Speaker #0Dear diary, aujourd'hui je vais te parler de quelque chose qui me trotte dans la tête depuis un moment, quelque chose qu'on confond souvent et qui fait qu'on se juge mal soi-même, ou que les autres nous jugent aussi. C'est la différence entre ressentir des émotions sincères et être vraiment, sincèrement aigri. Parce que récemment j'ai lu quelque chose, un texte, qui parlait de l'amertume, de l'aigreur comme une sorte de béquille. Tu vois, un peu comme quelque chose qu'on utilise pour ne pas avancer et pour rester en quelque sorte dans sa zone de confort. Et en le lisant, je me suis dit, est-ce que c'est moi ? Est-ce que je me reconnais là-dedans ? Parce que parfois, je ressens une envie de râler, je suis agacée de quelque chose. Je remarque que c'est parce que je suis fatiguée et je suis aussi un peu cassante. Est-ce que ça veut dire pour autant que je suis aigrée ? Et en fait, j'ai découvert que... Pas tout à fait. Absolument pas même. Alors aujourd'hui, je vais te raconter pourquoi et surtout, je vais essayer de te donner des pistes, en sachant que je ne suis pas experte là-dedans, pour que toi aussi, tu te dises « Ok, stop, j'arrête de me flageoler pour des émotions qui sont juste humaines et je ne suis pas si aigrie que ça. » Voilà, donc j'espère que tu as pris une petite tasse de café ou de thé et merci de m'écouter. D'abord, on va poser les bases. Être aigri, l'amertume, c'est pas simplement être grincheux de temps en temps ou se lever du mauvais pied. Ça peut rejoindre une irritabilité passagère quand on a mal dormi ou qu'on a raté son bus. Et à mes yeux, c'est beaucoup plus que ça. Être aigri, c'est être dans un état prolongé, presque existentiel. C'est une façon d'habiter le monde et il y a une citation que j'ai extrait de l'article qui dit que l'amertume c'est un état mental né d'une douleur profonde qui se transforme en cynisme, en reproche constant et en hostilité envers la vie. Et moi j'ajouterais envers les autres aussi. Ce qui distingue donc l'amertume de la simple contrariété, c'est sa durée dans le temps, sa capacité à s'installer en d'autres termes. à devenir le filtre à travers lequel on interprète tout. Et ça use d'être aigri, parce que ça veut dire qu'on en fait un style moral, une manière d'être au monde, et une manière de relationner. Et tout ce qui paraît trop beau est suspect. C'est toujours un oui, mais... Ah, mais oui, mais non, pas comme ça. Et c'est à opposer à la joie, à la bonne humeur. Je pense que tu connais sûrement des gens d'entre mon entourage qui, quand tu leur annonces une bonne nouvelle, trouvent immédiatement une ombre au tableau. Ou qui soulignent d'abord la chance, les privilèges, les conditions favorables quand quelqu'un réussit quelque chose. Et jamais la personne ne va voir s'il y a eu du mérite ou de l'effort. Ça c'est aussi parce qu'il y a beaucoup de népotismes, mais là je ne parle pas de ça. Je parle vraiment de tous ceux qui sont condescendants dans leur amertume et... Et au cœur de ça, on distingue aussi de l'envie de l'autre. Et attention à ne pas confondre avec la jalousie. La jalousie, c'est vraiment vouloir ce que l'autre a. L'envie, c'est beaucoup plus sombre. C'est le désir que l'autre perde ce qu'il a pour que tu te sentes un peu mieux, voire entier. Et c'est vouloir que le bonheur des autres diminue parce que le tien est insuffisant. Et ça, c'est du poison XXL. Je ne sais pas pourquoi je dis ça, mais disons que... Je vais y venir. Je me souviens précisément aussi de quelque chose qui m'est revenu. Le jour où ma collègue m'a annoncé qu'elle partait, ça faisait déjà plusieurs jours qu'elle m'en parlait, je m'y attendais, mais