- Laurent TELLER
Bienvenue sur Du Côté de ma Santé, le podcast d'Itelis qui explore mille et une facettes de la santé. Dans chaque épisode, nous décryptons les grands enjeux de la santé d'aujourd'hui et de demain. Je suis Laurent Teller, Directeur Santé et Partenariats chez Itelis. Je suis heureux de vous retrouver pour continuer à parler de la filière auditive. Après avoir interviewé Benoît ROY, Président du SYNEA, nous allons nous tourner aujourd'hui du côté d'un fournisseur, WSA. Pour ce faire, j'ai la chance aujourd'hui de recevoir Monsieur Nicolas SÉRIÈS, Président de WSA Audiologie, pour aborder différents sujets qui nous intéressent. Le marché de l'audition, les innovations et les évolutions technologiques des aides auditives, la valeur ajoutée des appareils auditifs de classe 2, l'accès aux ordonnances et la lutte contre la fraude. Tendez l'oreille ! C'est parti ! Nicolas SÉRIÈS, bonjour ! Tout d'abord, merci d'avoir accepté d'être avec moi aujourd'hui afin que nous puissions parler ensemble des appareils audioprothétiques d'un point de vue du fournisseur. Pour commencer, pouvez-vous présenter votre parcours et WSA Audiologie, nous direce que votre expérience croisée de l'optique et de l'audition vous apprend sur les attentes des complémentaires santé ?
- Nicolas SÉRIÈS
Alors, merci Laurent de m'accueillir dans le podcast. Effectivement, j'ai dirigé pendant 15 ans la société ZEISS, la filiale française de ZEISS en France. Et puis, depuis avril 2025, je dirige WSA Audiologie. Donc un des leaders mondiaux dans le domaine de l'audiologie qui regroupe des marques connues comme SIGNIA, REXTON et également WIDEX. Alors à travers ce parcours, que ce soit dans l'optique ou que ce soit dans l'audiologie, les complémentaires santé jouent un rôle essentiel puisqu'elles remboursent une très grande partie du coût des aides auditives et des verres. On a une part qui est prise par la Sécurité sociale, comme tout le monde le sait, dans l'optique c'est très petit. Dans l'audio, c'est un peu plus important. Et puis le reste, c'est les complémentaires santé et du reste à charge pour les patients en dehors du 100% santé, où là, on a une prise en charge totale entre la Sécu et les complémentaires santé. Donc les complémentaires santé jouent un rôle essentiel dans l'écosystème de l'optique et de l'audio en France, bien entendu.
- Laurent TELLER
Oui, et puis d'ailleurs, on en parlera, je pense, vers la fin de notre interview, c 'est qu'on voit bien par la réglementation que les taux vont changé aussi entre la Sécurité sociale et la complémentaire santé, donc ce sera intéressant de voir aussi de votre point de vue quel impact ça pourra avoir auprès du consommateur. D'un point de vue fabricant, aujourd'hui comment évoluent les chiffres, les volumes, les prix, la répartition entre la classe 1 et la classe 2 ?
- Nicolas SÉRIÈS
Alors... On reste sur un marché qui est très dynamique, puisque depuis le début de l'année, on connaît une croissance de 6% des volumes d'aides auditives vendues. Ça s'explique par le renouvellement. On est quatre ans après le démarrage du 100% Santé. Donc on voit qu'on a ce renouvellement qui joue, qui contribue à la dynamique du marché. Les classes 1 représentent désormais 35,5% du marché, des volumes. Donc c'est très important, ça veut dire que le marché a été aussi porté par le 100% santé, et les produits de classe 1 ont trouvé leur public, en témoigne le fort pourcentage dans le domaine de l'aide auditive.
- Laurent TELLER
Oui, parce qu'en fait à l'époque, avant la réforme, la principale cause de renoncement, c'était le prix, notamment le reste à charge.
- Nicolas SÉRIÈS
Exactement, mais les pouvoirs publics visaient un taux de classe 1 autour de 20%, e t on est à 35,5%, donc on voit bien qu'il y avait un sujet financier.
- Laurent TELLER
Très bien. Alors, depuis justement le 100% Santé, on va dire, quels changements durables vous observez dans l'accès à l'équipement, le comportement des patients et l'économie de la filière au global ?
- Nicolas SÉRIÈS
Le marché, il a quasiment doublé, donc on va dire que ça a été une réforme dans le domaine de l'audition qui était très bénéfique parce qu'elle a permis à des personnes malentendantes de s'équiper. Aujourd'hui, la France connaît un taux d'équipement de 55%, qui est le plus haut niveau européen. Donc ça, on peut véritablement s'en féliciter. Après, il faut aussi se dire que 45% des gens sont encore non-équipés. Donc il y a encore beaucoup de travail à faire, beaucoup de pédagogie à faire pour pouvoir convaincre les personnes malentendantes de s'équiper, car le frein n'est pas forcément le premier facteur qui les empêche de s'équiper.
