- Laurent TELLER
Bienvenu sur "Du Côté de ma Santé", le podcast d'Itelis qui explore mille et unes facettes de la santé. Dans chaque épisode nous décryptons les grands enjeux de la santé d'aujourd'hui et demain. Je suis Laurent TELLER, Directeur Santé et Partenariat chez Itelis.
Après avoir réalisé nos derniers podcasts dédiés à la santé visuelle, nous avons souhaité nous intéresser cette année aux professionnels de la santé auditive. Nous allons notamment dresser un bilan du 100% Santé après 5 ans de mise en œuvre, la maîtrise du risque et du financement des appareils auditifs, la lutte contre la fraude ainsi que les grands enjeux de la filière auditive. Pour nous éclairer, nous avons le plaisir d'accueillir Monsieur Benoît Roy, président du SYNEA, Syndicat National des Entreprises de l'Audition.
Tendez l'oreille, c'est parti !
Benoît Roy, bonjour. Tout d'abord, merci d'avoir accepté d'être avec moi aujourd'hui afin que nous puissions parler ensemble de votre métier, celui de l'audioprothésiste. En première question et en une phrase, comment se porte aujourd'hui la filière auditive et plus particulièrement les audioprothésistes en France ?
- Benoît ROY
Bonjour, merci de m'accueillir. Alors, comment se porte la filière auditive ? La filière auditive, elle a beaucoup bougé ces dernières années. Effectivement, le 100% Santé a permis un accès aux soins à un grand nombre de patients qui en avaient besoin et qui étaient bloqués pour des raisons financières. Tout n'est pas parfait puisqu'on a de gros progrès à faire encore dans la prévention, on a de gros progrès à faire dans l'accès à la prescription, mais la filière auditive va beaucoup mieux qu'elle n'a été. Effectivement, on est passé en quelques années, côté appareillage, d'environ 900 000 appareils délivrés par an à environ 1 600 000 à 700 000 par an aujourd'hui.
- Laurent TELLER
Oui, c'est beaucoup. Ça a beaucoup augmenté.
- Benoît ROY
Ça a beaucoup augmenté.
- Laurent TELLER
Alors, si on parle effectivement des raisons, évidemment, on peut penser au 100% Santé. Avec quelques années de recul, maintenant, quel bilan vous faites par rapport à cette réforme qui a été faite en 2018-2019, à peu près ?
- Benoît ROY
Oui, c'est ça.
- Laurent TELLER
C'est ça.
- Benoît ROY
Et elle a été en première année d'application totale en 2021. Donc, le bilan, il a permis, comme je l'ai dit, à un grand nombre de patients d'accéder à l'appareillage. Le 100% Santé a permis aussi de beaucoup plus parler de la filière auditive, du besoin d'appareiller. On sait les conséquences du non-appareillage, notamment sur le déclin cognitif. Ça a un coût, mais en fait c'est aussi prévoir la vieillesse et permettre à des gens de rester connectés. Ce bilan est extrêmement positif sur ce plan-là. Le 100% Santé laisse quand même des gens sur le bord de la route. Il y a des surdités particulières qui nécessitent des appareillages spéciaux qui ne sont pas pris en charge dans le cadre du 100% Santé. Et il ne faut pas oublier que le 100% Santé nécessite d'avoir un contrat responsable, ce que tous les Français n'ont pas forcément.
- Laurent TELLER
Alors quand on parlait du 100% Santé, il y avait le panier 1, le panier 2, c'est ça. Le panier 1, c'est le 100% Santé pour nos auditeurs. Et le panier 2, c'est hors 100% Santé avec d'autres appareils qui sont plus performants, plus technologiques.
- Benoît ROY
Plus sophistiqués, oui. Il faut savoir quand même que quand le 100% Santé a été mis en place, les appareils qui rentrent dans le cadre du 100% Santé ne sont pas des appareils « bas de gamme » ou « de vieille technologie ». Il y a eu un tri qui a été fait en fait et le niveau minimum pour qu'une aide auditive soit délivrée sur le marché français a été relevé. Donc le 100% Santé, ce ne sont pas des « mauvais appareils » . En revanche, vous n'avez pas toutes les options que vous pouvez avoir sur des appareils de classe 2, notamment des systèmes de communication, des rechargeables, etc. Donc, il n'y a pas toutes les options que vous pouvez avoir sur une classe 2.
