pas intéressant. Et parfois, j'ai aussi remarqué que ma dispersion, ça venait de quelque chose de plus profond, la peur de ne pas être comprise, comme si je cherchais à prévenir le malentendu avant qu'il existe, en donnant tous les détails d'un coup, parce que j'ai eu pour habitude qu'on ne me croit pas sur certaines choses par le passé, et je pense que ça vient de là, et le paradoxe, c'est que... Qu'à force de vouloir tout expliquer, j'en oublie de vivre le moment présent ou juste d'apprécier le silence. Et c'est là que la créativité se fige. et que par exemple je peux mettre une à deux semaines avant de revenir sur mon podcast. Et une des rares fois où j'ai senti que mon cerveau fonctionnait correctement à ce sujet, c'est quand je fais des PowerPoint Nights avec mes amis. Disons que si j'ai cinq bullet points, aucun texte sous la main, je me lance et tout est fluide. J'improvise à partir des repères visuels simples que j'ai mis dessus. Je n'ai pas de script, j'ai juste des points d'ancrage. Et c'est là que j'ai compris qu'il fallait que je me recentre et que le focus, ce n'était pas de casser les branches, c'est de leur donner des racines. Et aujourd'hui, quand je sens que je pars dans tous les sens, j'essaye de faire comme ça. Je pose un point de départ, une image, une phrase. Par exemple, là, je vous ai évoqué nous, les menteurs. Eh bien, je reste sur ce sujet. Je ne me disperse pas en parlant de Twin Peaks, par exemple, que ma pote n'a pas vu. Je ferme tout le reste et je respire 4 secondes. Je garde 6, j'expire 4 secondes. Et cette respiration, elle m'oblige à rester ici, maintenant, pas dans ma tête. Je pense que ça m'aide à rester lucide sur ce que j'ai à dire. Et ça rend ma créativité tangible et visible aux yeux des autres, sans les perdre. Aujourd'hui, j'essaie d'accepter que je ne serai jamais quelqu'un de parfaitement linéaire. Mon cerveau fonctionne en spirale et pas en ligne droite. Mais peut-être que c'est ça ma manière de créer, attraper les fils. en rater d'autres et si c'est quand même une toile qui dit quelque chose de vrai, du moins c'est ce que j'essaye de faire parce que c'est tellement le flou parfois dans mon esprit, je vous avoue et je sais pas si tu le vois aussi mais j'ai vraiment le sentiment quand je parle et que je regarde les gens dans les yeux, je ressens un malaise profond parce que j'arrive pas à nommer exactement pourquoi Je me sens aussi oppressée à l'idée d'oublier le moindre détail. Je ne sais pas d'où ça vient. Comme je l'ai explicité avant, ça vient peut-être d'un manque de confiance en soi. Mais aussi, c'est des personnes du passé qui m'ont dit « Non mais là, tu mentes, de toute façon, prouve-le. » Et c'est usant parce que maintenant, la moindre repensée que j'ai, Quand je la verbalise, je vois la confusion ou que les gens essaient de rebondir sur quelque chose sur laquelle ils ont la main parce qu'ils voient qu'on est passé d'un sujet A à un sujet... Imaginons qu'il y a sujet A, B, C, D. Je vais prendre la branche B dans ma tête alors que la personne et moi on parlait d'un sujet A. Et même là, tu vois, j'ai fait exprès de parler comme ça pour montrer comment c'est. Et imaginons, je prends le sujet B parce qu'il me pop dans la tête, parce qu'on parle du sujet A. Comme nous, les menteurs, par exemple, je suis partie sur Twin Peaks, j'ai enclenché, je me suis arrêtée et je me suis posée un moment. Je me suis dit mais attends, va falloir que je supprime ce que j'ai à dire parce que là, ma pote, elle va être complètement perdue. Et c'est frustrant parce que j'ai l'impression que je n'ai jamais assez. temps pour dire tout ce qui me vient à l'esprit aussi. Ça, je l'ai remarqué aussi quand je suis en tête-à-tête avec des potes et qu'on se pose dans un café, je me dis, est-ce que là, je m'intéresse suffisamment à ce que la personne me dit ? Est-ce que je ne suis pas partie trop loin ? Je sais que j'ai des potes qui écoutent mes vocaux WhatsApp et qui me répondent en me disant, je suis désolée, je ne peux pas te répondre. Et je leur dis, ne vous inquiétez pas, c'est juste que je veux exprimer ma pensée et bien souvent. Je ne sais même pas si c'est pour obtenir une réponse et je ne sais pas si c'est égoïste. Vous voyez, il y a tout ça qui me vient en tête, rien que là. C'est horrible. Voilà, c'est juste, je ne sais pas comment m'y prendre. Oui, je pratique la respiration et c'est un outil utile, mais