Speaker #0 Voici une traduction à la volée non formatée valide en français de l'interview en anglais. Il manque l'intro et la fin du podcast et surtout l'audio bilingue: Orateur #0** Merci beaucoup d’avoir pris le temps de discuter avec moi aujourd’hui du *National Observer*, ce média vraiment innovant dans le paysage canadien, entièrement en ligne et qui a développé une expertise dans le couverture de la crise climatique, pour l’essentiel. J’aimerais que vous alliez droit au but : pourriez-vous nous expliquer votre modèle économique et la structuration de votre approche, car elle est assez originale. --- **Orateur #1** Eh bien, merci pour cette question. Le modèle économique a vraiment évolué au fil des essais, des erreurs et des impératifs économiques. On a dû s’adapter en fonction de ce qui fonctionnait vraiment. Au début, j’ai lancé l’entreprise avec une campagne de **financement participatif**, car j’avais un peu d’investissement initial, environ **125 000 $** de la part de petits investisseurs qui voulaient simplement m’aider à ce moment-là. Mais je voyais bien que le financement participatif était la seule option viable pour moi pour toucher les lecteurs. Et en réalité, ce n’était pas vraiment une levée de fonds pour le journalisme. Il s’agissait surtout de **créer un lien avec les gens** autour de projets journalistiques d’investigation qu’ils voulaient voir aboutir, parce qu’ils se souciaient du climat ou de l’environnement. La motivation n’était pas : *« Oh, on veut du journalisme en soi. »* Non, c’était plutôt : *« On voit qu’il y a un vide dans la couverture de ces sujets, et vous nous proposez de le combler si on vous aide. »* Donc, ils étaient prêts à s’impliquer et à contribuer. --- **Orateur #0** Avez-vous exploité l’intérêt pour des enjeux très locaux, ou était-ce plutôt un intérêt général pour la crise climatique ? --- --- **Orateur #1** À l’époque où j’ai commencé, c’était probablement vers **2011 ou 2012**. Je dirigeais encore le *Vancouver Observer*, un média hyperlocal. On couvrait de tout : du paparazzi qui suivait les stars de *Twilight* jusqu’à la politique municipale, en passant par tout le reste. Mais il y avait cette histoire qui se déroulait sous mes yeux à Vancouver et qui m’a vraiment captivée. Il s’agissait d’un **oléoduc** que le Canada, ou plutôt la société **Enbridge**, voulait faire passer à travers une zone que des amis m’avaient décrite comme **extrêmement préservée** : la **forêt pluviale du Grand Ours** (*Great Bear Rainforest*). Je ne l’avais jamais visitée, mais je me suis dit : *« Wow, voici une histoire incroyable. »* J’étais encore relativement nouvelle au Canada, venue des États-Unis, de New York. Mais en tant que journaliste, ce sujet me fascinait. Je me demandais : *« Comment osent-ils faire ça dans une région où Greenpeace a été fondé ? »* Alors, on a commencé à couvrir cette histoire. Et l’argent que j’ai levé était destiné au **Projet de reportage sur les sables bitumineux** (*Tar Sands Reporting Project*). L’idée était de suivre ce dossier de bout en bout : depuis les sables bitumineux (qu’on appelait encore *tar sands* à l’époque), jusqu’à la côte. --- **Orateur #0** Ah, d’accord. Intéressant. Oui, ça a l’air d’une excellente approche. Prendre un sujet brûlant, susciter l’enthousiasme autour, et puis élargir la portée par la suite. --- **Orateur #1** Et bien sûr, je ne savais pas du tout qu’on allait faire ça. Il n’y avait **aucun plan maîtrisé**, non, non. --- **Orateur #0** Bien sûr. --- **Orateur #1** Oui. Au début, je pensais vraiment que **la publicité**, qui avait fonctionné pour la presse écrite, allait se transposer au numérique. Je croyais dur comme fer que ça marcherait. D’ailleurs, *The Atlantic* avait publié un grand article citant des hauts responsables de Google qui pensaient la même chose. --- **Orateur #0** D’accord, d’accord. Donc, au départ, vous aviez en tête un modèle basé sur la publicité ? --- **Orateur #1** Oui, exactement. Et