- Laurent TELLER
Bienvenue sur "Du Côté de ma Santé", le podcast d'Itelis qui explore mille et une facettes de la santé. Dans chaque épisode, nous décryptons les grands enjeux de la santé d'aujourd'hui et de demain. Je suis Laurent Teller, Directeur Santé et Partenariat chez Itelis, et aujourd'hui, suite au dernier épisode où nous avions parlé de la myopie évolutive avec le Président d'Hoya Vision Care, Jean-Michel Lambert, nous allons continuer à échanger sur ce sujet, mais au travers de la découverte d'un métier que l'on connaît souvent sous l'angle de la rééducation visuelle, le métier de l'orthoptiste.
Dans la filière visuelle, nous savons que trois professionnels travaillent régulièrement ensemble : les ophtalmologistes, les opticiens, mais également les orthoptistes. Pourtant, les connaissons-nous vraiment ? Que font-ils exactement ? Quelles sont leurs principales missions ? Quelles sont les évolutions réglementaires qui ont permis d'élargir leur champ de compétences ? Comment interviennent-ils dans le dépistage visuel et notamment dans la détection de la myopie évolutive ? Voilà quelques questions auxquelles nous allons essayer de répondre. Pour nous éclairer, nous avons le plaisir d'accueillir Madame Mélanie Ordines, Présidente du SNAO, Syndicat National Autonome des Orthoptistes.
- Mélanie ORDINES
Bonjour à vous.
- Laurent TELLER
Merci d'abord de nous avoir rejoint pour parler ensemble de votre métier, celui de l'orthoptiste. Alors peut-être commençons par une première question. On parle du SNAO, le Syndicat des Orthoptistes, est-ce que vous pouvez nous en dire quelques mots et quelles sont vos missions ?
- Mélanie ORDINES
Alors le Syndicat National Autonome des Orthoptistes, c'est le seul syndicat représentatif de la profession. Toutes les professions de santé ont un syndicat représentatif ou plusieurs. Nous, on est les seuls. On représente les libéraux, mais aussi les salariés. Notre but est de promouvoir, de défendre et d'accompagner tous les orthoptistes sur leurs différentes pratiques et leurs questions, une aide juridique, les contrats, mais aussi la négociation avec les Ministères et la Caisse Nationale d'Assurance Maladie pour négocier nos actes et l'évolution de notre profession.
- Laurent TELLER
Très bien. C'est vrai qu'on réfléchissait sur les podcasts et encore une fois, à chaque fois on se pose la question de qui interviewer dans l'écosystème. Et on pensait important de se dire, finalement, le métier d'orthoptiste, est-ce qu'il est connu ? Est-ce que vous pensez que c'est important aujourd'hui de pouvoir parler de cette profession ?
- Mélanie ORDINES
Je pense que c'est primordial parce qu'aujourd'hui, si on analyse l'évolution de la place dans les "3O" le parcours du soin du patient, il passe de plus en plus face à l'orthoptiste, mais sans savoir qu'il est face à un orthoptiste. Donc ça, c'est un petit problème, parce qu'en pré-consultation, c'est très souvent aujourd'hui, chez l'ophtalmo, un orthoptiste. Aujourd'hui, la baisse des ophtalmos fait que les orthoptistes sont souvent seuls, sans l'ophtalmo, mais l'ophtalmo est à distance. Donc il faut aussi qu'ils comprennent la personne qui est devant eux, c'est important, pour comprendre son soin, son parcours, savoir qui traite avec le patient. Et puis, de toute façon, on fait partie en fait de la base de l'organisation de la filière visuelle avec une partie très médicale et une partie équipement, prescription. Donc la vue, c'est 80% quand même de nos entrées sensorielles. On fait quand même beaucoup de choses avec la vue. Et donc du nourrisson jusqu'à la personne âgée, l'orthoptiste accompagne et ça, je trouve que c'est vraiment important que tout le monde le comprenne.
- Laurent TELLER
Oui, c'est vrai que c'est important ce que vous dites, parce que souvent, quand on va voir des ophtalmologistes, beaucoup travaillent déjà avec des orthoptistes. Et souvent, c'est effectivement les premiers examens qui sont faits, sont faits par un orthoptiste. L'ophtalmologiste passe après éventuellement pour aller vérifier les pathologies et autres. Mais c'est bien cette coopération qui existe déjà depuis un certain nombre d'années. Donc ça, on va pouvoir en parler après. Mais première question peut-être, on va dire sur votre métier, déjà la formation. Pour devenir orthoptiste, ça se passe comment ?
- Mélanie ORDINES
Alors, pour l'orthoptiste, c'est Parcoursup. Donc, une inscription et après, vous avez donc un orale d'entrée, si vous êtes accepté jusqu'à l'oral, dans les différentes UFR de médecine en France. Et après, c'est trois ans. On aimerait que ça soit un petit peu plus parce que depuis les années, l'évolution de la profession, c'est toujours le même nombre d'études, donc les études sont excessivement chargées.
- Laurent TELLER
Est-ce qu'il y a des formations complémentaires ?
- Mélanie ORDINES
Après, vous avez des DU, des masters, vous avez la possibilité, et des obligations de toute façon, de faire de la formation continue. Personnellement, j'ai un master en recherche clinique et un DU en basse vision.
- Laurent TELLER
D'accord. On pourra en parler peut-être au niveau des spécificités, parce que je crois que c'est important, et des fois, ce n'est pas évident de savoir, quand on va voir un professionnel de santé, qui on va voir, quelles sont ses spécialités. Donc, c'est un sujet sur lequel on va revenir. Si on parle des principales missions d'un orthoptiste, moi, j'entends souvent, c'est un peu ce que les gens ont en tête, de dire, bon, ils font de la rééducation. Mais j'imagine qu'il n'y a pas que ça.