- Laurent TELLER
Et vous avez identifié le type de public aujourd'hui qui ne passe pas encore à l'appareillage ? Est-ce que c'est des publics plutôt plus jeunes ? Est-ce que c'est des personnes plus âgées qui n'ont pas les moyens de s'équiper ?
- Nicolas SÉRIÈS
Les données existent peut-être, mais je ne les ai pas en tête. Donc, effectivement, je ne peux pas vous dire.
- Laurent TELLER
OK. Alors, d'un point de vue patient, au-delà du prix, aujourd'hui, quels critères déterminent réellement la réussite d'un appareillage ?
- Nicolas SÉRIÈS
Alors, aujourd'hui, ce qui est important pour les patients, c'est de pouvoir entendre dans les conversations. En fait, ce qui se passe, c'est que la première des demandes d'une personne malentendante, c'est de se dire « je vais participer à un déjeuner, un dîner, je vais aller au restaurant et je vais avoir du mal à entendre dans le bruit » . Et ça, c'est un véritable sujet, c'est vraiment la demande qui revient tout le temps, elle est démontrée par l'étude Eurotrack au niveau européen et c'est vraiment le sujet principal. Et c'est fondamental parce que qu'est-ce qui se passe quand une personne n'entend pas dans une conversation ? Elle va d'abord faire répéter, puis au bout d'un moment elle va en avoir un peu marre de faire répéter, elle va se rendre compte aussi que les gens en ont marre de répéter, donc elle va finir par s'isoler dans le groupe dans lequel elle est, s'isoler à table, se mettre en retrait. Et puis après, elle va finir par dire tout simplement : "je ne vais pas aller à ce dîner, je ne vais pas aller à ce restaurant, ça va être trop bruyant, je ne vais rien entendre, ça va être désagréable". Donc c'est de l'isolement social qui est dramatique, qui a des conséquences sur la santé qui sont dramatiques. Donc aujourd'hui, voilà la première des demandes et il faut absolument qu'on arrive à y répondre.
- Laurent TELLER
Alors c'est bien, vous me faites une belle transition parce que d ans ce que vous dites, vous parlez des différents lieux, finalement, des activités, on peut parler du restaurant, on peut parler du cinéma. Si on regarde maintenant comment les avancées technologiques peuvent améliorer l'expérience du patient, mais aussi peut-être la pertinence et l'efficience de la prise en charge, parmi les innovations récentes, lesquelles apportent un bénéfice clinique ou fonctionnel démontrable plutôt qu'un simple avantage marketing.
- Nicolas SÉRIÈS
Alors là, aujourd'hui, ça tombe bien parce qu'on est le 22 septembre et c'est le jour du lancement de notre toute dernière innovation, le Signia MaX. C'est un pur hasard qu'on se rencontre aujourd'hui, mais là, il y a des évolutions absolument majeures. Dans notre dernière plateforme technologique, on intègre quatre IA dans une toute petite puce, dernière génération, ultra puissante, ultra performante, extrêmement efficiente et ces quatre IA, elles apportent chacune un bénéfice absolument énorme. La première des IA, elle permet évidemment la réduction du bruit, qui est le bruit qu'on n'a pas envie d'avoir quand on a besoin d'entendre. La deuxième IA, elle permet de suivre les conversations quand on est justement à plusieurs. Quand on est l'un en face de l'autre, c'est facile, mais on est souvent à trois, on est à quatre, on est à cinq, on peut être à huit. Et là, il faut absolument qu'on arrive à suivre les conversations. La troisième des IA, on parlait de l'environnement tout à l'heure, elle est capable d'identifier tous les environnements qui existent : un hall de gare, un restaurant, un cinéma, la rue, un bureau, un open space, tous les environnements sont immédiatement identifiables par cette IA et permettent d'adapter le son de l'aide auditive. Et la quatrième IA qui est absolument essentielle, c'est une des spécificités de Signia également, c'est ce qu'on appelle le on-voice processing : arriver à reconnaître sa propre voix. Parce qu'une personne malentendante, elle a besoin de reconnaître sa propre voix. C'est une des caractéristiques essentielles de sa satisfaction lorsqu'elle porte une aide auditive. Et grâce à cette IA, instantanément, automatiquement, le porteur va reconnaître sa propre voix. Donc on vit une révolution technologique comme jamais g râce à l'arrivée de l'IA. O n en entend parler toute la journée de l'IA, elle nous fait peur l'IA, on nous explique qu'aujourd'hui l'IA va faire la fin du monde, qu'on va avoir aujourd'hui des IA qui vont détruire la planète. Donc on peut imaginer la puissance de cette IA. Au service d'une aide auditive, c'est une véritable révolution. Et ce n'est absolument pas du marketing, ce sont des éléments très pratico-pratiques, très concrets, qui améliorent considérablement. la satisfaction des porteurs. Tous les tests aujourd'hui le prouvent.
