- Speaker #0
Si on se dit, alors aujourd'hui... Bon, les personnes avec un handicap intellectuel, ils ne sont pas assez intelligents pour avoir une place dans la société ordinaire. On va les mettre ailleurs, on les met à part. Donc, on élimine leur chaise et on continue le jeu des chaises musicales. Ensuite, il y a la chaise peut-être des enfants dyslexiques. Alors aujourd'hui, ils ne sont pas menacés, entre guillemets, mais dans quelques années, je... On ne sait pas, toi, tu parlais de l'IA. Avec l'IA, on sait qu'il y a beaucoup de choses qui vont être remises en cause. Alors même peut-être que certaines personnes qui n'ont aucun handicap, ils n'auront plus de chaise dans le jeu des chaises musicales. employeur vous allez vous dire aujourd'hui j'ai le choix soit je prends une personne handicapée ça me coûte tant soit je prends une personne pas handicapée ça me coûtera le même prix la personne handicapée elle va montrer un cv ou elle a fait des milliards de stages elle a fait des études et un diplôme pourquoi je prends la personne handicapée qui lui n'a rien fait en fait vous Vous avez des personnes. Certes, ils n'ont pas fait la bonne école, le bon diplôme, etc. Mais ils sont ultra motivés. Ils veulent bosser, ils veulent travailler. Ils ne partent jamais à l'heure, ils arrivent en avance. Ils ne veulent pas faire de pause. Je leur mets des coupiers aux fesses pour aller faire des pauses. Ils veulent juste faire bien leur travail. C'est tout ce qui compte pour eux. Et parce qu'ils veulent être comme les autres, eux aussi ils existent. Eux aussi ils sont capables de faire des choses bien. Regardez chez Panache, on sort des super gâteaux, c'est super bon. Ils sont faits par des personnes qui n'ont à la base pas de place dans la société.
- Speaker #1
Bienvenue sur Désalarier, le podcast qui démystifie l'entrepreneuriat en partant à la rencontre de personnes ordinaires au parcours extraordinaire. Et aujourd'hui, nous sommes en compagnie d'Albéric. Merci d'avoir accepté de venir dans le podcast.
- Speaker #0
Merci à toi.
- Speaker #1
Avec grand plaisir. Donc dans le podcast, les thèmes que j'aimerais aborder, c'est l'inclusivité, l'impact et le management, si ça te va.
- Speaker #0
Parfait.
- Speaker #1
La première question que je pose tout le temps à mes invités, c'est est-ce que tu veux bien te décrire, s'il te plaît, et te présenter ?
- Speaker #0
Alors je m'appelle Alberic Béaguel et j'ai créé récemment, il y a deux ans et demi, une entreprise de pâtisserie, une pâtisserie qui s'appelle Panache, qui est dans le 17ème. Et c'est une nouveauté parce qu'avant je n'étais pas du tout là-dedans, j'étais dans l'informatique. En gros je faisais la gestion de projets informatiques, j'ai travaillé pendant 20 ans dans l'informatique. Ça a été un beau parcours, mais un jour j'ai décidé de me lancer dans l'entrepreneuriat, tout simplement parce que je voulais monter depuis longtemps une entreprise dans laquelle des personnes avec un handicap mental et cognitif puissent travailler, et que ce soit une entreprise ordinaire qui soit dans la société ordinaire. Donc c'est un projet que j'avais en tête depuis longtemps, et je me suis lancé un peu après des... Beaucoup de travail de remise en question au moment du Covid, aussi parce que les Cafés Joyeux marchent bien et sont exactement ce que j'aurais aimé faire. Et donc bravo à eux, ils m'ont beaucoup inspiré. Donc je me suis dit que c'était possible, alors qu'avant je pensais que c'était complètement impossible. Et voilà. Et pour me décrire, je suis quelqu'un de bosseur et de très déterminé.
- Speaker #1
Ok. Et pourquoi la pâtisserie, du coup ?
- Speaker #0
Alors, la pâtisserie, c'est une passion depuis que je suis petit. On allait tous les dimanches avec mon père acheter les gâteaux pour le déjeuner. Et j'étais toujours hyper intrigué par les pâtisseries, par les religieuses au chocolat. Je me disais mais comment ils font pour faire ça, c'est incroyable. par où y mettre la crème. Ça a été un truc qui m'a beaucoup fasciné. Après, je m'y suis mis un peu à la maison. C'est toujours été une passion. J'aime bien créer des saveurs sucrées, faire des associations, faire des gâteaux. C'est quelque chose qui me détend beaucoup. Je me suis dit que je vais faire quelque chose qui ne va pas être simple. créer une entreprise avec des personnes handicapées qui ne sont pas trop acceptées dans les entreprises ordinaires aujourd'hui, ça ne va pas être facile. Donc, il faut que je sois dans un domaine qui puisse être agréable pour moi. Donc, c'est pour ça que je suis allé dans ce domaine-là. Mais après, il y en a plein. Ça aurait pu être autre chose.
- Speaker #1
OK. Et si je ne me trompe pas, la raison pour laquelle tu avais décidé aussi d'entreprendre, c'est de créer une entreprise parce que tu voulais créer... Une entreprise dans laquelle ta sœur pouvait trouver sa place, c'est ça ?
- Speaker #0
Exactement. J'ai une sœur qui est handicapée, qui a un handicap mental et cognitif assez lourd, même si ça ne se voit pas sur son visage. Et donc, ma sœur, elle a juste un an de plus que moi. On était très proches en âge. Et elle était à l'école normale quand elle était petite parce qu'à l'époque, on conseillait de mettre les enfants avec les autres. Les enfants avec un handicap intellectuel, on les mettait avec les autres pour qu'ils soient stimulés. Donc, toute son enfance, elle était exclue d'à peu près toutes les activités, des groupes d'amis. Les gens se moquaient d'elle. À la maison, c'était compliqué parce que ma mère... essayer de la faire travailler pour qu'elle puisse quand même passer dans la classe suivante. Donc c'était très dur pour elle. En fait, elle faisait rien d'autre de sa vie que d'aller à l'école pour qu'on se moque d'elle et après à la maison essayer de comprendre ses leçons. Et puis il y a aussi beaucoup de choses, je l'ai vu toujours souffrir d'être exclu de tout. Quand on est handicapé comme ça, on ne peut même pas aller faire du sport dans les associations sportives parce qu'on ne comprend pas les règles et que les gens ne vont pas accepter de vous les expliquer. En tout cas, c'était comme ça il y a 20 ans, 30 ans. Donc en fait, on ne fait rien, on n'est pas invité aux soirées, on n'a pas d'amis. Donc j'ai toujours eu souffrir et ça m'a fait beaucoup de peine. Et j'ai toujours senti vraiment qu'il n'y avait qu'une chose qu'elle voulait, c'était avoir une place dans la société n'importe où, mais juste dans la société quelque part, qu'elle puisse se sentir incluse.
