- Speaker #0
De bons dialoguistes de doublage, il y en a fort heureusement beaucoup. Mais de bons dialoguistes qui ont consacré une partie de leur temps, en plus de leur carrière, à défendre leur profession et plus largement le droit d'auteur, il y en a déjà un peu moins. On citera l'autrice Claude Rigalensous, connue pour ses adaptations de films de Disney et son investissement syndical. Et Fred Safdiek ? qui a contribué à créer le groupement doublage sous-titrage du Syndicat national des auteurs et des compositeurs en 1964 et qui s'est investi dans ce qui s'appelait à son époque la Commission du cinéma de l'Assasem. De la génération suivante, nous avons retenu trois dialoguistes, Jean-Louis Sartout, Patrick Signavin et Pierre Calamel, disparus respectivement en 2017, 2018 et 2019. Leur parcours, leur amitié... Leur carrière et ce qu'ils ont apporté à la valorisation du doublage, c'est le thème de cet épisode, le cercle des dialoguistes disparus pour Devine qui vient doubler.
- Speaker #1
Le musée Sacerre présente un podcast créé et dialogué par Vanessa Bertrand, Patrick Signavin est né en 1942. Avec un père compositeur, Alex Signavin, et une mère élue Miss Univers et devenue chanteuse d'opérettes, il s'est tourné très tôt vers la musique. Il a accompagné au piano beaucoup d'artistes. dont Léo Ferré et le duo Fonteval. Mais il a aussi écrit, composé et interprété de nombreuses chansons, qu'il a notamment jouées sur scène, comme au Printemps de Bourges en 1977. Et puis, cet amoureux des mots a goûté à la traduction littéraire et l'écriture de versions françaises de films dans les années 1980. On lui doit la traduction d'un ouvrage sur Marilyn Monroe paru en 1993, Marilyn, histoire d'un assassinat. Patrick exerçait à la fois l'activité de dialoguiste de doublage et celle d'auteur de sous-titres, et il a même été directeur artistique sur plusieurs des œuvres qu'il a écrites. Il a signé les dialogues français de films de cinéma comme « Raison et Sentiment » , « À la rencontre de Forrester » , « Le Patriote » , « Les quatre filles du docteur Marche » ou de séries populaires comme « Wallander » ou encore « X-Files » , dont il a écrit la première saison avec Philippe Wittcock et l'ensemble des autres saisons avec Jean-Louis Sartout. La productrice et documentariste Simone Dweck a été l'une des premières à réaliser un documentaire sur le doublage du point de vue des auteurs, La Solitude du doubleur de fond, diffusé sur France Culture en 2010. Elle a interviewé Patrick à cette occasion. Quand elle lui a demandé de lui parler de son métier de traducteur, Patrick a tout de suite corrigé.
- Speaker #2
Le mot, ce n'est pas traduire, c'est vraiment adapter. La preuve, c'est que... j'adapte des films qui ne sont pas forcément à partir de l'anglo-américain, langue que je pratique, que je comprends. Je peux adapter des films à partir d'une langue comme de l'hébreu récemment, comme du japonais, comme du suédois, etc. Si on me donne une traduction littérale, c'est après que commence le travail, le vrai travail. Alors en ce qui concerne le doublage, bien sûr, c'est le synchronisme, et en ce qui concerne le sous-titrage, c'est un travail de synthèse. Alors, de doublage,
- Speaker #0
il faut faire un dialogue qui n'est pas l'air traduit.
- Speaker #2
Justement, qui n'est pas l'air traduit. Que ça coule de source, que ça soit jouable, articulable et surtout jouable. C'est-à-dire, il y a des questions. On parle souvent du synchronisme des labiales, des demi-labiales, des ouvertures de bouche, etc. Parfois, on peut négliger un petit peu ça. Au profit des temps forts, des accents toniques, etc. Pour qu'à l'écran, le spectateur, en regardant les yeux et non pas la bouche, car on s'imagine qu'on regarde la bouche, mais non, quand on est un spectateur ordinaire, sauf nous, quand on a une déformation professionnelle, on regarde les yeux et le langage passe aussi par les yeux.
