- Speaker #0
2042 1GFTS BNC 2035 décret numéro 2020-1095 loi 57-298 11 mars 1925 L122-5-2 du CGBI TVA IPSEC Bienvenue sur notre ligne dédiée aux artistes, auteurs et diffuseurs. Afin d'obtenir une réponse adaptée, il faut le saisir le choix correspondant à votre demande. Je sens que vous vous demandez si vous avez bien cliqué sur un épisode de la série Devine qui vient doubler. Bien sûr, c'est l'épisode qui s'appelle Dialoguiste de doublage, auteur de sous-titres. Et vous en vivez ? Parce que le synchronisme, le souffle du comédien, le rythme d'une réplique, la dimension synthétique d'un sous-titre, le plaisir d'avoir adapté une blague, c'est formidable. Mais l'énumération alphanumérique que vous venez d'entendre, c'est le quotidien d'un auteur, s'il en fait son métier et s'il en vit. Alors dans cet épisode, devine qui vient compter. Pardon, devine qui vient doubler. C'est Martin. Vous pouvez régler. Vous êtes artiste-auteur. Le musée SACEM présente un podcast créé et dialogué par Vanessa Bertrand. J'ai un peu de mal. Votre enfant vous a dit ce matin au petit déjeuner qu'il voulait écrire des dialogues de doublage. C'est génial maman, comme ça je verrai les séries avant tout le monde. Et puis regarde, j'ai 17 en anglais. Et là, vous avez blémi. Mais enfin, écrire du doublage, c'est quoi ? C'est traducteur ? C'est un métier ? Tu vas être intermittent ? Comment tu vas gagner ta vie avec ça ? c'est pas ça qui va t'aider pour demander un crédit à la banque. Alors on va remettre tout ça à plat. Parce que ceux qui veulent devenir dialoguistes de doublage doivent comprendre l'écosystème du métier, en quoi consistera leur rémunération, comment ils peuvent percer dans le métier, de quelle protection sociale ils bénéficieront, comment ils en vivront et dans quelle réalité sociale et économique ils évolueront. Avant d'être professionnel, il faut apprendre. Ça, c'est l'objet du podcast. Former et transmettre. Quand on nous pose des questions sur notre métier, une fois passée la déception de savoir qu'on ne fait pas les voix et la surprise d'apprendre la différence entre traduction et adaptation, on nous demande généralement comment on est payé et sous-entendu si on peut gagner sa vie avec cette activité bizarroïde. Et là, quand on dit qu'on est auteur, ça casse l'ambiance. Pigiste, auto-entrepreneur, intermittent du spectacle, ça fait image. Mais auteur, pas du tout. Parce que c'est un concept parfois flou et réservé dans l'esprit de beaucoup de gens à Amélie Nothomb ou Marc Lévy. Si vous êtes de fidèles auditeurs de Devine qui vient doubler, vous avez eu l'occasion d'entendre souvent les dialoguistes exprimer, revendiquer, affirmer qu'ils et elles sont des auteurs, des dialoguistes, beaucoup plus que des traducteurs. Mais si vous avez encore un doute, sollicitons un expert, tiers de confiance à la probité incontestable. Depuis 1987, le juriste Emmanuel Deranger-V est délégué général du SNAC, le Syndicat national des auteurs et des compositeurs, syndicat qui a été créé en 1946.
- Speaker #2
Alors l'auteur de doublage sous-titrage, c'est un auteur particulier parce qu'il ne travaille pas sur une œuvre originale, mais il travaille sur l'œuvre préexistante d'origine. Il est auteur de sa traduction ou de son adaptation, il n'est pas co-auteur de l'œuvre d'origine. Le Code de la propriété intellectuelle reconnaît un droit d'auteur plein et entier, droit moral et droit patrimoniaux, aux auteurs, adaptateurs ou traducteurs, mais sous réserve des droits des co-auteurs de l'œuvre d'origine. Ces droits seront à proportion de l'exploitation de son œuvre qui est intégrée dans l'œuvre d'autrui. Donc, première chose, l'auteur de doublage sous-titrage est un auteur. Dans le droit français. C'est pas le cas dans tous les pays du monde.