- Laurent TELLER
J'imagine qu'en plus, c'est une prouesse technologique de faire tenir ça dans un tout petit appareil, qui a des conséquences aussi très certainement sur le rechargeable, on en parlera après, mais sur la durabilité, en tout cas sur l'utilisation, le temps d'utilisation d'un appareil.
- Nicolas SÉRIÈS
Bien entendu. Et là, en plus, je fais le lien avec mon ancien métier chez ZEISS, on était un des grands fabricants des technologies permettant de bâtir des puces de plus en plus puissantes, de plus en plus efficaces. mais également de plus en plus économe en énergie, parce que le problème de tout ça, c'est que ça consomme énormément d'énergie. Donc il y a besoin de beaucoup de recherche et développement pour avoir une puissance permettant la gestion de ces IA, tout en permettant d'avoir une très bonne autonomie. Et notre dernière technologie Signia MaX, c'est 30 heures d'autonomie. Je ne sais pas si vous imaginez, 30 heures d'autonomie. Donc on a une puissance de calcul folle dans une puce toute petite, puisque l'aide auditive, évidemment, ne doit pas grossir, parce que sinon les porteurs ne veulent pas les mettre. Donc c'est tout petit, très puissant et extrêmement économe en énergie.
- Laurent TELLER
Oui. Alors du coup, par rapport au 100% Santé, les appareils du 100% Santé, on en avait parlé avec Benoît Roy, je sais que quand la réforme est arrivée, vous aviez tous un peu peur, en fait, que peut-être les gens ne portent pas ces appareils, que ça reste dans le tiroir, et finalement, il y a eu quand même une réussite d'adaptation avec ces appareils-là, parce que globalement, ça a fonctionné. Mais de ce que je comprends, il y a quand même une grosse différence entre la classe 1 et la classe 2, par rapport notamment à ce que vous venez de dire.
- Nicolas SÉRIÈS
Oui, par définition, il y a une grande différence. Un produit de classe 1, c'est un produit qui est 100% remboursé, qui est moins cher qu'un produit de classe 2, et heureusement qu'il y a de la différence. En revanche, ce qui est intéressant de comprendre, c'est que la classe 1, d u fait de couper la barrière du prix permet à des porteurs qui auraient cette réticence de rentrer dans le domaine de l'aide auditive, de les porter, de se rendre compte que ça améliore leur confort de vie, leur confort d'audition. Et on le voit dans les renouvellements, le marché est assez fortement porté par le renouvellement en classe 2, c'est-à-dire que des gens qui ont démarré de la classe 1 maintenant vont s'équiper en classe 2 parce qu'ils ont compris qu'ils pouvaient porter les aides auditives, ils ont compris que ça a amélioré, ils se sont rendus compte que personne s'est foutu d'eux et qu'au contraire on leur a dit c'est bien que tu t'équipes. Parce que moi je trouve qu'il faut féliciter les gens qui s'équipent parce que les gens qui s'équipent sont plus intelligents que ceux qui ne s'équipent pas et parce que du coup ils entendent etc. tout ce qu'on vient de dire. Et après, il passe sur de la classe 2 qui va leur apporter un confort beaucoup plus important, notamment avec toutes les technologies que je viens de vous décrire. Mais ce qu'il faut savoir aussi quand même, c'est que la classe 1, elle évolue. Ce n'est pas un produit figé. Le produit de classe 1 d'il y a 4 ans n'est pas le même que le produit de classe 1 d'aujourd'hui parce qu'au fur et à mesure des évolutions technologiques, des anciens produits de classe 2 deviennent des produits de classe 1.
- Laurent TELLER
Oui, donc ça reste quand même des bons appareils.
- Nicolas SÉRIÈS
C'est des très bons appareils, bien évidemment.
- Laurent TELLER
mais donc ce qui est intéressant dans ce que vous dites c'est que Le fait que ce soit des appareils qui soient pris en charge à 100% permet finalement peut-être à des plus jeunes porteurs qui n'avaient pas le souhait en tout cas de s'appareiller ou parce qu'encore une fois c'était trop cher, qui disaient je ne vais pas avoir un reste à charge, si ça ne me plaît pas je vais être embêté, je ne vais pas les mettre. Alors que là ils se disent finalement je peux essayer, de toute façon ça ne me coûte pas grand chose, ça ne me coûte rien même parce que c'est pris en charge. Et après ils se rendent compte de l'intérêt et après dans le cas du renouvellement ils peuvent passer à des appareils qui sont plus adaptés à leurs besoins en fonction justement de ces technologies.