- Speaker #0
Dans son ouvrage « Tu finiras clochard comme ton Zola » , Philippe Val se souvient de Patrick comme d'un jeune chanteur à la voix chaude, avec une plume. Pleine d'élégance. Pour avoir connu Patrick depuis ma plus tendre enfance, je n'oublierai pas non plus sa douceur, mais aussi son humour et son refus de l'injustice. C'est ce qui l'a amené à adhérer au SNAC, le Syndicat National des Auteurs et des Compositeurs, en 1987, dans le groupement doublage sous-titrage, où il a été très actif. Emmanuel Deranger V, délégué général du SNAC.
- Speaker #3
Patrick Signavin, c'est une histoire de famille, parce qu'avant lui, c'était Alex Signavin. Alex Signavin, c'est un compositeur de musique de film, de film important dans notre guerre, c'est un grand compositeur de musique de film. Patrick C'est la gentillesse et la sensibilité fait homme. Enfin bon, la classe, voilà, j'ai toujours pris plaisir à parler avec lui de choses autres que les choses... Parce qu'en fait, il préférait surtout parler d'autres choses que des choses de métier. Ce qui ne l'empêchait pas après de défendre son point de vue et de soutenir des points de vue de défense professionnelle très clairement. Mais il aimait bien parler d'art, parler de films, parler de la vraie vie. Donc quelqu'un de très agréable, avec lequel il était facile de discuter, très proche de ceux qu'il côtoyait, très humain. Très en empathie avec ceux qui pouvaient discuter. Et au sein des réunions, ça se voyait bien. C'est quelqu'un qui n'était jamais dans le conflit, jamais dans l'opposition. Toujours dans la recherche de... On a quand même plus de points de vue en commun que de points de vue qui nous opposent.
- Speaker #0
Patrick a été à l'initiative d'une action en justice contre les éditeurs de DVD. et diffuseur audiovisuel qui ne respectait pas l'obligation de citer les noms des auteurs de doublage et de sous-titrage au générique des films. Cette action a conduit à un protocole d'accord qui a permis à l'obligation d'être mieux respectée aujourd'hui encore, même si cette citation n'est toujours pas automatique. Ce qui peut être un vrai problème pour identifier la paternité d'une VF en cas de contestation. Simone Dweck a recueilli son témoignage.
- Speaker #2
L'honneur de Winslow donc. Un film de David Mamet. Comme vous le voyez, il n'y a même pas le nom de l'adaptateur. Oui, il n'y a pas le nom de l'adaptateur. On a fait un procès à tous les éditeurs vidéo avec le SNAC. parce que c'est inadmissible. SNAC, c'est le syndicat national d'auteurs et compositeurs. Qui a un groupement consacré au doublage et sous-titrage. On a fait un procès il y a deux ans. Enfin, ça a duré deux ans en plus. Pour les obliger à mettre le nom de l'adaptateur. Il n'y a pas de raison qu'il y ait le nom des comédiens quand même. Et on l'a gagné. Voilà. Mais ça, c'était avant.
- Speaker #3
Ça veut dire donc qu'il y a une reconnaissance de la qualité d'auteur de l'adaptateur.
- Speaker #2
Par exemple.