- Speaker #0
Ok, on a compris, le dialoguiste est un auteur. Mais ça ne nous dit pas ce qu'est un auteur. Le problème, c'est qu'il n'existe pas de texte de référence. On peut uniquement déduire une définition légale à travers ce qu'en dit le Code de la propriété intellectuelle. Ce dernier inscrit dans son article L113-1 le fait qu'auteur soit une qualité. qui appartient à celui ou ceux sous le nom de qui l'œuvre est divulguée. En résumé, la loi décrit ce qu'est une œuvre, et c'est par extension qu'on peut définir un auteur, celui qui a la paternité de l'œuvre. Et selon l'article L111-2 du même code, L'œuvre est réputée créée du seul fait de la réalisation, de la conception de l'auteur. Tant qu'il n'a pas signé quoi que ce soit en vue de l'exploitation de son œuvre, il en reste le seul propriétaire. Mais quand un auteur exploite ou fait exploiter ses œuvres, s'il en tire un revenu, il doit le déclarer et s'acquitter d'un certain nombre de cotisations qui vont lui donner des droits, dont une protection sociale. On parle alors officiellement, aux yeux de l'Ursaf, d'un Un artiste-auteur. À quoi un artiste-auteur a-t-il droit ? C'est ce que nous explique Emmanuel Durand-Gervais.
- Speaker #2
Sur le plan de la sécurité sociale, le fait d'être artiste-auteur et de cotiser à condition d'atteindre certains seuils, il peut espérer les mêmes droits que les salariés du régime général, prestations, indemnités journalières ou en termes de droits à retraite. Pour ce qui concerne la sécurité sociale, ça c'est le régime qui s'applique à tous les artistes-auteurs. En ce qui concerne la fiscalité, la situation est beaucoup plus différenciée puisqu'il y a plusieurs options possibles. Le régime de droit qui peut être selon les règles des traitements et salaires avec soit l'abattement forfaitaire, soit l'option pour les frais réels en traitement et salaire. Et si vous êtes en BNC, en bénéfice non commerciaux, soit le régime forfaitaire avec la micro-entreprise et l'abattement de 34%, soit le réel avec la prise en compte exacte de vos recettes. et de vos dépenses. Et le résultat fiscal qui s'applique, à savoir le bénéfice non commercial réalisé, est donc déclarable.
- Speaker #0
Vous êtes toujours là ? Ne vous inquiétez pas, la démonstration ne sera pas tellement plus longue. Parce qu'hormis la sécurité sociale, la retraite et la formation professionnelle, nous n'avons droit à rien. Si vous comptiez sur des indemnités chômage, des tickets restaurant et le remboursement de votre passe Navigo, opter pour un autre métier. Après, on peut se dire qu'on a le grand avantage de ne pas avoir de patron, de chef, de boss à qui on serait subordonné. Sur le papier, l'auteur détient à lui seul la paternité de son œuvre. Mais autant si un peintre est libre de choisir du vert ou du bleu, un compositeur le dodécaphonisme ou le mode lydien, le dialoguiste de doublage, parce qu'il ne travaille qu'à la commande, doit faire avec des volontés d'arbitrage extérieures. Notre adaptation ne peut pas, par exemple, dénaturer l'œuvre d'origine.
- Speaker #2
Il faut clairement savoir qu'on a des clients, on a des commanditaires qui, eux, ont le droit d'exploiter le programme et qui ont des obligations. Alors des obligations qu'ils posent, eux, ou que les diffuseurs des programmes posent, avec des niveaux de langage, des interdictions de langage, sur des marques, sur de la publicité, sur ça, on n'en veut pas pour notre public parce que c'est grossier, parce que c'est... Bon. Il y a toutes ces questions qui se posent et qui évidemment sont un cahier des charges du métier d'auteur.
- Speaker #0
Outre l'obligation de devoir respecter parfois des consignes sémantiques, l'auteur a une contrainte majeure, le temps. Comme expliqué dans le podcast « Dans les coulisses d'un studio » , l'auteur fait partie d'une longue chaîne et ce n'est pas lui qui fixe les dates des enregistrements de son texte. L'interlocuteur qui s'apparente à son client, Mais ce terme est approximatif car nous n'avons pas de lien commercial avec lui. C'est tout simplement son commanditaire, celui qui lui a confié l'adaptation. Et il ne faut pas le fâcher parce que c'est par lui que va passer une partie de la rémunération du dialoguiste. On passe donc à l'acte 2. Pour en vivre, il faut être payé. Les dialoguistes sont des auteurs. Ils sont donc payés sous forme de droit d'auteur. Mais cette rémunération se fait en deux temps.
