Speaker #0Bonsoir, Inge. Bonsoir, Roger. Désolé de te déranger. Pas de problème. Je me demandais, est-ce que Thérèse t'a contactée récemment ? Euh... non, pourquoi ? Elle a dû changer de numéro. J'ai besoin de la joindre. C'est important, j'ai encore des choses à lui dire. Merci. Oh, c'est bien. Oui, oui, oui. On la regarde, alors ? Oui, oui, oui. Désolé de te déranger. Pas de problème. Je me demandais, est-ce que Thérèse t'a contacté récemment ? Non, pourquoi ? Elle a dû changer de numéro. J'ai besoin de la joindre. C'était important, j'ai encore des choses à lui dire. Ça coule bien, il coule bien. Ça répond à la situation. Bon, c'est les phrases sont justifiées. Ah oui, ça passe bien, le voisin... Celles que toutes petites, s'il fallait vraiment finaliser. Donc, il y a deux... J'ai deux phrases qui sont... Elle ne souhaite pas que je te le donne. Là, c'est très, très court. Oui, absolument. On pourrait croire à une séance d'enregistrement de doublage. C'en est bien une. mais un peu particulière. Le texte a été écrit par des étudiants et interprété par des comédiens professionnels qui ont pu faire un retour aux apprentis dialoguistes après la session. Écrire pour le doublage, c'est avant tout écrire. Et est-ce qu'on apprend à écrire au-delà du fait de former des lettres ? La question fait débat. Mais en tout cas, chaque type d'écriture a ses règles. La poésie, le scénario, la chanson. Et le doublage aussi. Alors si toutes ces formes d'expression demandent avant tout d'aimer écrire, d'aimer décortiquer une phrase, la retravailler, chercher le mot juste, il faut tout de même se familiariser un peu avec ces règles. Certains auteurs ont appris sur le tas, au fil de la pratique, et en mettant à profit leur maîtrise d'autres formes d'écriture. D'autres dialoguistes ont acquis les bases de leur savoir-faire dans des universités et des stages. Dans cet épisode, nous verrons comment apprendre ce métier et nous mettrons un coup de projecteur sur quelques expériences particulièrement intéressantes. Former et transmettre, devine qui vient doubler. Le musée SACEM présente un podcast créé et dialogué par Vanessa Bertrand. Devine qui vient doubler. Il est toujours intéressant de savoir comment nos prédécesseurs s'y sont pris. Bien que le doublage existe depuis près d'un siècle, les formations universitaires ne sont apparues qu'il y a une vingtaine d'années. Auparavant, on confiait l'adaptation des dialogues à des professionnels de l'écriture, des auteurs avant tout. Comme nous l'avons évoqué dans le podcast sur l'histoire du doublage, Jean Hanouilh ou Raymond Queneau s'y sont essayés, Max Maurice, le surréaliste proche de Man Ray, ou encore Henriette Nizan, la journaliste épouse du philosophe Paul Nizan. Philippe Wittcock nous raconte comment il a fait ses premiers pas chez Disney, mais dans le marketing. Ma formation me destinait à l'enseignement, lettres classiques, français, latin, grec, anglais, première langue. Et j'étais dans la filière pour devenir prof, je suis monté au CAPES, que j'ai tenté deux fois. Et puis parallèlement, j'étais passionné par le cinéma et je connaissais l'équipe de Disney France de l'époque, qui un beau jour m'a appelé en ayant besoin d'un attaché de presse. Donc j'ai sauté sur l'occasion, abandonné l'enseignement sans regret. Et je suis monté à Paris, puisque je suis breton en fait au départ, je viens de Rennes. Et donc je suis monté à Paris pour m'occuper des relations presse et être l'assistant du directeur de publicité. Et j'ai fait ça pendant 7 ans à Paris. Donc ça n'avait plus rien à voir du tout avec ma formation. J'ai ensuite passé 2 ans à Londres où on m'a promu directeur de la publicité pour l'Europe et le Moyen-Orient. J'ai beaucoup voyagé. On allait dans les pays. Je faisais deux pays par jour en moyenne quand je voyageais. C'est-à-dire que je partais très tôt le matin de Londres, je partais dans un pays, je repartais