j’avais même une équipe dédiée. Par exemple, **Janelle Johnson**, qui est aujourd’hui responsable des opérations au *National Observer*, était à l’origine embauchée pour s’occuper de la publicité. Et on a connu un certain succès avec ça… jusqu’à **2013 ou 2014**. Puis **Facebook** est arrivé en force à Vancouver. Ils ont envoyé des équipes sur place en disant : *« On va vendre de la publicité, et on va le faire mieux que vous. »* Et du jour au lendemain, plus personne ne voulait annoncer chez nous. Tout le monde voulait être sur Facebook. C’est à ce moment-là qu’on a pivoté, passant du *Vancouver Observer* au *National Observer*. Parce que, entre-temps, on s’était profondément impliqués dans l’histoire des oléoducs, qui était devenue un **sujet d’envergure internationale**. Et ça dépassait largement le cadre de la marque *Vancouver*. De plus, les **élections fédérales de 2015** approchaient, avec **Stephen Harper** et **Trudeau**. Alors, on a lancé le *National Observer* en **mars 2015** avec une autre campagne de financement participatif. On a levé environ **100 000 $** de la part de **800 personnes**, plus un peu plus d’investissements, et c’est comme ça qu’est né le *National Observer*. --- --- **Orateur #0** Maintenant, quand vous dites que vous avez levé des fonds… ce qui m’intrigue, c’est que, en tant qu’abonnée au *National Observer* et vu votre positionnement, je vous croyais **à but non lucratif**. Je pensais que vous étiez structuré comme une organisation sans but lucratif, mais en réalité, vous êtes détenu par un groupe **à but lucratif**. --- **Orateur #1** Ah, laissez-moi vous expliquer. On est détenu par **Observer Media Group**, dont je suis propriétaire à **59 %**. J’ai ensuite fait entrer d’autres… --- **Orateur #0** … investisseurs. --- **Orateur #1** Oui, des investisseurs. Et la raison pour laquelle on a choisi cette structure, c’est que, pendant les années où on couvrait les oléoducs à plein temps, on **cassait des histoires** : la **surveillance de citoyens par la GRC** (*RCMP*), les dysfonctionnements du système réglementaire… Il y a eu des **réactions très violentes**. Et j’ai été la cible de **harcèlement en ligne** de manière très agressive, bien avant que ça ne devienne monnayable contre les femmes. J’ai été l’une des premières cibles au Canada, surtout à Vancouver. Et en plus, c’était l’époque où **l’Agence du revenu du Canada (ARC)** menait des audits contre les **œuvres de bienfaisance environnementales**. Alors, il m’a semblé que la meilleure structure était celle d’une **entreprise privée**. Ça offrait une **confidentialité** à nos soutiens qu’ils n’auraient pas eue autrement. --- **Orateur #0** D’accord. --- **Orateur #1** On a jamais pensé qu’on allait devenir **ultra-rentables**, non. --- **Orateur #0** Non, bien sûr. Non, je comprends. C’est juste que, comme vous êtes très transparents sur vos sources de financement sur votre site, et que je savais que vous tiraiez des revenus des abonnements… Mais bien sûr, ça ne représente qu’une **partie minoritaire** de vos revenus, je suppose. Et vous avez peut-être aussi ce qu’on pourrait appeler des **abonnements institutionnels** : des entités gouvernementales ou des organismes à but non lucratif qui apportent des revenus plus réguliers ? --- **Orateur #1** Plus de **40 %** de nos revenus viennent des abonnements, oui. C’est à la fois des **abonnements individuels** et **institutionnels**, mais la majorité vient des particuliers. Comme vous le savez probablement, on revient vers nos abonnés **deux fois par an** pour leur demander de financer davantage de projets et de nous aider à boucler notre budget. Cette année, on espère lever **environ 300 000 $** rien qu’avec ces campagnes, et tout ça provient de gens qui sont déjà abonnés. Ce sont nos **soutiens les plus fidèles** qui disent : *« Oui, je veux vous aider à en faire plus. »* Mais je voudrais éclaircir un point qui, j’espère, jettera un peu de lumière sur