- Speaker #3
« Nous formons une prime de commande, dans un premier temps, versée par la société de doublage qui travaille avec eux. »
- Speaker #0
Donc, comme nous l'explique le dialoguiste Philippe Lebeau, environ deux mois après avoir rendu une adaptation, on touche un montant de droits d'auteur en échange d'une cession de nos droits à un tiers pour l'autoriser à l'exploiter. C'est ce qu'on appelle de la gestion individuelle. Cette rémunération varie en fonction de la durée du film et non de la quantité de textes adaptés.
- Speaker #3
dont le... Le tarif est fixé de façon indicative par un organisme professionnel. C'est un tarif qui malheureusement stagne énormément depuis des années. Enfin, il stagne, voire il diminue depuis plusieurs années.
- Speaker #0
À défaut de conventions collectives ou instances régulatrices, l'organisme qui préconise ces tarifs, c'est le Syndicat national des auteurs et des compositeurs. Son délégué général souligne l'importance de ce tarif très peu revalorisé depuis une quinzaine d'années.
- Speaker #2
Est-ce qu'il est appliqué ? Pas toujours. Est-ce qu'il est utile ? Oui, parce que c'est un référentiel commun qui permet aux auteurs de savoir qu'est-ce qui devrait être payé. Et au moins, c'est une base. Ce combat-là sur les tarifs, il continue à être valable, mais il est beaucoup plus compliqué parce que les auteurs ont besoin de payer leurs factures, ont besoin de vivre de leur métier, même mal. Et que quand ils acceptent de travailler à un prix qui n'est pas le tarif recommandé, c'est pas que ça leur plaît de le faire. Mais c'est qu'il y a des propositions de cet ordre-là. Effectivement, pour la prime de commande, elle est de gré à gré, mais malgré tout, un référentiel commun est une base. Et c'est vrai que la tendance d'un référentiel commun, c'est quand même, au moins quand c'est appliqué comme minimum, c'est souvent appliqué comme maximum. Il est quand même très très rare qu'il y ait véritablement un bonus à la notoriété sur l'écriture seule.
- Speaker #0
Comme vient de le dire Emmanuel de Rengervey, cette prime de commande... se négocient de gré à gré. Vous pouvez prendre connaissance des tarifs préconisés par le SNAC sur leur site internet. Cette rémunération se calcule à la minute que le film soit une interminable poursuite de voiture ou un huis clos bavard avec 12 personnes qui parlent en même temps. Outre ces droits perçus en gestion individuelle, une deuxième rémunération différée se fait à travers la gestion collective.
- Speaker #2
C'est donc les sociétés de gestion de droits qui vont... permettre à l'auteur d'avoir le respect de ce principe essentiel de la loi française qui est l'auteur doit être rémunéré proportionnellement à l'exploitation de son oeuvre. C'est une des bases fondamentales du droit d'auteur en France. L'auteur doit être associé au succès de l'oeuvre. Donc il va percevoir des droits au titre de l'exploitation en salle. Puis ce film, parce qu'il a été un succès extraordinaire en salle, va trouver une forme d'exploitation, alors soit Par des ventes de supports enregistrés, DVD, soit éventuellement par des streamings sur des plateformes.
- Speaker #0
Une chaîne de télévision ne va pas aller négocier avec tous les auteurs de toutes les œuvres qu'elle diffuse. Et nous, les auteurs, nous n'allons pas non plus aller frapper à la porte des chaînes de télévision ou faire la sortie des salles de cinéma pour nous faire payer. À la place, le diffuseur verse un montant global à des organismes de gestion collective, dit OGC, dont la mission sera de facturer ces droits, de les collecter, puis de les répartir aux différents ayants droit. Il en existe plusieurs. La SACD est le plus ancien et gère les droits essentiellement liés au théâtre, à la musique de scène et à la fiction française diffusée à la télévision. La SACEM gère les autres droits liés à la musique, mais aussi ceux du doublage et du sous-titrage de fiction et certains droits des réalisateurs ou encore des humoristes. Et enfin, le plus récent, la SCAM, s'occupe du documentaire.
- Speaker #2
Il faut espérer qu'elle fasse bien son travail, sinon il faut que l'auteur réclame. Ça fait partie du rapport normal entre l'auteur et sa société de gestion. C'est « j'adhère, je t'apporte du répertoire, je te déclare des œuvres, tu vas percevoir pour mon compte, tu me répartis » . Si à un moment donné, ça dysfonctionne, il faut qu'il y ait des moyens de pouvoir rectifier.
