- Speaker #0
À l'occasion de la sortie d'un film tourné en langue étrangère, surtout d'un dessin animé au lancement médiatique, il arrive de voir des reportages sur le doublage qui montrent les comédiens en train d'enregistrer en studio. C'est en effet le moment le plus impressionnant, le plus visuel de la fabrication d'un doublage. Les dialoguistes, eux, sont rarement interviewés, ils sont par essence des créateurs de l'ombre, comme on a vu dans les autres podcasts de la série. Un bon dialogue, c'est celui qui ne se fait pas remarquer. Mais nous avons voulu savoir ce que les comédiens attendaient justement d'un bon dialogue. Alors dans cet épisode, on va vraiment deviner qui vient doubler. Le Musée SACEM présente un podcast créé et dialogué par Vanessa Bertrand. Devine qui vient doubler. La vérité est ailleurs. Vous l'avez reconnu ? C'est Georges Caudron, la voix française de David Duchovny, le héros de la série X-Files. Il a aussi doublé Stephen Culp dans une quinzaine de séries dont Grey's Anatomy, Desperate Housewife ou Esprit criminel, ou encore John Anna. dans le triptyque de La Momie ou la série Damageuse.
- Speaker #1
Comme je n'ai pas beaucoup de personnalité de voix, je n'ai pas de gimmick dans la voix, on ne me reconnaît pas beaucoup. Même moi, de temps en temps, je regarde la télé, je me dis, tiens, cette situation-là, ça me dit quelque chose. Je me dis, ah ben oui, c'est moi, évidemment.
- Speaker #0
De même que les dialoguistes n'aiment pas toujours qu'on les confonde avec les doubleurs, qui sont les sociétés de doublage, les comédiens ne veulent pas être qualifiés de comédiens de doublage. On parle simplement d'un comédien qui fait du doublage. Comme on dirait qu'il fait du théâtre ou du cinéma. D'ailleurs, ils ont quasiment tous une formation classique. Georges Caudron nous parle de ses débuts dans l'art dramatique.
- Speaker #1
Je suis rentré au centre de la rue Blanche et puis j'ai fait un peu de frime aux Français, enfin pendant un an et demi avec Terry Hans, avec des gens comme ça. Et puis après je suis rentré dans le boulevard, j'ai joué le fils de Bernabéli, 700 représentations. Puis un jour j'ai eu un trou dans ma carrière. Trop vieux pour faire les fils et trop jeune pour faire les pères. J'étais vraiment... Et une très très bonne amie à moi, qui est Régine Tessot, qui était la voix de Minnie chez Walt Disney, m'a dit « Pourquoi tu ne viendrais pas en synchro ? » Et là, j'ai découvert ma vie et mes copains et ma famille. J'y allais en observateur. Elle m'a dit « Reviens demain, il y aura peut-être quelque chose. » Le lendemain, elle m'a donné un tout petit truc. J'étais à chier et tout ça. Et elle m'a dit « Écoute, t'es fait pour ça. » C'est aussi le cas de Dani Taillarda, qui a prêté sa voix à Mia Farrow ou Gary Fisher, et qui est venue au doublage un peu par hasard.
- Speaker #2
Un petit peu par hasard, c'est-à-dire qu'il y a un directeur de plateau, Pierre Cholondenko, qui était venu voir un spectacle dans lequel je jouais.
- Speaker #0
Le spectacle lui avait beaucoup plu. Il a eu vraiment envie que je travaille avec lui. C'est à la suite de ça que, petit à petit, je suis entrée dans le doublage. Bon, il y avait également un autre esprit qui était plus, justement, un esprit proche du théâtre. Si l'expérience théâtrale permet indéniablement à un comédien d'appréhender un rôle, d'incarner un personnage, la pratique du doublage demande des qualités supplémentaires, déjà techniquement. Concrètement, en studio, le comédien est debout devant un micro, face à un écran où la scène à doubler est projetée, et son texte défile en dessous. écrit sur la bande rythmographique, la rythmo. Une barre fixe traverse cette bande à la verticale et le comédien doit lire le texte exactement quand il arrive au niveau de cette barre. C'est un peu comme du karaoké. Bon, en beaucoup plus complexe. Une bande défile vite. L'exercice est acrobatique. Dani Laurent, dramaturge mais essentiellement comédienne formée au théâtre, raconte l'angoisse qu'elle a ressentie la première fois qu'elle a mis les pieds dans un studio.
