- Speaker #0
Dans un monde du travail traversé par des évolutions techniques et des révolutions sociétales, prenons le temps de réfléchir aux causes, aux conséquences et aux solutions qui s'imposent à l'entreprise.
- Speaker #1
Bienvenue dans Perspective, le podcast d'Idozo at Work, où l'on explore les chemins croisés de l'humain, de l'entreprise et de la société. Salut à toutes et à tous et bienvenue dans notre épisode intitulé « Les femmes codent l'avenir » . Aujourd'hui, nous braquons les projecteurs sur un enjeu crucial, la place des femmes dans la tech. Dans un secteur encore majoritairement masculin, comment peut-on favoriser la diversité et permettre aux femmes de trouver leur place ? Pour répondre à cette question, nous avons l'immense plaisir de recevoir Chloé Hermary, fondatrice de Ada Tech School. Notre invitée est une véritable pionnière dans son domaine et elle s'est donnée pour mission de transformer la manière dont on forme et on intègre les talents féminins dans la tech. Alors préparez-vous à un échange qui va bousculer vos idées reçues et vous donner les clés pour passer à l'action. C'est parti ! Alors Chloé, merci ! et bienvenue chez Idozo. Merci d'avoir accepté notre invitation. Ce que je te propose pour commencer, c'est de te présenter et de nous raconter ton histoire à ta façon.
- Speaker #0
Bonjour Élodie, merci de me recevoir. Alors moi, je m'appelle Chloé Hermari. As-tu le présenté, j'ai créé une société il y a cinq ans qui s'appelle Adatex School. C'est un groupe d'éducation dans la tech. On a trois campus à Paris, Nantes et Lyon et on forme 300 apprenants aujourd'hui au métier du développement logiciel. Et nous, notre grande mission, et moi c'est la mission que je porte au travers de ce projet, c'est qu'en fait, moi je suis absolument convaincue que le futur est évidemment dans le numérique, mais que ce futur, il est malheureusement en train de se construire sans une grande partie de la population. Alors, on évoque, la grande mission d'ADA, c'est notamment la féminisation de ces métiers. Donc le gros travail d'ADA c'est de s'adresser aux femmes et dans les faits au delà des femmes on estime que c'est 0,03 % de la population qui sait coder aujourd'hui mondiale. Donc on parle globalement d'un enjeu qui est clé et quand on voit là les innovations qui arrivent, l'IA etc on se dit qu'on a encore énormément de wagons de retard et c'est ça la mission d'ADA, c'est ça la mission que je porte c'est de rattraper ces wagons et de permettre à un plus grand nombre de comprendre et participer à cette révolution qui en marche.
- Speaker #1
C'est un beau projet. Alors, je triche un peu parce que je connais la réponse, mais est-ce que tu peux nous dire d'où vient le nom justement de Ada Tech School ? J'ai raconté cette histoire à mes enfants il n'y a pas longtemps et ça les a bluffés. Est-ce que tu peux juste nous dire d'où vient le nom du coup ?
- Speaker #0
Oui. Donc Ada Tech School, c'est le Ada qu'on veut expliquer. Ada, c'est le prénom d'une comtesse anglaise, Ada Lovelace, du 19e siècle. qui est la fille d'un poète, Lord Byron d'ailleurs, et qui était une mathématicienne, une passionnée, une férue de mathématiques, et qui a en fait travaillé sur une machine avec des cartes qui visaient, donc c'était une époque évidemment où il n'y avait pas d'ordinateur, mais qui visaient en fait à programmer des calculs. Et donc c'est la première programmeuse de l'histoire, c'est la première développeuse de l'histoire, et on la considère comme la mère en fait du software. Donc du logiciel qui est constitué, le logiciel d'une suite d'algorithmes. En fait, elle a créé le premier algorithme de l'histoire.
- Speaker #1
Et ça, on ne le sait pas assez. Donc déjà, merci, rien que par le nom de l'école, de permettre de mettre en valeur cette histoire. Alors, puisqu'on parle d'histoire et on va aussi parler un peu de chiffres, aujourd'hui, on en est où en termes de parité dans la tech ?