- Speaker #0
Cette action nous mène à évoquer le souvenir de Pierre Calamel. lui aussi dialoguiste de doublage, car ils l'ont mené conjointement. Né en 1947, Pierre Calamel a commencé dans la musique. Guitariste, fan de Crosby, Stills & Nash, il a aussi composé et écrit des chansons en anglais qu'il a interprétées. Je me souviens d'avoir passé des vacances dans son fief de la Mayenne où il avait aménagé une pièce en studio d'enregistrement qui regorgeait de micros et de guitares de collection, passion qu'il a transmise à son fils Charles. Pierre a été studio manager du mythique studio des Rouville entre 1973 et 1978, où il a vu enregistrer des artistes prestigieux comme Jacques Higelin, les Bee Gees ou encore David Bowie. Il a immortalisé ses souvenirs dans « Rock, Star et Fantôme au château des Rouville » , récit publié en 2013. Très bavard et passionné, il avait toujours une anecdote à raconter sur ces années qui l'ont beaucoup marqué. Puis il est devenu attaché de presse pour Paramount, Universal, la MGM et United Artists, ce qui l'a conduit à se tourner vers l'écriture de dialogues de doublage. On lui doit notamment les dialogues français du Grand Bleu, film que nous avons tous vus sans imaginer une seconde qu'il n'avait pas été tourné en français. Working Girl, Fast and Furious, Shaft, Stalingrad ou le manga animé Olive et Tom. Lui aussi. a été l'un des représentants du groupement doublage sous-titrage du Snack auquel il a adhéré en 1989. Pierre,
- Speaker #3
c'est plus quelqu'un qui humainement était dans, non pas dans le sanguin, mais dans l'action immédiate, dans la réaction. Ce que tu dis, ça me plaît ou ça ne me plaît pas, mais je te le dis tout de suite. Je ne vais pas attendre trois heures pour te le dire. Je vais te le dire et je vais te le dire franchement. Ce n'est pas quelqu'un qui dissimulait, ce n'est pas quelqu'un qui... n'avait pas d'avis sur la situation professionnelle. Et donc je me souviens de ces interventions sur les pratiques qui se mettaient en vigueur au fil du temps, sur les pratiques tarifaires ou sur les rapports entre les auteurs et les entreprises, sur le détournement de certains droits par certains responsables d'entreprises, sur des litiges qu'il a pu avoir et qu'on a soutenus d'ailleurs avec des éditeurs de vidéos. Enfin, c'est quelqu'un qui ne supportait pas l'injustice. mais qui voulait crier qu'il ne supportait pas l'injustice, et qui avait raison d'ailleurs, c'était un peu le rôle de ceux qui lancent des alertes, de ceux qui sont dans une organisation professionnelle.
- Speaker #0
Quand on évoque les carrières de dialoguiste et les parcours militants de Patrick Signavin et de Pierre Calamel, impossible de ne pas citer Jean-Louis Sartout. Sa veuve, la comédienne Dany Tayarda, se souvient de ce trio, très amis à la ville, même s'ils n'avaient pas du tout les mêmes habitudes de travail au quotidien.
- Speaker #4
Ils s'entendaient comme la roi en foire. Patrick, il ne pouvait pas rester au bout d'un moment Il se levait, il allait manger, il revenait, etc Donc il ne pouvait pas rester Tandis que Jean-Louis, c'était l'inverse Lui, il ne comprenait pas qu'on puisse se distraire de ce qu'on faisait Il avait une capacité de travail énorme Quand on travaillait avec lui, il fallait avoir une bonne santé
- Speaker #0
Mon père Jean-Louis Sartout et ses deux comparses avaient en commun le goût de l'écriture et des arts en général. Comme ils étaient aussi gastronomes, ils aimaient passer de longues soirées ensemble à parler de tout. Mais les conversations revenaient souvent à l'un de leurs points communs, la défense des auteurs. Jean-Louis Sartout est né en 1947 dans une famille de théâtre. Mère comédienne, père dramaturge et metteur en scène, oncle comédien, il voyait défiler chez lui quand il était enfant Jean Marais. Jean-Claude Drouot ou encore Edwige Feuillère. Après des études de cinéma, il s'est en fait tourné vers le théâtre et a fondé sa compagnie avec son épouse. Ensemble, ils ont créé en 1967 ce qui allait devenir le Festival Off d'Avignon. Actif dans le milieu du théâtre, il était déjà très investi dans la défense des auteurs. C'est ce qui l'a conduit à être délégué des adhérents de la SACD, la Société des auteurs et compositeurs dramatiques, de 1970 à 1976, et a œuvré pour la création de la Maison des auteurs de la SACD.
- Speaker #4
On a monté un grand nombre de spectacles. Parallèlement, il a écrit aussi des romans, parce que l'écriture était quelque chose de vital pour lui. Et on est venu aussi un peu lui le chercher, en disant qu'on voyait ses spectacles, on voyait la manière dont il les écrivait, et qu'il avait une personnalité, une patte. On lui a proposé donc de faire des textes de doublage.