- Mélanie ORDINES
Non, c'est vrai qu'on fait, on est des rééducateurs, mais pour rééduquer, il faut bilanter. Pour savoir s'il y a des problèmes, il faut dépister. Et puis, il y a aussi la partie formation et éducation à la santé, qui fait partie de notre décret de compétences. Donc aujourd'hui, on dépiste les tout-petits avec les risques d'amblyopie, donc quand c'est un œil qui voit moins bien que l'autre, les risques de strabisme, on vérifie qu'il y a un très bon développement visuel. On entend beaucoup parler des TND aujourd'hui, des troubles neurodéveloppementaux, mais la communication visuelle, c'est quelque chose d'important, à 9 mois, à 1 an, de savoir fixer, rentrer en communication avec l'adulte. Donc ça, c'est des choses aussi qu'on fait. Après, vous avez tous les types de bilans, les enfants qui ne savent pas lire, qui ont du mal à écrire, il faut vérifier aussi les yeux, parce que c'est bien d'apprendre à lire, mais quand on n'a pas les deux yeux qui fonctionnent en même temps, c'est quand même très, très compliqué. Donc on vérifie la vision floue, les lunettes, les mots de tête. Et puis après, c'est pour ça qu'on est rééducateur, parce qu'on sait dépister et bilanter, mais on sait aussi régler les problèmes quand on peut. Ou alors, on ne fait pas toujours de la rééducation, parce qu'on a aussi la possibilité d'équiper avec des lunettes ou des prismes, ou faire surtout de l'adaptation scolaire dans les classes. Notre particularité, c'est que c'est assez vaste.
- Laurent TELLER
Est-ce qu'il y a des publics en particulier ? Vous parlez d'enfants, de dépistage. Est-ce qu'aujourd'hui, vous travaillez beaucoup plus avec des enfants ? Ou est-ce que globalement, vous avez tout type de patients de tous les âges ?
- Mélanie ORDINES
Tout type. Tout type de patient, et d'ailleurs on le voit parce qu'on a nos retours régulièrement de la Caisse d'Assurance Maladie qui nous classe nos patients. Et la plupart de notre pratique, c'est 25% entre 9 mois et 6 ans, 6 et 16, 25%, 16 et 60, 25 et puis au-dessus, 25% aussi. Donc, c'est assez large et on peut avoir quelques spécificités ou quelques habitudes. Mais c'est vrai qu'on est censé recevoir tous les patients de tout âge. Moi, j'aime raconter que j'ai eu mon premier patient le plus jeune, il avait 17 jours et le plus vieux en domicile, il en avait 104. Je pense que je réunis quand même pas mal les patients.
- Laurent TELLER
17 jours, ça ne doit pas être évident.
- Mélanie ORDINES
Oui, mais comme je dis, il avait eu un petit accident cérébral à la naissance et on fait partie de, c'est dans notre décret aussi d'éduquer. Et donc, à 17 jours, en effet, je ne vais pas lui faire une rééducation en participant avec lui. Par contre, j'ai éduqué et formé ses parents à l'observation, à la stimulation visuelle qui l'accompagne tous les jours. Et donc ça, c'est vraiment primordial parce que ça a permis de faire évoluer ses capacités et de ne pas attendre un temps souvent qui arrive à 2-3 ans. Donc c'est un petit qui s'est toujours suivi d'ailleurs depuis plusieurs années.
- Laurent TELLER
Je comprends. Alors on parle des "3O", ophtalmologiste, orthoptiste, opticien. On va dire si on avait à expliquer les différences entre ces trois professions, ce serait quoi ?
- Mélanie ORDINES
Alors l'ophtalmo, c'est le médecin. Donc c'est important quand même de positionner ça, c'est-à-dire qu'il peut être chirurgien aussi, mais il va s'occuper entre autre de tout ce qui est pathologie, l'organe de l'œil, l'anatomie, tout ce qui est médicament. Donc c'est vraiment l'avis médicale et le traitement médical. L'orthoptiste aujourd'hui, c'est celle qui va dépister comme l'ophtalmo peut dépister, mais va analyser, pas essentiellement, mais va être ou dans de la pré-consultation et donc va faire un peu comme l'ophtalmo, mais va faire des premiers tests qui vont être analysés médicalement après par l'ophtalmo. Mais si, par exemple, on part sur un côté un petit peu plus autonome, on va énormément s'intéresser à la fonction visuelle. L'orthoptiste, elle va s'intéresser autant à la paupière qu'à l'œil, qu'aux muscles, mais aussi à tout ce qui est neuro, neurovisuel, neuro-ophtalmo, parce que c'est ça la fonction visuelle. L'ophtalmo, il peut dire que l'œil voit bien, que l'œil est beau, que l'œil est bien formé, est sain, pas pathologique. Mais par contre, nous, on va se rendre compte que l'œil à droite, il va de ce côté, l'œil à gauche, pas du bon. Ou alors, voilà. Et puis, ou alors qu'au niveau du cerveau, ça ne s'analyse pas. C'est-à-dire qu'en effet, il voit bien, il voit, mais le cerveau n'analyse pas correctement ce qu'il voit. Donc, c'est vraiment la fonction visuelle. L'opticien, c'est un, le dernier partenaire essentiel dans le parcours de soins, qui est des fois le premier pour le renouvellement des lentilles et des lunettes, mais c'est un partenaire essentiel. Aujourd'hui, c'est un partenaire de conseils. Donc le patient, quand il finit son parcours de soins, ça a souvent été un peu la course chez le médecin. Il se retrouve face à un spécialiste, un professionnel de santé qui connaît son milieu et qui va pouvoir l'équiper. Parce que ça c'est essentielle, de l'enfant à la personne âgée, qui va pouvoir écouter, qui va pouvoir mettre de bons matériels parce que quand vous êtes sportif ou que finalement vous faites de la couture, ce n'est pas du tout le même type de matériel qu'il vous faut en lunettes. Et ça, c'est vraiment quelque chose entre la qualité et puis l'écoute aussi. Ce sont des professionnels qui sont proches aussi, des patients qui peuvent adapter leur vente par rapport aux besoins. Et donc, c'est vraiment des partenaires essentiels de la famille des "3O".