notre modèle. Je nous considère comme un **modèle hybride**. Techniquement, **tous nos revenus sont commerciaux**, mais on collabore avec une œuvre de bienfaisance située sur l’**île Salt Spring**, appelée **l’Institut pour l’éducation à la durabilité** (*Institute for Sustainability Education*). C’est une œuvre de bienfaisance fondée par une personne devenue une très bonne amie, et dont la mission est **totalement alignée** avec la nôtre. Elle est venue me voir il y a quelque temps en disant : *« Écoute, peut-être qu’on pourrait travailler ensemble. »* Et ça a évolué vers un partenariat où, **en pratique, on agit comme des entrepreneurs sous contrat** pour exécuter des projets financés par des subventions qu’elle reçoit. --- **Orateur #0** D’accord. Donc, en somme… --- **Orateur #1** Et selon le langage de l’ARC, on appelle ça une **collaboration**. On collabore avec eux et avec la fondation. On garde le **contrôle éditorial**, mais on ne gère pas l’argent. Eux non plus, d’ailleurs. --- **Orateur #0** D’accord. --- **Orateur #1** Et ils publient aussi les articles. **N’importe laquelle des trois parties** peut publier un article. --- **Orateur #0** Donc c’est une **propriété intellectuelle partagée** ? --- **Orateur #1** Et on s’est mis d’accord pour que tout ça soit **en accès libre**. Aucun de ces contenus n’est derrière un paywall. --- **Orateur #0** Ah, d’accord. Je vois. Donc, d’une certaine manière, ça reste une **démarche caritative** ? --- **Orateur #1** Un **service public**, oui. Exactement. Et ça nous a vraiment donné **les ressources nécessaires** pour faire des choses qu’on n’aurait pas pu faire autrement. Nos abonnés ne sont pas encore assez nombreux. Il faudrait qu’on **double** leur nombre, et c’est quelque chose que j’ai toujours voulu faire. On essaie, et j’espère qu’on y parviendra grâce à cet arrangement. --- **Orateur #0** D’accord. Et vous avez trouvé cet arrangement **au fil du processus** ? Comme après 2015 ? --- **Orateur #1** Oui, je pense que ça a commencé vers **2017**. C’est arrivé quand j’ai vraiment commencé à vouloir **réorienter** la publication. Au début, on couvrait surtout les oléoducs et… bon, on n’était pas des militants, mais disons que c’était une histoire qui tournait autour de l’**activisme**. Puis **Trudeau est arrivé au pouvoir**, et ça a complètement changé la donne au Canada. Son gouvernement voulait **des solutions**. Alors, on a lancé un grand projet : le **Projet de reportage sur les solutions climatiques** (*Climate Solutions Reporting Project*). Ce projet est hébergé à l’Institut, et il sert de **parapluie** à tout le travail qu’on a fait au fil des ans sur le climat et les solutions. Je pense que ça nous a permis de **devenir leaders** dans ce domaine et de **pousser les autres médias canadiens** à suivre. Pendant ce temps, beaucoup de médias ont choisi de devenir des **œuvres de bienfaisance**, quand le gouvernement a simplifié ce processus. Vous savez de quoi je parle, bien sûr. --- **Orateur #0** C’est peut-être pour ça que je pensais que vous étiez une œuvre de bienfaisance ou une organisation à but non lucratif. Mais non, et vous êtes **satisfait de ce modèle**. Vous n’envisagez pas d’en changer ? --- **Orateur #1** Non, je n’envisage pas de changer, parce que le **modèle entrepreneurial** me pousse à innover, à… vous voyez, ça me convient vraiment. Et ça a marché pour le *National Observer*. Franchement, le temps qu’il faudrait pour **transformer ça en œuvre de bienfaisance**… Non, je ne veux pas, tout simplement. --- **Orateur #0** Oui. --- **Orateur #1** Je veux **diriger une entreprise**. C’est ce que je sais faire, et c’est ce que je veux continuer à faire. --- **Orateur #0** Oui, c’est vrai que c’est… assez impressionnant. La seule raison pour laquelle on choisirait de devenir une œuvre de bienfaisance, ce serait que, vous savez, en tant qu’organisme sans but lucratif, **on ne paie pas d’impôts**. --- **Orateur #1** C’est vrai. Mais