- Speaker #0
Il a écrit ses premiers dialogues de doublage en 1985. Il a adapté de nombreuses séries populaires comme L'Homme qui tombe à pic, Kung Fu, Wonder Woman, Quad 9 Doctor, Alerte à Malibu. Mais c'est surtout de la série X-Files qu'il était le plus fier, ainsi que de la série de Lars von Trier, L'Hôpital et ses fantômes.
- Speaker #4
C'est quelqu'un qui travaillait énormément. Bon, ça je dois dire que... C'était terrible parce qu'il se mettait à sa table de travail le matin. Bon, à midi, il s'arrêtait pour déjeuner parce que c'était quelqu'un qui aimait bien manger. Mais il s'y remontait tout de suite après.
- Speaker #0
Et vraiment, il était tout le temps,
- Speaker #4
tout le temps, tout le temps à son bureau,
- Speaker #0
à travailler.
- Speaker #4
C'était quelqu'un qui était, comment dire, il n'était jamais content exactement de son texte. Alors, il le reprenait.
- Speaker #0
C'était toujours...
- Speaker #4
remettre l'œuvre sur le métier. C'était quelqu'un qui polissait les choses.
- Speaker #0
Pour lui,
- Speaker #4
en plus, c'était un plaisir. Comme n'importe quel artisan aurait meulé une pierre pour lui donner une belle forme, etc. Lui, c'était le texte. Il aimait sculpter le texte. Mais en même temps, il avait le sens de la réplique. Je pense que ça lui venait du théâtre aussi. C'est-à-dire que tout de suite, il voyait dans les personnages, exactement dans le style, la phrase que le personnage devrait dire.
- Speaker #0
Son confrère et cousin, le dialoguiste et comédien Vincent Violette, se souvient.
- Speaker #5
Et je me souviens de Jean-Louis, qui me disait « Mais non, moi je me mets à ma table à telle heure, je travaille, j'arrête à telle heure, je reprends. » C'était une machine de guerre. Et son esprit était formé comme ça. Quand je disais que moi je me lève pour aller faire la vaisselle ou parce que je sature, chez lui il y avait une sorte de continuité dans la pensée et dans le travail que j'admirais énormément. Il aimait écrire. Et puis, le texte, le texte, le texte. On pouvait parler littérature, parler doublage. C'était cette curiosité d'une mot juste, de travailler le sens.
- Speaker #0
Le dialoguiste Philippe Wittcock a écrit la moitié de la première saison d'X-Files avant de passer la main au tandem Jean-Louis Sartout et Patrick Signavin. Tous trois se connaissaient bien et s'appréciaient.
- Speaker #2
Patrick avait son côté poète, avec son père, qui était formidable,
- Speaker #3
plus rêveur peut-être que nous.
- Speaker #2
Oui, Jean-Louis aussi, toujours positif, sympathique,
- Speaker #3
souriant,
- Speaker #2
et puis moi dans le lot. qui naviguait. On n'était pas proches,
- Speaker #3
on était très amis.
- Speaker #2
Voilà, je les regrette tous les deux, c'est sûr.
- Speaker #0
J'ai demandé à Georges Caudron, qui a prêté sa voix au personnage de Fox Mulder, si Jean-Louis et Patrick lui accordaient une certaine latitude pour apporter quelques changements au texte de ce personnage qu'il a si bien incarné.
- Speaker #3
Ton père, oui. Patrick un petit peu moins. Patrick, il voulait un peu que ce soit son texte qui soit respecté complètement. En revanche, quand il y avait un truc de comique qu'on pouvait ajouter, il aimait bien aussi. Du Coveney a tellement l'œil qui frise tout le temps, alors que la bouche et ce qu'il dit est tellement low voice et sans rien. Pour qu'on y croit, il fallait vraiment que le côté scientifique soit totalement respecté. Et ça, je dois dire que Essignavine et ton père étaient absolument d'une précision.