- Speaker #0
Alors, on a un peu l'impression que cette parité, ça va de mieux en mieux. Dans les faits, ça n'avance pas beaucoup. ça fait 5 ans que je travaille sur le sujet avec Ada ça n'avance pas beaucoup ce qu'on observe qui avance c'est quand même la prise de conscience du sujet et puis la prise de conscience à la fois de l'enjeu de la mixité dans les équipes mais aussi du fait qu'il faut que tout le monde puisse comprendre les enjeux numériques mais globalement aujourd'hui dans une équipe technique donc informatique au sein d'une entreprise il y a en moyenne entre 10 et 15% de femmes euh... Moi j'aime bien dire dans le sens inverse, en fait c'est entre 90 et 85% d'hommes, c'est beaucoup. Au-delà de l'aspect genre et de la chose, ce sont très souvent des profils qui ont un profil assez homogène, grandes écoles d'ingénieurs, du coup souvent des milieux sociaux qui sont plutôt favorisés, ce sont souvent des hommes blancs, etc. Qu'est-ce que ça veut dire derrière ? Ça veut dire que, en fait... Quand on produit une solution technologique, technique, c'est vraiment un processus de création. Et quand on crée, on le crée avec son point de vue, avec ses biais. Et en fait, il y a des histoires très intéressantes aussi dans le progrès technique. Moi, j'aime bien l'exemple du airbag. Donc, on imagine que le airbag, dans les usines, il y avait beaucoup d'hommes, ingénieurs, etc. Et donc, quand on a testé le airbag, en fait, ils ont complètement oublié qu'il y avait des conducteurs qui étaient plus légers que d'autres, qui étaient les femmes. Et donc, le airbag devait se détecter à un poids plus léger derrière le volant. Et en fait, ils ont mis le airbag dans ces circulations, et on s'est rendu compte qu'en fait, ils se déclenchaient très mal lorsque des accidents où les personnes étaient des conductrices. Et bien en fait, c'est exactement la même chose qui se passe avec le numérique. Quand on a une population homogène derrière les outils qu'on crée, en fait, on le fait avec une forme de biais, une forme d'un seul point de vue, et donc on y intègre énormément d'erreurs. Et le problème du numérique, c'est ce qu'on dit, ça scale, ça va très vite. Et donc, quand on fait des erreurs, elles peuvent coûter très cher à la société.
- Speaker #1
Je travaillais avec une dirigeante qui disait, ceux qui auront le pouvoir demain, ce sont ceux qui pourront lire le code. Là où il y a quelques années, enfin des centaines d'années, on disait si tu sais lire, si tu sais écrire, tu as le pouvoir. Et demain, ceux qui coderont auront le pouvoir. Donc,
- Speaker #0
qui aura le pouvoir ?
- Speaker #1
Et ça peut poser effectivement question. Alors, si on parle de cette féminisation du secteur, est-ce que toi, tu as une idée ? Alors, c'est peut-être des idées à toi, mais des freins ? Pourquoi est-ce qu'on ne les trouve pas, ces femmes, dans ces postes aujourd'hui ?
