- Speaker #0
Je m'appelle Mylène, j'ai 49 ans, je suis maman de deux enfants, je travaille auprès des enfants. Il y a quatre ans, on m'a annoncé que j'avais un cancer du sein. Alors je n'étais pas surprise de l'annonce, je l'ai senti cette petite boule sur mon sein, j'ai passé différents examens, dans une biopsie, donc je savais qu'on allait m'annoncer quelque chose de grave. On m'annonce que c'est un cancer assez avancé, qu'il est agressif et qu'on va devoir m'enlever mon sein pour pouvoir retirer la tumeur. J'apprends à aimer mon corps différent, à accepter ce qu'il a traversé, mais ça ne veut pas dire que tout est devenu facile. C'est une épreuve difficile pour tout le monde, mais qui renforce les liens, la famille, les amis. Ce soutien, ces gestes d'amour que j'ai reçus, ça m'a aidée et voilà, il y a eu des moments très forts et très sincères, je me suis remplie d'amour et ça, je trouve que ça soigne en fait, l'amour ça soigne.
- Speaker #1
Hello, bienvenue sur le podcast Différences. Moi c'est Audrey, rédactrice et maman de deux enfants. Ce sont eux avec leurs petites bizarreries qui m'ont inspirée ce podcast. Un podcast que j'ai voulu dédier à la beauté de la différence et à toutes celles et ceux qui portent une singularité. À chaque épisode, je vous emmènerai à la rencontre d'un ou d'une nouvelle invitée pour une conversation authentique et sincère. Nous parlerons différence bien sûr, mais aussi représentation, construction de soi, acceptation et inclusion. Avant de vous laisser avec l'épisode du jour, je vous invite à penser à ce qui fait de vous une personne différente, et surtout unique, pour que l'on cultive ensemble toute la diversité qui dessine notre monde. Bonne écoute !
- Speaker #0
Différence
- Speaker #1
Est-ce que c'est parti ?
- Speaker #0
Allez, c'est parti !
- Speaker #1
Hello Mylène !
- Speaker #0
Bonjour Audrey !
- Speaker #1
Bienvenue sur le podcast Différences !
- Speaker #0
Merci ! Merci beaucoup.
- Speaker #1
Comment tu vas ? Si tu devais résumer ton humeur du jour en une émotion, ce serait laquelle ?
- Speaker #0
Aujourd'hui, il y a un petit mélange d'émotions. Je suis très contente d'être là. Je suis flattée de ton invitation. Et en même temps, j'ai un petit peu la trouille. Je l'avoue, parce qu'on va parler d'un sujet qui me touche beaucoup. Je suis contente de le partager, mais c'est un peu trop blanc.
- Speaker #1
Un petit peu le stress. Oui, un petit peu. Ça va bien, ça. Moi, je suis vraiment heureuse de te tendre mon micro pour ce sixième épisode déjà. Et celui-là, il est un peu particulier aussi parce que tu es mon ami et qu'on se connaît depuis une quinzaine d'années maintenant.
- Speaker #0
Oui, oui.
- Speaker #1
On s'est vu grandir à travers des étapes de vie, des joies, des peines, des épreuves aussi.
- Speaker #0
Oui, c'est vrai.
- Speaker #1
Et puis, il y a eu ton combat, celui que tu as mené contre la maladie, contre le cancer. Et très vite, quand j'ai lancé ce podcast, j'ai pensé à toi parce que ton histoire, c'est aussi celle d'un corps différent. transformé, qu'il faut apprivoiser, réapprendre à habiter et à aimer. Donc je pense que ton histoire, elle a toute sa place en fait dans Différences, et qu'elle peut aider les femmes qui traversent ce que tu as vécu, et aussi les hommes, à leur côté, à mieux les comprendre, pour mieux les soutenir. Alors merci d'être là, et merci de me faire confiance.
- Speaker #0
Merci beaucoup.
- Speaker #1
Avant de commencer, je te laisse te présenter.
- Speaker #0
Merci beaucoup de ton invitation, ça va être un moment précieux en fait. Eh bien, moi, je m'appelle Mylène, j'ai 49 ans, je suis maman de deux enfants, une grande fille, Suzanne, de 20 ans et un petit garçon de 9 ans, Raphaël. Et voilà, j'habite en Vendée et je travaille auprès des enfants, en fait.
- Speaker #1
Donc, tu connais le podcast maintenant ? Oui, bien sûr. Tu ne vas pas échapper à cette question que j'adore poser à tous mes invités. Qu'est-ce que le mot différence évoque pour toi ?
- Speaker #0
Pour moi, le mot différence, c'est quelque chose qu'on n'a pas choisi, qui s'impose à nous et qui nous amène à voir la vie autrement. Moi, ce que j'ai vécu, je ne l'ai pas choisi. C'est un vécu, une histoire qui m'a rendue différente et qui m'a amenée à me poser la question, qu'est-ce que j'en fais maintenant de cette différence ? Le cancer m'a transformé le corps, il m'a transformé physiquement, mais aussi mentalement. Donc ça m'a amené à me dire, aujourd'hui je suis différente, je suis à part, et qu'est-ce que je vais en faire pour continuer ma vie ?
- Speaker #1
Avant de commencer, est-ce que tu peux expliquer où nous sommes aujourd'hui ? Quel est cet endroit que tu as choisi pour nous parler de ta différence et ce qu'il symbolise pour toi ?
- Speaker #0
Alors, on a la chance d'être en face de l'océan. On est à Saint-Gilles-Croix-de-Vie. Donc d'abord l'océan, la plage pour moi c'est important parce que je trouve qu'après une balade sur la plage, une pause face à l'océan, tout va mieux en fait. Et puis Saint-Gilles c'est un lieu particulièrement important pour moi parce que j'ai découvert cette petite ville juste après mon opération. C'était en août 2022, je suis venue avec les enfants. Je ne voulais pas partir trop loin de chez moi. pour qu'on se repose et qu'on se retrouve ensemble. Et alors Saint-Gilles, bien sûr, il y a les plages, mais il y a aussi son petit centre-ville que je trouve plein de charme. Et ça a été un séjour où on a pu vraiment se poser ensemble, en fait. Ça a été vraiment une belle pause, et ça reste maintenant mon endroit de consolation, en fait. Voilà, j'aime beaucoup y revenir. D'ailleurs, j'y reviens chaque été, à peu près à la même date.
- Speaker #1
Tu viens de ressourcer. Voilà,
- Speaker #0
je viens de me ressourcer. Je me suis fait opérer le 18 août. Donc, tu sais que le 18-19 août, je suis à Saint-Gilles, en fait. J'aimerais beaucoup y revenir plus souvent. Mais voilà, c'est vraiment un lieu où je suis très attachée.
- Speaker #1
Il n'y a pas meilleur endroit, là, je pense. J'aimerais maintenant qu'on pose un peu le contexte pour celles et ceux qui nous écoutent. Est-ce que tu peux expliquer ce que tu as traversé ?
- Speaker #0
Alors oui, il y a quatre ans. on m'a annoncé que j'avais un cancer du sein. Alors je n'étais pas surprise de l'annonce, je l'ai sentie cette petite boule sur mon sein, j'ai passé différents examens, une biopsie, donc je savais qu'on allait m'annoncer quelque chose de grave.
- Speaker #1
Donc c'était toi, tu avais fait une autopalpation, c'est comme ça que tu as dû le faire ?
- Speaker #0
Oui, je l'ai sentie, puis je l'ai vue, elle se voyait. Donc voilà, il y a eu plusieurs rendez-vous, et par la suite des examens, on a un rendez-vous avec la chirurgienne en fait. Donc moi, je m'étais dit que c'était pris à temps, qu'au pire, j'allais avoir une opération, peut-être quelques séances de radiothérapie. Mais sûrement pour me rassurer, je me disais que ça allait bien se passer.
- Speaker #1
Tu minimisais volontairement ? Complètement.
- Speaker #0
Après, il faut peut-être mieux pour arriver à aller au rendez-vous. Mais en fait, ça ne s'est pas passé du tout comme ça. On m'annonce que c'est un cancer assez avancé, qu'il est agressif. et qu'on va devoir m'enlever mon sein pour pouvoir retirer la tumeur. Donc là, c'est très difficile. Parce que j'entends bien le mot agressif, avancer, retirer le sein.
- Speaker #1
Ils te disent tout de suite ça ?
- Speaker #0
Ils me disent tout de suite que c'est la solution pour enlever la tumeur.
- Speaker #1
La seule ?
