- Speaker #0
Différences. Moi c'est Camille, j'ai 31 ans, deux petites filles qui ont 8 et puis 3 ans. J'ai une mégalodactylie éléphantiasis au pied droit. Quand on parle de mégalodactylie en latin, vulgairement ça veut dire méga gros orteil. Et éléphantiasis, c'est difforme. Peu importe les choix qu'ils feront pour leur enfant, eux ils feront toujours les meilleurs choix. Et s'ils ont peur que leur enfant ne s'accepte pas, c'est à eux de l'accepter avant tout. Mes parents m'ont très bien accepté et du coup j'ai très bien accepté aussi mon handicap. Faut avancer, faut croquer la vie à pleines dents. Parce que la vie a beaucoup, même si on est différent, en soi on n'est pas si différent que ça. Si on regarde le monde, tout le monde, on est tous différents. Le seul truc qu'on a c'est que nous on a un truc en plus. On a un truc qui est plus visible, on a un truc qui est plus visible que les autres, mais en soi, si on l'accepte, le monde l'acceptera.
- Speaker #1
Hello, bienvenue sur le podcast Différences. Moi, c'est Audrey, rédactrice et maman de deux enfants. Ce sont eux avec leurs petites bizarres qui m'ont inspirée ce podcast. Un podcast que j'ai voulu dédier à la beauté de la différence et à toutes celles et ceux qui portent une singularité. À chaque épisode, je vous emmènerai à la rencontre d'un ou d'une nouvelle invitée pour une conversation authentique et sincère. Nous parlerons différence bien sûr, mais aussi représentation, construction de soi, acceptation et inclusion. Avant de vous laisser avec l'épisode du jour, je vous invite à penser à ce qui fait de vous une personne différente, et surtout unique, pour que l'on cultive ensemble toute la diversité qui dessine notre monde. Bonne écoute ! Hello Camille ! Bonjour ! Bienvenue sur le podcast Différences ! Merci ! Comment tu vas ? Si tu devais mettre un mot sur ton humeur du jour, ce serait lequel ?
- Speaker #0
Très bien, joyeuse, contente. Non, très bien.
- Speaker #1
Moi, je me sens particulièrement chanceuse de venir te tendre mon micro aujourd'hui pour ce nouvel épisode. Je suis tombée sur ton compte Insta totalement par hasard, et j'ai tout de suite eu envie de t'envoyer un message. parce que ton histoire, elle m'a renvoyée un peu à la mienne et à la maman que je suis. Et aussi parce que cette rencontre, elle arrive à quelques jours d'une étape vraiment très importante pour toi. Mais avant que tu nous racontes tout ça, j'aimerais te proposer de te présenter à ta façon, à toi, avec tes mots.
- Speaker #0
Il n'y a pas de souci. Moi, c'est Camille. J'ai 31 ans, deux petites filles qui ont 8 et puis 3 ans. Et puis, voilà, j'ai une mégalodacty, éléphantiasis au pied droit depuis que je suis née.
- Speaker #1
D'accord, donc ça c'est ta différence.
- Speaker #0
C'est ça.
- Speaker #1
La mégalodactylie.
- Speaker #0
Oui.
- Speaker #1
Est-ce que tu peux nous expliquer, pareil avec tes mots ?
- Speaker #0
Eh bien clairement, c'est un gros pied. C'est-à-dire qu'en fait tout est développé. C'est-à-dire que les os sont surdéveloppés, la graisse est surdéveloppée, la chair aussi peut être surdéveloppée. En fait ça fait ni plus ni moins qu'une grosse patate. Comme on pourrait dire, c'est gros. C'est un gros pied. Un peu comme dans Brails of Nice.
- Speaker #1
Ouais, c'est ça.
- Speaker #0
Mais avec plus d'orteils.
- Speaker #1
Plus d'orteils, ouais. Parce que du coup, tu as combien d'orteils à ce pied ?
- Speaker #0
Alors, de base, j'en avais cinq.
- Speaker #1
D'accord.
- Speaker #0
Donc, j'en ai deux rikiki qui sont, eux, bien portants. Et j'en avais trois qui étaient du coup surdéveloppés. On m'en a enlevé un, j'avais six mois.
- Speaker #1
Ok. Est-ce que tu pourrais expliquer à celles et ceux qui nous écoutent où nous sommes aujourd'hui et pourquoi tu as choisi cet endroit pour nous parler de ta différence ?
- Speaker #0
Alors là, on est dans ma cuisine. Alors tout simplement, parce que c'est un endroit où je suis très souvent... Pour boire le café avec les amis ou ma famille. Et puis, je suis une féru de pâtisserie. J'ai toujours aimé ça. C'est le cœur de la maison pour moi.
- Speaker #1
Est-ce que tu peux me dire ce que le mot différence évoque pour toi ?
- Speaker #0
La différence, c'est une force pour moi. Parce que clairement, si je ne l'avais pas, je pense que mon caractère ne serait pas comme ça à l'heure actuelle. Après, c'est... Je n'irai pas jusqu'à dire une chance parce qu'il y a certaines fois où on aimerait se passer de certaines choses qu'on vit. Mais ça reste quand même un truc pour moi. C'est mon petit truc à moi, comme on dit. Oui, c'est ça.
- Speaker #1
C'est ce qui te rend unique.
- Speaker #0
C'est ce qui me rend unique, c'est ça.
- Speaker #1
D'autant que, comme tu disais tout à l'heure, il y a vraiment très, très peu de cas recensés en France et même à travers le monde.
- Speaker #0
Très, très peu, oui.
- Speaker #1
Un cas en France que tu connais, que tu identifies aujourd'hui.
- Speaker #0
Oui. C'est Brice qui... Brice, ouais,
- Speaker #1
qu'on retrouve aussi sur Insta. Alors, son compte, c'est unijanbrice.
- Speaker #0
C'est ça.
- Speaker #1
Je mettrai ton compte à toi et puis le sien dans les notes de l'épisode.
- Speaker #0
Y'a pas de soucis.
- Speaker #1
Donc oui, tu as différence, tu nous en as parlé, la megalodactylie avec éléphantiasis. C'est ça. Donc Brice, c'est pareil, c'est avec éléphantiasis aussi.
- Speaker #0
C'est pareil aussi, ouais.
- Speaker #1
Et éléphantiasis, ça définit quoi ?
- Speaker #0
C'est juste le fait que ça soit gros en fait.
- Speaker #1
D'accord.
- Speaker #0
Quand on parle de megalodactylie, en latin, vulgairement, ça veut dire méga gros orteil.
- Speaker #1
D'accord.
- Speaker #0
C'est éléphantiasis, c'est difforme.
- Speaker #1
C'est forcément associé l'un et l'autre ?
- Speaker #0
Généralement, ouais.
- Speaker #1
Ouais, d'accord.
- Speaker #0
Moi, on m'a toujours dit, donc oui.
- Speaker #1
D'accord. Donc ton histoire, c'est aussi celle de Gisèle.
- Speaker #0
C'est ça ! Gisèle Lepierre ! Gisèle Lepierre !
- Speaker #1
Qui se confie à travers des textes très personnels et même très émouvants sur ton compte Instagram, presque comme un journal intime.
- Speaker #0
C'est ça !
- Speaker #1
Comment t'es venue cette idée ?
- Speaker #0
Alors, en vrai, on était sur la terrasse l'été dernier avec des amis, et on était en train de rigoler sur le fait qu'on pourrait faire un compte Instagram avec mon pied, et on a commencé à... à s'imaginer de mettre mon pied dans des situations à la plage, avec une bouteille de vin et tout ça. Et on l'a... Pourquoi Gisèle ? Alors, clairement, il ne faut pas me poser de questions, parce que je ne sais même plus pourquoi. Comme on s'est dit... Ah ouais, non, mais le prénom Gisèle, je pense que c'est le fait que ça nous faisait plus rire, en fait. C'est un vieux prénom qui nous faisait rire. Et du coup, c'est parti comme ça. Et en fait, c'est l'été où on est partis en vacances, où je leur ai envoyé une photo de mon pied où j'étais à la plage. Et j'ai dit Gisèle à la plage.
- Speaker #1
Et puis c'est parti.
- Speaker #0
et puis ça y est c'était parti donc feuille d'une plaisanterie finalement ça a vraiment donné quelque chose une plaisanterie a créé en fait ce compte et en fin de compte ça me permet de vraiment me lâcher différemment il y a des choses que j'oserais pas aborder moi Camille où je suis pas quelqu'un qui a une tendance à être dans de te livrer facilement j'ai tendance à garder tout pour moi.
- Speaker #1
Les douleurs,
- Speaker #0
je les ai souvent gardées pour moi. Et du coup, le fait de parler et de me faire parler Gisèle, ça permet de se libérer aussi. Et de faire connaître aussi le handicap. Parce que mine de rien, si on peut retrouver encore une fois quelqu'un grâce à ça, pourquoi pas ? Si ça peut aider les parents. Moi, c'est surtout le fait de me dire que mes parents, ils ont vécu tout seuls. Et je me dis que s'il y a des parents qui tombent un jour sur ce compte et qui savent que moi, je l'ai vécu, la Megelodactylie, je vais bien.
- Speaker #1
Oui, c'est ça. Je suis heureuse. Parce que là, même si les textes sont émouvants, il y a quand même beaucoup d'humour aussi. Donc, tu apportes un peu de légèreté à tout ça parce qu'on en a besoin aussi.
- Speaker #0
Toujours.
- Speaker #1
La différence, elle n'est pas que grave,
- Speaker #0
que difficile. Des fois, ça fait du bien aussi de vivre avec humour. Alors, c'est grave sur certaines choses. c'est c'est C'est émouvant de parler de certaines choses, mais il faut aussi avoir un peu d'humour et de dérision sur notre handicap, en fait, sur notre différence. Ce n'est pas ça qui va me freiner, du moins moi.
- Speaker #1
Tu as raison. Comme tu le sais, en ce podcast, il est dédié à toutes celles et ceux qui vivent avec une singularité, aux enfants, aux ados, aux adultes, aux parents et aux futurs parents qui l'ont accueilli ou qui s'apprêtent peut-être à accueillir un enfant. qui ne ressemblent peut-être pas tout à fait à ce qu'ils avaient imaginé au départ. Est-ce que tu sais, toi, comment s'est déroulée la grossesse de ta maman ? Et à quel moment tes parents, ils ont appris que tu étais un petit peu différente ?
