- Speaker #0
J'ai mon verre d'eau, j'ai oublié mon téléphone. Top ! Florent Maillet, docteur Maillet, Florent, ça va ?
- Speaker #1
Ça va, et toi Yohann ?
- Speaker #0
Ouais, ça va.
- Speaker #1
Ça fait longtemps.
- Speaker #0
Effectivement. Déjà, je voulais te remercier dans le micro. C'est cool parce que... Tu m'as tout de suite dit oui pour ce projet. On est chez toi à l'heure où on se parle. Merci de m'accueillir, merci de prendre de ton temps. L'idée dans ce podcast, dans cette discussion, c'est d'avoir ton expertise en qualité d'urgentiste et de médecin qui fait de la téléconsultation sur la médecine en général, mais surtout sur la prévention. Comme on en avait parlé, savoir quelle est ton expérience et comment... on va dire améliorer les choses pour que la prévention soit plus au cœur de la prise en charge médicale. C'est des messieurs et madames tout le monde qui nous écoutent. T'inquiète, je vais vulgariser tes propos si jamais il y en a besoin. Et voilà, juste pour ceux qui ne me connaissent pas, moi je suis cardiologue, je m'appelle Johan Thiaulieu et j'exerce en libéral à Saint-Raphaël. et mon projet c'est effectivement de pouvoir un peu démocratiser la prévention cardiovasculaire parce que c'est très important, la prévention en santé globale. Et voilà. Après cette intro, encore merci et je vais te laisser te présenter s'il te plaît Florent.
- Speaker #1
Très bien, déjà merci à toi d'avoir pensé à moi pour ce podcast. Du coup, docteur Florent Maillet, moi j'ai deux casquettes. La première casquette, je suis... médecin urgentiste à l'hôpital public, je suis praticien hospitalier, j'ai une expérience maintenant de 10 ans d'urgentiste et à côté de ça j'ai une autre casquette de médecin téléconsultant. la téléconsultation sur une plateforme environ. Ma répartition c'est 80% aux urgences et 20% d'activités de téléconsultation, ce qui correspond à une journée, ce qui permet de me libérer du stress des urgences. Tu me parlais de prévention, du coup, faire beaucoup plus de prévention dans mon cas de la téléconsultation que dans mon activité aux urgences où on a beaucoup moins le temps et on voit plus les patients à la phase aiguë.
- Speaker #0
Yes, tu as parlé de stress Effectivement, les urgences en France, ce n'est pas la prise en charge qui est la plus appréciée. Il y a des choses qui sont très dures, il y a des choses qui ne sont pas faciles, notamment d'un point de vue structurel. Pourquoi stress aux urgences ? Toi, ton expérience, ça fait 10 ans, qu'est-ce qui a changé ? Qu'est-ce qui a évolué ? Qu'est-ce qui peut s'améliorer ? Alors,
- Speaker #1
c'est pas du stress tant sur la pathologie des patients qu'on peut rencontrer. C'est stress, les patients sont de plus en plus exigeants maintenant aux urgences. Le temps d'attente augmente aux urgences. Du coup, on a l'impression de courir après le temps et d'essayer de faire attendre le moins possible les patients à l'hôpital. La gestion administrative et la gestion d'aval, donc l'aval c'est-à-dire... ou si un patient est à hospitaliser, où on va le mettre, et ne pas laisser les personnes âgées sur des patients brancards. On essaie le moins possible de les laisser sur des brancards, mais malheureusement, la fermeture des lits, des structures aux alentours, fait que ce temps d'attente aux urgences augmente quand le patient a besoin d'être hospitalisé. Donc plus que du stress sur du médical, c'est vraiment le stress sur tout le reste, et arriver à gérer ce flux de patients. qui est aux urgences.
- Speaker #0
Ce qui n'est pas notre métier de base. Exactement. Et ça, ça représente quel pourcentage de tes 80% d'urgence du coup ?
- Speaker #1
Ça représente toujours, de toute façon, ma journée type quand je commence une garde à l'hôpital, parce que moi je fais beaucoup de 24 heures, plus beaucoup de médecins font des gardes de 24 heures d'urgence, mais moi je fais des gardes de 24 heures encore, ce qui je crois que c'est interdit dans certaines structures. Quand j'arrive aux urgences, de toute façon, il y a la continuité des soins, donc on récupère la prise en charge des patients qui sont là depuis un certain temps, ce qu'on appelle du coup les patients brancards et à qui il faut trouver une place. Donc généralement, je récupère une dizaine, une quinzaine de patients qui sont sur des brancards à qui il faut trouver une place. Et ça me prend, je commence à 8h30 et jusqu'à 12h30-13h, je m'occupe de ces patients-là tout en devant prendre en charge les nouveaux patients qui arrivent. Donc c'est...
- Speaker #0
Donc double filière ?
- Speaker #1
Double filière, exactement.
- Speaker #0
Ok, d'accord. Donc c'est... Globalement, une visite comme moi, j'avais l'habitude de faire, plus toutes les quarts d'heure des nouveaux patients où tu dois faire ton métier de diagnostic, de prise en charge globale des patients.
- Speaker #1
Exactement. J'ai une structure d'urgence où on fait à peu près entre 110 et 150 passages par jour et entre peut-être 20% des patients à hospitaliser. Une trentaine de patients ? Exactement. Oui, hospitalisé. Et sachant que comme tu parlais de places, de visites, etc. On en parlera peut-être, mais les problèmes à l'hôpital public, c'est le personnel, que ce soit médical ou paramédical. Les structures d'aval, quand il y a des problèmes de personnel, ils arrivent à fermer des lits. Aux urgences, on ne peut pas fermer des lits. On accepte tous les patients qui viennent. Donc du coup, ça s'accumule s'il n'y a pas de place en aval.
- Speaker #0
Ok. Très bien. Et du coup, à côté de ça, je pense que tu ne fais pas les vraies urgences quand tu es dans cette position ? Si. Ok, d'accord. Donc du coup, tu peux faire du déchocage ?
- Speaker #1
Du déchocage, on récupère les transmissions. Et s'il y a un déchoc qui arrive, un infarctus ou un accident vasculaire cérébral qui arrive, il faut bien s'en occuper.
- Speaker #0
Ah non, mais je pensais que... Alors du coup... Ok. Parce que je pensais qu'il y avait des médecins qui s'occupaient un peu de la... Je ne sais pas comment vous appelez ça. Les transmissions ? Alors, pas les transmissions, mais du coup... Alors, comment je le vois en tant que médecin ? C'est l'UHCD, les patients justement brancards ou qui ne sont pas hospitalisés. Et il y avait les urgences un peu... Enfin, pas un peu, mais pas graves en gros, considérées comme la médecine générale, entre guillemets. Et il y avait après un médecin qui s'occupait des vraies urgences, des déchoquages et tout. Et donc du coup, ça, ce n'est pas le cas.
- Speaker #1
Dans ma structure, non. En fait, que tu parles du HED, donc l'unité d'hospitalisation de courte durée. Merci,
- Speaker #0
tu savais plus ce que ça voulait dire.
- Speaker #1
Chez moi, il y a 10 lits, mais comme tu peux imaginer, ces 10 lits sont vite pleins. Donc, il y a un médecin qui s'occupe de ces patients qui sont dans des lits couchés. Et il reste quand même des patients d'urgence à qui il faut trouver une place, il faut s'occuper. Donc, généralement, du côté médical, ils sont cadrés, ils sont stabilisés, et il n'y a plus qu'à leur trouver une place. Mais il faut quand même s'en occuper. Donc, ce qui me prend du temps, c'est de leur trouver une place. Mais à côté, je prends effectivement les nouveaux patients. On est deux, trois médecins sur le flux et on se répartit les transmissions entre nous. Ok,
- Speaker #0
top. J'ai bien compris. Du coup, ça, c'est 80% de ton métier pour un peu poser les bases de savoir quelles sont tes deux expertises. Donc, du coup, ça, c'est la principale. Et la deuxième, du coup, c'est la téléconsultation. Du coup, chez Medadome, on peut les citer, je pense qu'ils font du très bon travail, honnêtement. Ce n'est pas parce que tu en fais partie. Non, mais en vrai, je pense qu'ils ont couvert une partie de la médecine qui était indispensable. Et donc, effectivement, merci à eux et merci à vous. En quoi ça consiste ? Est-ce que tu peux nous dire exactement quelle est ta demi-journée ou ta journée type ?
