- Speaker #0
Il y a ce que l'on dit du diabète, et puis, il y a ce que l'on vit.
- Speaker #1
Plonger au travers d'histoires inspirantes, de patients et de professionnels de santé au micro de Diabète et Confidence.
- Speaker #0
Une nouvelle écoute proposée par Dino Santé et présentée par notre diététicienne nutritionniste Fiona Bertrand.
- Speaker #1
Chaque histoire compte. Pour ne manquer aucun témoignage et faire grandir cet espace d'écoute,
- Speaker #0
abonnez-vous et parlez-en autour de vous.
- Speaker #2
Bonjour et bienvenue pour ce nouvel épisode de Diabète et Confidence. Nous sommes ravis de vous retrouver pour inaugurer une série consacrée à un sujet assez méconnu que sont les troubles des conduites alimentaires, souvent appelés TCA. Près d'un million de personnes sont concernées en France, dont plus de la moitié n'ont pas encore été dépistées. Derrière ces troubles se cache une réalité complexe. Pour la décrypter, nous recevrons les témoignages d'une psychologue, d'une diététicienne et d'une patiente vivant avec un diabète de type 1. Pour ce premier épisode, nous accueillons dans nos studios Madame Aron, psychologue clinicienne, pour nous parler de son métier et de ses pratiques. Nous vous souhaitons une écoute remplie d'empathie et de compréhension.
- Speaker #1
Attention, cet épisode traite des troubles du comportement alimentaire. Nous aborderons différents aspects qui peuvent heurter la sensibilité. Votre bien-être est notre priorité. N'hésitez pas à faire une pause ou à arrêter l'écoute si cela devient inconfortable.
- Speaker #2
Bonjour et bienvenue, madame Aaron Popelier. Nous allons aujourd'hui aborder un sujet très intéressant que sont les troubles des conduites alimentaires. Est-ce que déjà, dans un premier temps, vous pouvez nous les définir ?
- Speaker #3
Alors, les troubles des conduites alimentaires, ce sont des troubles qui entraînent des conduites alimentaires qui sortent de la norme. Ce n'est pas forcément toujours très simple de les définir de façon très exacte parce qu'anormal, ça ne veut pas dire grand-chose. mais en tout cas qui entraîne une souffrance, une préoccupation accrue autour de l'alimentation et autour du poids.
- Speaker #2
Est-ce que le fonctionnement psychosocial et la qualité de vie sont impactés par ces TCA ?
- Speaker #3
On va dire que toute la vie de la personne atteinte de troubles des conduites alimentaires est atteinte, puisque si elle a des troubles des conduites alimentaires, c'est très probablement parce qu'elle souffre beaucoup, problématique d'estime de soi, de confiance en soi, de rapport au corps, et les conduites alimentaires en elles-mêmes. entraîne des altérations des relations sociales, des restrictions qui engendrent beaucoup de frustrations et puis des problématiques de santé très sévères.
- Speaker #2
Aujourd'hui, on est là pour aborder les TCA, mais aussi faire le lien avec le diabète. Est-ce que vous pouvez nous en dire plus sur ce lien qui peut être fait entre TCA et diabète ?
