- Speaker #0
Vous êtes journaliste ? Vous connaissez des journalistes ? Le 21 mai a lieu la journée de la diversité culturelle pour le dialogue. Et si vous en parliez, dans un contexte mondial marqué par les conflits armés, les replis identitaires et la polarisation, je souhaite mettre en lumière une question essentielle. Comment recréer du lien dans un monde qui se fracture ? Deux approches possibles et complémentaires, l'éducation au dialogue entre les cultures comme vecteur de paix, le développement des compétences interculturelles en entreprise pour renforcer la performance et la cohésion. Je suis la seule Française reconnue par l'UNESCO comme jeune leader pour la paix. Depuis plus de 15 ans, je mène des actions d'éducation au dialogue interculturel avec mon ONG Constellatio, accrédité par l'UNESCO auprès d'enfants dans 16 pays. Vous aimeriez voir davantage de sujets sur le dialogue interculturel dans les médias ? Partagez ce post ou identifiez des journalistes que vous appréciez. Nous avons tant besoin de récits qui retisent des liens et insufflent de l'espoir. Bon ben évidemment, je ne pouvais pas rester de marre devant ce post sur LinkedIn de Charlotte Courtois, que je connaissais déjà, et auquel j'ai répondu illico, je cite invitation officielle sur éclat de voix par la journaliste que j'ai été rendez vous sur un autre canal pour la suite et la suite la voilà après cette intro en forme de teaser je vous souhaite la bienvenue pour ce nouvel épisode d'éclat de voix le podcast des prises de parole engagées je suis anne claire delvalle et après des années de journalisme j'ai toujours et plus que jamais la conviction qu'il est important de porter des voix qui éclairent, embellissent le monde, celles de mes invités, comme la vôtre d'ailleurs. J'ai créé cet espace pour qu'ensemble, nous appliquions ce mantra que j'aime tant dire, vaut toujours mieux que terre. Comment est-ce que je dois dire aujourd'hui ? Je te dis salut, hola, ou bien bonjour, buenos dias, parce que de là où tu es, je crois... qu'on parle en espagnol. Salut Charlotte.
- Speaker #1
Salut. On parle en espagnol, on parle en catalan et j'ai honte de te dire que je ne suis toujours pas exactement sûre comment on dit en catalan. Je crois que c'est bandilla. Mais je suis toujours un peu peur de me mélanger avec le portugais. Bon. Donc oui, je suis à Barcelone et ici, on parle castillan-catalan mais on parle toutes les langues du monde parce que ceci est une ville internationale au possible en plus de Catalan.
- Speaker #0
Oui. Alors du coup, ça nous fait un pont. immense entre Luxembourg, aussi super internationale, où on parle plein de langues également, et puis Barcelone, ville de cœur aussi pour moi. Donc, je suis ravie de faire ce lien avec toi, de là où tu es. Alors, Charlotte, on a un peu discuté, évidemment, ensemble, avant de lancer ce podcast, et je suis assez fascinée par ton parcours, pour être honnête, parce que il y a quelque chose particulier chez toi. C'est que très, très tôt, en fait, tu as su quelle trajectoire professionnelle et ce qui te menait dans le monde, ce qui te motivait t'étais passionnée dès l'âge de quoi, une vingtaine d'années on va dire, 24 même avant ça a pris forme à ce moment là ouais c'est ça donc depuis très longtemps, depuis peut-être toujours finalement, tu es fascinée par tout ce qui touche à l'interculturalité c'est moche ce que je viens de dire Bon, au départ, si ma mémoire est bonne, tu as commencé par faire le tour du monde pour aller proposer à des enfants de raconter leurs histoires. Et puis, tu en as fait un objet, un livre ou quelque chose. En tout cas, tu as créé du lien. Et à ce moment-là, peu ou prou, tu as fondé ton association. Est-ce que c'est comme ça que ça s'est passé ?
- Speaker #1
Absolument. Alors, pour revenir un peu plus en arrière, effectivement, ma passion pour l'interculturel, elle remonte, je pense, à quand j'étais ado. Je pense que j'ai toujours été curieuse et pour le coup, j'ai toujours déménagé en famille. On déménageait régulièrement quand j'étais petite. Donc, l'humain a toujours été assez central dans ma vie et dans comment je trouve ma place dans différents endroits à chaque fois, etc. Et j'ai toujours eu une vraie curiosité pour l'autre, avec un grand A. Et quand j'étais ado, on habitait en Australie, entre mes 13 ans et mes 15 ans. Et c'est là, en fait, que j'ai eu un coup de « waouh » , un coup de… Ah mais attends, il y a d'autres façons de faire les choses, il y a d'autres façons de comprendre le monde, etc. Et donc je pense que tu vois, ma passion est... pour ce sujet-là, vient vraiment de ce déclic-là quand j'étais ado. Et effectivement, j'ai énormément de chance d'avoir trouvé ma passion, mon sujet de cœur, très très jeune. Et donc, j'ai fait des études de commerce international, des études en sociologie et anthropologie. Et après ça, j'ai bossé pendant un an et demi. Et assez rapidement, effectivement, je me suis dit en fait, j'ai envie de mener un projet sur l'interculturel avec les enfants. Et donc, j'avais 24 ans quand j'ai fondé l'association Constellatio, qui a pour mission de sensibiliser un peu tout le monde, mais surtout les enfants et les ados au dialogue entre les cultures. Et effectivement, à 24 ans, j'ai créé Constellatio. Pourquoi ? Parce que j'avais le projet dont tu parlais, qu'effectivement, je suis partie faire un tour du monde de 15 mois toute seule, où j'intervenais dans des écoles, des ONG, des centres communautaires, etc., pour faire écrire aux enfants des histoires qui racontaient leur culture et leur tradition. Et donc, j'ai... Je, puisqu'à l'époque, j'étais... un peu toute seule. Ça a changé depuis. Mais j'ai créé, non pas un livre, mais sept livres. En fait, c'était des petits livrets qui présentaient la culture locale par les enfants et pour les enfants. Donc, les enfants racontaient une journée à l'école, un mariage, un anniversaire, la fête nationale, etc. Ils illustraient ces histoires. Tout ça, évidemment, c'était fait en groupe, avec du brainstorming, avec du vote, etc. pour que tout le monde soit d'accord sur ce qu'allait être présenté au monde comme étant leur culture. Et ces sept livrets ont été imprimés dans trois langues, français, anglais et espagnol, et échangés entre les 200 enfants participants de ce projet-là dans sept pays. Donc voilà la genèse de mon ONG Constellatio. Bon, peut-être préciser, mais une ONG, généralement, c'est une association. Une association, on commence à la qualifier d'ONG quand elle a une présence internationale et une reconnaissance par des institutions internationales. Et nous, en l'occurrence, on est accrédité depuis... quatre ans par l'UNESCO. Et donc, voilà, depuis quatre ans, j'alterne un peu plus facilement entre Association d'intérêt général et ONG.
- Speaker #0
En tout cas, une belle reconnaissance de ce travail. Alors, tu dis la Genèse, moi je trouve que c'était déjà énorme comme travail de financer directement avec cette mission de traverser le monde entier comme ça. Alors, aujourd'hui, on... Et puis tu viens de le dire, tu es reconnue sur le plan international, le travail que tu fais, tu t'appuies aussi sur des données internationales. Et puis maintenant, tu as une sorte de légitimité, enfin même pas une sorte, tu as une légitimité, on reviendra un peu sur le pourquoi du comment. Est-ce que tu as l'impression qu'entre le moment où tu lances ton projet, qui n'est pas encore en fait, si j'ai bien compris, quand c'était l'ASIO, et maintenant ? Est-ce que tu as l'impression qu'on t'entend et qu'on t'écoute différemment ?