- Speaker #0
Le montant global collecté par les OGC dépend de multiples paramètres, dont le chiffre d'affaires du diffuseur, d'où de grandes disparités.
- Speaker #3
On ne perçoit absolument pas la même chose lorsque l'on a la grande chance, qui a été mon cas, d'avoir des séries assez connues sur des chaînes comme Canal+, sur TF1, où les droits d'auteur sont généralement assez conséquents, mais peuvent se réduire à des dizaines de centimes sur des plateformes plus confidentielles ou sur des chaînes beaucoup plus discrètes. Donc c'est un métier qui est composé en grande part d'incertitudes.
- Speaker #0
En résumé, on reçoit d'une part une rémunération fixe et d'autre part une rémunération proportionnelle provenant de la gestion collective plusieurs mois voire plus d'un an après la diffusion. Mais attention, on ne perçoit ces droits que si on a fait la démarche de s'inscrire à la SACEM et qu'on y dépose bien tous les textes qu'on adapte. le plus tôt possible. Concrètement, au bout de combien de temps peut-on vivre exclusivement du métier de dialoguiste ou auteur de sous-titres ?
- Speaker #4
Pour en vivre à temps plein, il faut des années. Pour ma part, quand j'ai commencé à écrire pour le doublage, j'avais un autre métier en même temps.
- Speaker #0
David Ribautique, dialoguiste.
- Speaker #4
Et je jonglais entre les deux métiers. Et c'est qu'au bout de deux ou trois ans que j'ai vraiment réussi à travailler uniquement pour le doublage. Et je pense que pour avoir vraiment une maîtrise du savoir-faire, pour pouvoir être vraiment à l'aise, il faut travailler, il faut écrire, écrire et encore écrire. Et c'est au bout de quelques années que vraiment on peut être à l'aise avec notre écriture et pouvoir avoir un rythme de travail qui soit raisonnable.
- Speaker #0
L'autrice Isabelle Audineau a commencé par réaliser des prestations techniques de repérage et de simulation de sous-titres.
- Speaker #5
En fait, ça a beaucoup changé en 30 ans. Moi, quand j'ai commencé il y a 30 ans, oui, j'ai été simulation, repérage pendant trois ans, mais c'était un choix que j'avais fait pour justement connaître à fond cette technique, pour ensuite choisir d'être indépendante et me lancer dans la traduction, mais en ayant ce bagage-là de relecture. Et ça marchait très bien à l'époque, parce que c'est vrai que je revenais faire parfois un peu de simulation, parce que j'adorais ça, de relire, etc. Ça a permis peut-être aussi d'améliorer l'ordinaire, c'est vrai. Il y a aussi aujourd'hui des auteurs qui travaillent un peu dans les labos, qui rencontrent les clients, qui rencontrent les autres traducteurs et qui arrivent peu à peu peut-être à avoir du travail de traduction. Après là, on est dans une contrainte tellement forte de 60 traducteurs adaptateurs qui sortent chaque année des facs. Donc c'est à peu près 10% de notre profession, ça veut dire qu'il faudrait qu'on prenne notre retraite tous les 10 ans. J'ai l'impression que c'est un peu saturé aujourd'hui et que c'est compliqué. Je ne sais pas moi ce qu'il faut faire aujourd'hui pour en vivre de ce métier.