- Laurent TELLER
Oui, c'est vrai qu'encore plus chez les enfants, on va dire le choix de l'équipement, c'est essentiel. De pouvoir se dire que l'enfant voit bien à travers son verre, le choix de la monture est aussi essentiel.
- Mélanie ORDINES
Et puis du conseil. Aujourd'hui, quand le patient revient une troisième fois avec les lunettes tordues ou cassées, l'opticien, il va analyser pourquoi, il va peut-être conseiller, peut-être que quand il va faire du trampoline avec sa toute petite hypermétropie, on va peut-être enlever les lunettes. Vous savez, le nombre de patients aujourd'hui qui ne portent plus de lunettes parce que les enfants les ont cassés, mais ne peuvent pas les changer parce que ça coûte cher, c'est l'opticien qui va voir. Donc, c'est vraiment important. C'est très bien de dire qu'on est myope, hypermétrope, mais si derrière on n'a pas l'outil qu'il faut pour bien voir, ça ne marche pas.
- Laurent TELLER
Je réagis juste à quelque chose que vous avez dit. En parlant de l'orthoptiste, vous disiez « elle » . C'est très féminin comme métier ?
- Mélanie ORDINES
De moins en moins, mais on est encore à peu près à 80%. Mais bon, il y en a bien le droit, pour une fois qu'on a le droit de féminiser quelque chose.
- Laurent TELLER
Alors, en termes de prérogatives aujourd'hui, en matière de soins et de suivi, concernant les orthoptistes, c'est quoi ?
- Mélanie ORDINES
Alors, c'est assez vaste, ça aussi. On a toute une partie, comme je dis, en autonomie. Donc, on a la chance d'être une des premières professions à avoir eu l'accès direct dans les professions paramédicales.
- Laurent TELLER
Alors, un accès direct, ça veut dire qu'aujourd'hui,une personne peut venir vous voir sans prescription.
- Mélanie ORDINES
Sans prescription d'ophtalmologie ou de médecin traitant ou de pédiatre, n'importe quelle ordonnance médicale. Ça aussi, c'est important de le rappeler parce que souvent, les gens sont persuadés que sans ordonnance de médecin ophtalmo, ils ne peuvent pas venir nous voir. Mais c'est faux. Un médecin traitant, pédiatre, ORL, neurologue, psychiatre peut très bien nous adresser des patients. Mais là dans l'accès direct c'est que pour le dépistage chez les petits de 9 mois à 15 mois et de 2 ans et demi à 6 ans, on peut recevoir ces patients-là pour dépister.
- Laurent TELLER
Ça, c'est hyper important. Ça veut dire qu'aujourd'hui, des parents qui ont des enfants, on va dire de quel âge à quel âge ?
- Mélanie ORDINES
De 9 mois à 1 an et demi et de 2 ans et demi à 6 ans.
- Laurent TELLER
Ils peuvent venir vous voir en accès direct pour faire un dépistage ?
- Mélanie ORDINES
Ils peuvent venir et ils le font.
- Laurent TELLER
Et c'est pris en charge ?
- Mélanie ORDINES
C'est pris en charge par la Sécurité sociale et les mutuelles, comme pour le reste. On effectue un dépistage pour vérifier que, justement, il y a un bon développement de la fonction visuelle, pas de strabisme, pas d'amblyopie, donc pas d'œil qui voit moins bien, parce que le cerveau, c'est quelque chose de formidable, mais il est très flémar. Donc, quand il y a un œil qui voit bien et l'autre moins bien...
- Laurent TELLER
Et notamment avant 6 ans.