en même temps, on était posés. Et elle m'a dit, j'ai quelque chose à te dire, j'ai pris ma décision, mais je savais déjà. Alors même qu'elle parle, j'ai su qu'elle allait me dire, je m'en vais. J'ai vu l'étincelle dans ses yeux quand elle m'a dit, je vais pouvoir... me reposer, je vais pouvoir m'occuper de moi un peu plus. Et j'ai dit, tu sais, moi je t'ai encouragée à le faire parce que pour moi c'est ton choix et je t'en voudrais jamais de faire ce qu'il faut pour toi. On se voit pas en dehors du travail, enfin vraiment, oui ça me fait un pincement au cœur. Son départ m'enlevait quelque chose parce que j'allais perdre ses conseils, ses rires, cette complicité qu'on avait construite et on avait aussi beaucoup d'affinités, ce qui est rare quand tu travailles. Ça m'a causé une perte, et même si la tristesse était la réponse normale, humaine et appropriée à ce que je ressentais, Bah, je lui en voulais pas en fait. Et c'est là toute la nuance. La tristesse, c'est se permettre de reconnaître la perte. L'amertume, à l'inverse, elle nie en accusant la vie. La tristesse, ça dirait « tu vas me moquer, c'est ce que je lui ai dit » . Et l'amertume, ce serait « ah bah ouais, tout le monde me quitte, genre on m'abandonne » . Ou alors ça devait arriver de toute façon, c'était prévu, enfin voilà. C'est vraiment ça être aigri. Et ce moment banal, une collègue qui change littéralement de poste parce qu'elle choisit de ralentir, parce que c'était trop pour elle, ça m'a rappelé que souffrir c'est pas à confondre avec être aigri. Et c'est même le contraire, parce que l'amertume ça refuse de te laisser ressentir. Ça enrobe la douleur dans du cynisme, dans du je m'en doutais. Rien ne dure jamais, je suis à plaindre, voilà. J'exagère le trait, mais c'est pour que vous voyez ce que je veux dire. Et accepter ce trouble-là que l'on ressent, c'est être sincère envers soi-même sans pour autant en faire une identité. Pour expliquer tout ça, c'est comme si tu disais « Ok, j'ai mal, mais c'est normal. Et demain, j'aurai peut-être encore mal. » Mais ça ne fait pas toute ma vie. Ça dit simplement que j'ai perdu quelque chose qui comptait pour moi. Mais il y a des gens qui ont du mal. à reconnaître ça. Et je vais y venir aussi. Il y a une phrase dans cet article qui m'a vraiment clouée, qui m'a aussi obligée à poser mon téléphone et à regarder par la fenêtre pendant dix bonnes minutes. Le danger, c'est quand les gens abhorrent leur amertume comme un badge d'honneur. Je l'ai traduit comme ça. On connaît tous ce type de personnes, ces gens qui ont un ton un peu las, un peu supérieur. Moi je suis lucide, je suis franche, je parle, je dis les choses, les autres ils sont trop naïfs, ils sont trop hypocrites, moi j'ai compris comment ça fonctionne. Ou alors les gens qui parlent sous un ton pas si agressif. Et on se dit, quand on voit ça, la personne elle reconnaît les choses, elle voit à travers les mailles du filet, et c'est comme si la désillusion c'était le signe d'une intelligence supérieure. Comme s'ils croiraient encore en quelque chose, c'était embarrassant, enfantin, réducteur. Laisse-moi te raconter une scène, juste pour être certaine que tu vois de quoi je parle. C'est arrivé quand je travaillais dans la restauration. On me dit, par exemple, « Faut pas que c'est un peu calme là, t'as pas quelque chose à faire. » Et je me rappelle... Avoir regardé ce collègue en me disant, bah ouais, pourquoi ? Enfin, j'ai déjà fait tout ce que je devais faire, je suis juste une serveuse en fait. Il m'a fait un signe en mode, bah tu sais quoi, t'as qu'à nettoyer les chaises de table vu que t'as un affaire. Et j'étais là, mais quoi ? Et en fait, il se prenait vraiment pour le directeur. Alors qu'il était mon égal. Je sais pas si vous vous rendez compte de la dinguerie de dire à une serveuse... qui a bientôt fini son service aussi, d'aller nettoyer les chaises de table de toute la salle. Je me dis mais pour qui il se prend ? Lui aussi il n'a rien à faire, il a bientôt aussi fini son service. Et ça, je veux dire, c'est pas d'une banalité, mais ça l'est presque, parce que j'entends ce type de choses régulièrement, que ce soit dans n'importe quel contexte, dans le milieu du travail. Et c'est l'exemple qui me parle le plus parce qu'il y a souvent ce ou cette collègue, quand t'arrives, qui, pour des raisons que t'ignores, ne vibre pas avec toi parce que c'est une question d'affinité, ou juste qui te parle mal sans raison, même si tu n'apprécies pas la personne dans un contexte du milieu du travail. J'ai beau ne pas apprécier la personne, je sais séparer la vie privée de la vie professionnelle. C'est pour ça que quand je suis distante et que la personne en face, elle le prend pour elle, ça m'énerve. Je suis pas là pour me faire des amis. Oui, je m'entends bien avec certains collègues, mais c'est pas comme si je les captais tous les week-ends et qu'on sortait faire la java. Y'a des collègues avec qui, oui, prendre un café, ça ne me pose aucun problème parce que, bah, cœur sur eux et clin d'œil à Louise, voilà. Mais du coup, c'est très rare d'avoir ce type d'affinité parce que, bah, on choisit pas avec qui on travaille, tout simplement. Et y'a des personnes qui ressentent mal le fait que tu aies un lien d'affinité avec d'autres personnes dans le même service que toi. Parce que juste, je sais pas, ça vient d'où ? Je pense que c'est l'insécurité qu'ils projettent en mode, vas-y, moi j'ai pas le droit d'être appréciée des autres. Parce qu'en général, des personnes qui sont un tant soit peu négatives, qui évoquent toujours... les mêmes choses, alors qu'un collègue qui te parle de, je sais pas, de ce qu'il a fait ce week-end, même si c'est sous le ton de la blague et qu'il raconte pas toute sa vie dans le détail, ça fait du bien, en fait. Donc oui, tu vas tourner vers ce genre de personnes, et pas vers celles qui ont tendance à être aigries par nature. Et à mes yeux, c'est toujours des gens qui se prennent un peu de haut, parce qu'ils sont un peu condescendants aussi, et en fait, leur franchise, c'est pas du tout de la franchise. C'est juste de la méchanceté. Mais la vérité, c'est souvent l'inverse. Parce que ce cynisme-là, ça cache une peur. La peur d'essayer encore, la peur d'être déçue, d'être ridicule. Si je critique tout, je n'ai jamais à me risquer. Et si je reste en retrait, je ne peux pas échouer. Mais en fait, le truc, c'est que son amertume, c'est une stratégie de protection. C'est une sorte de façon de dire « je ne veux pas risquer d'être déçue, alors je vais faire comme si plus rien ne m'apportait vraiment » . Donc là-dedans, on peut comprendre que la personne refuse de sortir de sa zone de confort, d'évoluer, de bouger. Vas-y, ça ne marche pas pour moi, alors autant ne rien faire. Et il y a des gens comme ça qui portent leur amertume comme un étendard et qui se condamnent à mes yeux à l'immobilité. Parce que ça ne construit rien d'être aigri, ça te détruit, ça te ronge doucement. Et tu te dis que chaque joie suspecte que tu vois chez les autres... et que je ne partage pas avec eux, ça ne se fait pas. Enfin, je ne sais pas comment expliquer, mais vous allez capter. Disons que vous riez avec des collègues, et un collègue arrive. Et disons que vous êtes dans votre délire, mais vous vous dites, « Vas-y, là je me sens