Speaker #0Ok, alors je sais pas trop comment commencer cet épisode mais je crois que c'est important de dire ça. En janvier, j'ai le sentiment de ressentir trop de choses et de pas avoir le temps de faire tout ce que je veux. C'est aussi le mois des grandes questions, des souvenirs qui reviennent, des « où est-ce que j'en suis ? » pendant que la vie continue normalement autour. Et cet épisode, j'enregistre pour moi mais si tu écoutes et que tu te reconnais, alors tant mieux. On va parler du temps qui passe, de celle que j'étais à 18 ans. et aussi de celle que je suis aujourd'hui. Sans plus tarder, je te laisse continuer avec moi. Merci d'être là et bonne écoute. Il y a une phrase que j'ai lue récemment, en anglais ça dit... "Jane-Rory, is one of those months where you experience every feeling on the human spectrum and you just have to go about your day like it isn't happening." Et oui je suis totalement d'accord. C'est comme s'il y avait tout ce flot d'émotion qui me parvenait sans que je mette un mot dessus. Et je sais qu'il y a la pression sociale de revenir au travail, il y a aussi la pression économique parce que le mois est long. On va pas se le cacher et ça m'a marquée parce que janvier c'est exactement ça pour moi. Je me lève, je fais mon café, je réponds à des messages, je vais travailler. Et en même temps, à l'intérieur, tout se bouscule. Je ressens une sorte de fatigue et de tristesse sourde. Mais en même temps, je suis aussi reconnaissante de tout ce que j'ai. Donc je passe du coq à l'âne en même pas dix minutes. Et personne ne le voit forcément parce que tout le monde a le nez dans ses affaires et c'est pas évident non plus d'aller vers les autres. Et pour moi, c'est le mois où tout le monde parle de renouveau. Parce que c'est la nouvelle année et que c'est comme ça. On parle de vision boards, de nouvelles versions de soi. Pas plus tard qu'il y a quelques jours, j'étais allée sur Pinterest dans cette intention-là. Et personne ne parle du fait que notre corps, lui, demande rien du tout. Parce qu'on sort à peine de l'hiver. Ça continue jusqu'au mois de mars, avril dans ma région en tout cas. On est fatigué, on se souvient de plein de choses qu'on veut faire. durant l'année et on se fixe des paliers à atteindre, mais en même temps, moi je me dis, janvier, je le vis souvent comme si c'était un mois de confrontation à qui je suis maintenant. Et aussi avec ce que j'ai été, avec ce que je croyais être et ce que je suis devenue, parfois malgré moi. Alors, disons que j'ai fait un exercice pour en venir au sujet principal. Un exercice que j'aime bien, revenir à ce que j'avais imaginé à 18 ans. Ce que la moi de 18 ans avait écrit dans une lettre que je n'ai pas réussi à retrouver. Donc je pense que si vous m'écoutez, vous êtes peut-être familier avec le concept de capsule temporelle. J'aime bien me destiner des lettres à ma future moi. Et du coup, je me souviens que souvent, je le faisais quand j'étais assise dans une salle de classe. Une table un peu bancale, on ne va pas se le cacher. Une chaise qui tangue et juste ma feuille. J'écrivais dessus parce que je ne savais pas ce que j'allais faire après le bac. Et je ne savais pas parce que j'aimais trop l'anglais pour vraiment envisager de faire du droit parce que c'est ce que je voulais depuis que j'étais en primaire et je l'avais dit à ma mère tellement de fois. Et parfois, dire quelque chose à voix haute, ça rassure les autres, mais pas forcément soi-même. je m'étais écrit « promets-moi que tu ne te feras pas petite pour être appréciée comme maintenant, que tu diras ce qui ne va pas et que si t'es malheureuse en amour ou en amitié, tu ne resteras pas » . Et à 18 ans, mes perspectives d'avenir, c'était surtout ça, les études. L'amour, je me disais toujours que ce serait pour plus tard. Faut savoir que mon premier copain, je l'ai eu à 19 ans parce que je voulais pas… Enfin, ça m'intéressait pas quoi, pour être honnête. Et moi, en 2026, je relis cette lettre. Je suis posée dans mon lit, lumière très basse. Je lis aussi à voix basse, presque pour moi toute seule. Et je lis « Ne t'excuse pas d'exister sur tout » . Et là, forcément, tout revient. Parce que j'ai quitté une relation violente, violente psychologiquement, physiquement, sur plein de choses. Et depuis janvier 2025, je recommence doucement à vivre l'année d'avant, je survivais. Après que j'ai porté plainte, j'ai été diagnostiquée avec de la dépression, PTSD, la totale. J'habitais à Voiron en Isère. J'étais isolée, vraiment isolée parce que tous mes amis sont en Savoie. Et je logeais dans un appartement immense mais vide parce que j'étais seule. Je sortais très peu, je connaissais personne. Et en fait, c'est une