- Speaker #0
Alors, la grossesse de ma maman, je suis la première. Donc,
- Speaker #1
tu as un autre frère ?
- Speaker #0
J'ai un petit frère et une petite sœur.
- Speaker #1
Un petit frère et une petite sœur,
- Speaker #0
ok. De base, c'est une petite sœur et un petit frère derrière. Et en fait, ça a été la meilleure de ces grossesses. Elle le dit, c'était l'avenir de ses grossesses, mais dans le sens où elle l'a très bien vécu parce qu'ils l'ont su à la naissance. En fait, elle a eu une césarienne, ils m'ont sortie et ils ne m'ont pas vue tout de suite.
- Speaker #1
Ils n'ont rien vu du tout, rien suspecté du tout pendant la grossesse ?
- Speaker #0
Non, et puis en fait, j'avais regardé une échographie chez mes parents et mon pied gauche, c'est comme s'ils masquaient mon pied droit. En fait, c'est comme s'ils s'emboîtaient et qu'on ne voyait pas.
- Speaker #1
Ça aurait pu être une pose des pieds croisés. Oui, c'est ça.
- Speaker #0
Ils n'ont clairement jamais vu. Et en fait, quand ils m'ont sortie, ils ne m'ont pas montré à mes parents. Par contre, ils sont venus voir mes parents en disant, ben voilà, votre fille a un problème. Quand on dit ça, on fait, waouh, qu'est-ce qu'elle a comme problème ?
- Speaker #1
Le bonheur de la naissance, ça se transforme un peu en cause par quoi ?
- Speaker #0
Je m'imagine à la place de ma mère, je me dis, mais c'est adjetant.
- Speaker #1
La brutalité du moment.
- Speaker #0
Après, comme je t'ai dit, on en a parlé un peu toutes les deux. Elle m'a dit qu'ils ont été scotchés. D'accord, donc elle a ça. Mais en fait, le médecin leur disait que ce n'était pas forcément grave. Et ils ont été super bien suivis, en fait. On avait un médecin traitant qui a tout fait pour trouver un chirurgien. Donc, le chirurgien que j'ai...
- Speaker #1
Qui t'a suivi.
- Speaker #0
Qui m'a suivi et que j'ai eu en téléphone encore l'année dernière quand je lui ai parlé que je voulais me faire réopérer potentiellement ou me faire amputer. Et puis voilà, quoi. Ils ont été heureusement. Et c'est des gens, en fait, qui leur ont dit, justement, qu'il fallait me prendre comme un enfant lambda.
- Speaker #1
C'est ça.
- Speaker #0
Il ne fallait pas me faire... Parce que j'avais un pied, il ne fallait pas me... Et en plus, on leur avait dit, elle ne marchera pas. Alors, c'est deux ans, deux ans et demi, il ne faut pas... Oui,
- Speaker #1
tu faisais ta marche à dix mois. Voilà. Ils ont tout de suite posé le mot parce que comme tu disais que c'était vraiment quelque chose de très très rare ils connaissaient peut-être pas à l'hôpital où tu es née ils ont pas tout de suite posé de mot,
- Speaker #0
de diagnostic de souvenir de ce que ma mère m'avait raconté ils avaient été envoyés sur Angers à la clinique de la main parce que toi tu es née à Bressuire à Bressuire, ok et en fait ils ont été envoyés à la clinique du pied de la main à Angers et c'est un chirurgien qui avait été formé par le chirurgien Merci.
- Speaker #1
Qui t'a opéré après ?
- Speaker #0
Qui m'a opéré après les 15 fois et du coup qui les a redirigés vers lui à Paris.
- Speaker #1
D'accord.
- Speaker #0
Donc voilà.
- Speaker #1
Comment ils ont vécu les choses ? Vous avez eu l'occasion de parler de tout ça ? Une fois le choc passé, une fois la découverte, comment ça s'est passé pour eux ?
- Speaker #0
Alors mon père, il aurait tendance à dire, grâce à ça, il nous a fait voyager à Paris.
- Speaker #1
Il nous a fait découvrir la France.
- Speaker #0
Paris principalement, parce que du coup, j'ai été au Férec à Paris. On prenait le train à Poitiers et on allait à Paris en TGV, c'est ça. Mais ce qui les a plus, je dirais, blessés, c'est plus au collège, quand je rentrais, puis que je racontais qu'on se moquait de moi. Peut-être ça, où ça a été plus compliqué pour eux, je dirais. Après, sinon, ils ont toujours...
- Speaker #1
Oui, tu me disais tout à l'heure en off qu'ils t'ont toujours considéré comme une enfant absolument normale, que tu n'as pas eu d'éducation différente de ton frère et de ta sœur. Non,
- Speaker #0
après, ils étaient plus présents parce que forcément, 15 opérations, sachant que ma dernière opération était quand j'avais 19 ans, presque tous les ans, on allait à Paris. Donc, c'était un suivi. Ils étaient plus présents pour moi à ces moments-là. Mais après, j'ai eu la même éducation. Même mes coussins-cousines, c'est ce que je disais, mes oncles, mes tantes. Alors oui, quand j'ai besoin d'en parler, comme là, je sais que l'amputation, ça fait parler un peu dans la famille. Parce que forcément, c'est une grosse décision que j'ai prise.
- Speaker #1
Grosse étape.
- Speaker #0
J'ai des messages de temps en temps. J'ai mon parrain, par exemple, qui doit venir.
- Speaker #1
C'est que du positif, au final. Ouais,
- Speaker #0
non. Mais après, c'est là où j'ai cette chance et que je sais que je suis entourée. Je sais que je suis entourée, que ce soit par mes parents, ma sœur, mon frère, mais je suis aussi entourée par mes oncles, mes tantes, mes grands-parents.
- Speaker #1
T'es entourée d'amour et ça va être chouette de pouvoir partir au bloc. C'est de savoir qu'on a tous un bloc.
- Speaker #0
C'est de savoir qu'on sait qu'on n'est pas toute seule.
- Speaker #1
C'est chouette. Donc tu disais, tu as des frères et sœurs, donc un frère et une sœur. Et puis tu es toi la grande sœur.
- Speaker #0
C'est ça.
- Speaker #1
Et donc, eux n'ont pas du tout de particularité. Rien. Donc, oui, d'autant plus choquant, si je peux dire, pour tes parents de découvrir ta différence, qu'il n'y a pas du tout de cas dans ta famille, de près ou de loin. Et à ce jour, vous n'avez aucune explication sur ce qu'il a pu se passer ?
- Speaker #0
Non, comme je te disais tout à l'heure, en fait, potentiellement, il y avait les pesticides. Quand ma mère, vu qu'elle est coiffeuse, elle traversait un champ de verger. Donc, potentiellement, les pesticides, potentiellement...
- Speaker #1
Les produits qu'elle manipulait, ça a été remis en question à un moment ? Non,
- Speaker #0
je ne pense pas. Ça, c'est un truc que je ne vais jamais vraiment me poser. Après, comme je dis, j'ai tendance à dire que c'est tombé sur moi parce que j'avais le caractère qu'il pouvait tenir. Là-dessus, j'ai tendance à croire au destin. Ce n'est pas pour rien que j'ai eu mon pied.
- Speaker #1
Aujourd'hui, j'ai l'impression que tu es vraiment dans une acceptation. Alors, je ne sais pas si elle est totale, mais en tout cas...
- Speaker #0
Aussi, parce que je n'ai aucun scrupule à mettre des sandales et à montrer mon pied. Aussi, ce que je n'accepte pas, c'est d'avoir mal.
- Speaker #1
Oui, c'est ça.
- Speaker #0
C'est plus ça, en fait. C'est la douleur constante.
- Speaker #1
Oui, c'est ça.
- Speaker #0
La douleur constante, c'est wow. Je ne l'avais jamais vécue jusqu'à maintenant. Et là, c'est là que je commence à me dire, là, c'est temps que ça se fasse.
- Speaker #1
Oui. Il est temps que...
- Speaker #0
Il est temps, parce que psychologiquement, en fait, c'est que la douleur qu'on sente, elle tue psychologiquement, physiquement. C'est... Puis je ne suis pas quelqu'un qui aime rester assise dans son canapé. Tu n'as pas besoin de bouger,
- Speaker #1
tu as besoin de t'activer. En même temps, tu es jeune aussi. Puis tu es maman.
- Speaker #0
J'ai des mamans de petites filles qui sont très actives aussi. Donc oui,
- Speaker #1
en fait, pour expliquer un petit peu, on est à quelques jours, comme on disait tout à l'heure, de quelque chose de très très important. Une décision que tu portes en toi et que tu fais mieux. Depuis 2017, j'ai vu presque 10 ans.
- Speaker #0
C'est ça.
- Speaker #1
Et donc là, on est à 9 jours. Donc qu'est-ce qui se passe dans nos jours, même si tu l'as un petit peu parlé ? Je te laisse nous expliquer.
- Speaker #0
Eh bien, je me suis amputée.
- Speaker #1
Voilà, t'as fait ce choix de dire au revoir à Gisèle.
- Speaker #0
C'est ça, on lui dit ciao bye.
- Speaker #1
Gisèle qui te fait souffrir, mais plus physiquement que psychologiquement. Finalement, c'est vraiment de la douleur physique. Ah,
- Speaker #0
c'est de la douleur physique, ni plus ni moins. Moi, comme je dis, je n'aurais pas eu toutes ces douleurs. Je pense qu'elles seraient encore là pour de belles années. mais je... Moi, mon pied, même si je rêve de porter des talons aiguilles, je rêverais de pouvoir avoir des chaussures beaucoup plus féminines. Je ne dis pas le contraire, mais en même temps...
- Speaker #1
Elle fait partie de toi.
- Speaker #0
Elle fait partie de moi. Je pense que je l'ai totalement accepté. C'est juste que là, il est temps qu'elle s'en aille, parce que la douleur est trop compliquée.
- Speaker #1
Trop intense.
- Speaker #0
Oui, c'est tout ce temps.
- Speaker #1
Et tu te sens comment à neuf jours de cette opération ?