- Speaker #1
Ok. Et justement, le domaine de la pâtisserie et de la boulangerie, souvent on l'assimile à un domaine avec une technicité extrême. t'avais pas peur qu'en employant des personnes avec un statut handicapé, qu'elles puissent ne pas répondre aux exigences de la pâtisserie ?
- Speaker #0
Alors moi justement j'ai toujours vu la pâtisserie comme oui, une discipline technique, mais une possibilité de décomposer chaque recette de gâteau en une multitude de petites recettes qui vont être simples. Et après, il y a de l'assemblage qui peut être technique. Il y a des cuissons qui peuvent être techniques, voire même dangereuses pour des personnes qui ne se rendent pas forcément compte. Mais globalement, sur un gâteau, il y a plein de petites recettes qui peuvent être faites par n'importe qui, si elles sont motivées, si elles ont envie de travailler, de les faire, de les répéter. Et donc je me suis dit que c'était un domaine dans lequel les personnes handicapées, en tout cas avec un handicap intellectuel, pouvaient réaliser beaucoup de choses. Après effectivement, aujourd'hui, toutes les parties techniques, donc le Ausha, les montages techniques sur les gâteaux, c'est moi qui les fais chez Panache. Mais parce qu'en fait, il faut effectivement que cette partie technique soit bien faite pour que le gâteau puisse se vendre. L'objectif d'une entreprise de pâtisserie, c'est de vendre ses gâteaux. Mais derrière toutes les petites choses, les crèmes, même les pâtes, tout est faisable, il suffit de... Juste de vouloir bien répéter des recettes. Et ce n'est pas trop compliqué.
- Speaker #1
Et Panache, aujourd'hui, c'est une pâtisserie qui emploie combien de personnes ? Qu'est-ce que c'est Panache, concrètement ?
- Speaker #0
Alors Panache, ça a commencé il y a deux ans et demi. J'ai commencé dans un labo de pâtisserie en sous-sol, où on ne faisait que du click and collect. J'avais un seul employé, Raphaël. qui est arrivé au début, qui est autiste et un stagiaire. Et puis aujourd'hui, on a une boutique. C'est un atelier boutique, rue de la Terrasse, dans le 17e. On produit les gâteaux devant les clients. Et on est sur une rue piétonne avec beaucoup de passages. Et on a beaucoup de monde qui vient. Et aujourd'hui, il y a trois salariés en CDI. Donc, Gabriel qui a la vente. Thao et Raphaël qui sont à la pâtisserie, deux stagiaires et récemment j'ai pu prendre quelques heures un encadrant qui vient m'aider pour encadrer quand tout le monde est là en même temps. Moi ça fait beaucoup. Voilà, c'est ça Panache aujourd'hui.
- Speaker #1
Ok, très bien. Et tu as des volontés justement d'ouvrir peut-être dans le futur d'autres pâtisseries Panache ou pas du tout ?
- Speaker #0
Oui, alors là, je suis sur du concret, sur du court à moyen terme. Je voudrais ouvrir un labo de pâtisserie plus grand et vraiment plus adapté, parce qu'aujourd'hui, c'est quand même petit. On a une boutique qui est assez petite. Donc là, je suis en recherche d'un local pour faire ce labo de pâtisserie qui ne serait pas loin de la boutique. Je garderai la boutique et la petite partie atelier, mais on pourrait produire en plus grosse quantité et dans des meilleures conditions. les gâteaux, donc il y a cette recherche-là. Et effectivement également d'embaucher plus de monde, parce que j'ai la chance d'avoir beaucoup de personnes qui veulent travailler chez Panache, que ce soit en stage, en alternance ou comme employé. Et donc ça me fait mal au cœur de leur dire non quand j'ai des candidatures. Donc j'aimerais bien avoir plus d'employés.
- Speaker #1
Ok, et je vais revenir un peu en arrière. Du coup, toi qui n'étais pas du tout de ce monde-là, tu as dû te former. Ça n'a pas été trop difficile justement de revenir entre guillemets en arrière sur ta formation initiale et puis te lancer dans un autre domaine ?
- Speaker #0
Alors ça n'a pas été facile parce qu'effectivement le CAP pâtissier qu'il faut absolument avoir pour ouvrir ce genre de boutique, il est très sympa à suivre, on apprend beaucoup de choses, c'est hyper intéressant. Mais par contre, il faut faire des stages. en entreprise et moi je me suis formé alors que j'étais encore dans mon ancien travail pour garder mon salaire. Donc ça n'a pas été évident cette formation, ça a été long, mais j'ai beaucoup aimé faire le CAP pâtisserie. L'examen n'est pas forcément facile, donc je suis content aussi d'avoir vu ce que c'est cet examen du CAP pâtisserie et de voir qu'il n'est pas du tout adapté. aux personnes avec un handicap intellectuel, parce qu'on vous demande de vous organiser très bien pour réaliser plein de gâteaux en même temps. Et ça, en fait, ce n'est pas du tout faisable. En tout cas, moi, pour mes employés, ils ne pourraient pas faire ça, parce qu'ils sont vraiment capables de réaliser des tâches, une par une, des recettes une par une, mais s'organiser pour faire plein de choses en même temps et passer de l'une à l'autre pendant qu'il y en a une qui cuit, etc., c'est trop compliqué. Donc moi, aujourd'hui, chez Panache, il n'y a aucun CAP pâtissier.