- Nicolas SÉRIÈS
Exactement. Et nous, ce que l'on fait chez WSA, et on a considérablement renforcé notre pôle éducation, WSA éducation, pour justement apporter aussi tous les éléments aux audioprothésistes pour les former sur ces technologies et leur permettre aussi d'expliquer aux porteurs les bénéfices de ces technologies. On a d'ailleurs développé des outils. On a ce qu'on appelle une application de démonstration qui permet aux porteurs qui portent la dernière technologie MaX, de se rendre compte dans une situation réelle de l'intervention des 4 IA et de se rendre compte à quel point il va reconnaître sa voix, à quel point le bruit va être réduit, à quel point il va pouvoir suivre les conversations, etc. Donc on apporte la démonstration de ces technologies en classe 2 grâce à des outils et des applications.
- Laurent TELLER
Alors du coup pour les complémentaires santé, on va dire quels critères objectifs pourraient permettre de distinguer justement la valeur d'usage d'un équipement de classe 2 par rapport à une classe 1 ?
- Nicolas SÉRIÈS
C'est une question relativement complexe. Moi, je pense que le taux d'utilisation de l'appareil, c'est très important. Le fait que les porteurs les portent du matin au soir, ce qui est d'ailleurs essentiel, parce que c'est le cerveau qui entend, donc l'oreille est un conduit qui permet d'envoyer l'information, mais c'est le cerveau qui entend. Le cerveau doit entendre, s'entraîner pour reconnaître les sons, Il faut donc porter ces aides auditives en permanence. Donc après, c'est une question d'utilisation, d'habitude. Et j'ai envie de vous dire, tant qu'on n'a pas goûté à un produit de classe 2 et à l'amélioration que cela apporte, et bien un porteur de classe 1 va se contenter de son appareil de classe 1. Il faut découvrir le nouveau produit pour se dire, ah bah oui, c'est mieux qu'un produit de classe 1, c'est plus confortable, etc.
- Laurent TELLER
En fait, ma réflexion que je peux avoir, ça n'est qu'une réflexion que je partage avec vous, c'est qu'autant en optique, on voit qu'on a, par rapport aux défauts de vision, en fait, on a des remboursements différents entre des verres uni-focaux, des verres progressifs, parce qu'on sait qu'on devient presbyte et qu'on a des besoins différents, les verres sont plus complexes et donc forcément sont plus chers et aussi mieux remboursés. En audiologie, on n'a pas ça. Alors qu'en réalité, les besoins évoluent de par, effectivement, l'oeil. la presse presbyacousie qui augmente avec le temps, les besoins qui augmentent, et donc on a des appareils, des technologies différentes dont les coûts ne sont pas les mêmes, et on aurait pu imaginer avoir des garanties, en tout cas différentes, suivant des composantes, en tout cas qui auraient pu être, encore une fois, objectivées, mais avoir des garanties qui pourraient être différentes. C'était une idée, en tout cas que j'avais, je me suis dit, je voulais partager avec vous, pour savoir, est-ce que ça a une réalité, est-ce que, d'un point de vue fabricant, d'avoir des garanties différentes qui pourraient être en cohérence en tout cas avec les montées en gamme des différents produits, est-ce que ça peut avoir du sens ?
- Nicolas SÉRIÈS
Alors ça peut avoir une cohérence, après il faut faire attention aux conséquences que cela peut avoir, parce que ça peut complètement faire basculer le marché. On l'a vécu dans l'optique et c'était relativement compliqué, lorsque des produits sont mieux tarifés par un réseau de soins ou par un OCAM, ça peut faire complètement basculer le marché. Et ça a des conséquences qui peuvent être relativement complexes. En revanche, je pense qu'il serait pertinent de pouvoir apporter une information éclairée aux porteurs à travers vos réseaux, à travers vos newsletters, à travers vos informations. Les fabricants disposent d'études, disposent d'outils, d'éléments qui permettraient de faire la démonstration du produit. Et après, libre quand même de mon point de vue à la concurrence d'intervenir, aux fabricants, aux chaînes de distribution et aux audioprothésistes de tarifer leurs produits. On peut comprendre qu'il y ait un tarif maximum, effectivement, qui soit par rapport au remboursement des complémentaires. Mais voilà, moi, je suis toujours un peu inquiet sur ce genre de choses parce que ça peut nous arranger à un moment et puis être plus compliqué à un autre moment. et ça peut faire faire des switches qui sont complexes.
