- Laurent TELLER
Bienvenue sur "Du Côté de ma Santé", le podcast d'Itelis qui explore mille et une facettes de la santé. Dans chaque épisode, nous décryptons les grands enjeux de la santé d'aujourd'hui et de demain. Je suis Laurent Teller, Directeur Santé et Partenariat chez Itelis et aujourd'hui, suite au deuxième épisode où nous avions parlé du verre à freination de la myopie MiYOSMART, nous allons parler d'un autre verre à freination de la myopie, le verre Stellest® du groupe Essilor-Luxottica. Nous allons pouvoir nous poser quelques questions. Qu'est-ce que ce verre à freination de la myopie ? Y a-t-il une spécificité sur ce verre ? Quels sont les résultats cliniques ? Mais également, en termes de prise en charge, nous allons aborder la stratégie du groupe Essilor-Luxottica sur la recherche, le développement et le positionnement commercial de ce verre. Voilà quelques questions auxquelles nous allons essayer de répondre. Pour nous éclairer, nous avons le plaisir d'accueillir Mme Prunemar, directrice générale d'Essilor France, fabricant de verres ophtalmiques. Tendez l'oreille, c'est parti !
Prûne MARRE, bonjour.
- Prûne MARRE
Bonjour Laurent.
- Laurent TELLER
Merci beaucoup de nous rejoindre pour ce podcast. Alors, avant de parler de ce dispositif Stellest®, j'aimerais que pour nos auditeurs, vous puissiez nous présenter en quelques mots le groupe Essilor-Luxottica et nous parler de son engagement dans l'innovation optique.
- Prûne MARRE
Alors, le groupe Essilor-Luxottica, c'est un leader mondial dans la conception, la fabrication et la distribution de lunettes. À la base, en fait, c'est le mariage, ce groupe-là vient du mariage entre Essilor, qui faisait des verres optiques correcteurs, et Luxottica, qui faisait des montures pour porter ces verres optiques avec des marques iconiques, type Ray-Ban, Oackley, Persol, et plein de licences aussi de luxe. Et donc, les deux entreprises se sont rejointes puisqu'elles avaient une même mission, qui était celle d'éradiquer le mal voir dans le monde. Donc l'objectif, c'est vraiment de laisser tout un chacun pouvoir bien voir. Et puis, au fur et à mesure des années, ces deux entreprises se sont rencontrées aussi parce qu'elles avaient le même ADN, qui est celle de l'innovation. Elles ont investi, investi, investi énormément pour pouvoir développer les lunettes du futur. Et c'est parti d'un constat tout simple, c'est de se dire que les montures n'étaient pas là que pour porter des verres correcteurs. Les montures, elles peuvent intégrer tout un tas d'autres fonctionnalités. Et donc, les lunettes que vous allez porter sur le nez vont devenir de véritables assistants de vie, des compagnons de vie. Et donc, c'est comme ça qu'ont été développés, par exemple, les Ray-Ban Meta, qui est un partenariat entre Essilor-Luxottica et le groupe Meta, et qui permet en fait aux consommateurs de demander à ces lunettes tout un tas d'informations, parce que ça, c'est effectivement améliorer de l'expérience de l'Intelligence Artificielle, trouver un restaurant, décrire une œuvre, traduire une conversation en simultané quand la personne ne vous parle pas la même langue que vous. Donc ça, ce sont des fonctionnalités extrêmement importantes, parce que les lunettes du futur et ces lunettes connectées deviennent beaucoup plus, effectivement, que de simples lunettes de vue. Elles vous aident à bien voir, mais également à bien vivre au quotidien. Un autre exemple, nous venons de lancer Nuance Audio. Alors certes, ces lunettes vous permettent de bien voir, mais nous avons dissimulé dans la branche un assistant d'écoute qui vous permet également de mieux entendre la personne qui vous parle en face de vous. Donc tout ça pour vous montrer à quel point notre groupe est férue d'innovation.
- Laurent TELLER
Et de recherche et développement.
- Prûne MARRE
Exactement.
- Laurent TELLER
Alors c'est vrai qu'on en parlera parce que je pense que ces deux sujets dont vous avez parlé, c'est des sujets je pense qui mériteraient vraiment de pouvoir en parler de manière spécifique parce que Ray-Ban Meta notamment, au-delà de ce que vous avez décrit, j'ai compris pour la base vision aussi. Il pourrait aussi y avoir un impact fort en termes d'accompagnement d'une population qui, des fois, a peut-être du mal à trouver des solutions optiques pour pouvoir être appareillée, être aidée. Donc, je pense qu'on aura l'occasion de se revoir, en tout cas, pour pouvoir en parler.