après déjeuner, j'en faisais un autre et je revenais au bureau le soir. Ce qui était quand même effectivement riche. Je gardais l'idée d'adapter dans un coin de ma tête parce que quand j'étais à Paris, comme j'avais cette formation de lettres classiques, il m'avait un petit peu balancé superviseur entre guillemets des dialogues français, des doublages français. Donc j'avais des relations avec les Dutert à l'époque, Fred Safdieh, Claude Rigalensou déjà, Natacha Nahon, et c'est moi qui relisais les textes, qui allais éventuellement en plateau, qui leur faisais des observations, y compris sur les chansons. Un des premiers films dont je m'étais occupé, c'était Peter Elliot le dragon en version animée. Donc j'étais passionné par ça, par les enregistrements, les plateaux, les comédiens. Et je me suis dit, tiens, ça, un jour, ça me conviendrait. Et il s'est trouvé qu'au bout des deux ans à Londres, je suis revenu en France. La nouvelle équipe était arrivée, Eisner, Katzenberg. Et ils ont décidé de modifier totalement la structure des bureaux, de fermer le bureau français, provisoirement, de confier la distribution à Warner à l'époque. Et donc, j'en ai profité, puisque j'étais, comme tout le monde, licencié à cette époque-là, pour me lancer dans le doublage. Donc, ça a commencé en 87. Voilà, c'est comme ça que j'ai commencé dans le doublage, vraiment à mettre les mains dans le cambouis. Juliette Vigouroux et son époux Alain Cassar, qui ont depuis signé les dialogues français des sagas Harry Potter, Le Hobbit et de 18 saisons des Simpsons, se sont lancés suite à une rencontre. Alain, qui était guide touristique, parlait parfaitement anglais et Juliette était attachée de presse pour le théâtre. L'un des metteurs en scène qu'elle a côtoyé, Michel Gast, était en parallèle gérant d'une société de doublage. J'en avais par-dessus la tête d'être attachée. parce que c'est un travail extrêmement ingrat. Tirer les sonnettes des journalistes, décrocher son téléphone pour les supplier, de venir voir une pièce et de faire un papier, je n'en pouvais plus. Je me suis dit pourquoi pas, j'aimais écrire, j'adore le cinéma, je suis très attachée au dialogue. Donc j'ai demandé à Michel Gast si je pouvais faire un essai et c'est comme ça que tout a commencé. Je travaillais avec mon mari. et mon mari et moi avons fait un lycée c'était... c'était difficile parce que on nous a plongé du jour au lendemain et personne ne nous avait rien dit, rien montré rien, nous ne savions absolument rien du doublage on nous a jeté dans le bassin sans savoir nager donc le retour du plateau n'a pas été trop mauvais voilà, ça ne devait pas être... terrible au niveau de la synchro, mais le dialogue, quand même, était là, peut-être, et donc c'est comme ça que j'ai commencé. Tous ces auteurs reconnaissent que de toute manière, même si une opportunité peut se présenter du jour au lendemain, devenir dialoguiste prend du temps. Il faut avoir du vécu et un grand sens de l'observation pour faire parler tous les personnages qui habitent les films. Et tous les chemins peuvent mener à Rome, comme nous l'explique Jean-Jacques Prond. Dialoguiste sur les séries Friends, Soprano ou encore Nip-Tuck. À une époque, j'ai été interprète, c'est ce qui m'a vaguement amené à ça. Mais oui, j'ai été directeur de cinéma, j'ai été réalisateur, j'ai fait plein de conneries. Mais j'ai fait du marteau-piqueur et boueur aussi. Enfin, j'avais 20 ans. Quand on me demande ce qu'il faut pour faire un bon dialoguiste et surtout un adaptateur de sitcom, puisque c'était ça dont il s'agissait, moi je disais la vitesse de l'esprit. le sens du gag verbal, la phrase qui fait mouche, le sens de la dérision, mais surtout, la première chose, et là je reviens à mon point de départ, la culture générale. Pour moi, c'est très très important. Le fait d'avoir fait du marteau-piqueur et d'avoir été boueur dans un grand magasin en Angleterre, ça