- Mélanie ORDINES
Oui, après 6 ans, c'est très compliqué. Après 6-10 ans, c'est excessivement compliqué pour l'orthoptiste, même si le patient est adorable et très motivé de récupérer, parce que l'œil a fait la plus grande partie de sa croissance. Et donc, c'est trop compliqué. Mais alors, à 9 mois, c'est magique. On va aussi regarder son comportement visuel, vérifier tout ça et puis si besoin, l'adresser chez un ophtalmo-pédiatrique. Et après, la deuxième partie entre 2 ans et demi et 6 ans est aussi essentielle parce que ça permet aussi de vérifier que l'enfant va rentrer dans les apprentissages de la lecture et de l'écriture en ayant les yeux qui fonctionnent correctement parce que c'est énorme le nombre de personnes qui se retrouvent avec des difficultés scolaires et en fait, ils passent à vérifier la vue assez tardivement. Et on se rend compte que ou il voit double, ou il voit flou, ou alors il fait des efforts monumentaux. Et vraiment, c'est très important, ces deux dépistages. On a un autre accès direct qui est entre 16 et 42 ans. Là, on peut faire des bilans visuels pour savoir si vous avez une sensation, une vérification, vous voulez vérifier votre vue, tout ça. On peut vérifier ça et on peut prescrire à ce moment-là des lunettes si besoin. Tout ça, c'est encadré, médicalement encadré. Il y a des limites, si vous arrivez à 15 ans avec une myopie de -5, je ne sais pas comment vous auriez fait pour attendre, mais on ne va pas vous prescrire des lunettes, vous irez faire une case chez l'ophtalmo. Le but n'était pas de remplacer l'ophtalmo quand on a lancé cette idée d'accès direct. C'est vraiment pour mettre, il y a énormément de Français qui ne mettent pas de pieds dans la filière visuelle. Et finalement, ils amènent leurs enfants, parce qu'on soigne beaucoup mieux ces enfants que soi-même, souvent, ou ils sont aidants, ils mettent un pied chez nous pour X raisons. Ils se rendent compte qu'ils n'ont jamais vu d'ophtalmo et donc ils passent par nous. Et grâce à ce passage chez l'orthoptiste, ils remettent un pied dans la filière visuelle parce que les fois d'après, nous, on va leur conseiller de faire la prochaine étape chez l'ophtalmo. Donc ça fonctionne bien. Après, le reste, c'est un travail qui est assez connu, ce qu'on a parlé de la pré-consultation et sur tous ces protocoles, on est assez fiers aussi d'avoir eu le premier acte de télémédecine en France. Ça a été avec les orthoptistes pour dépistage à rétinopathie diabétique. Le but, c'est qu'aujourd'hui, l'ophtalmologiste peut se libérer du temps médical grâce à l'organisation qu'on fait. Et donc ces protocoles, au lieu de voir l'ophtalmo pour faire une photo du fond d'œil et vérifier, nous on s'occupe de tout ça avec le médecin généraliste. Et les clichés sont adressés à l'ophtalmo et l'ophtalmo voit s'il y a une rétinopathie diabétique ou pas. Et là, il réadresse chez lui ou pas, ou on le dit à l'année prochaine. Et donc toutes ces choses-là, c'est quand même assez vaste parce que les prérogatives des orthoptistes ont énormément évolué sur ces quinz dernières années. Et donc, aujourd'hui, on est avec une difficulté, bien évidemment, de comprendre notre fonction, mais c'est assez vaste, mais hyper enrichissant.
- Laurent TELLER
Oui, c'est ça. Après, ce qui est compliqué, comme vous l'avez dit, c'est très encadré. Donc, ça veut dire que par rapport à, on va dire, un niveau de défaut de vision, par rapport à l'âge, il y a un certain nombre de choses qui font qu'ils peuvent ou pas, en tout cas, rentrer dans cet accès direct auprès des orthoptistes. Et donc ça, je pense que beaucoup de nos auditeurs, en fait, n'ont pas la connaissance, en tout cas, des critères qui permettent d'accéder directement à ce type de professionnel.
- Mélanie ORDINES
L'avantage, c'est qu'il ne faut pas se baser sur les critères qui limitent, parce que les critères vont limiter la prescription. Nous, ce qu'on veut, c'est que le patient il consulte. Pas parce qu'on veut plus de patients, c'est juste qu'on veut, aujourd'hui, on sait ce que ça apporte, une perte de vision au niveau de la santé publique, au niveau de l'autonomie, tout ça. Donc, le but aujourd'hui, c'est qu'en France, dans un pays comme le nôtre, on ait une santé visuelle qui soit excellente. Et donc, on ne veut pas de rupture de parcours et on ne veut pas de gens qui ne consultent pas. Donc, il ne faut pas trop se poser la question. Alors oui, chez l'enfant, il y a des petits décalages d'un mois. Il y a un trou entre un 1 et demi et 2 ans et demi. Bon, ça, c'est du côté législatif. Il ne faut pas chercher trop à comprendre. Mais ce n'est pas grave. Ça, on arrive à le savoir et puis on se débrouille. Si la personne a une urgence, elle vient nous voir et sent que son enfant il louche, on ne va pas lui dire "non revenez dans trois semaines, ce sera la bonne date", ou "il fallait revenir un mois et demi" Après, on appelle le pédiatre, on se débrouille, il n'y a pas de souci. On a le droit de prendre n'importe quel patient en urgence. Donc, ça, il n'y a aucun souci. Mais après, entre 16 et 42 ans, il ne faut pas se poser la question.
- Laurent TELLER
Oui, parce qu'en fait, les critères dont vous parliez, c'est plus pour le fait de prescrire, mais pas pour le fait d'être dépisté.
- Mélanie ORDINES
Voilà, c'est juste aujourd'hui, c'est pareil. Je ne serais pas un patient qui vient avec une pathologie, une sclérose en plaques et puis il vient chez moi. Je ne vais pas me dire, "mince, je n'ai pas le droit de le prendre parce qu'il a une sclérose en plaques et ça fait partie des limites", je me dis, "comment ça se fait aujourd'hui que ce patient qui a une pathologie pareille ne soit pas suivi par un ophtalmologue ?" Donc, je serais ravie que ce passage-là, qu'on ait ouvert au niveau de la communication, le fasse re-rentrer dans la filière visuelle parce que là, je vais voir avec cette personne pour lui retrouver un ophtalmo et qu'il re-rentre un petit peu là-dedans. Donc, c'est très bienveillant sur le parcours. Et donc, oui, c'est un super.