- Speaker #1
Alors du coup, effectivement, j'ai rejoint la téléconsituation en 2020, fin 2020. On était peut-être à la deuxième vague. Très bonne période. En fait, deuxième bonne période, oui, parce qu'on était à la deuxième vague Covid et les urgences, en fait, je pense que c'est ce qui m'a permis de continuer une activité d'urgence. J'ai trouvé un équilibre dans la téléconsultation. La journée type, c'est les patients sur la plateforme Medadome. C'est une plateforme de soins non programmée, c'est-à-dire qu'on ne se veut pas médecin traitant, mais tu n'es pas sans savoir que... On a un grand déficit de médecins généralistes en France. Il y a à peu près 5 millions de Français qui n'ont pas de médecin traitant. Et sur ces 5 millions, il y a peut-être 500 000 ou 600 000 qui sont atteints de pathologie chronique et qui n'ont pas de médecin traitant, ce qui est très compliqué. Et donc la téléconsulation, pour moi, est là pour rendre service à ces patients qui n'ont pas de médecin traitant ou alors qui ont un rendez-vous dans 10, 15 jours. Et quand on a une pathologie aiguë, ce n'est pas envisageable. Donc je vois à peu près des patients de tout venant, il y a une sorte de salle d'attente virtuelle, un peu comme aux urgences, une salle d'attente, et on voit le patient d'après au fur et à mesure, et c'est de la médecine générale, et tout motif confondu, que ce soit renouvellement de traitement, ou alors pathologie aiguë comme une cystite, une gastro, ou une simple grippe, mais je pense que comme tu disais, c'est un service rendu à la population qui est en... qui a besoin de médecins et que ça soit... On pense qu'il n'y a que les milieux ruraux qui n'ont pas de médecins traitants, mais maintenant je pense que toute la France est un désert médical et que maintenant même les milieux urbains sont des déserts médicaux.
- Speaker #0
Justement, c'est bien que tu continues sur le sujet. Souvent, ce type de médecine est un peu critiqué en disant « ce n'est pas de la vraie médecine » . Qu'est-ce que tu peux répondre à cette... Critique justement, et justement faire comprendre aux gens qu'il y a un réel service rendu, même si ce n'est plus la médecine qu'on connaissait, c'est-à-dire la médecine physique avec un examen clinique.
- Speaker #1
Effectivement, la téléconsultation est très décriée, mais je pense qu'on apprend à la fac que l'interrogatoire fait 80% du diagnostic. Dis-moi si je me trompe.
- Speaker #0
Ah non, moi je suis archi d'accord. Je regarde plus d'être au travers.
- Speaker #1
Et donc du coup, la téléconsultation, on peut faire très peu d'examens cliniques, mais donc un interrogatoire poussé et la chance qu'on a avec Medadome, et c'est pourtant que je les ai rejoints, c'est qu'il y a des bornes en pharmacie, donc des bornes équipées avec des objets connectés, que ce soit un stéthoscope pour écouter les poumons, un dermatoscope pour la peau ou même un otoscope pour regarder les oreilles. Donc c'est de la téléconsultation assistée avec le pharmacien. qui permet de faire des diagnostics qui peuvent être faits en ville. Et je fais pas mal aussi de... ça permet de faire de la prévention, la téléconsultation. Donc en ce qui concerne le niveau cardiovasculaire, on a beaucoup de patients qui sont pour des diabètes, pour de l'hypertension, qui viennent renouveler leur traitement chez nous. Et on ne fait pas forcément qu'un simple renouvellement. Il y a toute la prévention, notamment voir où ils en sont de leur bilan biologique. Est-ce qu'au niveau des consultations avec les spécialistes, on va imaginer pour un diabétique, est-ce qu'il a vu le... le cardiologue, est-ce qu'il a vu l'ophtalmo pour son fond d'œil dans l'année, sa dernière amoglobine glycée. Voilà, donc tout ce qui peut, je pense, être fait dans un cabinet standard, mais nous on le fait en téléconsultation, et je pense qu'on peut faire beaucoup de prévention en téléconsultation.
- Speaker #0
Alors je suis archi d'accord. Honnêtement, je... Je pense que tu as raison, parce que je pense que la plus grande partie de la prévention ne nécessite pas d'examen clinique, elle nécessite juste de l'éducation et de la pédagogie. Et justement... Donc du coup tu as parlé de personnes qui n'avaient plus de médecin traitant et donc globalement ces personnes là qui ont une maladie chronique généralement tous les trois mois ils n'ont plus d'ordonnance donc c'est vous qui faites le renouvellement d'ordonnance et comment tu arrives à... Engager justement la consultation vers une méthode préventive pour éviter toutes les complications aiguës ou éviter toutes les aggravations de ces pathologies chroniques par exemple.
- Speaker #1
Du coup, effectivement, on fait des renouvellements courts justement pour éviter de sortir le patient du système de soins et qu'il se dise la téléconsultation c'est facile, maintenant j'aurai mon ordonnance. rapidement j'ai plus d'endroits le médecin donc on fait des renouvellements court et avec un une restriction au bout d'un certain temps si il n'a pas vu de médecin en physique on le fait plus de renouvellement ok mais après il ya des voilà il ya des cas où on peut se retrouver face à une personne âgée j'ai par exemple j'ai une personne de plus de 90 ans pour lesquels les médecins traitants est parti à la retraite ils sont la campagne ils n'ont pas d'accès aux médecins traitants Et donc du coup ils sont complètement en détresse et on ne peut pas ne pas leur renouveler leur traitement à ces personnes âgées. Mais à chaque fois on remet en discussion le suivi sur la biologie, l'orientation vers les spécialistes. Et notamment, j'avais une question à te poser, est-ce que toi en tant que cardiologue C'est moi qui pose la question ! tu renouvelles des traitements autres que par exemple l'hypertension ? Est-ce qu'il y a un diabétique qui vient de voir qui est hypertendu, qui a peut-être une arrhythmie, etc. Est-ce que s'il te demande une ordonnance Pour sa metformine, donc un médicament pour le diabète, est-ce que tu vas le renouveler ou tu vas l'orienter vers son médecin traitant ou le diabéto ?
- Speaker #0
Ça c'est une très bonne question et je vais prendre le temps d'y répondre. Il y a deux choses. Moi je me considère comme médecin avant d'être cardiologue et je pense avoir une formation qui me permet d'être... on va dire bon dans la cardiologie parce que c'est mon métier mais surtout sur les facteurs de risque cardiovasculaire donc du coup diabète clairement hypertension artère c'est mon métier et après qui me parle qui me aussi me permet d'être crédible dans à peu près enfin ouais Je sais pas, peut-être... Alors plus j'ai de l'expérience, moins ça compte, mais dans, on va dire, 70% de la médecine générale. Ça c'est la première chose. Et après la deuxième chose que j'ai vécue, c'est un sentiment négatif des médecins généralistes qui me disaient que c'était pas moi de renouveler ce genre de traitement, parce qu'en gros il y a tout un suivi derrière et tout. Et donc du coup ça je les ai écoutés, je me suis dit ok peut-être qu'ils ont raison. Mais après force est de constater qu'il y a cette conjoncture et donc du coup les patients n'ont plus de médecins traitants. Quand ils ont parfois des médecins traitants, ils mettent 2, 3, 4 semaines à avoir un rendez-vous. Et c'est pour ça que j'ai, on va dire, orienté ma pratique vers une prise en charge un peu plus globale. Et donc du coup, oui, je renouvelle la metformine. Et après, la troisième chose que je voulais dire, c'était aussi sur les indications des traitements. Maintenant, de plus en plus de traitements, notamment le Forciga, par exemple, pour ne pas le citer, a une indication cardiologique, une indication néphrologique, une indication diabétologique. Et donc, du coup, on se doit d'être à la page sur ce genre de traitement. Et donc, du coup, si jamais tu es à la page sur un traitement antidiabétique, tu dois forcément l'être sur plusieurs autres traitements. Et donc... Je pense qu'en tant que cardiologue, en tout cas en prévention cardiovasculaire, moi je m'oblige à déjà renouveler les traitements de tout ce que je connais, et de faire de l'éducation sur toutes les pathologies, parce que tout est intriqué entre l'hypertension artérielle et l'insuline en résistance. Donc voilà, une réponse longue. Oui, je renouvelle les traitements.
- Speaker #1
Ça fait plaisir à entendre.