- Speaker #1
Mais en plus, ce que je trouve hyper intéressant dans ton parcours et dans tout ce que tu as créé aussi, c'est que tu as cassé complètement, pour moi, pas mal de codes. Tu as cassé des codes qui étaient vachement présents dans la pâtisserie, mais aussi dans l'entrepreneuriat de manière générale et dans la société de manière générale. Parce que tu le disais tout à l'heure, tu as revu complètement la manière dont on peut mettre en place des pâtisseries. On connaît le domaine de la pâtisserie, de la cuisine comme des domaines hyper exigeants, avec des codes hyper carrés, très stricts, beaucoup d'exigeants. J'ai écouté par exemple le parcours de Nina Métayer, où en plus c'est un endroit dans lequel ça crie, les conditions de travail sont hyper difficiles. Et toi, dans ton parcours, j'avais vu que tu avais un fort rejet de ce qu'on appelle le lean management. Alors tu m'arrêtes si je dis des bêtises, je crois que c'est un type de management qui est focalisé sur l'expérience client et qui est inspiré de Toyota et du Japon. Et là justement depuis tout à l'heure tu décris le fait que toi tu as revu complètement la manière dont il faut encadrer non seulement les personnes avec qui tu travailles, mais aussi la manière dont on travaille tout court dans le domaine de la pâtisserie. Comment tu as réfléchi à tout ça en fait quand tu as voulu le mettre en place ?
- Speaker #0
Alors c'est vrai que le Lean Management, l'idée c'est de pressuriser aux salariés au maximum, même de les mettre sur des tâches hyper répétitives, peu importe si ça leur va ou pas, on ne va pas se faire préoccuper juste avec le chrono, voir qui est le plus rapide. Donc moi j'ai toujours pensé que ce n'était pas humain de faire comme ça, c'est quelque chose pour des robots. Voilà, alors j'ai fait un stage aussi en pâtisserie qui s'est mal passé parce que je suis tombé justement dans une entreprise où ça criait, où c'était très tendu, où ça mettait des coups, où c'était vraiment très très dur parce qu'effectivement moi je suis assez... c'est sensible, donc je l'ai très mal vécu. Et donc moi, je veux faire exactement l'inverse. Et je pense vraiment qu'on n'est pas obligé de pressuriser ces employés. Je pense qu'il y a plein d'entreprises d'ailleurs qui ne les pressurisent pas. comme ça, quoi. Mais qu'avec de la valorisation, de l'accompagnement, de la patience, avec de l'amour, tout simplement, on est capable d'obtenir beaucoup de choses. En tout cas, moi, avec mes salariés, c'est ça. Ceux qui bossent chez Panache, ils se font pas crier dessus. Il y a zéro stress. Si ça rate la recette, eh ben, on la recommence. C'est pas grave, on va pas... Tant pis, on expliquera au client qu'il va falloir qu'il attende un peu pour avoir son gâteau, parce qu'on va le refaire. je suis toujours super surpris de voir des clients qui peuvent s'énerver pour des gâteaux mais ça reste un gâteau on va le refaire c'est pas une fusée il n'y a pas un décollage immédiat donc au final pour des gâteaux on peut se dire qu'on ne va pas se mettre une pression de dingue et on va essayer de faire les choses bien et au final quand on fonctionne comme ça avec de la tendresse, avec de la valorisation ne pas oublier de dire Merci. c'est bien, c'est beau ce que tu fais, même si on le pense et qu'on va dire juste merci souvent, mais dire c'est bien, c'est beau, c'est super. Et avec ce fonctionnement-là, moi en tout cas j'ai des salariés qui se donnent à fond, qui sont motivés comme jamais, qui progressent vraiment énormément dans leur réalisation quotidienne, et qui sont toujours contents de voir qu'ils font encore mieux que la veille. Et voilà. Moi, je l'ai cru ne mettre pas. Après, si on a un qui est très lent sur une tâche, je m'adapte. Je ne vais pas le mettre dessus. Je le mettrai dessus si on est tranquille, si on n'a pas trop de commandes, si on a beaucoup de temps et s'il a envie de le faire, OK. Mais sur un week-end où on va avoir beaucoup de travail, je vais dire non, le fonçage des tartes, ce sera Tao, parce que c'est lui qui est habitué à le faire et il va vite dessus. C'est très bien, ce sera lui qui va le faire parce qu'on a besoin de beaucoup. mais ça tout le monde le comprend, il n'y a pas de soucis.
- Speaker #1
Mais de toute manière, je pense que tu as raison, parce qu'au fond, on dit toujours au départ dans la cuisine que tout est ton amour quand tu fais quelque chose. Donc en fait, c'est ça aussi qui est important. Et comme tu dis, moi je suis manager aussi d'une équipe et je suis persuadé qu'il n'y a pas besoin de crier sur les gens, d'être trop autoritaire ou autre, non seulement pour atteindre des objectifs, parce que dans l'entreprise, ce qu'on nous demande, c'est d'atteindre des objectifs en tant que manager. C'est aussi qu'en fait, les gens, il faut les encourager, il faut les accompagner aussi. Et je pense que comme tu dis, moi, c'est ce que j'essaye de faire dans mon management, c'est d'avoir un maximum d'adaptabilité. C'est regarder en fait ce que chacun est capable de faire, les points forts de chacun, mais aussi écouter en fait les envies de chacun. Parce qu'il n'y a que comme ça que je pense qu'on peut tous en fait se pousser d'une manière positive et d'atteindre ce qu'on veut avoir in fine. Toi, par exemple, d'obtenir du coup la pâtisserie qui doit être réalisée. Il n'y a pas besoin pour ça de pressuriser les gens. Et pour moi, c'est contre-productif d'avoir des personnes qui viennent avec la boule au ventre ou qui perdent tout sens à ce qu'ils font, qui sont complètement découragés et qui perdent confiance en eux. Ça n'a aucun intérêt. Et c'est dans l'intérêt de personne pour moi, in fine. Donc là-dessus, je pense que le mot fort que tu dis, et je pense que c'est là où tu dois être fort, c'est vraiment de s'adapter. Je pense à la situation, aux personnes que tu as. Et comme tu dis, en fait, on n'est pas des machines. Donc, on ne peut pas tout le temps reproduire la même chose encore et encore, de la même manière, toujours de manière parfaite. Et le but, c'est aussi de s'adapter au fur et à mesure à ce qui se passe à l'instant T. Je pense que toi, du coup, ça doit être aussi le cas. C'est que tous les jours ne doivent pas du tout se ressembler. Et tu es obligé de t'adapter au fur et à mesure, en fait.