- Laurent TELLER
En général, c'est-à-dire dans la coopération avec les professionnels de santé autour de vous, comment ça se passe en règle générale ? On va dire justement quand vous parlez de réorientation, vous dépistez quelqu'un, vous l'envoyez chez l'ophtalmologiste, est-ce que vous le laissez libre de se dire, débrouillez-vous, trouvez un ophtalmologiste ? Ou est-ce qu'en règle générale, on va dire que vous vous connaissez assez bien, on va dire en local, qui fait que la coordination, la coopération entre professionnels fonctionne ?
- Mélanie ORDINES
Alors il ne faut pas faire de compérage, donc je ne peux pas dire à mon patient, vous allez voir ce médecin-là, sauf s'il a une spécialité très particulière, très pointue. Comme certains, quand un enfant avec le pédiatre, on découvre qu'il est en train de faire plutôt au niveau du cancer, tumeur, on ne va pas l'envoyer chez un ophtalmo de ville comme ça. Il a des accès directs dans des services spécialisés, par exemple à Paris. Donc, il y a toute une organisation au niveau génétique, c'est ailleurs. Mais sinon, en règle générale, on demande toujours s'ils ont un ophtalmo comme un médecin traitant, un ophtalmo de famille et puis on voit à côté de là on peut fournir une liste de plusieurs professionnels qui sont capables de recevoir ce patient. Il faut comprendre aussi qu'entre l'âge, l'accessibilité, des choses comme ça on ne peut pas non plus les envoyer tous n'importe où donc on a ce réseau mais on ne travaille pas qu'avec les ophtalmos on va pouvoir adresser aussi chez certains pédiatres ou neurologues, les ORL, et on essaye d'être toujours avec de la coordination, c'est-à-dire déjà on prévient notre de prescripteur s'il y avait une ordonnance. Et s'il n'est pas venu, on prévient le médecin traitant et l'ophtalmo, on fait des courriers, on ne les laisse pas en liberté.
- Laurent TELLER
Vous parliez de protocole. J'ai entendu souvent un protocole qui a été développé, qui est le protocole RNM. Vous pouvez nous en dire quelques mots ?
- Mélanie ORDINES
Le but de ça, c'était comment faire avec une augmentation des orthoptistes en France et une baisse des ophtalmos. Et aujourd'hui, il faut l'avouer, sur une consultation d'un patient lambda du début à la fin faite par un ophtalmo, il y avait un certain nombre de temps qui étaient consacrés à des actes qui pouvaient être délégués à d'autres personnes. Et finalement, l'expertise de l'ophtalmo en tant que médecin était plutôt vers la fin, à analyser l'ensemble des documents, des clichés, tout ça. Donc, historiquement, l'orthoptiste est présent chez les ophtalmos. On est un couple dans la filière visuelle depuis très longtemps. Les premières orthoptistes, taient souvent les femmes des ophtalmos qui étaient à côté, qui faisaient un peu de secrétariat et qui stimulaient un peu le patient pour faire loucher. Donc, on est là depuis très longtemps. Et finalement, on s'est rendu compte qu'il y avait plus d'orthoptistes qui s'installaient un peu partout et que l'ophtalmo n'était pas spécialement obligé de voir le patient en présentiel pour analyser ses clichés. Donc on a créé des protocoles, surtout un protocole, le RNM, c'est le Muraine-frété. Et vous avez en fait la possibilité, c'est cadré entre 6 et 15, 16 et 65 ans, alors il est en train d'être rénové, alors si je me trompe sur les dates, ne m'en voulez pas, et en fait ce patient, il ne voit plus l'ophtalmo, il voit l'orthoptiste. L'orthoptiste fait une prise de tension oculaire, une réfraction, une analyse d'interrogatoire, fait la prescription des lunettes si besoin, mais tout ça est en attente. L'ophtalmo lit le document, dit OK, il n'y a pas de pathologie. Photos du fond d'œil nickel, tension bonne, tout est bon. OK pour les lunettes, voilà l'ordonnance. Ce qui fait que le patient fait l'ophtalmo au lieu de passer des 7 à 10 minutes avec un patient pour finalement faire une prescription de lunettes. Il aura passé moins d'une minute et donc c'est du temps médical orienté plus vers des pathologies.
- Laurent TELLER
Par rapport à ce qu'on disait au début de notre interview, c'est le fait de dire que les orthoptistes qui travaillent par exemple en cabinet avec les ophtalmologistes, tout ce temps d'examen est fait par l'orthoptiste. En fait, le protocole RNM fait que ça a été délocalisé. C'est-à-dire qu'un libéral aujourd'hui qui est tout seul dans son cabinet, a le droit de le faire parce qu'il le fait en téléexpertise ?
- Mélanie ORDINES
Alors, il ne le fait pas en téléexpertise, c'est ce qu'on appelle un protocole. Donc, ce n'est pas de la téléexpertise à proprement dit quand on voit les textes aujourd'hui. C'est vraiment un protocole organisationnel de télémédecine aussi, comme la rétinopathie diabétique. C'est une lecture différée de documents et avec la prescription d'une ordonnance derrière.
- Laurent TELLER
Très bien. Alors, est-ce que ça a changé un peu les rapports entre les professionnels de santé, entre vous, entre l'opticien, l'ophtalmologiste ? Parce qu'au niveau de la filière, je crois que c'est quand même une des filières sur laquelle il y a eu le plus d'avancées en termes de délégation de tâches, de compétences. Je crois qu'il n'y a pas eu d'autres filières aussi développées en France sur cette coordination. Est-ce que ça a toujours été bien vu ? Est-ce que c'est difficile ? Est-ce que, globalement, est-ce que vous arrivez à un état où tout le monde arrive à peu près à comprendre qui fait quoi ? Et qui est acceptée finalement par l'ensemble des professionnels.