- Speaker #0
Et comme Jean-Louis l'avait fait pour le théâtre, il s'est aussitôt investi dans la promotion du métier de dialoguiste de doublage. En devenant membre du SNAC en 1989 et représentant du groupement doublage-sous-titrage, puis vice-président du SNAC, Emmanuel Derangervé.
- Speaker #3
Jean-Louis venait de ce que je sais, il venait du théâtre, de la mise en scène et de l'écriture. Pour moi, c'était plutôt un penseur, un intellectuel, quelqu'un qui construisait, qui réfléchissait, qui organisait. Un metteur en scène, ça correspondait à son parcours professionnel. Il savait placer les choses et les gens.
- Speaker #0
Il s'est aussi beaucoup investi à la SACEM. Il a longtemps fait partie de la commission de l'audiovisuel, qu'il a même présidé, et il prenait très à cœur de mieux faire connaître sa profession aux autres auteurs de la SACEM, paroliers, compositeurs et éditeurs. Il prônait l'idée que nous étions avant tout auteurs et que la collectivité serait plus forte si elle se réunissait autour de ses points communs. Claire Giraudin, directrice de SACEM Université, ... a travaillé avec lui, notamment lors de l'organisation d'un stage d'initiation à l'écriture de dialogues proposé à des employés de la SACEM en 2016.
- Speaker #6
Alors le souvenir que j'ai de Jean-Louis Sartout, c'est d'abord le souvenir de quelqu'un d'extrêmement passionné. C'était une pile d'énergie. Je me souviens de lui avec ses gestes et parlant, ayant tellement de choses à dire que parfois il en trébuchait presque. Il était, voilà, c'était la... passion moi c'est la première chose que j'ai vu quand j'ai rencontré jean louis sartout et c'est cette image que je garderai toujours de lui et c'est un passionné extrêmement exigeant je me souviens aussi pendant l'atelier c'était vraiment je vous explique je vous montre je vous démontre et après il faut que vous de votre côté vous y mettiez toutes vos tripes toute votre intelligence toutes vos qualités voilà il n'était pas il ne s'est rien passé qu'il estimait ne pas être au niveau ce qui est quand même extraordinaire quand on se dit qu'il s'agissait d'un atelier de découverte, etc. Mais justement, ce qui était super, c'est qu'il a traité les gens qui étaient là dans cet atelier exactement, j'imagine, comme il traitait les gens qui visaient à devenir professionnels du doublage et sous-titrage. Et je pense que ça, en termes de qualité de pédagogie, qualité de transmission, c'est vraiment quelque chose qui compte. Parce que les gens ne se sentent pas infantilisés, ne se sentent pas pris de haut. Et effectivement, qui a fait beaucoup pour faire progresser la cause des auteurs de doublage, notamment sa représentation, sa prise en compte au sein de cette grande maison qui comprend bien des répertoires.
- Speaker #0
La transmission lui tenait justement à cœur. Il a monté en 2008 un séminaire, Écrire pour le doublage, qu'il a animé dans le cadre du Master TSD Traduction, Soutitrage, Doublage de l'Université de Nice. Un séminaire inédit. qui permettait aux étudiants non seulement d'être au contact de dialoguistes professionnels, mais aussi de suivre leurs textes, jusqu'à leur enregistrement par des comédiens, comme c'est expliqué dans le podcast « Former et transmettre » . Simone Dweck est allée sur le plateau pour tourner son documentaire radio sur les doubleurs de fond.
- Speaker #4
Pourquoi faut-il toujours que tu apparaisses de nulle part ?
- Speaker #5
C'est faux. J'apparais toujours de quelque part.
- Speaker #4
Je te recommande plus de méfiance. Tu sais que mon père te considère comme un ennemi de mon...
- Speaker #5
J'ai des amis, des amis très influents.
- Speaker #0
Mais pourquoi mon père te méprise-t-il autant ?
- Speaker #4
Il se garde bien d'avoir vécu...