- Speaker #0
Et après, franchement, je... Je... Enfin, vraiment, je... J'ai eu... Parce que du coup, j'étais un jeune... Enfin, je suis encore jeune libéral. Ça fait... Ça fait à faire ma sixième année, cinquième année où je suis libéral. Et donc du coup, au tout début, tu écoutes un peu tes confrères. Moi, je ne savais pas comment ça se passait et tout. Et donc du coup, en plus, sorti de mon clinica où je savais tout faire, là, je connaissais tout et tout. Je me disais, OK, en fait, je prenais le temps d'expliquer et tout. Et j'ai eu ce sentiment des médecins généralistes. Et après, ce que j'ai envie de dire aussi, c'est que moi je ne m'occupe pas de mes confrères. J'ai signé le serment d'hypocrate, c'est pour m'occuper des patients. Et en fait, dit vulgairement, mais laisser des patients en galère alors qu'ils te disent que j'ai des rendez-vous, j'ai plus de rendez-vous, j'ai pas de médecin traitant, et dire non, moi je suis monsieur cardiologue qui renouvellait le zéro traitement. ou que des traitements cardiologiques, je pense que ça n'a peut-être pas à l'encontre, mais en tout cas, ce n'est pas dans la logique dans laquelle je voulais exercer ce métier. Donc voilà, vraiment.
- Speaker #1
Ok, très bien. Franchement, félicitations à toi parce que ce n'est pas le discours qu'on a de tous les patients qu'on peut avoir. Quand on a un patient diabétique, typiquement, moi, quand j'ai en téléconsultation, je leur dis votre ordonnance, il y a de la metformine, etc. Si vous voyez votre diabétologue ou votre cardiologue le mois prochain, demandez-lui s'il peut vous dépanner pour une ordonnance de six mois, il vous aura pris une tension, il vous aura examiné, etc. Il sera plus à même de vous renouveler le traitement sur le long terme si votre médecin traitant vous n'en avez plus ou si votre diabétologue n'est pas disponible avant un certain temps. Merci. Donc franchement...
- Speaker #0
Après, l'idée, c'est que mon discours, il n'est pas du tout culpabilisateur de mes confrères et tout. Après, il est vrai que j'ai adapté ma pratique pour pouvoir le faire. C'est-à-dire que je travaille en équipe, j'essaye de prendre le temps parce que, encore une fois, à travers ce podcast, à travers ma logique médicale, je pense que la pédagogie est très importante. Et donc, du coup, on essaye vraiment d'avoir un parcours de soins au sein de ma structure pour pouvoir effectivement prendre en charge tous les facteurs de risque cardiovasculaire et même toutes les comorbidités qui sont liées avec la pneumologie, avec l'endocrino. Après, il est vrai que ce qui est vrai pour la médecine générale, c'est aussi vrai pour les cardiologues. Il en manque de plus en plus. On n'a pas forcément le temps de se pencher sur tous les dossiers et tout. Et il est vrai que... Il est facile de dire que ce n'est pas à moi de m'en occuper. Moi, j'ai juste pris la responsabilité de m'en occuper parce que j'aime ça et je pense que c'est notre métier. Mais aucun sentiment culpabilisant de mes confrères. Ok. J'avais une question, est-ce que ça t'arrive souvent d'avoir de la, ce que j'appelle prévention primaire, c'est-à-dire des patients qui ne se plaignent de rien, qui n'ont pas de pathologie chronique, mais par contre qui veulent s'occuper de leur santé et qui se disent, ok, j'ai 25, 30, 40 ans. Je veux vraiment savoir si tout va bien et justement dépister ces maladies chroniques qui sont souvent asymptomatiques.
- Speaker #1
Alors, je fais pas mal de... Du coup, comme je disais, prévention primaire, pas tant aux urgences que je n'ai pas le temps. Je les vois plutôt à la phase aiguë, quand ils sont soit en pré... Ils ont déjà fait un épisode aigu, que ce soit un AVC, un infarctus ou ce genre de choses. Donc, je fais beaucoup plus de prévention primaire en téléconsultation. Et je peux te prendre l'exemple, typiquement, d'un renouvellement de pilule en téléconsultation chez une patiente qui fume. Donc, c'est un facteur de risque de maladies thrombo-emboliques, association de pilule et tabac. Donc, je fais beaucoup de prévention, C'est plus que moi, là, pour le... pour le tabac, une patiente qui fume qui vient renouveler une pilule, je fais de la prévention sur le tabac, sur les risques, sur les moyens d'arrêter. Donc typiquement ça. Et il y a effectivement de plus en plus de patients qui demandent des bilans, ce qu'on appelle de routine. Donc ça m'agace un peu quand ils viennent me voir en me disant « je voudrais un check-up total routine, j'ai 25 ans » . Donc s'ils n'ont pas eu de bilan récent et pas de problème de santé, je leur fais. Après si c'est un patient qui vient tous les ans pour avoir son bilan de routine alors que le bilan de l'année d'avant était normal, celui-là je serais plutôt dans l'éducation, dans éviter le consumérisme de soins. Un peu comme, je ne sais pas si tu as vu au laboratoire, maintenant on peut aller au laboratoire où ils font des bilans en fonction de ce qu'on veut, que ce soit bilan ST ou bilan facteur du risque cardiovasculaire. Certains laboratoires qui proposent ce genre de choses sans ordonnance. Et où c'est le patient qui paye, ce n'est pas remboursé, mais c'est le patient qui paye en fonction de ce qu'il coche à l'arrivée au laboratoire.
- Speaker #0
Ok, alors ça c'est une bonne chose, on est d'accord ou pas ?
- Speaker #1
Alors c'est une bonne chose, mais il faut éviter... À un moment, qui lira les résultats ? Ah oui, alors oui. Le patient qui ira faire son bilan et qui, au laboratoire, ira faire un petit peu ce qu'il veut derrière. Le patient dans la nature avec ses résultats, qui les lira derrière ?
- Speaker #0
Alors du coup, effectivement, je n'avais pas pris ça sous cet angle. Parce que du coup, moi, je suis d'accord avec toi sur le consumérisme médical, de ne pas trop, on va dire... de ne pas trop pousser. Après, le principal argument que j'avais, c'était concernant la solidarité nationale. Et donc, du coup, c'est tout le monde qui paye ce consommérisme. Et je pense qu'effectivement, si jamais tu veux savoir si tu es en bonne santé et si tu veux le savoir trop souvent, il y a un moment où tu dois mettre la main à la poche. Mais après, effectivement, je n'avais pas le côté... qui voit les résultats. Et donc, toi, tu penses que c'est qui qui doit voir ces résultats ?
- Speaker #1
Alors, normalement, en France, tout médecin prescripteur est responsable de ce qui prescrit. Donc, moi, ça m'embête de parfois d'abord interpréter un bilan avec plein de choses dessus que moi, je n'aurais pas forcément demandé en fonction du motif. Et c'est sûr qu'à force de faire des examens, des examens, on va trouver quelque chose et qui, si ça se trouve, ça sera anodin et qu'à force de chercher...
- Speaker #0
Ok d'accord, donc du coup l'idée c'est que pour que les gens comprennent, par exemple, le patient veut faire un check-up complet, il sort une CRP, la CRP est à 50 alors qu'il se plaint de rien et toi ça t'embête effectivement d'analyser cette CRP parce que ça peut être de la merde comme ça peut être une peritonite.
- Speaker #1
Tu peux avoir un équicool, avoir 52 CRP et avoir quelque chose de plus grave avec 52 CRP mais... Là je vais rebondir sur, j'ai eu typiquement en téléconsultation il y a une ou deux semaines, un patient s'était vu prescrire un bilan avec le dosage de l'insuline. Et moi, il m'a dit, le médecin m'a dit que je faisais un pré-diabète, il m'a dosé ça. Donc la glycémie à jeun était normale, tout était normal, mais par contre son insuline, son insuline était élevée. Donc je pense que tu as plus l'habitude que moi de ce genre de choses. Du coup, moi, face à ça, le patient m'a dit je fais un pré-diabète, qu'est-ce que je fais ? Donc moi, à part lui dire les régions diététiques, ce genre de choses, je lui ai dit pour l'instant, vous n'êtes pas diabétique, vous avez probablement un facteur de risque de le devenir, mais votre résultat, clairement, là, je n'ai pas de thérapeutique en tout cas à vous donner à ce stade. Donc je l'ai effectivement orienté vers médecin traitant, diabétologue, cardiologue, la totale, mais je ne savais pas quoi lui répondre face à cette biologie que moi-même, je ne prescris pas de base.