- Prûne MARRE
Non, mais tout d'abord, parce que typiquement, c'est vrai que Ray-Ban Meta, on pense au côté ludique, je prends des vidéos, je les poste sur les réseaux sociaux, le côté un peu lifestyle. Mais il y a aussi une application qui permet aux personnes qui sont malvoyantes de faire appel à des volontaires. Ça s'appelle "Be My Eyes", qui vont prendre, via la caméra de vos lunettes, comme s'ils étaient à la place de vos yeux. Ils vont prendre le contrôle de vos lunettes et vont pouvoir aider la personne malvoyante à trouver des objets chez elle ou au supermarché, à lire son courrier. Donc, c'est vrai que c'est extrêmement porteur d'espoir pour les personnes en déficience visuelle.
- Laurent TELLER
OK. En tout cas, on voit qu'il y a de l'avenir sur ces sujets-là, donc on pourra en parler. Alors, si on revient maintenant sur la santé visuelle, du coup , on parlait de cette innovation optique qu'est Stellest®, on va dire en termes de santé visuelle en France, si vous aviez un ou plusieurs défis en tout cas à relever, ce seraient lesquels ?
- Prûne MARRE
Alors, en termes de défis majeurs, c'est effectivement la freination de la myopie. Et quand vous disiez en France, je pense que c'est quelque chose qui est extrêmement intéressant de se rappeler, parce que le groupe Essilor-Luxottica deux berceaux, dont le gros berceau d'Essilor qui est la France. Et c'est vrai que nous avons toujours concentré en France l'ensemble de nos investissements en termes d'innovation. Par exemple, c'est à Créteil qu'existe en fait, le plus grand centre de recherche en optique ophtalmique au monde, privé. C'est aussi en France que nous avons décidé d'investir 70 millions d'euros dans un outil de production qui nous permet d'augmenter notre capacité de production de 40% de verres en France. Alors pourquoi je parle de la France ? Parce que la freination de la myopie, qui est un enjeu de santé publique partout dans le monde, mais aussi en France. Nous allons pouvoir la nourrir aussi grâce à notre recherche et développement ici et produire nos verres en France. Alors pour revenir à votre question, pourquoi ça représente un enjeu de santé publique ? Déjà évidemment la myopie elle est déclarée comme une maladie par l'OMS et reconnue comme telle depuis plus de dix ans maintenant. Et on parle d'une épidémie de myopie parce que c'est vrai que le pourcentage de personnes myopes galopent un petit peu partout, y compris en France. On estime que d'ici 2050, dans le monde, il y aura une personne sur deux qui sera myope et 10% des personnes dans le monde qui seront fort myopes, c'est-à-dire au-delà de -6 dioptries. Alors on peut se dire, bon, la myopie, c'est un simple défaut visuel, c'était ce que les gens pensaient au préalable. Il y a de ça plusieurs années, c'est-à-dire que j'ai du mal, que mon enfant a du mal à voir le tableau au loin, que c'est flou. Sauf que la réalité, c'est que la myopie n'est pas qu'un simple défaut visuel. La myopie, surtout quand elle est très évolutive et qu'elle, chez l'enfant, est que l'œil croît plus vite, parce que la myopie, c'est un œil long, que la croissance de l'enfant, elle mène à des myopies fortes qui, elles-mêmes, peuvent amener à des pathologies à l'âge adulte, des pathologies graves, type décollement de la rétine, type maculopathie myopique.
- Laurent TELLER
Pour nos auditeurs, c'est que, encore une fois, la myopie, on va dire, faible chez les adultes, en soi, il n'y a pas de gravité. On va dire, on porte des lunettes, ça nous permet de mieux voir, mais pour le coup, ça n'est pas évolutif. Là, ce dont on parle, qui est un danger, en tout cas, qui peut être un danger pour des enfants qui, on va dire, qui a une myopie qui se déclenche et qui va évoluer très, très rapidement, fait qu'on peut arriver à des myopies très importantes et comme vous l'avez dit, l'oeil s'allonge et c'est là où on peut avoir des pathologies qui sont associées.