- Speaker #3
L'origine des troubles des conduites alimentaires n'est pas encore très connue. Je reviens un tout petit peu sur ce que j'ai dit tout à l'heure par rapport à ce qu'on appelle anormal. La plupart d'entre nous, j'imagine qu'on a tous déjà rencontré dans notre vie des difficultés avec notre alimentation, que nous n'avons pas été satisfaits par notre façon de nous alimenter. Peut-être tous un jour on s'est dit je ne mange pas de façon assez équilibrée, ou j'ai mangé alors que je n'avais pas faim et maintenant je ne me sens pas bien, ou alors je culpabilise, ou alors j'ai pris du poids, ou j'en ai perdu trop. C'est là où c'est difficile, la frontière, la limite, elle est difficile parce qu'encore une fois, chacun d'entre nous a déjà vécu certainement des moments comme ça. Et en même temps, on n'est pas tous atteints de troubles des conduites alimentaires. À quel moment est-ce que ça devient pathologique, anormal, et à quel moment ça a des conséquences ? Moi, comme je suis psychologue, évidemment, je m'attache beaucoup à la notion de souffrance. C'est-à-dire, à quel moment cette culpabilité, cette frustration, cette... insatisfaction par rapport à notre corps ou à notre alimentation, elle devient vraiment, elle envahit, elle prend toute la place et elle entraîne aussi des difficultés pour notre santé. Qu'est-ce qui explique qu'on bascule dans des troubles des conduites alimentaires ? Encore une fois, on ne sait pas très bien, mais on a quand même des pistes et ces pistes, elles sont de trois ordres. On estime probablement qu'aujourd'hui, il y a des facteurs de prédisposition génétique, biologique. On n'a pas de preuves, mais on a des indices quand même assez concordants. Si on a ces facteurs de prédisposition, il y a des facteurs qui précipitent le trouble. Et ces facteurs, ils sont relativement connus. Tous les événements, toutes les situations qui entraînent une préoccupation ou un focus sur le poids et l'alimentation. Donc la puberté, évidemment, parce que comme notre corps change, c'est un moment dans la vie où on va beaucoup s'intéresser à son corps et où peut-être on ne va pas être satisfait de ce corps qui se dessine. évidemment toutes les activités sportives qui mettent un accent sur le poids ou l'alimentation, où il y a des catégories, la boxe, poids, plumes, super plumes, je ne suis pas une spécialiste mais je crois que c'est à peu près ça, les sports qui sont très exigeants, qui nécessitent que le corps soit mince, que les sportifs aient une alimentation très calibrée, comme la danse, la gymnastique, toutes ces activités sont des situations qui participent et qui précipitent les troubles des conduites alimentaires. Et le diabète, au sein des maladies qui nécessitent de faire très attention à son alimentation, fait partie de ces situations qui précipitent un trouble des conduites alimentaires. Évidemment, quand on découvre un diabète de type A, ou quand on a un diabète de type A, l'alimentation est au cœur de la façon de se traiter. L'idée est d'avoir un régime alimentaire équilibré, ce qui peut être contraignant, et puis on va devoir renseigner le nombre de glucides qu'on a mangé, soit... à son diabétologue, soit pour se faire les doses d'insuline qui correspondent. Ça va entraîner vraiment un focus très important sur l'alimentation et ça conduit à ce qu'il y ait beaucoup plus fréquemment des troubles des conduites alimentaires chez les personnes atteintes de diabète de type 1 que dans la population générale.
- Speaker #2
Et quelles sont les problématiques liées aux troubles des conduites alimentaires ?
- Speaker #3
Alors, les problématiques liées aux troubles des conduites alimentaires, c'est interactif en fait, c'est comme un cercle vicieux. Certainement, il y a des problématiques à la fois probablement biologiques, héréditaires, et aussi des problématiques psychologiques qui entraînent les TCA. Et les TCA, elles-mêmes, ces troubles, eux-mêmes, vont avoir un impact sur l'équilibre physiologique et psychologique de l'individu. On a des TCA parce qu'il y a quelque part quelque chose qui ne va pas, parce qu'on souffre, parce qu'on a des difficultés. Ces conduites alimentaires, elles vont sembler répondre aux besoins de la personne qui y a recours, mais en même temps, elles l'entraînent dans un cercle vicieux infernal où il n'y a plus de liberté, c'est presque comme une addiction et ça va entraîner des difficultés d'ordre médical, d'ordre relationnel et d'ordre développemental tout simplement. Une personne qui est atteinte de troubles des conduites alimentaires pense quasiment tout le temps, toute la journée, à l'insatisfaction qu'elle a par rapport à son corps et donc par rapport à son alimentation. C'est très handicapant parce que c'est vraiment des pensées de type obsédante. Les personnes essayent de penser à d'autres choses, de se changer des idées parce que c'est vraiment des obsessions, c'est très pénible. C'est toute sa journée, chaque fois qu'elle va se croiser dans un miroir, regarder une photo, voir une partie de son corps. voire pas du tout, va être en train de penser à l'insatisfaction qu'elle ressent par rapport à son corps en permanence, ou en train d'imaginer comment les autres la regardent et comment les autres l'aperçoivent. Ça peut aussi avoir une conséquence sur la vie, parce qu'on va par exemple avoir du mal à trouver des habits. Certaines personnes vont passer énormément de temps à choisir des habits qui gomment ou qui effacent, selon elles, tel ou tel défaut supposé. de leur corps, vont éviter certaines activités qui pourtant leur apporteraient du plaisir, comme d'aller à la plage, d'aller à la piscine, parce que ça impliquerait de s'exposer ou d'exposer leur corps, et parfois vont se couper de certaines interactions, voire se déscolariser ou arrêter leurs études, parce que justement, cette préoccupation pour le corps devient trop importante et ne laisse plus de place aux autres préoccupations.