exclue, t'as dit bonjour, mais personne n'a entendu. » Il faut se rendre compte que dans l'euphorie du moment, les gens partagent une expérience commune, et malheureusement... Tu arrives à l'heure, mais il est trop tard, c'est pour imager, mais du coup tu te retrouves seule à te dire est-ce que le problème c'est moi ou les autres ? Sarah Blondin, elle dit dans le texte « Mon désir de rester dans ma zone de confort m'a rendu aigrée » . Et je pense que c'est vrai, ça t'empêche de... de ne plus espérer. Au moins, tu n'es plus surpris et c'est confortable de toujours avoir raison dans son pessimisme. Parce que espérer, c'est se risquer à souffrir de nouveau, c'est se rendre vulnérable et admettre qu'on veut quelque chose qu'on n'a pas, qu'on désire quelque chose qui pourrait nous échapper ou qu'on pourrait louper. Et donc, pour se protéger de cette vulnérabilité, on choisit d'être cynique, d'être résigné et de ne plus vouloir. Et je pense à toutes ces fois où j'ai failli me lancer dans quelque chose de nouveau, que ce soit un projet, une relation, et où il y a cette petite voix dans ma tête qui me dit « à quoi bon, tu sais comment ça va finir ? » Ça me faisait beaucoup avant, mais j'ai évolué et maintenant ma voix l'a changé. C'est plus « pourquoi pas ? J'ai qu'à me lancer, je verrai, si ça donne rien, c'est pas grave, c'est pour moi que je le fais. » Et donc, j'ai plus envie d'avoir peur et que ce soit déguisé sous forme de sagesse, en mode « moi, je vois la vie telle qu'elle est » . Moi, je suis franche, moi, je ne suis pas comme ça. Et vivre vraiment, profondément, c'est aussi accepter l'inconfort et qu'on ne maîtrise pas tout, qu'évoluer, c'est douloureux et que s'ouvrir, c'est aussi risquer d'être blessé par les autres, même par soi-même des fois. Et il y a Chelsea Hudson, une autre écrivaine, qui dit les choses sans détour. qui a écrit « souffrir semble si religieux si tu le fais bien » . Combien de fois on voit ça autour de nous, cette fierté silencieuse d'être malheureux, ce besoin d'être la personne qui a tout vu, tout compris, tout enduré, qui a trop souffert. C'est presque sacré, comme si ça conférait une profondeur, une légitimité, et que ceux qui ont beaucoup souffert ont accès à une vérité que les autres ignorent. Je veux dire, si moi je partais de ce principe-là, j'ai tout vu, j'ai tout vécu, bah vas-y... Non. Enfin, oui, la souffrance, ça transforme, ça te creuse, ça donne de la profondeur à ton humanité, mais ça ne va pas te donner automatiquement de la sagesse. Parce que tu peux très bien devenir l'opposé de la sagesse, à savoir faire des conneries et perdre des amis parce que tu penses qu'à toi, t'es narcissique, voilà, plein de raisons. Mais c'est pour dire qu'on peut souffrir et aussi être tendre. Ou alors souffrir et devenir tendre. plus dur, enfin s'endurcir sous prétexte de je ne veux pas m'ouvrir, je veux laisser la porte fermée, et tant pis. Et pour moi, c'est important de dire que moi j'aime bien l'idée. de comprendre mieux la douleur des autres et d'être empathique. Et de ne pas être centré sur ma propre douleur, même si j'ai tendance à, pour montrer aux autres que je les comprends, j'ai tendance à leur dire « Écoute, moi aussi je comprends. » C'est très problématique de faire ça apparemment. J'ai découvert que les gens ne se sentent pas forcément compris quand on dit « Moi aussi, moi aussi. » J'essaie de ne pas le faire, en tout cas. Et la souffrance en elle-même n'enseigne rien. C'est ce qu'on en fait qui compte. Donc sanctifiez ! Tes blessures, les porter comme des médailles, comme si ça prouvait que tu étais quelqu'un de profond, d'intelligent, d'important. C'est