- Speaker #3
Je n'avais jamais vu une bande rythmo. Je me suis retrouvée très novice avec des difficultés techniques que j'avais beaucoup de peine à maîtriser. C'était très difficile. Et je suis très admirative des acteurs qui se promènent sur un rôle. Comme si c'était tout à fait naturel. Je trouve ça tout à fait éblouissant. Les garçons, je suis consciente d'avoir peut-être été un peu nerveuse aujourd'hui.
- Speaker #1
Un peu ? Alors, peut-être qu'il est maintenant temps pour moi d'expliquer quelques petites choses à propos de la ménopause. J'ai une très grande admiration pour ces gens qui habitent le rôle. On n'a pas l'impression, justement, qu'il y a de difficultés techniques, alors qu'il y en a de nombreuses. C'est très compliqué, très compliqué. Je me disais... Quand arrivait la lumière, paf, c'est à toi. Mon Dieu, pour que j'y arrive, c'était... Vraiment, j'avais chaud, j'avais froid, non.
- Speaker #0
Mais si sur scène ou au cinéma, le comédien est maître de son articulation ou du temps qu'il met à dire sa réplique, ici, il doit se fondre dans ce qu'a fait le comédien filmé. Ne pas interpréter le rôle comme s'il le créait, mais au contraire, faire preuve d'une grande humilité et se mettre en retrait. Notre principal honneur et notre principal travail, c'est d'être absolument ce que fait le gars. Même les yeux, c'est les yeux qu'il faut jouer. Les respirations, les épaules, la façon de parler, de plisser les sourcils, c'est ça qu'il faut jouer. Et curieusement, c'est que même quand vous faites ça, vous pouvez y mettre votre âme quand même.
- Speaker #3
En fait, c'est une question de souffle. Est-ce qu'on entre dans le souffle de l'autre ? Le comédien de doublage doit être humble devant son travail. Il crée. Il y a des comédiens qui ont créé des personnages. On ne peut pas dire qu'ils sont mieux qu'à l'original. Mais on ne pourrait pas se passer du doublage. J'écoute Sauvion dans le Colombo. C'est une musique. On ne peut pas faire autrement. Notre très cher Roger Carrel, que j'aime beaucoup, qui était un homme absolument délicieux, délicieux, qui incarne Hercule Poirot avec une maestria, c'est éblouissant ce qu'ils font, c'est éblouissant. Ils marquent de leur personnalité un comédien étranger, c'est merveilleux, c'est merveilleux.
- Speaker #1
Chut, on est en studio et c'est au tour de Vincent Violette d'enregistrer, conseillé par son directeur artiste.
- Speaker #4
Il est plus âgé. Non mais ça tourne, ça existe. Vous avez eu beaucoup d'imagination pour diaboliser la police quand elle a osé insinuer que Barreau était impliqué dans le meurtre du quincailler d'Hillsborough. Alors quoi ? Vous espérez me faire changer d'avis ? Très bien, très bien. Sur la fin, je pense qu'ils pourraient être un petit peu plus... Alors tendre, c'est beaucoup, mais je pense qu'ils sont amoureux les deux. Donc il est un peu dans la séduction sur le changement d'avis. On peut y retourner ?
- Speaker #5
Vous avez eu beaucoup d'imagination pour diaboliser la police quand elle a osé insinuer que Barreau était impliqué dans le meurtre du quinquennat d'Hillsborough. Alors quoi ? Vous espérez me faire changer d'avis ?
- Speaker #0
Très bien, regardez celle-là. Un comédien qui parle au micro. Imaginez-vous la scène. Il ne reste pas statique. Tout son corps s'exprime. Le visage doit rester à égale distance du micro pour une prise de son optimale, mais il est toujours étonnant de voir que le comédien reproduit souvent les gestes de l'acteur qu'il double, pour mieux l'incarner. Il arrive même que des comédiens se prennent par la taille, en tout bien tout honneur, mais ça c'était avant la crise Covid. Ou qu'ils miment des coups de poing. Tout ça pour coller à leur personnage.