- Speaker #0
La bonne et la mauvaise nouvelle, c'est qu'il n'y a pas de coupable. La mauvaise nouvelle, c'est que c'est un système. C'est le fruit d'une construction sociale qui est complexe, systémique, etc. Il faut vraiment voir ça comme une forme de cercle vicieux qui s'auto-alimente. On a un enjeu d'abord de... en fait, de normes sociales, de genre, ce qu'on peut appeler aussi les stéréotypes. Les stéréotypes, c'est quoi ? C'est une image que la société a créée pour justifier un état de fait. Les femmes s'occupent mieux des enfants, les hommes sont meilleurs en maths, etc. Quand on le dit à haute voix, on se rend compte que c'est complètement con. Mais malheureusement, en fait, c'est très ancré et donc ça va être ancré des premiers jours de la garderie des enfants. dans des micro-comportements des parents, jusqu'à la manière dont on va accompagner des jeunes filles et des jeunes garçons dans leur orientation, la manière dont on va les conseiller, la manière dont on va leur donner confiance. Ça, ça va se perpétuer pendant toute la période d'éducation secondaire. Et puis après, on va avoir assez peu de femmes qui s'orientent vers des disciplines scientifiques. C'est un très gros enjeu. D'ailleurs, on le voit. Quand on a enlevé les classes SES au lycée, qu'on a fait des options et qu'on a laissé l'option, on a constaté un recul des femmes, des jeunes filles qui prenaient l'option maths. En fait, quand on laisse le choix, ce n'est pas naturel, mais c'est qu'on alimente une forme de stéréotype de la société. Et puis ensuite, après, ce qui se passe, c'est qu'il y a très peu de femmes qui s'orientent dans des formations scientifiques ou informatiques. qu'elles vont être dans des grandes situations de minorité. En fait, être dans une minorité, une grande minorité dans une classe, c'est pénible. Surtout à cet âge-là. Mais en fait, c'est aussi pénible dans le monde adulte. On s'en rend compte. Non, mais c'est lourd. En fait, c'est lourd. C'est parfois pas forcément mal voulu. Enfin, mal pensé. Voilà. C'est parfois forcément avec des mauvaises intentions. Mais on subit des blagues, des petits comportements. Moi, on a énormément raconté des enjeux de... On vient de me raconter comment il faut que je fasse. Est-ce que tu veux de l'aide ? On demande toutes les filles dans les écoles d'informatique, toute la journée, on me demandait si je voulais de l'aide. Il y a plein de comportements comme ça qui se reproduisent. Donc ça peut créer des abandons lors des formations. Et puis après, elles arrivent dans le monde professionnel. On n'en a plus beaucoup. Et là, nouveau, grosse situation de minorité. Il y a des phénomènes de plafond de verre, etc. Et donc, voilà. Et donc comme elles partent, elles arrêtent, les représentations se renforcent, etc. Donc c'est vraiment, il faut voir ça comme un cercle vicieux, mais dans lequel aussi, on a toutes et tous une responsabilité, en tant que parents, en tant que formateurs, en tant qu'accompagnateurs, en tant que managers, en tant que collaborateurs ou collaboratrices. D'ailleurs je dis « heu » , enfin je masculinise, mais on peut féminiser aussi, de femme à femme, on a aussi un rôle les unes dans les autres.
- Speaker #1
Bien sûr. Alors, dans ce que tu dis, on voit qu'en fait, il y a effectivement plein de raisons différentes, des choses qui vont prendre du temps à changer. Voilà, moi, je suis maman de deux enfants. Je vois que dans l'éducation, je fais cet effort, mais qu'il n'est pas suffisant. Parce que finalement, la société rattrape et déconstruit ce que je construis. C'est parfois un peu perturbant. Et du coup, si on parle du monde de l'entreprise, aujourd'hui... C'est quoi le rôle de l'entreprise ? De quelle manière l'entreprise peut agir dans ce sens ? Alors, dans la tech ou pas dans la tech, mais plutôt dans la tech pour le coup.