- Speaker #0
Ok, très bien. Alors je vais te donner mon avis, même si tu ne m'as pas demandé. Je pense que tu as bien fait, honnêtement, l'insinuant résistance. Effectivement, j'ai beaucoup plus l'habitude parce que je le presserai en bilan de prévention. Parce que moi, mon avis, c'est que, en fait, commencer un traité quand on devient diabétique, je pense que c'est trop tard. Et effectivement, il y a tout un panel de règles hygiéné-diététiques qu'il faut dire bien avant pour, effectivement, éviter d'être diabétique. Mais là où je te rejoins, et c'est... Une question que je te pose, c'est en fait quand tu ne sais pas, est-ce que tu dis tu ne sais pas ? Ou est-ce que tu brodes comme certains médecins ? En fait, ma vision des choses, c'est que là sur l'insulino-résistance, moi personnellement à ta place, ce que j'aurais répondu, c'est que je ne suis pas forcément le bon professionnel de santé pour y répondre. Et donc du coup, je vous invite à voir votre médecin traitant et votre endocrine.
- Speaker #1
Alors moi, je n'ai aucun problème à dire que je ne sais pas en médecine.
- Speaker #0
Trop bien !
- Speaker #1
Comme aux urgences, moi, quand je leur dis c'est grave ou pas grave, mais là, je n'ai pas de diagnostic à vous donner, je pense que les patients ont confiance en la médecine et aux médecins. Et quand leur médecin leur dit c'est pas grave, ils ont confiance en le médecin. Mais quand on ne peut pas être bon dans tout, quand je ne sais pas, clairement, je dis je ne sais pas et j'oriente vers le spécialiste. C'est pour ça qu'il y a des spécialistes.
- Speaker #0
Trop bien. De l'autre côté, du coup, côté urgence. Alors, question un peu globale, mais quelles urgences réelles tu vois arriver le plus souvent, on va dire, qui seraient clairement évitées par une méthode de prévention qui est connue de la communauté médicale, mais qui n'est pas assez répétée ? pour monsieur ou madame tout le monde ?
- Speaker #1
Je ne vais pas te surprendre avec ma réponse, mais tout ce qui est effectivement les complications des facteurs de risque cardiovasculaire, que ce soit l'infarctus aigu du myocarde, l'accident vasculaire cérébral, toutes ces pathologies qui, avec un peu de prévention, peuvent être évitées. C'est celle-là en priorité. Après, les découvertes... Alors,
- Speaker #0
ma question c'est, pourquoi tu l'as mise en priorité ? Parce que c'est... Alors ouais, pourquoi tu l'as mise en priorité ?
- Speaker #1
Parce que... Après il y aurait... Est-ce que c'est du cardio ? Non, c'est des pathologies que j'ai le plus fréquemment d'urgence. Après, en prévention, il y aurait tout ce qui peut être... Maintenant, on se rend compte que... que avec les habitudes de vie, que tout ce qui est cancer, ça pourrait être évité si on évitait certains éléments ou ce genre de choses. Mais je pense qu'en priorité, c'est toutes les complications liées au tabac, liées au cholestérol, liées au diabète, etc. Et donc tout ça, c'est ce qui pourrait être des pathologies qui pourraient être prises, soit évitées avec l'hygiène, l'éducation, etc. ou mieux prises en charge sur le plan médical. Moi, j'ai eu des patients arrivés en... avec des diabètes en bout de course qui sont pas du tout équilibrés, qui sont pas du tout pris en charge.
- Speaker #0
Ça t'arrive souvent ?
- Speaker #1
Ah oui oui oui les patients ils arrivent, de toute façon aux urgences je dis toujours soit le patient il vient, il a de la fièvre depuis 30 minutes et il est aux urgences, soit il arrive, ça traîne depuis un bout de temps et il arrive complètement en bout de course aux urgences. Donc on a les deux types de profils.
- Speaker #0
Ok je t'ai posé la question mais du coup Du coup je suis... Euh... pas content, mais c'est à peu près la statistique, je suis content que tu le dises, mais les maladies cardiovasculaires, c'est la première cause de mortalité dans le monde, c'est la deuxième cause en France, c'est-à-dire la première cause qui est le cancer. effectivement toute la prise en charge des facteurs de risque cardio-sculaire effectivement là où je me suis spécialisé est très importante parce que la majeure partie est asymptomatique la majeure partie on le sait mais ça n'arrive que trop tard et moi ce que j'ai envie de dire en cardiologie c'est que ce que je dis souvent c'est que tout va bien jusqu'à temps que ça aille mal est-ce que toi dans ton expérience tu as le Tant de faire juste... Enfin, parfois ça t'arrive de faire de la prévention, enfin de faire de la prise en charge thérapeutique des urgences. et d'allier un peu de prévention ou pas du tout parce que le temps ne le permet pas, parce que ton métier ne le permet pas, parce que tu as d'autres choses à penser ?
- Speaker #1
Alors j'en fais un peu, déjà dans tous les cas quand je réoriente les patients vers les spécialistes, le temps et la pathologie pour lequel je fais c'est le diabète, parce qu'on nous arrive d'avoir des découvertes de diabète aux urgences qui ne nécessitent pas forcément une hospitalisation, typiquement je pense au diabète de type 2, des patients qui arrivent avec une... Une biologie faite en ville avec un dextro au plafond mais qui finalement sur le reste de la biologie ça peut être pris en charge en ambulatoire et de toute façon c'est des patients qu'on peut pas et qu'il n'y a pas forcément de place pour les hospitaliser donc ça m'arrive de faire un peu de prévention, d'introduire un peu, on parlait de la metformine tout à l'heure, un peu de metformine et les remettre dans le circuit avec un hôpital de jour avec le service de diabétologie avec qui je travaille donc ça serait pour l'hypertension aussi parfois je mets des traitements. des traitements courts en leur disant revoyez votre médecin, moi je vous donne ce traitement là, si la tension reste élevée dans les prochains jours, vous prenez le traitement. Mais il faut vraiment que vous voyez un cardiologue ou votre médecin traitant pour le suivi. Donc je pense que les pathologies pour lesquelles je fais de la prévention, c'est effectivement le diabète, l'hypertension, le tabac. Chez les patients BPCO, de réduire leur consommation de tabac. Mais sinon de la prévention plus réduire, ce n'est pas ma première casquette aux urgences.
- Speaker #0
Très bien. Je suppose que tu vois des gens qui reviennent.
- Speaker #1
On a nos habitués.
- Speaker #0
Ma question, c'est, du coup, s'ils reviennent, c'est qu'il y a quelque chose qui n'a pas marché. Enfin, pas chez toi, mais en amont ou en aval. Qu'est-ce que tu... Alors, de ton expertise, moi, ce que j'aime bien, la raison pour laquelle je t'ai choisi... je ne te l'ai pas dit d'ailleurs, c'est que tu as un peu aux deux côtés de la chaîne, tu as les urgences et tu as la consultation où globalement tout va très bien, la téléconsultation où tout va très bien et les urgences où normalement tout va très mal. Et donc du coup, qu'est-ce que selon toi, il doit changer, enfin on doit changer dans le système, on va dire français, pour que… Il n'y a plus ces personnes qui reviennent ou qu'il y a une prise en charge optimale après un passage en urgence. Prenons l'exemple de la poussée hypertensive, par exemple. La poussée hypertensive, pour que tout le monde sache, tu prends ta tension artérielle parce que tu as peut-être mal à la tête. Tu as 21 de tension artérielle. Appel, je sais pas, les pompiers, ou enfin je sais pas, et on te dit d'aller aux urgences parce qu'il faut faire baisser la tension artérielle et parce que potentiellement il y a des complications possibles. Toi tu fais ton métier, tu fais baisser la tension artérielle et en gros tu leur dis, allez voir votre médecin traitant initialement ou un cardiologue pour équilibrer tout ça. Il revient parce que... Je sais pas. Qu'est-ce qui, selon ton expérience, n'a pas marché, par exemple dans ce côté-là ?