je pense que si on était une œuvre de bienfaisance, ce serait **plus direct** pour une fondation de nous soutenir. Et elles pourraient nous offrir un **financement non restreint**, alors qu’avec notre modèle actuel, notre collaboration avec elles est **très ciblée** : uniquement sur le reportage sur les solutions climatiques. --- **Orateur #0** D’accord. Et vous évitez aussi tout le **travail administratif** lié aux subventions, non ? Enfin, peut-être que vous en faites quand même un peu, puisque… J’ai vu que certaines fondations, comme la **Fondation McConnell**, vous soutiennent aussi ? --- **Orateur #1** Oui. --- **Orateur #0** Est-ce qu’elles vous demandent le même type de **rapports** que pour une subvention classique ? --- **Orateur #1** On a une **méthodologie de rapport** très structurée, et on est **très rigoureux** là-dessus. Même si elles ne nous le demandaient pas, on le ferait quand même. --- **Orateur #0** Oui, bravo. Est-ce que c’est quelque chose que vous avez **appris en cours de route** ? Parce qu’en tant que journaliste, en tant que reporter, ce n’était probablement pas dans vos compétences initiales. --- **Orateur #1** Non, j’ai dû **l’apprendre en faisant**. Et j’ai **souffert** en l’apprenant. Parce qu’au début, quand j’ai réalisé que **la publicité ne se transposerait pas aussi facilement** au numérique… que si je voulais continuer, il fallait que je **génère des revenus**. Et ça voulait dire que je devais **aller à la rencontre des gens**, leur demander de l’aide de différentes manières, leur expliquer pourquoi c’était une bonne cause. C’était **totalement nouveau** pour moi. --- **Orateur #0** D’accord. Donc vous avez dû mettre en place des **indicateurs** : nombre de personnes touchées, nombre de lecteurs, abonnés, etc. ? --- **Orateur #1** Je pense que ce que j’ai vraiment dû faire, c’était **construire une relation solide avec nos lecteurs**, vraiment **renforcer le lien avec notre audience**. Et en même temps, comme je devais aussi **élever mes enfants** pendant ces années-là… J’ai été **mère célibataire** pendant un moment, puis je me suis remariée. Mais j’étais **très engagée** à être présente pour mes enfants pendant leur enfance. Donc je ne voyageais pas beaucoup à l’époque, mais j’ai dû le faire de temps en temps : aller à Toronto, rencontrer qui je pouvais, frapper aux portes à Ottawa… Si j’avais été **célibataire** ou sans enfants, les choses auraient peut-être **progressé plus vite**. Souvent, je ne pouvais pas sauter sur des opportunités ou passer à l’étape suivante comme j’aurais pu le faire autrement. Mais je ne regrette rien. Mes enfants sont **merveilleux**, et je suis **heureuse d’avoir pu profiter de ces années** avec eux. Ils ont grandi avec tout ça autour d’eux. --- --- **Orateur #0** C’est… Oui, vous avez de la chance. Oui, c’est **très important** d’être là pour ses enfants. Je suis d’accord. En parlant de votre équipe, comment la décririez-vous ? Quelle proportion est composée de **journalistes, de reporters** ? Qui d’autre fait partie de cette équipe ? Comment est-elle structurée ? --- **Orateur #1** Je ne connais pas exactement les proportions. Vous pouvez regarder sur la page de l’équipe, mais ce n’est pas quelque chose que j’ai en tête. Mais je peux dire que pendant **des années**, j’ai **sous-estimé l’importance de développer la partie commerciale**. Parce que je viens du **journalisme d’investigation**, et la seule raison pour laquelle je me suis lancée là-dedans, c’est **par passion**. Donc, j’ai toujours voulu réinvestir **tout l’argent qu’on gagnait** dans l’embauche de **journalistes talentueux**. Mais j’ai fini par réaliser : *« Mon Dieu, non, il faut que ce soit une entreprise. »* Et depuis, j’essaie… et c’est difficile de trouver des **commerciaux qui veulent travailler pour le journalisme**. Parce que, si vous êtes vendeur, pourquoi voulez-vous vendre pour un média ? Il faut **une vraie passion** pour ça. Et à l’époque, on ne pouvait