- Speaker #0
En fait, moi, globalement, tout ce qu'on se pose la question aujourd'hui, la question qu'on se pose derrière, c'est le sujet de la diversité, de l'inclusion, etc. C'est comment on crée un modèle d'entreprise ou de société dans lequel, on va dire, il y a un petit peu plus d'ascenseur social, de fluidité sociale. C'est de ça qu'on se dit quand on veut des femmes dans la tech et qu'il y en a pas, c'est qu'on voudrait que ce soit possible pour toutes et tous. Pour moi, le rôle de l'entreprise, je trouve que les phénomènes de diversité et d'inclusion, en plus là, on voit des gros backlashs en ce moment. C'est compliqué, on a l'impression de marcher sur des œufs. En fait, moi, forcément, je prêche pour ma paroisse, je trouve que la solution, c'est l'éducation, c'est la formation. Mais les entreprises ont aussi ce rôle de formation, en fait. J'entends souvent des entreprises me dire... « Ah bah oui, mais on ne trouve pas de femmes, ou non, on ne peut pas, parce que c'est la faute de l'école. » Mais en fait, aujourd'hui, ce qu'on constate, c'est que les compétences changent constamment, que les métiers évoluent constamment, que les entreprises sont face à des cycles sociaux, économiques qui sont quand même beaucoup plus ambigus que ceux qu'on connaissait avant. Et donc, l'entreprise doit se transformer de manière continue. Et donc, une fois qu'on se dit ça, c'est que l'entreprise doit s'équiper de formation, elle doit s'équiper d'une culture de l'apprentissage, d'une culture... apprenantes. Et donc moi, si je parle par exemple, là, en l'occurrence, des femmes dans la tech, ce que je partage aux entreprises, c'est que n'attendez pas que les parents transforment leur éducation et que les écoles d'ingénieurs en France post-bac se remplissent de femmes. Là, ça va être très long et très incertain comme procédé. En revanche, ce que vous pouvez faire, et nous c'est ce qu'on travaille avec nos partenaires, c'est que vous pouvez aller soit chercher ces femmes chez vous, et les reformer, parce qu'en fait il y en a, et parce que nous en fait à Ada on a une immense majorité de nos apprenants et de nos apprenantes qui sont des personnes en reconversion, qui ont en fait une trentaine d'années, qui ont fait un premier choix d'études, un premier démarrage de carrière, et qui se rendent compte que soit ça a peu débouché, soit finalement ça ne leur plaît pas tant que ça, soit en fait ils ont réalisé les opportunités et la passion qu'ils pouvaient avoir pour un secteur qui leur était fermé, et donc ils se reforment. Et donc pour moi les entreprises elles ont soit un double rôle, soit elles ont ces talents chez elles, Elles peuvent les reformer. D'ailleurs, ADA peut les aider. On a des entreprises en ce sens pour les reformer. Soit aussi, elles peuvent aller les sourcer dans des écoles comme celle d'ADA, mais aussi il y en a d'autres, des écoles de la reconversion, où elles vont trouver ces profils-là. Ce sont des profils qui sont extrêmement motivés. Ce sont des profils qui sont extrêmement riches parce qu'ils ont eu des expériences passées, qui ne répondent pas tout à fait à leurs codes initiaux. On se le dit. Donc, c'est là où il faut réapprendre à recruter, réapprendre à décoder un talent. Mais ils peuvent du coup sourcer des nouveaux talents. Et donc c'est là où je pense qu'il faut voir les processus de carrière de manière beaucoup plus flexible, beaucoup plus continue, à l'intérieur de vos entreprises, mais aussi à l'extérieur. Vous pouvez aller sourcer des personnes qui, en fait, ne correspondaient pas tout à fait finalement à ce que vous imaginiez en termes de pédigré.
- Speaker #1
C'est un sujet qu'on aborde souvent. En fait, les carrières ne sont pas linéaires. Et finalement, quand on a un profil qui ne ressemble pas à ce qu'on a l'habitude de voir ou de recruter. Avant de penser problème, on essaye de voir plutôt l'opportunité, le potentiel.
- Speaker #0
Exactement.
- Speaker #1
Et surtout le potentiel qui va pouvoir se révéler si on l'accompagne correctement. Bon, ça c'est quelque chose qui revient souvent et c'est d'autant plus vrai dans ce contexte. On voit beaucoup d'entreprises effectivement qui vont te dire dans la tech surtout, les profils en reconversion, c'est pas ça que je cherche,
- Speaker #0
etc. Absolument. Mais le meilleur moyen de féminiser la tech demain et pas après, après, après, demain... C'est de sourcer des adultes en reconversion. Et il ne faut pas imaginer, moi je milite, la reconversion a évidemment un aspect parfois social fort, on imagine les personnes en fracture, etc. Mais ce n'est pas que ça en fait, parce que justement les carrières ne sont pas linéaires et qu'on a toutes et tous, ou qu'on fera toutes et tous, probablement des micro-reconversions. On estime que c'est 40% des Français qui imaginent faire une reconversion, enfin qui soit aient un processus de reconversion, soit imaginent faire un processus de reconversion. dans les deux ans qui suivent. Donc, en fait, ça touche vraiment énormément, énormément, énormément.