- Speaker #0
C'est hyper compliqué. Alors en fait, j'ai un mélange d'émotions. En même temps, je suis dans l'excitation de me dire ça y est, j'arrive au bout de cette attente, de ce choix, de cette décision. Je suis pressée parce que je me dis potentiellement c'est pour un avenir deux fois mieux où je vais pouvoir refaire des balades avec mes enfants et mon conjoint. On adore se balader en vacances. Là, on se limite parce que du coup, on sait que moi, je ne peux pas tenir.
- Speaker #1
Tu es vite limitée.
- Speaker #0
Au bout d'un kilomètre, je sais que les douleurs sont déjà présentes. Et si je fais plus, en fait...
- Speaker #1
Ça peut te blesser après aussi.
- Speaker #0
Ce n'est même pas que ça peut me blesser, mais c'est que je sais que je mets deux ou trois jours à me remettre. J'ai le pied qui, toute la nuit et toute la journée, va me faire vivre un calvaire. Oui, oui. Donc, c'est pour ça. Mais en même temps, je suis stressée pour mes enfants et mon conjoint. C'est pas le fait de les laisser à la maison, mais on leur donne aussi un peu de souffrance. Parce que mine de rien, je vais être absente même si mon conjoint va m'accompagner le jour de l'opération. C'est aussi les faire souffrir de me voir dans un état comme ça. C'est plus ça, c'est le stress de merde, je veux pas faire souffrir, mais en même temps j'arrive au stade où je sais que c'est la meilleure décision pour moi.
- Speaker #1
Et tu as l'impression qu'ils en souffrent là, aujourd'hui ?
- Speaker #0
Alors, je ne dirais pas en souffrir. Emma, ma grande, elle a compris que je ne pouvais plus faire ce que je faisais avant avec elle. Mon conjoint, je pense que c'est plus... Il a très peur que je sois déçue si ça ne marche pas comme moi, je l'espère.
- Speaker #1
Parce qu'il y a des choses qui peuvent ne pas fonctionner.
- Speaker #0
Moi, je peux espérer ne plus du tout avoir mal et puis avoir des douleurs fantômes constantes. Je peux espérer que je sois vite remise sur pied, comme on dit, et qu'en fin de compte, ça va mettre plus de temps que prévu.
- Speaker #1
Oui, on ne sait pas trop.
- Speaker #0
On ne peut pas calculer. C'est ça, le jeu de la rééducation. C'est aussi au caractère de chacun, à la motivation de chacun. Il ne faut pas louper non plus les étapes.
- Speaker #1
Il faut être patiente.
- Speaker #0
Oui, ce n'est pas trop mon fort. Mais là,
- Speaker #1
il va falloir t'accorder ce temps.
- Speaker #0
Donc, non, non, c'est un mélange d'émotions. C'est vraiment... Après, peut-être que le jour J, je serai complètement...
- Speaker #1
Oui, forcément. Mais en tout cas, il n'y a plus de place au doute. Là, tu es sûre de toi.
- Speaker #0
Mais oui, c'est intérieur. Je ne sais pas comment le dire parce que même maintenant, on en parlait et je lui ai dit, je ne sais même pas comment le dire. Je sais.
- Speaker #1
C'est évident. Intérieurement,
- Speaker #0
c'est évident. C'est la meilleure chose pour moi, pour ma famille, pour ma...
- Speaker #1
C'est le moment, c'est là, c'est maintenant.
- Speaker #0
Oui, c'est ça. Ce n'est pas... plus tard, parce que plus tard, déjà, ça sera peut-être plus compliqué de se remettre. Et je me dis, je vais peut-être louper des choses que j'aurais pu faire.
- Speaker #1
Avec tes filles aussi, profiter au maximum. C'est ça,
- Speaker #0
profiter plus.
- Speaker #1
Pour revenir à ta différence, donc après ta naissance, ton enfance, est-ce que tu te souviens du moment où, toi, tu as pris conscience de ta différence et peut-être des premières questions que tu as posées ? Alors, je ne sais pas si c'était peut-être à tes parents ou peut-être à un autre membre de ta famille ? Alors,
- Speaker #0
clairement, on n'est pas d'accord avec ma mère.
- Speaker #1
Ah !
- Speaker #0
Elle, elle aurait tendance à dire que je me suis rendue compte de mes différences au collège.
- Speaker #1
D'accord.
- Speaker #0
Quand, du coup, j'ai commencé à avoir des moqueries, j'ai quand même été traitée d'éléphantemane au collège. Pas trop le truc. J'ai eu des années collège. Voilà, c'est ça. J'ai eu beaucoup de moqueries au collège, ça a été assez compliqué. Ouais,
- Speaker #1
c'est compliqué ces années-là, déjà de base.
- Speaker #0
Mais alors que moi, j'aurais tendance à dire que je me suis réellement rendue compte de l'espace que prenait ma différence. Quand je suis rentrée dans ma première seconde au grippeau pour être serveuse en restaurant, ça c'était mon rêve. Je voulais être serveuse dans un restaurant, dans des hôtels très chic. Les palaces. C'est ça. J'adorais en fait ce truc-là. J'ai réussi à rentrer au grippeau. Et en fait, à la fin de mon année scolaire, j'ai fait un stage et mon pied a gonflé. Il est resté coincé dans ma ballerine. Et en fait, on s'est rendu compte que je... Et ça, c'était au bout d'une semaine et demie de stage. Et en fait, on s'est rendu compte que je n'aurais jamais pu tenir dans ce métier-là.
- Speaker #1
Station debout toute la journée, piétiner, ce n'était pas fait pour toi. Non,
- Speaker #0
ce n'était pas fait pour moi. Et ça, ça a été très compliqué pour moi.
- Speaker #1
Parce que toi, c'était ça, c'était ta vocation.
- Speaker #0
Tu ne devais pas faire autre chose. Non, je voulais être serveuse en restaurant. Je savais que c'était dans ce truc-là. Et quand le proviseur m'a dit, mais non, mais là, tu ne peux pas. Ton pied ne te le permet pas. et là j'ai fait et en fait c'est là où moi je me suis dit ah ouais ok donc là en fait je vais changer de métier à cause de mon pied et là ouais ça a été plus dur c'est ce qui a été vraiment plus dur c'est là où je me suis dit ah ouais donc en fait ma vie avait dirigé par rapport à mon pied et
- Speaker #1
en plus la même année j'ai dû arrêter le basket parce que je faisais des inflammations oui tu me disais que ta malformation t'as jamais empêché de vivre ta vie de petite fille que tu faisais des années de basket t'as marché très tôt comme tu disais tout à l'heure Oui.
- Speaker #0
Ça ne m'avait jamais empêchée jusqu'à cette année-là où j'ai arrêté le basket parce que j'avais des inflammations sous le pied. Et en plus, à cause de...
- Speaker #1
Ça, ça a été le coup de grâce.
- Speaker #0
Ah bah oui. Puis quand on me dit, mais non, mais tu vas aller en comptabilité, tu as des bonnes notes en gestion, donc tu as 18 de moyenne, donc tu vas aller en comptabilité. Moi, j'étais là, non, mais je ne veux pas être dans un bureau. Enfin, ce n'est pas du tout mon caractère, ce n'est pas du tout... Ça, ça a été très compliqué. Et c'est bien qu'en fait, quand je suis arrivée au lycée, ce n'est pas que je n'en faisais pas une, mais...
- Speaker #1
Ouais, t'étais un peu perdue, quoi.
- Speaker #0
Bah, clairement, je faisais ma rebelle. J'avais pas envie d'être là, donc je le faisais clairement comprendre. Je sais pas si à mon tendreau, mais les collègues à mon père qui m'ont pris en stage pour la première fois en comptabilité, je leur avais clairement dit, de toute façon, je veux pas faire ce métier. Résultat, au bout des trois semaines, j'ai quand même demandé pour le prochain stage d'être avec elle. Et j'ai fait, et ça s'est super bien passé. Et après, on apprend à aimer un autre métier différemment. Mais ce passage de « je voulais faire ce métier-là » à « tu ne peux pas faire ce métier-là » .
- Speaker #1
Ça a été compliqué. C'était l'un des premiers, des premières épreuves en fait par rapport à ta malformation.
- Speaker #0
C'est clairement pour moi la première épreuve. La première marquante, quoi. Le basket, l'arrêter. Bon, j'ai arrêté parce que j'avais mal, mais c'est un sport, c'est un loisir, c'est pas pareil. Quand c'est le métier où tu te vois des années dedans, tu fais « ah ouais, non, non, non » . En fait, c'est pas possible que ça soit dirigé par mon pied. Un pied, ça n'a pas de cerveau, c'est pas censé diriger ta vie. C'était comme ça. Et en même temps, maintenant, je ne le regrette pas.
- Speaker #1
Donc oui, c'est plutôt à ce moment-là. Après, tu n'as pas de souvenir forcément de poser des questions à tes parents quand tu étais petite fille ? Non,
- Speaker #0
parce que je pense qu'on en a toujours plus ou moins parlé, en fait. Parce que mon pied, tous les ans, quand tu te vas te repérer,
- Speaker #1
tu es régulièrement en train d'en parler,
- Speaker #0
en fait, du fait que tu es obligée.
- Speaker #1
Oui, c'était ancré dans ton quotidien. Et tes parents n'ont jamais cherché à cacher ton pied ? Vous alliez à la plage ? Mais non,
- Speaker #0
je n'ai jamais souvenir que mes parents me cachaient, parce que j'ai des photos de moi petite à la plage.
- Speaker #1
Tu étais comme ton frère et ta sœur, vous étiez pieds nus.
- Speaker #0
C'est ça.
- Speaker #1
Donc en fait, c'est comme tu disais tout à l'heure, le fait que tu aies grandi de la même manière, quand tu es traité de la même manière que ton frère et ta sœur.
- Speaker #0
C'est ça. Et je pense que mes parents, même s'il y avait des regards, en fait, ils ne m'ont jamais vraiment... Comme on parlait tout à l'heure, j'ai envie de lui casser la gueule parce que celui-là, il n'a pas regardé ma gamine comme ça. Je n'ai jamais eu ce ressenti-là de mes parents. Je pense que je n'ai jamais vu les regards des gens jusqu'à... Parce que toi,
- Speaker #1
tu puisses en prendre conscience.
- Speaker #0
Un autre événement marquant, c'est quand j'avais été choisir des chaussures avec ma maman. Sur certaines paires, je pouvais les mettre, mais il fallait que je prenne, par exemple, quatre. taille au-dessus.