- Laurent TELLER
Oui, puis je vais faire l'avocat du diable de ma propre idée. C'est que finalement, c'est aussi l'audioprothésiste, c'est surtout d'ailleurs l'audioprothésiste qui va choisir l'appareil en fonction du besoin du patient, et que, on va dire, c'est pas parce qu'on va avoir... une technologie meilleure que forcément l'appareil sera plus adapté à la personne ?
- Nicolas SÉRIÈS
Alors la technologie meilleure, à mon avis, de toute façon, elle vient aider, elle vient contribuer. L'audioprothésiste est absolument essentiel dans tout ce processus. C'est vraiment indispensable, c'est vraiment le combi entre le savoir-faire de l'audioprothésiste et la technologie qu'il va adapter sur les oreilles du patient qui va garantir un bon succès. D'ailleurs, c'est pour ça qu'il y a aujourd'hui des... des projets de dissociation, etc., auxquels je m'oppose absolument, parce que je considère qu'aujourd'hui, dans le domaine de l'aide auditive, c'est vraiment le produit et la prestation qui va faire le succès d'un appareillage. N'oublions pas aussi qu'on s'adresse dans l'immense majorité à des personnes âgées qui ont besoin d'être fortement accompagnées dans tout ce processus.
- Laurent TELLER
Ça, c'est un sujet, effectivement, je ne pensais pas l'aborder, mais le sujet de la dissociation... Tout dépend comment elle est envisagée, parce que ça pourrait être aussi une situation, on va dire, sur une facture ou sur un devis en tout cas, mais quand même faire en sorte à ce que l'adaptation soit faite par la personne qui vend l'appareil. C'est-à-dire qu'en fait, on reste sur un accompagnement globalisé auprès du praticien qui va délivrer les appareils, qui va accompagner le patient, mais pour autant avoir du coup le prix d'un appareil, le prix de l'adaptation, puisqu'en fait, on a quand même un sujet, je pense, c'est que suivant les audioprothésistes, les adaptations ne sont pas les mêmes. Les services apportés, il me semble, de mon point de vue, ne sont pas les mêmes. Et à ce titre-là, pourrait, d'un point de vue du patient, éclairer sur, entre tel ou tel audioprothésiste, quel niveau d'accompagnement on peut avoir, et ce qui peut justifier d'ailleurs une différence de prix.
- Nicolas SÉRIÈS
Oui, après, je pense que ça risque de créer des usines à gaz. Alors qu'aujourd'hui, un patient ne va pas se poser la question, il va avoir un remboursement et un reste à charge, et il va pouvoir pendant 4 ans aller autant de fois qu'il le veut, sans se poser de questions, voir son audioprothésiste, pour pouvoir être sûr que son appareil soit correctement réglé, qu'il entend bien, répondre à ses différentes questions. Et je pense que si on rentre dans des distinguos, on va finir par limiter le nombre d'interventions, le nombre de visites, et qu'on va créer une insatisfaction, et on va détruire une dynamique qui aujourd'hui fonctionne très bien, puisqu'on est le pays qui a le meilleur taux d'appareillage, et qu'aujourd'hui on a les dernières études qui montrent que, et ça nous inquiétait, est-ce que des produits de classe 1 sont restés dans les tiroirs ? Non, puisque les renouvellements arrivent, ça veut donc bien dire que les gens veulent se rééquiper, veulent se réappareiller, qu'ils utilisent leurs aides auditives. Donc faisons attention, c'est un peu une spécialité française de mon point de vue, a toujours péter ce qui fonctionne, mettre des règles contrariantes et complexes dans des sujets qui fonctionnent.
- Laurent TELLER
Je comprends. Alors, la performance du système ne dépend pas seulement des appareils. Elle repose aussi sur un parcours fluide, rapide, sécurisé, depuis le dépistage jusqu'au suivi des appareils, justement. Aujourd'hui, pour vous, où se situent les principales ruptures de parcours entre le dépistage, l'accès aux prescripteurs, le délai d'appareillage, le financement ou l'accompagnement après la délivrance ?