- Speaker #5
Le doublage, je trouve qu'en tant que comédien, c'est un art de l'effacement. Ce n'est pas nous, si on veut faire travailler le virtuose, on a la caméra, on a le théâtre. Le doublage, c'est plus pervers que ça, c'est plus... S'il y a un... il faut se fondre, et donc il ne faut pas avoir un égo surdimensionné. Mais le comédien ne doit pas vivre cela comme une censure, mais plutôt une contrainte de jeu qui permet aussi une forme de liberté. Et puis le fait que tout... passe par sa voix et que son corps reste dans l'ombre, présente aussi d'autres avantages. Il peut ainsi aborder des personnages au physique diamétralement opposés aux siens, tricher sur son âge, ce qui lui aurait été beaucoup plus difficile au théâtre ou à l'écran. Georges Caudron nous parle de son premier rôle de doublage. Je jouais un shérif qui était l'amant de Tania Torrance que je connaissais depuis la comédie française. J'avais donc 20 ans. 28 ans, 29 ans. J'habillais un shérif très balèze et tout ça. Et moi, je trouvais que ça ne sortait pas du tout. Maintenant, j'ai plus de 60 ans et que je fais encore les types de 40, 45 ans sans aucun problème. Et c'est très agréable parce que du coup, je fais des beaux mecs alors que je suis un vieux monsieur. Dani Taillarda prête sa voix depuis plus de 30 ans à Esther, dans les Feux de l'amour, un rôle qu'elle n'aurait jamais cru être pour elle. Esther, c'est la petite bonne, qui est toujours drôle et qui fait toujours des bêtises. C'est un rôle qui m'amuse, moi. J'aurai terminé dans quelques minutes, Madame Chancellor. Mais ce n'est pas possible, Esther. Qui vous a dit de porter à nouveau cet affreux uniforme ? Oh, désolée, Madame Chancellor, vous préférez que je remette mes vêtements ? Oui, absolument. À la limite. Je ne dirais pas que je peux tout jouer, bien entendu, mais je peux jouer des choses très différentes. Mais selon le directeur de plateau, tel directeur de plateau me verra dans les mères, les mamans, etc. Un autre directeur de plateau me verra dans des choses beaucoup plus fantaisistes. Un autre me prendra dans un truc très dramatique. À la limite, ça m'amuse, mais ça montre que chaque personne me voit d'une manière différente.
- Speaker #0
Georges Caudron. a aussi exercé la fonction de directeur artistique, ou DA. Il nous explique combien la distribution, à savoir le choix du comédien, demande justement de faire abstraction du physique. Il évoque aussi Génie Gérard, immense directrice artistique des années 1980 à 2000, disparue en décembre 2020, qui avait un talent particulier pour faire des associations inattendues entre des comédiens étrangers et leur voix française. Je traversais le couloir. J'entendais une voix au téléphone, j'ai dit putain c'était pour le lendemain, pour le lendemain, j'ai dit putain mais c'est exactement ça. Jenny était absolument comme ça, pour des rôles très importants d'un seul coup, elle entendait quelqu'un, elle faisait faire l'essai, elle disait ben voilà c'est ça, c'est un tel. Moi je pense que c'est aussi le boulot du directeur de plateau de prendre des risques d'un seul coup, de dire ben oui je vais prendre un tel parce que ceci. C'est pas la voix, c'est une sorte de symbiose qui se fait dans ta tête. Ce qui est très agréable aussi pour le directeur de plateau, c'est de faire vieillir les gens. D'un seul coup, tu leur dis, une petite jeune fille qui faisait toujours les petites oies blanches, et puis d'un seul coup, tu lui donnes un sergent-major dans l'armée américaine, une Marines. Elle te dit, mais Georges, je dis, mais si, tu vas le faire, mais je te garantis.
- Speaker #3
On te dit, bon, tu vas voir, c'est pas tout à fait pour toi, c'est une grosse dame. Bon, et tu vas l'habiter. Bon, d'accord. Mais quelquefois, on est un petit peu prévenu. Et on sait un peu ce qu'on va faire. C'est aussi un petit peu l'intérêt de la chose.
- Speaker #0
Il arrive que dès la phase d'adaptation, le dialoguiste sache quel comédien doublera les rôles. Dans ce cas, on écrit avec une voix en tête, ce qui est très précieux, comme nous l'explique le dialoguiste, comédien et directeur artistique Hubert Drac.