- Mélanie ORDINES
Je confirme qu'on est d'ailleurs souvent pris en exemple pour améliorer l'accès aux soins sur d'autres filières. À part les sages-femmes qui sont devenues très autonomes et qui ont moins ce travail avec l'obstétricien comme on pourrait imaginer, on est vraiment très spécifique, mais vraiment un exemple à suivre dans la filière visuelle pour le reste de la santé en France. Alors, est-ce que ça s'est toujours passé comme ça ? Non. Est-ce qu'on a toujours eu cette autonomie ? Non, on a souvent été, comme on le disait, libéral rééducateur, salarié d'ophtalmo. Maintenant, c'est différent. On peut avoir une activité mixte, c'est-à-dire, alors pas mixte comme salarié et libéraux en même temps, mais plutôt une activité où je vais faire des bilans, de la rééducation, mais aussi du protocole, travailler, ainsi de suite. Ce qui est beaucoup plus enrichissant, il faut avouer, c'est exceptionnel, on fait plein de choses, on voit plein de patients, la coordination avec les autres professionnels se passe bien. Et est-ce que tout le monde a trouvé sa place ? C'est toujours en cours parce que les évolutions sont allées tellement vite qu'il faut quand même un peu du temps pour que tout se place facilement. Je ne me trompe pas quand je dirais que les ophtalmos à l'époque de l'accès direct ont été plus que virulents, mais je pense essentiellement par peur. Peur de l'inconnu, peur aussi de quand on nous retire quelque chose, c'est toujours un peu angoissant. Maintenant, ils sont ravis. Tout ce qui est les dépissages de l'enfant, c'est nickel. Finalement, les bilans visuels, ça n'a pas d'impact négatif sur leur pratique, mais plutôt positif parce qu'on ramène de nouveaux patients plutôt type pathologique. Donc moins de cas où, avoir fait 12 ans d'études pour juste faire une prescription de +0,25 à quelqu'un qui a 17 ans, je ne dis pas que ce patient ne mérite pas de voir un médecin, mais c'est dommage vu le manque de médecins aujourd'hui qu'on a en France. Donc ça se passe plutôt bien et aujourd'hui la coordination est agréable. On travaille aussi avec les opticiens qui sont quand même beaucoup, les patients ont beaucoup plus de choix finalement d'aller chez un opticien. Donc, on connaît un peu plus les ophtalmos de secteur que tous les opticiens, surtout quand on est dans des grandes villes comme la mienne, Marseille.
- Laurent TELLER
Je comprends. Alors, si on revient sur le métier d'orthoptiste, je sais que les orthoptistes font pas mal de bilans. Est-ce que vous pouvez nous lister, un peu nous expliquer les types de bilans ? J'avais entendu les bilans neurovestibulaires, il y a un certain nombre de choses. Est-ce qu'ils le font ou pas ?
- Mélanie ORDINES
Pas vestibulaire. Le vestibulaire, c'est un grand débat avec les kinés. Non, en fait, on va s'intéresser essentiellement, on va dire, à trois gros bilans. On va s'intéresser au bilan de l'amblyopie, c'est-à-dire on va analyser pourquoi l'enfant voit mal, corriger et puis faire tout ce qui est une fonction de traitement avec le cache, comme on voit les enfants avec les pansements sur l'œil, tout ça. Donc ça, c'est vraiment tout ce qui est le suivi de l'amblyopie avec le bilan. Après, on a le bilan qu'on fait peut-être le plus, c'est le bilan, on va dire, classique des troubles oculomoteurs. Pourquoi vous avez mal à tête ? Pourquoi vous voyez double ? Comment fonctionnent vos muscles ? Est-ce que vous savez bouger correctement vos yeux ? C'est quelque chose d'essentiel. En plus, les études montrent que ça s'appelle l'oculométrie, cette science, et les études montrent que c'est incroyable ce qu'on arrive à voir avec l'oculométrie. C'est-à-dire que les premiers signes de pathologie style Alzheimer, Parkinson, commencent à être vus avant sur l'oculométrie que certains clichés d'IRM. Donc c'est incroyablement appréciable d'avoir ce genre d'outils dans nos cabinets, donc on va analyser tout ça. comment il bouge ses yeux pour la lecture... Et puis donc, à ce moment-là, on va faire un projet de soins. Donc, on va pouvoir prescrire de la rééducation ou dire qu'il faudra aller voir un autre spécialiste. Et après, ça, c'est les petits bilans. Après, on a des bilans un petit peu plus gros qui s'appellent les bilans de basse vision qui sont essentiellement pour les patients qui ont des pathologies qui amènent à la déficience visuelle. La plus connue, c'est la DMLA. Mais on a aussi les glaucomes, les forts myopes, les maladies de Stargardt. Et donc ça, notre analyse à ce moment-là, en plus de faire tout le reste que j'ai expliqué, les bilans oculomoteurs, tout ça, on rajoute une analyse sur la fonction visuelle. Et c'est à peu près la même chose chez les bilans des troubles des apprentissages ou neurovisuels, c'est-à-dire qu'on va analyser comment, c'est souvent des enfants, mais pas que, mais comment il va pouvoir, le patient, orienter son regard. En fait, on donne toujours le même exemple. comment on apprend à lire les yeux fermés, à part en braille, on ne peut pas. Mais comment aujourd'hui, si vous allez dans un supermarché, il faut trouver la marque de pâte numéro 7, mais si vous ne savez pas bouger correctement vos yeux, vous n'analysez pas correctement votre espace, vous ne discriminez pas correctement le mot, vous n'analysez pas correctement la couleur, le contraste, ainsi de suite, votre vie elle est beaucoup plus compliquée. Et c'est ça qu'on analyse. Et après on fait un projet de soins si besoin et puis on peut aussi conseiller les maîtresses, on peut conseiller les maîtres et ainsi de suite.