- Speaker #1
Soit, premièrement, il n'a pas trouvé de médecin pour le suivi, soit il n'a pas cherché, ça arrive. Parfois, je dis même à des patients, je me mets sur Doctolib pour ne pas les citer, je leur dis, tenez, il y a un rendez-vous dans moins d'un mois, prenez-le. C'est possible parce que beaucoup de médecins, de patients viennent aux urgences en disant, j'ai pas de médecin traitant, je trouve pas de rendez-vous avec le cardiologue, etc. Et les urgences, c'est la facilité. C'est la porte d'entrée de la médecine entre guillemets. Donc les orientent. Après je pense qu'il peut être mis en place, ça serait, il y en a de plus en plus les IPA, les infirmiers de pratiques avancées. Je pense que pour la prévention et l'éducation thérapeutique, ils sont hyper importants si jamais il n'y a pas de place chez le médecin. Et les IPA ils sont toujours en relation avec un médecin si jamais il y a un problème médical aigu pour réorienter le tir. Donc je pense que le problème en France c'est... C'est l'éducation thérapeutique et la prévention. Je pense que depuis le plus jeune âge, ça pourrait être mis en place dans les écoles avec des intervenants. Mais vraiment, la prévention en France, c'est un vrai problème.
- Speaker #0
Archie d'accord. Honnêtement, les infirmières à pratiques avancées, je suis aussi d'accord. J'ai appris à travailler avec elles récemment. Moi, il y a une équivalente. avec qui je travaille tous les jours. Tu sais si jamais ce réseau-là est implanté dans la capitale ou pas ?
- Speaker #1
J'ai des IPA, j'en ai même un aux urgences, qui est spécialisé aux urgences, mais il y en a dans les services.
- Speaker #0
Désolé, c'est quoi son rôle ?
- Speaker #1
Son rôle, c'est qu'il fait un petit peu de tout ce qui est médecine ambulatoire, il est autonome. Il prescrit les radios facilement avant que le médecin le voie, après il revoit avec le médecin la radio. En fait, il fluidifie le flux pour les petites pathologies. Et il a aussi cette vision quand il voit un patient qui peut s'aggraver avec son expérience d'infirmier, parce que c'est un infirmier avec une certaine expérience. Parfois, moi, je lui fais plus confiance avec son expérience d'infirmier et ses deux ans d'infirmier de pratique avancée. que certains jeunes internes qui arrivent, parfois il a plus de feeling et il sent que le patient va partir en cacahuètes et je lui fais totalement confiance quand il est en voie et qu'il me dit lui par contre je le sens pas donc après en ville j'ai deux visions des IPA en ville, il y a des médecins qui me disent ils sont, on va parler gros sous, mais ils sont mieux payés que nous la consultation et dès que ça vient de trop compliqué ils nous les renvoient et la vision où aussi ils sont très bien pour absorber typiquement le renouvellement d'ordonnance que peut pas faire le médecin, il n'a pas le temps, il les réoriente sur l'IPA. Donc j'ai les deux sons de cloche et je pense que c'est encore un métier, les IPA on l'a depuis pas assez longtemps, on n'a pas assez de recul pour avoir clairement leurs bénéfices. Je pense clairement pour l'éducation thérapeutique, ils sont parfaits. Il y a beaucoup d'IPA typiquement... Moi j'en ai en diabéto où ils ont fait 30 ans de diabéto à l'hôpital en éducation thérapeutique ça va montrer aux patients comment se piquer, équilibrer son diabète et je pense qu'en ville elles ont toute leur place et elles sont même parfois je pense une EPA qui a fait de la diabéto et qui au niveau de l'éducation thérapeutique elle est top je pense qu'elle peut même mieux que certains médecins et elle a plus le temps que le médecin pour former le patient.
- Speaker #0
effectivement il ya deux choses sur lequel je veux rebondir c'est effectivement le fait de reconnaître la qualité et l'expérience de certains infirmiers et même de toute la filière paramédicale. Moi, j'ai un énorme respect pour eux et elles. Parce qu'effectivement, moi, dans ma formation... J'ai appris beaucoup de choses par mes pères, par mes patrons. Mais je sais que des infirmières m'ont quasiment tout appris, que ce soit en réa, en musique, ou tu es en galère, dans une urgence et tout, et que tu ne sais pas quoi faire. Et qu'en fait, elles, elles ont l'expérience. Elles te disent que, du coup, certains médecins auraient fait ça, Et c'est ce que tu as dit, quand ça pue, il n'y a pas 36 jours d'affaires. Donc, oui, archi d'accord. Et après, la deuxième chose, c'est effectivement, je pense qu'il y a une partie qui a été négligée, je pense, ces derniers temps, c'est le temps passé auprès du patient. Parce qu'effectivement, tout le côté médical, il faut traiter, il faut diagnostiquer, il faut prendre en charge. Mais je pense qu'il faut parler, il faut expliquer. Et je pense que toi, ça t'arrive, moi, ça m'arrive, que tous les médecins s'arrivent, c'est que parfois, on n'a pas le temps, on est un peu... absorbée par notre travail et je pense que oui effectivement le côté paramédical, l'infirmière d'expérience ou l'infirmier d'expérience peut clairement prendre le temps de répondre précisément aux patients et justement éviter ces réhospitalisations, ces repassages aux urgences parce que elle a expliqué que une tension artérielle moi j'étais un peu frappé sur le nombre de patients qui ne savaient pas la définition d'une hypertension artérielle alors qu'ils étaient sous traitement et qu'ils avaient vu un médecin et tout donc... Effectivement, archi d'accord. Le cancer, tu en as touché deux mots. Ça t'arrive souvent aux urgences ?
- Speaker #1
Malheureusement, beaucoup trop. Découverte de cancer aux urgences, il y a des stades qui sont beaucoup trop avancés. Moi, je ne fais jamais d'annonce de cancer aux urgences, parce que je ne vais pas t'apprendre. Un cancer, c'est une preuve histologique. C'est un diagnostic que j'évoque, mais quand je vois un patient qui arrive en occlusion, c'est-à-dire qui n'a plus de gaz, qui n'a plus de sel, qui vomit, etc., On sait très bien que la première cause c'est le cancer du côlon qui est tellement gros qu'il obstrue les voies digestives et malheureusement j'ai beaucoup et j'ai beaucoup aussi j'ai été frappé aussi par l'âge parfois de découverte de ces cancers. J'ai des découvertes de patients qu'on nage donc qui approchent la quarantaine sur des cancers du côlon chez les jeunes femmes des cancers du sein des cancers du col donc Merci.
- Speaker #0
Ça, apparemment, c'est un vrai fléau. Honnêtement, je n'ai pas cherché le PubMed, les statistiques et les études, mais tu n'es clairement plus le seul médecin à me dire que les cancers arrivent de plus en plus tôt.
- Speaker #1
Oui, il y a un cas qui m'a frappé. J'ai eu une jeune femme récemment qui avait accouché six mois auparavant et qui, six mois après, se retrouve aux urgences pour des saignements abondants. C'était un cancer du col. le col de l'utérus. Ce qui m'a paru bizarre, c'est qu'elle a couché six mois avant, donc à un moment, son col a été examiné. Soit le cancer a été fulgurant, soit il y a eu un problème quelque part. Cancer du sein, j'ai eu pareil, cancer du colon chez des 40 ans, chez des jeunes. Après, je pense que c'est des 40 ans cancer du colon, il devrait y avoir peut-être des antécédents dans la famille qui auraient fait qu'il il y aurait une colo précoce. Mais... Généralement, la moyenne d'âge découverte des cancers, c'est entre 60 et 80, où on fait des diagnostics parfois pas très beaux, pas très beaux d'urgence. Ça, je pense, ça aurait pu être évité avec, typiquement, le cancer du côlon, avec les mots cultes, et après avoir la coloscopie, je pense, facile en cas de...
- Speaker #0
Alors, du coup, on repasse sur le côté téléconsultation. Ça t'arrive de faire des... pas des campagnes de dépistage, mais en fait de... Femme,
- Speaker #1
alors je sais pas, la mammographie c'est 50 ans. Alors, je rebondis encore sur le renouvellement de pilules, mais typiquement dans mon abacle de renouvellement de pilules, je renouvelle pas la pilule sans avoir demandé à la patiente est-ce que vous avez fait un frottis dans les 5 ans ? Est-ce que au niveau des seins, quand vous palpez les seins, est-ce que vous avez senti les sensibiliser à l'autopalpation ? Ah si, c'est systématique, oui. Et pour le cancer du côlon, pas trop ? Est-ce qu'il n'y a pas trop de... J'arrive. Je ne vois pas comment trop je pourrais l'aborder en téléconsultation sur des motifs, à part si le patient, il me dit qu'il vient pour des saignements digestifs, souvent c'est des hémorroïdes, mais je le sensibilise, s'il a plus de 60 ans, à lui dire faites attention, il faut quand même faire les mots cultes et peut-être même prévoir une coloscopie.