- Speaker #0
Voilà. Donc la tumeur est collée au mamelon. Donc on va aussi m'enlever le mamelon. Donc, je suis bouleversée en fait. Et puis, quelques années auparavant, j'ai perdu ma maman d'un cancer du sein. Donc, cette annonce...
- Speaker #1
Ça a réveillé plein de choses. Oui,
- Speaker #0
voilà. Et en fait, j'ai eu peur de mourir. Je me suis dit, je vais mourir. Quand elle m'annonce ça, je me dis, je vais mourir en fait.
- Speaker #1
Tu t'es dit ça ? Oui,
- Speaker #0
tout de suite. Ça a été ma première réaction. Je suis en veille par la peur et pendant quelques minutes, je perds pied. Heureusement, j'ai en face de moi des professionnels qui ont l'habitude, qui arrivent à me recentrer et on arrive à continuer l'entretien. Là, il y a les étapes du protocole. La chirurgienne m'explique comment va se durer l'opération. C'est fou parce qu'elle est calme, elle m'explique clairement les choses. Moi, je suis en face, je suis quand même à deux doigts de péter des plombs. C'est très compliqué. Elle en répète plusieurs fois les choses. Elle m'explique, me réexplique, puisque moi, j'ai du mal à écouter. J'entends bien, j'entends bien que c'est la solution, que pour enlever la tumeur, il faut enlever le sein. C'est la solution pour me soigner. Il n'y a pas d'autre issue. Voilà, c'est pour me sauver la vie. Mais ça, je le comprends pas tout de suite. Je vais mettre beaucoup de... temps à le comprendre. Et puis, en même temps, elle m'explique cette opération et elle m'explique aussi qu'elle peut me proposer une reconstruction mammaire. Elle m'enlève le sein, le téton car la tumeur y est collée et elle place une prothèse pour me reconstruire un sein tout de suite.
- Speaker #1
D'accord, donc ça, ça se faisait, c'est quelque chose qu'elle t'a proposé de faire en même temps ?
- Speaker #0
En même temps que l'opération. Elle m'enlève la tumeur et elle me reconstruit un sein. Et ça, Oh... Ça, c'est une chance, en fait. Là, je prends conscience, par contre, que c'est une chance parce que toutes les femmes, elles n'ont pas le droit tout de suite. Des fois, on attend un an, deux ans avant que ça puisse se faire. Des fois, ce n'est même pas possible du tout.
- Speaker #1
C'est une chance pour moi.
- Speaker #0
Cette épreuve,
- Speaker #1
ça a été quelque chose qui t'a permis peut-être de mieux accepter ?
- Speaker #0
Ça me donne une suite en fait. Tu te dis, je ne me voyais pas sans sein, si tu veux, ce côté vide, plat, et puis avec la cicatrice, meurtrie. Donc l'idée qu'elle me propose cette opération, tout de suite... il y a quelque chose de positif en fait, qui ressort. Donc ensuite, il y a le protocole, elle t'explique la suite. Tout va s'enchaîner après. La chimiothérapie, la radiothérapie, j'ai le droit à la totale en fait.
- Speaker #1
Donc tout ça, c'est après ta mastectomie.
- Speaker #0
Voilà, ça se suit en fait. En août, je me fais opérer, en novembre, il y a la chimiothérapie, en avril, il y a la radiothérapie. C'est vraiment une... Une année que je vais mettre en parenthèse de soins et de traitements. Donc c'est très brutal en fait. Malgré toutes les précautions que la chirurgienne prend pour me l'annoncer, c'est très brutal. Tu as vraiment une sensation étrange d'assister à un moment de ta vie qui change à jamais. C'est un temps d'arrêt où on se rend compte qu'il n'y aura pas de retour possible en arrière. C'est très compliqué à gérer pour moi et j'ai beaucoup de colère. Tu vois, je m'en veux. J'en veux à ma génico. Je me suis dit que ça avait été pris trop tard. Tu en veux à toi ? Oui, je m'en veux à moi parce que je me dis que j'aurais peut-être pu prendre plus vite les rendez-vous, plus vite accélérer les choses pour que ça soit pris plus tôt. Comme je ne m'attendais pas du tout à cette opération, forcément tu... Tu dois en vouloir accueillir. Tu dois faire de la colère.
- Speaker #1
C'est des étapes pour l'acceptation.
- Speaker #0
Exactement. Il y a la colère et puis le refus. Moi, je suis quand même beaucoup dans le refus. Et puis, j'ai peur. J'ai peur. Je suis triste. C'est un parcours de traitement qui est difficile. Pour moi, je ne le vis pas très bien. Quand tu as un cancer, les gens autour te parlent. parle de force, de guerrière, de combat. Alors c'est vrai, c'est un combat, tu n'as pas le choix. Mais je trouve que c'est tellement difficile. Moi, la chimiothérapie, j'ai trouvé que c'était tellement dur. Et de toute façon, ça te met dans un état qui est tellement particulier, c'est difficile à expliquer. Moi, j'ai appelé ça être dans le sombre, en fait, parce que c'était vraiment morbide. Moi, je ne me suis pas trop comportée comme une guerrière. Plus de la moitié des séances de chimio et toute la radiothérapie, je les fais sous Xanax. Je n'y arrivais pas, en fait. Je ne voulais pas y aller. Je ne voulais pas être là, en fait. Je ne voulais pas ce qui m'arrive. Donc, c'est vraiment un parcours.
- Speaker #1
Tu es allée à chacune des séances. Oui,
- Speaker #0
j'en ai raté aucune. Mais parfois, dans des états, je remercie. Oui, j'y allais seule. Oui, j'y allais seule. mais... Je remercie les soignants parce que vraiment, des fois, je n'étais pas simple à gérer. C'est une expérience de vie qui est très difficile. Et en même temps, j'ai eu de la chance que mon opération a fonctionné, que je n'ai pas subi 25-30 séances de chimio. Dans mon mal, je m'en sortais bien quand même. Donc voilà, c'est un parcours compliqué. Et voilà, je me souviendrai toujours du visage de ma chirurgienne qui tentait de me faire comprendre que c'était la seule solution. Amélie, voilà.
- Speaker #1
Si elle écoute, c'est pas tout. Ouais,
- Speaker #0
ouais. Amélie, voilà, c'est plus tard que j'ai compris que... qu'elle me sauvait la vie. Oui.
- Speaker #1
Et puis qu'elle a joué un rôle aussi pendant tout ça. D'accompagnement. Oui, d'accompagnement.
- Speaker #0
Oui, complètement. Pas seulement dans l'opération, mais psychologiquement. Humainement. Humainement, complètement.
- Speaker #1
Et pas rester que dans son rôle de médecin. Non,
- Speaker #0
pas du tout.
- Speaker #1
Comme tu disais tout à l'heure, tu es maman, une grande fille de 20 ans, un petit garçon de 9 ans. Comment tu as vécu les choses toi en tant que mère et comment tu as abordé tout ça avec eux ?
- Speaker #0
Alors, dans tout le parcours, par rapport aux enfants, c'est la chose la plus difficile pour moi qui a été à vivre en fait. Parce que c'est douloureux pour les enfants de voir leur maman traverser ce genre d'épreuve. Parce qu'ils ont leur propre peur, leur questionnement. Ils vivent des moments aussi de solitude parce que moi, je n'étais pas toujours en état de les accompagner. et tu vois, je ne peux plus... Je ne pouvais pas forcément les accompagner dans leurs activités ou suivre les devoirs. Donc, rien que pour ça, j'aurais aimé que ça ne m'arrive jamais. Rien que pour que mes enfants ne vivent pas cette épreuve, j'aurais aimé que ça n'arrive pas. Oui,
- Speaker #1
ne pas témoin de tout ça. Voilà. Donc,
- Speaker #0
c'était difficile. Donc, tu vois, j'ai deux enfants, une grande fille qui passait son bac de français à ce moment-là. Raphaël, il était en CP. Je me souviens que je n'étais pas du tout au point pour les étés. Suzanne souhaitait que je l'aide à réviser les textes des Français, tout ça. Mais mon cerveau, la chimiothérapie, ça te met le cerveau en vrac. Tu n'as pas de concentration, ton corps est épuisé. Tes enfants vivent des moments de solitude parce que tu es obligé de leur dire que là, ce n'est pas possible. Là, je ne peux pas être disponible. Alors bien sûr, il y avait leur papa qui accompagnait, qui faisait ce qu'il pouvait aussi, entre les enfants, son travail, mais il y a quand même un sentiment d'impuissance, et des deux côtés en fait. Toi, tu es malade, et tu observes ce qui se passe autour de toi, de ta famille, tu n'es pas habituée,
- Speaker #1
tu n'es pas présente,
- Speaker #0
et en même temps, il y a l'impuissance aussi de l'autre côté, parce que tu es mal, Et puis... Et puis, ils ne peuvent pas faire grand-chose pour toi. Des fois, il faut juste attendre que ça passe.