- Speaker #0
Oui, c'est ça, exactement. Et puis, s'il y a quelque chose qui rate, parfois, il faut s'adapter parce qu'on va avoir une tendance à un peu s'agacer. Ça, moi, j'ai beau avoir beaucoup de patience, c'est une de mes qualités, mais parfois, je vais m'agacer intérieurement. Il faut arriver à le gérer, à ce que ça ne se ressente pas et à ce que la journée puisse bien se passer, bien continuer. Parce que c'est vrai que si vous avez un manager qui pète les plombs... Mais après, je pense que le monde de la cuisine et de la pâtisserie est en train de changer un petit peu. Je pense que c'est moins le cas, ces fonctionnements vraiment tyranniques, très durs, là, qui... Et je pense que, en tout cas, je suis content que Panache soit une pâtisserie qui ne respecte pas les codes traditionnels de la pâtisserie. Même si on fait beaucoup de gâteaux un peu traditionnels, revisités, mais dans l'esprit traditionnel, l'esprit, c'est l'inverse.
- Speaker #1
Moi, je pense que de toute manière, que ce soit dans la cuisine ou de manière générale dans les entreprises, tous les codes changent un peu. Moi, je suis issu du monde du droit, qui est un domaine qui est assez strict aussi. Et je vois qu'en fait, les anciens codes ne fonctionnent plus avec que ce soit les nouvelles générations ou même les envies des gens. Les gens, après le Covid, ont besoin de plus de sens dans ce qu'ils font. De manière générale, j'ai l'impression, ils ont revu aussi certaines priorités et ils se laissent moins marcher dessus des fois. Ce qui fait que le monde change et je pense qu'avec même l'arrivée de l'IA, etc., il va y avoir encore plus de bouleversements. Et je pense qu'on ne peut plus rester sur un modèle ancien où... les personnes, enfin moi je le vois dans mon entreprise ou de manière générale en fait là où des générations comme la mienne acceptaient des choses qui paraissent complètement inacceptables tu disais tout à l'heure par exemple qu'il y avait des coups des hurlements, des choses comme ça quand t'avais été formé c'était malgré tout en fait passer sous la enfin c'était on restait pas dessus et on acceptait et on passait à autre chose alors qu'aujourd'hui ça passe plus du tout et moi je vois et j'ai Et ça améliore du coup même nos conditions de travail à nous. Les jeunes générations, en fait, elles disent, bon ben, pour moi, c'est hors de question. Elles posent leur démission, elles partent. Et pour moi, du coup, tout est en train de changer complètement et parfois pour le mieux aussi. Et là, c'est le cas, je pense. et ce que tu avais dit aussi c'est que ce que tu rejettes un point qui est important pour toi c'est la course à la performance tu m'avais dit une phrase qui était forte c'est que, moi plutôt dans un podcast que tu avais tourné anciennement qui faisait les reconversions que si on est dans une société où on élimine les non-performants un jour on éliminera les performants qui deviendront non-performants et tout à l'heure tu me citais également que... Même pour les personnes qui peuvent avoir des situations de handicap ou des personnes dyslexiques ou autres, en fait, c'est ce qui risque d'arriver dans le futur, c'est qu'au fur et à mesure, on va éliminer d'autres personnes. C'est un peu ça ?
- Speaker #0
C'est ça. Alors déjà, il y a l'idée de la dignité humaine, qui pour moi est très importante. C'est-à-dire que chaque être humain doit avoir une place dans la société. On doit s'en préoccuper. Donc ça, c'est une question qui est hyper importante pour moi. Et après, effectivement... Une question aussi, en tant que parent, parce que moi j'ai trois enfants, mais aussi quand je vois mes parents, auparavant quand je vois certains amis, parents qui ont des enfants qui sont dyslexiques, ou qui ont des enfants qui ont des problèmes à l'école, qui marchent mal, en fait ils ne sont pas rassurés. Donc si on se dit, aujourd'hui les personnes avec un handicap intellectuel ne sont pas assez intelligentes pour avoir une place dans la société ordinaire, on va les mettre ailleurs, on les met à part. Donc on élimine leurs chaises et on continue le jeu des chaises musicales. Ça va stresser tout le monde. Ensuite, il y a la chaise peut-être des enfants dyslexiques. Alors aujourd'hui, ils ne sont pas menacés, entre guillemets, mais dans quelques années, on ne sait pas. Toi, tu parlais de l'IA. Avec l'IA, on sait qu'il y a beaucoup de choses qui vont être remises en cause. Alors même peut-être que certaines personnes qui n'ont aucun handicap, ils n'auront plus de chaises dans le jeu des chaises musicales. Et donc, en fait, si on continue comme ça, on va aller toujours vers la performance. Il restera trois chaises. et il y aura un petit jeu avec les plus performants qui en plus ont parfois des qualités et des défauts qui ne sont pas forcément géniales d'un point de vue humain, mais eux, vu qu'ils sont capables de raisonner très vite, d'être performants dans leur travail, on leur permet de continuer le jeu des chaises musicales. Donc moi, j'aime l'idée. de participer à ce jeu avec les plus faibles et d'essayer de dire, ben non, eux aussi ils existent, eux aussi ils sont capables de faire des choses bien. Regardez chez Panache, on sort des super gâteaux, c'est super bon, ils sont faits par des personnes qui n'ont à la base pas de place dans la société. On les met ailleurs et on leur dit non, la société ordinaire, elle n'est pas pour vous. Donc ça, c'est une idée que j'aime beaucoup. Et bon, moi, je fais ça comme un colibri avec des petites brindilles. C'est vraiment tout petit. J'espère que je vais réussir à grossir. mais on a quand même, par exemple, dans le quartier, dans le 17ème, dans tout le réseau autour de Panache, toutes les personnes qui ont commandé, qui ont vu ce que c'était, ou même qui sont simplement venus acheter juste une part de flanc ou autre chose, des gens qui se rendent compte parfois que, oui, effectivement, une société dans laquelle il y a des personnes handicapées qui sont incluses, ça a du sens. Donc pourquoi pas ? Il y a des cafés joyeux qui le montrent bien aussi. Donc là, avec des jeunes qui font plus le service, moi c'est plus à la fabrication. Et quand ils goûtent les gâteaux panache, qu'ils se disent « Ah, mais en fait c'est super bon ! » Moi j'ai eu plusieurs réflexions. de personnes qui me disaient mais en fait on se dit c'est fait par des personnes handicapées ça va pas être très bon bon on y va quand même mais ça va pas être très bon et bien en fait il trouve mais c'est incroyable c'est super bon c'est fait par des personnes handicapées c'est super bon qu'est ce qui se passe mais il se passe que c'est des personnes qui ont tout à fait leur place et moi aujourd'hui j'en ai je les ai plus à faire leurs recettes donc c'est vraiment ils font leurs recette complètement. Et ça, je trouve ça génial. Et je ne m'en émerveille pas assez. Mais il faut que je m'en émerveille. Parce qu'en plus, je les vois tous les jours qui se concentrent à fond. Ils ont plus de difficultés à faire ce qu'ils font que moi. Donc déjà, je dois être plus admiratif. Parce qu'ils se concentrent à fond pour réussir à sortir leur recette. Ils la font du mieux qu'ils peuvent. Et c'est beau, c'est magnifique.