- Laurent TELLER
Quand vous faites des bilans comme ça, est-ce qu'il y a un nombre limite par rapport à la prise en charge et après il faut redemander on va dire une prescription, comment ça se passe ?
- Mélanie ORDINES
Alors le premier bilan, on peut faire 1 à 2 bilans par an. Il y a quelques conditions particulières mais voilà mais après quand on fait un projet de soins, si on fait de la rééducation, on va dire motrice, c'est-à-dire au niveau des muscles, c'est limité à 20 séances. Après, on doit faire une demande d'accord préalable à la Sécurité sociale pour redemander.
Pas spécialement 20, mais pour dire qu'ils ont le droit de dépasser un nombre limite. Par contre, pour tout ce qui est base vision et neurovision, ce n'est pas limité. Parce que ce sont des cas très spécifiques. Moi, par exemple, je travaille beaucoup dans les centres de trauma crânien. Clairement, ça m'arrive de certains patients de les voir àquatre fois dans la semaine, à des moments très particuliers. Donc, les 20 séances, on les atteint très, très vite. Et puis, quand c'est des pathologies dégénératives, on peut les suivre pendant des années.
- Laurent TELLER
Est-ce qu'en termes de bilan, juste pour terminer sur ce sujet, Il y a des bilans des fois pour des sportifs ? Est-ce qu'il y a des particularités que tout le monde ne fait pas, que quelques orthoptistes font ?
- Mélanie ORDINES
Alors oui, c'est de plus en plus développé, c'est l'optimisation visuelle faite par les orthoptistes. On a eu souvent un moment, tout ce qui est la proprioception, le vestibulaire aussi, le visuel, donc trois systèmes qui ont été très cités dans les sportifs de haut niveau. On a eu la chance d'avoir un judoka l'année dernière qui a fait les Jeux Olympiques et d'autres orthoptistes paralympiques. Un judoka qui montrait à quel point son suivi en orthoptie avait fait énormément jouer. C'est très bien parce que dans les pays anglo-saxons, les rugbymans en faisaient depuis très longtemps de l'orthoptie. Et chez les militaires. En fait, les militaires, les pilotes de chasse, tout ça, faisaient beaucoup d'orthopsies depuis longtemps pour être le plus performants. Donc, améliorer la performance de la fonction visuelle, c'est super. Après, attention, ce ne sont pas des actes, quand tout va bien, ce ne sont pas des actes qui peuvent être remboursés par la Caisse d'Assurance Maladie. Donc, c'est des spécificités, comme quand vous allez chez certains médecins, il y a des choses qui sont remboursées ou pas. Mais là, ça fonctionne vraiment bien. On est ravi. Et puis après, il y a tout ce qui est les troubles de l'équilibre. Donc, on parlait tout à l'heure pour le vestibulaire. Il est vrai que nous, on ne fait pas de la rééducation vestibulaire, mais chez beaucoup de patients qui ont des troubles de l'équilibre, des instabilités, en fait, le problème ne vient pas du vestibulaire. On pense souvent que ça vient de là, mais c'est un problème au niveau de l'œil et que l'œil se décompense et le vestibulaire n'arrive pas à compenser. Et donc, c'est pareil, un travail excessivement intéressant qui fonctionne très bien. Donc, on en a de plus en plus.
- Laurent TELLER
En tout cas, on voit que dans le métier d'orthoptiste, il y a vraiment un panel d'activités, que certains peuvent se concentrer sur certaines activités, pas sur d'autres, et que c'est quand même important de pouvoir informer et de savoir qui fait quoi dans cette activité-là, qui est assez riche. On terminera peut-être sur un dernier sujet, on va dire qui était le fil rouge de nos podcasts depuis le début sur la myopie évolutive. Aujourd'hui, un orthoptiste, en termes de dépistage sur ce sujet-là, chez les enfants, est-ce qu'il intervient ? Qu'est-ce qu'il fait ? Est-ce qu'il a un rôle à jouer ?
- Mélanie ORDINES
Alors oui, on est très partenaires de toute cette campagne, parce que c'est vraiment un fléau qui arrive. Donc, on est très présent sur ça. Déjà, simplement par des affiches dans nos salles d'attente et des prospectus, parce que l'éducation, comprendre aux parents qu'il faut surveiller, qu'il faut analyser, qu'il faut que des lunettes, ce n'est pas parce qu'elles sont toujours belles, qu'elles fonctionnent toujours, donc le dépistage, mais donc avant même d'avoir mis ce pied chez l'ophtalmo, il y a ce fameux dépistage qui commence entre 2 ans et demi et 6 ans, donc on va pouvoir orienter. Et si en effet cette myopie s'installe, on est aussi des partenaires pour toujours, dans cette idée de libérer du temps médical pour les médecins, que le suivi soit fait chez nous, qu'on vérifie qu'il n'y a pas de baisse d'acuité visuelle, qu'on donne des conseils aux parents, attention si vous le voyez plisser les yeux, s'il se gêne, s'il a mal à la tête, et ainsi de suite, revenez nous voir. Et comme ça, à ce moment-là, où On prévient avec le médecin, on travaille ensemble pour l'équiper. Puis il y a toute cette connaissance aujourd'hui qu'on a sur les verres freinateurs de myopie, sur les types de lentilles aussi pour certains. Donc en fait, c'est un gros travail de communication, mais aussi d'apprentissage pour les orthoptistes de comprendre tous ces nouveaux systèmes. Il faut être à jour. Et donc ça, c'est important parce que voilà, on est quand même assez présents avec les parents et les enfants. Donc, ils aiment nous parler, nous poser des questions. C'est un petit peu plus facile que le médecin. Notre disponibilité, elle est un peu différente.