région dans laquelle tout le monde se connaît et limite on te met un peu à l'écart. Et du coup, je le vivais un peu mal. Mes amis, elles m'aidaient financièrement aussi à cette période-là parce que je ne mangeais pas à ma faim. Ma psy, mon médecin, mon assistante sociale, tout le monde essayait de me sortir de l'armoire dans laquelle je me cachais, disons. On est venus me chercher littéralement. pour me dire « Eh oh, arrête de te cacher, c'est fini, là, il faut que tu sortes. » Et pourtant, mon stage a été interrompu. On m'a déclarée en situation de handicap mental, forcément. De mai à fin août 2025, quelque chose s'est rouvert. Pour vous dire que même si ça a été lent, j'ai réappris à m'estimer, à me considérer comme un être humain appartenant à l'espèce humaine, disons-le. J'ai repris goût au cinéma, aux dates entre amis, en ville ou juste chez moi, à l'écriture, au sport, à l'amour, à la nourriture aussi, à toutes ces choses que je m'étais interdite ou que les antidépresseurs avaient anesthésiées. Et là, moi de 18 ans serais choquée parce que... enfin vraiment choquée. Pourquoi ? Parce que comme je l'ai dit, l'amour c'était très loin, très éloigné de moi et j'avais peur de tomber amoureuse et d'être dans une relation. pour ces raisons-là, souffrir et devoir me battre bec et ongles pour m'en sortir. Je suis quand même étonnée de ne pas avoir lâché mon parcours académique, d'avoir quitté ma ville natale, que je me sois intéressée à des choses qui n'avaient rien à voir avec la personne que j'étais quand j'avais 18 ans. J'ai trouvé une psy pour travailler sur moi. Mes relations avec mes frères et sœurs s'en sont améliorées du coup. Je suis tombée amoureuse et j'ai été aimée en retour. J'ai une belle famille bienveillante. J'ai passé beaucoup d'années en Savoie et je suis partie de la Normandie. Je suis repartie voyager à Londres, Saragosse ou bien Amsterdam. J'ai travaillé dans des jobs alimentaires pour subvenir à mes besoins alors que je ne pensais jamais devoir le faire. Mes amis ne m'ont pas abandonnée. Et tout ça, je crois que la moi de 18 ans, elle ne l'aurait jamais imaginé. Et pourtant, je te le dis, tu l'as fait. Tu as quitté... ton nid froid et effrayant de Normandie pour ton foyer plus doux, plus chaleureux avec une personne qui te choix au quotidien. T'es entourée de tes amis en Savoie, t'as un stage dans la culture, un appartement à toi, tu manges à ta faim. Mais surtout, même si on parle de ça, tu es curieuse du monde qui t'entoure, tu collectionnes toujours des livres, des DVD, tu rencontres des gens, tu sors, tu changes de coupe de cheveux, voire de couleur. Ton corps change lui aussi. ton rapport à ce dernier également. Je pense que je serais choquée si je disais à la moi de 18 ans qu'elle a fait une séance boudoir, par exemple. Et tu fais moins de people pleasing, tu as moins peur de parler, t'as survécu parce qu'il le fallait, mais maintenant tu vis vraiment à 100% parce que tu réalises la valeur de ton existence. Et la vraie différence entre 2016 et aujourd'hui, c'est pas ton... corps, c'est ton regard sur toi. Tu es plus tendre, tu te rends compte que ce n'était pas grave si t'avais des grosses joues d'hamster. Enfin ça j'ai encore un peu du mal avec ça mais je trouve que j'étais bien. Je trouve que les gens exagéraient vraiment le rapport à moi dans ma famille et mes amis de l'époque. C'était vraiment pas me rabaisser mais limite exagérer les idées qu'ils projetaient sur moi. Et du coup, ça s'est resté dans ma tête en fait. Et être vue, je pense que c'était un désir secret parce que j'avais l'impression que je n'étais pas vue pour qui j'étais. Et aujourd'hui, tu es vue, tu es même écoutée, tu as ton propre podcast. Je pense que sinon, tu ne serais pas sur TikTok aussi à parler de cinéma, à te montrer face caméra. Et à presque 30 ans, oui, tu n'as pas tout accompli. Et c'est OK. mais tu es plus à l'aise dans tes vêtements, peut-être que d'ici tes 30 ans, tu ne vivras plus dans cet appart, tu auras peut-être une maison, un petit chat, un petit chien, un nouveau canapé, une nouvelle déco en soi, un travail qui te plaît, un café au lait chaud sous un plaid. Et il y a toujours cette question qui revient toujours, et toi, tu veux faire quoi dans ta vie ? Elle plane toujours et elle pousse à projeter. Elle nous pousse à nous projeter, disons-le, à visualiser, à faire des vision boards. Et moi en janvier j'ai envie de faire l'inverse, de regarder le chemin que j'ai parcouru parce qu'à 18 ans je ne pensais pas partir de Normandie, je ne pensais pas accomplir autant et pourtant tout est venu par paliers. Pas par miracle, mais parce que j'y ai mis du mien. Parce que j'ai mobilisé ce qui était possible. Parce