- Laurent TELLER
Je me souviens, à l'époque, il y avait une crainte, en tout cas des professionnels, sur le 100% santé, qu'il soit prescrit, pas forcément porté. Aujourd'hui, s'ils apparaissent en qualité, est-ce que finalement, les gens les mettent ? Est-ce qu'ils en sont contents ? Et même en termes de renouvellement, du coup, comment ça va se passer ? Parce que là, on arrive à 4/5 ans d'appareils. Donc, on peut penser que les gens vont renouveler sur du 100% santé ou sur du panier 2.
- Benoît ROY
Alors, pour être parfaitement honnête, j'avais la même crainte. C'est-à-dire, le taux gratuit peut faire peur. Et il se trouve que l'an dernier, nous avons eu la publication de l'étude Eurotrak. Alors, l'étude Eurotrak, c'est une étude qui est faite au niveau européen, financé par un groupement de l'IMA, qui est les industriels au niveau européen, et poursuivre à travers les différents pays, le niveau de pénétration de l'audioprothèse dans le pays en question. Alors avec tout un tas de sujets traités, notamment la prise en charge, le taux de port, etc. Le 100% Santé fait qu'aujourd'hui environ la moitié des personnes qui ont besoin d'être appareillées en France sont appareillées. Seul le Danemark atteignait un tel taux précédemment en Europe. On était très loin de ça. Donc ça, c'est le premier point positif. Le second, c'est qu'on analyse aussi la qualité de port des appareillages. Et les appareils sont portés. Donc, en fait, on a pu craindre ça, mais il n'en est rien. Aujourd'hui, les appareils auditifs ont un taux de port extrêmement important, puisque on est à 4% à peu près seulement d'appareils qui ne seraient pas portés.
- Laurent TELLER
Oui, donc ce qui est assez faible. Moi, j'aurais une question peut-être un peu candide, mais ça veut dire que tout le monde pourrait s'appareiller avec le 100% Santé. En fait, ce serait parfait. Il n'y aurait pas besoin d'équipement du panier 2.
- Benoît ROY
Alors, tout dépend de ce qu'on cherche. Effectivement, vous pouvez améliorer avec des appareils de 100% Santé, mais vous avez le droit d'avoir envie d'avoir beaucoup plus d'options. Pour revenir sur votre question juste avant, la durée de port moyen des appareils auditifs en France est d'environ 9 heures par jour, ce qui est considérable.
- Laurent TELLER
Par rapport à la deuxième question, est-ce que quand même, certains appareils du 100% Santé, par rapport à certains types de pertes auditives, finalement, quand même ne correspondent pas ? C'est-à-dire qu'on rentre dans un centre auditif, j'imagine que le travail de l'audioprothésiste, au-delà de l'aspect économique et de dire, voilà, j'ai un appareil qui est pris en charge à 100%, malgré tout, pour vous, peut-être qu'il y a des éléments qui font que les équipements du panier 2 sont quand même profitables. Parce que je le vois dans le réseau, globalement dans le réseau Itelis, on a par rapport au hors réseau des consommations de panier 2 un peu plus importants parce que les professionnels de santé arrivent à expliquer, arrivent à voir par rapport aux besoins en tout cas de leurs clients, quel type d'appareil il faut appareiller par rapport à leurs problèmes.
- Benoît ROY
Un exemple par exemple qu'on a vu dans l'étude Eurotrak, 42% je crois des patients ont des applications liées à leurs appareils auditifs. Et 80% de ces patients les utilisent. Donc tout ça, c'est des outils, vous avez vu tout à l'heure, quand le téléphone sonne, les miens, je peux décrocher avec mes appareils. Tout ça, ce sont des options complémentaires. La possibilité d'avoir la recharge, tout un tas de traitements de paroles plus sophistiqués, etc.
- Laurent TELLER
Qu'il n'y a pas dans le 100% Santé.
- Benoît ROY
Bien sûr.
- Laurent TELLER
Donc en fait, ça veut dire que par rapport à des situations de vie, c'est là où on peut avoir le choix d'aller plutôt vers des appareils du panier 2, parce qu'effectivement, telle fonctionnalité va pouvoir répondre à des besoins que le 100% Santé ne va pas couvrir.