- Nicolas SÉRIÈS
Alors, effectivement, on note qu'entre le moment où on a identifié qu'on avait une perte auditive, on va chez un ORL, Mais derrière, il faut aller chez un audioprothésiste. Il va y avoir un temps et une forte déperdition. Ensuite, chez l'audioprothésiste, on va potentiellement faire un test ou avoir un devis. Il va y avoir encore de la déperdition. Et donc, c'est aux différentes phases du parcours qu'on se rend compte qu'il y a des gens qui abandonnent dans ce parcours. Ça peut être pour des raisons de prix, ça peut être pour des raisons où ils ont testé, ça ne leur plaît pas, et ça peut être qu'ils n'ont pas envie de porter l'aide auditive parce qu'ils ont l'impression qu'ils sont vieux. Enfin bref, donc il y a effectivement de la déperdition relativement forte et il se passe plusieurs années entre le moment où une personne identifie qu'elle a une perte auditive et le moment où elle s'équipe. Je pense qu'on a besoin de continuer à faire énormément de pédagogie. Je pense qu'il faut qu'on insiste beaucoup sur les conséquences de la perte de l'audition auprès des gens. Je pense que les gens ne sont pas conscients des conséquences néfastes de ne pas s'équiper. Cette désociabilisation dont on parlait, je pense que les gens ne le formalisent pas. C'est des choses qui sont très personnelles, donc je crois qu'il faut aussi beaucoup, beaucoup communiquer et s'adresser aux personnes qui accompagnent, ça peut être les enfants, les parents, ça peut être le conjoint d'une personne qui entend mal, etc. Pour déstigmatiser un maximum et que les gens aillent vers l'aide auditive. Il y a une différence absolument fondamentale entre de l'optique et de l'audio. Dans l'optique, ça a fini par devenir un instrument de mode. On va avoir ces lunettes en plein milieu du visage et finalement ça donne une personnalité, ça donne un style et donc c'est devenu sympa. Il y a même des gens qui portent des lunettes sans verre correcteur, qui vont dans des chaînes comme Jimmy Fairly, prendre des lunettes sans verre correcteur juste pour avoir un look. Ce n'est pas du tout le cas dans les aides auditives. Donc nous on est vraiment ici dans le domaine du médical. On a une paire d'auditions, il faut s'équiper, c'est un dispositif médical, il doit être parfaitement réglé, parfaitement adapté, et derrière il faut qu'il soit porté, il faut qu'on accompagne les patients dans ce domaine.
- Laurent TELLER
Alors dans le parcours, il y a évidemment l'accès à l'ordonnance, est-ce qu'aujourd'hui, de votre point de vue c'est facile d'avoir une ordonnance par un ORL. On a beaucoup de réflexions autour de la télémédecine, la téléconsultation, la téléexpertise. Ce sont des sujets qu'on a par ailleurs sur d'autres domaines de santé, mais on va dire sur la partie audioprothèse, je pense que c'est un vrai sujet. Voilà, vous, quel est votre point de vue justement sur ces différences entre téléconsultation, téléexpertise, téléréglage ? Est-ce qu'il y a des limites à poser ?
- Nicolas SÉRIÈS
Alors, nous, on sait que le nombre d'ORL baisse. Donc ça, c'est un véritable sujet. C'est qu'il y a des difficultés d'accès à des ORL. Alors évidemment, pas à Paris, pas en région Provence-Alpes-Côte d'Azur, mais il y a plein de zones françaises, c'est toujours la même chose, où il y a beaucoup moins de médecins. Et demander à une personne qui a 75 ans, 80 ans, de faire je ne sais combien de kilomètres pour avoir accès à un ORL, pour avoir le rendez-vous, derrière avoir son ordonnance et puis potentiellement devoir y retourner, etc. C'est un véritable sujet, il faut quand même être honnête. Parce qu'encore une fois, on ne s'adresse pas à des jeunes de 20 ans, on s'adresse à des personnes âgées, dans l'immense majorité. Et aujourd'hui, il y a des solutions qui existent, la téléconsultation, la téléexpertise, qui sont remises en cause par les pouvoirs publics. La télé-expertise, c'est compliqué. Moi, je ne suis pas super favorable à la télé-expertise parce que le patient n'est pas dans le process. Alors qu'en téléconsultation, c'est un moment live entre un patient et un ORL qui fait faire les différentes audiométries. Donc, au lieu d'être en réel, o n est en distanciel. Alors les puristes vont dire qu'on peut passer à côté d'un certain nombre de choses, certes, mais en tout cas quand on a une perte d'audition, qu'on n'a pas un ORL à portée de main facilement, c'est une réponse. Aujourd'hui, a priori, la CNAM le refuse, etc., alors qu'elle l'autorise en optique. Totalement incompréhensible. Et moi, je ne comprends pas pourquoi on baisse ça alors qu'il suffirait de complètement sécuriser les parcours en étant absolument certain que tout se fait dans la légalité. Et nous, on ne demande que ça.
- Laurent TELLER
Aujourd'hui, le ministère de la Santé donne des agréments. Si je prends le cas en optique, en tout cas, d'avoir...
- Nicolas SÉRIÈS
En optique, mais pas en audio. Donc, c'est incompréhensible.
