- Speaker #0
Quand moi justement on m'a appelé, on m'a annoncé que ma maman est décédée, je suis rendu compte qu'il existait des appareils, des outils qui auraient pu sauver ma mère.
- Speaker #1
Ce qui me chamboule c'est que je vois qu'on a le même problème en France et aussi au Cameroun.
- Speaker #0
N'est-ce pas, c'est bien beau de sauver des vies mais après il faut le financer.
- Speaker #1
C'est la phrase qui me marque. En santé, l'Afrique attend depuis trop longtemps que ça vienne d'ailleurs. Aujourd'hui, mon invité, Jean-Vincent Eniegué. Amgi, médecin camerounais, a décidé de prendre les devants et de ne plus attendre. Avec sa plateforme massantéducoeur.com, voilà ce qu'il a à nous dire. Salut Jean-Vincent.
- Speaker #0
Salut.
- Speaker #1
Ça va ?
- Speaker #0
Ça va et toi ?
- Speaker #1
Je veux venir de ton côté. Ça va, ça va, merci. Merci déjà de... prendre ton temps pour faire ce podcast. Donc du coup, merci d'être sur votre RECARDO, ça me tient vraiment à cœur de faire cette discussion avec toi parce qu'on va développer pas mal de sujets notamment ta plateforme où tu vas nous dire plus de détails avec massantéducoeur.com On va parler aussi de santé cardiovasculaire en Afrique, on va parler d'intelligence artificielle, de données. Donc ça, c'est des sujets qui m'intéressent vraiment. Et donc, je suis vraiment content. Voilà, je tenais à te le dire. Et avant tout ça, je vais te laisser juste te présenter en quelques mots pour que ceux qui nous écoutent sachent à qui on a affaire.
- Speaker #0
Déjà, je te remercie également de me donner cette opportunité-là de pouvoir m'exprimer. Alors moi, je suis Jean-Vincent, je suis un médecin généraliste camerounais en France depuis deux ans. Pour faire un master en management à l'école de commerce, j'ai un peu bifurqué beaucoup plus vers le domaine entrepreneurial, le domaine de la tech santé. Moi, je suis passionné par l'accès aux soins. Pour moi, le motif, si je le dirais, c'est de faire mon maximum à moi pour que chacun puisse avoir accès aux soins. J'ai fait médecine parce que je voulais aider, parce que je voulais soigner. C'est ce que j'essaie de poursuivre, malgré les difficultés ou les différents défis que je rencontre.
- Speaker #1
Très bien. Ok, trop bien. On avait déjà discuté avant de ce que tu faisais. Moi, ça m'a intrigué, je te l'avais dit, c'était concernant cette plateforme que tu as créée. Est-ce que tu peux nous dire les motivations qui t'ont mené à créer cette plateforme et savoir où tu en es aujourd'hui et notamment tout le parcours que tu as fait de J0 jusqu'à maintenant et les difficultés que tu as rencontrées ?
- Speaker #0
Alors, déjà pour parler de cette plateforme, c'est une plateforme qui est très liée à la personne que je suis, au professionnel que je suis. Nous sommes mis aussi bien professionnellement que socialement. Je dirais que c'est mon bébé. Du coup, pour parler de sa jeunesse, dans un premier temps, il y a une histoire personnelle. Déjà pour parler de moi, moi je suis médecin, mais l'autre partie c'est qu'également mon père est médecin et je dirais même un peu plus loin. Mon grand-père, il était également médecin, mais plus du côté indigène au Cameroun. Dans la médecine, moi, j'ai toujours su que je devais être médecin depuis l'âge de quoi ? Depuis que je fais 4e, je savais que je devais faire médecine. J'ai eu mon bac, j'ai eu mon doctorat et tout était tranquille, si je le dirais. Après, la deuxième partie, elle est liée à ma mère. Parce que vous comprenez tout ça. Il y a ma mère qui, elle, littéralement, elle était entourée de médecins. Elle avait un fils médecin, un mari médecin. Et pourtant, Elle souffrait d'une maladie cardiovasculaire, une hypertension. Ma mère, en tant que patiente, on a voulu le meilleur pour elle. Donc, en plus de cela, elle était suivie par un meilleur cardiologue, du moins des professeurs en cardiologie. Et jusqu'à sa mort, il y a deux ans, elle était suivie par un cardiologue. Et pour revenir sur sa perte tragique, si je le dirais, elle était au volant. Heureusement qu'elle n'était pas passionnée de vitesse. Elle a eu un arrêt cardiaque et elle est décidée. sur le coup. La réanimation, on n'a pas pu le faire. Mais quand moi, justement, on m'a appelé, on m'a annoncé que ma maman est décédée, je l'ai toujours en tête, je me rappelle de ce visage-là, quand je suis venu voir son corps pour le confirmer. J'avoue, j'avais mal, mais quelque part, moi, en tant que médecin, je savais que ça devait arriver. Parce que c'était ma mère, elle était hyper tendue, elle avait pas mal de comorbidités. Je le voyais tantôt, il voulait faire des régimes, il voulait se remettre à l'activité, il voulait lutter contre la maladie. Mais en réalité, c'était un combat un peu perdu. Et des cas comme ma mère, j'en rencontrais pas mal en consultation. Ce sont des choses, moi, qui me marquaient, mais j'étais un peu impuissant. Et après, je suis arrivé en France. Et durant mes premiers mois, j'ai dû faire un tour