- Benoît ROY
Oui, c'est-à-dire qu'en fait, vous pouvez avoir envie d'avoir des options supplémentaires. Je pense que le rôle des organismes de prise en charge, qu'ils soient obligatoires ou complémentaires, c'est de permettre à chacun d'accéder à l'appareillage, et à chacun de sortir de l'isolement. Ensuite, si vous voulez des plus, évidemment qu'on ne peut pas tout financer. Ce qui serait quand même beaucoup mieux, c'est déjà que les classes 2 soient remboursées au même niveau que la classe 1. C'est-à-dire qu'il y ait un minimum qui soit la classe 1 et qu'ensuite, les suppléments, les gens payent leurs suppléments. Là, la difficulté qu'on a, c'est effectivement que la classe 2 est souvent moins bien prise en charge que la classe 1.
- Laurent TELLER
Oui, alors ça, ça a été une vraie question, effectivement, que vous aviez soulevée d'ailleurs très, très rapidement lorsque le 100% Santé était arrivé. Il se trouve qu'il y a certains contrats qui avaient des remboursements qui étaient faibles. Par le 100% Santé, en fait, on s'est retrouvé à pouvoir augmenter les remboursements parce que c'était obligatoire, sans changer effectivement les contrats existants. Parce qu'en fait, il y avait le stock de contrats qui, dans le cas du panier 2, avait des remboursements qui étaient plus faibles.
- Benoît ROY
Mais n'hésitez pas à aller revoir.
- Laurent TELLER
Alors, si on continue rapidement sur le bilan du 100% Santé, économiquement, c'est en termes de coûts, le prix par appareil, c'est 950 euros ?
- Benoît ROY
Oui, c'est 950 euros. Et ce prix a été fixé de mémoire en 2018. Et là, effectivement, c'est problématique puisque vous n'ignorez pas qu'entre 2018 et maintenant, l'inflation a été importante. L'inflation sur l'énergie, l'inflation sur les achats d'appareils auditifs, puisque le coût de l'électronique a considérablement augmenté, donc les audioprothésistes payent leurs appareils de plus en plus cher, avec un prix final qui reste le même à 950 euros, augmentation des salaires, augmentation de toutes les charges. Donc la marge réelle sur le 100% santé est bien érodée depuis 2018.
- Laurent TELLER
Et alors, économiquement, c'est soutenable ?
- Benoît ROY
Alors économiquement, c'est soutenable si on a suffisamment de classe 2 à côté, mais le problème va se poser de plus en plus.
- Laurent TELLER
Alors, si on parle justement sur la maîtrise des risques et sur le financement, aujourd'hui,est-ce qu'on peut considérer qu'il y a des dérives de dépenses en audiologie ? Si oui, lesquelles ?
- Benoît ROY
Qu'est-ce qu'on met dans la notion de dérive ? Vous parlez de fraude ?
- Laurent TELLER
Ça peut être effectivement la fraude parce qu'on sait que c'est un sujet. On peut directement d'ailleurs en parler, on avait prévu d'en parler un petit peu après. Mais au niveau de la fraude, est-ce que vous, depuis l'arrivée du 100% Santé, est-ce que vous en avez constaté en tant que syndicat ? Comment vous avez réagi par rapport à ça ? Peut-être expliquer aussi le sujet de la carte vitale, parce que ça a été aussi un sujet, je crois, que vous aviez poussé pour pouvoir le mettre en place.