- Speaker #1
Tu arrivais à les rassurer en leur disant que ça allait passer, justement que c'était une situation qui n'allait pas durer ?
- Speaker #0
Oui, j'arrivais. On se projetait et il y a des jours où ça allait mieux. Donc, ces jours-là, on en profitait.
- Speaker #1
Tu te projetais sincèrement ou c'était pour les rassurer ? Ou ça avait passé ce stade de « je vais mourir » . Tu étais plus dans la collection, on va s'en sortir, c'est passager,
- Speaker #0
ça va passer. Oui, oui. Oui, oui. Et puis, il fallait que je me projette. Tu vois, donc, je savais qu'à telle date, la chimiothérapie se terminait, que j'attaquais les rayons par la suite. C'est important même de se projeter parce qu'on se dit, dans quelques mois, je serai en meilleure forme. Dans quelques mois, je pourrais faire telle ou telle chose. Voilà. Donc, non, non, c'est important. et Et ce qui était important aussi avec mes enfants, c'est que je ne voulais rien leur cacher en fait. C'est difficile, c'est douloureux pour tout le monde, mais je voulais qu'ils vivent réellement les choses comme elles étaient en train de se passer. Tu vois, qu'ils soient au courant de l'opération, qu'ils sachent la chimiothérapie. C'est pour ça que j'étais dans tel état, parce que ton état, il est compliqué à gérer. Les séances, elles rythment tes semaines. Tu fais en fonction des séances. La radiothérapie, c'est tous les jours. Il y a cette fatigue, ce manque d'énergie. Donc, je voulais qu'ils comprennent. C'est important de faire réaliser. Tu vis vraiment les choses pour qu'il y ait moins de peur. Je trouve qu'à partir du moment où tu sais ce qui se passe, tu peux le comprendre et ça atténue les peurs. Ça atténue les peurs.
- Speaker #1
Ça explique avec des mots à leur portée. Et tout de suite, quand tu as des éléments de... De lecture, de compréhension, c'est beaucoup plus facile, entre guillemets.
- Speaker #0
Et puis, il y a eu des moments très forts. Tu vois, il y a eu des moments... Par exemple, quand j'ai perdu mes cheveux. Tu perds tes cheveux dès la première séance de chimio. Entre la première et la deuxième séance de chimio, tes cheveux étondent. Donc, moi, j'ai décidé de me raser la tête. Et ça, c'est quelque chose qu'on a fait ensemble, en fait.
- Speaker #1
On l'a fait avec mes enfants et mon mari.
- Speaker #0
Voilà, ils ont tenu. Ils ont tenu la tondeuse. Donc, c'était très...
- Speaker #1
C'était fort.
- Speaker #0
Mais en même temps, comme ça, on prenait conscience que c'était parti. On commençait le combat. Voilà. Et on commençait le combat tous ensemble. La première étape a commencé.
- Speaker #1
Donc la mastectomie, c'est une opération qui transforme le corps, comme tu nous l'expliquais, qui te dépossède d'une part de ta féminité, de ton intimité aussi quelque part. Comment ça s'est passé le jour où tu as découvert ton nouveau corps ? Est-ce que tu te rappelles de ce que tu as ressenti ?
- Speaker #0
Ça a été compliqué. Compliqué, c'est un mot que je vais employer souvent en fait. Mais tu peux, tu peux. Oui, parce que ça a été compliqué. Il y a eu l'opération, j'ai été hospitalisée au moins pendant une dizaine de jours. Donc, tu vois, on vient surveiller tes cicatrices, on vient te changer les pansements. Et je me souviens, à chaque fois, on me demandait si je voulais regarder. Moi, je n'ai jamais voulu regarder. Tout le long de l'hospitalisation, je n'ai pas regardé, en fait. Je ne voulais pas, pour le peu que je voyais, c'était des bleus, c'était rouge. Moi, j'étais dans le refus total de ce qui était en train de se passer. C'est un projet, tu n'étais pas prête. Non, je n'étais pas prête. Tu as allé du temps. Non, je ne voulais pas vivre ce qui m'est arrivé en fait. Pourtant, dans un coin de ma tête, je sais que j'ai la chance que cette opération allait fonctionner, que ça cicatrise bien. que je suis en vie, mais ça ne m'empêche pas d'être triste de ce qui m'arrive. Tu n'as pas choisi,
- Speaker #1
tu n'as pas envie.
- Speaker #0
J'ai beaucoup de peine. J'ai l'impression que ce n'est pas possible ce qui est en train de m'arriver. Ce n'est pas possible. Donc vraiment, découvrir mon corps, ça a été après, et bien après, j'ai envie de te dire. Après arriver à la maison, une fois que tu es toute seule dans ta salle de bain, tu dois faire attention à ton corps. Tu dois faire attention à comment tu prends ta douche, tu dois mettre la crème pour les cicatrices.
- Speaker #1
Tu n'as pas le choix. Tu n'as pas le choix.
- Speaker #0
Là commence l'étape de prendre soin de soi en fait. C'est là que ça commence. Mais moi ça a été dur. Au départ je l'ai fait de façon vraiment mécanique en fait. Je ne me regardais pas. Je n'ai pas vraiment le souvenir de me regarder dans le miroir, ou de façon très furtive. Et puis après, il faut que tu composes avec des nouveaux dessous, parce que ce n'est pas symétrique. Il y a une différence avec l'autre sein.
- Speaker #1
Penser à quel vêtement tu vas mettre.
- Speaker #0
Pour essayer d'avoir à peu près un beau décolleté.
- Speaker #1
Et te sentir à l'aise.
- Speaker #0
Voilà. Et puis il y a cette image aussi d'un nouveau sein, avec une cicatrice, sans mamelon. Et puis à côté, tu as ton sein. Ton ancienne poitrine, ton ancien sein qui est... C'est un décalage. C'est un décalage d'avant-après. C'est très particulier. C'est très particulier. Donc moi, je vais mettre beaucoup de temps à me regarder, plusieurs mois. Et vraiment, le moment où je découvre vraiment mon nouveau corps, c'est à partir du moment où je décide de faire un tatouage. C'est quand arrive l'idée du tatouage, en fait. Oui,
- Speaker #1
alors justement, Dépa, est-ce que tu te souviens... vraiment de la première fois où tu t'es regardée. Parce que tu nous disais, tu t'es fait opérer en août.
- Speaker #0
Ouais.
- Speaker #1
Donc après, il y a eu l'automne, l'hiver, où effectivement, peut-être là, c'est plus facile de se cacher. Donc, est-ce que tu te rappelles de ce jour où tu t'es regardée pour la première fois, avant même ce tatouage, avant même...
- Speaker #0
Je crois que c'est peu de temps avant le tatouage, parce qu'elle m'avait demandé de prendre des photos, en fait. parce que la tatoueuse, elle n'avait jamais tatoué sur une prothèse de ma mère. Donc, elle voulait voir un petit peu aussi à quoi ressemblait mon sein et ce qu'on pouvait faire comme motif. Donc, je crois que c'est là, je n'ai pas eu trop le choix. D'accord.
- Speaker #1
C'est à ce moment-là ?
- Speaker #0
Mais je ne saurais pas dire exactement. Oui, tu n'as pas le souvenir. Ça s'est fait progressivement. Ça s'est fait progressivement et puis c'est flou. C'est hyper flou pour moi ce moment-là en fait.
- Speaker #1
Donc il y a eu ce tatouage très féminin avec des lignes très délicates.
- Speaker #0
Ça, ça se fait un an après, tu vois, parce que tu ne peux pas tatouer tout de suite sur une prothèse mammaire et sur une psychiatrice.
- Speaker #1
Tu as dû demander à tes médecins le go pour que ça soit possible.
- Speaker #0
Alors en fait, au départ, ce n'était pas ça. Au départ, à l'hôpital, ils te proposent un tatouage d'un mamelon. Donc j'étais partie. pour me refaire tatouer un mâblon. Et puis, étrangement, le premier rendez-vous où je vais, l'infirmière qui s'occupe de ce genre de démarche, elle est absente, elle est malade, elle n'est pas là. Donc, on ne peut pas vraiment parler de ce tatouage avec la chirurgienne. Donc, on remet un deuxième rendez-vous. Et là, au deuxième rendez-vous, c'est moi qui ne peux pas y aller.