- Speaker #5
J'en ai assez ! Je ne suis pas là pour subir un interrogatoire, Tom Bernouet, parce que je refuse de me prosterner à ses pieds devant un tout-puissant roi et son âge. Parce que j'obtiendrai de lui tout ce qui me plaît pas,
- Speaker #1
jusqu'à la perruque de sa chèque. Est-ce que vous pensez qu'on aurait pu se contenter de mage ? Parce que là, c'est un gros problème. C'est vraiment le magus à deux syllabes très nettes. Mage, on est trop court. Néanmoins, au point de vue du sens, c'est vraiment mage et non pas magicien. C'est pas pareil. Qu'est-ce que tu en penses en tant qu'interprète ? Est-ce que tu crois qu'on peut le faire traîner pour combler deux syllabes ? Moi, ça me semble difficile.
- Speaker #5
On peut le faire, mage, en articulant. mais on arrive à ce que j'appelle mettre du beurre sur du beurre. C'est-à-dire que pour faire passer le synchronisme, on est obligé de doutrer le jeu ou l'intention.
- Speaker #1
Donc, n'attendez pas que le comédien le surjoue pour combler la lacune. Aidez-le à ne pas avoir besoin de mettre du beurre sur du beurre.
- Speaker #0
David Ribotti, aujourd'hui dialoguiste, a fait partie des premières promotions formées par Jean-Louis.
- Speaker #7
C'est Jean-Louis Sartout qui m'a véritablement transmis la passion pour l'écriture et le goût de l'écriture du dialogue. C'était un homme animé d'une passion pour l'écriture et par la suite nous avons travaillé ensemble pendant de nombreuses années. C'est vraiment grâce à lui que je me suis orienté vers l'écriture de version française, vers l'écriture pour le doublage.
- Speaker #0
Simone Dweck a interviewé Jean-Louis à Nice le jour de l'enregistrement des dialogues de ses étudiants.
- Speaker #1
Et donc je leur dis voilà, je vous ai sélectionné huit extraits de films de deux minutes. Bon, vous allez en faire au moins quatre. Vous allez chacun écrire votre version française. Alors, bien sûr, comme c'est tout nouveau pour eux, ils me mettent des phrases françaises absolument imprononçables. Ou bien quand il y a une bonne idée de syntaxe, c'est absolument pas synchrone ou ça ne correspond pas au style du personnage. Alors ça, on étudie ensemble, on discute les deux minutes, on travaille trois quarts d'heure en tête à tête sur deux minutes. Et je vais leur dire, surtout, il n'y a pas une réponse. C'est un problème où il y a 10 réponses, 50 réponses. Tout est subjectif, c'est ce qui fait que c'est un travail artistique, que nous ne serons jamais remplacés par des logiciels.
- Speaker #0
Et j'arrive,
- Speaker #1
mais nous allons avoir la confirmation aujourd'hui même, à 13 versions d'un même film, d'une même séquence de deux minutes. Le principe, c'est ça, c'est de montrer que les adaptateurs sont vraiment des auteurs à part entière. Ce n'est pas un caprice que de dire que nous sommes des auteurs.
- Speaker #7
Nous partageons des centres d'intérêt vu que nous travaillons sur des projets communs, notamment les Journées européennes du doublage. Pour ma part, j'ai donc rejoint l'équipe qui animait le séminaire Écrire pour le doublage pendant une dizaine d'années. Jean-Louis a suivi les différentes étapes de ma carrière d'auteur. Il m'a vu commencer, il m'a vu évoluer dans le métier d'auteur pour le doublage. Et souvent, c'était intéressant de pouvoir lui soumettre une problématique, pouvoir échanger sur une question ou sur une autre question. Il était toujours disponible, toujours à l'écoute, et c'était vraiment une valeur sûre. On est devenus amis, il y avait une sorte de filiation. Quand on travaille avec une personne pendant une dizaine d'années, il y a forcément des liens qui se créent, qui vont bien au-delà des liens professionnels. Donc c'est vrai qu'on échangeait beaucoup sur le métier, sur ses évolutions, sur les dangers qui pesaient sur notre profession. On parlait de voyage, on parlait de gastronomie, on se retrouvait souvent autour d'une bonne table et d'une bonne bouteille après une journée de travail souvent épuisante. C'était toujours un plaisir de se retrouver sur une terrasse, autour d'un apéritif ou d'une bonne spécialité niçoise, pour échanger sur des choses autres que le métier.