- Benoît ROY
Alors, de la fraude, il y en a eu. Il y a eu des très grosses fraudes menées par des entreprises qui souvent étaient d'ailleurs fictives, qui n'existaient même pas. Il y a eu des vrais systèmes mafieux qui se sont créés, notamment suite à des fuites de données de santé sur le dark web qui permettaient à des systèmes qui se sont construits de faire du tiers payant sur des appareils qui n'étaient même pas délivrés à des gens qui, on en voit encore, on a encore eu nous cette semaine, des gens qui viennent et qui découvrent, en étant chez nous, quand on veut leur faire une prise en charge, qu'on ne peut pas leur faire puisqu'ils ont été appareillés dans les quatre dernières années, ce qu'ils n'ont jamais su. C'est-à-dire fausse prescription. Évidemment que la profession n'a rien à voir avec tout ça et qu'elle a subi. Ensuite, il y a eu des fraudes d'audioprothésistes ou non, d'ailleurs, qui sont de faux diplômes qui sont allés faire du porte-à-porte pour vendre des appareils de façon totalement illégale, puisque la vente à domicile est totalement illégale. Avec des appareils délivrés et des gens qui disparaissaient dans la foulée. Pour autant que les appareils étaient vraiment délivrés. Et puis ensuite, il faut être vigilant parce que quand on parle de fraude, il y a aussi, on a fait une réunion récemment avec la DGCCRF, où on parle des anomalies. Alors qu'est-ce qu'on met dans le mot anomalie ? Ça peut aller de petits problèmes d'affichage dans un laboratoire. Qui n'est pas de la fraude, évidemment. Mais il y a aussi ce qui peut être du pénal, qui peut être de l'exercice illégal, qui peut être des choses comme ça. En ce qui concerne le métier lui-même, quand vous parlez d'abus, je ne pense pas aujourd'hui qu'il y ait de gros abus, ne serait-ce que parce que la prescription médicale est obligatoire, ce qui est quand même une sécurité. Quand le 100% Santé a été mis en place, les conditions de prescription ont été définies. Notamment un minimum de perte auditive, et la prescription est devenue une prescription d'ORL. Il y a eu des tolérances pendant un certain temps, aujourd'hui, ça c'est fini. Ces tolérances ont peut-être pu amener aussi quelques fraudes. Tout ça c'est fini. Mais surtout, le fait que la présence de la carte vitale soit obligatoire pour faire un tiers payant, a réduit considérablement le niveau de fraude possible. Je pense qu'aujourd'hui, je ne vous dis pas qu'on vit dans un monde parfait, ce qui est sûr, c'est qu'en ce qui concerne le SYNEA, mais je pense tous les Syndicats d'audioprothésistes, nous souhaitons être unis avec les pouvoirs publics, avec la CNAM, pour lutter contre la fraude.
- Laurent TELLER
Oui, d'ailleurs, le projet de loi qui, effectivement, est en cours de réflexion pour faciliter aussi les échanges entre organismes complémentaires privés et l'Assurance Maladie, et l'ensemble des acteurs, d'ailleurs, est effectivement très important.
- Benoît ROY
Nous, nous souhaitons collaborer à chaque fois que c'est possible, être informés et nous porter partie civile dans des procès s'il y a lieu, parce que c'est l'image de la profession qui en subit.
- Laurent TELLER
Très bien. Est-ce que le sujet de traçabilité, pour vous, est un sujet important ?
- Benoît ROY
Alors la traçabilité, oui, je pense qu'il peut être utile de suivre tout le circuit d'une aide auditive pour être sûr qu'elles correspondent bien. Alors moi, je n'ai pas trop les infos là-dessus. Je pense que vous les avez plus que moi. J'entends qu'il pourrait y avoir des aides auditives facturées qui ne correspondent pas à celles qui ont été achetées par l'audioprothésiste. Là aussi, si ça existe, évidemment qu'il faut le garantir par de la traçabilité.
- Laurent TELLER
Très bien. Alors, si on parle des grands enjeux de votre profession d'aujourd'hui, de demain, Je sais qu'il y avait un sujet important qui était celui de la prescription. Est-ce que vous pouvez nous en parler un peu ?
- Benoît ROY
Oui. Alors en fait tout le problème, c'est que la réglementation est la même pour le pays tout entier. Et dans un monde idéal, quand on est malentendant, on doit pouvoir aller consulter un ORL près de chez soi et après se faire appareiller près de chez soi. Mais nous ne vivons pas dans un monde idéal. Et il y a en France, c'est vrai qu'on en parle beaucoup, des déserts médicaux. Et dans les déserts médicaux, il y a évidemment les déserts ORL. La sécurité de l'appareillage auditif passe par l'ORL. L'ORL est le médecin habilité et compétent pour prescrire une aide auditive. Donc avoir rendu la prescription médicale obligatoire chez l'ORL pour bénéficier d'un remboursement est une garantie pour le patient. En revanche, c'est un vrai frein aujourd'hui d'accès aux soins parce que la population des ORL est en particulier dans des zones compliquées est devenue très difficile. Il y a des zones dans lesquelles il faut plus de six mois pour obtenir un rendez-vous chez un ORL et ce rendez-vous chez l'ORL, il peut être très loin. Il y a des départements aujourd'hui qui n'ont plus d'ORL. Donc, c'est problématique. Donc, on travaille avec les ORL, avec le CNP-ORL pour essayer de trouver des solutions. Il faut qu'ensemble, on arrive à ce que le 100% Santé qui est une ouverture vers l'accès aux soins, ne se retrouve pas refermée à cause des difficultés de prescription.