- Speaker #1
Bon, avis à ceux que cela concerne. Oui. On va voir les process de recrutement.
- Speaker #0
Voilà, je pense que c'est ça.
- Speaker #1
On n'a pas parlé des programmes de mentoring. Je sais que ça existe sur certains sujets. Est-ce que, justement, dans ce sujet des femmes dans la tech, on a le poids des mentors, le poids des programmes d'accompagnement au-delà de la formation ? Est-ce que c'est des choses auxquelles toi tu crois ou potentiellement tu participes d'ailleurs ? Oui. Parce que tu as un peu un rôle clé quand même sur l'histoire.
- Speaker #0
Alors ce qui est marrant c'est que dans toutes ces initiatives, les Etats-Unis, les anglo-saxons ont mis ce camp d'Angleterre aussi plus tôt que nous et donc on voit un petit peu les répercussions avec plus de recul de ce qu'ils ont mis en place. Et en fait ce qu'on observe sur le sujet des réseaux... c'est qu'il faut quand même pas se mettre le doigt dans l'oeil. En fait, le sujet des réseaux féminins, ça a un bénéfice, c'est parfois de se retrouver en non-mixité, de partager des enjeux, etc. Mais en fait, il faut pas reposer que là-dessus. Pourquoi ? Parce qu'en fait, on a tendance à ressasser ces réseaux-là. Et par ailleurs, en fait, on est avec des personnes qui rencontrent les mêmes freins et les mêmes difficultés que nous. Donc en fait, pour se sortir... de son contexte, c'est compliqué. Et donc, moi, j'aurais plutôt tendance à privilégier sur les sujets de mentorat, etc., en fait, de travailler sur la mixité. Travailler sur des réseaux mixités, travailler sur des programmes de mentoring mixtes aussi. Pour faire monter une femme, la meilleure façon de faire, c'est de prendre quelqu'un de haut placé. Ça n'a pas besoin forcément d'être une femme. Ça peut aussi être un homme. Et je pense aussi que c'est comme ça qu'on se construira des vrais mécanismes d'alliance, de compréhension, etc. Donc moi je privilégierais plutôt des systèmes de mentorat mixte. Je pense que les réunions, se retrouver en nombre cité ça fait du bien, mais il faut réussir à pas trop y consacrer non plus trop de temps, parce qu'en fait on est un peu toutes et tous d'accord, toutes d'accord, dans ces réseaux-là, et qu'après il faut en sortir quoi, il faut réussir à retisser le maillage du réseau au-delà en fait de... de ce petit micro-réseau homogène. Oui.
- Speaker #1
On parle beaucoup de reverse mentoring aussi en ce moment sur les juniors-seignants, mais sur les reconversions, c'est quelque chose qui peut s'entendre aussi avec des plus jeunes, puisque les seniors ont des choses, spoiler, des choses à apprendre aux juniors. Et j'aimais bien ce concept.
- Speaker #0
Ah oui, un peu, c'est complètement dans le mentorat. D'ailleurs, je ne sais même pas si c'est reverse mentoring, mais en fait, c'est dans une relation de deux personnes. On apprend des deux paires de l'un et de l'autre énormément en fait. Donc effectivement, que ce soit le mentor, et on entend souvent des retours des mentors, dire mais moi aussi j'ai énormément appris, ça m'a beaucoup appris sur moi, etc. Il ne faut pas le voir comme une transmission descendante, mais aussi...
- Speaker #1
Pas paternaliste.
- Speaker #0
Voilà, exactement.
- Speaker #1
Alors il y a une question, je suis très prospective, j'adore ça, et du coup j'avais envie de te poser cette question. Alors on peut le voir... d'un point de vue positif, comment tu vois le monde de la tech dans 10 ans ? On se dit 10 ans ? On se dit 10 ans. On se laisse un peu de temps quand même.