ne m'a pas beaucoup beaucoup servi, c'est bien évident. Mais plus tu fais de choses, plus tu... Je dis tout le temps, la première chose, c'est que par exemple, on ne fait pas parler un avocat comme on fait parler un clodo. On ne fait pas parler un adulte comme on fait parler un enfant, etc. Et puis, il y a aussi le cas des dialoguistes qui sont tombés dedans quand ils étaient petits. C'est le mien, car mon père, Jean-Louis Sartout, était dialoguiste. Adolescente, je me passionnais pour les répliques qu'il écrivait à la maison sur une bande plastique dont j'ai vu défiler des kilomètres. J'adorais l'idée de pouvoir écrire, de faire parler des personnages si différents et de devoir passer d'une langue à l'autre. Mon apprentissage a donc été essentiellement de l'observation. Jusqu'au jour où j'ai osé demander des conseils. Joël Safdie est aussi dans ce cas. Le fils de Fred Safdie, l'un des pionniers du groupement doublage sous-titrage du Syndicat national des auteurs et compositeurs, m'a confié une fois que nous étions tous deux des papas didactes. Laurence Salva est elle aussi fille de dialoguiste, mais c'est aussi son grand-père qui lui a transmis la passion d'écrire. Il était dans l'armée et dix ans après la guerre, il en a eu ras-le-bol de l'armée. il a travaillé pour un patron de studio de doublage. Et en fait, c'était lui qui transportait l'argent d'un studio à l'autre pour payer les comédiens. Et il était marié, ma grand-mère était irlandaise, et donc il parlait couramment anglais. Et un jour, ce patron de studio lui a demandé s'il ne voulait pas s'essayer à traduire des films. Je crois qu'il a commencé avec des films de John Wayne, d'après mes souvenirs. D'abord, il m'a appris la technique, parce qu'en effet, c'est une technique. Il m'a appris le dialogue. C'est vrai que le dialogue n'a rien à voir avec une traduction littéraire, descriptive. Le dialogue, c'est une vraie spécificité. Ça, il m'a appris à le faire. Je ne le remercierai jamais assez. C'est grâce à lui que je connais mon métier. L'apparition des formations universitaires a changé la donne. Certains nouveaux professionnels ont peu à peu été formés dans des DESS, devenus des masters. On citera par exemple Christophe Sagnès, Aline Langelle, Nicolas Mourgui, Pierre Arson. C'est aussi le cas de David Ribotti qui a étudié à l'université de Nice avant de devenir dialoguiste. Il y a énormément de personnes qui sont arrivées à l'écriture d'une manière ou d'une autre sans avoir fait de formation. Ces dernières années, il y a eu plusieurs masters de traduction audiovisuelle qui se sont développés à Nanterre, à Lille, à Strasbourg, à Dijon, à Nice. et ces masters permettent d'avoir une sensibilisation au métier d'auteur de doublage ou de sous-titrage et d'avoir une sorte d'initiation qui permet à un étudiant de comprendre le mécanisme, le fonctionnement de l'écriture pour le doublage et de faire quelques travaux pratiques. Si la personne est intéressée et veut poursuivre dans ce domaine, elle doit travailler, elle doit faire des stages, elle doit... Creuser, on va dire, cette piste, il faut souvent des mois et des années pour pouvoir se constituer un réseau professionnel et pouvoir vivre de ce métier. Si le DESS de l'Université de Lille existe depuis 1982, c'est surtout depuis les années 2000 que ces formations sont apparues. Nice, Strasbourg, Nanterre, Toulouse, Dijon, Montpellier, Rennes, certains masters sont spécialisés ou alors abordent l'adaptation. au cours de cursus plus larges, sur la traduction par exemple. La dialoguiste et autrice de sous-titres Isabelle Audineau nous parle de son passage à l'université. J'ai fait une maîtrise d'anglais à la Sorbonne, et ensuite j'ai fait un... À l'époque, ça s'appelait DESS, de sous-titrage, doublage à Lille. À l'époque, c'était la seule formation qui existait. Mais alors j'ai cette particularité que je n'ai pas eu mon diplôme. Et en fait, dans