pas **bien payer**. Donc j’ai dû **le faire moi-même** et **apprendre sur le tas**. Et j’avais toujours l’impression que, si quelqu’un d’autre s’en chargeait, on ferait **beaucoup mieux**. --- **Orateur #0** Mais on dirait que vous avez **réussi**, non ? Parce que oui… --- **Orateur #1** Maintenant, on a **une équipe commerciale**. --- **Orateur #0** Mais cette équipe commerciale cherche… parce que vous ne vendez **plus vraiment de publicité**, ou vous en vendez encore un peu ? --- **Orateur #1** Si vous regardez la page d’accueil, vous verrez qu’il y a **deux articles commandités**. Et puis il y a **Google Ads**, et on vend aussi à d’autres organisations qui veulent annoncer. Vous savez, on a **un public très spécifique**. Donc si vous voulez toucher ce public, le *National Observer* est l’endroit idéal. Mais **tout l’argent qui entre maintenant**, si jamais on devait faire une nouvelle levée de fonds ou obtenir plus d’investissements, irait vers le **développement de l’équipe commerciale**. Et là, on est en train de recruter un poste **très important** : un **responsable de la croissance** (*growth manager*). --- **Orateur #0** D’accord. Je me demande ce que ça veut dire, dans votre contexte. Qu’est-ce que cette personne ferait ? Est-ce que ce serait encore axé sur la publicité, ou sur les partenariats ? --- **Orateur #1** Vous savez, cette personne aura pour mission d’**identifier toutes les opportunités** qu’on a. Parce qu’on publie depuis si longtemps, qu’on s’est **établis**, et qu’on a **des millions de lectures**, mais on n’a **pas la capacité** d’exploiter toutes les opportunités qui se présentent. Donc ce ne sera pas à elle de **tout faire elle-même**, mais plutôt de **construire une équipe** capable de le faire. Et de **déterminer où se trouvent les plus grosses opportunités** pour nous. Mais une **grande partie de son travail** portera sur les **abonnements**. --- **Orateur #0** Combien d’abonnés avez-vous aujourd’hui ? --- **Orateur #1** La réponse que je donne toujours, c’est qu’on a **plus de 400 000 personnes** qui ont accès au *National Observer* du Canada via un **abonnements individuel ou de groupe payant**. --- **Orateur #0** D’accord. Merci. Et parmi eux, il y a des particuliers… Je ne vais pas vous demander trop de détails, mais est-ce que les **abonnements institutionnels** ont été une grosse aide ? --- **Orateur #1** La plus grosse chose qui est arrivée au début, c’était en **2017**, quand le **gouvernement fédéral** nous a contactés pour acheter un abonnement. Et depuis, ils ont **renouvelé chaque année**. Maintenant, on a un contrat pour **cinq ans de plus**. Donc c’est un **groupe substantiel**. Ça donne accès à **240 000 fonctionnaires fédéraux**. Et puis il y a aussi **l’Université de Toronto**, la **province de Colombie-Britannique**… On a plusieurs institutions. Et je dirais que la chose la plus importante, c’est que ça a **élargi l’accès**. Vous ne voyez pas ces chiffres dans **Google Analytics**, parce qu’ils ont leurs **propres adresses IP**. Ils y accèdent d’une manière qui n’est **pas captée par Google Analytics**. Donc quand je dis qu’on a eu **4,5 millions de visiteurs l’an dernier**, ce chiffre **n’inclut pas** ces lecteurs-là. --- **Orateur #0** Vraiment ? D’accord. Intéressant. Donc vous avez toujours un **contact direct** avec ces abonnés, ou pas ? Vous ne pouvez pas leur envoyer d’emails comme vous le faites avec moi en tant qu’individu ? --- **Orateur #1** Non, mais on **développe la technologie**. On se concentre vraiment sur **le site lui-même** et sur ce que les gens voient. Et on commence à mettre en place des **fonctionnalités** : par exemple, si vous êtes à l’**Université de Toronto**, vous verrez un **message spécial**. On va commencer à leur proposer des **newsletters**, etc. Pour le gouvernement fédéral, c’est plus compliqué, parce qu’ils utilisent un **service spécial** appelé **Service de surveillance des médias électroniques** (*Electronic