- Speaker #0
Jusqu'à il y a quelques mois. Et quelques semaines. C'est vrai que moi, je trouve que les... Les discours qu'on a pu voir là, côté GAFA, Etats-Unis, Musk et Zuckerberg, j'ai trouvé ça... Enfin, moi, ça m'a beaucoup chamboulé la trajectoire que je trouvais qu'on était en train de prendre. Ça ne veut pas dire que c'est ce qui se passera en France, mais c'est vrai que là, quand on me pose cette question, il y a un petit coup de pied dans la forme minière qui a été mis, qui me fait m'interroger quand même, sur vraiment la linéarité de la trajectoire qu'on avait prise. Moi, ce que je nous souhaite, en fait, moi, ce que je nous souhaite vraiment, c'est l'enjeu démocratique qu'il y a derrière la tech et le numérique. Et je trouve que j'y assiste énormément derrière l'IA. J'ai été invitée à l'Élysée parmi les personnalités, les 200, 300 personnes influentes de l'intelligence artificielle. Moi, ce que j'y ai vu, c'est beaucoup d'initiés qui avançaient très, très vite. qui voulait avancer très très vite et qui oubliait un peu le reste du wagon en fait. Et moi c'est un peu la sensation que de temps en temps peut me faire la tech. C'est excitant, c'est formidable, il y a du progrès, ça bouscule nos vies. Et puis ce progrès il est le fruit d'énormément de travail, de recherche, etc. Il va être probablement le support d'avancées aussi sociales et environnementales, je l'espère. Mais derrière ça, en fait, si on ne fait pas attention à ce que les 80% de la population comprennent, juste comprennent ce qui est en train de se passer, je pense que c'est impossible que ce soit positif. Et moi, quand j'assiste à le grand bond en avant de l'intelligence artificielle, et que je vois déjà les personnes qui candidatent à l'école, les personnes qu'on accompagne, Les enjeux déjà, on a créé une fondation, un Data Tech School, qui a vocation à travailler sur la fracture numérique. On fait énormément d'ateliers de code, etc., gratuits. Et quand je vois déjà la fracture numérique qu'il y a autour de l'innovation d'Internet, de l'innovation purement logicielle, en fait, je me dis qu'on est en train de perdre beaucoup de gens. Et comme on le disait, malheureusement, les innovations numériques, ça scale, ça vient dans les mains très vite des gens. Et quand on ne comprend pas ce qu'il y a... Du tout, ce qu'il y a derrière, en fait on peut faire des erreurs. Quand on passe le permis de conduire en France, on ne nous demande pas d'être mécanos, mais on a quand même quelques éléments sur ce qui se passe sous le capot pour comprendre comment notre bagnole, elle fonctionne et les capteurs qu'elle nous envoie. On n'est pas du tout en train de faire ça avec le numérique. Et on voit déjà les impacts que ça a dans les écoles, les sujets d'enjeux de cyberharcèlement, etc. Il y a un vrai enjeu d'éducation. Et pour moi... Tu disais tout à l'heure, tout le monde doit apprendre à coder. En fait, quelques notions, mais déjà comprendre, en fait. C'est quoi ce qu'il y a sur mon écran ? Qu'est-ce que c'est un algorithme ? Qu'est-ce que c'est une base de données ? Comment fonctionne, en fait, l'interrogation de base de données, etc. ? C'est quoi la structure d'Internet et des réseaux, etc. ? Ça, je pense que c'est comme une forme de géographie virtuelle. Et moi j'aimerais que cette géographie virtuelle elle existe à l'école, j'aimerais qu'elle soit beaucoup plus présente dans tous les programmes éducatifs et pédagogiques de l'éducation initiale mais aussi supérieure. Et que ce soit vraiment, quand on parle, moi je sais, on avait des cours d'éthique et de management, on devrait aussi avoir dans cette dynamique là des enjeux autour du numérique.
- Speaker #1
Tout à fait d'accord, ça commence au collège mais c'est presque déjà à tard, on pourrait même commencer avant finalement.