- Speaker #0
Et ce discours-là, du coup, typiquement sur la femme jeune et tout, tu les sens réceptifs les patients ? Non. Ok, d'accord.
- Speaker #1
Je pense que par le fait de leur jeune âge, ils ont l'impression d'être intouchables et que ça ne peut pas arriver à soi.
- Speaker #0
Ok, alors j'aimerais juste poser deux secondes sur ça parce que du coup, j'ai ce même ressenti. Moi, typiquement, ce qui m'arrive le plus souvent en consultation... Un homme, je ne sais pas, homme jeune, 26 ans, qui vient parce que, entre guillemets, sans lui manquer de respect, il a quelque chose, une extra-systole ou quelque chose de bénin au niveau du cœur, une douleur qui s'avère être intercostale, mais qui, on va dire, prend la tension artérielle et je trouve un vrai 170 mm de mercure de systolique. que je confirme par auto-mesure ou par mesure ambulatoire, et que je revois une de mes collègues infirmières pour lui expliquer. Et j'ai deux difficultés, c'est lui faire comprendre que la complication ne va certainement pas arriver maintenant, mais dans 20, 30, 40 ans. Et par contre, la deuxième chose, c'est le fait... cette réticence ultime de prendre un traitement à un âge jeune. Est-ce que toi, tu as cette expérience ? Et moi, je ne veux pas leur faire peur, je ne veux pas dire... Parce qu'une fois, il y a certains de mes confrères, surtout à l'ancienne, qui disent « Non mais si jamais vous ne prenez pas ça maintenant, en gros, vous allez mourir demain. » Je leur dis « Moi, je ne suis pas devant. » Mais voilà, effectivement, c'est une des possibilités. Toi, comment tu gères ce genre de... Je ne sais pas, un patient, par exemple, diabétique, qui ne veut pas prendre de traitement parce que... Enfin, tu as cette expérience en téléconsultation ? Alors,
- Speaker #1
les diabétiques, généralement, ils ont été... Ils sont diabétiques, enfin les diabétiques de type 1, en tout cas, ils sont diabétiques depuis tout jeune. Donc, généralement... eux ils prennent bien leur traitement. Après effectivement le jeune hyper tendu, je pense que c'est le genre de patient qui va prendre son traitement un mois ou deux puis va potentiellement l'arrêter par la suite. Donc oui je ressentis que les jeunes se sentent intouchables. C'est certain. Après il y a certains médicaments qu'ils aiment bien prendre, tu vois typiquement là tu dois en avoir des patients. Les analogues de la GLP1, je vais profiter de ce podcast pour refaire un peu de prévention, mais faire très attention avec ces traitements et que ce n'est pas des bonbons. Moi, j'ai un nombre de complications sous les os en pique, les pancréatites. Ok,
- Speaker #0
alors du coup, vraiment, effectivement, ce sont des traitements que je prescris.
- Speaker #1
En n'étant pas diabotologue.
- Speaker #0
Non, non, oui, oui, voilà, parce que du coup, je peux... Alors du coup, l'os en pique, clairement, parce que du coup, il y a des patients. Typiquement. Je parlais des multi-indications de traitement anti-diabétique. L'osimpique est passé en classe 1 chez les patients diabétiques et cardiopathies chimiques, chez les diabètes non contrôlés. Et donc du coup, je dois prescrire de l'osimpique. Encore une fois,
- Speaker #1
ce n'est pas tous les cardiologues qui presseraient l'osimpique.
- Speaker #0
Alors, je suis archi d'accord. Mais là, par contre, je pense que c'est un... sans encore une fois avoir les côtés moralisateurs et récupérateurs, mais je pense que c'est un défaut de formation. C'est-à-dire qu'à partir du moment où tu as des recommandations européennes qui sont claires et en gros qui te disent qu'il faut presser ce traitement en cas de pathologie, c'est un peu un manque de chance pour le patient. Et donc du coup, là, c'est un autre sujet. Mais tous ces analogues de GLP1... Du coup, c'est un fléau ? Il y en a beaucoup qui en prennent ? Du coup, c'est prescrit parfois en téléconsultation ?
- Speaker #1
Non, alors du coup, de tous les cas, la primo-prescription, non, parce qu'il y a un formulaire à remplir sur Amelie Pro.
- Speaker #0
C'est notre site pour le côté médical.
- Speaker #1
Donc non, on n'a pas accès à ce genre de formulaire pour initier cette prescription. Mais je pense que quand on renouvelle ce genre de traitement, il faut s'assurer qu'il soit dans les bonnes recommandations. Parce que typiquement, l'osampique, tu en parlais pour les diabétiques, donc les diabétiques de type 2, mais il y a aussi le Wengovil, qui est chez les patients en surpoids. Et je pense que parfois il est surpris dans les mauvaises indications. Et même parfois il y a du marché noir, on peut s'en procurer chez les jeunes, notamment l'osempique, ils ne le prennent pas avec les bonnes, ou alors ils vont tester chez le copain qui a de l'osempique, et il s'est détourné parce que ça a des effets pour maigrir. Et du coup ils le prennent à mauvais escient, et que derrière moi je les vois récupérer, je les récupère aux urgences, donc je suis avec des pancréatites. Ouais, ils sont complètement HS, ils vomissent leurs tripes. Et quand on creuse, on voit que ça n'a pas été introduit à bon escient.
- Speaker #0
Ah ouais, donc ok. Mais je pense que c'est très important. Du coup, on va prendre deux minutes. Donc, Ozempic, Wegovi, Monjaro, donc du coup, Analogue GLP1, ça a fait... La une depuis maintenant un ou deux ans parce que c'est effectivement les traitements qui sont... Initialement l'osampique c'était un traitement pour le diabète, donc du coup c'était très efficace pour diminuer la hemoglobinité et stabiliser la glycémie. Mais donc du coup l'un des effets secondaires c'était la perte de poids et effectivement les laboratoires... se sont dit que...
- Speaker #1
On fait un lobby là-dessus.
- Speaker #0
Ouais. Après, moi, je vais te donner, parce que du coup, c'est marrant, enfin, c'est marrant parce que j'en ai parlé, effectivement, hier soir avec une de mes potes qui galérait avec la prise de poids, enfin, avec sa fausse poids, mais je continue. Et donc, du coup, oui, du coup, ces laboratoires ont fait des études très bien menées, enfin, voilà, sur l'efficacité de la perte de poids et sur l'efficacité sur la mortalité cardiovasculaire. Et donc, du coup... pourquoi il y a eu ce... ce... ce raz-de-marée. Et c'est là où, en fait, je suis un peu... dubitatif, c'est que chez certaines personnes, donc du coup tu as bien dit qu'il y avait des indications en France je crois pour que ça soit prescrit, alors je me... ce sera corrigé mais c'est à IMC supérieur à 35 ou IMC supérieur à 30 et deux facteurs de risque cardiovasculaire. Ouais,
- Speaker #1
pour le Wegovi.
- Speaker #0
Ouais, pour le Wegovi et l'osampique c'est diabète de type 2.
- Speaker #1
Diabète de type 2 avec échec des règles hégienétiques. Ouais, voilà, exactement.
- Speaker #0
Et donc du coup, il y a quand même... Donc du coup, moi je vais parler du Wegovi chez les personnes obèses. Donc du coup... IMC 30 et IMC 35 c'est obésité obésité et obésité sévère il y a quand même une démission de la mortalité cardiovasculaire de près de 25% et c'est ça qui a fait un peu le enfin qui a un peu agité toute la communauté médicale en disant bah en fait ces médicaments sauvent la vie et évitent les événements cardiovasculaires et donc du coup toi ce que tu dis c'est que dans ton expérience ce genre de traitement il y a en fait une Soit une mauvaise prescription, soit une mauvaise utilisation, et ça entraîne des complications graves. Du coup, pancréatite, c'est l'inflammation du pancréas, on peut mourir d'une pancréatite. Du coup, après, diarrhée et troubles digestifs, qui est l'un des effets secondaires, mais assez costauds parce qu'il y a une urgence. Ça, ça arrive souvent. Ouais, quelle est ton expérience sur ça ?