- Speaker #1
Acheter deux paires de chaussures à chaque fois. Tous les ans.
- Speaker #0
Tout le temps, ma mère m'achetait deux paires de chaussures et il n'y avait que le pied gauche qui servait à la petite paire de chaussures et le pied droit à la grande paire de chaussures. Et en fait, donc on allait à un magasin et ma maman me racontait que j'avais beaucoup pleuré cette fois-là parce que la déception de ne pas pouvoir mettre une paire de chaussures qui me plaisait, que mon pied, en fait, ne rentrait pas dedans. Et une maman qui passe avec sa fille à côté en disant « Ah, mais regarde la petite fille, c'est pas beau le caprisque qu'elle a fait à sa maman. » Tout ça parce qu'il y avait ces chaussures-là. Et ma maman m'a dit qu'elle avait été voir cette dame en lui disant « Le jour où vous aurez un enfant qui a ce problème-là, on verra. » Mais c'est pas pour rien qu'elle pleure.
- Speaker #1
C'est la seule chose dont tu te souviennes aujourd'hui dans ton enfance.
- Speaker #0
Dans mon enfance, c'est vraiment les trucs marquants. Mes copains, c'était mes copains. En fait, c'était les enfants des copains de mes parents. On a grandi avec mon pied. Non, il n'y a pas eu de trucs marquants. Non, même au lycée, je me rends compte que... En fait, j'étais une... Une bête à conneries, comment dire ? Je faisais plus rire tout le monde, en fait. Je pense que je compensais beaucoup par l'humour mon pied, en fait.
- Speaker #1
C'est important, l'humour. Pour plein de choses.
- Speaker #0
C'est ça. Non, mais je me souviens que dans les couloirs du lycée, j'enlevais mes chaussures et j'arrivais pieds nus en cours. Regardez, pourquoi tu fais ça ? Je n'ai pas le choix, on vit. C'est plus drôle, en fait, qu'autre chose. Je pense que j'ai toujours tourné un peu plus à l'humour mon pied pour peut-être le cacher aussi, quand même, mine de rien. C'est aussi pour avoir une forme de... De par avant, comme on dit.
- Speaker #1
Ouais, c'est ça.
- Speaker #0
Tu vois l'humour et tu vois pas...
- Speaker #1
Ouais. Puis rire de soi avant que les autres ne puissent t'attaquer là-dessus. Oui,
- Speaker #0
je pense.
- Speaker #1
Comment tu décrirais ta famille, toi, et le regard qu'elle porte sur la différence, justement ? Parce que, comme tu me disais, tu es la seule dans ta famille à avoir une malformation. Donc c'était nouveau aussi pour eux.
- Speaker #0
Mais ils ont pas un... Ils sont bienveillants, en fait. Tout le monde est bienveillant. Tout le monde. C'est vraiment... des personnes bienveillantes. Je n'ai pas d'autres mots, gentillesse, tendresse. Vraiment, le mot principal, c'est bienveillant, parce que peu importe ce qui arrive avec mon pied, quand j'étais petite, je pense que mes parents ont été soutenus. Si mes parents avaient besoin, par exemple, que mes grands-parents nous emmènent à la gare, ils venaient nous emmener ou alors ils venaient nous chercher. J'ai ce souvenir-là. d'avec mes grands-parents qui venaient m'emmener à la gare de Poitiers ou qui venaient me récupérer.
- Speaker #1
Tout le monde était un petit peu impliqué, en fait, dans ta vie ?
- Speaker #0
Clairement, même encore maintenant.
- Speaker #1
Oui, toujours.
- Speaker #0
J'ai des tatas qui se sont proposés pour le moment où je serai opérée, pour s'occuper de nos filles si Dan n'a pas le temps. Donc il a un besoin aussi de souffler, parce qu'il aura besoin de souffler.
- Speaker #1
Ben oui.
- Speaker #0
Mais j'ai des tatas qui se sont proposés. proposé, j'ai ma grand-mère qui s'est proposée. Pas pour garder les enfants, pour plier mon linge, mais en fait c'est des petites choses qui font qu'on sait qu'on est entouré. Et c'est bienveillant.
- Speaker #1
Ça rend les choses beaucoup plus simples.
- Speaker #0
Ouais, mais clairement. Ça rend les choses beaucoup plus simples.
- Speaker #1
On sait qu'on est entouré,
- Speaker #0
et ça, ça fait du bien.
- Speaker #1
Est-ce que tu dirais que ta différence a eu un impact sur tes relations, que ce soit amicales ou même amoureuses ?
- Speaker #0
amicale, je pense pas. Enfin, on pourrait demander mes copains et mes anciens copains, mais je pense pas qu'elle ait eu d'impact. Peut-être si, j'ai deux copines, j'ai une copine qui m'a obligée à faire mon dossier MDPH, parce que je ne voulais pas faire de dossier MDPH. Et elle m'a beaucoup accompagnée là-dedans. Et ma meilleure amie qui habite à Tours, oui, elle s'est posée beaucoup de questions par rapport à mon pied. Mais pas de là. Ça n'a pas changé nos relations. Je sais qu'elle veut absolument être présente pour moi, pour l'amputation. Elle veut venir me voir. Au niveau de Tiffany, elle m'avait dit qu'elle avait les larmes aux yeux. Je n'ai rien vraiment parlé. Mais non, au niveau des relations amicales, je n'ai pas l'impression que ça ait vraiment changé quelque chose. Au point de vue des relations amoureuses, ça a été très compliqué dans l'adolescence. En fait, j'avais clairement l'impression que je ne méritais pas.
- Speaker #1
Ah ouais ?
- Speaker #0
Ben... la honte d'être avec moi. J'avais peur que les garçons aient honte d'avoir une copine avec une malformation, un gros pied. Donc j'avoue que en adolescente, non. Après, j'ai connu mon chéri, j'avais 17 ans, donc c'est encore tôt. Mais ça m'a permis de comprendre que non, je pouvais être aimée comme ça et qu'il n'y avait pas de problème pour ça.
- Speaker #1
À partir du moment où toi, tu t'es autorisée aussi à te dire que tu avais le droit d'être aimée, toi aussi.
- Speaker #0
À partir du moment où tu t'acceptes entièrement, je pense que c'est là où tu réalises que, en fait, comme tout le monde, c'est juste que tu as un truc qui est différent. Mais ça ne change pas ta personnalité, ça ne change pas ta manière d'être, en fait. Donc, oui et non, quoi.
- Speaker #1
Et justement, comment s'est construite ta relation à ton corps et à ta féminité ?
- Speaker #0
Alors ça, ça a été un peu compliqué parce que du fait qu'on ne peut pas mettre des chaussures très féminines. Ouais, ce qu'on disait tout à l'heure,
- Speaker #1
tu montrais un petit peu. Donc toi, tu as le droit à une paire de chaussures par an, des chaussures orthopédiques, qui sont faites entièrement sur mesure pour toi. C'est ça. Et donc...
- Speaker #0
Et je prends des sandales sinon, des Doc Martens, qui sont toutes à lasser.
- Speaker #1
Ok.
- Speaker #0
C'est confortable. C'est confortable. C'est le plus confortable que j'ai pu trouver jusqu'à maintenant. Je suis quelqu'un, j'adore les talons. Je suis une fille, quoi. Je suis une fille, mais je ne peux pas mettre. Donc, j'en ai mis pendant un temps. Je crois que j'ai mis une photo sur Insta où j'ai mes talons, mes premiers talons. Mais ça a été assez compliqué au niveau de ça parce que du coup, il faut accepter d'être féminine, mais pas avec des chaussures féminines.
- Speaker #1
Oui, c'est ça. Ça passe par d'autres choses.
- Speaker #0
Et puis, en même temps, il n'y a pas longtemps, j'ai réalisé, j'ai vu des photos où je suis en robe. Et en fait, je vois mon pied et ma jambe et je fais « mais wow, c'est énorme » . Et en fait, il est tellement gros que j'ai fait « ah ouais » . Je me suis mis à la place des gens. J'ai fait « oh, tu m'étonnes qu'il y en ait qui sont choqués ? » C'est pas étonnant, ça fait vraiment de face, ça fait « oh » . Donc être féminine, oui, je pense qu'au fur et à mesure, j'y étais dans le sens où je regardais plus mon pied. Après, c'est après. On fait « ouais, c'est comme ça » . Tu n'as pas le choix.
- Speaker #1
Mais tu arrives quand même à te sentir femme. Oui. Oui, à prendre du plaisir à t'habiller, à t'apprêter. Ça, il n'y a pas de souci. Oui, ça, c'est important aussi pour ton bien-être aussi, toi, en tant que femme.
- Speaker #0
Ah ben oui. Non, Je vais quand même essayer d'accorder un minimum mes vêtements avec mes chaussures orthopédiques. Ça, c'est un truc où je ne vais pas mettre un tailleur avec mes... grosses bottes. Je vais essayer d'accorder au maximum mes tenues pour que ça aille avec mes chaussures topiques. Après, sinon, j'arrive à mettre des robes quand même. Ma garde-robe est bien remplie.
- Speaker #1
Et tu penses que ça va changer après ton opération ? Non.
- Speaker #0
En fait,
- Speaker #1
ça ne changera pas la personne que tu es ?
- Speaker #0
Non. Je pars du principe où je ne suis pas quelqu'un qui avait un pied normal et qui, du jour au lendemain, a dû se faire amputer. Je pars du principe où j'ai déjà un truc moche. Je peux s'en dire. Et à la rigueur, si je peux customiser un minimum ma nouvelle jambe, ça sera encore mieux. Et à la rigueur, je pourrais vraiment avoir... Je ne sais même pas comment le dire. On m'a posé la question si je continuerais de mettre mes robes après. Et j'ai dit, pourquoi je ne les mettrais pas ? Oui, contrairement. On voyait déjà mon pied. Pourquoi on ne verrait pas ma prothèse, en fait ? Oui, c'est ça.
- Speaker #1
Mais justement, le fait d'avoir une prothèse et d'avoir peut-être quelque chose d'un peu plus fin que ton pied que tu as aujourd'hui, ça pourra peut-être te permettre de mettre d'autres chaussures, d'autres vêtements. Ah, mais ça va clairement te permettre.
- Speaker #0
J'ai acheté mes premières chaussures.