Media Monitoring Service*). Mais ça signifie que chaque fois qu’on mentionne le nom d’un **ministre fédéral**, ça atterrit dans **leur revue de presse le lendemain matin**. Donc ça nous a aidés, **non seulement financièrement**, mais aussi en **termes d’impact**. --- **Orateur #0** Pouvez-vous nous parler de cette nouvelle **base de données civique** ? J’ai oublié son nom… --- **Orateur #1** **Civic Searchlight** (*Projecteur civique*). Il y a **six mois**, on a lancé une nouvelle dimension, une nouvelle **unité** au *National Observer* appelée **Civic Searchlight**, qui permet aux gens de **rechercher rapidement dans les réunions municipales** à travers tout le Canada. C’est quelque chose qui **n’existait pas avant**. Grâce à **l’IA**, on transcrit les réunions des conseils municipaux. Certaines sont sur **YouTube**, d’autres sur **Vimeo**. *Civic Searchlight* les transcrit, crée une **base de données**. On couvre maintenant **650 villes**, avec **35 000 réunions** consultables. Dans l’écosystème médiatique, la **presse locale** est en **phase post-apocalyptique**, non ? Il y a eu beaucoup de **médias indépendants locaux**, mais l’époque où les réunions des conseils municipaux étaient **bien couvertes**, c’est fini. --- **Orateur #0** Oui. --- **Orateur #1** Et ça veut dire que… --- **Orateur #0** D’ailleurs, à Toronto, je suis un *newsletter* du *Toronto Star* écrit par un journaliste qui ne couvre **que les réunions du conseil municipal**. --- **Orateur #1** Ah, sympa ! Je parie qu’il utilise **Civic Searchlight** maintenant. Parce que le jour du lancement, **100 personnes** se sont inscrites, et c’étaient **majoritairement des journalistes**. Aujourd’hui, **tous les médias canadiens** sont représentés. La semaine dernière, on a fait une présentation à **Radio-Canada (CBC)** et à leur **unité d’enquête**. Et depuis, **50 journalistes de la CBC** se sont inscrits. L’ampleur du projet est **vraiment impressionnante**. Et ce ne sont pas que des journalistes : ce sont aussi des **associations de santé publique**, des **associations juridiques**, des **chercheurs universitaires**, et beaucoup de **fonctionnaires municipaux**. Ils disent qu’ils l’utilisent pour voir ce que font **d’autres municipalités** dans les domaines où ils ont des difficultés. Quand j’ai un coup de blues, j’ouvre *Civic Searchlight* et je regarde la liste des utilisateurs. Je vois des groupes comme les **Panthères grises** (*Gray Panthers*), les **Grand-mères pour le climat** (*Grannies for Climate*), et même **l’Association médicale canadienne** ! Et j’adore lire les commentaires. Par exemple, un **syndicat** – je crois que c’était un syndicat de la **CUPE** – a écrit : *« C’est un outil **vital**, une question de vie ou de mort pour nous. »* (Je devrais retrouver la citation exacte.) Bref, c’est une technologie **améliorée par l’IA**, mais c’est aussi une **technologie fondamentale** dont les gens ont besoin. Et on a réussi à… --- **Orateur #0** Comment cette idée vous est venue ? Est-ce que quelqu’un dans votre équipe est **très calé en IA** ? --- **Orateur #1** C’est l’œuvre d’un **jeune journaliste** de notre équipe, qui a une formation en **science des données**. Ce qui l’a vraiment motivé, c’est une **préoccupation pour la démocratie**. Il est **écossais**, mais il est marié à une Canadienne et vit ici maintenant. Et il est **brillant**. D’ailleurs, cette année, il est **nommé pour quatre grands prix**, parce qu’il travaille aussi comme **journaliste d’investigation** pour nous. Bref, il a **construit ce système dans une cabane quelque part dans le Nord** (il vivait en Ontario à l’époque), et il nous l’a présenté. On a tous été **super emballés**, et puis **Observer Media Group** l’a racheté. Maintenant, on le développe encore plus. Ça a **redonné de l’énergie à toute l’équipe**, parce qu’on n’est plus **juste une entreprise de journalisme**. Maintenant, on commence à se voir comme une entreprise qui **construit