- Speaker #1
Alors, oui, mais je ne suis pas certaine que ce soit dû tant que ça à quelque chose d'extérieur. Je pense que, on va reprendre le titre de ton podcast, mais je pense que je porte ma voix différemment. J'ai commencé cette aventure-là en me cachant un peu. Je me rappelle à l'époque, ma mère me disait « mais tu devrais contacter la presse, tu aurais des articles. » Et moi je disais « non, non, non, laissez-moi tranquille, je veux faire mon projet dans mon coin, je ne veux pas qu'on vienne me dire que tu fais n'importe quoi, machin et tout. Laissez-moi faire mon truc discrètement. » Et donc il y avait vraiment un côté « laissez-moi faire mon truc de mon côté. » Aujourd'hui, ça fait 15 ans que Constellation existe. Depuis, j'ai développé d'autres activités, donc je suis également conférencière en entreprise, je suis également podcasteuse et donc en fait, je porte ma voix de manière… vraiment plus assumé et avec un objectif délibéré d'influencer positivement le monde et pour l'influencer, il faut que mon message soit entendu et donc il faut que je le porte. Donc je pense que, alors oui, j'ai gagné en crédibilité et en légitimité de part, parce que j'ai porté de part plusieurs reconnaissances, notamment à l'UNESCO, mais je pense que moi... Je me tiens différemment dans mes baskets ou dans mes chaussures à talons quand je suis en conférence, mais je pense que j'assume différemment ma voix.
- Speaker #0
Finalement, l'un nourrit l'autre à t'écouter.
- Speaker #1
Totalement. Je fais plein de choses, mais tout est lié.
- Speaker #0
Et ta sécurité intérieure a grandi avec ta reconnaissance extérieure et inversement parce qu'on a senti que de plus en plus, tu étais ancrée dans ta mission, tes messages, j'imagine. Eh bien, on t'a reconnu peut-être plus facilement et qui est aujourd'hui la seule Française, c'est important, je suis à l'école, parmi les 50 jeunes leaders pour la paix de l'UNESCO. Moi, j'aimerais te demander, comment est-ce que tu gères ça ? Parce que finalement, ok, tu parlais de ta… ta propre voix. Mais là, je me dis qu'il y a une sorte de responsabilité finalement à être cette voix pour la paix dans un contexte en plus mondial où aujourd'hui, on peut dire que, d'après les chiffres que tu m'as donnés ou que tu as cités et que j'ai retrouvés, c'est 89% des conflits qui naissent dans des endroits du monde où les voix ne sont pas du tout entendues et encore moins celles des plus faibles.
- Speaker #1
Exactement. En fait, l'UNESCO a montré un lien direct entre le dialogue interculturel, en tout cas le manque de dialogue interculturel et les conflits. Et moi, il m'a fallu longtemps pour commencer à dire que je travaillais pour la paix, parce que ça me semblait très présomptueux de ma part que de dire je viens promouvoir la paix avec mes petites actions. Et je pense que ce chiffre, il a été assez déterminant de me dire, OK, non, en fait, oui, c'est prouvé que quand il n'y a pas de dialogue, et notamment de dialogue interculturel, et on y reviendra sans doute, mais le dialogue interculturel, ce n'est pas uniquement le dialogue entre les cultures nationales. Il y a des cultures régionales, il y a des cultures générationnelles, il y a des cultures religieuses, il y a des cultures d'entreprise, etc. Et donc, sans ce dialogue-là, c'est plus facile de s'aperçu concrètement. Et donc, il m'a fallu un temps pour assumer ce côté. Oui, ce que je fais, bave la route pour aller vers la paix. Maintenant, quant à la responsabilité que ça implique, je crois que ça m'a donné la responsabilité de me donner un coup de pied aux fesses, surtout. Encore une fois, de sortir de ma zone de confort, d'arrêter de me cacher. En fait, tu ne peux pas être leader pour la paix si tu ne leads pas. En fait, il faut inspirer, il faut être entendu, il faut montrer l'exemple. Et pour montrer l'exemple, il faut être vu. Donc, ça a été un déclencheur pour moi. De me dire, OK, c'est ma responsabilité de sortir de ma zone de confort, même si je ne sais même plus où aller ma zone de confort. Ça me fait longtemps que j'en suis sortie. Tu vois, vraiment, de ne pas rester sur mes acquis, de ne pas me contenter de faire petit parce que « Oh, est-ce que c'est assez bien parce que mon syndrome de l'imposteur prend le dessus ? » Mais de dire « Bon, le syndrome de l'imposteur, ok, je le vois, il est là, mais là, tu restes sur le côté, j'ai des trucs à faire. » Il y a un peu ce côté-là. Et je pense que cette reconnaissance de l'Inglesco, en tant que jeune leader pour la paix, ça m'a apporté cette source de motivation supplémentaire pour parler plus fort, tout en écoutant plus fort. Mais tu vois ?
- Speaker #0
Génial, génial. Alors, tu dis souvent dans tes discours, encore aujourd'hui et encore plus, j'imagine, au départ, que tu semais des graines au départ de Constellatio et probablement de tes activités d'une manière générale. Et aujourd'hui, tu continues finalement à en semer. Mais peut-être que quelques années après avoir commencé, maintenant, tu as un peu de recul. J'imagine qu'après, je ne sais pas combien d'enfants tu as rencontrés à travers le monde, combien de dirigeants, combien de... de personnes lambda aussi. Est-ce que ta prise de parole maintenant, tu peux dire qu'elle est devenue, ou pas d'ailleurs, un peu plus stratégique, un peu plus politique, ou pas du tout ?
- Speaker #1
Je crois que non. Je crois que ce qui me met en mouvement, ça reste la même chose en fait. C'est que j'ai un côté... Tu vois, je parlais du syndrome de l'imposteur. En ce moment, c'est très très présent et j'y travaille beaucoup. Et je suis retombée sur quelque chose que j'avais écrit quand j'ai créé Constellation, où je disais que la question, c'est toujours est-ce que tu vas changer le monde, etc. Mais si j'arrive à changer ne serait-ce qu'un enfant, je considérerais que ça a servi à quelque chose, que je n'avais pas besoin de changer 10 000 personnes pour considérer que ça servait à quelque chose. Et aujourd'hui, je me rapproche. Donc, pour répondre à une partie de ta question, À date, on est intervenu auprès de plus de 5 800 enfants dans 16 pays différents. Donc, tu vois, je suis plus proche des 10 000 que des 0, que des 1, pour le coup. Et encore là, je me pose la question. Donc non, ce qui compte pour moi, c'est l'impact et c'est l'impact qualitatif. Et c'est vrai que ce n'est pas évident parce qu'on nous demande de plus en plus des KPI, des indicateurs de mesure qui vont juger que oui, tu as eu un impact suffisamment bon. Du coup, on en vient à chercher des chiffres partout et à se dire, est-ce que c'est assez bien ? En fait, pas tant que ça, parce que regarde, t'es l'ONG, elle a fait des projets avec ton enfant, et du coup, moi à côté, c'est rien du tout, etc. Et puis après, tu reçois un message sur Instagram d'un jeune Tunisien qui te dit, tu te rappelles quand t'intervenais dans ma classe il y a dix ans ? J'ai toujours les petits livrets qu'on a écrits pour présenter notre culture tunisienne, et je les relis de temps en temps alors qu'il a 20 ans. Et je fais une partie de mes études en France parce que du coup, ce qu'on a fait ensemble, ça m'a donné envie de découvrir plus. sur d'autres pays. En en parlant, là, tu vois, ça me donne des frissons, mais en fait, non, je pense que mon engagement, il n'est pas politique, il n'est pas stratégique, il est juste... humain. Je veux juste avoir un impact positif sur la vie des gens.
- Speaker #0
Je pense que c'est déjà le cas. Alors, syndrome de la ponceur, j'ai envie de te dire, mais d'où vient-il celui-là ? Parce que franchement, non, je n'y crois pas. Moi, en tout cas, j'ai été...
- Speaker #1
Il est important parce que c'est celui qui t'amène aussi à te remettre en question de temps en temps, et donc à te réaligner, si je n'avais pas de doute. Ce serait mauvais si il me sentait que je fais un show.
- Speaker #0
Oui, dans ce sens. Il faut l'accepter,
- Speaker #1
mais pas le laisser tout grignoter.