- Speaker #0
En facilitant les procédures juridiques en vue de l'exploitation des œuvres, la gestion collective défend le droit d'auteur au sens large. 12 ans avant la Révolution française, le dramaturge Beaumarchais Merci. décide de ne plus recevoir une enveloppe globale de la comédie française pour les représentations du Barbier de Séville. Il estime en effet qu'un auteur est en droit de savoir à quoi correspondent ses revenus, le nombre de représentations concernées et le montant de chaque recette. Il fait sortir les auteurs de l'Ancien Régime, où leur rémunération était un peu le fait du prince. Et il ouvre une ère moderne qui a permis en 1791 le vote de la première loi. sur la propriété littéraire et artistique. Aujourd'hui encore, la gestion collective présente de nombreux avantages. Si la gestion individuelle, la prime de commande que touchent les dialoguistes après la remise de leur adaptation, est le fruit d'une négociation souvent inégalitaire, la gestion collective est le garant que la minute d'exploitation à la télévision ouvre droit à une rémunération identique. quelle que soit la notoriété de l'auteur, son âge ou son sexe, bref, une neutralité de traitement. Et puis, les organismes de gestion collective, dont les principaux sont la SACEM, la SACD et la SCAM, ont aussi pour mission, dans le sillage de l'engagement de Beaumarchais, de promouvoir leurs œuvres et de défendre les intérêts de leurs auteurs. L'un des grands combats actuels, c'est la préservation du droit d'auteur à la française, contre la menace du buy-out qui dépossède un auteur de son intéressement à l'exploitation de ses œuvres, ce qui est donc totalement illégal dans notre droit d'auteur dit « continental » . Les dialoguistes de doublage et auteurs de sous-titres jouent un rôle essentiel dans cette bataille, comme nous l'explique Claire Giraudin, directrice de SACEM Université, chargée de la valorisation du patrimoine et de la… pédagogie autour du droit d'auteur. La crainte du buy-out viendrait des nouvelles plateformes numériques de diffusion qui pratiquent déjà cette relation contractuelle à l'étranger et qui pourraient vouloir l'imposer en France.
- Speaker #6
On sait que les auteurs de doublage sont précieux parce qu'ils ont une relation régulière avec ces plateformes. Et ces plateformes, comme elles sont en général américaines, elles pratiquent un droit d'auteur qui n'est pas notre droit d'auteur continental. Dans Le droit d'auteur continental... pour aller très rapidement, vous savez, les auteurs, en gros, quand ils sont en gestion collective, chaque fois que leur œuvre va être diffusée, ils vont retoucher des droits d'auteur. Les plateformes américaines, elles pratiquent un modèle de copyright qui fait qu'elles peuvent acheter une fois pour toutes les droits des auteurs. En tout cas, elles aimeraient bien, c'est-à-dire qu'elles vont vous payer en tant qu'auteur un forfait. En général, un bon forfait en plus, on peut le dire, très souvent, elles ont les moyens. Mais en revanche... Si l'oeuvre à laquelle vous participez a énormément de succès, vous ne toucherez jamais rien d'autre. C'est pour le moins risqué. Et sans même parler de questions de respect des différents types de droits, ça met les auteurs in fine dans des postures où ils vont se retrouver seuls par rapport à ces plateformes. Ils ne seront plus dans la gestion collective et dans la gestion collective, il y a collectif. Et le jour où ils seront seuls, seuls, seuls vraiment face à ces plateformes, vous allez voir que tout à coup... les offres financières vont fortement diminuer. C'est ça, en fait, qui se prépare. Donc, l'importance des auteurs de doublage, c'est qu'eux, ils sont un peu la dernière barrière face à ces plateformes, parce que quand ils sont organisés et qu'ils sont dans la gestion collective, ils peuvent défendre cette vision de la gestion collective, ils peuvent défendre leur statut d'auteur continental, si je puis dire, et ça, c'est essentiel, parce que ça va forcément avoir un impact sur d'autres répertoires. C'est pour ça que... Le répertoire de doublage est un répertoire qui me paraît essentiel à continuer de valoriser en dehors de la SACEM et à la SACEM.
- Speaker #0
Mais il y a d'autres structures au sein desquelles les auteurs peuvent s'unir pour faire valoir leurs droits. Ce sont les organisations professionnelles. Elles permettent aux auteurs, qui travaillent chacun dans leur coin et se rencontrent rarement, de se réunir, d'échanger autour de leurs pratiques, de se tenir informés des actualités de leur profession, du droit d'auteur en général, et de réagir collectivement quand des producteurs ou diffuseurs tentent d'imposer des pratiques qui prennent un peu trop de distance par rapport aux usages admis. Pour les dialoguistes et auteurs de sous-titres, l'organisation professionnelle historique, c'est le SNAC depuis les années 1960.
