- Laurent TELLER
Bienvenue sur "Du Côté de ma Santé", le podcast d'Itelis qui explore mille et une facettes de la santé. Dans chaque épisode, nous décryptons les grands enjeux de la santé d'aujourd'hui et de demain. Je suis Laurent TELLER, Directeur Santé et Partenariat chez Itelis et aujourd'hui, suite au dernier épisode où nous avons parlé de la myopie évolutive, nous allons nous intéresser aux traitements permettant de freiner ce type de myopie, et plus particulièrement aux verres ophtalmiques à freination de la myopie évolutive. Qu'est-ce qu'un verre à freination de la myopie ? À quoi sert-il ? Quels sont les résultats scientifiques ? À qui s'adresse-t-il ? Comment peut-on l'obtenir ? Combien coûte-t-il ? Et comment peut-on le faire prendre en charge ? Voici quelques questions auxquelles nous allons essayer de répondre. Pour nous éclairer, nous avons le plaisir d'accueillir Monsieur Jean-Michel LAMBERT, Président du groupe Hoya Vision Care, fabricant de verres ophtalmiques. Tendez l'oreille, c'est parti !
Jean-Michel LAMBERT, bonjour. Tout d'abord, merci d'avoir accepté d'être avec moi aujourd'hui afin que nous puissions aborder ensemble ce dispositif innovant que représente le verre à freination de la myopie. Alors avant de parler de ce dispositif, j'aimerais que pour nos auditeurs, vous puissiez nous présenter en quelques mots le groupe Hoya et nous parler de son engagement dans l'innovation optique.
- Jean-Michel LAMBERT
Merci Laurent TELLER de votre invitation d'abord.
- Laurent TELLER
Avec plaisir.
- Jean-Michel LAMBERT
Alors le groupe Hoya, c'est un groupe japonais, international, qui fait principalement des verres ophtalmiques, mais aussi des semi-conducteurs, des implants chirurgicaux et un certain nombre de dispositifs pour la chirurgie en général, comme des endoscopes aussi.
- Laurent TELLER
Par rapport à la myopie, qu'est-ce qui vous a amené à étudier cette myopie ? Comment vous avez trouvé cette idée de fabriquer un verre pour la freiner ?
- Jean-Michel LAMBERT
D'une façon générale, le groupe Hoya, qui est un acteur qui innove en permanence, recherche sur tous les axes d'amélioration de la vue, des possibilités de prendre en charge des enfants comme des adultes tout au long de la vie. Et quand on est en Asie, pour avoir eu la chance aussi à titre personnel d'y passer quelques années, très vite on a vu la pandémie, l'accélération de la prévalence de la myopie dans de nombreux pays. Singapour, Hong Kong, Taïwan, etc, Chine évidemment, avec des prévalences qui allaient atteindre 70-80% de la population. Pour être très honnête, c'était encore il y a à peine 10 ans, tous les indicateurs étaient au rouge sans qu'on sache obligatoirement attribuer cette évolution de la prévalence. Par contre, les premières études prospectives allaient montrer que 50% de la population mondiale allait devenir myope. Donc Hoya a continué à suivre ce dossier en particulier, et s'est rapproché d'un acteur majeur qui est l'école Polytechnique de Hong Kong. C'est là qu'en fait, trois chercheurs depuis plus de 30 ans cherchent sur la myopie comment freiner l'évolution. Et c'est eux qui ont mis le système DIMS en place. C'est eux qui ont découvert que la dioptrie, pour une grande majorité des enfants, qui étaient en train, au terme d'acquisition de la myopie, était en train de croître et de surcroître en termes de longueur de l'œil. Et c'est eux qui ont mis ce système en place pour dire si on contrôle la longueur de l'œil, on va contrôler la prise de dioptrie.
- Laurent TELLER
Oui, c'est ça. Dans le mot DIMS, il y a défocalisation, c'est le D. Le principe optique pour freiner la myopie, c'est quoi ?
- Jean-Michel LAMBERT
En fait, c'est que tout naturellement, quand on est en train de regarder devant soi et avec une vision centrale, on va chercher à avoir une vision claire qui arrive au fond et au centre de la rétine. C'est tout à fait naturel. Et quand on va avoir un déficit de myopie, on viendra rajouter un verre entre l'œil et ce que l'on regarde au loin, qui va donner cette acuité sur la rétine. En périphérique, c'est un peu plus embêtant parce que l'œil, vous l'avez vu, il est rond. Je ne peux pas vous montrer en micro, mais c'est ce que je montre à Laurent. Et au centre, tout va bien, le rayon et le signal arrivent en clair, mais en périphérie, sur la partie haute ou la partie latérale de l'œil, un message peut arriver un petit peu en arrière, parce qu'on va mettre une puissance qui va faire que le message va arriver en arrière. Et s'il arrive en arrière, le cerveau guidant l'organe, il va lui dire "recule donc un peu, va chercher ce message" qui est pour le coup flou en périphérie, et il va augmenter, il va stimuler l'augmentation de l'organe pour aller chercher cette netteté. Cette netteté, s'il va la chercher, naturellement on va rajouter de la dioptrie, parce qu'au centre on ne sera plus au clair. Et donc cette relation entre le système optique, la notion du cerveau qui veut avoir une acuité permanente parfaite, et cette longueur axiale qui est à ce moment-là de l'âge de l'enfant encore souple, puisque l'œil est en formation, Cette corrélation, c'est l'école Polytechnique qui va découvrir ce système, qui va découvrir la relation des trois facteurs et qui va proposer une solution, en zone centrale du verre pour donner l'acuité, et en zone périphérique pour, un message sur deux, venir se focaliser en amont de la rétine.