notre année, personne ne l'a eu parce qu'on... On trouvait que l'enseignement n'était pas top, et donc on n'a pas arrêté de le dire toute l'année. Par exemple, il n'y avait pas assez de pratiques de sous-titrage, que les profs n'étaient pas des auteurs de sous-titrage. J'y suis retournée pour parler aux étudiants, et donc c'était assez rigolo. Je trouve qu'effectivement, c'était peut-être une formation qui était un passage obligé, parce que par exemple, après, moi je suis allée en stage dans un laboratoire. parce que j'ai été dans cette danse d'ESS. Je trouve qu'on n'apprend pas à traduire en une année scolaire, en master 2. Oui, je pense qu'aujourd'hui, il y a des profs qui sont un peu plus dans le métier. Tous les professionnels s'accordent à le dire. Les formations sont parfois des miroirs aux alouettes. Moins de 300 auteurs vivent exclusivement de ce métier. Et beaucoup de jeunes sortent des facs tous les ans, parfois sans jamais avoir rencontré un professionnel au cours de leurs études. Grâce à l'association Les Écrans de Babel, l'Université de Nice propose depuis près d'une quinzaine d'années un séminaire un peu particulier. Deux semaines au cours desquelles les étudiants rencontrent des auteurs qui les assistent pour écrire des scènes qui sont, le dernier jour du séminaire, enregistrées par des comédiens professionnels. Le même séminaire est proposé depuis deux ans à l'Université de Dijon. bien connu pour avoir prêté sa voix à David Duchovny dans la série X-Files, a enregistré les textes des étudiants. J'ai adoré. Il y a 8 ou 10 adaptateurs en herbe qui s'y sont collés et suivant l'adaptation, on ne joue pas la même chose. En deux jours, on a vécu des aventures complètement incroyables. Les mômes, d'ailleurs, on disait, il y en a un où on lui a dit, tu peux y aller, ça y est, c'est bon. Le type, c'était synchrone, c'était bien. Mais tu sais, c'est un don. Les comédiens Dani Taillarda et Vincent Violette ont eux aussi enrichi les étudiants en leur faisant des retours sur leurs textes. On forme dans la mesure où on apprend, on rectifie, on montre les écueils, etc. Donc ça c'est une formation, mais en même temps c'est une transmission parce qu'il y a autre chose qui passe, c'est-à-dire il y a aussi la passion d'un métier. Et jaaaam ! L'envie de faire le mieux possible, dans des conditions les meilleures, leur apprendre ça aussi. Et ça, je dirais que c'est plutôt de l'ordre de la transmission. C'est une expérience fabuleuse et irremplaçable, parce que tout d'un coup, c'est un laboratoire, et on fait avec les étudiantes et les étudiants. ce qu'on n'a jamais vraiment le temps de faire, ni nous devant notre ordi. Et là, on travaille, on échange, on essaie. Et justement, de voir comment des gens à Nice, assez jeunes... peuvent s'approprier une histoire, un texte et donner six, sept versions différentes. Alors ça c'est absolument fabuleux. Alors évidemment, après il faut un peu les guider pour que ça puisse rentrer dans le moule. Mais ce qui est drôle c'est de voir les caractères de chaque personne. Il y a ceux qui tout de suite vont se fixer sur le synchronisme, etc. Ceux qui s'en foutent royalement et qui vont travailler sur le sens. Ceux qui vont outrepasser le sens et amener leur touche personnelle. J'aime ce foisonnement qu'apportent les étudiants, désordonnés, allant dans tous les sens, mais allant quelque part. Chloé Matz, étudiante en master de traduction multimédia à l'Université de Dijon, a suivi ce séminaire, qui lui a donné envie de se lancer dans l'adaptation. Elle explique comment l'écriture de dialogues de doublage lui est apparue très différente des autres formes de traduction abordées au cours de ses études. C'était totalement différent, autant dans le fond que la forme, parce qu'il s'agissait déjà de maîtriser un logiciel de bande rythmographique, et ça c'était quelque chose de totalement inédit. Autant en sous-titrage on avait