- Speaker #1
Ah ! Je ferai une petite photo pour Instagram tout à l'heure.
- Speaker #0
Oui, j'ai acheté mes premières chaussures. C'est avec ma maman.
- Speaker #1
Des sandales ?
- Speaker #0
Alors, j'ai acheté... Non, mais j'ai déjà acheté... En fait, j'ai déjà acheté quatre paires de chaussures. Ah, oui,
- Speaker #1
oui.
- Speaker #0
Non, une paire de chaussures. Oui,
- Speaker #1
donc ça va quand même changer quelque chose. Ah, oui, oui.
- Speaker #0
Ah, oui, oui. Non, mais ça va changer. J'ai acheté des sandales. En fait, c'est ce que j'expliquais quand j'ai eu mon rendez-vous à Poitiers pour savoir que je me faisais amputer le 21 mai. Le chirurgien m'a dit « Mais vous êtes prête à acheter votre première paire de chaussures normale ? »
- Speaker #1
Et en fait,
- Speaker #0
la semaine, j'ai été au magasin chercher des chaussures. J'ai été acheter des chaussures pour mes filles. Et puis, je me suis dit « Tiens, je vais regarder pour une paire pour moi. » Et en fait, je me suis retrouvée au milieu du rayon femmes. Et j'étais là. Trop de choix. En fait, c'est qu'il y avait beaucoup de choix. Et la dame est venue et me fait, vous avez besoin d'aide ? Oui, alors je vous explique. Je me fais amputer le 21 mai. Il me faut une paire de chaussures. Mais je ne sais pas quoi.
- Speaker #1
C'est ça.
- Speaker #0
Et elle m'a dit, vous voulez quoi ? Je ne sais pas. Vous faites quelle pointure ? Je ne sais pas non plus. Parce que du coup, je faisais toutes mes chaussures. En fait, elles étaient faites soit à mes pieds pour mes chaussures orthopédiques. Et si je prends des sandales, il fallait absolument qu'elles aillent à mon pied droit avant. Donc en fait, je prenais... du 41 ou du 42 pour mon gros pied en fait et du coup mon pied gauche il allait avec la chaussure flemme d'acheter deux paires de chaussures il allait avec l'autre paire et en fait juste ça je me suis sentie mais alors mes bêtes et elle m'a fait essayer des baskets alors le premier essayage de baskets à mon pied gauche j'ai fait ah ouais c'est ça m'a fait trop bizarre et alors les sandales à bride Je lui ai dit, mais ça va tenir mon pied. Elle me regarde et me fait, oui, pourquoi ça ne tiendrait pas ? Je ne sais pas. En fait, je pense que j'ai tellement l'impression, avec mes lacets, de saucissonner mes pieds pour que ça tienne. Oui,
- Speaker #1
tu es tellement bien harnachée.
- Speaker #0
C'est ça. Que là, ça te semble... Mais là, c'était vraiment... J'étais, OK. et c'est bien que je sois sortie sans chaussures sans rien acheter mais tu es retournée après j'ai regardé sur internet avant les styles pour demander avec mon conjoint ça tu penses que ça m'irait bien tu cherches ce que tu veux je sais pas ce que je veux en fait je voudrais toutes les chaussures possibles toutes les sandales possibles des baskets des bottines tout tu vas pouvoir te faire plaisir Ouais. Pas trop.
- Speaker #1
Oui, j'espère que t'as prévu le budget.
- Speaker #0
Il faut s'inviter quand même. Je pense que ma liste pour le Père Noël va être... Ouais,
- Speaker #1
essentiellement chaussures. Des chaussures,
- Speaker #0
Essentiellement des chaussures. On est hier soir et t'es en novembre, donc je pense que ce sera chaussures aussi. Non, non, c'est ça qui est un peu bizarre, en fait.
- Speaker #1
Bah ouais, c'est tout nouveau.
- Speaker #0
Nouvelle façon de faire du shopping. Là, je commence à me dire, ah, mais ça, ça peut aller avec mes sandales. Ah, mais ça, ça peut aller avec mes baskets. Même ma maman, elle m'a dit, c'est la première fois que je t'achète qu'une seule paire de chaussures. Je dis, bah ouais, c'est la première fois qu'elle m'achetait une paire de chaussures. Et ça, ça fait quelque chose.
- Speaker #1
Bah ouais, il faut vraiment que je prenne en photo cette paire.
- Speaker #0
Y'a pas de soucis.
- Speaker #1
Est-ce que tu as le sentiment que ta différence, elle a eu un impact sur ton parcours professionnel ? Tu nous expliquais tout à l'heure, effectivement, ta première grosse déception liée à ta malformation. Mais après ? Parce que là, aujourd'hui, tu travailles, tu me disais, dans un lycée. Oui. Quel impact ça a au quotidien sur ta vie professionnelle ?
- Speaker #0
Sur ma vie professionnelle, ça en a eu plusieurs. Sur le fait que, du coup, je suis secrétaire. Je suis agent d'accueil dans le lycée à Bressuire. Déjà, il fallait absolument que ce soit un métier où j'ai la possibilité d'être assise pour éviter d'être continuellement debout, pour éviter les inflammations sous le pied. Et là, en fait, en vrai, je pourrais ne pas être en arrêt. Et puis, parce que c'est répondre au téléphone, c'est accueillir les gens. Sauf qu'en fait, il n'y a pas que ça. Il y a aussi, il faut fermer le lycée, il faut faire tout un tour, il faut aller à la poste en voiture. Il y a beaucoup de tâches, en fait, où on marche un minimum. Et sauf qu'en fait, ce qui me limite à l'heure actuelle, c'est justement le fait que je ne puisse plus marcher comme avant. Et du coup, je pense que... Après l'amputation, justement, je vais gagner au niveau de ça. Tu vas retrouver une mobilité. Carrément, carrément. Ce lycée ne m'a connu élève que sans canne. Et après, il m'a toujours connu avec une canne.
- Speaker #1
C'est le lycée dans lequel tu étais toi. D'accord, c'est amusant.
- Speaker #0
J'ai fait élève, surveillante et agent d'accueil.
- Speaker #1
Génial.
- Speaker #0
Donc, non, non, ça a un impact qu'on essaie de limiter. Mais que là, maintenant, il est temps que, justement, on enlève cet impact.
- Speaker #1
Et puis toi, en contact d'un public comme ça, jeune aussi, c'est bien pour faire passer certains messages justement sur la différence.
- Speaker #0
C'était plus facile quand j'étais surveillante.
- Speaker #1
D'accord.
- Speaker #0
Là, à Jean d'Acquay, on est quand même un peu renfermés.
- Speaker #1
Derrière ton bureau.
- Speaker #0
On est renfermés quand même dans son bureau. Surveillante, tu as plus de contacts avec les élèves.
- Speaker #1
Il y a plus d'occasions d'échanger, d'ouvrir des discussions.
- Speaker #0
Ah madame, mais qu'est-ce qui vous arrive ? On explique, j'ai une malformation de naissance, mais ne vous inquiétez pas, je vais bien, il n'y a pas de souci. Et deux, trois semaines après, ces mêmes élèves me voient avec un paquet de feuilles en train de porter des feuilles. « Ah, mais madame, attendez, on va les porter à votre place, on va vous accompagner. »
- Speaker #1
C'est quand même bienveillant. À partir du moment où tu expliques les choses...
- Speaker #0
Il peut y avoir des élèves bienveillants. J'ai eu le même cas où j'étais en études et qu'il y en a un, il m'a dit « Ouais, bah toi, avec ton pied... » Et là, on fait « Ouais, ok. » Donc ça peut aussi être négatif. Il ne faut pas... Il ne faut pas se cantonner à ces personnes qui sont négatives, ça reste des élèves et je pense que c'est des élèves qui n'ont pas été éduqués dans cette vision de l'handicap. Et je ne pense pas avoir eu des mots plus haut que l'autre quand on me parlait comme ça de mon pied, parce que dans le sens où tu veux parler comme ça, il n'y a pas de souci. Si c'est ton avis, moi ce n'est pas le mien. Et ce n'était pas la majorité des élèves, la plupart. J'ai eu plutôt de bons contacts avec les élèves.
- Speaker #1
Parce qu'ils sentaient aussi que toi, tu n'étais pas du tout fermée. Ce n'était pas tabou, tu pouvais en parler librement et répondre à leurs questions.
- Speaker #0
Je pense qu'à partir du moment où tu peux parler avec les élèves de ta différence, ils sont tout de suite plus ouverts et ils comprennent beaucoup de choses. Après, ça dépend s'ils sont éduqués dans ce sens-là ou pas.
- Speaker #1
Et que toi, comme tu disais, qu'ils sentent que tu acceptes en fait. et que tu t'aimes comme tu es, tout de suite, c'est pareil.
- Speaker #0
Et puis clairement, je n'avais rien à faire. J'ai eu des chaussons à une époque parce que je n'avais pas de chaussures orthopédiques et j'ai eu des chaussons à scratch. Bon, ça m'a fait rire plus d'un, parce que je me travaille en chaussons de lycée, les chaussons de vieux, comme on dit. Mais comme avoir une canne, j'ai eu ma canne, c'était en 2016, en janvier 2016 que j'ai eu ma canne. Donc ça fait 10 ans. C'est pareil, il faut l'accepter d'avoir une canne. Ouais, j'avais 21, 21, 22.
- Speaker #1
Il faut l'accepter. Comme on disait tout à l'heure, ça renvoie quand même à cette notion de vieillesse.
- Speaker #0
Ouais.
- Speaker #1
Alors que non.
- Speaker #0
Non, mais c'est un besoin. Après, je m'en amusais aussi. J'en avais pris une pliante. Quand je n'en avais pas besoin, je la trimballais dans le sac à main. Ou alors, je faisais un joystick des fois. C'était assez drôle. Ça m'en faisait rire plus. Après, il faut accepter. Après, je pense qu'une fois qu'on accepte, le regard des autres est différent aussi.
- Speaker #1
Oui.
- Speaker #0
Après, une fois qu'ils nous connaissent.
- Speaker #1
Oui, ils le savaient.
- Speaker #0
Je pouvais être une surveillante. très cool, comme... Bah non. C'est pas parce que j'avais un pied mal formé que j'étais automatiquement plus renfermée sur moi ou... Non, non, là-dessus, non.