des technologies pour le journalisme**, tout en **produisant du journalisme**. --- **Orateur #0** Oui, c’est très intéressant. Incroyable, même. Je dois absolument essayer ça. Et c’est **gratuit pour l’instant** ? --- **Orateur #1** Oui, pour l’instant. On verra comment ça évolue. Je pense que ce sera un **modèle SaaS** (*Software as a Service*). On le laisse **gratuit** pour l’instant, et on verra. Si on obtient **assez de soutien du secteur public**, on pourra peut-être le garder gratuit. Ce serait **notre préférence**. --- **Orateur #0** D’accord. --- **Orateur #1** Mais **rien n’est gratuit pour toujours**. Il faut un **modèle de monétisation**. On verra ce que ça donnera. --- **Orateur #0** Oui, wow. D’accord. C’est aussi intéressant d’avoir cette **personne hybride**, à la fois **data scientist** et **journaliste**. On dirait que, aujourd’hui, une bonne partie de vos journalistes doivent aussi **maîtriser la technologie** ? --- **Orateur #1** Je pense que **beaucoup de nos journalistes** s’intéressent aux **données** et à leur utilisation. On utilise **beaucoup les données** dans tous nos articles. D’ailleurs, notre **rédacteur en chef adjoint**, **David McKay**, est considéré comme l’un des **meilleurs en journalisme de données**. Il a même écrit **deux livres** là-dessus, et il est **très brillant**. Donc même avant [Rory, le créateur de Civic Searchlight], il travaillait avec les **jeunes journalistes** pour intégrer les données dans leurs reportages. Mais je pense que les **qualités d’un grand journaliste**, c’est avant tout sa capacité à **aller sur le terrain**, à **découvrir ce qui se passe**. Et pas juste à **rester devant un écran** pour essayer de le faire. Et puis, bien sûr, **son talent pour raconter une histoire**. --- **Orateur #0** Oui. --- **Orateur #1** Et si en plus ils ont des **compétences technologiques**, c’est un plus, mais on peut aussi **les associer à des experts en tech**. --- **Orateur #0** D’accord. Oui, c’est aussi un modèle possible : avoir des gens comme ce rédacteur en chef qui peuvent **soutenir les autres** sur la partie données. C’est vraiment un **discours très différent** de celui que j’ai entendu récemment de la part d’un journaliste de **presse traditionnelle**, qui regrettait simplement **l’époque du papier**. --- **Orateur #1** Oui, je comprends ça aussi, vous savez. Moi, j’ai commencé dans le journalisme en **1979**, donc j’ai **vécu les deux époques**. Et j’essaie simplement de **transposer ce que j’ai appris à cette époque** dans le monde d’aujourd’hui. --- **Orateur #0** Exactement. Je ne sais pas si vous voulez ajouter quelque chose sur le *National Observer*… --- **Orateur #1** Je dirais simplement : **toute personne qui écoute ça et qui veut s’impliquer**, ce serait **génial de vous compter parmi nos abonnés**. Même si, vous savez, je dis toujours aux gens : *« Même si vous ne lisez pas tout le temps, en vous abonnant, vous rendez le média accessible aux autres. »* --- **Orateur #0** C’est exactement comme ça que je le vois. Je n’ai pas le temps de lire tous les **excellents articles**, mais quand je le fais, je suis **tellement heureuse** de l’avoir fait. Je dois me limiter, sinon je passerais **tout mon temps** à lire. Je me dis : *« Oh, c’est trop bon ! Il y a des analyses incroyables là-dedans… »* --- **Orateur #1** Et j’ai hâte de voir ce que vous allez faire, Caroline. Merci. Merci à vous. --- **Orateur #0** Mais je dois **traduire en français**, parce que le podcast est en français. Donc il va falloir que je réfléchisse à ça. --- **Orateur #1** On a d’ailleurs un **partenariat avec *Le Devoir***. --- **Orateur #0** Ah bon ? --- **Orateur #1** Oui, le *National Observer* est **publié dans *Le Devoir***, et on publie **trois articles par semaine** là-bas. --- **Orateur #0** Wow, je ne savais pas ça ! J’adore *Le Devoir*. C’est un journal avec un **excellente couverture**. --- **Orateur #1** Oui. --- **Orateur #0** Oui, super. Parfait. .