- Speaker #1
D'accord.
- Speaker #0
Donc, je me dis, bon, c'est que ce n'est pas ça, en fait. C'est que ce n'est pas ça que je dois faire. Oui, c'est un petit... Oui, non. Et puis après, je me dis que ça ne va jamais ressembler à l'autre mame longée. Je ne sais pas, il y avait quelque chose qui me dérangeait en fait. Et puis sur les réseaux sociaux, je vois passer une nana qui s'est mise à son compte à 10 kilomètres de chez moi. Elle ouvre son atelier de tatouage et j'aime beaucoup ses motifs, j'aime beaucoup ses dessins. C'est une ancienne illustratrice d'albums pour enfants. En plus, c'est un...
- Speaker #1
On est par le vert à qui t'aimeras ?
- Speaker #0
Je lui envoie un message en lui racontant mon histoire et en lui demandant si c'est possible qu'elle me tatoue mon sein. On se rencontre et elle me dit qu'elle n'a jamais fait ça, mais qu'elle prend le défi, les challenges. C'est vraiment un défi pour toutes les deux. J'ai déjà des papillons que j'ai faits il y a des années sur l'épaule droite. Et on décide de faire des fleurs pour accompagner ces papillons qui vont de l'épaule et qui descendent jusque sur le sein. Alors, ce n'est pas pour cacher la cicatrice, parce qu'on la voit. Elle est là, on la voit, elle fait partie du tatouage. Par contre, il y a une fleur qui remplace le mamelon. Donc, quand tu regardes, tu ne vois pas forcément que je n'ai pas de mamelon.
- Speaker #1
D'accord.
- Speaker #0
Donc c'était vraiment un très beau projet, les motifs, les couleurs, les traits, c'était important de choisir ça ensemble, et puis ça a été une très belle rencontre. Je crois qu'elle s'appelle Alexandra, et je crois qu'elle n'a pas mesuré l'importance qu'elle a eue dans ma vie. Je lui ai dit que grâce à elle, je pouvais me regarder. Ça commençait là, ça commençait. Parce que là, je ne regardais pas mon sein, je regardais le tatouage. Donc, c'était beau.
- Speaker #1
Il te plaisait, tu ne te t'étais pas plu.
- Speaker #0
Ça y est, il y a une direction, un chemin qui prenait, qui commençait à être plus beau.
- Speaker #1
Bon, là, tu vois, tu me fais une transition. Parce que justement, c'était la question qui arrivait après. Est-ce que tu as un moment précis où tu as réalisé que quelque chose avait changé ? Alors, pas seulement dans ton corps, mais aussi dans ta façon de te percevoir, de te sentir femme.
- Speaker #0
C'est ce moment-là, tu dirais ? Oui, ça a été à ce moment-là. Parce que comme c'était joli à voir, ça a fait partie, ça a été le début. Ça a été le début de pouvoir regarder ce corps qui avait changé et puis de me sentir femme. Après, ma féminité, je pense qu'elle n'avait pas disparu, en fait. Elle avait été transformée, en fait. Mais bon, ça, je ne comprends pas tout de suite. Et puis de se ressentir femme, moi ça s'est fait au fur et à mesure. Tu refais connaissance avec ton corps en fait. Parce qu'en plus, il n'y a pas que le sein, tu vois. Il y a les cheveux que tu as perdus. Il y a la peau qui se perd. Il y a la peau, tu parles à chimio.
- Speaker #1
La peau qui se perd secondaire.
- Speaker #0
Ton souffle que tu as perdu. il y a tout un ensemble qui qui qui a changé et que tu dois retrouver. Parce qu'en quelques mois de traitement, tu ne ressembles plus du tout à la nana que tu étais. Donc, les choses reviennent tout doucement au fur et à mesure et tu reprends une apparence qui est la tienne. Tu te restambles,
- Speaker #1
tu te retrouves.
- Speaker #0
C'est à partir du moment où les traitements sont terminés qu'il y a une vie aussi normale qui...
- Speaker #1
qui est très mental,
- Speaker #0
tranquillement.
- Speaker #1
Ça t'apprend la patience.
- Speaker #0
Oui, c'était compliqué. Parce que justement, tu vois, ça a été très... Parce que quand les traitements sont terminés, moi, j'ai eu envie que tout redevienne comme avant. Là commence la patience, tu vois. Pour moi, c'est parce que tu penses que tu vas pouvoir retourner travailler, à refaire un petit peu le sport. Mais en fait, c'est difficile, quoi, parce que même ton cerveau, il a été en stand-by pendant un an. Donc, c'est très lourd, en fait. C'était très lourd pour le... Pour le côté pari. Ouais, ouais. Moi, j'ai trouvé ça long pour ne plus avoir les traces physiques du cancer. Parce que, tu vois, on parle de ce nouveau, de se regarder, de s'apprivoiser. Mais longtemps, quand je me suis regardée dans le miroir, c'est le cancer que j'ai vu, quoi. Donc, Il faut vraiment faire preuve de patience.
- Speaker #1
C'est vrai qu'il y a tous ces traitements qui donnent un peu des points communs avec toutes les personnes qui traversent ça. Physiquement, il y a des traits, des traits caractéristiques qu'on voit.
- Speaker #0
Tu as une tête de cancéreuse. Tu vois, c'est ça. La maladie,
- Speaker #1
elle prend un visage. Exactement,
- Speaker #0
elle te pose ce visage. Ça, il faut du temps pour qu'elle s'en aille. Pour que ça disparaisse. Moi, j'ai trouvé ça très long. Je voulais tout retrouver tout de suite. Et quand même,
- Speaker #1
tu as dompté cette impatience pendant tout ton traitement. C'est quand même...
- Speaker #0
Tu vois ?
- Speaker #1
Et c'est après, quand c'était fini, où là, tu t'es dit, non mais là, par contre,
- Speaker #0
ma patience a délimité. Oui, oui. Je voulais que mes cheveux repoussent tout de suite. Je voulais retrouver une activité. Je voulais sortir. Je me suis fait peur sur certaines choses. Parce que tu n'as pas le souffle, tu n'as pas la forme. Voilà, je... Pas brûler les étapes.
- Speaker #1
De toute façon, tu n'as pas le choix. Tu évites les rappels à l'ordre. Exactement. Tu as des rappels à l'ordre qui te disent « attends, tu as vécu quelque chose comme ça quand même, ne l'oublie pas » . Il y a des rappels à l'ordre et il faut du temps. C'est petit à petit qu'on apprend à se retrouver et à aimer aussi ce nouveau corps.
- Speaker #0
Moi, je t'ai toujours connue très féminine. Plutôt bien dans ton corps. Tu as toujours pris plaisir en tout cas à prendre soin de toi. Comment tu vis ta féminité aujourd'hui ?
- Speaker #1
À partir de l'opération, pendant tous les traitements, j'ai eu vraiment l'impression que mon corps ne m'appartenait plus. Et puis tu suis les étapes, le protocole. Et c'est au moment où les traitements sont finis que tu te retrouves face à face. Moi, je l'ai vécu comme ça.
- Speaker #0
Face à toi-même.
- Speaker #1
Donc ma féminité, il a fallu du temps. il a fallu du temps il a fallu le tatouage il a fallu le fait de prendre soin de soi aussi ça ça je trouvais au-delà de l'aspect médical mais vraiment le prendre soin de soi pour le plaisir pour le plaisir vraiment se remaquiller se remaquiller se se saper se saper ouais de prendre quelque chose de s'éteindre exactement c'est pas ce titre non ouais Je me souviens, j'ai acheté je ne sais pas combien de boucles d'oreilles, tu vois, parce que j'avais les cheveux très, très courts et ça me gênait beaucoup. Et je me suis acheté plein de boucles d'oreilles pour habiller mon visage. Donc, tu trouves des petites astuces pour avancer et puis pour te retrouver femme.
- Speaker #0
C'est important d'arriver à ne pas s'oublier aussi, tu vois.
- Speaker #1
Et puis à ne pas se laisser aller, à ne pas se laisser tomber en fait. C'est une autre étape. Et puis aussi, tu as du temps. Les traitements sont finis, mais tu as encore du temps devant toi. Je n'ai pas repris tout de suite le travail, donc tu as du temps pour prendre soin de toi. Moi, je me suis dit, ce temps-là, il est fait pour moi en fait.