- Speaker #1
Et comment tu fais justement, parce que ces personnes, tu disais qu'elles n'avaient pas de CAP de pâtisserie. Comment est-ce que tu les... Trouve, comment est-ce que tu arrives à jauger qu'elles vont être bonnes ou pas dans les tâches que tu veux leur donner ou dans le poste que tu veux donner ?
- Speaker #0
Alors, le premier employé, Raphaël, il avait un CAP boulangerie. Donc ça, c'est un peu plus facile à obtenir, notamment pour les personnes avec un handicap intellectuel. Donc je me suis dit tout de suite, il sait faire de la boulangerie, il n'y aura pas de souci. Il a envie de faire de la pâtisserie, il n'y aura pas de souci. Pour Tao et pour une autre qui était employée l'année dernière, eux ils travaillaient dans un ESAT en pâtisserie. Donc ce n'est pas le même niveau de pâtisserie qu'il y a attendu chez Panache. Mais voilà, ils savent faire des pesées, faire des recettes simples. Et après, moi, je suis convaincu qu'une personne qui est motivée, si elle a quand même quelques bases, il n'y aura pas de souci. va réussir. Et après, par exemple, j'en ai eu une, Gabrielle, celle qui a la vente aujourd'hui, elle est arrivée en stage. Alors moi, j'ai souvent des stages. Et là, elle est arrivée en stage pour faire de la pâtisserie. Et Gabrielle, j'ai vu que ça allait être compliqué en pâtisserie. Elle était hyper volontaire, mais qu'est-ce qu'elle avait envie de faire de la pâtisserie ? C'était incroyable. Mais elle a des gros problèmes de tremblement, voilà, son handicap intellectuel, ça rend les choses aussi assez compliquées pour ne pas se tromper sur les pesées, etc. Donc je me suis dit ça va pas être possible, voilà j'ai rien à garder parce que j'adore sa personnalité mais ça va pas être possible. Et puis je voyais qu'à chaque fois qu'un client rentrait dans la boutique, elle avait envie d'aller le servir. Quand elle me voyait aller lui servir le gâteau, faire la caisse et tout, je la voyais avec des grands yeux, elle regardait. Et donc un jour je lui ai dit tiens tu voudrais pas essayer de faire de la vente avec moi ? Donc en fait, je l'ai mise sur la vente. On a fait ça ensemble. Ça a pris longtemps avant qu'elle puisse être un peu autonome sur la fermeture des boîtes, etc. Mais aujourd'hui, elle a progressé tellement. Et puis elle est à l'aise maintenant avec les gens. Les clients l'adorent parce que c'est vraiment une personnalité tellement gentille, tellement vraiment adorable. C'est l'humanité dans toute sa splendeur qui ne ferait pas de mal à une mouche. Et donc, voilà, je me suis adapté à ce niveau-là en me disant, voilà, la pâtisserie, non, ce ne sera pas possible, mais la vente, elle y a réussi. Je n'étais pas sûr au début qu'elle allait réussir, parce qu'elle avait beaucoup de mal à fermer les boîtes avec son handicap cognitif. Mais maintenant, aucun problème, elle y arrive très, très bien.
- Speaker #1
OK. Et je disais tout à l'heure que tu cassais aussi les codes. J'ai eu pas mal d'invités, en fait, et d'entrepreneurs précédemment. Et souvent, ce qui ressort, c'est que l'entreprise qu'ils ont créée, elle n'est pas forcément rentable. Toi, ce que tu fais en plus, c'est que tu as fait une entreprise qui était bénéficiaire et avec peu de turnover, un peu l'entreprise idéale pour tout le monde, surtout quand on parle de turnover et en plus derrière de bénéfice. Et tu démontres que justement, on peut démarrer une entreprise avec des personnes handicapées et être bénéficiaire dès la première année. Donc déjà, félicitations à toi pour ça. Et tu dis que ce qu'il fallait justement, c'est... avoir un cadre tout en restant souple et que tu es devenu rentable en t'adaptant. Comment tu fais pour avoir un cadre mais réussir à rester souple malgré tout ?
- Speaker #0
Alors, ça demande quand même du travail, effectivement, pour réussir à ça. Je pense que le cadre, c'est chacun va être sur ses recettes. Et la souplesse, ça va être à moi de l'avoir. Parce que quand il y en a un qui n'est pas capable de faire sa recette parce qu'aujourd'hui ça va moins bien, ou parce qu'il rate, ou parce que... d'autres raisons, c'est moi qui vais devoir m'adapter. Je vais devoir lâcher ce que je suis en train de faire pour venir à sa rescousse. Donc en fait, c'est un fonctionnement un peu d'aidant. Je me sens un peu comme un aidant auprès de mes pâtissiers et à la fois le responsable de la finalisation des gâteaux qui valorise le travail des pâtissiers. Donc eux font l'intérieur des gâteaux et moi il faut que je valorise tout ce qu'ils font en région en réussissant le montage final. Donc j'ai cette chance d'avoir réussi à avoir une technique pâtissière assez rapidement. et une bonne technique. Donc ça me permet d'aller vite sur les montages, pour justement valoriser ce travail, et d'avoir du temps à passer avec eux, pour les accompagner. Et en fait, avec un peu d'accompagnement, ils sont aussi performants que des salariés classiques, au bout d'un moment. Donc là, moi, effectivement, j'ai des personnes handicapées qui sont dans ma pâtisserie. Mais je ne trouve pas que ce soit gênant.