que j'y croyais fort et que je n'ai pas lâché. Et je pense honnêtement que janvier, ça sert à ça. Ce n'est pas chercher à devenir quelqu'un d'autre, excusez-moi. C'est de reconnaître qui on est devenu. Même quand on continuait d'avoir peur. Même quand on doute encore. Je pense que c'est essentiel de se recentrer sur ça pour ne pas perdre de vue l'idée qu'on est plus proche de qui on veut être qu'on aurait pu l'imaginer. La moi de 18 ans, j'en parle beaucoup parce qu'elle doutait beaucoup, beaucoup d'elle-même. Et pourtant, j'ai bougé les lignes, j'ai fait en sorte de m'extraire de plein de situations compliquées. Et je pense que rien que pour ça, je peux être fière de moi et regarder l'avenir en me disant si j'ai réussi à ce que mon soi du passé dans le présent de mes 18 ans se projetait en se disant j'aimerais bien partir de la Normandie, j'aimerais bien avoir mon propre appartement, j'aimerais bien étudier. Elle se dirait mais waouh, là t'es en master, t'es en Savoie, t'as des potes qui sont tes vrais potes, genre vraiment qui te... qui t'aiment bien, pour qui tu es, pas qui sont là parce que tu leur rends des services et que t'es dans le people pleasing genre. Et si tu m'écoutes et que tu es au début de ta vingtaine ou à la fin de ton adolescence, sache que tout vient, à point. Tu visualises ce que tu veux être en te rapprochant de qui tu es actuellement. Et je t'assure que tout ira bien. Même si ça ne vient pas au bon timing. Genre l'année dernière, j'ai fait un stage dans lequel je ne m'épanouissais pas forcément. Et maintenant, j'ai trouvé un stage qui correspond en tout point à ce que je cherchais et qui me correspond du fond du cœur. Vraiment, c'est pas que l'ancien stage ne me correspondait pas. Il me correspondait, mais je pense que le timing n'était pas bon pour moi. Mentalement, j'étais pas bien du tout, j'étais au fond du trou et je ne pouvais pas le gérer. Là, je me sens mieux, j'ai des outils, j'ai des gens qui m'entourent, donc je peux le faire. Et c'est pour dire que des fois, on se met la pression à tout prix à vouloir réussir, à vouloir avoir un vision board clair, concis, qu'on va atteindre à tout prix. Mais c'est juste dire quand tu vas le revoir, tu vas dire « Ah mince, ça, je l'ai pas fait, ça, je l'ai pas fait » . Donc tu peux aussi te dire qu'est-ce que je redoute de devenir. Parce qu'on regarde beaucoup le positif, mais il faut être neutre et se dire « Ok, qu'est-ce qui pourrait être négatif et qui pourrait être amélioré ? » Dans le sens, imaginons, tu peux te dire « Dans six mois, j'ai envie de trouver un logement. » Imaginons, on te trouve un logement, mais tu as des problèmes financiers et tu dois trouver un logement plus petit. sache que tu auras toujours des ressources en toi pour t'en sortir. Et ça, c'est des choses qu'on oblitaire totalement d'évoquer parce que c'est des possibilités. Imaginons que tu as un copain et en milieu 2026, ça ne se passe pas très bien et tu es dans le flou total. Je pense que c'est essentiel d'envisager ce qui va et ce qui ne va pas pour toi pour pouvoir avoir un point de vue plus global et savoir... qui tu es au fond. Je sais pas si ça a du sens, mais voilà. Moi c'est tout ce que j'avais à dire là-dessus. Je suis très fière de qui je suis par rapport à la moite de mes 18 ans et si je devais m'écrire à la moite de 30 ans, je prendrais en compte tout le chemin parcouru pendant plus de 10 ans pour me dire ok là, là, là, la date d'échéance pour ma lettre c'est 2028, c'est dans deux ans. Qu'est-ce qu'en deux ans je peux accomplir pour être le plus proche possible de ce que ma moi de 30 ans voudrait ? Voilà. J'ose espérer que cet épisode était léger, je ne sais pas si ça va vous parler ce que j'ai dit, j'espère que ce sera le cas. Merci encore une fois d'avoir pris le temps de m'écouter, si vous avez des questions ou vous voulez interagir en commentaire n'hésitez pas à aller voir mes réseaux sociaux en description. J'ai essayé d'enregistrer un épisode par jour cette semaine, ça a été un peu compliqué mais là je l'ai réussi. Donc je suis très contente et je vous souhaite une agréable fin de semaine. Je vous dis à demain en espérant trouver un sujet intéressant là aussi. Mais ne vous mettez pas la pression, le mois de janvier c'est toujours compliqué parce que les fêtes viennent de se finir et que... qu'on vient de quitter nos proches, qu'on n'a pas reçu notre salaire, enfin tout ce genre de choses. Mais même si c'est le flou, vous pouvez mettre un petit peu d'ordre et ne pas culpabiliser d'en mettre un petit peu. C'est ok, allez à votre rythme et c'est tout ce que j'ai à vous dire comme conseil. Merci encore, c'était Falone et je vous dis à la prochaine. Ciao ciao !