pris en compte l'oral, mais il suffisait de le réécrire. À la fin on voyait un... une traduction écrite, alors que là, c'est vraiment destiné à être lu pour des comédiennes de doublage. Donc, on a appris à prendre d'autres paramètres en compte pour qu'on se rende compte vraiment des difficultés, des obstacles et pourquoi ce métier est peut-être aussi dur. Donc, dans ma formation, on a étudié traduction, localisation, transcréation. Et là, on avait vraiment le côté adaptation. Donc c'était vraiment complémentaire et c'est tout ce qui manquait à la formation finalement, l'adaptation, comprendre comment ça marche, mais aussi mettre à profit sa créativité pour produire quelque chose de beau, parce que c'était l'objectif au final. Les comédiens ont beaucoup appris lors de cette transmission et ils témoignent aussi du plaisir que les étudiants ont ressenti lors des enregistrements. Ils étaient aux anges. À l'époque, quand on est... Quand on est descendu à Nice, X-Files était encore dans tous les esprits, etc. Alors, faire dire leur texte par Fox Mulder, c'était absolument incroyable. Il y a toujours un peu le côté spectaculaire de sidération. Ça se fait comme ça, c'est marrant. Parce qu'on le pense dans sa tête, et c'est ce qu'on fait nous aussi, notre petite voix dans notre petite tête quand on écrit. Et après de le voir... dit et approprié est déjà transformé, est déjà changé. À peine écrit, ça passe à l'oral, et la personne qui dit le texte va changer, passe en interprétation, que nous on n'avait plus ou ce que l'étudiant a pu penser. Je me suis vraiment rendu compte que le métier de comédien de doublage est particulier quand même, c'est très théâtral, très expressif. Et puis se dire que c'est notre texte qui est dessus, ça a un côté très satisfaisant, parce qu'on se dit « waouh ! » C'est ma touche personnelle, c'est quand même moi qu'il ou elle lit. C'est vraiment quelque chose, ça fait vraiment quelque chose un peu au niveau du cœur, au niveau du cerveau. Je ne sais pas, il y a plein de sentiments qui se mélangent à la fois. Donc c'est quelque chose que je ne connaissais pas trop. Et puis on se rend compte que sans les auteurs de doublage, il n'y a pas de texte. Finalement, c'est peut-être un peu bête. C'est aussi le texte qui fait vivre l'œuvre. Mais qu'on se soit formé sur le tas ou à l'université, il est nécessaire de démarrer dans le métier en étant conscient de sa précarité et de tout ce qu'il impliquera fiscalement et socialement. Ces aspects sont développés dans notre podcast « Auteur de dialogue et de sous-titres et vous en vivez » . Le dialoguiste Jean-Jacques Prond refuse de donner une image trop idyllique de notre métier aux débutants. J'ai au moins une personne par mois qui me passe un petit coup de fil ou qui me dit par un tel, j'ai su que vous faisiez, etc. Je leur dis ce que je pense, mais je ne les berce pas d'illusions. Je leur dis que c'est dur. Emmanuel Derangervé, délégué général du Syndicat national des auteurs et des compositeurs, organisation qui regroupe de nombreux auteurs de doublage et de sous-titrage, estime aussi qu'une formation n'est complète que si elle présente une image globale. de l'écosystème du métier. C'est pourquoi il se rend régulièrement dans les universités. L'idée, c'est quand même d'informer sur le statut d'auteur, sur le statut social et fiscal. et d'expliquer la précarité que représente le métier d'auteur et la nécessité pour ceux qui veulent y prétendre de ne pas détruire ce métier dans lequel ils prétendent vouloir exercer des activités durables. Incontestablement, le problème d'une activité ou d'un métier, c'est le taux de renouvellement ou l'affluence de nouveaux venus dans le métier. Plus il y a de prétendants à exercer un métier, plus éventuellement il y a des gens qu'on pousse vers la sortie ou des gens à qui on dit, tu sais, il y a plein de gens qui attendent à la porte, donc si tu n'es pas