dans un salon de la Tech Santé. Et j'ai été, d'une part, émerveillé de voir les progrès que la science pouvait offrir. Et j'ai ressenti de la frustration parce que je me suis rendu compte qu'il existait des appareils, des outils qui auraient pu sauver ma mère. Et pourtant, pour des raisons que moi-même, je n'arrive pas à m'exprimer, il n'y a pas eu accès. Pourquoi je n'arrive pas à le comprendre ? Parce que quand je vois le coût en termes d'abonnement, je me rends compte que ce n'est pas si honoré que ça. On aurait pu le lui offrir, on aurait pu payer. Et pourtant, moi, médecin, son mari médecin, on n'avait même pas connaissance de ces opportunités. On n'en a pas pu profiter. Donc, je me suis dit, je me suis lancé du coup dans cette aventure pour me dire que... Moi, ma mère n'a pas pu en profiter, mais des cas comme ma mère, il y en a pas mal en Afrique ou dans des zones mal desservies qui perdent la vie alors qu'on aurait pu faire quelque chose. Comme je le disais, j'ai fait médecine avant tout pour le soin, donc pour moi, c'est une nouvelle manière à moi d'offrir ce soin-là. Ma mère, durant sa maladie, elle a été seule, elle a eu à faire face à tout cela toute seule. Moi, médecin, j'ai mes patients, entre deux consultations en réalité, on dit ce qu'il doit faire, mais... S'il ne le fait pas, on est un peu limité dans l'accompagnement. Donc l'idée pour moi, c'était vraiment de compléter le boulot médical et offrir un accompagnement à ces patients. Donc ça fait depuis deux ans que je travaille dessus sur la meilleure stratégie à aborder. Et sur la meilleure stratégie à aborder, justement, également, comment fédérer des collègues autour de cette vision. Donc là, au terme des deux années, nous avons pu développer un peu. premier prototype est testé au Cameroun déjà auprès de 400 personnes avec des retours assez satisfaisants aussi bien pour les patients qui ont pu vraiment avoir une appréciation de la santé des recommandations et une orientation, qu'également pour les professionnels qui ont vraiment apprécié l'outil qui viendrait compléter un peu ou donner un peu avoir un aspect, parce qu'en consultation ce n'est pas toujours facile d'explorer tous les facteurs de risque et d'offrir ces recommandations-là. Donc, nous c'est assez bien accepté. Actuellement, nous avons fait des premiers tests au niveau des algorithmes satisfaisants durant le mois de janvier à mars. Et là, en septembre, nous préparons une phase pilote sur la grandeur nature avec une publication scientifique pour vraiment démontrer scientifiquement. Parce que notre intérêt est également scientifique, notre valeur ajoutée dans l'écosystème africain comme on est. Donc, c'est globalement un peu ça.
- Speaker #1
Tu as dit plusieurs choses. Oui, tu as dit plusieurs choses. Et je vais revenir sur ce que tu as dit, parce que moi, ça me marque et c'est un peu la même logique que j'ai personnellement. La première, c'est effectivement, moi-même aussi, en France, que ce soit en région parisienne ou ici à Saint-Raphaël, je me sens clairement limité en dehors de la consultation, entre deux consultations. entre les 3, 6, 6 mois ou 12 mois, entre les deux consultations de patients, où en fait, on ne sait pas ce que le patient fait. En fait, on a 20 minutes de consultation pour lui donner tous les conseils les plus globaux et les plus larges possibles. Mais en fait, on a vraiment une limite pour le suivi en continu. Et ça, c'est vraiment ce que j'ai remarqué quand je me suis spécialisé en prévention cardiovasculaire. Et ça, c'est la chose. en fait que je vois en commun entre nous deux et après ce que tu as dit avant de parler de pilote est-ce que tu peux nous dire exactement en quoi consiste ta patente parce que moi je sais on en a parlé Russell m'en a dit quelques mots et moi en tant que professionnel de santé je vois exactement quel problème tu essaies de régler mais exactement comment les patients et comment les professionnels de santé l'utilisent pour pouvoir améliorer la prise en charge d'accord pour parler de la plateforme proprement
- Speaker #0
Déjà, c'était une plateforme que je voulais agresser vraiment pour ceux-là qui n'ont pas toujours, qui sont dans des zones limitées, qui sont limitées d'un point de vue technologie. Donc, nous sommes partis non pas sur la base d'une application web, comme on aurait pu le penser, mais plus d'une page web. En fait, la plateforme, c'est simplement un questionnaire. Un questionnaire où la personne renseigne des questions et où je lui dirais... D'après nos premiers résultats, la question la plus difficile à répondre, c'était de donner 100 chiffres intentionnels. C'est pour dire à quel point nous avons fait l'effort de simplifier. Et une fois que la personne a rempli ce questionnaire-là, elle a un résultat sur trois scores scientifiques. Elle a son évaluation du risque cardiovasculaire selon l'OMS. Ils ont développé un score sans laboratoire qui permet déjà à la personne d'évaluer son risque d'effet, une