- Speaker #0
Ouais, ouais, ouais. Et je trouve que parfois, à nouveau, on prend... Mais on fait un peu ça comme pour les maths, on passe par le savoir et la technique au lieu de passer par l'usage. Et les maths, on a énormément abordé ça comme ça à l'école, c'est ce qui fait que les gens pensent qu'ils sont mauvais en maths ou qu'ils perdent énormément le sens des maths. en fait on appelle ça la bosse des maths les gens qui sont bon en maths ils ont la puissance de calcul en fait derrière les maths il y a une logique il y a un usage et je regrette d'ailleurs que dans les mathématiques il n'y a pas suffisamment d'exercices applicatifs à la vraie vie et je trouve qu'on est en train de faire la même chose pour le numérique, on passe par le code en fait on passe par la face nord aride, pas très sympa pas très attractive pas très pédagogique en fait je trouve et je pense qu'on pourrait trouver des faces pédagogiques un petit peu plus inclusive et fun.
- Speaker #1
Les jeunes se posent des questions. Mes enfants m'ont dit l'autre jour, Lya, c'est un monsieur ou c'est une dame ? En fait, il cherchait un personnage derrière. Oui,
- Speaker #0
parce que naturellement, ce qu'on imagine, c'est quelqu'un qui a besoin de raconter quelque chose. Et je trouve qu'en science, on ne fait pas assez l'effort de raconter.
- Speaker #1
Là si on commence à rentrer dans la refonte de l'éducation nationale...
- Speaker #0
Oui oui, on parlait des femmes, mais parce que je pense que c'est un sujet, je pense que derrière l'inclusion, on se noie dans l'inclusion, mais derrière l'inclusion il y a l'éducation, la pédagogie et la formation, et je pense qu'il faut qu'on retravaille notre approche de la formation et de l'apprentissage pour faire de la vraie inclusion.
- Speaker #1
Est-ce que tu aurais, alors on s'adresse là plutôt aux recruteurs et recruteuses, mais est-ce que tu aurais un message, je ne sais pas, que tu aurais envie de faire passer aux femmes qui ont envie de se lancer dans la tech ? Puisqu'on parle de reconversion, on a peut-être des gens qui nous écoutent et qui vont avoir envie de se reconvertir. Comment les amener à ça ou en tout cas réfléchir à ces opportunités ?
- Speaker #0
Alors, moi globalement, ce que je partage aujourd'hui, c'est qu'il n'y a pas secteur. plus protégé et plus porteur pour l'avenir. C'est un secteur qui a pris une petite claque avec la bulle, etc. ces dernières années, on l'a vu. Mais il n'y a pas de secteur plus protégé et plus porteur pour l'avenir. Et comme ce qu'on se dit, c'est que c'est un secteur qui va fonctionner de plus en plus avec un système de portes ouvertes. Une porte ouvrira sur une autre porte. Apprendre à coder, ça ouvre une porte sur... plusieurs métiers, ce métier ouvrira sur d'autres portes, etc. Et chaque nouvelle vague d'innovation technologique va créer ces portes-là. Donc moi déjà, pour prendre les premières portes, commencez maintenant, et je vous y encourage très fortement, même si ce n'est pas pour devenir développeur ou développeuse, votre métier va changer, et donc en fait, de toute manière, vous initier à la tech permettra d'évoluer avec votre métier, ou de faire des ponts vers des métiers qui émergeront, etc. Donc moi vraiment, J'encourage très fortement à se pencher sur le sujet du numérique et de commencer à se poser la question de quel rôle j'ai envie d'y jouer. Ensuite, après, il y a énormément de contenus en ligne qui existent, beaucoup de sites qui permettent d'avoir des premières bases, de commencer à se repérer. Et puis ensuite, après, il y a le sujet. Déjà, c'est ce qu'on appelle l'upskilling, c'est commencer à gagner des compétences supplémentaires à ce qu'on a. Et puis ensuite, il y a le reskilling, c'est est-ce que j'ai envie finalement de changer ? mon champ de compétences pour aller sur un nouveau métier. Et donc, c'est là