- Prûne MARRE
Exactement. Et ce sont des pathologies qui, à l'âge adulte, peuvent mener jusqu'à la cécité. C'est pour ça qu'il est extrêmement important d'agir dès l'enfance. Donc il faut, un, pouvoir sensibiliser les parents pour qu'ils sachent qu'il faut aller faire contrôler la vue de leurs enfants et détecter s'ils ont une myopie évolutive. Deux, il faut pouvoir équiper les enfants en solution de freination de la myopie. Et trois, il faut pouvoir justement avoir des verres dont l'efficacité est prouvée, cliniquement prouvée, pour freiner la myopie. Parce qu'on passe du verre correcteur à un verre curatif, thérapeutique. Et puis, de manière générale, quand on dit qu'il faut sensibiliser les parents, ce n'est pas simplement au fait de leur faire porter des verres de freination de myopie 12 heures par jour, c'est aussi adopter les bons réflexes. Et c'est vrai que la myopie est galopante aussi parce qu'on a changé de mode de vie avec les écrans. On passe énormément de temps en vision de près. On passe beaucoup moins de temps à l'extérieur. Donc, il y a des réflexes simples à donner, des astuces à donner aux parents. Sortez vos enfants au moins deux heures par jour. Faites en sorte que s'ils sont devant les écrans, déjà c'est mieux d'être devant la télé que devant un smartphone à 20 centimètres. Mais en plus, que toutes les 20 minutes, ils puissent faire effectivement une pause pour regarder au loin et relâcher effectivement l'accommodation. Et cette sensibilisation, moi, elle me semble primordiale parce qu'il y a un des derniers sondages de l'Asnav, qui œuvre pour la prévention visuelle en France, montre qu'il y a plus d'un parent sur deux d'enfant myope, qui ne savent pas que la myopie peut poser une problématique évolutive. Il y a 72% des parents qui disent « je n'ai pas été assez informé des risques liés à la myopie » , alors qu'il y a 83% d'entre eux qui disent « si j'avais su, j'aurais fait contrôler la vue de mes enfants ». Ils s'en veulent d'être passés à côté de ça, parce que c'est autant de pertes de chance. Et chaque dioptrie compte, si on ne veut pas de perte de chance, freiner la myopie. On sait qu'une dioptrie gagnée, ça permet de baisser le risque de handicap visuel autour de 20%. Donc c'est primordial de s'y atteler très tôt.
- Laurent TELLER
Et en termes de sensibilisation, qu'est-ce qu'il faudrait faire d'une manière générale ? Est-ce que les pouvoirs publics ont un rôle à jouer ? Est-ce que les fabricants de verres ont un rôle à jouer ?
- Prûne MARRE
Alors aujourd'hui, c'est intéressant cette question parce qu'il n'existe pas au niveau des pouvoirs publics de campagne de sensibilisation. Ça existe dans le dentaire par exemple avec M'T Dents, il n'y a pas de M'T Yeux. Ça n'existe pas par les pouvoirs publics mais ça existe par la filière. On est effectivement dans la filière optique, une filière qui est auto-portée. D'ailleurs on dépend très peu du financement de la Sécurité Sociale. Le financement majoritaire est lié au complémentaire santé. Exactement, et puis par le reste à charge pour le consommateur. Et toute la sensibilisation se fait par les acteurs de la filière, dont les fabricants. Par exemple, au niveau du groupe Essilor-Luxottica, nous, on est extrêmement investis pour pouvoir sensibiliser les parents. Donc, ça passe par des outils que l'on donne à nos opticiens partenaires, qu'eux-mêmes vont donner à leurs propres clients ou consommateurs. Ça passe par des campagnes nationales que l'on fait en partenariat avec l'IUMP pour avoir des créneaux dédiés chez l'ophtalmologiste pour aller faire contrôler la vue de ses enfants et puis montrer l'importance de la freination de la myopie.
- Laurent TELLER
Oui, alors si on reparle du produit par rapport à Stellest®, qui est ce verre à freination de la myopie, est-ce que vous pouvez nous expliquer comment il fonctionne et puis quels sont les résultats des études cliniques ?