- Laurent TELLER
Ça, c'est la grande nouveauté par rapport au verre classique, on va dire, où l'objectif d'un verre classique c'est de compenser un défaut de visuel, de mieux voir en vision de loin pour un myope. Là, vous allez agir en périphérie pour éviter que l'œil s'allonge.
- Jean-Michel LAMBERT
Absolument. C'est ça, la grande nouveauté. On va rentrer dans une phase qui est plus thérapeutique, j'allais dire, qui intercepte le développement de la longueur axiale. Et pour ça, encore une fois, l'école Polytechnique a cherché quel système optique pourrait diminuer l'impact de la longueur axiale. C'est là qu'il est venu faire une addition. On utilise souvent le terme addition pour les verres progressifs. Là, on va l'utiliser sur un système optique pour les enfants, en mettant un message en amont de la rétine, un sur deux, c'est le dosage qu'a trouvé le professeur Tho.
- Laurent TELLER
C'est là où ça commence à devenir intéressant, on va dire, entre la conceptualisation, on va dire, la compréhension d'un phénomène, et après se dire comment on passe à un stade industriel, parce qu'il faut fabriquer ce verre. Et en fait, la question qui est posée, je pense, à tout industriel, c'est de dire comment on va faire pour qu'en périphérie, on arrive du coup à avoir cette focalisation en avant de l'œil. J'imagine que c'était un enjeu très important.
- Jean-Michel LAMBERT
Tout le défi était là. Il l'est pour tous les dispositifs. Quand on trouve un système, il faut pouvoir le mettre dans une technologie. Cette technologie, elle encapsule en fait le traitement tout en ayant un verre classique qui va donner une correction en son centre. Et donc, c'est à la fois comment définir les îlots de défocalisation, c'est-à-dire la fréquence dans une surface donnée, sur la surface combien d'îlots vous allez mettre, quelle puissance vous allez mettre à quel îlot, de façon à faire que le 1 message sur 2 puisse arriver en amont de la rétine, et tout en ayant au centre une zone de correction classique de myopie.
- Laurent TELLER
Parce qu'en fait, on va dire que cette logique de défocalisation existait déjà par le passé par des lentilles de contact, mais pas sur les verres. On va dire que peut-être ce qui a changé considérablement, c'est pour les enfants, puisqu'on va parler après des enfants, puisque c'est de cette population dont il s'agit, de dire comment on facilite finalement l'accès à un dispositif simple par rapport à des lentilles de contact peut-être qui sont plus compliquées à gérer.
- Jean-Michel LAMBERT
Oui, alors, deux références, Laurent, à ce que vous dites. La première chose, c'est qu'effectivement, le système DISC, avant le système DIMS, a été créé par l'école Polytechnique de Hong Kong, elle aussi, qui était directement posé sur l'œil, donc qui avait une relation directe et plus facile. Mettre ça sur un verre, ça veut dire reculer une distance supplémentaire entre l'œil et le verre. Et donc, il fallait intégrer ça aussi dans l'exigence d'optique qu'on voulait délivrer. Mais c'est ce qui fait la force d'Hoya, c'est qu'on a travaillé et on a développé ces technologies dans MiYOSMART.
- Laurent TELLER
Alors, j'imagine, pour pouvoir commercialiser un verre comme celui-là, il y a des études scientifiques à l'appui. Aujourd'hui, en termes d'efficacité, c'est quoi les résultats ? Combien d'études vous avez sorties ? Qu'est-ce qui fait qu'à un moment, on se dit qu'on a un verre, ça fonctionne, et statistiquement on voit qu'il y a des résultats ? Et quels sont-ils ?
- Jean-Michel LAMBERT
Il y a eu beaucoup d'initiatives en Chine, puisque l'urgence était principalement là-bas. Et nous, on a décidé assez tôt, avec l'école Polytechnique de Hong Kong, de mettre en place une étude clinique qui permettait de comparer des porteurs de verres unifocaux classiques et des porteurs de systèmes DIMS avec MiYOSMART. Et on a laissé suffisamment de recul pour obtenir des résultats à 24 mois, c'est-à-dire à deux ans, de savoir s'il y avait un impact. Et ce qu'on a découvert, c'est qu'au bout de 12 mois, on avait déjà 67% d'impact. C'est-à-dire que la prise de dioptrie du groupe d'e-control sur les unifocaux galopait, alors que celle des porteurs de MiYOSMART était réduite de 67% par rapport à celle-ci. Et ensuite, on l'a établi sur 24 mois, parce que c'était une chose de le faire sur 12. Est-ce que ça continuait sur 24 mois ? Et c'est là qu'on a établi le standard à 60%. Aujourd'hui, les études cliniques continuent, puisqu'on a eu la chance de garder un certain nombre de porteurs avec nous. Alors entre-temps est venu le Covid, on a donc publié des résultats à 5 ans. Pour répondre à une autre question qui était importante, est-ce qu'il y a un effet rebond quand on arrête de porter ce verre ? Donc la réponse est claire, il n'y a pas d'effet rebond. Puisqu'en fait, des gens ont interrompu leur traitement avec MiYOSMART, ont repris des verres unifocaux, et n'ont pas retrouvé une compensation de ce qu'ils avaient gagné en termes de dioptrie. Et aujourd'hui, on est à quelques semaines de la SFO, le grand congrès d'ophtalmologistes qui aura lieu au mois de mai et on annoncera nos résultats à 8 ans.