- Speaker #6
Quand on sait qui est engagé, il y a un comédien qu'on connaît bien. C'est formidable parce qu'on écrit pour lui, je sais comment ça va sortir exactement. On savait que sur certains comédiens, on pouvait mettre tout le texte qu'on voulait, on pouvait en remettre plus parce que c'était joli. Pierre Dourlence par exemple, c'était un comédien, de toute façon tu pouvais mettre ce que tu voulais, comme il avait quand même une formation assez classique, on mettait ce qu'on voulait, ça passait dedans, je ne sais pas comment il se démerdait, mais le synchronisme, les labiales, tout ça n'existait plus, il passait dedans.
- Speaker #0
Mais entre le texte et le comédien, il y a le directeur artistique. Il est un peu le chef d'orchestre, le réalisateur de la version doublée. Sa relation avec le dialoguiste est développée dans le podcast, dans les coulisses d'un studio. Avant l'enregistrement, il a relu tout le texte avec l'auteur et peut donc répondre à toutes les questions du comédien. Ils sont derrière les arbres, ils se cachent derrière les arbres. T'as vu ? Où es-tu Benjamin ? Tu le crois toi ? « Just Morveux n'est même pas venu rechercher son frère, hein ? » « D'accord. Méfie-toi. Quand tu t'adresses à Benjamin, tu le cherches, il est un petit peu plus loin, et casse le jeu un petit peu. Tu parles à celui d'à côté après, tu vois ? » « Où es-tu, Benjamin ? Tu le crois, toi ?
- Speaker #1
Just Morveux n'est même pas venu chercher son frère,
- Speaker #4
hein ? »
- Speaker #0
Georges Caudron nous parle du métier de directeur artistique.
- Speaker #1
Une fois que tu avais fait ta distribution et ta bonne distribution que tu avais dans ta tête, on n'a plus qu'à amasser l'artiste, amasser le coureur pour qu'il coure un peu plus vite. Et si on faisait ça ? Et alors quand on avait un bon, comme Roger Carrel par exemple, et si on faisait ça ? Ah oui, oui, je te le fais, je te le fais, bien sûr. C'était délicieux, c'était délicieux. Même des gens réputés ayant mauvais caractère, dont je tairai les noms, mais moi je leur disais, tu ne crois pas qu'on pourrait faire ça ? Regarde son œil, je crois qu'il la drague en plus. Il l'interroge, mais en plus, il la drague. Et alors, il y en a un qui m'a dit de quoi, de quoi, de quoi ? Qu'est-ce que tu racontes ? Repasse la scène. repasse la scène, il fait « Ah putain, t'as raison ! » Et tu donnes un petit quelque chose en plus. Donc ça, c'est la direction de plateau. C'est essayer de mettre les gens le plus à l'aise possible. Ils n'ont pas vu le film. Toi, tu as vu le film deux ou trois fois. J'utilisais aussi beaucoup des pièces de théâtre. C'est le quatuor amoureux de Marivaux. Quand tu as affaire à des vrais comédiens et tout ça, tout de suite, ils font... Je plonge immédiatement. Je comprends tout à fait. Il faut toujours donner des équivalences un petit peu comme ça avec le théâtre classique. Parce que c'est toujours la même histoire.
- Speaker #2
Ce que j'attends ? d'un directeur de plateau, c'est que en quelques phrases, il me situe la situation, le personnage, etc.
- Speaker #6
Il ne s'agit pas de leur demander de jouer comme nous, on voudrait qu'on joue. Il s'agit de leur demander de voir qu'est-ce qu'eux peuvent sortir au mieux. Je pense qu'un peu de bienveillance, un peu de confiance, un peu de concision, c'est-à-dire pas beaucoup d'informations, mais une ou deux informations précises qui leur parlent, et pas toujours au même comédien. Ça ne sert à rien de donner une référence d'un film de Kubrick à un mec qui ne va jamais au cinéma. Ça ne sert à rien. Il faut donner en fonction de ce qu'ils sont.