- Speaker #0
Mener ta barque. Oui, oui. Non, parce que tu peux franchement être fière de tout ce que tu as accompli, si jeune, depuis si longtemps, de manière aussi intense. Ce n'est pas beaucoup de gens qui peuvent regarder leur vie en si peu de temps, se dire, voilà, j'ai accompli déjà tout ça. Évidemment, on peut toujours faire plus, on peut toujours faire moins. Mais en tous les cas, une chose est certaine, c'est que pour préparer ce podcast, évidemment, j'ai... regarder le TEDx que tu avais fait. Et j'avoue que j'ai été vraiment très touchée, notamment, il me semblait que c'était aussi en Tunisie que tu as parlé de ce jeune qui a finalement été jouer au foot avec le gardien, ou le fils du gardien du lieu dans lequel il habitait, qui était noir, et au départ, il ne voulait pas jouer ou toucher ou être en contact avec des Noirs. Ça t'avait un petit peu dans un premier temps secoué, puis le week-end était passé, il t'avait raconté cette histoire. Et je me dis, rien que pour ça, en réalité... ce que tu fais montre que les graines, elles peuvent pousser immédiatement ou bien plus longtemps après, comme tu viens de le dire avec ce témoignage sur Instagram. Je trouve ça vraiment très touchant.
- Speaker #1
C'est un travail de foi. Et c'est vrai que ce n'est pas évident parce qu'on est dans un monde où on nous demande toujours plus, tu vois, je parlais des indicateurs de mesure, d'impact, etc. Et on nous demande toujours plus de de... chiffres et d'impact immédiat, on est dans un monde du court terme de plus en plus. Sauf que quand tu veux éduquer à la paix et au dialogue et transmettre des valeurs citoyennes à des enfants, on parle d'un travail de long terme et où effectivement, la plupart du temps, tu ne verras pas le résultat. Et il faut avoir la foi en l'impact de ce que tu fais. Et j'ai un exemple comme ça, une anecdote qui, je n'ai même pas envie d'appeler ça une anecdote tellement c'est fort pour moi, mais... J'ai ramené, quand j'étais en Tunisie, j'ai notamment organisé un voyage scolaire où j'ai ramené 21 petits Tunisiens dans les côtes d'armor à la rencontre des petits Bretons avec qui j'ai mis en correspondance. Ils ont passé une semaine ensemble et c'était formidable. Et ça, c'était en mars 2014. Et en novembre 2015, donc un an et demi après, on parle d'enfants qui ont 8-10 ans, on va dire. Deux jours après les attentats du Bataclan, j'ai reçu un mail d'une maman d'un des élèves bretons qui me disait merci, merci. Parce que la première chose à laquelle a pensé mon fils, c'était ses correspondants tunisiens, que ça n'avait rien à voir avec tout ça, et qu'ils avaient beaucoup plus en commun que ce qu'on l'imaginait. Et ça faisait un an et demi, c'était un gamin de 10 ans, et à un moment aussi fort et aussi clivant et aussi polarisant que des attentats terroristes qui ont été beaucoup trop liés aux musulmans et aux musulmanes en général, ce petit garçon, à quoi il a pensé ? Que non, ce n'est pas vrai, parce que lui, il les connaissait, les petits enfants musulmans et musulmanes, et que non, c'était trop facile de généraliser. Bon, alors, autant te dire que j'ai pleuré en l'islam.
- Speaker #0
Oui, je suis au bord. C'est vraiment aussi, pareil, très, très émouvant, ce que tu dis là. Donc, preuve qu'un travail de long terme, de longue haleine, de fond, pas forcément, même si tu t'exposes souvent, pas forcément, en conférence, notamment avec cet EDEX, avec le podcast que tu animes, etc. Malgré tout, c'est un travail qui se fait sur le long terme. Alors... Tu as posté quelque chose, je crois que c'était hier ou aujourd'hui, une photo de toi un peu étonnante, sur laquelle tu dis « mais non, mais en fait, ça, c'est vraiment moi » . Est-ce qu'afficher comme ça cette espèce à la fois d'authenticité, mais aussi de vulnérabilité, parce que c'est important cette vulnérabilité, est-ce que ce don de soi dans la prise de parole publique, tu penses que c'est quelque chose qui permet un engagement de l'autre ? Ou le tir d'Elon.
- Speaker #1
Moi, je pense que sans ça, tu ne peux pas avoir d'impact. En fait, si nous sommes d'accord, tu donnes des chiffres, tu donnes des théories que tu es allé chercher dans des recherches très intéressantes. Mais voilà, non, qu'est-ce qui fait que les gens, ils accrochent ? Qu'est-ce qui fait que ça leur parle ? Parce que c'est incarné, parce qu'ils sentent bien que ce dont tu parles, tu l'as vécu, en fait. Et je pense que c'est toute la force. Tu vois, moi, j'interviens effectivement avec mes conférences. Il y a eu certes la conférence TEDx qui était grand public. Moi, j'interviens en conférence en entreprise. sur les compétences interculturelles. Donc, je peux intervenir aussi bien auprès d'équipes terrain qu'auprès des grands dirigeants de grosses entreprises internationales, etc. Et ce qui fait la différence, c'est le fait que oui, ça fait 15 ans que moi, je suis sur le terrain et que ce que je raconte, ce que je partage, les anecdotes, tout ça, c'est vrai. C'est moi et je ne fais pas semblant. Et je ne sais pas faire semblant, je crois. Donc, ma question ne s'est même pas posée. Mais donc, parmi les... compétences interculturelles que je partage notamment en entreprise, mais évidemment, je raconte la même chose à des managers, des hommes de plus de 50 ans dans l'industrie de grosses boîtes qu'à des enfants de 8 ans. Je ne leur dis pas exactement comme ça. Mais donc, il y a trois compétences interculturelles clés. Et la première compétence interculturelle clé, c'est la vulnérabilité. Et la vulnérabilité, comment elle est définie ? Elle est définie par avoir le courage de se montrer authentique. Donc, on en revient à l'authenticité dont tu parlais également. La vulnérabilité, ce n'est pas la faiblesse. La vulnérabilité, c'est du courage, c'est la force de dire « voilà ce que je suis » , sans faux semblants, etc. Et c'est ça qui crée la confiance, en fait. C'est hyper intéressant, on parlait de TEDx. Mon TEDx absolument favori de tous les temps, c'est le pouvoir de la vulnérabilité. Une actrice qui s'appelle Broné Brown, qui est une chercheuse américaine qui est juste exceptionnelle. Et elle, elle a mené sa carrière sur cette notion de vulnérabilité. Et elle parle du fait que ce qu'elle a découvert dans ses recherches, c'est que c'était la clé de la connexion. En fait, tu ne peux pas créer de la confiance, tu ne peux pas être reliée aux autres si tu fais semblant. Et donc, dire « ok, là, je n'ai pas compris » ou dire « là, je flippe avant de monter sur scène devant vous » parce que je le dis en conférence. Dans la fois où je me suis sentie vulnérable, c'était avant de monter sur scène pour vous dire ça. Donc peut-être que vous pouvez aussi partager un peu de votre vulnérabilité. Mais en fait, pour moi, sans... En fait, c'est simple. La vena habili, c'est l'authenticité. Sans authenticité, tu ne peux pas créer du lien, tu ne peux pas toucher les gens. Donc oui, pour moi, c'est central.