- Speaker #2
Et concrètement, comment vous prenez en charge un patient qui est diagnostiqué avec un ou plusieurs troubles des conduites alimentaires ?
- Speaker #3
Alors déjà, la première chose, je dirais que le plus difficile, c'est de repérer un patient qui a des troubles des conduites alimentaires et un diabète de type 1, parce que très souvent, le patient ne va pas en parler de lui-même. Il vient parfois pour d'autres raisons, qui ne sont pas forcément liées à son diabète. D'ailleurs, ça arrive fréquemment qu'on passe à côté d'un trouble des conduites alimentaires. et qu'on pense juste que c'est un diabète qui est mal équilibré par déni ou je m'en foutisme. Avant de le prendre en charge, il s'agit déjà de comprendre que le patient manipule son diabète, et c'est cette manipulation du diabète qui constitue le trouble des conduites alimentaires. En tout cas, là, je parle vraiment de façon très personnelle, parce que j'imagine que chaque psychologue, chaque psychothérapeute travaille d'une façon différente, mais en tout cas De mon point de vue, je n'accompagne pas les personnes atteintes de diabète de type 1 et de troubles des conduites alimentaires d'une façon différente des autres. L'idée, c'est vraiment d'installer la relation de confiance, de permettre aux patients de se livrer sans crainte d'être jugés, de pouvoir se réconcilier un peu avec ces émotions, parce qu'en tout cas, moi, je pars de l'hypothèse que le trouble des conduites alimentaires, il est là parce qu'il y a une difficulté de se confronter à ces émotions. Une façon de travailler, c'est mettre en confiance, permettre au patient de se livrer sans crainte, et puis de l'accompagner petit à petit à traverser ses émotions, à les repérer, peut-être à les partager, à en faire quelque chose de façon à ce qu'il ait peut-être moins recours à ce trouble des conduites pour réguler son état émotionnel.
- Speaker #2
Vous avez dit que vous prenez en charge de la même façon... Quelqu'un qui a des TCA et un diabète, mais est-ce que vous observez des problématiques différentes ou supplémentaires lorsque le patient a des TCA et vit avec un diabète ?
- Speaker #3
Dans le cadre de TCA et de diabète de type 1, ça me semble encore plus important que dans le reste des prises en charge de travailler en équipe. Ça me semble vraiment indispensable de travailler avec le diabétologue, si possible avec un psychiatre. et avec psychologues, diététiciens et autres qui pourraient être autour du patient, parce que c'est une problématique qui est complexe, le fait de travailler en équipe. me semble vraiment indispensable. Et les difficultés particulières qui sont liées au diabète de type 1 et au TCA, c'est comme une forme d'intersectionnalité. Tout ça se multiplie parce que le diabète de type 1, c'est déjà une maladie qui est très compliquée à prendre en charge pour les patients, relativement mal connue. Tout le monde connaît le mot de diabète, mais la plupart du temps, les gens ne mesurent pas à quel point pour un diabétique de type 1, c'est contraignant. de se soigner au quotidien et toute la charge mentale et les actions, les décisions qu'il doit prendre au quotidien, toute la journée, pour prendre soin de sa santé. C'est une problématique en soi. Et si son diabète n'est pas équilibré, ça va engendrer des difficultés médicales importantes. Et les diabétologues connaissent mal le monde de la psychiatrie et connaissent mal, en particulier, les troubles des conduites alimentaires. Et ils connaissent mal encore, pour une part, d'entre eux. La façon dont certains diabétiques se servent de leur diabète dans le cadre de leurs troubles des conduites alimentaires. Et en même temps, les psychiatres connaissent mal le diabète, parfois vivent sur des idées reçues ou ce qu'ils ont appris pendant leurs études médicales, qui remontent parfois à bien longtemps, n'ont pas actualisé leur connaissance et imposent un cadre qui n'a pas lieu d'être aux diabétiques. Ça leur fait très peur, en fait, le diabète aux psychiatres. Ils ont très peur que les patients décompensent leur diabète et ça les empêche parfois d'accueillir les patients diabétiques de type 1 avec bienveillance et avec souplesse. Et ça nuit au suivi psychiatrique. Le diabétique de type 1 atteint de troubles des conduites alimentaires se retrouve parfois au cœur de conflits entre les psychiatres qui connaissent mal ou qui ont peur du diabète et les diabétologues qui connaissent mal les TCA.