- Speaker #1
Donc oui, tu nous disais tout à l'heure que tu as subi une quinzaine d'opérations liées à ta malformation depuis ta naissance. Donc la première, c'était à 6 mois ?
- Speaker #0
Ouais, c'est ça.
- Speaker #1
La dernière opération, c'était à 19 ans ?
- Speaker #0
Ouais, c'est ça.
- Speaker #1
Et donc, entre 19 et aujourd'hui, t'as un suivi médical régulier ?
- Speaker #0
Alors, j'ai un suivi beaucoup plus régulier depuis que j'ai fait mon abcès. à mon pied et du fait que j'engage toutes les procédures pour pouvoir faire l'amputation. En fait, j'ai arrêté les opérations parce que j'en pouvais plus.
- Speaker #1
Et c'est des opérations qui consistaient en quoi ? C'était à chaque fois les mêmes choses ? Pas forcément.
- Speaker #0
Il y avait la réduction de graisse.
- Speaker #1
D'accord.
- Speaker #0
Il y a eu la réduction des orteils, la réduction osseuse, la liposuction. Qu'est-ce qu'il y a eu d'autre ? Principalement, c'était surtout pour essayer de réduire toute cette masse qui est toujours revenue après.
- Speaker #1
D'accord.
- Speaker #0
Donc,
- Speaker #1
au bout d'un moment...
- Speaker #0
Oui, ça faisait partie du lot des opérations. Ce qui était les plus lourdes, c'était quand même quand ils faisaient des réductions osseuses. Quand ils ont réduit les orteils ou quand ils ont réduit le coussinet en dessous du pied pour réduire un peu l'épaisseur en hauteur du pied. Mais après, ça a été... relativement toujours le même style d'opération.
- Speaker #1
Et c'est des opérations qui durent longtemps ? C'est des grosses opérations ? J'ai pas de souvenirs.
- Speaker #0
Je pense qu'on doit compter au moins trois heures, je crois.
- Speaker #1
Ouais, à chaque fois.
- Speaker #0
Faudrait que je regarde dans mon dossier médical. Mais je pense que c'était des opérations assez longues.
- Speaker #1
Ouais, quand même.
- Speaker #0
Après, on était toujours bien tourés. Donc ça allait. J'avais toujours mon chirurgien qui est venu me faire mon petit bisou sur le front. Avant l'opération, ça crée des liens. J'ai des souvenirs avec ce chirurgien, avec une infirmière qui était avec lui aussi, qui m'ont suivi pratiquement toute ma vie. Oui, depuis tout bébé. Je dirais d'un point de vue médical, j'ai eu un gros suivi entre ma naissance tout simplement et mes 19 ans. J'ai stoppé tout parce qu'on a envie de construire notre vie de famille aussi. J'étais déjà avec mon conjoint et on veut avoir notre maison. Et quand on a une maison, c'est beaucoup plus compliqué de se faire opérer. Parce qu'il faut s'occuper de la maison, même si on est deux. C'est pas pareil. Et puis, je n'avais plus envie de tout ça. J'avais besoin d'un arrêt. Ce qui n'aurait peut-être pas dû être fait, si j'avais voulu garder mon pied à peu près comme il était. Mais bon, comment dire ? C'est fait, c'est fait, on ne va pas revenir en arrière. Ça ne change rien à la situation actuelle. Oui, c'est ça.
- Speaker #1
Et après, en termes de suivi, est-ce que, je ne sais pas, tu fais de la kiné, ostéo ? J'ai fait de la kiné. Oui.
- Speaker #0
J'ai fait de la kiné, je ne pourrais pas dire combien de temps, mais...
- Speaker #1
Plus après les opérations peut-être, dans le cadre de rééducation ? Oui,
- Speaker #0
surtout les dernières. Les dernières, oui, je me souviens. Mais c'est pareil, je n'ai pas eu tant de suivi que ça.
- Speaker #1
Là, ça faisait plus, en tout cas, à partir trop de ta vie.
- Speaker #0
Je pense que j'avais plus envie.
- Speaker #1
À partir de mon déjeuner pour tes chaussures. Et encore.
- Speaker #0
J'y allais parce que je pouvais choisir ce que je voulais comme chaussures. Je pense que si j'y allais avec la contrainte...
- Speaker #1
Du catalogue et basta, tu serais peut-être pas allée aussi régulièrement.
- Speaker #0
Clairement. Après, ce qui est affligeant, je sais pas si c'est pareil dans d'autres pays, mais en France, quand on a une malformation à un pied, on a droit qu'à une paire par an. Une paire par an, c'est-à-dire que cette paire, elle doit te faire l'hiver, l'été, le printemps, l'automne. Elle doit te faire les mariages, le jardinage quand tu jardines, tes vacances d'été quand tu fais tes vacances d'été. Moi, je me dis, je n'accepterai pas mon pied, je ne mettrai pas de sandales, j'aurai une seule paire. pour faire tout ça. Et ça, c'est pas normal. Ça, c'est pas normal. On devrait avoir au minimum...
- Speaker #1
Au moins deux paires.
- Speaker #0
Au moins deux paires. Une paire l'été, une paire l'hiver, et puis voilà. Mais tu... Enfin, j'en ai parlé dans mon entourage. C'est pas normal. Tout le monde n'a pas qu'une seule paire de chaussures. Ah bah oui, non, bien sûr. T'as au moins une paire de claquettes et puis une paire de baskets. Paire de baskets,
- Speaker #1
paire un peu plus habillée.
- Speaker #0
C'est ça. Là, moi, j'ai... T'as une paire.
- Speaker #1
mais ça m'a changé ça va changer ça c'est sûr il va falloir prévoir un dressing oh il est déjà prévu donc Camille tu as un homme dans ta vie oui depuis plusieurs années maintenant c'est ça tu es maman de deux petites filles donc de 8 et 3 ans c'est ça comment se sont déroulées tes grossesses j'imagine que tu as eu un suivi peut-être un peu plus rapproché
- Speaker #0
Pas forcément. En fait, le suivi... Parce que les grossesses en soi, à part les ânes, ça s'est pas bien passé, mais pour différentes choses. Emma, ça s'est super bien passé. J'ai été suivie, en fait, c'était surtout les échos, on les faisait au niveau des membres. On vérifiait vraiment chaque membre, même si on savait que c'était pas potentiellement génétique.
- Speaker #1
C'était pas génétique. Donc toi, t'as déjà fait des tests génétiques ? Non,
- Speaker #0
mais on nous avait dit que... Je ne voyais pas trop pourquoi ça serait génétique alors qu'il n'y a personne dans la famille qui l'a. Mais c'était surtout, oui, on vérifiait les mains et les pieds pour savoir si ça, ça se développait correctement. Donc non, non, c'est pas... Après, on en avait relativement parlé avec mon conjoint. Si jamais il y en avait une qui était mal formée, elle est mal formée. Je l'ai vécue, donc je sais, enfin, à rigueur, moi, oui. J'aurais pu comprendre, en fait, mais je n'aurais pas pour autant arrêté.
- Speaker #1
Oui,
- Speaker #0
envisagé. Après, Léane, la grossesse, ça ne s'est pas forcément bien passé parce qu'on a cru qu'elle était trisomique au départ.
- Speaker #1
D'accord.
- Speaker #0
On a dû faire la myosynthèse et tout ça. Et en fait, quand ils ont enlevé le test de la trisomie, ils ont dit que non, il n'y avait pas de trisomie. Ils nous ont dit que c'était potentiellement votre maladie. En fait, on... Aller plus loin dans les recherches, en fait, dans les chromosomes. Et enfin, il s'avérait que c'était juste que je faisais une pré-eclampsie.
- Speaker #1
D'accord. Ah oui.
- Speaker #0
Rien à voir. Mais ils ont fait les tests quand même pour savoir s'il y avait un chromosome qui potentiellement pouvait être lié à mon pied. Ok.
- Speaker #1
Donc, il y a le karyotype et tout ça. C'est ça.
- Speaker #0
On a fait le karyotype.
- Speaker #1
Et tout est ressorti.
- Speaker #0
Tout est ressorti positif.
- Speaker #1
Bon.
- Speaker #0
Donc, c'était très bien. Super.
- Speaker #1
À partir de quand et de quelle manière tu as commencé à parler de ta malformation à tes filles ?
- Speaker #0
En fait, je n'ai pas l'impression qu'il y a vraiment eu un moment où on en a parlé. Là, on en parle beaucoup plus parce qu'il y a l'amputation et que je voulais préparer à voir leur maman avec Gisèle en moins. Donc, mine de rien, je pense que ça va peut-être un peu les choquer au début. Mais on n'a jamais vraiment parlé de la malformation. Elles sont nées avec mon pied.
- Speaker #1
Elles t'ont toujours vu comme ça ?
- Speaker #0
C'est ça. Là où on a beaucoup plus discuté avec ma grande, c'est parce que forcément, avant, dès que je pouvais, je les emmenais à l'école à pied. L'école n'allait pas très loin. Là, non, ce n'est plus possible. Je ne me tenterai même pas, dans le sens où je sais que je ne reviens pas, où on reste sur le bord de la route à attendre que leur père vienne nous récupérer toutes les trois. Mais on n'a jamais vraiment parlé de... Non, parce que même Léane, elle me masse le pied des fois.
- Speaker #1
Ouais, c'est ça, c'est être reconnue comme ça. T'es leur maman. C'est ça. En fait,
- Speaker #0
pour elles, c'est leur normalité.
- Speaker #1
C'est ça.
- Speaker #0
Ni plus ni moins. C'est leur normalité. Je suis comme ça. Donc là où je vais être différente, pour le coup, c'est quand il n'y aura plus Gisèle.
- Speaker #1
Oui.
- Speaker #0
Là, c'est là où elles vont voir la différence, en fait. C'est là où...