- Prûne MARRE
Alors effectivement, le développement de Stellest®, il a commencé il y a des années, parce que le groupe Essilor-Luxottica, ça fait effectivement plus de 30 ans qu'il est engagé dans le combat contre la myopie. Et il y a plusieurs types de verres qui ont d'ailleurs été envisagés avant d'arriver à Stellest®. Et l'objectif, c'était avec Stellest® de comprendre comment on peut réguler la croissance de l'œil, puisque un œil myope évolutif, c'est un œil qui s'allonge beaucoup trop par rapport à ce qu'il devrait. Et cet allongement de l'œil, il est lié aux propriétés des signaux qui sont reçus par la rétine. Donc, toute la recherche et développement que l'on a fait, c'était pour bien comprendre ces mécanismes et comment on pouvait arriver à bluffer la rétine pour éviter que le cerveau ne provoque cet allongement de l'œil. Pour ça, on a beaucoup travaillé avec l'Institut de la Vision en France, avec l'Université de médecine de Wenzhou également en Chine. Le verre Essilor Stellest® combine deux fonctions. Bien évidemment, il va corriger la myopie, comme un verre classique, mais il va venir également ralentir l'allongement de l'œil grâce à une technologie qui a été mise en place qui s'appelle ALT. Et cette technologie, c'est que dans le verre, il y a 1021 micro-lentilles totalement invisibles et extrêmement asphériques qui sont ingénieusement positionnées à sa surface pour faire en sorte que la lumière, quand elle va traverser les micro-lentilles, ça va créer un volume de lumière non focalisé devant la rétine et qui en suit totalement la forme. Et c'est ça, c'est cette technologie qui va envoyer un signal de ralentissement à la croissance de l'œil. Et donc quand vous parliez d'études cliniques, ça c'est primordial, parce que quand on est dans le domaine d'un verre thérapeutique, il est important que l'efficacité soit cliniquement prouvée. Donc l'étude clinique principale des verres Essilor Stellest®, elle a été lancée en 2018, et les résultats à 6 ans, à présent, ils sont publics. Et voilà ce qu'ils montrent. C'est que les verres Essilor Stellest® vont venir ralentir la progression de la myopie de 1,95 dioptries et la longueur axiale, l'élongation axiale de 0,81 mm en moyenne sur 6 ans par rapport au groupe de contrôle combiné. Donc ce qui est d'excellents résultats et qui prouve la performance. Je vais vous montrer l'importance de chaque dioptrie gagnée. Là, effectivement, en 6 ans, c'est presque 2 dioptries qu'on arrive à gagner. Et puis, ça montre aussi que l'efficacité des verres Essilor Stellest® pour ralentir la progression de la myopie et cet allongement de l'œil, elle est maintenue chez les enfants plus âgés, jusqu'à 19 ans. Et ça, c'est important parce qu'on sait que l'œil de l'enfant s'allonge énormément entre 5 et 16 ans. Ça a été reconnu d'ailleurs par la HAS. Mais il y a énormément de myopies qui continuent à évoluer, même après 18 ans. 25% des myopies continuent à évoluer après 18 ans. Donc il faut pouvoir adresser cette population. Les études cliniques, évidemment, on les continue, on la poursuit sur une septième année. Et puis, en parallèle, on a mené d'autres études, et notamment une étude qui me semble importante, qui montre que quand vous arrêtez de porter le verre Essilor Stellest®, il n'y a pas d'effet rebond de la progression de la myopie. Donc tout ce que vous avez gagné. C'est gagné en termes d'évolution de la myopie. Et cette étude, justement, elle a fait l'objet d'une publication dans l'American Journal of Ophthalmology. Donc, on a des publications très solides partout dans le monde.
- Laurent TELLER
Oui, c'est intéressant parce qu'à notre niveau, on va dire en termes de réseau de soins, les deux verres qui étaient référencés, en tout cas chez Itelis, c'était effectivement le MiYOSMART de chez HOYA et Stellest® de chez Essilor, parce qu'il y avait des études à l'appui. Et je crois que cette notion-là, elle est vraiment fondamentale. C'est que j'imagine que d'autres verriers très certainement fabriquent et vont commercialiser ce genre de verre. Et il faut être très vigilant, en tout cas, sur les résultats de ces études pour être sûr que quand on met ce genre de verre à des enfants, et bien, on ne soit pas sur n'importe quel verre qui se dit à freination de la myopie, qui ne l'est pas obligatoirement. OK, en tout cas, l'effet rebond, en tout cas, qui était à surveiller aujourd'hui, vous voyez que ça fonctionne. Et les résultats cliniques sont là, ce qui est une très bonne chose. En termes d'études, est-ce que vous vous êtes engagé sur d'autres études, sur du plus long terme, pour voir dans le temps, concrètement, en France notamment, parce que vous parlez effectivement de l'Asie. Il y a eu beaucoup d'études qui ont été faites en Asie. Les populations françaises sont quand même différentes. Est-ce que vous avez des études qui sont engagées sur ce sujet ?