un peu plus souple sur tes tarifs, il va falloir qu'on fasse des choix qui ne nous plairont pas, mais on va quand même choisir ceux qui sont moins chers que toi. Donc c'est une nécessité d'avoir des professionnels formés de façon à faire du bon travail ou du beau travail, de la belle ouvrage, Mais... C'est aussi un risque si les universités ou les formateurs n'ont pas conscience des possibilités du marché. Il y a beaucoup de doublages sous-titrages parce qu'il y a beaucoup de moyens de diffusion, mais beaucoup de volumes de travail, ce n'est pas forcément du travail pour des milliers de personnes. C'est du travail pour des centaines de personnes et c'est déjà pas mal. Et quelquefois, pas pour beaucoup de centaines. et pas pour un niveau de rémunération toujours très significatif. Autre exemple intéressant, en 2016, la SACEM a organisé un atelier doublage à destination de quelques-uns de ses employés qui ne connaissaient pas du tout le métier de dialoguiste, alors qu'ils en géraient pourtant les droits à longueur de journée. Cette expérience leur a permis, pendant une semaine, d'être immergés dans la création et de vivre le quotidien d'un auteur de doublage. C'est Jean-Louis Sartre. partout dialoguiste et ardent défenseur de son métier, qui leur a permis de goûter aux joies de l'écriture de doublage. Un documentaire, dans l'ombre du doublage, a même été tourné à cette occasion. Et il est disponible sur le musée SACEM, dont la directrice Claire Giraudin commente l'atelier qu'elle a coordonné. C'est un très chouette documentaire, plein de vie, plein de suspense. C'est très intéressant d'entendre les auteurs parler de leur travail. Très intéressant de voir des novices, les employés de la SACEM, également pris dans ce travail et apprenant les tenants et les aboutissants d'une vie professionnelle d'auteur de doublage. Notre phrase, elle est quelque part cachée dans l'image et dans le son qu'on entend. Eh bien, il faut que vous alliez la chercher. Reprenons le... Le fameux « he is dead » , il est mort. Normalement, puisqu'on dit « il est mort » , ça n'a rien à voir avec « he is dead » . Première réaction, c'est de dire « on s'en fout, en effet, il est décédé, ça ne va pas » . Une mère éplorée ne va pas dire « mon fils, il est décédé » , « mon fils, il est mort » . Donc, d'abord, la phrase juste. Et puis ensuite, on la met plus ou moins en avant, en arrière, il y a des petits trucs pour que ça passe mieux. Olivier Pillon, responsable communication, relations externes et actions culturelles de la SACEM dans la région nord-est, a été l'un des stagiaires de cet atelier. C'est une découverte totale. C'est un métier que je ne pensais pas. J'imaginais plutôt une traduction, alors qu'en fin de compte, il y a une véritable écriture. qui se fait par rapport à beaucoup de critères. Certes, la scandinisation sur les lèvres, mais aussi sur l'ambiance générale, sur les expressions sur les visages, et puis tout simplement la cohérence de l'histoire. Ça a été pour tout le monde une vraie surprise et une vraie révélation. Et la surprise des employés SACEM qui ont eu la chance de participer à ce stage était réelle. Et je me souviens effectivement de réactions qui disaient « on n'avait vraiment aucune idée que c'était comme ça » . Oui, on... ils sont membres de l'Assasem, les auteurs de doublage. Avant, je ne comprenais pas bien pourquoi on les considérait comme des auteurs. Mais en fait, maintenant, je comprends ce que c'est vraiment qu'une adaptation. Je comprends tout le travail justement de la part de création qu'il y a dans ce travail d'auteur adaptateur. Et ce n'est pas de la traduction bête et méchante, si je puis dire. Et c'est ça, je pense, que les gens, de manière générale, ont du mal à saisir quand on parle de votre métier. Je me souviens, c'était extrêmement court. Et pourtant, ils n'ont pas chômé. Ils se sont rendus compte à quel point ce mélange de créativité