- Speaker #1
Tu leur as montré des images de ce que ça pouvait être ? Ah oui. Alors,
- Speaker #0
je ne leur ai pas forcément montré d'image de moignon. En fait, j'ai surtout montré sur le compte de Brice ce qu'il avait. Et donc, Emma m'a sorti qu'elle voulait que j'ai une prothèse rose avec des paillettes et des cœurs rouges. Ce qui est tout à fait mon style. Les gens qui me connaissent savent que c'est tout à fait mon style. Donc, c'est très drôle, en fait. Elle le prend un peu à la dérision parce qu'elle a compris que ça pouvait être customisé. Et elle voit que de toute façon... Je pense qu'à partir du moment où elle voit que je suis positive, pourquoi elle ne le serait pas ? C'est juste moi qui stresse de comment elle va me voir après. Non, il n'y a pas vraiment le sujet de mon pied. Elles savent que je ne peux pas faire ce que je veux. Elles savent que je ne peux pas mettre les chaussures que je veux. Léane, c'est un peu plus compliqué parce qu'elle ne comprend pas pourquoi j'ai des nouvelles chaussures et que je ne les mets pas à mes pieds. Mais sinon, non, il n'y a pas de... Je n'ai pas eu l'impression qu'on ait eu des grosses discussions avec nos filles par rapport à ça. J'ai pas eu l'impression.
- Speaker #1
Ok. Vivre avec une différence visible, c'est aussi devoir affronter chaque jour le regard des autres. Donc toi, tu nous confiais quand même que t'étais plutôt à l'aise avec ça.
- Speaker #0
Oui.
- Speaker #1
Mais j'imagine que ça n'a pas toujours été le cas.
- Speaker #0
Alors, ça n'a pas toujours été le cas. Et il y a certaines manières de faire qui ont tendance à plus m'horripiler que d'autres, en fait. J'aurais tendance à dire, les gens, s'ils viennent me voir et qu'ils me posent la question, « Mais qu'est-ce qui vous aille ? » À l'ailleurs, écoute, tu vas me parler, on va en parler. J'ai une mégalithie, c'est des décès de naissance, je me suis fait opérer.
- Speaker #1
Toi, ça ne te pose aucun problème d'en parler, d'expliquer ?
- Speaker #0
Non, il n'y a aucun souci. Par contre, j'ai tendance à ne pas moins supporter, parce que c'est, on va dire, là où ça me blase, comme on pourrait dire. Là où ça me blase, c'est... Les manières de faire, comme je te disais tout à l'heure, le gars qui m'a pris en photo, j'ai entendu le clic dans mon dos et que je me suis retournée et qu'il était en train de prendre mon pied en photo. Là, c'est plus blessant dans le sens où je me dis, en fait, il n'a même pas le respect de moi. De la personne,
- Speaker #1
oui, voilà, c'est ça.
- Speaker #0
De moi, il n'a aucun respect, en fait. Il ne me demande même pas. Et même sans me demander, en fait, ça ne se fait pas. Et les moqueries aussi des personnes. Comme je te disais tout à l'heure, quand on a été en vacances à Narbonne, ça a été nos pires vacances. Nos pires vacances, clairement. Clairement, quand les gens se moquent ouvertement d'une malformation, d'une différence, ce qui m'a le plus blessée, c'est que c'était devant mes filles. Et heureusement que j'ai mon conjoint derrière, parce que je sais que lui va réagir. Forcément, il ne faut pas être dans l'excès, mais heureusement qu'il réagit à ma place, parce que je pense que moi, je ne réagirais pas, parce que ça me... Est-ce que c'est pour me protéger que je ne réagis pas ? Est-ce que je fais la sourde oreille, comme on dit, pour éviter de... Ce qui me blesse, c'est surtout pour mes enfants. C'est mes enfants, en fait. Tu peux te moquer de moi dans mon dos, face à moi. Écoute, le plus débile de nous deux, c'est toi. Que tu te moques devant mes enfants, mes enfants, ils n'ont pas demandé d'avoir une maman mal formée. C'est moi qui ai choisi d'avoir des enfants, et elles sont arrivées dans notre famille avec ma malformation. Donc c'est... Je dirais que c'est plus, je disais, mes filles, que ça me blesse, le regard des autres. Au Puy du Fou, par exemple, quand on y était avec mes parents, j'étais en fauteuil, donc mon conjoint me poussait et mes parents étaient derrière nous, à quelques pas derrière nous, et en fait, on a croisé un couple, et la dame, au moment où mes parents passent à côté d'eux, dit « Oh ! T'as vu le pied de la fille ? » Et en fait, ma mère, tout de suite, elle a regardé, elle a fait « Non mais vous inquiétez pas, elle est pas contagieuse. » Et en fait, c'est plus ça qui est... Ouais, c'est...
- Speaker #1
Ils en souffrent aussi, de façon indirecte.
- Speaker #0
En fait, c'est plus eux, je dirais, qui en souffrent que moi. C'est plus ça qui est... C'est nul. Les gens, ils devraient même pas réagir comme ça. Les gens, ils devraient être... À la rigueur, je sais que ça choque. Je sais que c'est une différence, je l'ai dit tout à l'heure. On peut pas le cacher. Et puis même moi, quand j'ai vu la photo de moi de face, j'ai fait... J'arrive à comprendre... Le regard des...
- Speaker #1
Un peu surpris. Mais oui,
- Speaker #0
j'entends. Mais en fait, c'est soit tu le gardes pour toi et t'en parles de sort avec tes copains si t'as envie, mais c'est comme je te disais, mon petit frère, ma maman qui m'a dit que mon petit frère avait découvert sur Snapchat, sur le groupe où on clique sur la ville, où mon pied circulait. Mais ça, mais qui fait ça ? Qui fait ça ? Là, il y a un manque de respect envers l'humain, en fait, derrière. C'est ça. Et c'est plus ça qui est affligeant à notre époque. C'est ce manque de respect qu'il y a envers l'humain. On devrait plutôt se soutenir. Je ne demande même pas de soutenir. Ils ne me remarquent pas, c'est tout.
- Speaker #1
Tu sois considérée comme n'importe qui. Je suis normale. En soi, je suis normale.
- Speaker #0
Je suis normale. C'est juste que j'ai un gros pied.
- Speaker #1
Qu'est-ce que tu penses de la façon dont les médias représentent la diversité du corps ? Quelle place fait-on à la différence selon toi aujourd'hui dans l'espace public ? Alors,
- Speaker #0
c'est un peu compliqué comme question parce que j'ai l'impression des fois qu'il faut en parler parce que... Non, c'est pas bien de ne pas en parler. C'est pas bien de ne pas parler du handicap, c'est pas bien. Des fois, je trouve que c'est même exagéré en fait. J'arrive pas à dire si c'est dans l'exagération ou si c'est au contraire. Ils font un truc pour dire qu'ils ont fait un truc quoi. Genre les Jeux paralympiques, il y a carrément moins de visuels, je trouve, à la télé que les Jeux tout court. Moi, ça, c'est un truc, pour avoir regardé les Jeux d'hiver avec mes filles cet hiver. Alors, on a suivi les jeux d'hiver, et les jeux para d'hiver, il y avait carrément moins de trucs à voir. Enfin, moi, c'est le ressenti que j'ai eu. J'ai eu ce ressenti-là de... C'était moins... J'ai trouvé que c'était moins...
- Speaker #1
C'est des programmations différentes. Tu as des heures aussi peut-être moins regardées.
- Speaker #0
C'est ça. Je pense que c'est pas programmé de la même manière, ou alors c'est pas parlé de la même manière, c'est pas vécu de la même manière. On gagnait des médailles au jeu, on en... On en entendait parler. Les Jeux Paralympiques, on a gagné des médailles. Ça n'a pas fait le tour des... Je trouve que ce n'est pas pareil. On a ce ressenti. Après, ce n'est que mon avis, mais on a ce ressenti de « il faut en parler parce que sinon, ce n'est pas bien » . Mais derrière, est-ce qu'il y a une vraie intention de parler ? Le fond,
- Speaker #1
est-ce qu'il est sincère ? Est-ce qu'il est bienveillant, réellement ?
- Speaker #0
Même si, en soi, on veut être normalisé, on n'est pas normal non plus. Je veux dire... C'est pas qu'on n'est pas normal, mais... Je sais pas. Faut être un peu ouvert, un peu plus ouvert, je pense, au niveau des médias, au niveau du handicap.
- Speaker #1
Encore des choses à faire bouger, à faire avancer. Est-ce qu'il y aurait un livre, un film, une série, une chanson, une oeuvre qui t'aurait aidée, ou guidée, ou accompagnée ? Alors,
- Speaker #0
c'est un film qui... Alors, c'est pas qui m'a accompagnée. parce que j'ai découvert il est sorti il n'y a pas longtemps mais qui m'a permis d'être encore plus dans mon futur en fait de moi et c'est en juizelle, c'est le film Compostelle ok en fait c'est un truc un peu fou en fait ma maman me dit, nous propose à moi et ma petite soeur de nous emmener au cinéma ma puissante ne pouvait pas, donc j'y étais toute seule avec ma maman. Et donc, on va voir ce film, Compostelle. Je vais regarder la bonne annonce. Oui, il est...
- Speaker #1
C'est avec Alexandre Alamy ?
- Speaker #0
Oui, c'est celui-là. Oui, c'est celui-là. Le fait que ça parle d'un jeune, déjà, je me suis dit « Ah,
- Speaker #1
c'est marrant ! »
- Speaker #0
Moi qui travaille avec les élèves, je fais « Ah, c'est marrant ! » Et là, en fait, à un moment du film, c'est pas glauque, mais bon... à un moment du film, il y a une fille qui arrive et qui est amputée. Et même niveau que moi, donc mi-mollé, tout ça, où je vais être. Et là, je regarde ma mère. Et là, je fais, non mais c'est un truc de fou. Ça me suit partout. Donc je sais, en fait. C'est comme si le chemin me disait, mais regarde maintenant.
- Speaker #1
On t'envoie plein de petits signes pour te dire que t'es sur la bonne direction. Mais c'est ça.
- Speaker #0
Et en fait, ce film, je me suis dit, mais en fait, juste... C'est bête, mais juste cette actrice, je me suis dit, mais non, c'est pas possible, ça me suit. Et j'ai dit à ma mère, ça me fait un bien fou de me dire que, ouais, en fait, si ça me suit, c'est pas pour rien. C'est que je sais que c'est le bon truc. Et en plus, c'est hyper positif. Ce film, il est hyper positif. Donc non, c'est assez incroyable. C'est plus ça, en fait.
- Speaker #1
Les coïncidences, tous les signaux.
- Speaker #0
C'est surtout que tu ne le sais pas qu'il y a une fille qui est amputée dans le... Au début,
- Speaker #1
quand tu me disais ça, j'avais du mal à voir le lien, mais effectivement, je comprends.