- Prûne MARRE
Alors, on s'est lancé dans un grand programme cette année qui s'appelle le programme PREMYOM. Et ça signifie "Prise en Charge et Ralentissement de l'Epidémie de Myopie par l'Optique Médicale". Donc c'est un grand programme de recherche sur cinq ans qui a mobilisé quand même plus de plusieurs dizaines de millions d'euros en termes de recherche. Et il y a 50% de ce financement qui vient du financement public dans le cadre du Plan France 2030. Donc ça montre à quel point la myopie est aujourd'hui considérée comme un enjeu de santé publique. Et donc ce projet, PREMYOM, c'est un consortium pluridisciplinaire composé de six partenaires issus de l'industrie, du secteur médical et de la recherche. Et c'est notre groupe Essilor-Luxottica qui le coordonne. Donc pour vous donner le nom des autres partenaires, il y a l'hôpital de la Fondation Adolphe de Rothschild, il y a INRIA, INSIMO, l'Institut des Mines-Télécom et l'Institut de la Vision. L'objectif effectivement de ce programme, c'est de se dire jusqu'à présent, on avait des études, surtout sur les populations asiatiques. Or on sait que l'œil caucasien ne réagit pas forcément comme un œil asiatique. Ça, c'était le premier constat. La deuxième chose, c'est d'essayer de se dire, qu'est-ce qui se passe ? Est-ce qu'on peut détecter avant que l'enfant ne soit myope, le fait que ça soit un pré-myope ? À partir de quel moment on peut l'identifier ? Parce qu'on sait qu'il est primordial de l'identifier le plus tôt possible. Est-ce qu'un enfant qui est emmétrope à 3 ans, par exemple, c'est normal ? C'est ce genre de questions-là que l'on se pose. Et puis, l'autre question que l'on s'est posée, c'est que quand on regarde les résultats des verres de freination de myopie de manière générale, dont celui de Essilor Stellest®, on voit qu'effectivement, il y a un ralentissement de l'évolution de la myopie pour beaucoup d'entre eux la myopie, l'évolution de la myopie est totalement stoppée et pour d'autres ça continue légèrement mais ça continue donc il faut pouvoir comprendre en fait tous ces mécanismes et pour le comprendre il faut que l'on puisse identifier quelles sont les cellules qui réagissent quelles sont les cascades de réaction dans la rétine qui mènent au fait qu'elles soient plus ou moins bluffées parce qu'il faut qu'elles soient totalement bluffées comme on l'a dit pour que l'évolution de la myopie soit totalement stoppée. Donc l'objectif aussi avec ce grand programme de recherche PREMYOM, c'est de faire des solutions qui soient personnalisées, pour qu'à la fin, tous les enfants puissent être totalement freinés, stoppés dans l'évolution de la myopie.
- Laurent TELLER
Quand vous dites personnaliser, ça veut dire potentiellement de créer un verre sur-mesure ?
- Prûne MARRE
Alors pourquoi pas, on verra jusqu'où ça peut nous mener. Mais effectivement, il est important de pouvoir segmenter les enfants pour comprendre en fonction de leur mode de vie.
- Laurent TELLER
Pour avoir des groupes de population, en tout cas.
- Prûne MARRE
Exactement. Et puis, c'est pour ça aussi, d'ailleurs, qu'on va faire toutes ces études aussi avec des lunettes connectées. C'est important d'enregistrer les paramètres, le port, l'exposition à la lumière du jour, puisqu'on sait qu'il est important d'être à la lumière du jour et d'avoir une vision de loin en temps passé assez importante. Donc voilà, c'est tout ça, effectivement, que l'on va faire pour objectif de développer des verres qui soient hautement personnalisés pour tous les enfants, pour ralentir la progression de la myopie.