- Speaker #0
C'est exactement. Merci, vraiment infiniment merci de ce témoignage. Non, c'est vrai parce que c'est quelque chose pour lequel vraiment j'essaye d'actionner éclat de voix, d'expliquer aux gens que dans la prise de parole, c'est aussi ça la clé. Dans le dernier épisode, je parlais de robustesse. sous le primste des travaux d'Olivier Hamant, par exemple. Et la robustesse de la langue, des langues, c'est le fait qu'elles aient des moments d'hésitation, qu'elles aient des différents sens pour un seul mot, qu'elles aient pas toutes les mêmes connexions. Mais en réalité, ce qui fait qu'on va pouvoir se sentir touché par quelqu'un, c'est la manière dont il va s'exprimer. Et la manière dont il va s'exprimer, ça ne veut pas dire s'exprimer d'une manière... théâtrales, justement, quelque chose absolument, un rôle qu'on veut endosser, mais en étant soi, parce que du coup, on touche beaucoup plus l'autre. Finalement, est-ce que, pour toi qui as envie aussi d'infuser, comme tu dis, du positif, cette vulnérabilité, elle te, elle permet un peu plus de susciter, je ne sais pas, l'émerveillement aussi dans les, parmi les gens que tu rencontres ? J'imagine que oui. Oui, oui,
- Speaker #1
oui, non, si oui, l'émerveillement est central dans... que je fais. Et c'est pour ça que je parle peu de... Tu vois, je ne me positionne pas comme luttant contre le racisme ou les discriminations ou les extrémismes, etc., même si évidemment que ça a un lien avec tout ça. Mais parce que quand tu luttes contre, tu viens face à un problème que tu vas résoudre. Alors que quand tu viens sous un prisme d'émerveillement, de curiosité, de découverte autant de l'autre que de soi, parce que qu'est-ce qui se passe quand tu découvres d'autres manières de vivre ? et de comprendre les choses, tu te dis « Ah, mais moi, je fais ça comme ça, mais je n'y avais jamais réfléchi. » Et mieux tu te connais, moins tu te sens menacée par la différence. Donc, pour moi, cette approche par le positif, elle est hyper importante, mais autant dans la société de manière générale qu'en entreprise, où effectivement, on ne parle pas de gestion de la diversité. On parle de comment tu vas interagir avec des gens qui sont différents de toi pour réussir ensemble à trouver des clés concrètes qui vont te permettre d'être plus performant, qui vont te permettre d'être efficace. de te sentir mieux au travail, et donc de créer des liens avec tes collègues, et donc d'aller plus loin. C'est ça qui... Ce prisme-là, pour moi, il change tout. Il change tout. Et donc, effectivement, le fait d'être authentique, alors sachant que moi, en plus, je suis passionnée par mon sujet, et qu'en général, je sais que ça se sent, ça embarque les gens là-dedans aussi. Et donc, oui, tu vois, je suis intervenue récemment auprès des vice-présidents d'une très grosse boîte française présentale internationale. Je leur... parler comme je te parle là de la diversité culturelle avec la même passion, avec le même engagement. Et c'est moi et le centre est du coup derrière les discussions, elles sont infinies, c'est génial. Parce que, eux, ça leur ouvre la porte pour faire la même chose. C'est ça qui se passe quand tu te montres vulnérable et authentique. C'est que tu envoies le message à l'autre qui peut faire la même chose et qui sera en sécurité, qui peut se permettre de le faire. Et donc, c'est la clé du dialogue. Parce que si, toi, tu peux t'exprimer tel que tu es et que tu ouvres la porte à l'autre pour qu'il s'exprime tel qu'il est, bon, ça lui, tu peux discuter.
- Speaker #0
Alors, toi, tu ouvres la porte de plein de façons parce que tu utilises différents canaux de communication. Tu as ton podcast qui s'appelle « Surprise interculturelle » . Franchement, je vous invite à aller écouter justement celui sur Madrid et celui sur la Colombie, parce que je me suis vraiment reconnue dans celui sur la Colombie.
- Speaker #1
Sur les horaires…
- Speaker #0
Les horaires, là, je pense que nous vivons la même chose tous les deux. Tu l'as dit, conférencière internationale, tu as fait ce TEDx, et puis tu as aussi intégré un comité éditorial dans la publication « Heritage Alive » de l'UNESCO. Donc, ça étend aussi ton influence, ton prisme sur l'écrit spécialisé. Comment est-ce que tu combines l'ensemble ? Et est-ce que tu as l'impression que peut-être il y en a un dans lequel tu es plus à l'aise que dans l'autre ? Peut-être qu'il y en a un qui porte plus que l'autre ?
- Speaker #1
C'est une bonne question que je ne m'étais jamais posée, que peut-être que j'aurais dû me poser d'ailleurs pour garder l'équilibre. Non, en fait, je crois que c'est… J'ai besoin que ma vie soit multiple, et du coup mon équilibre vient de cette diversité-là. Mes deux activités principales, clairement, c'est Constellatio, donc l'intervention auprès d'enfants, et donc la gestion de projets internationaux aussi, parce que c'est ça, les projets qu'on mène avec Constellatio, on les mène dans plusieurs pays en parallèle, etc. Et la conférence, je pense qu'une grosse source de mon énergie vient de mes interventions auprès des enfants. Clairement, ça me nourrit, ça me donne de l'énergie. C'est incroyable. Et donc, je suis hyper à l'aise là-dessus. La conférence, je fais partie de ces gens bizarres qui adorent monter sur scène avec un micro devant 500 personnes. Ou par 15 ou par 5. Et oui, j'ai vraiment un côté adrénaline là-dedans qui, pareil, me nourrit, mais différemment. Et je pense que, franchement, ces interventions d'entreprise, elles sont... tout aussi importante que celle auprès des enfants, même si ça semble moins, justement, quand tu parles d'impact, de société, etc. Mais en fait, j'aime bien donner l'exemple du matelas. On parle de quand tu achètes un matelas, il faut investir parce que tu vas passer un tiers de ta journée sur ton matelas, tu vois, dans ton lit, et donc ça a un impact important sur ton quotidien. En entreprise, sur notre vie d'adulte actif, on passe un tiers de notre journée aussi, voire plus, au travail. Et donc, si on arrive à avoir un impact positif au travail, Sur l'interculturel, on a un impact sur la société automatiquement. Et les gens, ils ne vont pas venir choper des trucs au travail, des « Ah tiens, ok, je développe mes compétences interculturelles. » Par contre, quand je sors du travail, je les laisse au bureau dans un tiroir. Donc, je trouve que tout ça, ça se complète à la fois au niveau sociétal et au niveau personnel de comment je m'engage. Sur Heritage Live, c'est juste extraordinaire parce qu'en fait, comme Constellatio est accrédité par l'UNESCO, je représente Constellatio auprès du forum des ONG accréditées pour le patrimoine culturel immatériel et cette publication. On choisit des thématiques et les ONG accréditées par l'UNESCO écrivent des articles sur comment eux, ils travaillent ces sujets-là sur le terrain. Et donc, on donne la voix. Tu vois, les éclats de voix, ce sont à la fois les miens et donner la place et donner une scène aux voix des autres, autant des enfants qui vont raconter leur culture que des ONG qui vont raconter comment ils transmettent le patrimoine immatériel et comment ils créent du lien social grâce à ça dans différents pays. On est à peu près 250 ONG accréditées par l'UNESCO dans plein de pays du monde. Et donc, cette publication est associée à ça. Donc, le podcast, j'ai à la fois mes propres anecdotes interculturelles que je partage, mais aussi des invités. Donc, je porte leur voix à eux également. Donc, tout ça, c'est un écosystème finalement personnel qui, à la fois, me met en difficulté, parce qu'effectivement, c'est énormément de travail et j'ai du mal à me limiter. Donc, j'ai tendance à me cramer un petit peu. mais c'est aussi ça qui me nourrit et qui fait que je garde l'équilibre quelque part,
- Speaker #0
donc c'est assez étonnant c'est vertueux ton affaire c'est quand même très vertueux il y a une petite touche que j'adore particulièrement dans ton travail c'est l'hybridation, parce que je suis vraiment convaincue que c'est aussi une des clés pour demain et pour innover comme on veut le dire en ce moment, c'est pas en refaisant exactement les mêmes choses mais c'est peut-être en les refaisant avec un autre prisme, c'est ce que tu n'arrêtes pas de répéter Merci. Et parmi les projets que tu as menés, que vous avez menés avec Consellatio, il y avait entre autres le projet… Je ne sais pas si on le prononce comme ça. Oui,
- Speaker #1
un sino. Oui, très bien.