- Speaker #1
J'en ai facilement, je pense, après je ne suis pas posté aux urgences tous les jours, mais moi j'en ai facilement deux par mois. Ah ouais,
- Speaker #0
quand même, ok, d'accord.
- Speaker #1
Ouais, c'est pas... Donc tu vois, c'est deux par mois qu'ils passent aux urgences. Et puis c'est des patients, tu parles de prévention, que ça diminue la mortalité, etc., mais c'est pas... Est-ce que les patients qui prennent ça, ils prennent ça pour maigrir ? Ou ils prennent ça parce qu'ils sont conscients que ça va diminuer leur...
- Speaker #0
Je suis archi d'accord que c'est pour maigrir. Je pense effectivement que, et c'est exactement le débat que j'avais hier soir, c'est en fait, est-ce que ce n'est pas la facilité de prescrire et d'avoir ce traitement alors qu'effectivement, on sait que les règles du gynéasétique, une bonne alimentation, un bon sommeil, faire du sport... Désolé, j'aurais dû me dire en premier, faire du sport, une bonne alimentation, faire du bon sommeil. C'est la base, en fait, c'est les piliers d'une vie saine et d'une vie sans complications et sans maladies chroniques. ça c'est le débat moi je pense honnêtement que je prescrirai toujours ces régles hygiénéthétiques je pense que le ce genre de traitement pour maigrir de 2 3 kg juste pour l'esthétique je pense pas que ce soit une très bonne chose enfin une bonne chose et du coup je le proscrit mais par contre chez les personnes obèses en fait il ya des personnes qui viennent me voir en disant je galère avec le poids je veux perdre du poids Et est-ce que je peux prendre ce traitement ? Je leur dis clairement, oui, vous pouvez prendre ce traitement. Et en plus, d'un point de vue cardiovasculaire, je pense que c'est indiqué. Donc du coup, oui. Par contre, pas remboursé. Alors, pour l'osempique, il y avait deux types de oui,
- Speaker #1
mais pour le mégovie, c'est pas remboursé. Pas encore, mais je pense qu'à terme, il y a des discussions comme quoi ça allait l'être. C'est pour ça, je pense que les règles de prescription, je pense qu'un patient que tu connais pas qui vient pour avoir ce traitement-là, C'est bien écrit dans les recommandations de la CHS que c'est avec des règles hygiénisétiques bien conduites. Et je pense qu'il faut toujours se laisser trois mois, la première fois qu'on a un patient en tout cas, si c'est un patient qu'on suit depuis des années, bien sûr, et tu sais qu'il galère avec son poids, mais si c'est un patient qui vient pour avoir cette prescription et il n'en démord pas, je pense qu'il faut d'abord l'éduquer sur tout ce qui est à côté, parce que dès l'arrêt du traitement, on sait très bien que ça va remonter en flèche et qu'il va reprendre le poids même plus que ce qu'il a perdu.
- Speaker #0
Archie, d'accord. Et du coup, ce que tu dis, c'est qu'en fait, effectivement, il y a une efficacité clairement non négligeable de ce traitement, mais je pense que ça doit être pressé avec tout le package éducation, prévention.
- Speaker #1
Et puis prévention des effets secondaires. Les patients, quand on leur dit que c'est le traitement qui vous a mis dans cet état-là, ils ne sont pas forcément au courant des effets secondaires que ça peut avoir.
- Speaker #0
C'est marrant, ça. D'accord. D'autres traitements, en gros globalement d'autres traitements ils sont bien au courant que c'est des effets secondaires assez courants et que c'est forcément ce traitement et c'est pas autre chose. Ok, honnêtement je pense qu'on a fait un bon tour, est-ce qu'il y a des questions que tu aurais aimé que je te pose ? Ou que, enfin dans ton expérience que... Enfin moi j'en profite pour avoir ce genre de discussion avec... Des confrères, c'est... Il y a effectivement les recommandations, il y a effectivement tout ce qu'on connaît, mais il y a aussi la vraie vie. Il y a ce que tu vis tous les jours et tout. Est-ce qu'il y a des choses que tu... Penses, mérite d'être dite dans ce podcast qui a son importance ?
- Speaker #1
Je pourrais terminer sur mes deux casquettes d'urgentiste et médecin téléconsultant. Les patients, peut-être dire aux patients aux urgences, venir aux urgences, pas forcément pour... On dit qu'il y a des patients qui viennent aux urgences pour rien, mais peut-être appeler le 15, voir s'il y a besoin de venir aux urgences. Le 15, il faut savoir qu'ils ont une permanence de soins, avec des médecins généralistes qui lui donnent des avis par téléphone, ce qui pourrait éviter le surpeuplage des urgences. Je pense qu'il doit y avoir à peu près 30% des patients qui n'ont rien à faire aux urgences et qui pourraient être pris en charge en ville. Et à contrario, j'aurais envie de dire en téléconsultation, on ne peut pas tout faire en téléconsultation. Donc on parlait de la prévention, c'est un très bon moyen de faire de la prévention, la téléconsultation, mais ne pas... pas se dire que tient téléconciliation va résoudre tous mes problèmes et que parfois on va être orienté typiquement une douleur thoracique en téléconsultation une dyspnée en téléconsultation ce genre de choses ça peut pas être pris en charge donc vraiment il y a un avis qui va être donné mais ne pas être étonné si le médecin qui vous a en ligne vous réadresse vers soit les urgences soit un médecin en présentiel parce que il y a des pas parce que le médecin vous dit c'est pas grave que derrière on n'est pas des surhumains et on prendra pas de risque à vous dire c'est rien s'il y a quelque chose derrière. Moi typiquement une douleur thoracique, que ce soit jeune ou moins jeune, je ne prends pas en charge en téléconsultation et je l'adresse.
- Speaker #0
Je suis archi d'accord. Mais donc du coup ma question c'est, est-ce que la téléconsultation comme faite à Medadome... palie parfois le 15 ? Est-ce qu'elle doit palier ? Est-ce que ce n'est pas son rôle ? Quel est ton avis ?
- Speaker #1
Alors, elle ne doit pas palier au 15, ça c'est sûr, parce que c'est vraiment une plateforme de soins non programmée, donc de la médecine générale pure et dure. Après, il peut y avoir des problèmes d'orientation, il y a des médecins généralistes qui envoient des patients aux urgences, qui appellent le 15, donc on est là pour redresser un petit peu le... le tableau on va dire et parfois j'ai des médecins qui font de la régulation au SAMU qui travaillent chez Medadome et le fait, je pense que tu ne vas pas me contredire, mais le fait de voir le patient, de voir un petit peu sa tête, voir son état clinique, le fait d'avoir la visio de le voir, tu te fais déjà une idée de la gravité du patient.
- Speaker #0
S'il est gris ou si...
- Speaker #1
Alors qu'au 15, généralement on n'a que le téléphone et on se réfère que à la voix du patient. Ah oui, effectivement. Il y a des médecins qui me disent que c'est génial parce qu'on voit déjà, c'est surtout utile chez les enfants. Quand on a un enfant qui court partout, on dit « lui, il est en bonne santé » . Mais un enfant qui est complètement apathique dans son lit, on dit « lui, peut-être que je vais faire un petit peu plus d'attention, je vais pousser l'interrogatoire, je vais peut-être plus te le sensibiliser à aller aux urgences si ça ne s'améliore pas dans les prochaines heures. »
- Speaker #0
Ça, c'est très important. Du coup, je partage clairement cet avis. Moi, c'est ce que j'appelle le sens clinique. En gros, tu peux apprendre la médecine. Tu peux tout apprendre dans les livres et tout, mais il y a certains signes qui ne démordent pas. Effectivement, un enfant qui ne court pas dans ta salle d'attente et tout, c'est qu'il y a quelque chose. Enfin, j'ai dit ça, mais un patient, un adulte qui est gris et qui te dit « je ne me sens pas bien » , juste, c'est qu'il y a quelque chose et tout. Il y a parfois des signes cliniques qui ne sont pas une hypertension, enfin une tension artérielle ou d'une fréquence cardiaque, mais qui, en fait, orientent vers quelque chose qui ne sent pas très bon. Ok, tu te vois où dans 5 ans ? Enfin, tu... Alors, c'est peut-être une phase qu'on va couper. Non, mais enfin... Alors, globalement, ma question, je vais la diviser en deux. C'est qu'est-ce qui t'anime dans ton métier ? Qu'est-ce que tu adores faire ? Qu'est-ce que tu veux continuer à faire ? Et qu'est-ce qui doit être amélioré pour que tu... continue à faire ce métier ?