- Laurent TELLER
Je permets de préciser aussi pour nos auditeurs, parce que souvent ce qui est compliqué pour les verres opthalmiques, c'est quand on regarde un verre, c'est transparent. Et on a l'impression que tous les verres se ressemblent. Or, il ne faut pas oublier qu'en tant qu'industriel, ça a forcément des conséquences, en tout cas sur la chaîne de production, et que dès lors qu'on commence à avoir ces individualisations, naturellement, il faut des investissements aussi pour pouvoir mettre en œuvre la fabrication de ces verres. Et évidemment, plus c'est complexe, et plus la chaîne de production est importante, et donc évidemment, plus les verres ont aussi un coût. Je pense que c'est important à rappeler aussi pour les complémentaires santé qui financent ce genre de verre. Tous les verres ne se ressemblent pas, même si quand on les regarde, ils se ressemblent. Mais en réalité, dans la fabrication et dans les résultats qu'on obtient, évidemment, ils ne sont pas les mêmes.
- Prûne MARRE
Tout à fait. On n'imagine pas le concentré de technologies qu'il y a derrière un verre. Un verre, ça peut être jusqu'à 60, 65 étapes différentes pour le faire. Et l'objectif est que justement il soit à la fois le plus efficace possible et totalement transparent pour que vous puissiez bien voir. Donc effectivement, ça ne se voit pas en soi que le verre est différent, mais je peux vous assurer que derrière, il y a beaucoup de technologies. Et d'ailleurs, en parlant des verres Essilor Stellest®, nous avons décidé de les produire dans notre nouveau laboratoire d'excellence dès le mois d'avril, avec une montée progressive des volumes. Et nous visons effectivement une certification Origine France garantie pour l'automne.
- Laurent TELLER
En plus, ce sont des verts français.
- Prûne MARRE
Voilà, exactement. Et ça, pour nous, c'est extrêmement aussi important de pouvoir produire au plus près des populations concernées.
- Laurent TELLER
Bien sûr. Alors, j'avais une question. Parce qu'on parle du financement, notamment par rapport à HOYA, qui a fait le choix, en tout cas, de pouvoir faire reconnaître ce verre par rapport à la HAS, la Haute Autorité de Santé, et faire prendre en charge par, du coup, la Sécurité Sociale ce verre de manière plus importante. Vous, a priori, vous avez en fait choisi une autre stratégie de développement. Est-ce que vous pourriez nous en dire quelques mots, notamment par rapport à cette étude PREMYOM dont vous venez de parler.
- Prûne MARRE
Oui, tout à fait. Nous, dans notre stratégie, effectivement, l'objectif, c'est qu'aujourd'hui, on sait qu'il y a 18% des enfants myopes qui sont équipés d'une solution de freination de myopie. 18%, ce n'est largement pas assez, surtout quand on sait qu'il y a 20% des enfants qui sont extrêmement évolutifs. Et il y en a beaucoup plus, d'ailleurs, qui sont tout simplement évolutifs et qu'il faut pouvoir adresser. Donc, dans notre stratégie, nous, déjà, la priorité, c'est de sensibiliser les parents au fait de faire des contrôles de vue chez l'ophtalmologiste.
- Laurent TELLER
C'est la prévention.
- Prûne MARRE
Exactement, la prévention. Et tout ça, ça doit s'organiser, effectivement, autour de la clé de voûte qui est l'ophtalmologiste, parce que c'est lui qui est le garant de la prise en charge médicalisée, effectivement, de l'enfant. Ensuite, ça va s'opérer dans la filière avec les "3O", donc les orthoptistes aussi et les opticiens, en plus des ophtalmologistes. Et chacun a un rôle à jouer là-dedans, en termes de sensibilisation. Donc ça, c'est vraiment notre premier axe. Le deuxième axe, effectivement, c'est d'investir massivement en R&D sur ce secteur-là. Donc en recherche et développement, on a parlé du projet PREMYOMM, o n mène aussi d'autres actions en recherche et développement, puisque la freination de la myopie, c'est vraiment un axe majeur pour le groupe Essilor-Luxottica. L'objectif étant d'avoir des solutions encore plus performantes. Et puis, parce qu'aujourd'hui, on pense qu'on n'est qu'au début de l'aventure. Donc, on a le verre Essilor Stellest® qui existe, mais évidemment, demain, il y aura d'autres versions plus performantes. On pense que le projet PREMYOM, d'ici cinq ans, va pouvoir permettre d'avoir accès à des solutions encore plus efficaces et hautement personnalisées pour les enfants. Et puis d'ailleurs, je tiens aussi à remercier les complémentaires santé, parce que sur ce verre-là, Essilor Stellest®, en lien avec toutes les études cliniques que nous avons fournies, je pense qu'elles ont bien compris la nécessité de prendre bien en charge ce verre et que la myopie était un enjeu de santé publique. Et donc, effectivement, aujourd'hui, on a même une amélioration des garanties par les complémentaires santé pour les verres Essilor Stellest®. Et donc, il reste effectivement un reste à charge qui dépend en fait des contrats par le consommateur, certains n'en ont pas du tout. Ça dépend du contrat. Mais aujourd'hui, grâce à l'action justement des complémentaires santé, tout un chacun peut avoir accès justement aux verres Essilor Stellest®. Nous on estime que depuis le début du lancement de ce verre, on a équipé plus de 200 000 enfants. Quand on se dit qu'il y a 2 millions d'enfants myopes, on voit qu'il y a encore énormément de chemin à parcourir.