- Speaker #0
Et dans ce projet, c'était en fait des jeunes qui venaient découvrir leurs plats, je mets des guillemets, typiques, qui sont en fait, en réalité, au fond, des mélanges. Et c'est ça ce que tu as mis en avant. Comment est-ce que ce travail, justement, que tu as fait, et aussi préalablement, j'imagine, de recherche pour en arriver à mener cette expérience, permet à un jeune ou à un enfant, ou même à un adulte, de passer justement d'une sorte d'identité qui est un petit peu « bon bah oui, voilà, moi je suis comme ça » , à une parole un peu plus fière, et puis ce sentiment que finalement, partout dans le monde, on est tous métissés quoi qu'on en pense et quoi qu'on veuille bien dire.
- Speaker #1
Absolument. Alors, tu vas rire, le travail, je ne le fais pas en un mot. Je le fais au fur et à mesure, c'est même pas « je le fais » , enfin si, je travaille, mais c'est eux qui le font. Donc concrètement, en très résumé, Orsino, c'est un projet effectivement courant qu'on a menées dans 5 pays différents. Donc en France, en Italie, au Liban, au Maroc et en Colombie. Ou des élèves de 5e, 4e, de 13, 14 ans, vont aller collecter des recettes traditionnelles dans leur famille, dans leur communauté. Sur cette base-là, ils mènent des recherches historiques pour découvrir l'origine des plats et des ingrédients et se rendre compte qu'effectivement, il y a toujours eu de la lumière, c'était pas ma culture. Et ensuite, ils repartagent ça sous forme de vidéos, de capsules vidéos, où ils parlent des plats. qu'ils ont collectées et du coup, des informations historiques qu'ils ont découvertes. Et on collabore avec des historiens d'alimentation de chacun des pays et avec des chefs cliniques de chacun des pays. Et donc, ce qui se passe, c'est que ce n'est pas moi qui fais le travail en amont, c'est que les élèves font le travail de recherche. Moi, derrière, je fais un travail monumental jusqu'au bout de la nuit entre chaque atelier pour aller vérifier ce qu'il y a en ligne, dans les recherches, etc. Pour vérifier si c'est fiable ou non et les aider à ajouter des questions. Quand ? il leur manque des informations qu'on transmet ensuite à l'historien ou l'historien de l'alimentation de leur pays, qui vient compléter, vérifier, valider les informations. Et donc effectivement, il y a une libération à la fois des cultures, mais aussi des compétences que tu viens développer en faisant un projet comme ça, puisqu'il y a la compétence interculturelle, il y a de l'intergénérationnel, ils ont toute une trame d'interview, ils vont aller chercher les recettes, certes, mais aussi, ils vont aller questionner sur ce que ça te rappelle comme souvenir. Qui est-ce qui a cuisiné ce plat-là ? Est-ce que c'est plutôt un plat de fête, un plat du dimanche, un plat qu'on fait avec les restes ? Est-ce qu'il y a des places similaires sur d'autres territoires, avec des variantes, etc. Donc on vient recréer du dialogue intergénérationnel. Ils font des recherches historiques, ils vérifient leurs sources, ils se rapprochent d'experts. Donc effectivement, il y a... Moi, je n'aime pas les caisses. Les caisses, elles sont faites pour être reliées. Et l'interculturel, c'est ça. Interculturel. Ce n'est pas dire telle culture fonctionne comme ça, telle culture fonctionne comme ça. C'est tisser des ponts. S'intéresser à la fois aux différences, mais aussi aux points communs entre nos cultures. Et donc, ce projet-là, effectivement, c'est ça. C'est de montrer qu'il n'y a pas de pureté culturelle. Que le hachis parmentier est bien français, la pomme de terre, elle vient d'Amérique. Que le thé à la menthe, bien marocain, est tunisien, bien maghrébin. Le thé, on est d'accord, il ne pousse pas au Maroc. Le thé, il vient des Himalayas et ce sont des ambassadeurs anglais qui l'ont offert à la cour marocaine. au XVIIe siècle. Donc, il n'y a pas si longtemps que ça. Et pourtant, c'est hyper emblématique de la culture marocaine. Donc voilà, c'est de donner du recul, un petit peu de la perspective pour dire, attention, la diversité, c'est pas juste est-ce que c'est bien ou pas bien. Elle a toujours fait partie de nous. Maintenant, comment on le fait pour que ce soit une richesse et pas un frein et une menace ?
- Speaker #0
Je voudrais bien que tu nous parles du Sarrazin, Sito.
- Speaker #1
Ah, du Sarrazin ! Oui, le Sarrazin, donc, moi, je suis bretonne et mon ONG a son siège à Rennes. effectivement et chez nous c'est la galette de blé noir qui est emblématique, un des emblèmes en tout cas de notre gastronomie locale le sarrasin il vient d'Asie du Nord-Est il a migré par la Russie et le Nord de l'Europe avant d'arriver chez nous finalement assez tardivement je ne veux pas te dire de bêtises je crois que c'était au 15e ou 16e siècle en
- Speaker #0
tout cas merci pour mettre en lumière effectivement toute cette richesse mondiale On parle de mondialisation aujourd'hui, mais elle existe depuis très longtemps finalement, à t'écouter. Et en réalité, c'est quand même comme ça que ça se construit, qu'on s'est construit. On n'est pas resté figé à un seul endroit, sinon on serait des robots.
- Speaker #1
Nos ancêtres, les Gaulois.
- Speaker #0
C'est ça. Alors, justement, parmi les enfants, les élèves que tu as rencontrés, il y en a certains qui, probablement, se sentaient très en difficulté dans la... le cadre de leur prise de parole, peut-être parce que soit ils ne se sentaient pas à l'aise, soit ils se sentaient déconnectés parce qu'ils n'étaient pas exactement de la bonne culture, entre guillemets, là où ils étaient. Qu'est-ce que tu pourrais préconiser ou mettre en avant pour qu'une personne qui se sente un peu différente, justement, ou stigmatisée, ose... faire un pas, dire qui elle est et s'afficher un petit peu davantage.
- Speaker #1
Nous, tout le projet Ursino a été construit autour de ça quand même dans la mesure où on collectait des recettes locales même si on laissait la place aux élèves issus de l'immigration par exemple, d'aller ramener leur plat de famille également mais les recettes qui étaient choisies pour les vidéos étaient des recettes locales pour montrer qu'ils avaient leur place dans la culture locale également donc tu vois, tout le projet avait été construit autour de ça quand même, donc ça aide. Après, je pense qu'il y a Merci. une logique de fierté aussi. Moi, je suis convaincue que tu portes ta voix plus facilement quand il y a une nécessité qui te dépasse. Pourquoi moi, je parle beaucoup de base, c'est ma nature, mais pourquoi je suis encore là aujourd'hui après 15 ans à galérer ? Parce que c'est vraiment très dur de porter une ONG, surtout sur la culture et sur le patrimoine immatériel, ce qui est encore plus compliqué. Mais parce qu'il faut que ce message soit porté. Ce n'est pas une question d'est-ce que moi je suis légitime ou pas pour le porter. Il faut que ce message soit entendu. Et du coup, c'est ça qui m'amène à sortir de ma zone de confort. Et je pense que, tu vois, avec ce projet-là, on a travaillé notamment avec des élèves en difficulté d'apprentissage, collège secpa, des élèves avec des handicaps plus ou moins lourds, mentaux, psychologie, enfin bon, bref. Des difficultés d'apprentissage, et qui, clairement, ne sont pas les premiers que tu vas mettre sur le devant de la scène à donner une conférence, clairement. Mais le fait de les positionner en tant que représentants à l'international de leur culture, ça leur donne un sentiment d'utilité, en fait, de mission. Il y a un côté mission qui fait que tu oublies ce que tu es capable ou pas capable de faire. Et tu te dis, en fait, finalement, tu te sentes sur le message plus que sur toi. Et après, nous, c'est notre travail aussi de les accompagner là-dedans et de dire, bon, on va découper ton texte en plusieurs parties. Là, on va mettre une image d'illustration. On travaille avec de la vidéo, donc on recoupe. Des fois, c'est challengeant. Des fois, ça crée des défis parce que tu as cinq coupures dans la même phrase. Donc, voilà. Mais donc, c'est nous aussi qui les accompagnons là-dedans pour qu'ils gagnent en confiance. Mais je pense que ce qui est fondamental là-dedans, effectivement, c'est la notion d'objectif et du message que tu portes au-delà de qui tu es et si tu es capable de le porter.