- Laurent TELLER
Très bien. Ça montre en tout cas qu'effectivement, c'est quelque chose qui dur dans le temps et qui a son efficacité et que dès lors qu'un enfant, en tout cas, on l'équipe avec ce genre de dispositif, ça fonctionne et ça fonctionne bien dans le temps.
- Jean-Michel LAMBERT
Laurent, c'est quand même heureux. C'est le principe d'Hoya que de dire on prouve par le clinique. On parle d'enfants. Je crois que tous ou un certain nombre de vos auditeurs sont parents, je pense qu'ils comprendront qu'il faille avoir cette exigence.
- Laurent TELLER
Très bien. Alors, la myopie, on sait qu'elle est en forte augmentation aujourd'hui, notamment chez les jeunes. Pour vous, quels sont les facteurs aujourd'hui qui expliquent cette évolution ?
- Jean-Michel LAMBERT
Alors, là encore une fois, je pense que la communauté scientifique sera d'accord avec moi, il faut qu'on assume le fait qu'on sache des choses, puis il y a une partie qu'on ne sait pas. Il y a une partie des éléments qu'on attribue à la génétique, qu'on attribue à la modification de nos comportements au quotidien, et que sans doute, en surstimulant la vision de près, on accélère le phénomène de prise de dioptrie et de myopie. On est moins dehors, le fait d'être moins dehors dans nos vies provoque moins d'exposition au soleil, d'alternance entre la vision de près et la vision de loin, parce que quand vous êtes dehors, vous êtes beaucoup plus en train de jouer avec la vision de loin et la vision de près. Plus vous vous enfermez, et d'ailleurs il y a des études qui sont sorties pendant le Covid où on a été enfermé et on a vu l'extraordinaire explosion de la dioptrie, parce que justement, il y avait des personnes enfermées dans cette pandémie. Donc, plusieurs facteurs, nos changements de vie, notre surstimulation en vision de près. Et donc le besoin de corriger sans doute notre mode de vie, en recommandant aux enfants par exemple d'aller au moins deux heures par jour à l'extérieur, c'est fondamental.
- Laurent TELLER
Oui, je pense que nos enfants en manquent cruellement. Alors, on parlait avec le Dr DEDES dans le précédent podcast, qui nous expliquait que c'était surtout très important en termes de prévention de pouvoir dépister des enfants très jeunes, parce que les enfants qui ont déjà de la myopie peut-être plus âgés, l'évolution est peut-être moins rapide, même si elle est importante, et qu'il faut quand même l'évitée, mais l'enjeu est peut-être surtout chez les enfants plus jeunes. À partir de quel âge aujourd'hui on peut porter ce verre ?
- Jean-Michel LAMBERT
Alors, si on regarde ce qu'on a découvert les quelques dernières années, on a établi avec le consortium scientifique de l'Association internationale de la myopie que chaque dioptrie compte. Et on va voir pourquoi. Que de 0,5 de dioptries par an, c'était le stade évolutif. Ça voulait dire que cet indicateur-là, il faut le suivre avec une fréquence de relevé.
- Laurent TELLER
Donc ça veut dire une évolution. Ça veut dire que quand la myopie évolue de 0,5 dioptrie, c'est l'unité de mesure du défaut de vision. Chaque année, on considère que c'est une myopie évolutive.
- Jean-Michel LAMBERT
Ça, c'est une myopie évolutive. Ça ne veut pas dire qu'à 0,25, il ne faut pas s'en occuper, mais déjà à 0,50, on a établi que là, attention, il y a un risque. Donc le Dr DEDES a tout à fait raison. Plus on va prendre tôt auprès d'enfants jeunes cet indicateur, qui, semble-t-il, démontrent qu'il y a une myopie évolutive, plus on va contrôler son évolution. On va éviter quoi ? On va éviter qu'à l'âge adulte, quand il y a une forme de maturité à l'acquisition de la myopie, on soit sur un stade pathologique de la myopie, c'est-à-dire qui a été aussi considéré par le consentium international à moins 6. Pourquoi ? Parce qu'au-delà de moins 6, on augmente ce qu'on appelle les comorbidités. Les facteurs de risque sont multipliés par 25 à 30 sur des décollements de rétines, sur des dégénérescences, sur des glaucomes. Et donc, on se retrouve à devoir exposer notre vie d'adulte à beaucoup plus de complications qui, par ailleurs, coûtent des millions d'euros à prendre en charge. Donc, pour des raisons de santé, pas de doute, il faut intervenir tôt et essayer de garder cette myopie le plus bas possible en termes de dioptrie, pour les raisons que je viens d'évoquer.
- Laurent TELLER
Très bien. Mais alors, est-ce que tous les enfants myopes peuvent en bénéficier ou est-ce qu'il y a des contre-indications ?