- Speaker #2
D'où le besoin de travailler en équipe pluridisciplinaire et d'échanger.
- Speaker #3
Et d'échanger et de se nourrir de la façon dont on regarde, dont on est en relation avec le patient, ce patient en particulier, d'articuler les prises en charge afin que le patient puisse vraiment se sortir de ce trouble.
- Speaker #2
Pour aider justement ces professionnels de santé et pour essayer d'améliorer le diagnostic, est-ce que vous pouvez nous en dire plus sur les signaux d'alerte ?
- Speaker #3
Qu'est-ce qui va alerter un diabétologue quand il rencontre son patient diabétique ? Un diabète mal équilibré, avec une hémoglobine glycée qui est soit très élevée, soit à contrario très basse. Des variations rapides de l'équilibre glycémique. Un temps passé dans la cible, c'est-à-dire chaque diabétique a en gros aujourd'hui un objectif de rester dans ce qu'on appelle le vert, c'est-à-dire... ni trop haut ni trop bas au niveau de sa glycémie et donc d'intervenir en fonction de son activité physique et de son alimentation et de son propre diabète, de varier les paramètres et en particulier l'injection d'insuline pour rester le plus possible dans cette cible. Et quand le temps dans la cible est trop faible, les diabétologues s'inquiètent. Ça, c'est un signe d'alerte. Donc, des hyperglycémies, trop de sucre dans le sang, des hypoglycémies trop fréquentes, pas assez de sucre dans le sang. Et des variations très importantes, pas assez de temps passé dans le verre, c'est en général ces signes d'alerte qui vont alerter les diabétologues, en plus de toutes les manifestations cliniques, de tous les signes cliniques, d'éventuelles complications, des atteintes des nerfs, que ce soit au niveau des yeux, au niveau de l'estomac, du système digestif, divers symptômes dont peut souffrir un diabétique qui n'aurait pas sa glycémie bien équilibrée. Dans le cadre des troubles des conduites alimentaires, et du diabète. Les signes d'alerte, c'est la plupart du temps, parce que jusqu'à présent, on n'a pas vraiment défini les différents troubles des conduites alimentaires, plutôt l'anorexie, la boulimie, l'hyperphagie. Actuellement, on parle d'anorexie restrictive, c'est-à-dire le fait de s'alimenter très peu de façon à avoir un poids très bas. Ça, c'est une première famille de troubles des conduites alimentaires. Il y a ce qu'on appelle la boulimie, c'est le fait d'avoir des compulsions alimentaires, de manger de façon très importante alors même qu'on n'a pas faim. Parfois des aliments... qu'on n'apprécie pas, mais juste parce qu'on les a sous la main, d'y consacrer une grande partie de la journée. Donc ça, ça fait partie de la boulimie d'adopter des stratégies, des comportements de compensation pour perdre du poids. Les plus connus, c'est les purges, les vomissements, se faire vomir après avoir ingéré beaucoup de nourriture. Mais il y a d'autres comportements de type compensatoire, comme faire de l'activité physique de haute intensité. Certaines personnes font cinq heures de sport. Par jour, ce qui leur permet de compenser les prises alimentaires, ça peut être l'exposition au froid, ça peut être l'absorption de laxatifs à très haute dose. Et dans le cadre du diabète de type 1, la stratégie de compensation, le comportement de compensation, ça va être de ne pas s'injecter d'insuline, de façon à être en hyperglycémie, voire en cétonémie, de façon à garder un poids très bas. Donc une personne qui est boulimique ne va pas forcément être en surpoids. puisqu'elle a des stratégies de compensation. Et puis, il y a la troisième catégorie de troubles des conduites alimentaires qui est l'hyperphagie boulimique. Donc, c'est le fait, comme dans la boulimie, d'avoir des crises alimentaires, des compulsions alimentaires où on va s'alimenter beaucoup hors de la sensation de faim et malgré la satiété. Il n'y a pas de stratégie de compensation. Donc, la plupart du temps, les personnes qui sont atteintes d'hyperphagie boulimique ont plutôt une situation de surpoids. En général... C'est plutôt qu'on va se retrouver face à quelqu'un qui a plutôt une conduite de type boulimie, c'est-à-dire qui va avoir des compulsions alimentaires, manger de façon décorrélée de sa sensation de faim, de manière trop importante, des aliments gras, sucrés, et ne va pas se faire ses injections d'insuline