- Speaker #1
M'immentiver par... Par exemple, j'ai eu une autre invitée qui s'appelle Christelle Pelletier, qui est la fondatrice d'Opac. Elle, elle avait fondé aussi son modèle en faisant créer ses produits dans des établissements pénitentiaires, avec des personnes qui étaient en réinsertion. Et au départ, elle m'expliquait que tout le monde décriait un peu le modèle qu'elle avait réalisé, parce qu'il disait qu'elle n'arriverait jamais à être rentable ou autre avec ce modèle-là, et qu'aujourd'hui, en voyant les résultats, les gens lui demandent comment elle a fait, comment elle a réfléchi à tout ça. Est-ce que toi, tu as galéré un peu au début ou pas du tout avec le modèle que tu voulais créer ?
- Speaker #0
Ouais, j'ai beaucoup galéré. Je galère encore aujourd'hui. Il faut le dire. Après, je pense que tous les entrepreneurs galèrent. Mais oui, effectivement, ce n'est pas évident. On ne sait pas trop où on va. En plus, j'ai l'impression de progresser en pâtisserie tous les jours, quasiment. Je ne suis pas non plus un créateur. craque de la pâtisserie, donc il faut que je me mets au niveau tout le temps, je suis toujours dans des dans de la progression donc j'ai galéré parce que parfois j'ai pas pris les bonnes personnes notamment en stage qui ont éventuellement mis un peu le bazar qui m'ont pris plein de temps sur des périodes un peu chargées, ça peut être ça. J'ai galéré parce que je m'imaginais qu'un tel ou un tel allait pouvoir être plus autonome rapidement sur ses recettes. J'ai galéré parce que c'est difficile de se rendre compte du temps qu'on va mettre sur un gâteau. Juste ça en fait. Et ma femme me le reproche souvent, c'est que je lui dis je vais rentrer à telle heure et en fait j'ai très mal évalué le temps qu'il faut pour réaliser ils ont une série de gâteaux et voilà. En fait, une série de gâteaux... c'est exactement comme ce que je disais tout à l'heure sur les recettes, c'est plein de petites recettes simples, et donc on va négliger parfois certains points, de toute façon c'est simple, ça va vite, mais 5 minutes plus au final ça rallonge les temps, et donc parfois quand il y a beaucoup de commandes, ou quand il y a beaucoup de production à sortir, il faut travailler la nuit, il faut... Et puis il y a tout ce qui est administratif. En tant qu'entrepreneur, je trouve que c'est très très lourd. C'est beaucoup plus lourd que ce que je pensais. Je me disais, il y a plein de gens qui créent des entreprises, donc ça ne va pas être si compliqué que ça. Sinon, personne ne le ferait. Et en fait, mais qu'est-ce que c'est compliqué. On n'est vraiment pas aidé à ce niveau-là.
- Speaker #1
Je te rejoins. Moi, pour créer ce podcast, j'avais créé un numéro de sirète et puis j'ai dû déposer un brevet. Juste ça. Mais qu'est-ce que j'ai galéré ? Alors qu'en fait, moi, je suis dans le droit, donc normalement, je m'y connais à peu près. Mais honnêtement... Et en plus, je n'ai même pas une phobie administrative, mais le nombre de démarches qu'il faut faire pour changer une adresse, pour ajouter une activité, des choses... Des choses qui sont censées être basiques et qui sont en plus obligatoires pour la création d'une société, je trouve que c'est un enfer. Et le moindre truc qui devrait être facile sur le papier, comme je disais, j'avais aidé un ami pour faire un changement d'adresse de son entreprise, parce qu'il avait déménagé. C'est une galère sans nom.
- Speaker #0
Il n'y a pas de processus clair. Il n'y a pas de processus où on peut suivre juste tac, tac, tac, et voilà, c'est fait. Non. Il faut aller à tel endroit, puis à tel endroit, on ne sait pas trop.
- Speaker #1
Ouais, c'est ça. Et puis quand tu t'aventures en plus dans des choses qui n'existent pas non plus de base, en fait, t'as aucun modèle sur lesquels t'appuyer. Donc c'est encore plus galère quand tu sais pas du tout. Moi, je vois... Donc moi, quand j'ai dû créer mon podcast, ça allait encore parce que t'avais toutes les personnes qui avaient fait déjà du YouTube, des choses comme ça, qui avaient des codes neufs qui étaient déjà créés. pour moi c'était assez simple mais quand t'es au début et quand t'es entre deux lignes ou des choses comme ça c'est hyper galère en fait parce que tu sais pas du tout où il faut aller et autre sujet quand on a échangé ensemble et tu l'as dit tout à l'heure c'est que ce que tu voulais pas c'est un échec donc non seulement pour toi mais aussi pour les personnes handicapées qui elles vivent l'échec en permanence et tu partais du constat que la société elle était pas faite pour les personnes qui étaient atteintes de handicap selon toi qu'est-ce qui manque à la société ou Merci. aux sociétés pour accueillir au mieux justement les personnes handicapées et les aider à trouver leur place ?