- Speaker #0
Et ma mère non plus n'était pas au courant. Et pourtant, elle avait vu, je crois, une copine qui lui avait dit, va le voir, j'ai été le voir, il est magnifique.
- Speaker #1
Elle n'a peut-être pas fait attention à la personne.
- Speaker #0
Mais même pas. Mais ça se trouve, elle n'a même pas fait attention qu'il y avait une fille amputée. Et en fait... de la voir et de voir cette fille qui fait le chemin de compostelle elle aussi et je me suis dit mais ouais en fait vas-y on y est et c'est la meilleure décision pour ta vie de famille pour ta vie toute seule pour ta vie de femme pour tout je sais que c'est la meilleure décision maintenant intérieurement tout est intérieur je sais que ça sera une bonne chose et quelque chose de positif Il va y avoir du boulot à faire, mais... Mais je sais que c'est... C'est une renaissance. C'est ça. Et ce film, il fait vraiment penser à mon après avec une prothèse, quoi. De ce que je vais pouvoir faire.
- Speaker #1
De quoi tu es le plus fière aujourd'hui, Camille ?
- Speaker #0
De quoi je suis le plus fière ? Je dirais ma vie de famille. Ma vie de famille. De ce qu'on a construit. de ce que je peux transmettre à mes enfants avec ma différence.
- Speaker #1
Ces belles valeurs aussi, que tu as reçues et que tu transmets à ton tour.
- Speaker #0
C'est ça, et puis c'est aussi leur montrer que maman, elle est différente, mais elle est quand même joyeuse, il y a des moments de bas, il y a des moments de haut. Il n'y a pas de réelle différence à part mon pied. Donc oui, c'est tout ce qu'on a pu construire. Une des plus belles fiertés que j'ai, c'est de faire mon potager avec mon chéri. J'adore faire de... Et je me dis, mais ça, je peux le faire. Et ça sera encore mieux une fois que ça se trouve avec la prothèse. Il y a peut-être un temps d'adaptation. Mais tout ça, en fait, c'est de faire ce que j'ai pu faire avec mon pied, même faire du basket, ça a été une fierté. Je me dis, c'est pas tout le monde qui a pu faire du basket. Marcher.
- Speaker #1
à 10 mois alors que...
- Speaker #0
Et ça faut le faire, il y a peu de bébés qui marchent à 10 mois alors que ça va le former. Donc non,
- Speaker #1
T'as prouvé au monde que t'étais capable de plus que ce qu'on te présageait.
- Speaker #0
Je suis fière de la force que j'ai, tiens. C'est ça,
- Speaker #1
ouais. Qu'est-ce que tu aurais envie de dire aujourd'hui aux enfants ou aux ados qui vivent avec une différence et qui le vivent pas très très bien ?
- Speaker #0
Qu'il faut passer par du dur pour être dans le mieux.
- Speaker #1
Et ceux qui sont dans le dur là en ce moment, qu'est-ce que tu aurais envie de leur dire ?
- Speaker #0
Il faut avancer, il faut croquer la vie est pleine d'en. Parce que la vie a beaucoup. Même si on est différent, en soi on n'est pas si différent que ça. Si on regarde le monde, tout le monde, on est tous différents. Le seul truc qu'on a, c'est que nous on a un truc en plus. On a un truc qui est plus visible. On a un truc qui est plus visible que les autres, mais en soi, si on l'accepte, le monde l'acceptera. Donc... Moi, je pense qu'il faut avancer et il faut croquer la vie, il faut être joyeux. Oui, on est différents. Oui, ce n'est pas beau tous les jours. Oui, il y a des hauts et des bas, comme on dit, mais on y arrive toujours à un moment donné. Ça passe. On arrive à obtenir aussi ce qu'on veut. Je n'aurais jamais cru qu'à 30 ans passés, j'aurais un chéri, deux enfants, une maison. À 14 ans, on me le disait, j'aurais dit, avec mon pied, t'es vraiment sûr ? Maintenant, je lui dirais, bah si, vas-y. Donc, il faut y aller, il faut qu'il y aille, il faut qu'il s'accepte. Il faut passer par des moments durs, mais il ne faut pas aussi hésiter à en parler. Parler de sa différence, ça, il ne faut pas hésiter. Moi, je n'ai jamais hésité. J'en ai toujours parlé. Ça n'a jamais été quelque chose pour moi de fermé. J'en ai toujours parlé de mon pied, j'en ai toujours... Et le fait d'en parler, je pense que c'est ça aussi qui a fait que je suis bien à l'heure actuelle. C'est parce que forcément, on se libère quand on parle. Il ne faut pas qu'ils hésitent. Même si c'est à l'infirmière de leur établissement scolaire, même si c'est un autre adulte que leurs parents. Moi-même, je ne parlais jamais de mes douleurs à mes parents. Ma mère a découvert il n'y a pas si longtemps que ça, que ça fait plus longtemps que ça que j'ai vraiment mal à mon pied. Mais j'ai toujours été capable de cacher. Je pense qu'en tant que maman, elle le savait. Moi, j'étais contente de croire que je le cachais bien. Mais il faut qu'ils parlent à quelqu'un, même si c'est leur copain. Parler, c'est aussi se libérer. Merci.
- Speaker #1
Et aux familles, aux parents qui s'apprêtent à accueillir la différence dans leur vie, qu'est-ce que tu pourrais leur dire ?
- Speaker #0
Je pourrais leur dire que... Peu importe les choix qu'ils feront pour leur enfant, eux, ils feront toujours les meilleurs choix. Et s'ils ont peur que leur enfant ne s'accepte pas, c'est à eux de l'accepter avant tout. Mes parents m'ont très bien accepté, et du coup, j'ai très bien accepté aussi mon handicap.
- Speaker #1
Tu t'es vue à travers leur regard au départ. Je me suis vue comme Camille.
- Speaker #0
Je ne me suis pas vue comme Camille avec sa malformation. Donc automatiquement, en fait... Après, c'est peut-être facile à dire et pas facile à faire, parce que moi, je n'ai pas d'enfant qui a ça. Mais en soi, plus les parents l'accepteront, ils n'en feront pas une différence. Différence marquée, je veux dire. Et mieux l'enfant se sentira logiquement, normal. Moi, c'est comme ça que je l'ai ressenti. Et je pense que c'est comme ça aussi qu'il faut aborder la chose. Il ne faut pas hésiter à parler quand il y a besoin. Toujours parler.
- Speaker #1
Parler, la communication.
- Speaker #0
La communication, c'est la base.
- Speaker #1
C'est la base de tout. Qu'est-ce que tu aimerais que celles et ceux qui nous écoutent aujourd'hui retiennent de ton histoire, de ton témoignage ?
- Speaker #0
Qu'il faut toujours aller sur l'humour de son pied. De Gisèle. De Gisèle. Non,
- Speaker #1
il ne faut pas te regarder avec un regard grave, en fait. T'es heureuse, t'es là. Moi, je suis bien, en fait.
- Speaker #0
Alors, oui, il y a des moments où je n'ai pas été bien. Et ça, je le sais, moi, que je me suis rendu compte que je n'étais pas bien à certains moments de ma vie. que mon pied m'a quand même fait souffrir mais ce qu'il faut retenir c'est que j'ai beau avoir Gisèle avec moi qui me fait mal je suis joyeuse, je suis bien, je suis heureuse c'est tout ce qu'il y a à retenir et que je serai encore plus après peut-être je l'espère du moins tout ce que je te souhaite
- Speaker #1
Camille on arrive à la fin de cet entretien et au moment de la question signature du podcast Avec ton parcours, ton expérience, les rencontres qui ont rythmé ta vie jusqu'à présent, quel message tu aimerais transmettre à la petite fille que tu étais ?
- Speaker #0
Continue comme tu es, tu y vas y arriver.
- Speaker #1
Ça résume bien les choses.
- Speaker #0
Ouais, continuer à être soi-même, puis on y arrive.
- Speaker #1
Et enfin, dernière question, quel titre tu aimerais donner à cet épisode ?
- Speaker #0
Alors, j'ai beaucoup réfléchi. C'est vraiment pas simple, en fait, cette question. Et je parle souvent que ma vie est un livre fait de chapitres avec Gisèle. Et comme quoi, le chapitre de Gisèle se termine. Donc, j'aurais tendance à dire le livre avec ses différents chapitres, on va dire.
- Speaker #1
Un livre avec ses différents chapitres.
- Speaker #0
C'est ça. La vie d'un livre avec ses différents chapitres.
- Speaker #1
Super. Merci. Ça représente bien toutes les étapes par lesquelles tu es passée. C'est ça. Merci beaucoup Camille pour ces précieux partages, pour tes mots, pour ta sincérité et ta confiance aussi.
- Speaker #0
Merci à toi.
- Speaker #1
Merci de m'avoir accordé un peu de temps avant ton opération et toute l'organisation que ça demande.
- Speaker #0
Ça le fait, il y a toujours des trous quelque part.
- Speaker #1
Grâce à toi, on comprend mieux ce qu'est la mégalodactylie, mais surtout ce que ça signifie de vivre avec cette différence au quotidien. Donc encore une fois, merci beaucoup et je te souhaite le meilleur pour la suite. Et pourquoi pas, comme on disait, refaire un épisode dans quelques temps pour parler de tout ça, de l'amputation et de l'après. Ça peut être vraiment aussi intéressant. Donc avec grand plaisir pour te recevoir à nouveau sur Différences.
- Speaker #0
Il n'y a pas de souci. Moi, ça a été un plaisir aussi de me confier à toi et puis de présenter Gisèle. Gisèle.
- Speaker #1
Je répète, vous retrouverez dans les notes de l'épisode, je mettrai le lien vers ton compte Insta.
- Speaker #0
Il n'y a pas de soucis, c'est avec plaisir.
- Speaker #1
Merci,
- Speaker #0
et puis à bientôt.
- Speaker #1
Vous venez d'écouter un nouvel épisode de Différences. Merci d'avoir partagé ce moment avec nous. Si cet épisode vous a plu ou touché, n'hésitez pas à en parler autour de vous, à vous abonner sur votre plateforme d'écoute préférée, à y laisser quelques étoiles et à nous rejoindre sur le compte Instagram @différences.media pour soutenir et faire grandir le podcast. Je vous dis à très vite et surtout, souvenez-vous, nos différences sont nos plus grandes forces.