- Laurent TELLER
On y viendra peut-être. En tout cas, ça veut dire qu'il y a un besoin réel. Après, il faut juste savoir ce qui sécurise. On va parler de la lutte contre la fraude après, parce que, de notre point de vue, en tout cas, notamment sur la télé-expertise, évidemment, ce sont de vrais sujets pour obtenir des ordonnances très facilement, et avoir des appareils qui ne seront soit pas vendus, soit pas utilisés.
- Nicolas SÉRIÈS
Mais c'est ça, c'est un scandale absolu. Et ça, c'est un scandale absolu. Et ce qui est dramatique dans ce pays, c'est qu'il y a des idées qui sont bonnes à la base, qui sont absolument légitimes, mais derrière, la réalisation est relativement moyenne, elle ne se fait pas correctement, et après on a des résultats catastrophiques, avec des fraudeurs institutionnels et des escroqueries monstrueuses à la Sécurité sociale et au complémentaire santé. C'est un scandale ! Ça jette l'opprobre sur toute une profession, alors qu'en fait, vous avez l 'immense majorité des gens qui travaillent correctement, des patients qui ont des besoins, des audios qui font leur job, des ORL qui font leur job, et à côté de ça, vous avez des escrocs qui vont escroquer le système. Et après, derrière conséquence, on pénalise tout le monde parce qu'on a 2%, 3%, 4% de gens qui sont des escrocs.
- Laurent TELLER
Vous, de votre expérience, est-ce que vous avez vu des schémas de fraude ou d'abus qui fragilisent aujourd'hui justement l'ensemble du dispositif ?
- Nicolas SÉRIÈS
Non, mais enfin, moi, je suis comme tout le monde dans notre métier. Je lis la presse spécialisée, je vois ces fausses cliniques, ces faux organismes, etc. Enfin, ça me rend dingue. Donc, je suis pour des systèmes de traçabilité. On a tous les moyens de faire la traçabilité. On a des numéros de série sur les appareils. On peut faire des systèmes très simples qui garantissent que chaque produit qui est livré a été vendu, a été remboursé, etc. C'est extrêmement simple à faire et on n'a qu'à le faire. Et ça permet, si on avait une démarche avec les pouvoirs publics de dire on fait la traçabilité et du coup on peut faire un peu de téléconsultations, des choses comme ça, moi je serais content.
- Laurent TELLER
Sur la traçabilité, vous pouvez évidemment compter sur nous pour pouvoir travailler sur ce sujet puisque o n le sait, en optique, ça a mis du temps, c'est plus ou moins en train de se faire, après on verra comment, mais on voit que c'est aussi très politique, donc ce sont des sujets qui ne sont pas faciles forcément à monter, mais qui sont nécessaires en tout cas sur l'ensemble de la filière, je pense.
- Nicolas SÉRIÈS
Oui, je pense qu'en audio, ça peut être beaucoup plus simple.
- Laurent TELLER
Alors on aura l'occasion de se revoir pour en parler. Si maintenant on parle d'une activité réglementaire qui est assez récente et qui ouvre du coup un nouveau chapitre pour le financement de l'audiologie, il y a un décret qui a été publié en août 2026 qui prévoit qu'à compter du 1er janvier 2027, le ticket modérateur applicable aux dispositifs médicaux inscrits au LPP, en fait, dont font partie les aides auditives, sera relevé. Ça passera peut-être de 40-50% à 50-60%. C'est considérable, ça fait quand même un changement. Pour vous, la baisse de la part du régime obligatoire, est-ce qu'elle renforcera aujourd'hui celle des complémentaires ? Et quel impact vous pouvez anticiper sur leurs dépenses, sur leurs garanties, sur l'équilibre du 100% santé ?
- Nicolas SÉRIÈS
Sur le 100% santé, pour le patient, ça va être un non-sujet, qui est moins de remboursement de sécu et plus de remboursement de complémentaire. Ça sera transparent, il ne le sera pas. Et dans le domaine de la classe 2, il va y avoir un remboursement plus faible de la sécu. Et donc, soit les complémentaires prennent plus à leur charge, soit le reste à charge va augmenter.
- Laurent TELLER
Vous ne pensez pas qu'il peut y avoir, la question que je me pose, c'est est-ce qu'à un moment il peut y avoir une contrepartie, par exemple à faire baisser aussi le prix de la classe 1 ? C'est-à-dire que le risque, si à un moment on a ces transferts de charges, la question qu'on peut se poser, c'est pour économiser d'un côté, il faut pouvoir financer de l'autre, est-ce qu'à un moment le panier 100% santé risque de baisser ?