- Speaker #0
C'est fabuleux ce que tu nous racontes là. Alors, dans... Pareil, dans cette notion d'hybridation que j'adore chez toi et d'une manière générale aussi, je me disais, bon, ce n'est pas toujours évident de se mettre en lien avec un collègue, un voisin, dans un cadre interculturel, une sorte de conversation, parce qu'il y a aussi des... En interculturalité, tu vas peut-être nous le dire, mais il y a des choses qui te hérissent un peu dans les façons d'approcher ces questions. En tous les cas, moi, j'ai adoré aussi le projet Lyra. qui est un projet artistique et aussi pédagogique qui réunit six musiciens traditionnels, il me semble, c'est ça. Donc il y avait France, Tunisie et Inde. Le résultat, c'est juste waouh ! Et je me dis, ça peut être une porte d'entrée de discussion, non ?
- Speaker #1
Oui. La musique a beaucoup été utilisée pour ça et c'est vrai que c'est assez naturel parce que la musique, c'est une autre forme de voix sans passer par la langue, quand tu ne partages pas la même langue. Et tu vois, sur le projet Lyra, on a fait des résidences artistiques en Bretagne, en Inde et en Tunisie. On a intervenu auprès de 1300 enfants dans les trois pays pour leur montrer que quand on s'écoute les uns les autres, on peut faire des jolies choses ensemble. Et bien les enfants ne parlaient pas toujours la langue de chacun des musiciens, évidemment. On a collaboré avec des artistes d'autres pays et notamment en Inde avec des musiciens langa qui sont des... musicien d'une caste de charmeurs de serpents du désert rajasthani par les ni anglais ni français et pourtant on a créé deux morceaux ensemble et ils ont réussi à s'entendre quoi donc la musique est un ouais c'est un canal assez naturel je trouve pour créer du dialogue ça t'oblige à écouter à trouver la manière de faire comprendre à l'autre comment ça fonctionne enfin c'était extraordinaire de voir de voir les musiciens travailler ensemble tu vois et de voir bah tiens nous on a ça comme Parce que ce n'était pas de la fusion, tu vois, ce n'était pas des musiciens bretons qui jouaient de la musique tunisienne. Il y avait, tu reconnais vraiment dans la musique de Lyra, les essences de chacune des cultures qui sont mises en dialogue. Et donc, c'est là tout l'intérêt, encore une fois. Ça rappelle que quand tu te connais, ça t'amène à plus facilement poser des questions à l'autre sur comment il fonctionne. Quand l'autre te présente tel mode de fonctionnement, tu dis « Ah bah tiens, moi je fonctionne comme ça » . Et en fait, c'est parce que... qu'il y a de la diversité, qu'on peut avoir du dialogue. Parce que sinon, on raconte tous la même chose, en fait. Et mieux tu te connais, et c'est fondamental, mieux tu connais ta culture, mieux tu connais ton mode de fonctionnement, plus tu vas être à même d'amener l'autre à te partager la sienne, et moins tu vas te sentir menacée par cette différence. Pourquoi en Bretagne, on a assez peu d'extrêmes droites ? Parce que nous, on sait qui en est. Donc quelqu'un qui vient et qui est différent, ça ne vient pas remettre en question ce qu'est un breton, quoi, tu vois ? Ça ne nous fait pas peur. Mais donc, je pense que ce dialogue est fondamental et la musique, elle est assez utile et efficace dans ce domaine-là.
- Speaker #0
Oui, peut-être aussi parce qu'elle amène au-delà des mots, des ressentis, j'imagine. Oui, des émotions.
- Speaker #1
C'est une manière d'exprimer des émotions aussi.
- Speaker #0
Et des émotions, exactement, bien sûr. Donc, les questions d'interculturalité, elles sont un peu parfois… caricaturée, j'ai envie de dire, en entreprise. Donc, toi, tu l'as étudiée aussi en entreprise sous l'angle de la proactivité, comme tu dis. Qu'est-ce qui manque aux dirigeants actuels, aux managers, ou même peut-être aux gens, simplement, pour passer, parce que quand même, il faut bien le dire, on nous parle beaucoup de diversité, donc ça, c'est le discours marketing, à dire, à une véritable prise de parole, un véritable engagement sur la diversité au sein de l'entreprise ?
- Speaker #1
Le petit truc qui manque, c'est encore une fois cette prise de conscience que l'interculturel, ce n'est pas apprendre telle culture, Ce n'est pas, encore aujourd'hui en entreprise, on a trop souvent la conférence sur comment on travaille avec les Chinois ou en expatriation, la formation de préparation au départ de « voilà la culture colombienne » . Mais en fait, tu as beau avoir appris ce que tu veux sur la culture colombienne, Si tu débarques dans le pays, tu vas être aussi paumé que n'importe qui d'autre parce qu'en fait, la culture, elle ne s'apprend pas. Ce n'est pas des données culturelles qu'il faut collecter. Ce qui compte, c'est ta posture. Ce qui compte, c'est ton intelligence interculturelle. C'est de savoir qu'effectivement, tu vas te sentir vulnérable. C'est de savoir le dire, savoir dire, écoute, là, en fait, il s'est passé ça en réunion l'autre jour. Ben, je n'ai pas compris. Clairement, j'ai dit un truc qui n'est pas passé, mais je ne sais pas ce que c'est. Est-ce que tu peux me donner ton regard là-dessus ? Plutôt que de serrer la vis parce que ça s'est mal passé, je ne sais pas quoi. C'est montrer la curiosité, apprendre à poser des questions pour comprendre, pour répondre. Avant de répondre, juste écouter réellement pour essayer de comprendre comment fonctionne l'autre personne. Et se poser des questions sur comment nous, on fonctionne. C'est absolument fondamental et ça semble une évidence. Mais quand on réfléchit bien, quand on regarde autour de soi, non seulement les autres le font rarement, mais nous aussi, on a du mal à ne pas être dans la « j'écoute pour pouvoir rebondir dessus » . Et la notion de décentration, et la décentration c'est quoi ? C'est comprendre qu'on a des fiches culturelles qui ne sont pas universelles et qu'on peut ne pas être d'accord sans qu'il y en ait un qui est raison et un qui est tort. Et en fait, si tu n'as pas ces trois compétences-là, donc tu as vulnérabilité, la curiosité et la décentration, tu pourras prendre toutes les données culturelles que tu veux, tu ne seras pas plus efficace, tu ne seras pas plus à l'aise en milieu multiculturel. En fait, l'erreur principale sur l'interculturel qu'on fait depuis des années, notamment en entreprise, c'est que ce n'est pas de l'interculturel, c'est du culturel. telle culture, telle culture, comment tu vas tisser des points entre les deux. Donc, à partir du moment où on commence à retravailler notre posture et notre intelligence interculturelle, là, les données culturelles deviennent intéressantes, mais tu vas les collecter automatiquement si tu es dans une démarche de curiosité et de découverte de l'autre non critique, etc. Pour moi, l'élément manquant dans plein de situations où la diversité culturelle freine l'entreprise, la met en difficulté, Euh... amène les gens dans les équipes à être mal, pas à leur place, etc. C'est qu'on ne travaille pas sur ses compétences. Ah,
- Speaker #0
mais un des épisodes que tu avais fait, et je l'ai cité tout à l'heure sur Madrid, cette notion de politesse ou pas politesse, ça m'a vraiment... Oui, je me suis dit, mais évidemment, une fois qu'on est décentré, tout à coup, ça devient un non-sujet. C'est juste une façon de faire qui est différente. Et dans le pays où je réside actuellement, on a un autre biais, qui est que dans ce pays, il y a trois langues qui sont parlées, parmi lesquelles le français. Et qu'en tant que français, on a l'impression qu'on arrive dans une province de chez nous, mais pas du tout.
- Speaker #1
Sorti-nous le français. Voilà, c'est un pays colonial où il y avait un côté... Mais au-delà de ça, effectivement, il y a un côté, si on parle la même langue, on va moins réfléchir à nos différences culturelles. Et du coup, on est mieux que souvent plus. on parle de choc culturel, on a souvent un choc culturel plus important quand on est avec des gens qui parlent la même langue que nous, parce qu'on s'attend moins à la différence.