- Jean-Michel LAMBERT
Alors, quand on a partagé toutes nos connaissances avec la Haute Autorité de Santé, on a fait ça en 2021, on leur a donné tout ce qu'on avait comme études cliniques, les nôtres et puis celles de, bien sûr, beaucoup d'acteurs dans le monde et là aussi, ils ont établi un certain nombre de principes. Alors d'abord, ils ont reconnu l'enjeu de santé publique. Ils ont vu, pour des raisons de prévalence, que même en Europe, on pouvait avoir un développement qui nous amène à 50% de la population myope avant 2050. Et ensuite, on a établi des éléments standards, comme vous le disiez tout à l'heure : quelle vitesse, quel indicateur on va prendre pour qualifier une myopie. On leur a partagé le fait que souvent, il y avait une corrélation très forte entre la longueur de l'œil, ce qu'on expliquait tout à l'heure, et la dioptrie. Donc il faudrait sans doute une prise en charge de celle-ci. Et puis d'une façon générale, intervenir, ça voulait dire être capable de classifier les enfants myopes par tranche d'âge. Et là, on doit au professeur LEVEZIEL de nous avoir donné les premiers éléments de cette classification avec le groupe KRYS, ils ont permis d'identifier sur des millions d'enfants la quantité, le pourcentage d'enfants dans telle tranche d'âge qui pouvaient être atteints de myopie évolutive. Par exemple, dans la tranche d'âge de 8-10 ans, on est plus près des 25-26% sur 4 qui est aujourd'hui atteint d'une myopie évolutive. Au total, pour votre information, il y a 2 millions d'enfants myopes en France, 2,1, et on est à peu près dans la reconnaissance de l'HAS, 509 000 enfants qui sont à traiter en priorité, que ce soit parce qu'ils sont déjà à moins 6 ou parce qu'ils sont en myopie évolutive.
- Laurent TELLER
On va parler de l'HAS après, parce que je crois que c'est important. C'était une première étape qu'Hoya a entrepris, qui est évidemment intéressante. Avant ça, j'entendais le mot que vous avez utilisé, qui est quand même assez nouveau dans les verres ophtalmiques, qui est le verre thérapeutique. Je crois que c'est la première fois où on entend ce terme-là. Et quand on parle de thérapie, on se pose la question du temps de traitement. Alors, est-ce qu'on va dire qu'il faut un certain temps de port pour que ce soit efficace ? Comment ça se passe au niveau de l'enfant ?
- Jean-Michel LAMBERT
Déjà, on va être très modeste. Malheureusement, thérapie est un mot galvaudé parce qu'on ne reviendra pas en arrière. On acquiert de la dioptrie. Ce qu'on va pouvoir faire, c'est stopper et freiner. Alors oui, il y a une relation entre le temps de port, ce qu'on appelle la conformité au port, c'est vrai dans beaucoup de dispositifs. Plus on porte, plus on a de chances d'impacter au quotidien le développement de la longueur axiale, donc c'est important. Pas besoin de porter la nuit, des lunettes ce n'est pas très pratique, mais il existe des systèmes comme l'orthocage qui travaillent la nuit.
- Laurent TELLER
Pour préciser pour nos auditeurs, ce sont des lentilles de contact rigides au centre, souples en périphérie, qu'on porte la nuit, qui permettent d'aplatir la cornée, donc de modifier la forme de la cornée, ce qui fait qu'en journée, quand on les retire, la cornée étant modifiée, du coup la myopie a baissé un peu. Est-ce que ça peut se combiner d'ailleurs ? De dire on porte des lentilles la nuit, on porte les verres ?
- Jean-Michel LAMBERT
Je pense qu'il y a des combinaisons qui sont plus appropriées mais là encore une fois je laisserai les médecins dans leur pratique choisir. Ils ont à leur disposition tout un tas de propositions de dispositifs et ils vont les combiner. Je pense que c'est plus pertinent aujourd'hui sur des enfants, vous parliez tout à l'heure des enfants en jeune âge qui seraient en mode accélération important on voit des cas quand on le partage avec le professeur BREMOND-GIGNAC par exemple à l'hôpital Necker, où elle arrive déjà avec des puissances à moins 8, moins 10 sur des âges de 6-7 ans, de combiner peut-être de l'atropine avec des verres de freination à la myopie comme MiYOSMART, parce qu'on double l'impact de freination.
- Laurent TELLER
Les auditeurs ne sont pas forcément au courant mais l'atropine, ce sont des gouttes qu'on met dans l'œil, qui permettent, je crois, de bloquer l'accommodation. Et par contre, ça ne s'achète pas en pharmacie, il faut aller à l'hôpital.
- Jean-Michel LAMBERT
C'est sur prescription, souvent distribuée à l'hôpital, c'est évidement moins bien convaincant que d'acheter une paire de lunettes et de se faire équiper par son opticien.
- Laurent TELLER
C'est ça. Donc la paire de lunettes, en tout cas avec le verre, est beaucoup plus facile parce que non-invasif, l'enfant le porte, il ne s'en rend pas compte. D'ailleurs, je crois que j'avais vu des verres en fait, c'est transparent, c'est-à-dire que même les personnes, les autres enfants, parce que c'est ça aussi qui peut être stigmatisant, c'est de dire un enfant qui porte ce genre de verre, est-ce que ça va se voir ? Comment l'enfant le perçoit ?
