Speaker #0Éclat de voix, le podcast des prises de parole engagées. Je suis Anne-Claire Delval et après des années de journalisme, j'ai toujours et plus que jamais probablement la conviction qu'il est important de faire porter des voix qui font changer le monde, mais aussi de vous inviter à oser prendre la parole. Et c'est pour cela que dans ce podcast, je ne cesse de répéter que dire vaut toujours mieux que taire. Vous n'avez pas l'occasion deux fois de faire bonne impression. Statistiquement, vous avez entre 30 et 90 secondes pour faire cette bonne impression. Vous connaissez la règle des 4 x 20 ? 20 premières secondes, 20 premiers mots, 20 premiers gestes et un sourire de 20 cm sur le visage ? Attention, vous ne disposez que de 30 secondes, pas plus, pour captiver votre auditoire. Voilà, les 30 secondes sont écoulées et si j'en crois toutes ces statistiques, globalement, c'est terminé. Vous avez déjà une idée, peut-être même que vous avez cessé de m'écouter. Mais enfin, c'est juste dramatique ce genre de calcul, comme si tout ne tenait que dans 30 secondes. Alors oui, bien sûr, on est tous d'accord, tout peut basculer en 30 secondes. Et d'ailleurs, dans un sens comme dans un autre. 30 secondes, ça peut paraître... extrêmement long, ou bien au contraire très court, selon le point de vue où l'on se place. Mais bon, soyons raisonnables, et surtout, une bonne fois pour toutes, cessons de donner de l'importance à ces injonctions, à ces espèces de calculs savants, qui sont venus d'ailleurs de je ne sais pas trop où, et qui nous enferment complètement, qui augmentent inexorablement, totalement, et totalement, inutilement, notre stress. lors d'une prise de parole. Alors, suivez-moi. Aujourd'hui, allons donc explorer notre parole vivante plutôt que performante. Donc, j'en reviens à cela, on vous a appris à structurer, à capter l'attention dès la première phrase, à raconter des histoires, à bien parler. Mais entre une parole qu'on prépare vraiment méthodiquement Et une parole qu'on laisse advenir, eh bien il y a quand même une petite différence. Et souvent nous l'avons oubliée, parce qu'il y a quelque chose d'important, qui est que notre pensée ne se forme pas toujours ni complètement avant de parler. Et justement elle se forme aussi en parlant. Et Merleau-Ponty, qui est un philosophe, disait que la parole, c'est pas un outil qu'on utilise pour... exprimer une pensée déjà prête, c'est dans la parole aussi que la nature se fabrique. Donc, autrement dit, on ne sait pas toujours vraiment ce qu'on pense avant de commencer à parler. Et c'est pour ça que dans les moments les plus vivants d'un discours, c'est rarement ceux qu'on a absolument préparés qui vont donner de l'impulsion, c'est plutôt quand on va avoir une sorte de pause où on va chercher nos mots ou Peut-être que l'orateur hésite, peut-être comme là je suis en train de le faire, il cherche ses mots, il reformule en direct. Parce qu'au fur et à mesure, il découvre, il ajuste, ou elle ajuste évidemment. Et pourtant, nous on a construit un système entier qui cherche à éliminer tous ces petits moments. Parce qu'on les voit tout le temps comme des défauts, comme des faiblesses, comme si on ne s'était pas assez préparé, comme s'il fallait absolument qu'on connaisse tout par cœur. Mais c'est exactement l'inverse. C'est là que la vie, elle, se pose. C'est là que la vérité et qui nous sommes vraiment advient. Parce que dès qu'on élimine, dès qu'on lisse tout, qu'on peaufine chaque phrase, quelque part, on tue quelque chose d'essentiel. Ça devient peut-être un peu fluide, peut-être structuré, efficace. Mais vivant, ça est naturel. C'est beaucoup, beaucoup moins sûr. Mais je ne sais pas pourquoi, on a décidé collectivement, à un moment donné, que prendre la parole, C'était appliquer une sorte de méthode, des frameworks, des techniques, genre le pitch en trois