- Speaker #2
Je suis au SNAC depuis 1987. Fred Savdier est un auteur de doublage cinéma qui était encore actif au sein du SNAC quand je suis arrivé et qui défendait encore les intérêts collectifs des auteurs. J'ai regardé sa date d'adhésion. Et donc sa date d'adhésion, c'est en 1963 qu'il a adhéré. Et donc... Je me suis dit, bon alors s'il adhère en 1963, ça veut dire qu'en 1963, déjà le SNAC se préoccupait du doublage sous-titrage. Et en fait, j'ai retrouvé dans un bulletin de janvier 1965, un petit article, le dernier né des groupes du SNAC. Notre syndicat comporte depuis l'an dernier, donc en 1964, un groupe nouveau, celui des auteurs de doublage. Voici quelle en fut la genèse. Lors de la création du SNAC en 1946, les doubleurs faisaient partie de notre groupe cinéma. Mais après les accords Bloom-Burns en 1947, une querelle interne et regrettable éclata entre les scénaristes français et leurs confrères qu'ils accusaient de contribuer à les chasser de l'écran en doublant les films américains. On résolut donc d'en faire un groupe autonome. Leurs problèmes sont d'ailleurs très particuliers, peu nombreux, mais que le SNAC espère de toutes ses forces pouvoir aider. Et donc en fait, depuis 1964, il y a un groupement doublage au SNAC. qui s'appelait doublage à l'époque et qui, beaucoup plus longtemps après, s'est appelé doublage sous-titrage.
- Speaker #0
Depuis, deux autres associations se sont créées. L'UPAD, l'Union Professionnelle des Auteurs du Doublage, et l'ATA, l'Association des Traducteurs Adaptateurs de l'Audiovisuel, qui renseigne aussi les dialoguistes et défendent leurs droits. La dialoguiste Laurence Salva est secrétaire adjointe de l'UPAD.
- Speaker #1
Je n'imaginais pas en fait comment... les adaptateurs pouvaient se réunir et se souder. En fait, on est venu me chercher, moi, pour aller à l'UPAD, à un moment où je n'avais rien à faire. Je suis vraiment venue à la réunion de l'UPAD en me disant, allons-y, pourquoi pas. Je me suis portée volontaire, moi qui suis archi-timide, je ne sais pas ce qui me passait par la tête à ce moment-là. Et je suis tombée sur des gens formidables. Je me suis rendue compte, en fait, qu'en restant tout seule dans son coin, bêtement, on passait à côté de choses administratives dont on a besoin. Je donne un exemple. J'ai eu une très grave opération il y a 20 ans et j'ai été arrêtée pendant... Enfin arrêtée, je n'ai pas travaillé pendant trois mois. Jamais de la vie, mais jamais de la vie, je me serais dit que j'avais droit aux indemnités maladie. Je n'ai même pas posé la question à la Sécurité sociale, même pas. Maintenant que je suis au bureau de l'UPAD et que je suis un petit peu en charge du volet social, notre présidente m'envoie très souvent des membres ou des adaptateurs. qui recherchent des informations. Et en fait, je me rends compte que, en effet, je n'étais pas la seule. Maintenant, ça me révolte, en fait. Cette non-information, cette non-communication, ce fait que l'on est tout seul, me rend dingue. Un autre exemple, cet été, un collègue qui m'a transmis le numéro de téléphone d'un adaptateur, qui a mon âge, il a déposé, il y a 20 ans, trois trucs à la SACEM. Comme il a presque rien touché comme droit, il s'est dit, ça ne sert à rien. Je lui ai expliqué en fait à côté de quoi il passait, quelle était l'erreur. Et comme il gagne très bien sa vie, entre guillemets, rien qu'avec ses primes de commande, il ne connaissait pas les conséquences par rapport à sa retraite complémentaire, par rapport à tout ça. Ce que je lui ai fait comprendre, c'est que oui, très bien, pour l'instant tout va bien, il travaille. Mais comment ça va se passer quand il va s'arrêter, quand il va être trop vieux ? Des exemples comme ça, j'en ai 200 000.
- Speaker #0
Isabelle Audineau, l'une des fondatrices de l'ATA, met les aspirants dialoguistes en garde quand elle va à leur rencontre. dans les lieux d'enseignement et elle leur explique leur responsabilité s'ils sont tentés d'accepter des rémunérations injustement trop basses.