- Jean-Michel LAMBERT
C'est complètement imperceptible. Il n'y a que, si vous mettez votre lumière de lampe ou de téléphone très très près, vous allez voir des petites zones de nids d'abeilles, sur des zones, mais c'est, en face de vous, impossible à détecter sur une paire de lunettes d'un enfant.
- Laurent TELLER
Autre question, est-ce que l'efficacité du dispositif dépend du mode de vie de l'enfant, par rapport à son temps d'écran, par rapport à des activités extérieures ? Vous parliez tout à l'heure, effectivement, le fait de pouvoir sortir. Évidemment, j'imagine qu'il faut de toute façon inciter les enfants de manière générale à sortir. Mais est-ce que ça participe ou pas ?
- Jean-Michel LAMBERT
Je ne peux pas dire que, et de toute façon, en général, j'imagine qu'en médecine, il y a trop, tout est souvent multifactoriel, mais il y a des dominantes. C'est évident que plus vous allez stimuler la vision de près, plus vous allez exposer. D'ailleurs, on va en parler tout à l'heure, des étudiants qui font des études prolongées, intenses, en s'enfermant à longueur de temps et en potassant sur des bouquins, évidemment, ils vont être plus exposés, même à une évolution un peu tardive de la myopie. Donc, il y a des règles de base. Non, il n'y a pas une discrimination des faits aujourd'hui prouvée, il y a plutôt une intention de dire portez-le plus longtemps, si vous faites une activité sportive, évitez qu'elle casse parce que c'est quand même des équipements qui coûtent un certain prix, donc il faut les renouveler mais ça veut dire que vous pouvez les porter dans beaucoup d'activités, 90% des activités, et il n'y a pas de discrimination particulière aujourd'hui au port de ces verres.
- Laurent TELLER
Alors du coup, pour un adulte, est-ce que ça a un intérêt ? Ou en tout cas, est-ce qu'il y a un âge ou une limite ? Jusqu'à quel âge en fait ? Est-ce que c'est 15 ans, 20 ans, 30 ans ?
- Jean-Michel LAMBERT
Alors, il y a ce qu'il y a été publié et de ce qu'il y a en cours d'observation. On va faire le distinguo. Ce qui est publié, par exemple, c'est ce que l'HAS nous dit, l'Haute Autorité de Santé si on lui prête cette capacité d'analyse qu'elle a eue, elle a dit « aujourd'hui, je vais borner la prise en charge entre 5 ans et 16 ans » . Non pas qu'elle ne pensait pas qu'il y avait des résultats au-delà, mais c'est qu'elle n'avait pas de preuves cliniques. Le professeur LEVEZIEL, dont je vous parlais tout à l'heure, avec l'étude de Tricard d'origine, a complété ce bornage. Aujourd'hui, on sait que jusqu'à l'âge de 21-22 ans, il y a encore 12-13% de la population qui peut être encore myope, évolutif, au-delà des 16 ans. Donc les choses évoluent, comme je le disais tout à l'heure, on ne sait pas tout, on apprend, on cherche, et puis on update nos publications.
- Laurent TELLER
En tout cas, ce n'est pas que pour les enfants, ça peut être aussi pour des adolescents et pour des jeunes adultes.
- Jean-Michel LAMBERT
Gardez le principe du traitement, parce que si votre organe n'a pas fini de croître, si vous repassez envers unifocaux, vous perdez le bénéfice d'avoir stoppé avant moins 6, ça serait un peu dommage.
- Laurent TELLER
Maintenant, d'un point de vue pratique, comment on peut obtenir ce verre ?
- Jean-Michel LAMBERT
La première chose qu'il faut faire, c'est aller visiter son ophtalmologiste, qui va faire un examen complet, pas seulement de la myopie, il va regarder votre organe d'une façon générale, et puis ensuite, il va identifier les raisons pour lesquelles il pense qu'il y a une évolution rapide de la myopie chez votre enfant, et il va donc lui proscrire ces verres.
- Laurent TELLER
D'accord, donc ça veut dire que c'est forcément sur prescription médicale qu'on peut obtenir ce verre-là ?
- Jean-Michel LAMBERT
Oui je le souhaite, et c'est ce qui est très différent par rapport au verre autre classique. Pourquoi ? Parce qu'en fait, on est dans un marché de verres et d'équipements optiques, qui est un marché libre, c'est-à-dire qu'on va chez un opticien indifféremment, et puis sur, je vais rentrer un peu dans le technique, mais un code générique, on va rembourser des verres, et d'ailleurs, la caisse va prendre très peu, puisqu'elle prend, la Caisse Primaire d'Assurance Maladie rembourse quelques centimes. Et puis les organismes complémentaires d'Assurance Maladie, suivant vos contrats de mutuelle, pour parler vulgairement, vont prendre en charge le reste. Là, on ne pouvait pas être dans ce cadre exact ou laisser les choses se faire exactement dans ce cadre-là, parce que la décision doit être portée sur du clinique. Il fallait donc évidemment que ce soit l'ophtalmologiste qui décide de la première prescription. Il n'empêche que l'opticien qui perçoit un enfant qui est en évolution rapide, il n'a qu'à donner un coup de téléphone à un ophtalmologiste autour de lui pour lui demander si ce n'est pas une bonne idée. de lui prescrire. Donc je crois que c'est tout le parcours de santé, il est croisé entre les opticiens et les ophtalmologistes. Mais au départ, c'est une prescription, c'est souhaitable.