- Speaker #0
La France et l'Allemagne sont les principaux pays à utiliser la bande rythmographique. En Espagne et en Italie, qui ont une grande tradition de doublage et où la plupart des spectateurs regardent les films en version doublée, on ne procède pas du tout pareil qu'en France. Le dialoguiste teste ses répliques à la volée, puis il les écrit sur un traitement de texte. Le comédien enregistre donc avec son texte imprimé entre les mains, il entend la VO au casque et il lance le texte de manière approximative. Ses répliques sont recalées ensuite au montage. Le doublage n'est donc pas aussi précis, mais c'est avant tout une question de convention. Les dialogues des films italiens sont souvent réécrits après le montage et les comédiens réenregistrent. Ils disent parfois des choses très différentes du texte qu'ils ont dit lors du tournage.
- Speaker #4
En France, nous travaillons à partir d'une bande rythmographique, donc une bande qui défile sous l'écran. C'est quelque chose de très précis, les comédiens vont lire un texte en place qui aura été détecté selon les mouvements de lèvres, les mouvements de bouche.
- Speaker #0
Le dialoguiste David Ribotti a organisé de 2011 à 2013 les Journées européennes du doublage.
- Speaker #4
Alors qu'en Italie et en Espagne, ils ont une tradition du doublage qui s'inscrit plus dans une démarche de jeu qui double les films. à l'image, c'est-à-dire qu'ils n'ont pas de bande qui défile en dessous. Ils découpent les scènes en petites séquences de 30 secondes, ils les écoutent dans un casque et ils les refont directement après. Et donc le travail d'adaptateur en Italie ou en Espagne n'est absolument pas le même que pour nous les adaptateurs en France. Même si quand on verra le résultat, on ne verra pas la différence, mais on aura utilisé deux méthodes qui sont complètement différentes.
- Speaker #0
En 2013, le film documentaire Being George Clooney ... Toujours disponible sur Netflix, s'intéresse à 14 comédiens du monde entier qui doublent George Clooney et tente, même s'ils n'ont pas tous son physique et ne boivent pas tous du café, de trouver l'essence de ce que la star représente, de ce qui émane de lui pour l'incarner dans différentes langues. Ocean's Eleven, avec plusieurs George Clooney, ça donne à peu près ça. Bonsoir,
- Speaker #1
Tess. Qu'est-ce que tu fais ici ?
- Speaker #5
Je suis libéré.
- Speaker #1
Libérite quoi ?
- Speaker #7
De prison.
- Speaker #1
Demois' d'aufgefallen sein,
- Speaker #5
da sich damals vom Zigarettenhol nicht wiedergekommen bin.
- Speaker #1
Ich Ausha nicht, der Stuhl ist besetzt.
- Speaker #5
Jeb me apni nei zindegi shuru koru me cahunga to meri saad.
- Speaker #2
Tu me cioron,
- Speaker #3
Judeo.
- Speaker #5
Sadece hirsizlik konusunda yalan suyledin ve artik o ishi brartim.
- Speaker #2
Hirsizli mi ?
- Speaker #5
Yalani.
- Speaker #0
I am.
- Speaker #5
George Cloone ? Me apni bibi go abasna satta.
- Speaker #0
I am. George Cloone.
- Speaker #1
I am.
- Speaker #0
Dans ce film, on constate que le ressenti de tous les acteurs est similaire. Une immense loi de pratiquer leur métier, d'incarner des rôles diversifiés, de pouvoir passer d'un univers à l'autre, mais aussi une petite frustration car leur talent n'est pas toujours valorisé. Ils sont rémunérés en fonction du lignage de leur rôle, donc la quantité de textes. selon des grilles tarifaires figurant dans des conventions collectives. Or, certains comédiens estiment que leur rapport au film est bien supérieur à ce tarif. C'est le cas du comédien allemand Markus Hoff, qui a prêté sa voix à Johnny Depp dans Pirates des Caraïbes. Il a attaqué Disney pour « rémunération non équitable » , au motif que son cachet était « ridicule » comparé à la plus-value de la version doublée et au revenu que Disney allait engranger. grâce à la sortie du film. Philippe Lebeau, dialoguiste.