- Speaker #5
Ce qui m'avait vraiment frappée la dernière fois, c'était que les étudiants avaient tous le CAPES, ils étaient tous bardés de diplômes et ils faisaient ça au cas où. Ils faisaient ça parce que c'était ça, peut-être, leur premier choix, mais qu'ils savaient très bien qu'en fait, ça allait être très dur. Et donc, au cas où, ils avaient d'autres diplômes, d'autres possibilités, parce qu'ils savent très bien qu'en fait, c'est très compliqué de se faire une place dans ce métier aujourd'hui, et qu'il y a eu un afflux d'étudiants. Il y a eu un afflux aussi de classes d'âge qui arrivent au bac et qui vont à la fac, et donc beaucoup de diplômés. C'est vrai qu'il y a eu aussi cette idée de volume de travail. proposé par les laboratoires, qui faisait des économies d'échelle, parce qu'un laboratoire, évidemment, il a des moyens techniques, il a un personnel qui lui permet de baisser son tarif si le commanditaire lui donne énormément de travail, alors que nous, comme on est quand même... Voilà, on n'a qu'un cerveau, deux mains et un ordinateur, et on ne peut pas suivre. Et pourtant, c'est vrai qu'il y a eu, en sous-titrage, beaucoup plus qu'en doublage d'ailleurs, une baisse des tarifs à partir de ce moment-là, qui ne s'est pas arrêtée d'ailleurs. Et à partir de ce moment-là, ... L'auteur de sous-titrage est devenu une ligne sur le devis. Et malgré nos protestations, c'est une réalité.
- Speaker #0
En 2011, Le Snack, Lupade et Lata ont participé à la rédaction d'une charte des bons usages. Elle a été signée au CNC, Centre National de la Cinématographie et de l'Image Animée, avec des diffuseurs et des entreprises de doublage et de sous-titrage représentées par la FICAM, leur fédération. Emmanuel Derangervé se souvient avoir participé aux négociations pour le SNAC.
- Speaker #2
On a à un moment donné réussi à obtenir que le CNC se préoccupe de la situation des auteurs de doublage sous-titrage et pendant des années on a négocié avec l'Aficam. En présence et sous l'égide du CNC, malheureusement le CNC est peu constant dans ses efforts et donc il a laissé tomber cet accord. C'est clair que du côté de l'Aficam ils ne sont pas très demandeurs. pour qu'ils se poursuivent et que du côté des majors, moins il y aura de référentiels communs, moins il y aura de réunions permettant de fixer des minimums de rémunération, plus ça leur permettra d'avoir une liberté pleine et entière pour fixer leurs tarifs. Mais cette action, elle est exemplaire, elle est intéressante, elle sera peut-être réutilisée à un autre moment parce que ça fait partie des choses qui ont été efficaces et utiles pour la collectivité des auteurs de doublage sous-titrage. C'est un exemple de quand on est uni, on peut être efficace. Toutes les organisations d'auteurs de doublage sous-titrage s'étaient dit ce texte c'est l'intérêt de tous, alors on y va, on discute et on trouve une solution.
- Speaker #0
Tous les dialoguistes attendent désormais que le CNC, qui a entre autres pour mission d'assurer le financement du cinéma et de l'audiovisuel, soit plus actif dans la régulation du doublage. Comme il est expliqué dans notre podcast. sur l'histoire du doublage, le CNC avait exigé en 1948 que les VF exploités en France soient réalisés en France, en contrepartie de l'arrivée massive des films américains après-guerre. Rappelée au CNC la nécessité de réguler la filière pour qu'elle conserve son excellence, les trois organisations professionnelles sont d'accord sur ce sujet. Sans compter que si l'État accepte des doublages et des sous-titrages délocalisés, c'est la francophonie qui est en danger. Et comme nous savons que l'ensemble des responsables du CNC écoutent avec attention cette série de podcasts, voici le temps des messages personnels.
- Speaker #3
Que le CNC reconnaisse que les auteurs font un bien fou à l'industrie audiovisuelle en général, parce qu'elle permet quand même à l'ensemble d'un pays d'accéder à des œuvres auxquelles elle n'aurait pas accès. C'est-à-dire que sans le doublage, qu'est-ce que tu regardes ? Tu ne regardes pas grand-chose, tu regardes des productions nationales, elles ne sont pas infinies. Et on serait privé. Alors,
- Speaker #2
je parle du doublage,
- Speaker #3
c'est vrai aussi pour le sous-titrage. Les œuvres qui sont regardées en VOST, c'est tout à fait légitime, mais ne seraient pas regardables sans les sous-titres. Donc, auteurs de doublage et sous-titreurs font partie vraiment du même bateau. Et ce sont les garants de la diffusion des œuvres étrangères en France. C'est pas rien.
- Speaker #0
On ne peut pas ignorer que sans nous, auteurs de doublage et de sous-titrage, il n'y aurait vraiment pas grand-chose à se mettre sous la dent à la télé. On serait quand même coupé d'une grosse partie de la culture. Donc je crois qu'il est vraiment temps qu'on soit reconnus pour ce qu'on est, des vrais acteurs de la grosse machine culturelle audiovisuelle.