- Laurent TELLER
Je comprends. Alors maintenant, si on parle de la prise en charge, vous avez donc récemment obtenu auprès de l'HAS une reconnaissance de l'efficacité médicale de ce verre. Est-ce que vous pouvez nous en dire quelques mots ? Parce que ça, pour le coup, c'est très innovant. Je crois que c'est la première fois qu'on obtient ce genre de reconnaissance sur des verres ophtalmiques.
- Jean-Michel LAMBERT
Oui, c'est ce que j'expliquais tout à l'heure. On pouvait lancer de façon un peu libre ce verre. On a toujours tendance d'ailleurs à préférer la liberté qu'aux contraintes. Néanmoins, on est dans une ère nouvelle depuis ce que vous expliquez, plus de 50 ans, on n'a pas innové de façon aussi forte dans le marché de l'optique. C'est une interception à une évolution qui s'assimile à la thérapie et donc il était nécessaire de l'encadrer. Donc ce qu'on a simplement fait, très modestement, auprès de l'HAS dans un premier temps, c'est leur amener, encore une fois, tout l'éventail des études cliniques qui étaient à notre disposition. Internationalement, c'est là que le groupe Hoya a été bien placé puisqu'il a permis d'agréger des études d'Australie, d'Asie, beaucoup de recherches dans différents endroits. Et les études du professeur LEVEZIEL en France sur la quantité d'enfants qui pouvaient être suivis sur une durée assez longue. Ça a permis quoi ? Ça a permis d'établir que l'aplasie c'est bien un enjeu de santé publique. On sortait du Covid, on parlait d'une pandémie de myopie, bon, c'était l'actualité. La deuxième chose, c'est qu'elle a évidemment regardé nos études cliniques propres aux verres MiYOSMART, comparant elle aussi les résultats qu'on obtenait avec des verres unifocaux, et MiYOSMART. Et elle a validé l'intérêt de ce verre et du fait qu'il pouvait freiner. Aujourd'hui, ce n'est pas une étude clinique que je vais vous dire, mais c'est ce qu'on observe, 7 à 8 enfants sur 10 qui s'équipent de MiYOSMART sont stables après un an. Donc, on voit bien l'impact qu'on va avoir sur la vie potentielle des adultes, et c'est ce que l'HAS a reconnu. Donc, une fois que vous avez obtenu, et c'est ce qu'on a eu en mars 2022, l'avis de l'HAS, vous obtenez quoi en fait ? Vous obtenez des indications, comme un médicament, à qui on doit le prescrire, qu'est-ce qu'il faut faire ? Il faut le porter régulièrement, parce que sinon vous n'en avez pas les effets, l'âge, et puis peut-être un peu de prise de mesure intermédiaire, c'est-à-dire que naturellement, quand l'ophtalmologiste prescrit, l'opticien va équiper, au bout de 15 jours c'est pas mal de revenir pour voir si les verres sont bien en face de nos enfants, parce que sinon ils ne sont pas en face des yeux, c'est un peu dommage de mettre un traitement qui ne sera pas utile, s'il l'a cassé, etc. Donc, il y a toute cette prise en charge générale. L'avis de l'HAS a été mis en mars 2022, puis ils nous ont dit, maintenant, allez voir le Comité Economique des Produits de Santé pour voir si vous pouvez obtenir un remboursement spécifique, une prise en charge aussi des pouvoirs publics, pas simplement des organismes complémentaires à l'Assurance Maladie. Et c'est ce qu'on a fait.
- Laurent TELLER
Oui, c'est logique, parce qu'à partir du moment où un verre, effectivement, est plus cher, se pose la question de dire comment on le fait prendre en charge, parce que j'imagine que pour des parents, il peut y avoir du renoncement en soins parce qu'ils n'ont pas la capacité de financer ces équipements. Et donc, c'est logique avant de se dire, est-ce qu'on fait intervenir des tiers pour pouvoir le financer ? Les complémentaires santé, évidemment, contribuent naturellement. La question, effectivement, de la Sécurité Sociale, est-ce qu'à un moment, ils y vont ? Et donc, c'était votre démarche d'aller voir le CEPS, justement, pour entamer cette réflexion.