- Speaker #0
En fait, je trouve que c'est culturel. On a vraiment cette culture, les personnes ayant un handicap intellectuel, on n'en veut pas. Même, on le voit aujourd'hui, pour des postes vraiment qui ne le nécessitent pas, on demande le bac. Donc, si ça continue comme ça, bientôt, il faudra avoir Bac plus 5 pour faire un truc vraiment basique ou pour aller faire de la pâtisserie. Et donc, culturellement, on va toujours un peu aller voir le niveau scolaire. Qu'est-ce que la personne a fait ? Et donc, les personnes avec un handicap intellectuel, souvent, à l'école, ça s'est mal passé. Donc déjà, il faut qu'ils soient des battants pour s'en sortir. Mais comme ils ne comprennent pas trop la société, il faut que leurs parents réussissent à les emmener à droite, à gauche, etc. Et donc finalement, on va préférer embaucher des personnes normales ou ordinaires. Et il faut aussi savoir que le coût du travail pour une personne handicapée, donc ayant une reconnaissance de son handicap au travail, et le coût du travail d'une personne qui n'est pas RQTH, c'est le même pour un employeur. Quand on crée une société ordinaire, on n'a pas d'aide. Donc forcément, quand vous êtes employeur, vous allez vous dire, aujourd'hui j'ai le choix, soit je prends une personne handicapée, ça me coûte tant, soit je prends une personne pas handicapée, ça me coûtera le même prix. La personne pas handicapée, elle va me montrer un CV où elle a fait des milliards de stages, elle a fait des études, elle a un diplôme. Pourquoi je prendrais la personne handicapée qui, lui, n'a rien fait ? En plus, il n'est même pas capable de montrer sa motivation en entretien parce qu'il arrive en entretien, il est super stressé. Donc, en fait, je pense que c'est beaucoup pour ça qu'on ne les prend pas. Et aussi parce qu'on n'a pas envie et qu'on ne peut pas financièrement, en tant qu'entrepreneur, embaucher quelqu'un pour faire de l'accompagnement. Soit moi, sur les deux premières années, je l'ai fait tout seul. Donc forcément, ça vous chante. charge plus, donc il faut travailler encore plus. Mais j'aimerais bien aujourd'hui embaucher quelqu'un pour m'aider à ce niveau-là. Mais en fait, c'est très compliqué, vous n'avez pas d'aide là-dessus. Et moi, je pensais qu'il y avait des aides à ce niveau-là. Mais en fait, vous n'avez pas d'aide. Donc, il faut prendre un emploi supplémentaire qui ne sera pas productif sur la production pâtissière, mais qui sera là juste pour vous aider à faire de l'encadrement. Donc, il faut encore que l'entreprise marche vraiment, vraiment bien. Donc, tout ça, c'est les problèmes. Donc, moi, je pense que... Il devrait y avoir des aides. Après, je comprends que s'il y a des aides, on va avoir plein de handicaps fictifs qui vont venir, il y aura des magouilles partout. Donc ça, je peux comprendre que ce soit pas évident. Après, on vous promet aussi des aides. Moi, quand j'ai créé mon autre... on disait qu'il y aurait telle aide, mais en fait, c'est tellement compliqué, c'est tellement une galère pour essayer d'obtenir une aide qui, en plus, ne sera pas donnée parce que c'est à l'appréciation. Je suis avec le handicap intellectuel. Ce n'est pas comme le handicap physique qui est visible où il faut un fauteuil ou adapter votre plan de travail et le mettre à la bonne hauteur. Ce sont des aides qui vont être juste... Il faut tant d'heures d'accompagnement. Donc, c'est des aides qui sont vraiment... Je ne sais pas. En tout cas, moi, aujourd'hui, je me suis dit tant pis, il faudrait que je paie quelqu'un à plein temps pour aller chercher ces aides, ça me coûterait plus cher que de les avoir. Donc, tant pis, je reste sur mon modèle sans aide. Et donc, plein de gens me disent « Ah oui, vous n'avez pas d'aide, on ne comprend pas. Vous n'avez que des personnes handicapées dans votre entreprise et vous n'avez pas d'aide. » Mais c'est dingue, ça. Oui, mais c'est comme ça. Si on est dans une société ordinaire, dans la société ordinaire, on n'a pas d'aide. Et donc, ça, effectivement, c'est un frein aussi. Si vous avez la possibilité d'avoir des aides, voilà. Aujourd'hui, il faut créer... des entreprises vraiment à part pour avoir ces aides-là.
- Speaker #1
Et puis comme tu disais, tu l'as cité plusieurs fois, moi je trouve que celui qui met vachement en lumière tout ça, c'est Yann Bucaille, le fondateur de Café Joyeux. Et on met plus de lumière sur ce type de société. Je trouve que c'est des très belles choses que vous réalisez. Et en plus, comme tu le dis, nous déjà, quand on regarde des personnes qui ne sont pas en situation de handicap, même si elles ont des diplômes équivalents, on va regarder l'école. Donc on va même des fois se dire, Bon bah... Peut-être que telle personne est plus compétente que l'autre parce qu'elle sort d'une école qui est autre, mais tu peux ne pas avoir eu la chance d'aller dans telle école, telle école. Et pour des personnes en plus qui sont en échec scolaire, comme tu le disais souvent pour les personnes en situation de handicap, elles arrivent déjà, donc avec peut-être une perte de confiance en elles aussi. Donc c'est hyper difficile derrière, en fait, si on ne donne pas la chance à des personnes et qu'on se fie juste à un CV, il y a des lignes sur un CV, de pouvoir... Faire évoluer non seulement la société et même recruter des personnes qui, des fois, tu le disais, elles sont hyper motivées à vouloir réussir et à trouver leur place simplement dans la société et trouver un sens dans ce qu'elles font.
- Speaker #0
C'est exactement ça. En fait, vous avez des personnes, certes, ils n'ont pas fait la bonne école, le bon diplôme, etc. Mais ils sont ultra motivés. Ils veulent bosser, ils veulent travailler. Moi, je vois, ils ne partent jamais à l'heure, ils arrivent en avance. ils ne veulent pas faire de pause je leur mets des coups de pied aux fesses pour aller faire des pauses ils veulent juste faire bien leur travail c'est tout ce qui compte pour eux parce qu'ils veulent être comme les autres ils sont motivés, ils sont déterminés ils se concentrent à fond et c'est vrai qu'aujourd'hui il y a plein de jeunes qu'on voit aujourd'hui, ils vont être recrutés et puis ils ne sont pas motivés ça ne les intéresse pas ils claquent la porte assez rapidement
- Speaker #1
donc c'est vrai qu'il y a quand même ce côté où moi je pense que leur côté ultra motivé des personnes handicapées il est pas du tout valorisé et puis on parlait tout à l'heure je disais que t'étais une entreprise où il y avait peu de turnover ça fait aussi partie en fait des choses c'est que si les personnes sont hyper motivées trouvant plus du sens dans ce qu'elles sont en train de faire elles ont pas envie de partir puis je crois que t'avais des retours aussi de parents qui étaient hyper heureux et fiers de voir leurs enfants en fait travailler avec toi au final ah oui ils sont bas
- Speaker #0
Il y en avait plusieurs qui me disaient que leur enfant était transformé. Parce qu'il n'était plus en train de broyer du noir dans sa chambre, ou de se dire « je ne suis pas accepté » , ou de rester devant la télé toute la journée à se morfondre. Et voilà, il le sentait tout simplement épanoui. Donc quand on a des retours comme ça, c'est vrai que... ça donne encore plus envie.