- Speaker #0
Puis les enfants ont aidé aussi, parce que même si tu ne travaillais pas, ça te... cadrer, enfin ça rythmait un peu tes journées, emmener ton fils à l'école, aller chercher. Ça t'obligeait, entre guillemets, à t'apprêter un peu. Ouais.
- Speaker #1
Tu peux à nouveau faire des choses, donc ouais, de sortir, d'avoir les amis, donc ça te booste, ça te booste d'apprendre soin de toi aussi, complètement. Et puis, après, cette féminité, Je l'ai compris aussi qu'elle ne se résumait pas forcément à un sein. C'est tout un ensemble.
- Speaker #0
Bien sûr.
- Speaker #1
J'ai fait une deuxième opération il n'y a pas longtemps parce que je voulais quelque chose de symétrique, je voulais réessayer. Je voulais aller jusqu'au bout quand même de ça. J'ai compris que mon corps avait changé brutalement, que c'était quelque chose que je n'avais pas choisi. Et tu vois, la féminité, j'apprends encore quand même à l'accueillir. Le travail n'est pas fini. Non, ce n'est pas fini. Après, pour m'apaiser, je suis reconnaissante. Je suis reconnaissante à mon corps d'avoir tenu le coup.
- Speaker #0
Oui.
- Speaker #1
Et puis voilà, comme je te disais, ma féminité, ce n'est pas seulement le reflet dans mon miroir. j'ai compris aussi que c'était dans tout Dans toute ma façon d'être, en fait. Et aussi dans tout ce que je mettais en place dans ma vie, en fait. C'était ça, en fait, qui m'a rendu femme, quoi.
- Speaker #0
Totalement. Vivre avec un corps différent, ça ramène aussi inévitablement au regard des autres. Comment tu le vis, toi, aujourd'hui ? Est-ce que tu sens qu'il y a des choses ont changé sur ta perception du regard ?
- Speaker #1
Ouais, alors, le regard... Le regard des autres, ça reste vraiment sensible pour moi. J'apprends à aimer mon corps différent, à accepter ce qu'il a traversé. Mais ça ne veut pas dire que tout est devenu facile. Mes cicatrices, je les garde encore pour moi. Je ne me sens pas prête à les dévoiler. C'est vraiment quelque chose encore que je garde pour moi. J'ai la trouille d'une réaction que je ne pourrais pas gérer.
- Speaker #0
Tu ne te sens pas encore prête à assumer forcément.
- Speaker #1
Le regard de l'autre, même si elles font partie de moi, c'est mon histoire. J'ai peur que ça gâche quelque chose. C'est difficile à expliquer. Je crois que je ne saurais pas comment gérer le regard de l'autre. Si tu vois quelque chose qui ne te plaît pas en fait. Oui, émotionnellement, ça va être compliqué pour moi ça. Il n'est pas encore là. Oui, franchement, il n'est pas encore là.
- Speaker #0
Et dans ta vie amoureuse, intime, tu te sens à l'aise d'en parler ? Alors te montrer, c'est bien autre chose, mais est-ce que tu te sens au moins à l'aise d'en parler ?
- Speaker #1
Oui, je me sens assez à l'aise d'en parler. Ce n'est pas un sujet que je refuse pas d'en parler. Après, j'aime bien aussi qu'on n'en parle pas. Je pense que... Pour normaliser un peu. Oui, c'est ça. Et puis aussi, le laisser un peu au passé. Il y a quelque chose, il y a peut-être cette idée-là aussi.
- Speaker #0
Et comment tu as vécu ce changement dans ta relation à l'autre ? Quel impact ça a eu sur ton rapport avec l'intimité ?
- Speaker #1
Au départ, je pensais que ça avait un impact important dans mon rapport avec l'intimité. Et puis après, quand j'ai discuté avec des amis, avec d'autres femmes, je me suis aperçue qu'on avait toute une gêne. On a toute une pudeur sur une partie de notre corps. Donc ça, ça m'a aidée aussi à être plus compréhensible avec mon corps. l'acceptation de mon corps après le cancer, c'est quelque chose qui... Comme ça ne s'est pas fait d'un seul coup, en fait. Tu vois, ça s'est fait au fur et à mesure. Il y a eu des étapes à franchir. Et puis là, dans l'intimité, j'ai encore besoin de temps. Tu vois, je m'autorise à rester fragile. Dans une relation intime, j'ai encore du mal à les dévoiler. D'ailleurs, je ne montre pas mes cicatrices. Je ne les montre pas. Je garde mon haut. Il y en a qui gardent leurs chaussettes. Je garde mon haut. Mais après, ça n'empêche pas des moments très doux, très sensuels, très féminins. Ça passe par d'autres choses. Exactement, de prendre du plaisir, d'en donner. Et c'est même plus sympa de découvrir avec complicité que la proximité, la tendresse, ça ne passe pas forcément par des corps nus, en fait. Je sais que je vais apprendre petit à petit à me laisser regarder telle que je suis.
- Speaker #0
Et puis, il faut que tu te sentes en confiance. Voilà. Les personnes, elles trouvent les mots qui te mettent à l'aise.
- Speaker #1
Exactement. Parce que tu ne montres pas seulement ton corps. Tu montres ce qu'il a traversé. Donc, il y a toute cette histoire. Il faut avoir envie aussi de la partager entièrement avec quelqu'un. C'est ça. Donc, je n'y suis pas encore. Ça fait encore partie du chemin de réconciliation.
- Speaker #0
Mylène, tu aimes l'art.
- Speaker #1
Oui.
- Speaker #0
Tu dessines, tu peins, tu danses aussi. Est-ce que c'est quelque chose qui a joué un rôle dans ta reconstruction ? Est-ce qu'il y a des choses que l'art t'a permis d'exprimer ou de libérer ?
- Speaker #1
De toute façon, l'art, ça a toujours été un refuge pour moi.
- Speaker #0
Tu as fait des études.
- Speaker #1
Tu n'as pas dit dans ta présentation que tu as fait des études sur les arts. Ça a toujours été un moyen pour moi de m'exprimer. Je suis assez sensible. et discrète et l'art c'est vraiment un moyen pour moi quand j'ai pas les mots c'est plus facile pour moi de dessiner ou de peindre en fait.
- Speaker #0
D'extérioriser certaines choses et j'ai l'impression là vraiment que depuis ce que tu as traversé que c'est revenu complètement.
- Speaker #1
Complètement, exactement. Je me suis beaucoup dessinée, je dessine mon sein, je dessine mes cicatrices. ça m'aide à l'intégrer en fait. Ça me libère et en même temps, ça m'aide à intégrer cette image de moi en fait. Les traits, les couleurs, la matière, je fais beaucoup de collages, tu vois, ça représente vraiment ce que j'ai vécu et ce que je ressens. Puis je trouve aussi que c'est un bon moyen de partager aussi. parce que tu les gardes pas pour toi après je les partage sur les réseaux sociaux je les montre quand on vient me voir c'est pas quelque chose qui est caché dans un coin de ma maison et j'aime les partager je trouve que ça aide aussi à connaître ce que j'ai vécu à peut-être aussi le comprendre et puis je me dis que ça peut peut-être aider aussi d'autres femmes tu vois de... Peut-être qu'elles peuvent s'y retrouver aussi. Mais c'est vraiment un moyen pour moi de retrouver une liberté et puis une douceur. C'est un exutoire et puis en même temps, c'est un apaisement en fait. C'est ramener du beau sur quelque chose qui est difficile. Exactement, c'est ça.
- Speaker #0
C'est important aussi. Quand on vit ce que tu as vécu, l'entourage ne sait pas toujours comment réagir, quoi dire, quoi faire. Quel conseil tu pourrais donner à ceux qui accompagnent une personne malade ? Et qu'est-ce qui t'a vraiment aidé, toi ?