- Jean-Michel LAMBERT
Oui, et je dois le dire et je dois les remercier très clairement aujourd'hui. Ils ont tout de suite pris très sérieusement le sujet. Donc, l'idée passer de 5 centimes à un montant significatif en euros, ça n'a pas été une discussion. Tout de suite, ils ont pris en charge l'idée qu'il fallait que la France adresse le problème de la myopie en prenant dans les caisses de la Sécurité Sociale un montant pour l'affecter à ces 510 000 enfants que l'HAS avait identifiés. Ce qui a été plus compliqué ensuite, c'est d'expliquer que le monde de la pharmacie ne fonctionne pas exactement comme celui d'un opticien. Que le temps passé à un enfant dans une boutique d'optique, il est obligatoirement long. Il va prendre des mesures, il va ensuite revenir voir l'équipement, il va interroger le confort de l'enfant. Tous ces temps passés, c'est des heures. Et vous savez qu'aujourd'hui, il n'y a pas de prestations d'optiques données aux opticiens. Donc on a discuté beaucoup, et on a discuté pour obtenir un prix qui était correct à la revente, une prise en charge qui sera limitée puisqu'il y aura un prix de vente fixé, et les bénéfices que vous avez soulignés vont être énormes, c'est-à-dire que le reste à charge va drastiquement diminuer, voire ne plus exister, et donc le renoncement aux soins associé à ça. Et je veux souligner là que les conséquences sont majeures, parce que vous avez à la fois une notion économique, mais une notion de perte de chance qu'on va gommer. Pourquoi des familles défavorisées à un moment donné renoncaient aux soins pour des raisons économiques qui là, d'un seul coup, vont pouvoir accéder à cette technologie et demain faire que leurs enfants resteront en dessous des stades de moins 6 qu'on évoquait tout à l'heure. Donc il y a un enjeu de santé publique, il y a eu des réponses à la hauteur et malheureusement, les discussions ont été un peu longues. On est à quelques jours de la publication au Journal Officiel de cette prise en charge.
- Laurent TELLER
C'est pour ça qu'on ne peut pas encore donner le prix de vente ou le montant de prise en charge. On a des idées de montant, mais en tout cas, l'objectif, c'est de faire en sorte de diminuer le plus possible le reste à charge.
- Jean-Michel LAMBERT
Oui, le prix moyen qu'on observe est autour de 185 euros sur un verre du MiYOSMART, et on va être autour de 150 euros, je vous donnerai l'information précise dans quelques jours. Mais évidemment, on va diminuer fortement le reste à charge, tout en assurant une marge suffisante à l'opticien pour prendre le temps de bien s'occuper des enfants, ce qui est tout à fait naturel.
- Laurent TELLER
Alors, d'un point de vue technique, puisque de fait, depuis la réforme 100% Santé, on a deux paniers en optique. On a le panier A 100% Santé, qui est pris en charge en totalité par la Sécurité Sociale et les mutuelles, c'est une obligation légale, et il y a le panier B, qui est un panier libre, pour lequel effectivement la Sécurité Sociale rembourse quelques centimes d'euros. Et puis après, comme vous l'avez dit, en fonction des niveaux de contrat de garantie, pris en charge soit partiellement, soit en totalité par les complémentaires santé. Ce verre, MiYOSMART, c'est du panier A ? C'est du panier B ? C'est quoi ?
- Jean-Michel LAMBERT
Merci Laurent de cette question. Alors j'avoue qu'on ne peut pas répondre de façon binaire A et B. Et en fait, c'est faire référence à la pharmacie qui va nous aider à le faire. Soit vous êtes dans un médicament générique, et vous êtes dans une situation d'avoir remboursé vos recherches et développements, vous avez plusieurs industriels qui ont acheté ces brevets ou ils sont rendus dans le domaine public et vous produisez un produit médicament à pas cher. Soit vous êtes en nom de marque, et c'est souvent le cas des médicaments dans une première phase, où là vous avez mis des millions de recherches sur la table et vous attendez à ce que le prix public du médicament vous permette, en tant qu'industriel, de rembourser vos investissements. On est dans cette même démarche-là, on est en nom de marque, on n'est ni classe A ni classe B. Il n'y aura pas d'équivalent classe A à ce produit MiYOSMART, il va être unique, ce remboursement sera que pour MiYOSMART, il ne sera pas pour les autres produits de freination de la myopie, sauf s'ils en font la demande, et ça appartient évidemment à chaque entreprise de le faire. Et ensuite, pour des raisons pratiques de mise en œuvre, on va utiliser le fonctionnement de la classe B de l'optique pour les prises en charge. Mais voilà.
- Laurent TELLER
Ca sera certainement du transitoire, c'est-à-dire que le panier A, c'est sûr que non, ça c'est clair. Le panier B, ça n'est pas un panier B, pour autant, on pourrait pendant un temps, le temps d'arriver à créer une nouvelle catégorie, utiliser le circuit du panier B pour pouvoir le prendre en charge.
- Jean-Michel LAMBERT
Absolument.
- Laurent TELLER
Mais du coup, avec un remboursement de la Sécurité Sociale plus important que les quelques centimes d'euros.
- Jean-Michel LAMBERT
Nettement, je vous donne un ordre d'idée, on parle de dizaines d'euros sur la base de la Sécurité Sociale, là où on parlait de 5 centimes. Donc, il va y avoir vraiment une marge différente. On peut penser qu'on avait des restes à charge parfois de 90 euros sur un verre. On va éliminer ces 90 euros.
- Laurent TELLER
Alors, en termes de population. Parce qu'on est d'accord, ce verre, MiYOSMART, va être pris en charge, on va dire de manière spécifique, sur une population donnée, avec des critères. Ça correspond à quel enfant, quelle myopie ?
- Jean-Michel LAMBERT
Alors les 509 000 enfants dont parle l'HAS sont les enfants qui vont avoir 0,5 de dioptrie d'évolution par an ou déjà atteint le stade de -6. Donc ça, c'est je dirais la population urgente sur les 2 millions d'enfants myopes. Ça, c'est 100% de prise en charge ou très proche, lié au code LPP, nom de marque de MiYOSMART. Pour les autres populations, ceux qui évoluent un petit peu moins vite, mais qui sont au-delà de 16 ans dans un premier temps, on va avoir un deuxième MiYOSMART qui va être du même fonctionnement, puisqu'on ne va pas inventer un autre système, c'est le système DIMS, mais qui là sera un petit peu moins bien pris en charge.