- Speaker #1
Et justement, je vais te poser une dernière question. Tu auras compris, moi je suis vachement dans une recherche bloquette de sens. Et c'est pour ça aussi que j'ai créé le podcast et que j'interviens en ce moment pas mal d'entrepreneuses et d'entrepreneurs dans l'impact. Et comme tu l'as dit, tu as des parents qui te font des retours qui sont très positifs sur leur enfant. Et toi-même, tu disais que dans tes précédents jobs, tu ne te sentais pas à ta place. et que tu cherchais justement du sens. Est-ce que tu as des pistes pour essayer de trouver du sens ou essayer de creuser ou justement s'orienter un peu ?
- Speaker #0
Je trouve que ce n'est pas forcément facile de se reconvertir déjà. Il faut vraiment être déterminé. Et puis, ce n'est pas facile d'identifier le domaine dans lequel on a envie de se reconvertir. Moi, j'ai identifié très vite avec le handicap que je voulais faire quelque chose avec. avec le handicap parce que j'estimais que ma sœur, elle n'est pas arrivée là par hasard et que toutes les compétences que j'ai acquises en tant que frère de ma sœur handicapée, je dois les rendre à la société, je dois les mettre à profit de la société. C'est des compétences qui ne sont pas sur mon CV ou sur mes diplômes, mais je pense qu'elles sont énormes et donc il faut justement que... Voilà. Moi, j'ai eu cette chance d'identifier ça, que j'avais cette compétence-là pour gérer des personnes ayant un handicap intellectuel et donc de pouvoir leur permettre de faire mieux que ce qu'ils ont aujourd'hui. Voilà, c'est vraiment une chance. Après, moi, je dirais, c'est... C'est juste réfléchir en quoi je peux avoir un impact positif pour la société. Parce qu'aujourd'hui, on est quand même dans une société où ça ne va pas super bien. Et je pense que le fait de se dire, bon, ce n'est pas grave. Moi, j'ai ma vie, j'ai mes enfants, il faut que je gagne de l'argent. En fait, quand on raisonne tous comme ça... forcément la société ne va pas aller vers le mieux. Donc il y a plein de gens je pense qui réfléchissent comme ça. Comment je peux avoir un impact positif pour la société ? Et si on arrive à trouver la compétence qu'on peut avoir qui n'est pas du tout dans les diplômes, qui n'est pas du tout là, et bien... Je l'en sais,
- Speaker #1
quoi. Ok. De toute façon, moi, c'est ce que je disais. C'est que même avec l'IA, je pense qu'on va avoir pas mal de métiers qui vont être complètement remplacés. Et du coup, on va devoir tous, en ce moment, se poser la question de pourquoi on fait ça et vers quoi on veut aller. Et peut-être que je pense qu'on va entrer dans une ère où il va y avoir de plus en plus de reconversions aussi, des fois forcées, parce que les jobs ne vont plus exister. Mais du coup, on va avoir potentiellement, entre guillemets, je ne sais pas si je peux appeler ça comme ça, une chance de pouvoir faire autre chose. Et peut-être des fois, autre chose qu'on apprécierait plus faire. Et peut-être moins aussi pour des raisons de rémunération ou autre, mais juste en fait pour soi-même. Donc, je pense que ça va devenir quelque chose de très, très important dans les années à venir de savoir pourquoi on fait des choses. et aussi qu'est-ce qu'on aimerait faire réellement. Moi, j'ai toujours voulu faire de la cuisine de base. Et je me suis arrêté parce que j'avais peur que ça soit trop technique pour moi. Et je prends toujours du plaisir à le faire. Moi, j'ai très peur que mon job, qui est très intellectuel aujourd'hui, soit remplacé. Et de toute manière, je sais qu'à un moment, j'aurai deux choix, qui seront soit de continuer à monter en espérant que l'IA ne me remplace pas à un moment. ou bien de repartir vers quelque chose qui fait plus de sens peut-être pour moi au bout d'un moment. Et je suis persuadé que tout ce qui est métier de main, artisanal, etc., ce sont des métiers qui continueront en fait à exister et qui ne pourront pas être remplacés par l'IA. Ou du moins, il y a certaines choses qui seront peut-être améliorées ou autres, mais ce sont des métiers qui seront beaucoup plus valorisés.
- Speaker #0
Oui, et puis ce sont des métiers qui vous apportent beaucoup de satisfaction. Et je pense que c'est à tout niveau. Même des personnes très intellectuelles, faire quelque chose avec leurs mains, réaliser quelque chose, on est dans le concret. Si on arrive à faire des choses belles comme ça, ou bonnes en cuisine, ça apporte énormément de satisfaction. Et c'est génial pour le mental, en fait.
- Speaker #1
Oui, d'accord. La première fois que j'ai réussi à faire une coque de macaron, j'étais hyper fier, parce que c'est hyper compliqué. Et d'autant plus dans un four classique qu'on peut avoir ou autre. On ne se rend pas compte, mais derrière la pâtisserie, tu disais tout à l'heure qu'il pouvait y avoir des clients ou autres qui n'étaient pas contents. Alors, je ne sais pas forcément pourquoi ils ne sont pas contents, mais on ne se rend pas compte de la technicité qu'il faut des fois pour faire des choses toutes simples aujourd'hui. Même une pâte feuilletée ou un fond de tarte. En fait, pour nous, c'est des choses qu'on voit tous les jours, donc on ne se rend pas compte. Mais ce n'est pas si simple à faire. Et il faut beaucoup d'heures de travail dessus, des bonnes matières premières, même de la technique aussi sur la réalisation de choses qui paraissent toutes simples. Et je pense que tant qu'on ne le fait pas, on ne se rend pas compte aussi de la difficulté qu'il peut y avoir derrière. Et... Donc, je sais que tout à l'heure, tu as donné l'adresse de Panache, il me semble.
- Speaker #0
15 Rue de la Terrasse, dans le 17ème.
- Speaker #1
Ok. Donc, si on veut retrouver Panache, on va là-bas pour découvrir ce que tu fais. Et si jamais on veut en savoir plus sur toi, on peut te retrouver où ?
- Speaker #0
Je suis tout le temps chez Panache.
- Speaker #1
Je mettrai aussi quand même ton adresse LinkedIn. Et puis, je mettrai tous les liens concernant Panache dans la description. Je te remercie en tout cas d'avoir accepté d'échanger avec moi.
- Speaker #0
Merci Raj, merci beaucoup.
- Speaker #1
Avec grand plaisir.