- Speaker #0
Ça a été vraiment quelque chose que... Je n'ai pas vécu le choc en soi parce que je m'y attendais, mais c'est plus long à infuser et à comprendre les subtilités. C'est plus compliqué. C'est pareil en Belgique, par exemple. Il y a des choses qui se font différemment. On a vécu ça au Québec. Oui, c'est vrai.
- Speaker #1
Entre régions. Moi, j'ai habité à Lille, en Normandie, en Bretagne, dans le nord-est, dans le sud-est, dans le sud-ouest, à Paris. Je peux te dire que les différences, elles sont là. Sauf que tu t'y attends pas. J'avais eu cette discussion, là, en fin d'année, avec un des musiciens du projet Lyra. un des bretons, avec qui on se faisait le commentaire que parfois, c'est plus facile de travailler avec des étrangers qu'avec des personnes de ton propre pays, parce que quand ce sont des étrangers, tu t'attends à ce qu'il y ait des différences, et du coup, tu l'intègres dans ton mode de fonctionnement. Alors que quand tu es avec des gens de ton propre pays, tu ne réfléchis pas forcément aux éventuelles différences dans l'interprétation des faits, etc. Quand je parlais de décentration, et ça, c'est absolument fondamental, c'est séparer les faits de l'interprétation qu'on en a. Quelqu'un qui arrive en retard... Pour nous, Français, en général, ça veut dire « il me manque de respect, il s'en fout de me laisser poireauter » . Dans un autre pays, ce n'est pas ça que ça voudrait dire, en fait. Le fait, c'est qu'il est arrivé en retard. L'interprétation des faits, c'est ça notre filtre culturel et c'est ça qui va changer dans l'endroit. Donc, c'est arrêter de penser automatiquement, ça, ça veut dire ça.
- Speaker #0
Alors, tu as une petite particularité, en plus de tout ce que tu nous as dit là, c'est que tu es ceinture noire de karaté. Et puis, même si...
- Speaker #1
Qu'est-ce qu'elle va me dire ?
- Speaker #0
Alors. Pourquoi je le souligne ? C'est simplement que je me dis que ce sont des expériences qui sont quand même un peu hors cadre par rapport à ce que tu vis. Et je me demandais en quoi ces pratiques, parce que je sais que moi qui fais beaucoup de vélo et de yoga à côté aussi, comment ces pratiques peuvent nourrir aussi ta capacité à prendre la parole d'une façon peut-être plus affirmée, devant des décideurs, ou d'avoir... Ça peut être aussi cette optique-là, tu vois, des idées qui viennent en courant ou des illuminations. Est-ce que ces pratiques-là, elles t'appuient quelque part dans ton parcours ?
- Speaker #1
Déjà, elles m'appuient sur mon équilibre global. On oublie souvent, c'est que le sport, ça vient oxygéner le cerveau. Et donc, si tu veux être efficace, c'est important d'aller renouveler ton sang, là, tu vois. Donc, rien que pour ça, déjà, c'est bien. Moi, le karaté, c'est mon sport de cœur. C'est la seule activité que je fais dans ma vie où j'oublie ce qui se passe, où je suis dans le moment vraiment présent et je ne réfléchis absolument pas au travail. Donc, c'est ma survie, qui est entre autres du karaté. Ce qui n'est pas du tout le cas avec la course à pied où pour le coup, au contraire, quand je cours, j'ai tout le temps du monde pour réfléchir. C'est ce que ça va faire. Donc, par contre, quand je cours, j'écoute des podcasts, justement pour moins réfléchir. Mais ça nourrit forcément ce que je partage, etc. Puis après, on peut élargir. Le karaté, c'est un sport avec des valeurs fortes, de discipline, de respect, d'écoute. D'ailleurs, je parle de karaté dans ma conférence signature. Déjà, comme exemple, pour illustrer le fait que les cultures ne s'appliquent pas qu'à des pays, mais à des groupes de personnes de manière générale. Donc, on a aussi des valeurs, des rituels, des symboles qui sont propres au karaté, par exemple. vis-à-vis d'un autre sport ou d'un club à un autre, d'ailleurs. Pourquoi j'en parle en conférence ? Parce que ça nourrit vraiment mon travail et comment je porte ma voix. Au karaté, on ne travaille jamais seul. Au karaté, tu ne t'améliores pas seul. Ça n'existe pas. Au karaté, tu t'améliores avec l'entraide collective et notamment, tu as la notion de haïté qui est la personne avec qui tu vas t'entraider, contre qui tu peux combattre, mais pas uniquement. c'est aussi la personne qui va te dire... Et ce n'est pas forcément quelqu'un de plus gradé que toi, ou même pas quelqu'un du même grade que toi, mais qui va te dire, tiens, peut-être que là, si tu as du mal à lever la jambe pour le mawashi-giri, c'est parce que ton pied au sol, là, il n'est pas assez ouvert. C'est un regard extérieur, en fait. Et donc, j'en parle dans mes conférences en disant que sur l'interculturel, c'est une notion hyper importante, notamment quand on parle de vulnérabilité, comment tu vas travailler ta vulnérabilité en trouvant un naité, par exemple, ou plusieurs personnes, ton village, de personnes avec qui tu sais que tu peux te montrer vulnérable. en confiance et qui va te donner un regard extérieur sur peut-être que ta réunion là, ce qui a brillé, c'est tel truc parce que moi, ça m'est déjà arrivé dans tel contexte que ça se soit perçu différemment de ce que je pensais. Donc, oui, ça a un lien. Et le karaté, la course à pied, pardon, oui, il y a une notion de persévérance là-dedans qui est absolument centrale et c'est au centre de beaucoup de questions que je me pose actuellement sur ma réussite. C'est... c'est... C'est dur de ne pas voir que les échecs. Et je fais beaucoup le parallèle avec la course à pied, où j'ai couru un marathon. Et on m'a tellement demandé « En combien de temps tu penses le faire ? » Je disais « Mais je m'en fous, je veux juste arriver sur la ligne d'arrivée. » Mais on me l'a tellement demandé, en me disant « Ouais, mais t'as peut-être une petite idée quand même par rapport à ta vitesse de course moyenne, machin. » Donc j'ai commencé à dire « Je pense que je vais le faire en 4h30, quelque chose comme ça. Je ne cours pas très vite. » Je l'ai fait en 5h25. Encore aujourd'hui, trois ans plus tard, j'ai honte quand je dis aux gens que j'ai couru mon marathon en 5h25. J'ai couru 42 kilomètres. J'ai honte. Mais c'est absurde. C'est complètement absurde. Mais du coup, c'est un peu le même concept. Ça fait 15 ans que je suis là. Oui, mais je n'ai pas réussi à lever autant de fonds que je devrais. Je n'ai pas créé assez d'emplois par rapport à je ne sais pas quoi. Et en fait, on te demande tellement des mesures d'impact que tu finis par définir ta réussite sur cette base-là, alors que le milieu de l'impact sociétal, etc., ce n'est pas comme ça que tu évalues la réussite. Et l'autre parallèle que je fais avec la course à pied, c'est que c'est hyper important d'avoir ton village, d'avoir des gens qui te soutiennent, des personnes de confiance. Parce qu'imagine faire un marathon avec les gens sur le bord de la route qui te disent « Eh, t'es sûre que tu ne veux pas plutôt faire un 5 km le dimanche ? T'es sûre que tu vas aller au bout là ? Tu veux peut-être arrêter ? Je ne suis pas sûre que ce soit très bon pour toi. » Imagine courir 42 km comme ça. Donc c'est hyper important aussi quand on est entrepreneur d'avoir son village et son équipe de soutien pour ne pas que tout le bord de la route, ce soit des gens qui te fassent douter.
- Speaker #0
Tu as répondu à ma question sur la motivation quand les résultats... Ou en tout cas, je ne suis pas d'accord avec toi. C'est les résultats que les autres attendent de toi.