- Speaker #1
Je pense qu'il faudrait être déjà considéré, parce que j'ai l'impression qu'on n'arrive même pas à parler aux gens du CNC. Il n'y a pas de volonté politique. Il faut qu'il y ait une volonté politique pour... pour qu'il se passe quelque chose. C'est très difficile d'arriver à se faire... Et encore plus, je trouve, les auteurs de sous-titrages. On a demandé souvent d'être au sein d'une commission, la commission d'édition vidéo du CNC, qui accorde des subventions, qui donne de l'argent à des éditeurs vidéo. Et on avait envie d'avoir une place là pour alerter les éditeurs vidéo et aussi les gens de la commission. sur la piètre qualité des traductions et des sous-titrages et puis assortir l'accord de la subvention à une qualité et surtout à un tarif.
- Speaker #2
Il a peut-être oublié, parce que ça date de 2011, mais le CNC a déjà entendu le terme auteur de doublage sous-titrage. Alors cela étant, le CNC, c'est effectivement la production, entre guillemets, nationale. Bon, n'empêche que dans la production nationale, il y a aussi des... des films qui sont tournés dans d'autres langues que le français. Donc oui, a priori, le CNC devrait reconnaître ça par le simple fait de l'importance que représente l'activité d'auteur de doublage ou de sous-titrage pour la diffusion des productions françaises à l'étranger, pour la diffusion de la culture cinématographique en France, pour la diffusion des œuvres audiovisuelles, télédiffusion des œuvres télévisuelles. Enfin bon... pour tout un tas de raisons qui font que, effectivement, le doublage sous-titrage et l'exploitation des films étrangers participent à l'écosystème et au financement de la production, de la distribution de l'industrie cinématographique et audiovisuelle en France, qui est financée par les fonds du CNC, et qui donc, entre autres, est financée par l'exploitation et la diffusion des films étrangers. Ça devrait être une évidence, et donc, du coup, à partir de là, le CNC, s'il a comme rôle de réguler, Un certain nombre de règles s'appliquant entre professionnels, ils devraient avoir la préoccupation de réguler les rapports entre les auteurs de doublage sous-titrage et ceux qui leur passent commande ou ceux qui font que ceux qui leur passent commande diffusent des œuvres sur lesquelles les doublages sous-titrages se retrouvent.
- Speaker #3
Ça me paraît totalement logique. Même si on peut regretter que, contrairement aux compositeurs de musique à l'image qui sont reconnus comme les troisièmes auteurs d'une production audiovisuelle, avec les scénaristes et les réalisateurs, pour le moment, en tout cas, les auteurs de doublage ne sont pas encore reconnus comme quatrième auteur d'un film ou d'une production audiovisuelle. Mais on espère que ce ne sera pas toujours comme ça.
- Speaker #4
En conclusion, Il ne faut pas se lancer dans le doublage en se disant qu'une carrière de dialoguiste est un long fleuve tranquille. Il faut avant tout aimer écrire, se mettre à la place de tous les personnages qu'on fait parler, mais aussi être nerveusement capable de travailler sous pression, sous la contrainte, et pouvoir tenir plusieurs années avant d'en vivre exclusivement. Après, si vous avez plusieurs talents, vous pouvez les exprimer en parallèle. Écrire des scénarios, des romans, traduire des romans. Adapter des chansons, animer des ateliers d'écriture, un auteur, malgré l'imprécision de son statut social, peut agréger différentes sources de revenus. Ça, c'est pour rassurer papa-maman.
- Speaker #2
Le travail est incontestable, être auteur est un travail. Est-ce que c'est aberrant de dire qu'il y a un travail intellectuel ? Le travail intellectuel, il a été reconnu depuis très longtemps. C'est une activité qui, si elle est exercée, mérite rémunération.
- Speaker #4
Maîtriser la partie administrative dont on a parlé est indispensable pour devenir professionnel, c'est-à-dire devenir un auteur qui vit de l'exercice de son métier créatif. C'est en tout cas primordial si on veut pouvoir tenir la longueur et ressentir au quotidien le plaisir d'écrire des dialogues de doublage ou des sous-titres, comme nous l'expriment tous les auteurs interrogés dans les autres podcasts de votre série « Devine qui vient doubler » .
- Speaker #2
Merci, je vous souhaite une bonne soirée.