- Laurent TELLER
En tout cas, ce que j'entends, c'est que vous vous laissez encore le temps, finalement, d'améliorer, même si les résultats sont déjà présents, les résultats potentiels de suite, notamment aux différentes études que vous allez mener, pour pouvoir éventuellement faire une démarche potentielle auprès de l'HAS ou pas, en tout cas d'aller après un moment vers une prise en charge spécifique ou de reconnaissance par rapport à ces institutions-là. Ou peut-être que ce n'est pas le cas, mais en tout cas, vous voulez attendre surtout d'avoir des résultats encore meilleurs par rapport à ces études-là.
- Prûne MARRE
Exactement. Ce qui est important pour nous, c'est effectivement de se laisser le temps, de pouvoir, et les moyens aussi, d'investir massivement en recherche et développement pour aller toujours plus vers des solutions éprouvées.
- Laurent TELLER
Donc les cinq prochaines années vont être importantes.
- Prûne MARRE
Tout à fait, décisives.
- Laurent TELLER
Très bien. Alors par rapport à Stellest®, comment on peut obtenir ce verre ?
- Prûne MARRE
Alors le verre Essilor Stellest®, il est distribué chez tous les opticiens qui le souhaitent. D'ailleurs pas qui le souhaitent, ils peuvent tous y avoir accès, puisque le verre Essilor Stellest®, il est sur prescription de l'ophtalmologiste. Et donc après, le consommateur vient chez un opticien et peut demander en fonction de ce qui est indiqué sur l'ordonnance, le verre qui est marqué sur son ordonnance. Donc ce qui est important, effectivement, parce que ce n'est pas simplement un verre qui corrige un défaut visuel, c'est un verre aussi thérapeutique, comme on l'a dit, c'est que ce qui est important, c'est que l'opticien suive une formation. Donc nous, on a différents moyens de les former, pour prendre en charge ses enfants, pour les suivre, pour bien ajuster le centrage du verre dans les lunettes, parce que ça, c'est aussi primordial pour faire en sorte que ce soit la bonne monture qui soit choisie pour que les montures ne glissent pas sur le nez de l'enfant, pour poser les bonnes questions aux parents, pour donner les bonnes astuces du fait, effectivement, d'aller dehors pendant un minimum deux heures par jour, faites attention à la vision de près de votre enfant et au temps passé en vision de près. Et donc, pour faire ça, on a une plateforme de formation en ligne qui s'appelle "Leonardo". sur lequel tous les opticiens peuvent se former. Et puis, on va aussi à leur rencontre dans le cadre de soirées qu'on appelle H2O, où il y a des opticiens, des ophtalmologistes, des orthoptistes qui viennent parler beaucoup de ce sujet de la myopie, des avancées majeures qui sont faites et aussi des bons réflexes à avoir. Et c'est ce partage de meilleures pratiques qui est primordial.
- Laurent TELLER
Oui, en tout cas, on voit bien que tous les acteurs sont bien concernés, en tout cas, aussi bien ophtalmo, orthoptiste, opticien, par ce sujet et que vous apportez du coup des aides et des formations en tout cas pour les aider à accompagner au mieux leurs clients. Est-ce que vous pensez à terme que ces verres à freination de la myopie vont devenir la norme et que finalement l'ensemble de la population myope portera ce genre de verre ?