- Speaker #1
Alors, c'est vrai que l'entourage, il ne sait pas comment faire. Pas forcément. Non, mais c'est normal. C'est normal parce qu'il y a la peur de mal faire, de dire quelque chose qui ne convient pas. De ne pas faire assez aussi. De ne pas faire assez. C'est compliqué, en fait, pour les gens qui t'entourent. Et moi, ce qui m'a aidée, je crois que ce qui m'a aidée, c'est qu'ils restent eux-mêmes, en fait. Tu vois, que les gens restent comme ils étaient. Une présence simple, sincère, quoi. Moi, j'ai vraiment eu la chance d'être bien entourée. Mes enfants, mes sœurs, mon papa, mon mari, mes amis. Vraiment, j'étais très bien entourée. Et ils ont su respecter mes silences. comprendre que parfois je n'avais pas envie de les voir en fait je voulais voir personne je voulais pas qu'on boit dans cet état de tu vois de comme mettez la chimiothérapie et je voulais pas qu'ils aient cette image de moi et puis en même temps c'était une façon aussi de les protéger je pense tu vois tu
- Speaker #0
voulais pas qu'ils aient cette image là quoi non toujours dans cette normalité de garder l'image de la mylène
- Speaker #1
T'es tellement mal, t'es tellement épuisée que t'es pas présente en fait. Donc je voulais pas ça, je voulais pas le partager. Mais après il y a une visite courte, des messages, tout ça c'est fait, des petites attentions. On n'attend pas des conseils ou des solutions. Tu veux l'écouter. Wow !
- Speaker #0
Et puis respecter l'espace dont tu as besoin. Exactement. Mais oui, pas trop en faire. Non,
- Speaker #1
ce n'est pas la peine. Il faut rester soi-même, en fait. Et puis oser. Parce que je pense que ça fait peur aussi d'aller voir quelqu'un qui est malade. Ça fait peur. Puis ça peut avoir une résonance aussi, tu vois, sur ta personne.
- Speaker #0
Selon aussi ce que tu as vécu.
- Speaker #1
Il faut oser. Moi j'ai eu beaucoup d'amour, j'ai eu des moments très précieux avec mes enfants, avec mes amis. Tu vois j'ai une amie qui est couturière, c'est elle qui m'a confectionné tous mes bonnets quand j'ai perdu mes cheveux, donc on a pris le temps de choisir les tissus, les motifs, pour que je sois quand même la plus canon quand je voulais sortir de chez moi. Donc ça c'est des moments qui sont ancrés en moi, tu vois, les personnes qui... qui avait des choses, tu vois, elle est couturière, donc elle s'est dit, moi pour t'aider, je vais faire ça, j'ai besoin de faire quelque chose pour moi, alors est-ce que tu m'autorises à faire tes bonnets ? Tu vois, il y a des moments très beaux en fait, c'est un parcours difficile, et en même temps il y a vraiment des moments très beaux et qui ancrent des liens, il y a des liens présents et qui sont ancrés par ces moments-là. Donc oui. L'entourage... Restez vous-même. Oui, c'est ça. Et puis, voilà. Après, c'est pas toujours facile, quoi. Tu vois, par exemple, pour mon mari, je sais que ça a été difficile aussi. Il a dû composer avec ses peurs, son travail, les enfants. Et avec mon état qui était parfois... Tu vois, il me faisait vraiment toucher le fond, quoi. Dans la maladie, il peut être difficile de se rendre compte ce que vivent ou comment ton entourage le vit, en fait. Donc lui aussi, il a fait ce qu'il a pu avec sa manière à lui de réagir.
- Speaker #0
Chacun gère un peu sa souffrance. C'est difficile d'aider les autres quand toi déjà tu fais de gérer.
- Speaker #1
C'est un bouleversement pour les autres. Et là, ça a été un bouleversement pour nous deux en fait.
- Speaker #0
C'était difficile d'être là l'un pour l'autre. Oui,
- Speaker #1
oui. Aujourd'hui, on est séparés. Et le cancer, ce n'est pas la raison première de notre séparation. Notre relation était déjà fragile. Hum. Cette épreuve, elle n'a pas aidé, tu vois. Ça a été une période vraiment très difficile des deux côtés. Je crois que c'est des épreuves où ça s'aile, où ça sépare. Voilà, donc chacun à son rythme. On l'a vécu avec notre propre peur, notre propre personnalité. Et ça nous a un peu échappé. Mais voilà, on a traversé quelque chose de dur ensemble et on a fait chacun de son mieux, tu vois.
- Speaker #0
Bien sûr.
- Speaker #1
Toi, la maladie, ça bouleverse tout, en fait. Ça bouleverse les corps, les émotions, les repères et les relations.
- Speaker #0
Est-ce qu'il y a eu un déclic un jour, une rencontre, un moment peut-être un peu charnière où tu as senti que tu te réappropriais vraiment ton corps ? que tu te réconciliais avec lui ?
- Speaker #1
Je crois que c'est le tatouage. On en revient à ça, en fait. C'est vraiment le déclic. C'est ce qui est venu embellir.
- Speaker #0
Encore cette notion de remettre quelque chose de beau sur un œuvre. Oui,
- Speaker #1
en fait. C'était vraiment ça. C'est vraiment ça le déclic. En plus, tu vois, le dessin, tout ça, il y a quelque chose d'artistique. C'est tout un ensemble, en fait, pour moi et que ça vienne poser sur mon corps.
- Speaker #0
En plus, ça se mariait avec tes tatouages des lèvres qu'il y avait avant. Ça se mariait avec les papillons.
- Speaker #1
Et puis avec mon sein, en fait, ça a fait des très belles courbes sur ce sein. Ça a épousé vraiment les corps. Donc c'est vraiment ça le déclic.
- Speaker #0
C'est là où justement le regard, le reflet dans le miroir, il a changé. Et que là, il s'est devenu plus agréable pour toi.
- Speaker #1
Complètement.
- Speaker #0
Est-ce que tu dirais qu'il y a un avant et un après dans ta façon de voir la vie, de la vivre, de l'apprécier ?
- Speaker #1
Ah bah oui.
- Speaker #0
il y a un avant et puis il y a un après aujourd'hui tu dirais que tu croques la vie à pleines dents t'as pris conscience de certaines choses de la fragilité peut-être même si on le sait tous alors
- Speaker #1
je te dirais j'avais pas besoin forcément de cette leçon pour savoir avec que ça traite aussi mais bon bah je l'ai vécu En fait, moi, cet après, ça m'a rendue impatiente. Tu vois, je veux vivre les choses parfois de façon assez intense, pressée. C'est comme si je n'avais pas le temps. C'est assez particulier. Et puis, ce n'est pas toujours facile à gérer pour mon entourage. Mais voilà, je voudrais vivre les choses de façon instantée. Voilà. Mes amies me disent que je passe en mode cocotte minute. Ce n'est pas toujours évident, même pour moi, à gérer.
- Speaker #0
Ça génère de la frustration.
- Speaker #1
C'est ça, donc il faut que j'arrive à doser. Ce n'est pas toujours évident. Ce qui m'est arrivé, je ne l'ai pas choisi. Ça m'a amenée à me poser la question, qu'est-ce que j'en fais ? Et de là... De me dire que je décide d'être heureuse. Tu as une revanche à prendre,
- Speaker #0
tu as l'impression que c'est ça ?
- Speaker #1
Je ne sais pas si c'est une revanche, mais c'est le fait de me dire que je ne sais pas en fait. On te dit qu'on te soigne, on ne te dit pas que tu guéris. Je ne veux pas vivre avec l'épée d'amoclès sur la tête, mais j'ai encore un traitement hormonal à prendre pendant plusieurs années. Je vois mon oncologue tous les six mois. J'ai un suivi, donc ça fait partie de ma vie. Et je ne sais pas, en fait, ce qui peut... Tu vois, je souhaite réellement que... Ne plus vivre ça. Mais...
- Speaker #0
On n'est sûre de rien.
- Speaker #1
Mais j'ai envie de vivre, quoi. J'ai envie de vivre à fond. Et puis de faire... En sorte d'être un maximum heureuse, d'être en accord avec moi-même pour être heureuse.
- Speaker #0
Cultiver un peu l'insouciance aussi.
- Speaker #1
Aussi, ouais, ouais, ouais. Relativiser les choses et vivre un peu plus dans l'insouciance,
- Speaker #0
Qu'est-ce que cette épreuve t'a appris sur toi et sur les autres ?