et de technicité était quelque chose de très complexe et que ça ne s'atteignait pas en deux demi-journées ou trois jours de travail. Et puis, il y a les festivals, les rencontres avec le grand public qui permettent de prendre contact avec des professionnels. En général, ce sont des comédiens qui sont conviés, comme dans les conventions de manga. Mais il arrive aussi que certains auteurs soient invités. Je me souviens ensuite que nous sommes allés là aussi ensemble à Angers au festival Premier Plan pour présenter le documentaire et faire ensuite une table ronde. Là aussi avec toi Philippe Lebeau et puis le réalisateur du documentaire Tony Kéméré. Et là pour le coup c'était une grande salle où il y avait des professionnels et du public, on va dire grand public, festivalier. Et on a eu énormément de questions et je me souviens de gens, d'au moins une personne, se levant et disant « Ah mais moi je croyais en fait que les acteurs, c'était eux-mêmes qui créaient leurs répliques quoi » . On ne pouvait pas terminer cet épisode sur la transmission sans parler d'un événement organisé en janvier 2020 à Dijon, les premières REC, Rencontres des Écritures Créatives. En parallèle du séminaire Écrire pour le doublage à l'Université de Dijon, Ces rencontres ont permis à des étudiants et à des professionnels de l'audiovisuel et du cinéma de la région Bourgogne de s'initier à plusieurs formes d'écriture pour voir comment le fait de les croiser enrichissait chacune d'elles. Cochés par des auteurs, ils se sont initiés à l'écriture de dialogues de doublage, à l'écriture de chansons et à la conception d'une musique de film et de bruitage. Leur objectif ? Écrire des dialogues sur un montage d'une vingtaine de minutes. du film de Fritz Lang, Métropolis, en réaliser les bruitages et en écrire une chanson finale. Ce que j'ai trouvé d'extraordinaire dans cette expérience, c'était que vous avez réussi à travailler entre différents corps de métier. Vous, auteur dialoguiste d'une part, également des compositeurs de musique de film d'autre part, mais également un auteur, on va dire, de chansons plus traditionnelles. Avec tous ces élèves de l'université, ça a été vraiment un travail en chambre pendant plusieurs jours. Et comme tu le disais, en plus un travail purement d'inventivité, de création pure, puisque vous êtes partie d'extraits de Métropolis. Et c'est cette capacité en fait, sur quelques jours, à recréer une chaîne de post-production, on va dire, qui normalement existe de manière séparée, étalée dans le temps. Sur scène, le film et sa bande rythmographique ont été projetés. Les comédiens ont interprété le texte des stagiaires, le compositeur a joué sa musique en direct, les stagiaires ont réalisé les bruitages et la chanson finale a été interprétée. Le tout d'une seule traite est sous les yeux ébahis des spectateurs, alors que la création d'une bande-son d'un film se fait en général étape par étape. Le public a posé une foule de questions à l'issue de ce spectacle sans précédent. Une version courte et commentée de la soirée est en ligne sur le musée SACEM. David Ribotti, co-organisateur d'EREC. C'était un concept complètement nouveau. Nous réunissions tous les maillons de la chaîne de la post-production sonore d'un film. Toutes ces personnes étaient en même temps sur scène pour faire le doublage live d'un film. C'est quelque chose que le public n'a pas l'habitude de voir. Souvent le public qui regarde la version française d'un film. ne se pose même pas la question de savoir comment on peut travailler sur la bande-son, sur l'adaptation d'un film. Et donc donner au public la possibilité d'assister en direct au doublage d'un film, c'est quelque chose d'extraordinaire et ça donne aussi un sens à notre métier. Les comédiens Danny Taillarda et Vincent Violette, qui ont interprété les rôles principaux, nous parlent du plaisir qu'ils ont eu de participer à cette expérience.