- Speaker #1
Encore une fois, je vais couper ma réponse en deux. Aux urgences, ce qui m'anime, c'est le travail d'équipe, rendre service aux gens, la pathologie aiguë, l'adrénaline, les gestes. C'est quelque chose qui me plaît énormément. Ce qui pourrait m'amener à quitter l'hôpital et les urgences, c'est effectivement le manque de moyens, le fait que ça soit de plus en plus difficile, après alterner le jour, la nuit. Ça coïncide un petit peu avec une vie de famille. Mais je pense vraiment que ça serait à voir comment ça va évoluer vis-à-vis du fonctionnement des urgences, avec le manque de moyens qu'on a, clairement. Moi j'ai de la chance dans ma structure de ne pas avoir de problème de service de personnel médical, mais c'est un peu plus... Un peu plus dur au niveau des paramédicaux, parce que je l'entends, quand on a une vie de famille et qu'on travaille un week-end sur deux, c'est compliqué. Une infirmière qui doit se lever à 5h30 du matin et qui ne voit pas ses enfants le matin, ou qui rentre le soir et qui ne voit pas ses enfants, je pense que ça peut être contraignant. Dans 5 ans, pour répondre à ta question, je pense que je serai toujours aux urgences. Dans 10 ans, peut-être pas. Parce que les gardes, à un moment, c'est éreintant. Je pense que le travail de nuit, ça doit faire partie... C'est un travail qui n'est pas assez reconnu en France.
- Speaker #0
Je suis d'accord. Alors moi, honnêtement, je vois le sommeil comme un pilier de la santé. En tout cas, moi je le vois, j'ai la chance de ne plus faire de garde. Et ma vie a littéralement changé depuis que je ne fais plus de garde. Et bravo de faire encore des gardes. Ok, donc c'est... En fait... Vraiment le côté santé et bien-être qui te ferait...
- Speaker #1
Exactement, tout ce que j'ai... Pour répondre maintenant avec mon autre casquette de médecin-téléconsultant, tous les inconvénients que j'ai aux urgences, c'est des avantages en téléconsultation. C'est-à-dire que quand tu as ma journée de téléconsultation, je sais que je pourrais m'occuper des enfants le matin, je pourrais les récupérer à l'école le soir, et que ça sera du travail beaucoup moins stressant. Et j'ai absolument... pas de travail administratif à faire de ce côté-là. C'est-à-dire que je fais du temps purement médical.
- Speaker #0
Et du coup, c'est un vrai sujet et je pense qu'on va terminer sur ça. Du coup, si tu prends ton expérience et que tu, on va dire, tu te dis que potentiellement, elle est un bon tiers. Voir la moitié de la communauté médicale pense comme toi, ce qui est logique, c'est que globalement, on n'est pas des machines, qu'on a une famille, qu'il y a toute la lourdeur administrative qu'on ne peut pas assumer. Et imaginons que ce tiers ou cette moitié passe le pas et dise « Ok, c'est bon, j'arrête » . Comment tu vois évoluer la médecine ? Est-ce que tu penses qu'une médecine avec une prévention optimale, une téléconsultation et à minima une structure avec très peu de lits et une urgence qui marche au top, ça sera ça l'avenir de la médecine ? Ouais, enfin je sais pas si tu as déjà réfléchi à ça mais ouais.
- Speaker #1
Alors vu la population vieillissante, il va y avoir de plus en plus de malades j'ai envie de dire, de plus en plus de complications. Si les hautes sphères nous arrivent à trouver des solutions aux problèmes pour régler le problème de ligne, régler le problème de personnel etc. Je resterai, je pense, avec plaisir et je continuerai mon travail comme tel, il n'y a aucun problème. Mais je t'avoue que je doute un petit peu sur la... Parce que j'entendais l'autre fois à la radio où ils disaient « Un médecin qui travaille à mi-temps, c'est pas possible, je vais payer ses études avec mes impôts » et qu'il se met à mi-temps pour s'occuper de ses enfants, il fait du 9h à 16h, dans ce cas-là il faut qu'il change de vocation. J'ai envie de dire, la médecine de maintenant, c'est plus la médecine d'il y a 20-30 ans, où le médecin ne voyait pas ses enfants, il terminait à 20h, et jusqu'à 22h, il faisait ses visites à domicile. Ça, ça n'existe plus.
- Speaker #0
Je pense que c'est...
- Speaker #1
Et il faut bien être conscient que nous aussi, on n'est pas des surhumains. Et à contre-raud, maintenant, même le médecin, pour moi, n'est plus estimé comme il pouvait être estimé il y a 20-30 ans. Moi, quand j'étais petit, le médecin, c'était... Pas dire que c'était Dieu, mais quand j'allais le voir, j'avais un profond respect. Alors que maintenant, il y a... Il y a clairement un manque de respect, en tout cas aux urgences. Après, je pense que c'est les urgences qui font ça. Mais quand un patient me dit merci, je dis merci de me dire merci. Parce que vous êtes quand même rare à dire merci contre la faim de la prise en charge. Donc il y a clairement un manque de reconnaissance à ce niveau-là.
- Speaker #0
Alors, je ne peux que être d'accord. Je pense qu'honnêtement, moi, mon avis, c'est que... Après, je vais peut-être...
- Speaker #1
Je vais peut-être noircer le tableau. Ah non,
- Speaker #0
non, mais c'est pas... Non, mais honnêtement, sur l'argument de payer les études, auquel cas, il y a beaucoup, beaucoup, beaucoup de métiers globalement qui devraient être payés comme Ollens-Pierre, comme les médecins, parce que du coup, il y a beaucoup d'études qui sont payées en France. Mais après, ça, c'est un artisanal débat et sur lequel je suis... Vraiment pas d'accord. Après, globalement, je pense qu'une vocation ne doit pas vouloir dire sacrifice ultime. Et donc du coup, moi, pour ma vie, de mon expérience profonde, je fais beaucoup mieux mon métier quand j'arrive à faire... Tout ce qui me fait plaisir à côté. Et je travaille beaucoup, mais globalement, quand j'arrive à voir ma famille, je suis le plus heureux en consultation. Quand j'arrive à faire du sport, je suis le plus heureux. Et donc, il faut effectivement cet équilibre que nos pères n'avaient pas. Et je pense que c'était eux l'anomalie, honnêtement, parce que c'est clairement pas le même.
- Speaker #1
On est bien d'accord.
- Speaker #0
Et après... Je vais m'arrêter là.
- Speaker #1
C'était l'anomalie mais moi j'ai un profond respect pour les anciens qui avaient cette activité. Ah oui, clairement. Moi je leur dis dès que je les vois, je dis mais en fait je ne sais pas comment vous avez fait. Et même les médecins retraités qui en fait quand ils te disent, ils continuent à travailler en emploi cumul retraite, je leur dis mais à votre âge, moi je ne sais pas si j'aurai la capacité de continuer. Et ils me disent tous, le mot vocation en fait, si je m'arrête en fait je vais avoir l'impression de...
- Speaker #0
de mourir en fait parce que j'ai fait ça toute ma vie et m'arrêter du jour au lendemain et puis aider les gens pour moi c'est pas envisageable alors du coup je pense qu'il se définissait uniquement par la casquette médecin et je pense qu'aujourd'hui en fait moi je suis médecin effectivement mais je suis podcasteur parce que je fais un podcast mais du coup il y a effectivement différents rôles que tu as dans ta vie qui fait que si t'arrêtes médecine tu tu meurs pas quoi mais ouais éternel débat En tout cas, merci beaucoup. Honnêtement, j'ai passé un très bon moment. J'ai appris beaucoup de choses. C'est enrichissant, vraiment, je fais ça. C'est parce que, déjà, parce que j'aime bien le faire, parler avec des gens et tout, mais c'est surtout avoir tout ce que moi, je ne vis pas dans ma pratique et aussi pouvoir, on va dire, faire entendre le maximum de choses à un maximum de personnes. Merci d'avoir pris le temps. T'étais pas drop-out de garde. Donc, tu peux pas avoir cette excuse. Mais honnêtement, j'ai passé un très bon moment. Et voilà, c'était cool. Merci,
- Speaker #1
Laurent. Merci à toi.
- Speaker #0
Top. Merci beaucoup.