parfois une manière de ne pas les guérir et de te mentir à toi-même, de rester dans la posture de victime, de martyr, de personne trahie par la vie, qui n'avance pas. Et le but, ce n'est pas d'en faire une identité. Tu as envie que ça passe, tu as envie d'appliquer du soin sur ta plaie et ça ne doit pas gouverner et définir qui tu es. T'as envie d'avoir la paix si tu souffres, mais ça ne donne pas forcément de la lucidité. Et il y a un concept que j'adore, que j'ai découvert, c'est la cringe tolerance. Donc le degré de tolérance que l'on a quand on ressent de la gêne et essayer, créer, vouloir quelque chose, c'est toujours un peu gênant, un peu embarrassant parce que ça suppose une vulnérabilité de s'exposer et de dire je veux quelque chose que je n'ai pas. de montrer ton désir et de te lancer sans garantie de succès. Moi, mon podcast, je ne sais pas s'il aura du succès tôt ou tard, mais bon, voilà. Je ne sais pas si tu te souviens de la première fois que tu as montré quelque chose que tu avais créé. Ça pouvait être un dessin à ta maman, un collier de pâtes, une chanson que tu as écrite. Et au moment où tu l'as montré, tout ton corps s'est dit « Ah, mon Dieu, est-ce que ça va être OK ? Comment elle va se sentir ? Pourquoi j'ai fait ça ? » Ça, c'est se sentir cringe. Voilà. Cette sensation physique de s'exposer, comme je l'ai dit avant, et c'est insupportable. Parce que ça veut dire que tu montres des parts de toi à quelqu'un et que tu lui fais confiance. Et la personne peut te renvoyer ça. Voilà, à la figure. Et l'aigreur, ce serait que quelqu'un te dise « Pourquoi t'essayes ? C'est pathétique ? » Enfin voilà, ça veut dire que les gens aigris, ils critiquent ceux qui osent parce qu'ils ne supportent pas. leur propre incapacité à oser. Je répète, les personnes qui par exemple te font des reproches au travail, ils pointent du doigt tout ce qui ne va pas parce qu'eux-mêmes ont des insécurités et que ça peut arriver qu'ils fassent le même type d'erreur. Parce que si ça leur arrive, alors là c'est la fin du monde. Parce qu'ils seraient en mode, bah non, moi je ne fais pas comme ça. Ils seraient dans le déni total. Et ça se moque totalement, ce genre de personnes, de l'enthousiasme. Parce que l'enthousiasme, quand tu vois des gens, ça révèle le désir et le désir, ça révèle le manque qui est possible. À savoir, si tu as une collègue que tu aimes bien et que tu es contente de la voir, le jour d'après, les gens savent que tu ne vas pas être contente si elle n'est pas là. Tu vas être moins contente, moins enjouée. Et du coup, il y a des gens de l'extérieur, ils peuvent se dire « Ah ouais, donc elle m'apprécie moins » . C'est ça un peu l'aigreur. C'est comme ça que je le définirais. c'est des gens qui voient que... Il y a un manque parce que tu t'entends bien avec quelqu'un. Et ils sont là, ah ouais, moi j'ai pas ce type de relation. Donc je sais pas comment expliquer, mais voilà. Mais la vie réelle, c'est ça, c'est la gêne. C'est la creature tolerance, c'est tolérer ce qui nous insupporterait chez nous. Voilà. Et c'est normal qu'on soit imparfait, visible et vulnérable. C'est aussi logique que l'échec soit possible. Mais je pense que l'immobilité, c'est pire. Et il y a une question simple, presque brutale, pour savoir si on devient aigré. Une question qui ne ment pas. Est-ce que je souhaite, même un peu, que l'autre échoue dans ce qu'il fait ? Si tu prends un instant, pense à quelqu'un qui réussit quelque chose que tu aimerais réussir, quelqu'un qui a ce que tu voudrais avoir, quelqu'un qui vit la vie que tu rêves de vivre. Moi, perso, ça m'inspire et ça me donne de l'admiration, mais maintenant, si