suffisamment. Donc il va se retrouver très haut en glycémie, sa glycémie va rester très haute, il va être en hyperglycémie et parfois en cétonémie, c'est-à-dire que son taux de cétone va être... très élevé. Pourquoi ? L'idée, c'est de reproduire un peu la découverte du diabète, où souvent les gens perdent beaucoup de poids, parce que le sucre n'étant pas vraiment assimilé par l'organisme, eh bien, il n'est pas, on va dire, comptabilisé en mode calorique. Donc, il s'accumule à la périphérie, mais il ne rentre pas dans les organes, et donc, on peut manger beaucoup et ne pas prendre de poids. Donc, les personnes qui ont un trouble des conduites alimentaires et un diabète de type 1, ont parfois recours à cette... technique, à cette stratégie, c'est-à-dire que elle ne s'injecte pas d'insuline, mange des produits sucrés, parce qu'il y a des compulsions, et donc se retrouve très haute en glycémie, avec des cétones, et donc ne prennent pas de poids, voire en perdent énormément. Les signes d'alerte, c'est de voir un patient qui a une préoccupation pour son poids, qui peut être très mince, qui a un diabète qui est très mal équilibré, et malgré les informations, les explications, les échanges autour de... Qu'est-ce que c'est les complications du diabète ? Et comment est-ce que la personne, est-ce qu'elle a bien compris ? Pourquoi il faut se faire les injections d'insuline ? Et à quel moment ? Souvent, des personnes aussi qui refusent les dispositifs pompe et capteur, parce qu'il y a un petit peu moins de contrôle quand on a une pompe et un capteur. Tout ça, c'est des signes qui doivent alerter. Mais le plus important, il me semble, c'est au-delà du signe d'alerte, c'est vraiment d'y penser pour les professionnels de santé et d'en parler avec le patient. et de l'accompagner doucement, peut-être au fait qu'il puisse se livrer là-dessus, parce que la plupart du temps, il y a beaucoup de honte.
- Speaker #2
Du coup, est-ce que vous pouvez nous évoquer un petit peu les conséquences pour la santé des TCA ?
- Speaker #3
On pourrait dire qu'il y a des conséquences médicales et des conséquences psychologiques, relationnelles. Au niveau des conséquences médicales, ces conséquences vont être liées soit aux conséquences du comportement en lui-même ou des conduites alimentaires. Par exemple, dans le cas de l'anorexie, le fait d'être en sous-poids peut entraîner des conséquences médicales importantes. Les femmes peuvent être en aménorée, c'est-à-dire n'ont plus de cycle menstruel. Il peut y avoir une atteinte des organes très importante parce qu'ils ne sont pas suffisamment alimentés par la nourriture. Régulièrement, chaque année, des personnes meurent de l'anorexie à cause de la conséquence de l'anorexie, c'est-à-dire d'être en sous-poids. On manque de... tous les nutriments et à terme, si ce n'est pas pris en charge, ça peut aller jusqu'au décès. Mais sans aller jusque-là, parce que c'est quand même très rare d'aller jusqu'au décès, même si ça existe, il peut y avoir des conséquences sur le fait que certaines femmes, par exemple, ne pourront pas avoir d'enfants à cause de la restriction alimentaire qu'elles ont en quelque sorte imposée à leur corps. Il y a des conséquences médicales aussi qui sont liées aux stratégies qu'on va adopter. Par exemple, le fait d'avoir recours au laxatif. à haute dose ou au vomissement n'est pas sans conséquence sur le corps. Le fait de vomir beaucoup, par exemple, peut entraîner aussi des problématiques au niveau de l'hygiène dentaire, des problématiques très importantes, et puis aussi des problématiques au niveau du système digestif, parfois qui va laisser des séquelles, qu'on aura du mal à traiter par la suite. Et dans le cas du diabète de type 1 et d'un trouble des conduites alimentaires, ces conséquences médicales... elles sont évidemment aussi en lien avec le fait d'être en hyperglycémie de façon prolongée et donc d'entraîner toutes les complications qu'on connaît du diabète, mais pour le coup, de façon plus rapide, parce que justement, l'hyperglycémie va être très importante, parce que c'est comme ça qu'un poids, qu'un amégrissement, ou qu'une stabilité du poids va être atteinte. Et donc, les complications liées au diabète en général vont être beaucoup plus rapides chez une personne qui est atteinte de... de diabolimie. La diabolimie, c'est