- Speaker #1
Ce que ça m'a appris, ça m'a appris qu'on peut se découvrir quand même une force et un courage. qu'on ne se connaît pas, en fait. Ça m'a appris qu'on peut se découvrir autrement. Et justement, tu vois, on parlait d'être heureuse, qu'on peut décider de beaucoup pour se rendre heureuse, en fait. Ça m'a appris ça, quoi. Et sur les autres, c'est une épreuve difficile pour tout le monde, mais qui renforce les liens, tu vois. La famille, les amis, ce soutien, ces gestes d'amour que j'ai reçus. ça m'a aidé et il ya eu des moments très très fort et très sincère je me suis rempli d'amour et ça je trouve que ça soigne en fait ce l'amour ça soigne donc donc ouais puis les autres il ya eu l'écouté aussi la disponibilité tu vois par exemple rien qu'avec les soignants quoi j'ai fait des rencontres dans mon parcours qui m'ont marqué pour toujours quoi je alors j'ai Il y a ma thérapeute, parce que j'ai quand même un suivi, donc le divine qui m'a suivi tout le long de mes traitements et qui me suit encore. C'est une personne très importante dans ma vie et dans mon parcours. Il y a eu la chirurgienne, il y a eu une infirmière aussi que j'ai retrouvée à chaque opération. Tu vois, c'est fou parce qu'elle était de service à chaque fois que j'ai été hospitalisée. C'est ton ange gaillard. C'est exactement ça. Et puis sans me connaître, elle a toujours trouvé les mots pour me rassurer. Il y a des gens, des personnes comme ça dans mon histoire, et encore aujourd'hui. Je viens de rencontrer une ostéopathe qui soigne les cicatrices. Elle a un intérêt passionnant pour les cicatrices. Elle vient m'apaiser complètement sur mon idée des cicatrices. En quelques minutes de consultation, elle me renverse avec son interprétation. en me disant que ce n'est pas seulement les tissus de la peau, c'est tout ce que ça raconte. Dans cette épreuve, il y a vraiment des rencontres exceptionnelles qui t'apprennent beaucoup de choses sur toi et sur l'humain.
- Speaker #0
Est-ce qu'il y aurait un livre, un film, une chanson ou une œuvre qui t'aurait aidé ou accompagné ?
- Speaker #1
Alors, il y a un livre qui m'a accompagnée qui s'appelle « Aux Amazones » de Prune Nourry. Alors, Prune Nourry, c'est une artiste, c'est une artiste plasticienne. Son travail, c'est la sculpture, les installations, la photographie. Et elle a vécu un cancer du sein à 30 ans, en fait. Et donc, dans son livre, il y a des échanges avec les spécialistes, les médecins, pour comprendre, pour essayer de... de comprendre et d'expliquer tout ce parcours de protocole. Et puis en même temps, elle le partage de façon artistique. Donc ça, ça m'a beaucoup parlé. Et elle donne aussi des astuces, elle, ce qui l'a aidée. Il y a vraiment un partage sur son parcours, son expérience, d'un côté artistique, puis d'un côté vraiment simple. plus pratique dans ce qu'elle a vécu. Vraiment, elle parle de ses émotions aussi, de sa colère, de son déni, de sa tristesse. Tu vois qu'il y a une lente remontée à la surface pour retrouver une vie normale. Il y a vraiment des choses qui ont fait écho en moi. C'est une artiste qui est très, très intéressante. Elle a travaillé avec Angelina Jolie. C'est elle qui a fait la préface de son livre. Elle a fait une série de vidéos sur la maladie. Elle a travaillé aussi sur l'handicap. Elle a sculpté des bustes, les yeux fermés, pour faire référence aux malvoyants. C'est vraiment quelqu'un, c'est une artiste intéressante et dans laquellle je me suis reconnue aussi dans son parcours. Donc ça, c'est un livre vraiment que je peux conseiller. Et puis il y a une chanson. Il y a une chanson que je me suis appropriée, en fait, parce qu'au départ, ça ne parle pas de cancer et de maladie. C'est la chanson La Grenade de Clara Luciani. Parce qu'elle en parle, elle l'a écrite pour faire face aux remarques sexistes. Tu vois, c'est plus dans ce thème-là par rapport aux femmes.
- Speaker #0
Mais ça a fait écho chez toi. Et moi,
- Speaker #1
je l'ai prise, tu vois, sous mon sein, La Grenade. Elle parle de la force, de la puissance que l'on ignore parfois avoir. C'est comme un rappel, cette chanson. Et moi, je l'ai pris comme des paroles qui s'adressent au cancer. Et même la grenade, dans la mythologie grecque, elle symbolise la fertilité, la beauté, la vie éternelle. Elle est associée aux déesses Athéna, Aphrodite, donc tu vois, quand même des déesses. Le sein, c'est le symbole de la féminité, de la fécondité, donc il y a plein derrière tout ça.
- Speaker #0
La beauté de l'art, justement, la subjectivité, le fait que chacune et chacun puisse interpréter les choses à sa manière, selon son vécu, sa sensibilité.
- Speaker #1
C'est un vrai travail.
- Speaker #0
d'accord
- Speaker #1
Et voilà, cette artiste, j'ai beaucoup aimé son texte, tu vois, quand elle dit ce sein, il y a une rage de vivre,
- Speaker #0
t'as jamais vu une femme qui te bat,
- Speaker #1
prends garde, je suis vivante sous ma poitrine, une rage sommeil, tu vois, moi ça, c'était vraiment, c'est des phrases vraiment accompagnées. J'ai beaucoup aimé l'écouter, j'aime toujours l'écouter, quoi, et la chanter.
- Speaker #0
Merci pour tous ces partages. Les fêlures, les cicatrices, les corps différents, meurtris qui racontent une histoire, quelle place ils ont vraiment dans notre société pour toi ?
- Speaker #1
Moi, je trouve qu'ils ont une place discrète. C'est comme l'handicap. Ça touche bien plus de gens qu'on pense. Et puis, en fait, c'est un peu à part. Parce qu'il y a beaucoup de personnes qui vivent avec des cicatrices, des corps transformés par les accidents, par la maladie. Après, moi, j'ai toujours voulu avoir des références. Parce qu'il y a certains artistes qui l'ont exploré. Je pense à Frida Kahlo. qui par ses peintures, elle expose sa douleur, son corps blessé, transformé. Il y a des...
- Speaker #0
Belles références.
- Speaker #1
Ouais, ou tu vois, il y a Jean-Paul Gaultier aussi, qui a été un des premiers stylistes à proposer des défilés avec des motels qui sortaient un peu des standards de la mode, de la représentation qu'on pouvait avoir de la beauté. Puis il y a aussi, je pense aussi, Théo Curin, qui a amputé des quatre membres très jeunes à cause de sa maladie. qui nous prouve qu'on peut être un pro de la natation, qu'il est chroniqueur, qu'il est mannequin. Donc voilà, quand on s'y intéresse, on trouve en fait. Mais il faut s'y intéresser, il faut peut-être s'y être touté, parce que ça reste quand même discret dans notre société. Il y a une norme quand même à l'esthétique. On valorise quand même souvent l'effacement des traces, la jeunesse éternelle. On nous balance quand même des photos où on nous fait remarquer que Sophie Marceau et Monica Bellucci sont étonnantes parce qu'elles ont choisi de vieillir naturellement. Elles laissent passer le temps, elles nous montrent leur ride. C'est la vie. Ça peut aider à élargir notre regard sur la beauté. Il y a la mémoire du corps, il y a l'histoire qu'il raconte notre corps. Bon, il faut s'y intéresser. Donc, tu vois, comme ça... C'est pas lisse, quoi. Bah ouais, ouais. Donc, c'est bien, toi, avec tes podcasts. Tu vois, il y a des choses qui... Ça me fait un cœur de parler de toi. Ah ouais,
- Speaker #0
Je sais qu'il y a des choses qui bougent quand même. Ça va pas assez vite.
- Speaker #1
Ça va pas assez vite, ouais.
- Speaker #0
Et on a envie de faire bouger tout ça. Et de ne plus cacher tous ces corps qui ont leur place.
- Speaker #1
Exactement, de le partager, de le faire découvrir. Ouais, ouais.
- Speaker #0
Qu'est-ce que tu aurais envie de dire aujourd'hui aux femmes qui nous écoutent et qui vivent en ce moment ce que toi tu as vécu ?
- Speaker #1
Alors c'est délicat, je vais vraiment faire preuve de délicatesse parce que...
- Speaker #0
Tu te rappelles des moments...
- Speaker #1
Ouais, et puis moi j'aimais pas trop qu'on me dise quelque chose, tu vois. Pendant les traitements, j'étais pas très ouverte, tu vois, aux échanges, je sais pas. C'était ma réaction du moment. Je veux vraiment faire preuve de délicatesse parce que tu es dans ton combat. Ça reste très personnel. Même si tu es très bien entouré, c'est toi qui te bagarres. C'est vraiment très personnel. Les parcours sont très différents. Les opérations sont différentes, les traitements sont différents. On le vit toutes vraiment à notre façon, avec notre personnalité, avec notre tempérament. Mais peut-être leur dire... qu'il y a un après, et leur dire ce qui m'aide aujourd'hui, en fait. Et ce qui m'aide aujourd'hui, c'est de m'autoriser.