tu es honnête un tant soit peu avec toi-même, est-ce que tu espères ne serait-ce qu'une seconde que ça ne marche pas pour cette personne ? Est-ce qu'une partie de toi se sent soulagée si tu apprends que cette personne traverse des difficultés ? Si la réponse est non, si tu peux honnêtement te réjouir du bonheur des autres, même quand le tien est incomplet, alors tu es encore du côté de la vie. Parce que l'amertume, ça tue la joie partagée entre soi et les autres. Et ça transforme le succès en échec personnel quand on le constate chez autrui. Et c'est un peu nul, parce que ça fait de ta propre vie une sorte de compétition, à somme nulle, où le bonheur de l'un est nécessairement la tristesse de l'autre. Quid de l'équilibre de tout ça ? Donc moi, quand ma collègue est partie, j'ai ressenti un pincement au cœur, ça oui. La petite douleur de la perte, pas de ressentiment. Je me suis juste dit, elle a du courage. Je suis contente de l'avoir encouragée. Et du coup, il y avait aussi de la fierté. Parce qu'elle l'a fait. Et qu'elle prenait un risque. Et qu'elle a choisi sa peur plutôt que son confort. Sachant que la peur l'a menée au confort de savoir qu'elle fait ce qu'il faut pour elle. Et moi, ça me permet d'évoluer, de me dire, je n'ai pas à me diminuer, à me rendre pas bien, si je me sens pas bien. Comme elle. Voilà. Et ça, c'est le signe qu'on n'est pas aigri. quand le succès ou la réussite des autres nous inspirent au lieu de nous écraser. Aussi, j'aimerais citer Steven Pressfield, auteur de The War of Art, qui dit quelque chose de fascinant sur la résistance. Donc la résistance de l'âme à faire quelque chose, à savoir, plus quelque chose est essentiel à la croissance de ton âme, plus la résistance sera forte. Autrement dit, moi, comment je l'ai interprété, c'est que ce qui compte vraiment à tes yeux te fera forcément peur. Parce que tu ne sais pas ce qui t'attend de l'autre côté. Ce qui est vraiment important pour toi, ce sera précisément ce qui va te paralyser. Et cette résistance, elle doit être ta boussole. Parce que sinon, si tu sens cette force qui te tire en arrière, qui te dit « pas maintenant, je n'ai pas prêt, à quoi bon ? » Par cette force, je veux dire que c'est la voix dans ta tête qui te pousse à te dire « purée, je ne suis pas prête pour ça, je ne vais jamais y arriver » . C'est le signe déjà que tu touches à quelque chose d'essentiel qui te bouscule. Et l'amertume, ce serait de céder à cette résistance et de se dire « ouais, j'avais raison de ne pas essayer parce que tout est décevant, j'y arriverai jamais » . Mais se tenir prêt à confronter cette résistance, c'est choisir de continuer malgré la peur, malgré le doute, malgré le risque d'échec. Il n'y a pas de risque nul. Et c'est le seul chemin, à mes yeux, vers la transformation. Personnelle, en tout cas. Parce que le monde, il ne va pas devenir plus doux parce qu'on le critique mieux. Il ne va pas s'améliorer parce que tu as compris à quel point il est « injuste » . Je pense qu'il y a des portes qui s'ouvrent quand on décide d'agir malgré les obstacles et qu'on choisit de bouger plutôt que de rester à... avachis, à se plaindre. Il vaut mieux un échec possible qu'un regret certain aussi. Parfois, je pense que l'amertume, c'est une forme d'anesthésie pour ne plus sentir. Parce que si je décide que plus rien n'a... Désolée, c'est la fatigue. Parce que si je décide que plus rien n'a d'importance, alors... plus rien ne pourra me blesser. Si je décrète que tout est vain, alors je n'ai plus à me battre. Si je conclue que le monde est nul, alors je n'ai plus à m'indigner quand il me déçoit. C'est pratique en un sens, et ça m'économise