le fait de l'articulation entre un diabète la plupart du temps de type 1, et un trouble des conduites alimentaires. La diabolimie se définirait, si elle était répertoriée officiellement, comme le fait d'avoir recours à des manipulations sur le traitement du diabète pour compenser une alimentation qui ne serait pas parfaitement équilibrée et pour éviter une prise de poids. Donc un patient, entre guillemets, Le diaboudimique, il va éviter de s'injecter son insuline. Parfois, il ne va pas en injecter du tout. Parfois, il ne va en injecter très peu. Parfois, il va jouer plutôt sur s'injecter seulement de l'insuline lente et pas ses injections de rapide. Parfois, le contraire, pas d'insuline lente et que des injections de rapide. Et il va laisser, en tout cas, la glycémie monter de façon à ce que... Il n'y a pas de prise de poids malgré un apport important en aliments sucrés. Et puis, les conséquences ne sont pas que médicales, ce sont des conséquences développementales, relationnelles, psychologiques. C'est de la dévalorisation. Une personne qui a des TCA a des TCA parce qu'il y a un souci à la base d'estime de soi ou de rapport au corps, à l'image, mais les conduites alimentaires qu'elle adopte... vont entraîner aussi une très forte dévalorisation. Quand on a des compulsions alimentaires, c'est décrit en tout cas par des patients comme terrible. Il y a beaucoup de honte, beaucoup de culpabilité, beaucoup de dégoût. C'est vraiment des conduites qui entraînent vraiment une très forte souffrance. Et puis, il va y avoir aussi des conséquences relationnelles. Par exemple, j'ai rencontré certaines patientes excusez-moi, j'utilise le féminin parce que pour le coup, dans mon expérience, ça a toujours été des femmes qui m'ont rapporté ces événements-là, mais il y a des hommes qui sont atteints de troubles des conduites alimentaires. J'ai certaines patientes qui m'ont décrit passer plus de 6 heures par jour à manger. Quand on mange 4 heures de suite, c'est évidemment du temps qu'on n'a pas pour faire tout le reste, vivre, voir ses amis, étudier, aller au cinéma, aller au spectacle, aller se balader, faire du sport. Dormir, parce que c'est parfois des conduites qu'on a la nuit, ses conséquences elles sont très multiples.
- Speaker #2
Quels conseils donnez-vous à vos patients ?
- Speaker #3
Alors en général, j'évite de donner des conseils, parce que c'est pas tellement comme ça que je travaille. L'idée quand on est psychologue ou psychothérapeute, c'est plutôt d'essayer d'accompagner la personne à trouver elle-même ce qui va être bon pour elle. Et le fait de donner des conseils, si ça marchait, ça se saurait. Donc ça m'arrive évidemment de donner des conseils, soit quand je suis extrêmement préoccupée et que j'ai l'impression de ne pas pouvoir faire autrement. Quelque part, je me fais plus de bien à moi qu'à la personne. Ou quand la personne très clairement me demande des conseils, auquel cas ça peut être éventuellement intéressant d'en discuter. Mais la plupart du temps, moi j'essaye plutôt d'accompagner la personne à se rendre compte de ce qui ne va pas et d'aller vers plutôt de soutenir sa demande, c'est-à-dire qu'est-ce qu'elle voudrait pour elle. C'est plutôt bingo quand la personne qui vient me consulter peut dire « moi là je souffre de ça, oui voilà ce qui m'arrive, voilà ce que je fais, je ne suis pas satisfaite de ça, c'est douloureux pour moi, je me sens prise au piège, je ne sais pas faire autrement, mais je voudrais que ça s'arrête » . Et à partir du moment où la personne peut arriver à dire ça d'elle-même, c'est là qu'on va pouvoir vraiment avancer, essayer de trouver ensemble des solutions pour que cette personne, quelle que soit sa difficulté, puisse trouver d'autres façons de faire. Donc le plus dur, ça va être d'arriver à ce que la personne puisse dire elle-même « je veux que ça s'arrête » . Et pour un patient qui est atteint de troubles des conduites alimentaires, c'est très difficile parce qu'il y a beaucoup d'ambivalence. Il y a beaucoup d'ambivalence, pourquoi ? Parce que la personne à la fois souffre et sait très bien qu'elle met sa santé en danger, elle est inquiète pour elle-même, très inquiète pour elle-même, et elle souffre aussi des conséquences de sa conduite parce que quelqu'un qui a une glycémie très haute ou des