- Speaker #7
Ce n'est pas quand même très évident de jouer devant un micro dans une salle fermée, tout seul, des sentiments, quand on est sur une scène romantique, de bataille. Il faut donc que les mots que l'acteur a à lire soient justes, soient forts, soient précis, soient à la fois fidèles évidemment à l'original, mais aussi adaptés, travaillés dans le sens de la langue, ce qu'on appelle la langue cible, donc dans la langue qu'on va entendre au final, le français. Si l'écriture est mauvaise, si elle est bancale, si elle n'est pas affûtée, si elle ne fait pas ressortir l'humour de la version originale, si elle ne fait pas ressortir l'élégance, la subtilité... L'acteur va ramer et se dire « je ne sais pas trop quoi jouer, je ne comprends pas quelle émotion je dois retranscrire, je ne sais pas trop ce qui se passe dans cette scène » . Résultat, ça peut être une catastrophe.
- Speaker #0
Il arrive en effet que sur le plateau, les comédiens rament. Alors, qu'est-ce qu'un comédien attend d'un bon texte ?
- Speaker #2
Alors, il y a plusieurs éléments. D'abord, arriver à le dire normalement. Ça a l'air tout bête comme ça. Mais il y a des textes qu'on peut articuler facilement et d'autres pas. Et puis, il y a une fluidité. Un texte bon, c'est un texte qui suit le rythme du comédien, qui en montre l'intensité, les hésitations, etc. Donc, il y a une musique à suivre. Donc, il faut que le texte corresponde à ça. Chaque personnage a un langage particulier. Si l'auteur a su caractériser le personnage, pour nous, qui arrivons ensuite, qui devons l'interpréter, Ça va tout seul, c'est vraiment, c'est un grand plaisir.
- Speaker #1
On a envie d'une chose vraie, d'une chose, comme je dis souvent, une chose gourmande, une chose, un mot, un mot qui frappe et un mot, enfin une création quoi, quelque chose qui soit vrai, plutôt qu'une adaptation qui soit absolument respectueuse et tout. La synchro c'est autre chose que le respect et tout ça. On fait des enfants, on fait des bâtards, mais des beaux bâtards.
- Speaker #0
Mais quand ça coince, les comédiens sont tentés de changer le texte.
- Speaker #2
J'ai vu trop souvent des comédiens sur un plateau vouloir changer un mot du texte, alors que ce mot, on le retrouve une phrase après, ça veut dire que c'est une répétition, et évidemment, lui, l'auteur, qui a passé des heures et des heures, il sait ce qu'il veut dire, et bon, il maîtrise ça. Alors que le comédien, lui, il a l'impression qu'il va mieux faire, et non, il faut laisser aux auteurs leur... prérogatives, d'écriture.
- Speaker #0
Vincent Violette, comédien qui a doublé Jean Tourtoureau, Rupert Evret ou encore Lorenzo Lamas, le fameux rebelle sur sa moto, est aussi dialoguiste et directeur artistique.
- Speaker #5
On avait décidé de se voir chez Charlie. C'est un bar de motards où on va souvent. L'inspecteur Burel est arrivé là-bas au rendez-vous, habillé comme un roi, au volant d'une superbe Jaguar. Voilà. La seule chose que je demande à... Un métamorade, c'est de changer à bon escient, avec une intention précise, si on change un mot, si on change une phrase ou des membres de la phrase, que ce soit argumenté, que ce soit dans l'intérêt de l'oeuvre. Si c'est changer pour changer et pour rassurer la comédienne ou le comédien qui s'exprime parce que c'est une façon pour lui de s'approprier le texte et de se rassurer, là je suis moins d'accord.
- Speaker #0
Et une discussion sur un plateau pour changer du texte, ça peut donner ça.
- Speaker #5
Elle dit...
- Speaker #1
Non,
- Speaker #0
non,
- Speaker #2
non,
- Speaker #0
non, non, non, non,
- Speaker #1
mais c'est marrant. Ah, bah si, le prétexte,
- Speaker #0
avant qu'il pleuve.
- Speaker #5
Perso, je trouve que c'est un peu rajouter du beurre sur du beurre. On voit qu'il se met à pleuvoir, il fait... Ah, il pleut.
- Speaker #0
Ah non non non non !
- Speaker #5
Je sais bien, c'est pour se défiler. Mais je trouve que si ce n'est pas dit, si ce n'est pas... Bon alors mais bon, c'est tout à fait...
- Speaker #0
Moi j'aime bien.