- Laurent TELLER
Sur les verres, on va dire, à freination de la myopie. Aujourd'hui, vous pouvez les prescrire ? Vous avez la possibilité de le mettre sur les ordonnances, comme les ophtalmologistes ?
- Mélanie ORDINES
Oui, c'est un sujet. On peut. Rien de nous l'interdit, mais dans la médecine, quand ce n'est pas interdit, ça ne veut pas dire que c'est autorisé, mais ça va dans le sens de l'amélioration aux soins. Mais à partir de là, ça rentre aussi, on va le prescrire, mais on va surtout être accompagnateur aussi d'un aller-retour chez l'ophtalmo, parce qu'il n'y a aucun intérêt aujourd'hui de passer que par l'orthoptiste du début à la fin pour un suivi de la myopie. Il y a des choses à vérifier.
- Laurent TELLER
Vous pouvez le dépister. Il y a un sujet, mais on préfère quand même agresser le phallopthalmogiste parce que c'est lui.
- Mélanie ORDINES
Après, il va falloir faire quand même un examen sous skyacol donc, il va falloir que le médecin soit là. Mais après, les allers-retours vont pouvoir, c'est-à-dire que si la personne, en effet, elle a évolué quand même un petit peu et qu'il faut adapter la correction, on va pouvoir le faire. Mais la fois d'après, on va demander à ce que ça soit l'ophtalmo. Et puis pas tout le monde peut accéder chez un ophtalmo dans les 3-4 mois, donc on ne peut pas non plus laisser quelqu'un qui a une acuité visuelle qui diminue attendre un an pour voir l'ophtalmo. Donc on est là pour ça aussi.
- Laurent TELLER
Très bien. Alors, pour conclure, en termes de perspectives d'avenir pour cette profession, qu'est-ce que vous pourriez dire ?
- Mélanie ORDINES
Alors, l'avenir pour beaucoup d'orthoptistes, c'est qu'on passe sur une idée paramédicale qu'on n'aime pas trop, que c'est un médico qu'on n'aime pas trop. Je pense qu'aujourd'hui, on est clairement devenu une profession médicale à compétences définies. Et ça, pour nous, c'est important de le comprendre parce que c'est vaste ce qu'on fait. Et donc, il y a un passage qu'on aimerait élargir, c'est l'accès direct pour l'ensemble de notre art. Il y a une raison essentielle aujourd'hui c'est on se rend compte, quand on analyse notre consultation, c'est que le nombre d'ordonnances d'orientation, c'est-à-dire juste une ordonnance où il y a écrit bilan orthoptique, où il n'y a eu aucune analyse derrière, mais c'est juste parce que c'est la psychomotricienne, c'est l'ergothérapeute, c'est la maîtresse, c'est parce qu'il en a déjà fait il y a des années et qu'il recommence à avoir mal à la tête, qu'il a vu une affiche et il pense qu'il correspond à ce profil de troubles neurovisuels adultes, et ainsi de suite, et qu'il a besoin de venir chez nous au lieu de passer par la case médecin pour juste avoir ce papier, qui est un visa pour pouvoir être remboursé, on aimerait que les patients puissent venir nous voir. Tout en étant médicalement encadrés, on veut communiquer avec le médecin, on ne veut pas aller le voir pendant 300 ans, un peu sans avoir vu le médecin, il n'y a aucun intérêt. Historiquement, on aime le médicalement encadré, on adore travailler avec les médecins et on ne veut pas devenir médecin à la place du médecin. Mais on voudrait quand même avoir cette petite liberté pour désengorger les médecins. Ça nous fait mal au cœur, en fait, aujourd'hui, de se dire, ils nous appellent, je peux, vous avez une ordonnance ? Non. Alors, allez voir votre médecin. Ils prennent des fois trois heures dans la salle d'attente pour sortir juste avec une ordonnance, pour venir nous voir. Alors, finalement, ils passent par des télécabines qui sont, pour certains, sur des demandes comme ça, un distributeur automatique d'ordonnances. Donc, c'est ce côté-là qui est important. Et puis, après, on va continuer notre travail de communication auprès de tous et continuer à travailler avec les ORL, les neurologues, les médecins, rééducateurs, les pédiatres, finalement, on a encore beaucoup de travail à faire.
- Laurent TELLER
C'est très bien. De toute façon, sur ces sujets-là, il faut du temps et il faut de la confiance. Et effectivement, c'est en marchant qu'on va dire que les choses se font.
Mélanie Ordines, merci beaucoup pour votre participation à ce podcast. J'espère que ça aura éclairé en tout cas nos auditeurs sur la profession d'orthoptiste. Voilà qui clôt ce troisième épisode de "Du Côté de ma Santé". Merci beaucoup de nous avoir écoutés. Si cet épisode vous a intéressé, n'hésitez pas à le partager et à vous abonner pour ne rien manquer de nos prochains épisodes. D'ici là, prenez soin de vous et bien évidemment de votre santé visuelle.