- Speaker #1
Oui, mais ça finit par te... Ça te brille le cerveau. C'est un vrai effort de se détacher de ça.
- Speaker #0
Mais moi, Charlotte, je suis tellement contente de te recevoir parce que je suis vraiment fascinée, justement. Je le redis, j'ai dit au début, mais je me répète, par tout ce que tu as fait en si peu de temps, si jeune, que... Non, aujourd'hui, si tu as besoin de motivation, demande. Je vais te tester au poète. Et justement, comme on arrive à l'issue du podcast, moi, j'ai envie que tu reprennes ta place de leader et que tu proposes un peu aussi à nos auditeurs qui ont à la fois pour s'exprimer et pour agir, comment est-ce qu'ils pourraient commencer par créer des ponts ? entre culture ou communauté, là où ils sont, dans leur contexte local, que ce soit dans une petite entreprise, dans leur quartier, dans leurs associations. Comment est-ce qu'ils pourraient défendre cette cause, prendre la parole pour cette cause ? Et puis, oui, quelles actions aussi concrètes ils pourraient poser là, comme ça, pour se mettre en chemin et commencer à poser les pavés dont tu parlais tout à l'heure ?
- Speaker #1
Alors moi, je suis quelqu'un d'extraverti, donc pour moi, c'est facile de parler. Il y a plein de gens pour qui ce n'est pas le cas. Et je vais quand même rappeler une chose, c'est que même si je suis extravertie, même si c'est facile pour moi de parler, ça me met en difficulté dans plein de situations. Ce n'est pas facile pour autant. Ce n'est pas juste, je n'y réfléchis pas pour autant. Moi aussi, je me pose des questions. Moi aussi, je me dis, est-ce que je suis légitime à parler ? Est-ce qu'on va me dire que je parle trop ? Donc, cette apparente facilité, elle n'est pas pour tout le monde. Elle n'est pour personne, en fait. Je pense sincèrement que la plupart des gens, bien, se posent des questions. On en revient à la notion de courage. Ça demande du courage. Oser prendre la parole. On peut commencer par des petits pas, des petites choses. Et ce que je donne souvent comme exemple, notamment à mes sœurs, par exemple, qui me disent « ouais, mais moi, je ne suis pas à l'aile, machin » . Je dis « mais en fait, si tu n'es pas sûre de comment tu vas être perçu, pose des questions au jour. Est-ce que j'ai des choses intéressantes à te dire ? Tu n'es pas sûre ? Tu as peur de comment ? » demande aux gens de dire des choses. Amène-les, eux, à parler. Ça, ça peut être une première étape. Poser des questions aux autres, les amener à partager des choses. Déjà, quand tu es introverti, déjà, tu sais que tu laisses une bonne première image parce que les gens, ils aiment qu'on s'intéresse à eux. Après, encore une fois, il y a poser des questions et poser des questions. Donc, c'est important de montrer, quand tu poses des questions, qu'il n'y a pas de jugement derrière, que ce n'est pas pour répondre, encore une fois. que c'est pour t'intéresser à l'autre. Et ça, c'est important, tu vois, dans ces premiers petits pas qu'on peut faire dans notre entourage, au travail, etc. Et donc, pour mettre les gens en conscience, on en revient à la notion de vulnérabilité. Tiens, je ne sais pas ça, ou ça, je n'ai pas bien compris, est-ce que tu peux m'expliquer ? Je vous donne un exemple concret, dont j'ai parlé dans un de mes épisodes de podcast, d'ailleurs. Je suis allée en Égypte, et j'ai fait les visites guidées des pyramides de Gizeh, et j'étais avec une guide francophone qui portait le voileur. Je lui ai dit, génial, c'est l'occasion d'en apprendre un peu plus sur le voile, qui est un sujet qui est compliqué. Et donc, qu'est-ce que j'ai fait ? Déjà, je lui ai demandé si on pouvait en parler. Est-ce qu'elle était d'accord que je lui pose des questions ? Et ensuite, j'ai juste, sans à aucun moment donner mon opinion, que je n'ai pas en réalité, je lui ai juste posé des questions. Mais du coup, à quel âge tu l'as ? Tu as commencé à le porter ? Est-ce que c'était tes parents qui t'ont fait porter ? Ou est-ce que c'est toi qui as décidé ? Est-ce que tout le monde dans ta communauté fait ça comme ça ? Et en fait, on a une discussion hyper longue sur le voile sans qu'à aucun moment je ne dise, moi, je pense ci ou je pense ça. C'était juste pour la découvrir. Essayez de faire ça au travail avec vos collègues. Encore mieux si vous êtes manager, que vous avez une équipe. Montrez que vous vous intéressez. Montrez que vous ne venez pas comme quelqu'un qui sait tout. Ouvrez cette porte à la vulnérabilité en l'incarnant. Et du coup, les autres vont plus facilement faire la même chose. Je ne sais pas si ça répond à ta question. J'espère que c'est assez concret. Mais en tout cas, posez des questions. Posez-vous des questions. Rien que ça. C'est une bonne première entreouverture de la porte. vers l'interculturel. Il faut refaire du dialogue.
- Speaker #0
Un dernier éclat de voix, Charlotte ?
- Speaker #1
Un dernier éclat de voix ? Tu me mets en difficulté, qu'est-ce que je vais te dire ? Oui, je sais. Ma première réflexion, ça a été une chanson, mais je ne sais même pas laquelle. Ça aussi, c'est une manière de porter sa voix. J'aime beaucoup chanter. Si, j'ai juste envie de dire... On est dans un monde actuel, là, où si on écoute les actualités, si on suit et on se fait facilement happer par ça, on ne croit plus en rien. Moi, ça fait 15 ans que je suis sur le terrain. Et je peux vous dire qu'il y a plein de belles choses et que l'impact, il est là. Et que, certes, c'est déséquilibré dans la prise de parole publique, dans les médias, dans les réseaux sociaux, etc. Mais tout le beau, il est toujours là. Et c'est juste qu'il faut... Il faut apprendre à lui donner sa place et à l'écouter et à se concentrer dessus pour ne pas sombrer. Mais il y a plein de belles choses et les gens sont pleins de belles choses aussi et de belles intentions aussi. Donc, garder la foi et incarner au maximum ces valeurs qui vous tiennent à cœur parce que tout ça, c'est encore là. Et plus on parle de la voix, plus on nous entendra, et plus ces belles choses seront vues et entendues.
- Speaker #0
C'est une rayonnante manière de conclure cet entretien. Je te remercie infiniment de nous avoir fait voyager, de nous avoir invité à ouvrir nos esprits, nos cœurs, nos âmes, à nous-mêmes, aux autres. On partage beaucoup de choses toutes les deux, même si on n'est pas juste à côté. On n'est pas de la même génération non plus, mais... Tout ça, ça me fait chaud au cœur et à chacun et à chacune qui nous écoute, je souhaite de suivre ton exemple parmi d'autres. Mais franchement, allez suivre le travail de Charlotte, c'est merveilleux. Merci à toi. Oui, définitivement oui, nous sommes toutes et tous bel et bien reliés. Et cela au-delà des apparences, au-delà et malgré tout. tous les discours racistes, antiféministes, colonialistes, patriarcaux qui, eux, relèvent de systèmes de domination qui sont interconnectés et qui perpétuent des inégalités. Alors, à vous, auditrices, auditeurs, qui avez accepté ce voyage au cœur de l'interculturalité avec Charlotte, merci d'être là, merci de nous avoir accordé de votre temps, et je suppose que si vous êtes arrivés jusqu'ici, C'est que probablement dans cet épisode, quelque chose a résonné pour vous. Alors n'hésitez pas, partagez-le, diffusez-le sans modération. Pensez bien évidemment à lui mettre des étoiles, à vous y abonner sur votre plateforme d'écoute préférée pour être informé de toutes les nouveautés. Et puis rejoignez-nous, rejoignez-moi sur les réseaux sociaux ou via ma newsletter à découvrir sur le site www.anne-claire-delval.com Rappelez-vous, causer prendre la parole, c'est se mettre en quête. Alors d'ici notre prochaine rencontre, je vous souhaite des éclats de voix interculturels.