- Speaker #5
Oui, mais on le voit.
- Speaker #2
Finalement, finalement. Non, mais...
- Speaker #1
Vraiment,
- Speaker #0
elle est ravie. Oui, elle est ravie.
- Speaker #1
Je pense qu'elle est amoureuse de lui, même si la pluie reste en lui.
- Speaker #4
Exactement,
- Speaker #5
voilà. Mais non, mais c'est pas le...
- Speaker #6
Quand j'étais pas adaptateur, j'étais un jeune comédien, je le faisais beaucoup. Mais depuis, enfin, de l'époque où je suis devenu adaptateur, j'ai arrêté. Je suis devenu, je me suis toujours dit, comme on le dit au théâtre, c'est dans la contrainte qu'on s'épanouit. Et je ne touche pas. Sauf si... Il y a un personnage qui est un prof d'université et que je m'aperçois qu'il fait deux fautes de grammaire dans la phrase. J'interroge le directeur artistique, je lui dis voilà, mais je ne me permets plus.
- Speaker #0
Les auteurs ont rarement le temps d'aller sur le plateau pour assister à l'enregistrement de leurs textes. C'est pourtant très instructif, car la moindre maladresse de texte ressort tout de suite. Jean-Jacques Prond, dialoguiste de 246 des 248 épisodes de la série Friends, allait régulièrement sur le plateau.
- Speaker #1
Friends, j'y allais parce que c'était devenu des potes,
- Speaker #4
10 ans,
- Speaker #1
et puis il y avait une telle ambiance de rigolade et de sympathie. J'avais affaire à vraiment de bons comédiens. Oui, il y a des pointures, Maïk Dara, Curtil, Marc Lesser aussi. Mais quand j'arrivais sur le plateau, certaines phrases, ils me disaient « Dis donc Jean-Jacques,
- Speaker #0
ça t'ennuie si on change celle-là ?
- Speaker #1
On remplace par ça. » Et moi,
- Speaker #0
à chaque fois,
- Speaker #1
je disais
- Speaker #0
Mais ce qui m'ennuie, c'est de ne pas l'avoir trouvée,
- Speaker #1
la blague. La vôtre, elle est meilleure. Et Emmanuel Curtil me disait systématiquement,
- Speaker #0
écoute, on est six dans l'audit.
- Speaker #1
À six, on a l'idée. Toi, tu es tout seul avec ton crayon et ta gomme.
- Speaker #2
Il y a d'excellents auteurs et c'est un vrai plaisir de les avoir. Et nous sommes les premiers à les féliciter. Mais quelquefois, il y a quelques auteurs débutants qui, bon, il faut bien qu'ils apprennent leur métier. Donc, ça veut dire que de temps en temps, c'est peut-être pas tout à fait parfait. Alors les pauvres, je ne voudrais pas être à leur place, parce qu'ils en entendent de toutes les couleurs, et ce n'est pas facile pour eux. Ça, je dois dire qu'à chaque fois, ça me fait beaucoup de peine, parce que je sais combien c'est difficile. Et bon, quelquefois, les comédiens ne sont pas toujours très gentils à l'égard de ces pauvres auteurs débutants.
- Speaker #1
Parfois, on a très peu de temps pour dire les trucs. Quand tout est traduit et qu'il n'y a pas une adaptation, on court la poste et ça va à toute vitesse. C'est pas bien. Je me souviens d'une anecdote avec Marc de Georgie. C'était sur L'Homme qui valait 3 milliards. C'était une jeune adaptatrice qui avait vraiment traduit beaucoup, beaucoup, beaucoup. Et évidemment, on n'y arrivait pas. Alors, il l'a fait venir sur le plateau en hurlant. Elle arrive et il dit, allez, essayez de dire, dites votre texte. Allez, on va voir. Et la fille commence. Et puis, évidemment, ça dépasse. Et puis, elle se met à pleurer. Et alors là, Marc fait, mais mon petit chat, c'est pas grave. Immédiatement. la colère est tombée.
- Speaker #0
Sur les plateaux, comment les comédiens parlent-ils des auteurs ?