cétones, c'est quelqu'un qui doit boire beaucoup, aller beaucoup aux toilettes, qui a parfois une mauvaise haleine à cause de la présence des cétones. C'est très compliqué quand même de vivre comme ça. Donc il y a cette partie-là, il y a une part de lui qui se dit j'ai envie que ça s'arrête parce que c'est insupportable. Et puis il y a aussi une part de lui, par exemple pour les personnes qui ont une préoccupation très importante pour leur poids, qui se dit je ne peux pas supporter de ne pas être très mince. Et donc il y a de l'ambivalence. La plupart du temps, les personnes atteintes de TCA... ne disent pas clairement « je veux que ça s'arrête » . Ils disent « je voudrais être mince et que ça s'arrête » . Mais dans ces cas-là, les conseils ne servent pas à grand-chose. Mais si je devais vraiment donner des conseils, ce serait d'ailleurs plus aux soignants autour du patient qu'au patient lui-même, de ne pas hésiter à aborder ces sujets de l'alimentation. Je pense que c'est très important de s'intéresser à la question de l'importance du poids. pour leurs patients et de poser des questions ouvertes à ce sujet, comme par exemple, dans quelle mesure le poids et l'alimentation sont un problème pour vous ? Qu'est-ce que vous pensez de votre poids ? Qu'est-ce que vous pensez de votre alimentation ? Depuis quand ? Qu'est-ce que vous adoptez comme attitude par rapport à votre poids ? Quel lien vous faites entre votre diabète et votre poids ? Comment est-ce que vous vivez votre poids ? Comment est-ce que vous pensez que votre diabète a un impact sur votre poids ? Et quel impact ça a sur votre vie ou sur votre bien-être ? évidemment ne peut pas être la seule. ne pas manifester de jugement, parce que c'est ça qui va freiner un peu le fait de se livrer. Ne pas chercher à faire peur, parce que la plupart du temps, en tout cas dans mon expérience, les personnes qui ont des troubles des conduites alimentaires connaissent très bien les conséquences de leurs conduites, pour essayer de favoriser le fait que le patient va se livrer et pouvoir commencer à avancer.
- Speaker #2
Oui, finalement, c'est sensibiliser que ce soit les professionnels de santé ou les patients à poser ces questions. pour essayer de les dépister plus facilement et pouvoir accompagner le patient peut-être vers une prise en charge psychologique.
- Speaker #3
Il y a quelque chose dont je n'ai pas parlé et je me rends compte que c'est une erreur. Je voudrais quand même donner beaucoup d'espoir aux patients qui sont atteints de TCA et de diabète de type 1. Il y a quelque chose, je pense, qui peut être très soutenant, très aidant, c'est de rencontrer d'autres personnes diabétiques et ou qui ont eu des troubles des conduites alimentaires. ou même qui ont des troubles des conduites alimentaires et qui ne sont pas diabétiques. Moi, j'ai le sentiment, en tout cas dans mon expérience, les patients qui sont atteints de TCA, avec ou sans diabète, sont souvent extrêmement découragés parce qu'elles-mêmes, elles ont déjà essayé plein de fois de s'en sortir. Avant d'arriver chez le psychologue, souvent, la personne elle-même, elle se rend très bien compte que ça ne va pas, ce qu'elle fait. Elle en souffre, ce n'est pas un caprice d'avoir un TCA. C'est un vrai trouble. Donc la personne elle-même, elle en souffre, elle est enfermée là-dedans. Elle a déjà essayé plein de fois de s'en sortir, elle n'a pas réussi. Et donc souvent les personnes se disent, ça ne va jamais marcher, je ne vais jamais m'en sortir. Et c'est terrible de vivre comme ça, avec l'impression que quel que soit l'accompagnement, on ne va jamais y arriver. Comme c'est des personnes qui ont souvent essayé, il y a eu beaucoup de rechutes, et c'est décourageant les rechutes. Si j'avais un conseil à donner, c'est parler à d'autres personnes qui ont des TCA, qu'elles s'en soient sorties ou pas, enfin, quelque part échanger, parce que c'est quand même... l'occasion de se rendre compte que oui, il y a beaucoup de personnes, il y a beaucoup de femmes, c'est quand même majoritairement des femmes, même si ça ne touche pas que des femmes, il y a beaucoup de femmes qui souffrent de TCA. Énormément de personnes atteintes de TCA s'en sont sorties et vivent avec beaucoup moins de souffrance le restant de leur vie. Et donc oui, bien sûr, vous allez vous en sortir.