- Laurent TELLER
Est-ce que la télémédecine peut être un sujet intéressant, si tant est qu'on reste dans le cadre réglementaire, et si oui, lequel ?
- Benoît ROY
Alors oui, aujourd'hui, la télémédecine n'est pas légale pour la prescription d'une aide auditive. Nous souhaitons effectivement qu'on puisse évoluer dans ce sens-là. On a dit tout à l'heure que le 100% santé avait été la source de fraude parce que ce n'était pas suffisamment encadré, surtout avec l'histoire de la carte vitale. Si on met en place de la télémédecine, il faut être vigilant à tout ce qui peut être compérage, tout ce qui peut être médecine entre « exotique ». Je pense que ce qui est essentiel, c'est que l'ORL qui va prescrire, même s'il n'est pas en contact direct avec le patient, puisse être dans une zone géographique suffisamment éloignée, pour ne pas qu'il y aille directement, mais proche pour que le patient soit apte à y aller, si l'ORL le juge nécessaire. En ce qui concerne les discussions qu'il y avait eues, qui existent toujours d'ailleurs, la position du SYNEA était plutôt d'aller vers de la télé-expertise en lien avec le médecin généraliste. C'est-à-dire de sécuriser, par l'intermédiaire du médecin traitant, la prescription de l'aide auditive faite par lui, via l'ORL en télé-expertise, ou par l'ORL directement via lui. Mais la téléconsultation est évidemment aussi une option, sous réserve que tout cela soit bien sécurisé, sur le plan éthique et que le médecin puisse être habilité à voir le patient. En un mot, ça me paraîtrait complètement aberrant qu'un patient du centre de la France soit vu par un ORL dans un pays étranger ou à l'autre bout de la France. Il faut que l'ORL soit capable de dire « Ok, mais moi j'ai besoin de vous voir » .
- Laurent TELLER
De la même manière qu'un audioprothésiste, finalement, ne peut pas utiliser de dispositifs de téléexpertise, avec justement des dispositifs qui existent aujourd'hui, avec des médecins que le patient ne voit pas.
- Benoît ROY
De toute façon, aujourd'hui, la télémédecine pour la prescription d'audioprothèse n'est pas légale puisque c'est l'ORL qui doit faire officiellement les tests. Donc ce qu'il faut, c'est qu'il y ait une délégation qui permette à l'audioprothésiste de faire un bilan, qui permette à l'audioprothésiste d'adresser tout ce qui est vidéo, otoscopie, etc. C'est-à-dire que le médecin ait tous les éléments pour être capable de juger et qu'il soit capable de dire donc si c'est en télé-expertise par l'intermédiaire du généraliste, "ce patient-là, vous pouvez prescrire" ou "ce patient-là, je veux le voir". Mais pour ça, il ne faut pas qu'il soit à 500 km.
- Laurent TELLER
Je comprends. Pour conclure, sur votre vision de l'audioprothésiste dans 10 ans, à quoi ça peut ressembler ?
- Benoît ROY
Alors j'espère de plus en plus de monde appareillé, puisqu'on l'a dit tout à l'heure, on a un taux de pénétration qui est devenu extrêmement important puisqu'on est autour de 50%, mais ce qui veut dire qu'il en reste 50%.
- Laurent TELLER
Est-ce que la prévention a un rôle à jouer ?
- Benoît ROY
Beaucoup plus de prévention. Il faut sensibiliser, continuer à sensibiliser. Nos confrères italiens ont réussi à obtenir, en lien avec les ORL dans leur pays, le fait qu'un bilan audiométrique soit obligatoire pour le permis de conduire. Alors sans être forcément une obligation derrière d'appareillage, mais au moins de sensibilisation. Et je pense qu'on a besoin de faire beaucoup plus de bilans. Et pour ça, évidemment, il faut aussi une population de prescripteurs plus forte. Alors, on sait que le nombre d'ORL va augmenter, mais il faut que ça bouge.
- Laurent TELLER
Est-ce que les actions d'entreprise pourraient être aussi un axe aujourd'hui ?