- Prûne MARRE
Ça c'est clairement notre objectif. Pour les enfants et les jeunes adultes qui ont une myopie évolutive, pour nous c'est primordial de pouvoir les adresser et de faire en sorte, c'est notre objectif, que 100% de ces patients soient équipés de solutions de freination de myopie, puisque chaque dioptrie compte. On parlait effectivement qu'une dioptrie gagnée, c'est une baisse du risque de handicap visuel de plus de 20%, mais par pathologie, c'est même plus. Par exemple, une dioptrie gagnée, c'est diminuer le risque de maculopathie myopique de 40%, de décollement de rétine de 25%. Donc il y a nécessité de freiner. Et donc tout ce que l'on peut faire pour sensibiliser, équiper et faire en sorte de soigner effectivement et réduire l'évolution de la myopie, surtout de la cible, c'est primordial.
- Laurent TELLER
Très bien. Alors, pour terminer, si vous aviez un message à faire passer aux parents qui s'inquiètent de la progression de la myopie chez leur enfant, qu'est-ce que vous leur diriez ?
- Prûne MARRE
Alors déjà, je pense qu'il faut dédramatiser parce qu'il y a beaucoup de parents qui, effectivement, aujourd'hui ne sont pas encore sensibilisés. Donc ça, c'est la priorité, vraiment faire détecter votre enfant. Après, s'ils n'ont pas fait détecter leur enfant assez tôt et que l'enfant est déjà myope et évolutif, il ne faut pas faire culpabiliser les parents, mais il faut faire rentrer l'enfant très vite dans ce parcours de soins autour de l'ophtalmologiste et donc l'équiper sans tarder. Et puis, il faut effectivement donner les bons conseils auprès des parents, du type faire sortir l'enfant au moins deux heures par jour, limiter l'exposition en vision de près, que ce soit des livres, que ce soit des écrans. et puis se dire qu'effectivement, il y a des solutions efficaces qui existent, qui sont disponibles en France, fabriquées en France. Donc, c'est important de leur faire savoir. Mais la déculpabilisation est primordiale, surtout quand les parents eux-mêmes sont déjà myopes, ils ont l'impression d'avoir transmis ça à leur enfant. Alors, c'est vrai qu'il y a une part génétique, mais ce n'est pas du tout de leur faute.
- Laurent TELLER
Et alors, un message peut-être au complémentaire santé ?
- Prûne MARRE
Alors déjà, je voulais les remercier pour la prise en charge du verre Essilor Stellest® parce que c'est quelque chose, effectivement, on a tous le même objectif qui est effectivement de faire en sorte que cette pathologie soit adressée. Et puis j'aimerais aussi leur dire mon enthousiasme à travailler à leur côté pour permettre justement aux parents de ne plus s'inquiéter pour leur enfant myope. Parce qu'ensemble, on peut mener aussi des actions de sensibilisation via justement, que ce soit en entreprise ou que ce soit en direct. Puis en cinq ans, on a quand même beaucoup appris ensemble. On leur a communiqué tous les résultats de nos études cliniques. Les ophtalmologistes, eux aussi, ont vu très rapidement que le produit avait un vrai intérêt. Les orthoptistes, les opticiens, tout le monde a suivi effectivement sans tarder. Tout le monde s'est formé, tout le monde s'est mobilisé pour faire de la pédagogie auprès des patients et des clients. Et évidemment, les complémentaires santé. ont pris en charge, beaucoup plus que dans le cas d'un unifocal classique, ont pris en charge financièrement ces produits pour permettre à leur assurer d'y avoir accès. Et donc, moi, je trouve que c'est un très beau travail collectif que nous avons mené en termes de filière. Et je trouve qu'on en est qu'au début, je pense qu'on en est vraiment qu'au début. Et l'idée, c'est que tous ensemble, on continue à écrire cette nouvelle page et à faire en sorte que demain, la question de la freination de la myopie ne se pose même plus.
- Laurent TELLER
Prûne MARRE, merci beaucoup pour votre participation à ce podcast. Voilà qui clôt cet épisode "Du côté de ma santé". Merci beaucoup de nous avoir écoutés. Si cet épisode vous a intéressé, évidemment, n'hésitez pas à le partager et à vous abonner pour ne rien manquer de nos prochains épisodes. D'ici là, prenez soin de vous et bien évidemment de votre santé visuelle.