- Speaker #1
Je disais toujours à mes auteurs, mais vous travaillez tout seul, venez voir sur les plateaux comment ça se passe et venez entendre le plaisir que vous allez avoir, vous allez voir, de voir votre texte dit et d'un seul coup, on lui donne la vie, on lui donne les couleurs, on lui donne... Et la plupart du temps, les gens disent « J'y suis allé, t'étais pas là, on s'est fait engueuler en disant que c'était pas bien. » Quand un comédien n'arrive pas à faire quelque chose, évidemment, c'est la faute de l'auteur. C'est pas bien, il ne sait pas écrire, c'est parce qu'il dit en anglais, j'arrive pas à le jouer, etc. Bien oui, bien sûr. Bien entendu, c'est une adaptation, ça n'est pas une traduction, ça n'est pas un truc bateau, ça n'est pas de l'eau tiède, comme je dis toujours. Il faut qu'il y ait une sorte de chose un peu forte, un peu gourmande.
- Speaker #0
Un texte gourmand, assaisonné par un comédien talentueux, et on arrive à créer une VF. savoureuse.
- Speaker #1
Je me suis vu pour des Walt Disney, par exemple, pour Aladdin. Je l'avais vu en anglais d'abord, et puis je suis resté à la séance suivante parce que c'était en français. Il y a tout le monde, Vitcock notamment, la chanson du génie dans Aladdin, mais c'est mieux qu'en anglais. Il prend l'accent de Guy Lux et tout ça, notre ami d'Arbois, et c'est magnifique. C'est un boulot absolument magnifique.
- Speaker #5
C'est magnifique.
- Speaker #0
Je ne crois pas que Florent.
- Speaker #5
Je suis mal positué à un robot à la maison. Désolé, vraiment désolé.
- Speaker #2
C'est bon Roger, ça va.
- Speaker #5
S'il te plaît, fais-le au moins pour Kevin. Je te promets de ne pas lui en parler.
- Speaker #6
Je ne me vois pas regarder, je l'ai déjà fait, un Rambo ou un Rocky sans la boîte d'Orval. Pour moi, pour moi, Rocky, c'est d'Orval, j'y peux rien, c'est comme ça.
- Speaker #7
On est dépositaires d'une tradition qui est en France. particulièrement, je dirais, forte, tenace. Il n'y a quand même pas beaucoup de pays au monde qui peuvent se vanter d'avoir une qualité de doublage équivalente à celle des doublages français. On a des vrais comédiens qui savent parfaitement faire ce travail. Il y a des voix qui sont restées célèbres, qui ont imprimé, qui ont donné vraiment une coloration aux œuvres étrangères. J'ai toujours pensé que Columbo, c'est très bien en VO.
- Speaker #0
Mais c'est vraiment mieux en français. Il y a vraiment un truc qui va mieux. C'est vrai aussi pour Amicalement Votre ou des vieilles séries de mon époque qui ont gagné un jus, une vie, un humour incroyable grâce au travail de doublage qui a été fait, grâce à l'écriture, grâce à la finesse des dialogues, au talent des acteurs. Je pense sincèrement qu'en France, il y a beaucoup de gens, des spectateurs qui sont très attachés à la version française, parce qu'ils aiment bien leur voix française. Ça veut dire qu'ils sont sensibles à ça, parce que oui, ça parle leur langue.
- Speaker #1
Concrètement, les dialoguistes sont très peu en contact avec les comédiens. Et pourtant, le résultat final de la version française est la conjugaison de leurs talents. Sans les comédiens, les héros de nos films et séries préférés resteraient sans voix. Serge Sauvion
- Speaker #2
Les paysages et les couchers de soleil, il y en a chez moi des dizaines pour la simple et bonne raison que ma femme les peint elle-même.
- Speaker #1
Allô,
- Speaker #3
répétez, parce qu'on n'entend rien. Notre radio est bizarre ce soir. Si vous avez quelque part un garçon d'étage qui monte mes bagages, ou appelez-moi une jolie fille d'étage. Hein ? Vous avez compris, c'est un jeu de mots. Non,
- Speaker #1
ça ne sert à rien. T'as déjà vu mon jambon au rouge ? sont entrés dans le grand patrimoine audiovisuel. Leurs voix sont désormais ancrées dans notre mémoire collective sonore. Alors, la prochaine fois que vous regarderez un programme en VF, n'oubliez pas de vous demander, devine qui vient doubler ?