- Benoît ROY
Oui, les actions d'entreprise, les actions, tout ce qui est prévention, notamment au début de la retraite, aider dès l'accès au milieu du travail, et évidemment aussi avant. Donc évidemment, il faut faire de la prévention, il faut faire des bilans réguliers. En ce qui concerne les audioprothésistes, nous étions, il y a quelques années, avant le 100% Santé, en tension par rapport au nombre de diplômés et aux besoins. Beaucoup d'écoles, enfin un certain nombre d'écoles ont ouvert en France, et surtout, il y a l'arrivée massive aujourd'hui de gens obtenant des diplômes dans d'autres pays. Donc là, c'est en train de s'inverser. C'est inversé. C'est-à-dire qu'aujourd'hui, ce qui était inconcevable avant, on voit arriver des CV spontanés, ce qu'on ne voyait jamais auparavant. Enfin, rarement. On sait qu'il y a des secteurs sur lesquels il n'est pas évident de trouver du travail. Donc, on va passer d'un extrême à l'autre, c'est-à-dire pas tout à fait assez d'audio, ou pas assez d'audio, à beaucoup, beaucoup d'audio sur le marché. Donc il va falloir qu'on les utilise. Et évidemment, si vous me demandez ce que va être le métier dans 10 ans, il y a beaucoup de choses qui évoluent. L'intelligence artificielle dans les appareils, des appareils de plus en plus sophistiqués, qui répondent de plus en plus aux besoins de nos patients, quel que soit le milieu dans lequel ils se trouvent. Donc oui.
- Laurent TELLER
Qui ne se retrouvent plus sur le panier 2, pour le coup.
- Benoît ROY
Qui aujourd'hui sont sur le panier 2. Alors, où seront-ils dans 10 ans ? J'en sais rien. Ce qui est sûr, c'est que si dans 10 ans, le panier 1, la classe 1 reste à 950 euros, là, ça va devenir très, très compliqué.
- Laurent TELLER
Alors, en message de conclusion, si vous aviez vous-même un message à adresser aux complémentaires santé, ce serait lequel ?
- Benoît ROY
J'en aurais plusieurs.
- Laurent TELLER
Vous pouvez en donner plusieurs.
- Benoît ROY
Le premier, c'est de comprendre que la technologie, la recherche et le développement, ça a un coût. Et que le plafonnement des prix des appareils les plus sophistiqués en classe 2 va devenir un vrai problème de mise sur le marché, je pense, pour les industriels et de marge pour les audioprothésistes en France. Donc, je pense qu'on a besoin d'une vraie réflexion à ce niveau-là. On a besoin de travailler ensemble, vous l'avez dit tout à l'heure, sur tout ce qui est fraude, etc. Moi, ce que je souhaite, c'est que la confiance soit clairement établie entre les patients et les audioprothésistes. Et s'il y a zéro fraude, la confiance, elle existera. Ce que je souhaiterais, c'est que les complémentaires santé aient une vision des audioprothésistes qualitatives. C'est-à-dire qu'on travaille... Alors j'ai bien compris que la volonté des complémentaires est de limiter le reste à charge des patients, mais plutôt que de n'orienter que sur des critères financiers, j'aimerais bien que des critères qualitatifs soient évidemment beaucoup plus pris en considération. Aider la profession à monter en qualité, par des normes, par un certain nombre de choses. Mais que ça se soit vraiment mis en avant. Mais si vous voulez encore d'autres thèmes, je pourrais les retrouver.
- Laurent TELLER
On aura l'occasion de toute façon à travers les différents podcasts qu'on pourra faire, puisque l'idée après, c'est de pouvoir interviewer justement les industriels, les distributeurs, qu'on puisse aborder l'ensemble de ces sujets-là pour voir comment on pourrait améliorer en tout cas l'ensemble des dispositifs déjà existants.
- Benoît ROY
Mais deux petits points quand même importants, ne jamais oublier que 63% des gens qui se sont fait appareiller regrettent de ne pas l'avoir fait plus tôt, et que 97%, et tout ça c'est l'étude de EUrotrak, de ceux qui sont appareillés disent que ça améliore leur qualité de vie.
- Laurent TELLER
Merci beaucoup pour ce mot de conclusion, merci pour cette participation à ce podcast, voici ce qui clôt ce tout premier épisode "Du Côté de ma Santé" sur la filière auditive. Merci de nous avoir écoutés. Si cet épisode vous a intéressé, n'hésitez pas à le partager et à vous abonner pour ne rien manquer de nos prochains épisodes. On se retrouve prochainement pour un second épisode qui sera dédié à l'industriel.