- Speaker #2
Et concernant l'entourage, quels conseils pourriez-vous leur donner ?
- Speaker #3
Peut-être que ce que je pourrais donner comme conseil à l'entourage, et j'ai bien conscience que ces conseils peuvent sembler et sont difficiles à appliquer, mais c'est vraiment d'être inconditionnellement bienveillant avec le proche atteint de troubles des conduites alimentaires et éventuellement de diabète de type 1, de rester à son écoute s'il souhaite en parler, s'il souhaite l'évoquer, éventuellement de partager ce qu'on ressent, peut-être de l'inquiétude ou un sentiment d'impuissance, mais en tout cas de s'abstenir, de faire tout commentaire concernant l'insuline, le poids et l'alimentation et de laisser complètement les professionnels de santé s'occuper de cet aspect-là, de discuter avec le patient, de faire peut-être aussi des compromis, de trouver des moyens d'ajuster entre ce que souhaite le patient et puis les préoccupations médicales. En tout cas, de ne plus du tout faire de réflexion sur le poids, sur l'alimentation et sur la façon de gérer le diabète pour leurs proches. Le fait d'éviter de faire des réflexions peut être très difficile et peut paraître même contre-productif parce que parfois c'est tellement douloureux, tellement difficile, tellement inquiétant d'être confronté à un proche qui ne prend pas soin de sa santé ou qui se met en danger. L'idée c'est vraiment, même si ces réflexions sur le poids, sur l'alimentation, sur la façon de gérer son diabète, même si ces réflexions sont... guidé par de la bienveillance et de l'envie de bien faire et d'aider son proche, l'expérience nous montre que c'est plutôt délétère et que c'est plutôt contre-productif. Les conseils et les réflexions en réalité ne vont pas les aider, voire même vont augmenter l'angoisse et l'angoisse va augmenter le recours aux troubles. Donc vraiment l'idée c'est même si c'est très difficile quand on voit un proche être en danger de s'abstenir, L'idée c'est... à la fois d'être à l'écoute si le proche a envie d'en parler, mais de ne pas lui faire de réflexion soi-même. Un message qui est peut-être important à partager, c'est le fait qu'il y a beaucoup de ressources possibles qui peuvent aider. On a déjà évoqué le fait d'échanger avec d'autres personnes qui ont un diabète de type 1, qui ont des troubles des conduites alimentaires, voire qui ont un diabète de type 1 et des troubles des conduites alimentaires. Il y a évidemment le recours à des professionnels de santé. Vous avez parlé des diététiciennes, des diététiciens. des médecins, des psychiatres, des psychologues, des psychothérapeutes, de toutes les personnes en lien avec la santé qui seraient amenées à intervenir dans le parcours de soins d'une personne qui serait atteinte de troubles des conduites alimentaires et de diabète de type 1. Il y a évidemment le fait d'avoir recours à son entourage, à des amis, à des associations, à des techniques, à des approches différentes. Parfois, dans mon expérience, certains patients ont recours à des approches plus tournées vers la spiritualité, peut parfois les aider. Et quelque chose qui est souvent décrit comme aidant, c'est quand les personnes atteintes de troubles des conduites alimentaires et ou de diabète de type 1 rencontrent un compagnon ou une compagne qui, petit à petit, leur fait comprendre qu'ils sont aimés comme ils sont, qu'ils soient gros, maigres, grands, petits, bruns, blonds. Leur compagne ou leur compagnon les réconforte dans le fait que Ce n'est pas important et ce qui est important, c'est qu'ils soient eux-mêmes et que c'est comme ça qu'ils vont être aimés. Donc c'est en expérimentant vraiment le fait de recevoir de l'amour sans condition d'un aspect corporel. C'est des relations qui sont extrêmement nourrissantes et qui peuvent en tout cas fortement contribuer à améliorer et à sortir des troubles des conduites alimentaires.
- Speaker #2
C'est une très belle conclusion, je pense. Merci pour votre point de vue de psychologue. Indispensable dans l'accompagnement de ce trouble, vous l'avez dit, il ne faut pas hésiter à en parler, à poser les questions que vous avez évoquées, que ce soit à son diabétologue ou ensuite à un psychologue spécialisé si on peut y être adressé. Nous aurons dans les prochains épisodes de cette série les points de vue d'une diététicienne aussi, très importante dans le parcours pluridisciplinaire et l'accompagnement de ces troubles, et aussi le point de vue primordial d'une patiente. Merci beaucoup. Merci à vous.