du temps, des émotions trop fortes, mais je pense que c'est se condamner à supprimer la joie. Parce qu'être aigri, ça rend impossible l'idée d'être émerveillé par la vie, d'être surpris. Tout le temps, tu vas te lever, tu vas te dire « purée, ça confirme que je ne vais pas me réveiller ce matin, je le savais, je savais que ce serait pareil que la veille » . Et à la fin, tu gagnes quoi ? Oui, tu te protèges, certes, mais de quoi ? De vivre. Et je reviens souvent à cette idée, la vulnérabilité c'est toujours un choix, parce qu'on peut se protéger, on peut se blinder, on peut aussi décider que le monde est trop hostile pour qu'on fasse confiance. Mais moi, je pense qu'on peut choisir de rester ouvert, de continuer à espérer, à aimer, même quand on a été déçu, excusez-moi. Et ce choix de rester vulnérable, c'est le plus courageux de tous. Je crois sincèrement que c'est facile de devenir amer et aigri, de se fermer aux autres, de se dire plus jamais. Ce qui est vraiment difficile à faire et que j'ai mis du temps. au fil des années, c'est de me dire « Allez, encore. Essaye encore, malgré tout. » Alors voilà, mon colis va peut-être arriver. Peut-être qu'il est déjà dans ma boîte aux lettres. Il est 13h44. J'ai vraiment l'impression que c'était bizarre et différent de ce que je fais d'habitude, parce que c'était un sujet compliqué à aborder pour moi. Je ne savais pas comment le tourner. Mais pour moi, être amère, c'est un choix. Parce qu'on refuse de se transformer et on préfère la sécurité et la croissance personnelle. Et moi, je choisis autre chose. Je choisis de ressentir en essayant de ne pas trop ruminer, d'être touchée sans être détruite, brisée. Et de reconnaître mes blessures sans pour autant les sacrifier sous l'autel du « ah mais ça fait qui je suis » . Non. Je choisis aussi d'encourager sans comparer. De me réjouir du bonheur des autres, même quand le mien est incomplet, parce que c'est pas de leur fait. Et de voir le succès d'autrui comme une inspiration, parce que souvent c'est tentant de voir ça comme une menace. Et je choisis aussi de continuer, même quand c'est gênant pour moi, de... Même quand je peux être cringe dans mon podcast, que je suis ridicule, maladroite, imparfaite, que j'articule pas correctement. Et je choisis d'être sincère. Sans phare, sans cynisme, sans cette fausse sophistication, on appelle ça, je crois. Et j'ai pas envie d'être délugionneuse et de me dire que je suis ça, je sais voir à travers les mailles du filet, tout le monde est un mouton, etc. Enfin voilà, moi je suis pas dans ça. Et peut-être que toi aussi t'es pas dans ça, tu m'écoutes sûrement en ce moment, dans ton dimanche, dans ton lundi, dans ta vie qui n'est ni plus ni moins compliquée que la mienne. Et est-ce que toi, t'as plutôt envie de tendre vers un quotidien où tu es moins aigri et t'as plus envie de partager du temps avec les autres, quitte à ce que des fois c'est un peu painful parce que c'est compliqué de vivre avec les autres aussi. Mais la grande question, c'est comment continuer à vivre pleinement malgré la souffrance, même si la vie est compliquée. Et je pense que c'est ok d'espérer même quand la déception est une possibilité. Merci d'avoir écouté. Merci d'être là, avec tes doutes, tes peurs, tes espoirs. Si tu veux m'écrire, c'est possible sur Dear Diary Podcast, sur Instagram. Je te dis à bientôt et surtout, n'aie jamais honte de ressentir, c'est la preuve que tu viens encore. C'est un peu bateau, mais voilà, je ne sais pas comment conclure. Bonne fin de semaine et joyeux 1er février, on va dire ça comme ça parce que le mois de janvier, il était super long. Des bisous et ciao ciao !