où des écoles comme ADA interviennent, au sein de votre entreprise ou de votre propre initiative, et qui vous permettent de faire un nouveau démarrage de carrière. Après... Comme ce qu'on se dit, c'est qu'on a énormément, énormément de lacunes, en fait. C'est un chemin qu'il faut vraiment mettre son cerveau en mode bébé d'apprentissage. Il faut se dire qu'on ne sait rien, parce qu'on ne sait rien, on en sait très très très peu. Et donc il faut vraiment se remettre dans l'état du bébé qui apprend tout et qui prend une joie. immense et extrême et naturelle à ingérer et ingérer des connaissances, des savoirs, des techniques, à se casser la gueule quand il apprend à marcher, mais à se relever et qu'il rigole, etc. Parce qu'en fait, c'est vraiment le processus d'apprentissage. C'est un processus qui est quand même assez long, qui est assez vertigineux. Et donc, quand même, ce qu'on partage aussi beaucoup aux personnes qui se lancent dans un processus de reconversion, c'est qu'il faut prendre le temps, il faut faire son business plan de vie, quand même. on peut le faire progressivement pas à pas, puis ensuite se lancer plus profondément dans une formation à temps plein et puis pour ensuite mois après mois, mais ça s'apprendra je pense qu'il faut tabler sur quand même au minimum de deux ans pour avoir un job qui soit en tout cas dans un job d'ingénieur logiciel, qui soit robuste protecteur, etc. Il faut quand même prendre du temps il faut chausser ses lunettes d'apprentissage continu ... et de savourer ses apprentissages. Je pense que quand on est dans le monde professionnel, on nous a un petit peu désappris.
- Speaker #1
Donc la tech, ça change le monde, ça va vite, c'est passionnant, donc il faut y aller, il faut retrousser ses manches, un peu de courage, pas de peur, et il y aura des belles opportunités.
- Speaker #0
Oui, et puis vraiment, il y a énormément de ressources et de personnes qui vous accueillent à bras ouverts. Moi, je trouve que c'est un secteur qui est, par rapport à ce qu'on se dit de ce qui se passe aux Etats-Unis, moi, j'ai... Je suis tombée dans la tech il y a 5 ans. C'est un secteur qui est un secteur, au contraire, je trouve vraiment solidaire, avec beaucoup de partage de connaissances. Et donc, du coup, pour y grandir, je trouve que c'est assez génial.
- Speaker #1
Et bien, la voilà, notre note optimiste. Écoute, merci beaucoup, Chloé, pour cet échange intense et super éclairant, pour le coup. Finalement, ce que tu nous rappelles, c'est assez crucial. La tech n'a pas de genre, ou elle ne devrait pas en avoir. Par contre, elle a du talent, et elle a des talents. Et quand on prive ce secteur de 50% des talents potentiels, on se tire clairement une balle dans le pied. Et pourtant, les chiffres, ils sont là. C'est ça qui est quand même assez dingue. Les équipes mixtes, elles innovent mieux, elles vont plus vite, elles ont une meilleure compréhension des besoins des utilisateurs. Donc on le sait, c'est ça qui est assez terrible. Et ce n'est pas la pensée magique, c'est vraiment de la performance pure et dure. Donc on le sait, mais c'est encore trop long à franchir le pas. Bon, la bonne nouvelle, les solutions existent, il nous en a parlé, il y a des choses à faire. Alors à vous qui nous écoutez, que vous soyez décideuse, décideur, recruteuse, recruteur. La prochaine fois qu'une femme postule pour un poste tech, posez-vous la seule question qui vaille. A-t-elle les compétences et le potentiel ? Le reste, ce n'est que du bruit. Merci beaucoup Chloé
- Speaker #0
Merci Vous venez d'écouter Perspective le podcast dédié aux problématiques RH à l'ère de l'intelligence artificielle de l'ARSE de la génération Z d'IXY et de toutes les autres
- Speaker #1
Si on vous a mis des étoiles dans les yeux mettez-en 5 sur le podcast et n'hésitez pas à en parler autour de vous A bientôt