- Nicolas SÉRIÈS
Aujourd'hui, il est prévu dans la loi qu'il puisse passer de 950 à 900 euros. Donc ça peut arriver, c'est un risque qui peut arriver et après on peut avoir aussi des complémentaires, des réseaux qui incitent à vendre des classes 2 dans lesquelles elles auront peut-être plus d'intérêt à le faire. J'avoue que c'est encore un petit peu nébuleux, je ne sais pas exactement comment tout ça va se traduire. Ce qui moi va me paraître essentiel, c'est que les fabricants et les audios soient capables de bien expliquer ce qu'il y a derrière, quel est leur service, quels sont les produits qu'ils vendent, pour qu'aussi le patient se dise que par rapport à sa perte auditive, il comprenne qu'il a besoin aussi d'investir quand il peut le faire.
- Laurent TELLER
Très bien, alors si on avait peut-être deux questions de conclusion, s'il fallait choisir une priorité commune aux fabricants, audioprothésistes et complémentaires santé, pour améliorer durablement la prise en charge, pour vous ce serait quelle idée ?
- Nicolas SÉRIÈS
Déjà, ce serait de revenir sur une possible interdiction de la publicité, puisque aujourd'hui la DSS a convoqué les fabricants et les distributeurs pour demander l'interdiction de la publicité. A priori, une demande qui vient des complémentaires santé qui, récupérant 1,5 à 1,7 milliard de dépenses, disent à la DSS, demandez aux fabricants, à tout le monde d'arrêter de faire de la pub parce que vous incitez à la dépense. Moi, je pense que cette réflexion n'est pas exacte. Je pense qu'aujourd'hui, la publicité, la communication, l'information est absolument essentielle pour pouvoir justement emmener un certain nombre de malentendants vers les aides auditives que la publicité, elle contribue aussi à faire baisser les prix, parce que quand vous avez des chaînes qui sont en concurrence et qui peuvent faire part de leur offre, et bien il y a une bataille sur les prix, et donc il y a une baisse sur les prix, donc le porteur y est gagnant, et comme on l'a vu, les gens ne s'équipent pas par plaisir.
- Laurent TELLER
Si ils s'équipent, c'est qu'ils en ont besoin.
- Nicolas SÉRIÈS
Si ils s'équipent, c'est qu'ils en ont besoin. Et déjà, ils ne s'équipent pas assez. Donc, ils devraient s'équiper plus. Donc, la publicité, la communication, l'information, elles contribuent à faire en sorte que des gens viennent vers l'aide auditive. Donc, moi, aujourd'hui, je pense que le combat, c'est de ne pas interdire la publicité. Et puis, nous, en tant que fabricants, vous imaginez, on sort des innovations avec des vraies avancées, imaginez qu'on ne puisse pas les mettre en avant, qu'on ne puisse pas en parler. Ce serait véritablement catastrophique pour le porteur. Il n'aurait pas accès à l'information.
- Laurent TELLER
Oui, et en plus c'est vrai que même sur la partie prévention, en tout cas ça permet de mieux comprendre et de pouvoir se dire, tiens, il y a quelque chose qui peut être utile pour moi. Si les patients ne sont pas au courant, ils ne peuvent pas, c'est rare qu'on rentre dans un magasin d'audioprothèse pour se dire, tiens, je vais essayer quelque chose comme on peut le faire en optique.
- Nicolas SÉRIÈS
Oui, et puis aujourd'hui la publicité, jusqu'à preuve du contraire, elle est payée par les distributeurs et les fabricants, donc c'est de l'argent privé. Alors que si demain, il fallait faire des campagnes massives de prévention pour s'équiper, ce serait de l'argent public. Et je pense que vu les déficits, on n'aura pas un euro d'argent public qui sera mis dans la prévention. Or, s'il y a eu la loi du 100% Santé qui a été faite et qui a été présenté en 2017, implémenté en 2020-2021, c'est bien parce qu'il y avait un problème. Sinon, le président Macron n'aurait pas mis le 100% santé en optique, en dentaire et en audio sur la table. Il n'aurait pas fait cette réforme. Simplement, cette réforme, elle marche tellement bien. Et puis après, les contrebalancements de charges que maintenant, on se dit qu'il faut interdire la pub. Mais c'est une aberration.
- Laurent TELLER
Je comprends. Écoutez Nicolas Sériès, merci beaucoup d'avoir participé à ce podcast. Voilà qui clôt cet épisode du côté de ma santé. Merci beaucoup de nous avoir écoutés. Si cet épisode vous a intéressé, n'hésitez pas à le partager et à vous abonner pour ne rien manquer à nos prochains épisodes. On se retrouve prochainement avec cette fois-ci un distributeur d'appareils auditifs pour aborder notamment le sujet de l'accompagnement des patients dans la réussite de leur adaptation. D'ici là, Nicolas Sériès, prenez soin de vous.
- Nicolas SÉRIÈS
Merci.
- Laurent TELLER
Et à nos auditeurs aussi, prenez soin de vous et de votre santé auditive.