- Speaker #0
Avec son confrère Nicolas Mourgui, Jean-Louis a été à l'origine de la création de l'UPAD en 2011, l'union professionnelle des auteurs de doublage, dont Laurence Salva est aujourd'hui secrétaire adjointe.
- Speaker #6
Et il y avait un monsieur à l'UPAD qui s'appelait Jean-Louis Sartout, pour qui j'ai eu tout de suite un immense et profond respect, qui était d'une humanité extraordinaire. Et c'est vraiment lui qui a fait que je suis restée,
- Speaker #4
et Vanessa, et les autres,
- Speaker #6
mais c'est vraiment Jean-Louis.
- Speaker #4
Pour lui, il était très important que tous les travailleurs fussent-ils travailleurs de la culture, puissent avoir des statuts qui, la plupart du temps, n'étaient pas reconnus ou l'étaient mal. Et donc, ils luttaient de manière à ce qu'il y ait une équité et que les gens qui, normalement, avaient des positions un petit peu, comment dire, un petit peu floues au point de vue administratif, etc. puissent bénéficier d'un certain nombre de recours ou d'assistance. Et puis, face à des commanditaires, c'est-à-dire les maisons de synchro, etc., ou les grosses boîtes de cinéma, n'exploitent pas trop les auteurs.
- Speaker #1
Ce que je regrette, pour le grand public, en tant que cinéphile, c'est que quand je lis une critique, je vois qu'il y a certaines critiques averties, qui diront « Oh, là, il y avait un bel éclairage, il y avait une musique intéressante. » Au contraire, dire « Oh, cet aspect-là est un petit peu faiblard, etc. » Jamais on ne dit « Tiens, la version française avait de bons côtés, elle avait beaucoup de style, mais là, on sentait que la prise de son était un petit peu faiblarde dans cette séquence-là. » Néanmoins, il y avait une bonne idée de distribution, d'avoir mis ce personnage, c'était intéressant. Enfin, une critique détaillée de la VF, ou du sous-titrage d'ailleurs. Jamais je ne vois ça dans une analyse cinématographique. On dit de toute façon, en gros, le doublage c'est mauvais comme d'habitude, le sous-titrage, il faut bien faire avec, comme le disait un critique de cinéma un jour, de toute façon, les uns les autres, vous êtes un mal nécessaire. Oui, dans la ville de Cannes, lors du festival Biz de Cannes l'hiver, je dînais avec un critique d'un journal spécialisé dans le cinéma, nous sommes un mal nécessaire.
- Speaker #3
Ce sont des adhérents qui se sont dévoués pour la défense des intérêts collectifs. Je pense qu'il faisait partie d'une génération, Jean-Louis Sartout, lui, Patrick, qui voulaient défendre les intérêts de ce métier, la qualité de ce métier. Chacun avec son parcours, avec ses compétences, avec ses connaissances, était arrivé par choix, par hasard peut-être, par connaissance dans le secteur du doublage sous-titrage. Et tous s'étaient réunis, comme d'autres, pour défendre l'intérêt collectif de ce métier d'écriture et la qualité de ce métier d'auteur adaptateur dans le secteur du doublage sous-titrage. Jean-Louis, Patrick, Pierre ont été des hyperactifs. pour faire connaître et faire comprendre leur métier ici, au SNAC, au sein du Conseil syndical et des autres secteurs de la création, mais aussi à la SACEM. Parce que clairement, au sein des OGC, pendant un temps, il a fallu expliquer les choses. Et ces trois personnes sont parmi celles qui ont le plus, et le plus souvent, expliqué et porté la parole des auteurs de doublage sous-titrage.
- Speaker #0
Les collègues et copains Jean-Louis Sartout, Patrick Signavin et Pierre Calamel sont disparus tous les trois exactement à un an d'intervalle, en 2017, 2018 et 2019. Par leur carrière et leur investissement militant, ils sont entrés à tout jamais dans l'histoire du doublage. Cet art, dont vous pouvez découvrir les subtilités dans les autres épisodes de votre série, devine qui vient doubler.