- Laurent TELLER
Par la sécu.
- Jean-Michel LAMBERT
Et voilà. Et par la sécu, il restera sur les 5 centimes. Donc, c'est vraiment les organismes complémentaires qui vont faire pour le coup, c'est du panier B. Absolument. Ça sera totalement du panier B dans ce cas-là.
- Laurent TELLER
D'accord déjà, c'est un peu plus clair. Alors, est-ce que vous pensez que finalement ces verres à freination de la myopie, on va dire avec le temps, vont devenir la norme pour équiper des myopes ?
- Jean-Michel LAMBERT
Là encore, on va parler sous réserve de beaucoup de découvertes qu'on va faire encore. Je pense que, si vous me permettez Laurent, je vais élargir un petit peu le champ de la question pour y revenir. Ce qu'on observe à court terme, c'est que, comme le disait le Dr DEDES, plus tôt on peut encore intervenir. Il y a des choses qui vont se passer plus tôt, plus tôt que les cinq ans. Au démarrage, à la bascule, comme on dit. Donc là, il y a du champ de recherche qui va avoir lieu. Deuxièmement, on est en train de travailler sur des générations de produits qui peut-être vont augmenter la performance encore. Ce qui va être difficile, c'est d'avoir des groupes contrôle qui vont continuer à vouloir bien porter des verres unifocaux, sachant qu'à côté, il y a des verres qui freinent la myopie. Ça, sur le plan éthique, ça devient très compliqué. Donc, pour répondre à votre question, la norme, les normes vont changer. Oui, d'une façon majoritaire, tous les myopes qui ont une évolution de la longueur axiale dans cette tranche d'âge-là, il faut qu'ils portent MiYOSMART. Il faut qu'ils portent des verres de freination, ça va leur éviter les comorbidités dont on parlait tout à l'heure. Est-ce que toutes les myopies sont de caractéristiques identiques ? La réponse est non. Donc le médecin sera toujours le seul à pouvoir attribuer la bonne réponse de thérapie face à la myopie qu'il aura en face de lui. Mais si on en croit la prévalence qui va augmenter, et si on en croit le fonctionnement et on voit le fonctionnement de nos verres, moi je suis toujours attristé de voir des gens équiper des enfants en verre unifocaux quand ils sont myopes à évolution rapide. Car on peut penser aujourd'hui qu'on a environ 10% seulement d'enfants qui s'équipent, alors que de nombreux sont en évolution rapide.
- Laurent TELLER
Alors, j'ai une dernière question. On va dire, si vous aviez un message a adresser aux parents qui s'inquiètent de la progression de la myopie chez leur enfant, qu'est-ce que vous leur diriez ? Et même, je dirais, même aux professionnels ou aux financeurs, en fait, quel message vous aimeriez faire passer ?
- Jean-Michel LAMBERT
C'est d'abord aux financeurs, un grand merci, parce que ça se fait parce qu'on a un écosystème qui le permet en France, et ce n'est pas un hasard si la France a aujourd'hui un très bon équipement moyen en termes de vision, quel que soit l'âge, c'est parce qu'on a un bon système de prise en charge. Près de 75% de la totalité des dépenses en optique sont couvertes par l'organisme complémentaire ou l'assurance maladie. Néanmoins, quand je vois des parents, vous savez, souvent, un parent myope a un enfant myope. La première chose que pense le parent, c'est "et si moi, j'avais eu la chance d'apporter des verres de freination ?" Donc le premier réflexe, c'est qu'il faut le faire savoir, parce qu'il faut que le plus grand nombre de parents puissent être éligibles à ce verre, aux enfants. La prise en charge va être améliorée. Donc renseignez-vous, parlez-en à vos professionnels, parlez-en à vos assureurs, parlez-en à vos médecins, parce qu'aujourd'hui ça existe, aux pédiatres, parce qu'on voit des résultats absolument incroyables. Et puis encore une fois, les assureurs, il faut que de temps en temps, on fasse de la pédagogie avec eux. C'est bien normal, ce n'est pas leur métier numéro un. Et à nous d'aller faire cette pédagogie-là, quand on a des innovations aussi rupturistes, ça change les habitudes, ça change les projections. Et on discute depuis de nombreuses années avec Itelis sur ces questions-là. Et encore une fois, merci, parce que vous faites souvent de l'innovation un cheval de bataille pour le mieux de tous vos assurés. C'est une coopération très positive pour moi.
- Laurent TELLER
Merci beaucoup Jean-Michel LAMBRT, c'était important de vous avoir pour ce podcast pour expliquer ce verre. En tout cas, voilà qui clôt ce deuxième épisode "Du Côté de ma Santé". Merci beaucoup de nous avoir écoutés. Si cet épisode vous a intéressé, n'hésitez pas à le partager et à vous abonner pour ne rien manquer de nos prochains épisodes. D'ici là, prenez soin de vous et bien évidemment de votre santé visuelle. Jean-Michel LAMBERT, merci.
- Jean-Michel LAMBERT
Merci Laurent Teller de votre invitation.