maladie cardiovasculaire. Mais également, nous sommes partis sur un score pour l'American Health Association qui évalue la santé cardiovasculaire globale selon six piliers. Donc, nous sommes partis également sur ce score-là que nous avons adapté aux réalités de la population que nous avons évaluée. Donc là, nous avons un score global qui prend en compte son alimentation, son activité physique, sa sédentarité. Donc là, déjà, c'est une évaluation indirecte de ces facteurs de risque cardiovasculaire. Et également, pour un aspect, je dirais, un peu plus marketing, nous avons le score de Framingham. pour évaluer son âge cardiaque déjà pour avoir un impact psychologique. Et au terme de cela, nous avons des recommandations suivant des algorithmes, adapter des recommandations de la communauté scientifique en fonction de son profil, mais également la personne a l'opportunité d'avoir accès à un contact direct, à une équipe médicale justement pour pouvoir discuter avec la personne. Et également, nous lui donnons le parcours adapté à sa situation. Parce que je me dis, selon les indicateurs identifiés, nous avons des personnes chez qui nous orientons. Par exemple, chez un psychologue pour le stress, chez un diététicien, ou même des personnes qui ont un problème de diagnostic, chez qui nous allons orienter vers un cardiologue, par exemple. Donc, nous essayons de personnaliser le parcours et tout cela sur une plateforme. Ça, c'est le résultat. Et concernant le suivi, l'idée pour nous, c'est de s'associer aux associations qui le font déjà. qui organisent des campagnes de santé, nous nous associons à leurs organisations de manière à ce que les données récoltées durant leurs campagnes soient transmises aux associations qui, elles, de manière proactive, peuvent identifier les personnes à risque pour déjà proposer également un suivi. Parce que pour nous, le plus important, c'était qu'une personne identifiée ne puisse pas être laissée toute seule. Donc l'idée pour nous, c'était... Durant une campagne qui soit encore archaïque, juste avec un tensionnaire, une éducation thérapeutique globale actuellement au Cameroun par exemple, l'idée pour nous c'était de personnaliser et que les personnes identifiées puissent être recontactées de façon proactive et être intégrées dans des parcours de soins. Donc globalement c'est un peu ça la plateforme. Bien sûr c'est une plateforme low technologique donc elle est utilisable dans des contextes où la connectivité est très faible. Ce qui faisait partie de nos enjeux du moment. Bon, et concernant la partie libre entre deux... Oui, et concernant la partie où tu parlais du patient abandonné entre deux consultations, nous nous sommes également partis d'une expérience camerounaise et africaine générale dans le cas du VIH. Nous avons des organisations communautaires qui se sont pas mal développées. sur l'accompagnement communautaire des patients. Donc, ils ont une expérience, mais c'est une expérience VIH. Donc, pour nous, le défi ou du moins l'opportunité, c'était de transposer cette expérience-là avec d'énormes succès dans le cas des maladies cardiovasculaires. Donc, c'est un peu comme ça que nous avons abordé le projet avec des résultats assez satisfaisants, comme je le disais pour le premier tour. Et là, nous nous positionnons pour le second tour qui sera un peu plus en profondeur. Je ne sais pas si j'ai répondu à toutes tes interrogations.
- Speaker #1
Ça résonne tellement. Si, si, tu as clairement répondu à ma question. Ça résonne beaucoup. Parce que du coup, comme tu le sais, en fait, j'ai créé il y a maintenant deux ans, c'était en 2023, avec un très bon pote à moi, une plateforme qu'on avait appelée Passion First. Et en fait, ce qui me chamboule, c'est que je vois qu'on a le même problème en France, dans un pays développé. et aussi au Cameroun, dans un pays en voie de développement, où, en fait, nous, on était partis du principal problème qui était l'hypertension artérielle, parce que c'était le facteur de risque et la maladie chronique la plus fréquente, donc près d'un milliard de personnes dans le monde. On est partis sur le deuxième constat, où, effectivement, je me rends compte que j'ai énormément de chances de pratiquer ce métier de cardiologue et que la maladie cardiovasculaire, c'est la première cause de mortalité dans le monde. Et, en fait, on essayait clairement de régler le problème qui était en train de régler. C'était de... dépister les personnes à risque à travers l'hypertension artérielle et de pouvoir leur proposer une prise en charge personnalisée sous forme de réseau nous on avait choisi plutôt le réseau médical mais on avait tenté aussi avec les diététiciens pour pouvoir en fait créer une prise en charge au long cours, un peu aussi pour contrer le phénomène qu'on a de désert médical, mais qui est aussi présent au Cameroun, je l'imagine, et pour pouvoir dépister et traiter des personnes à risque. Et en fait, je pense qu'on est en train de régler le même problème.