- Speaker #0
Je crois qu'il faut s'autoriser.
- Speaker #1
Il faut s'autoriser à aller bien, et puis il faut aussi s'autoriser à aller mal. Parce que il y a une renaissance, il y a la vie, mais il y a aussi la brutalité, tu vois, l'encaissement de ce qu'on a vécu, et il faut se l'avouer, ça reste pas facile, en fait, même après. Donc, il faut s'autoriser à aller bien. Tu vois, moi, il y a des jours où tout va bien. Mon reflet dans le miroir me plaît. Je reconnais mon histoire. C'est OK. Et puis, il y a des jours où ça va beaucoup moins bien. Il y a des jours où je n'y arrive pas. Où mon regard dans le miroir, ce n'est pas possible. Où je voudrais que ça ne me soit jamais arrivé. Il y a cette injustice qui prend le dessus, tu vois. Donc... Je crois qu'il faut s'autoriser ça.
- Speaker #0
Accueillir ses émotions. Exactement. Ne pas les refouler.
- Speaker #1
Ne pas nier ce qu'on a vécu. On peut être reconnaissante d'aller bien, d'être en vie, mais aussi avoir de la peine face à ce qui nous est arrivé.
- Speaker #0
On a le droit.
- Speaker #1
Oui.
- Speaker #0
Tu nous le disais, et c'est une évidence, tu es ressortie de cette épreuve transformée. Qu'est-ce que tu aimerais que tes enfants comprennent ou retiennent de ce que tu as traversé ? Aujourd'hui, si tu pouvais leur adresser quelques mots.
- Speaker #1
Ce que je voudrais que mes enfants retiennent, c'est que leur amour et leurs gestes, et même leur insouciance, en fait, elle m'a aidée. Elle m'a beaucoup aidée. Je le disais que l'amour, ça soigne et c'est vrai en fait. Ça t'aide à traverser les épreuves. C'est vraiment comme une pommade en fait. Je ne sais pas comment trop dire.
- Speaker #0
Le baume au cœur. Oui,
- Speaker #1
c'est ça. C'est le baume au cœur. Je cherche l'expression. Et je crois qu'ils savent par cette expérience que la vie peut te balancer vraiment des moments très durs. Et que mon parcours, ça soit comme un exemple, en fait, pour eux, un exemple d'une force. On a une force en nous, et qu'ensemble, on a réussi à l'affronter. Donc, quel que soit ce qui leur arrive dans la vie, ben, wow !
- Speaker #0
En fait, ils ont la force, quoi. Ils ont les ressources en eux. Il ne faut pas qu'ils doutent aussi de ça. On a tous ça en nous.
- Speaker #1
Voilà, que ça aide à surmonter des épreuves. En fait, il faut s'entourer d'amour et puis croire en soi et que ça aide. Ça aide à avancer. Je suis très fière d'eux, en fait. Je suis très fière d'eux.
- Speaker #0
Je pense qu'ils le sont aussi, très fiers de leur maman. Comment tu envisages l'avenir, toi, aujourd'hui ? Qu'est-ce qui te porte ? Quel est ton moteur ?
- Speaker #1
Alors, j'essaye de l'envisager sereinement et confiante. J'essaye un maximum. Parce que, je te l'ai dit, ma vie, elle reste rythmée quand même par une surveillance, un traitement. Donc, voilà, j'ai été terrifiée par ce qui m'est arrivé. J'ai eu peur, quoi. J'ai eu peur de mourir, en fait. J'ai eu peur aussi de ne pas avoir la force d'aller jusqu'au bout. Et puis, forcément, l'avenir, je ne le regarde plus tout à fait de la même façon, quoi. Je crois que je vis quand même beaucoup au moment présent. Toujours le voie.
- Speaker #0
Et tu fais des projets ? Je fais des projets,
- Speaker #1
évidemment. Évidemment, je fais des projets. Mais je suis plus quand même dans l'instant présent. Et puis le moteur, c'est les personnes. C'est les personnes qui m'entourent. Mes enfants, ma famille, mon papa, ma soeur, mes amis. Voilà, c'est ce qui fait. C'est les gens qui t'entourent et puis c'est les rencontres. Parce que c'est marrant quand tu vis ce genre d'histoire, il y a plein de rencontres qui viennent à toi.
- Speaker #0
Des confections qui se font, mais rien n'arrive vraiment par hasard. Oui, c'est ça, exactement.
- Speaker #1
On est tout à fait d'accord là-dessus. Et ça, c'est super chouette, c'est assez exceptionnel. Voilà, c'est...
- Speaker #0
Vivre le jour le jour, mais accepter de se laisser surprendre par la vie. Exactement. Et par tous les petits cadeaux qu'elle nous offre.
- Speaker #1
Voilà, exactement. Et puis de choisir. De choisir la vie que tu as envie de te faire. Et d'être la femme que j'ai envie d'être. C'est ça.
- Speaker #0
Surtout ce que... sur tout ce que tu as la main en fait parce que comme tu disais il y a plein de choses que tu n'as pas choisies exactement,
- Speaker #1
que tu contrôles pas te recentrer sur tout ce dont tu as le pouvoir et ça c'est très bon c'est très puissant de se dire que j'ai le pouvoir de décider de certaines choses d'être heureuse, je suis actrice de ma vie et ça c'est bon de se le dire et de pouvoir le faire
- Speaker #0
Bon Mylène, on arrive à la fin de notre échange. Et donc au moment de la question signature du podcast, avec ton parcours, ton expérience, les rencontres qui ont rythmé ta vie jusqu'à présent, quel message tu aimerais transmettre à la femme que tu étais au moment où tu as découvert ton nouveau corps ?
- Speaker #1
Alors, j'ai envie de me dire que je vais finir par me plaire. Tu vois, ça va finir par se faire que je vais me plaire. Oui, j'ai envie de dire que j'ai le droit de pleurer, que j'ai le droit d'en vouloir à la terre entière. J'ai envie de me dire que chercher à retrouver mon corps d'avant, ce n'est pas la solution, en fait. Ce n'est pas un problème à résoudre. Et qu'avec le temps, de la patience et de la douceur, on arrive à se regarder autrement et puis à s'aimer. Et que ces cicatrices, là, c'est moi. C'est ma preuve de survie et je vais finir par le comprendre. Merci.
- Speaker #0
Et pour finir, quel titre tu aimerais donner à ton épisode ?
- Speaker #1
Alors, tu ne vas pas être très surprise. Moi, j'ai choisi « Les cicatrices sont l'art de notre vécu » . Tu vois, que forcément, il fallait que je l'y glisse un petit peu. peu le mot art. Mais ouais, parce que c'est mon histoire, c'est ma différence, qu'avec le temps j'apprends à les aimer et puis que l'art ça m'aide. Donc voilà, j'ai choisi ce titre-là.
- Speaker #0
Magnifique titre. Merci. Merci beaucoup Mylène pour ta confiance, pour ta sincérité, pour tout ce que tu as accepté de partager aujourd'hui avec nous. Moi je suis fière de toi.
- Speaker #1
Ah merci.
- Speaker #0
Et j'espère sincèrement que ton témoignage fera du bien à toutes celles qui en ont besoin. J'espère aussi, ouais.
- Speaker #1
et qu'il aidera aussi tous ceux qui les accompagnent je te remercie beaucoup aussi Audrey, merci pour cet échange il est précieux pour moi il vient quelques mois après ma dernière opération et c'est une belle façon pour moi de conclure l'histoire en fait je suis très heureuse que ça se fasse avec toi en plus il va sortir en avril en avril ouais c'est un moment important
- Speaker #0
Oui,
- Speaker #1
il va sortir en avril. Je vais l'avouer, je vais avoir 50 ans fin avril et puis le podcast, il va sortir à ce moment-là. C'est vraiment un très beau cadeau. C'est un cadeau que je voulais vraiment... Merci beaucoup parce que ça n'a pas été un exercice facile à faire. Tu vois, ça a ramené beaucoup de souvenirs. Ça m'a amenée à me poser des questions que je ne m'étais pas posées, que je ne voulais pas forcément me poser. Mais en même temps, je suis très contente de ce partage. C'est très doux de le faire avec toi. Et voilà, je suis très contente de conclure cette histoire avec toi. Merci beaucoup Audrey. Merci à toi.
- Speaker #0
À très vite.
- Speaker #1
À très vite.
- Speaker #0
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