parfois ce n'est pas suffisant parce que je suis dans ma tête. littéralement c'est dans ma tête, mes pensées sont comme ça Et je me demande comment les gens font pour aller à l'essentiel et ne pas... Je sais pas. Si j'y arrive très bien quand j'ai un PowerPoint sous le nez, généralement j'y arrive. Alors pourquoi Out of Context ? Et pourquoi je n'y arrive pas quand je parle de sujets random avec mes potes ? Peu importe le contexte. Mon avis, c'est que ça relève d'une forme d'auto-exigence. Je veux que tout soit parfaitement clair et complet. Ça me pousse à accumuler des détails pas nécessaires au lieu de trancher sur ce qui est central. Et la solution, ce n'est pas de lutter contre soi-même, mais de se forcer à identifier trois messages clés avant de parler d'un sujet et de se répéter que tout le reste est secondaire, je peux y revenir si besoin. Donc mentalement, c'est faire une mind map comme si c'était un PowerPoint et... Là, je vais reprendre le même exemple que tout à l'heure, mais si je parle de Twin Peaks, je veux en parler à quelqu'un qui ne l'a pas vu. Trois idées principales. Premièrement, de quoi ça parle ? Pourquoi ça devrait intéresser la personne ? Et finalement, pourquoi moi ça m'a autant touché ? Et du coup, là, je ne me disperse pas, je reste centrée sur pourquoi il faut que tu regardes à tout prix Twin Peaks. Parce que de un, c'est un univers particulier. De deux, j'ai déjà oublié, vous voyez, c'est ça le problème, j'ai déjà oublié ce que je voulais dire. De deux, moi, ça me touche parce qu'il y a le sentiment d'inquiétante étrangeté. Et là aussi, si la personne ne sait pas ce que c'est, elle peut aller sur Google, mais je veux dire, je serais tentée d'en parler. mais là... Le but, c'est de rester sur ce qui est principal, ok ? Et troisièmement, du coup, j'avais dit de quoi ça parle. Ça parle d'une petite ville rurale et un meurtre. Et c'est le meurtre de Laura Palmer, le personnage principal. Et du coup, on se demande qui est le meurtrier. Voilà. Donc à toi de regarder maintenant, c'est à ton tour. Et si je parle de tout ça... Si je parle de tout ça, ça se peut que tu te reconnaisses là-dedans. Et si tu te reconnais là-dedans, que tu ouvres dix mille onglets parce que tu as plusieurs idées qui foisonnent et que tu ne sais pas comment te recentrer, c'est totalement OK et c'est même normal. Et il n'y a pas de question de désorganisation. C'est juste que ton cerveau pense en arborescence. Et parfois, ça suffit largement parce que... ça indique que t'es une personne avec laquelle on peut parler de tout et rien. Et voilà, je pense que rien que ça, c'est déjà pas mal. Et il y a des gens, dites-vous, qui vont à l'essentiel, mais si tu leur parles par exemple d'un sujet XY, ils n'ont pas les mêmes centres d'intérêt que toi, et c'est ok aussi là-dessus, mais du coup... C'est difficile de rebondir et de s'intéresser à ce que l'autre a à te dire quand tu sais que la personne est en tunnel vision sur un sujet et qu'elle ne veut pas justement se disperser comme toi et qu'elle reste cantonnée à ses idées, tu vois ce que je veux dire ? Alors que toi, par exemple, tu peux bousculer un peu tout ça et tu n'hésites pas à y aller franco pour... Pour dire, bah non, moi je pense si, parce que j'ai vu ça dans tel... Je pense que le propos de cet épisode, c'était de dire, j'ai du mal à revenir sur ce podcast, pas parce que j'ai pas d'idée, mais parce que j'ai peur de m'enregistrer, et de me disperser, et de perdre le fil, et que ce soit inintéressant. Voilà, ça part aussi d'un manque de confiance en soi, et je pense qu'il faut que je travaille là-dessus. Mais en attendant... C'est le premier épisode de l'année pour vous dire, des fois, si je mets du temps à revenir, ce n'est pas une question de non-volonté, c'est une question que je suis motivée, justement, mais j'ai du mal à aller à l'essentiel. Et c'est un défaut dans le domaine de la création, quand on ne sait pas être concis, je pense. Mais ça me fait très plaisir de m'enregistrer. J'espère que ça t'a parlé, ne serait-ce qu'un peu. N'hésite pas à répondre en commentaire si tu te reconnais. Et sinon... J'ai prévu de m'enregistrer une fois par jour, au moins cette semaine, pour voir si je tiens. Je voulais commencer hier mais j'étais en retard comme d'hab. Donc voilà. Merci encore une fois. Je te souhaite de passer une agréable semaine. Prends soin de toi et à très vite. Ciao ciao.