points, l'accroche parfaite à la deuxième seconde, le storytelling qu'on va avoir testé sur des groupes cibles. Les réseaux sociaux crient « Soyez virales ! » Pendant ce temps-là, les conférences expriment « Soyez mémorables ! » et le marketing exige « Soyez persuasifs ! » Bon ben, comme si parler... C'était appliquer une méthode. Franchement, il y a vraiment une autre manière de voir les choses, de les incarner. La parole, ce n'est pas simplement un outil, quelque chose qu'on utilise, c'est quelque chose qui se passe, qui se produit naturellement, simplement, une sorte d'expérience qui prend forme au fur et à mesure de l'expérience elle-même, qui devient par la même vivante. Et ça, cette dimension, on l'a... paire, en pensant tout pour être efficace, pour cocher les cases, quand on se dit super, j'ai appliqué toutes les bonnes recettes qu'on m'a donné de prise de parole. Mais on oublie donc ce vibrant dans ses formatages, ça s'efface cette parole naturelle et vivante. Alors, est-ce qu'on doit choisir entre parler juste et parler bien ? Parce que bon, évidemment, parler vrai et naturel sans structure, ça peut aussi vite tourner Au capharnaum, devenir flou, carrément inaudible pour celui qui est en face de nous. Donc ce n'est pas non plus lâcher tout ce qui nous passe par la tête. Donc entre les deux, la réponse est probablement et certainement pas de choisir, mais de trouver une sorte de juste milieu, ce fameux juste milieu que j'adore en sophrologie. Parce que je vais vous donner un exemple pour vous expliquer ma pensée justement. Les concours d'éloquence, on en parle pas mal depuis un certain temps, ça revient sur le devant de la scène. Au départ, ils trouvent leurs racines dans la rhétorique grecque. Donc c'était un outil politique et éducatif, parce qu'être capable de présenter clairement ses idées, de convaincre un auditoire, c'est quelque chose qui est essentiel, on ne peut pas le nier. Et puis bon, il y a eu toutes des histoires en fonction des civilisations qui se sont chamboulées. Et notamment en France, je dirais qu'entre le milieu du XVIIIe, milieu du XIXe siècle à peu près, ces compétences étaient jugées tellement importantes qu'elles avaient donné leur nom à ce qu'on appelle aujourd'hui en France, mais la classe de première, c'était une classe de rhétorique. Donc là, les élèves découvraient les grands orateurs anciens, grecs, latins, et puis au fur et à mesure se sont ajoutés des Français dans la seconde moitié du XIXe siècle. Puis après, il y a eu un moment un peu de flottement et il y a eu un renouveau dans les années 2010 qui ont été notamment portés par des grandes écoles comme HEC ou Sciences Po, mais aussi des concours d'éloquence qui se sont démocratisés avec Eloquentia, par exemple, qui popularisent cette éloquence dans les banlieues. Ces concours d'éloquence, pour moi, c'est un peu nuancé parce qu'évidemment, c'est une vraie richesse qui vient nourrir autant les personnes qui... reçoivent la parole que celles et ceux qui la prononcent. L'éloquence, dans ces cas-là, ça peut être vu comme un outil d'émancipation. C'est aussi un outil qui permet de lutter contre la fracture sociale parce que la parole, dans ces cas-là, est vraiment quelque chose d'extrêmement efficace. La prise de parole, oser prendre la parole, quelle que soit notre situation personnelle, professionnelle. Donc, ce retour des concours d'éloquence répond vraiment à un besoin social et professionnels, d'autant plus que nous sommes dans une civilisation qui se structure de plus en plus, qui est de plus en plus technique. Donc, savoir parler clairement, pouvoir s'exprimer, c'est présenter aujourd'hui l'éloquence comme une compétence utile pour la vie civique, je dirais, les études, le travail, l'ensemble. Ça permet aux jeunes, et ça je suis vraiment favorable évidemment à ces principes, de gagner en confiance. d'élargir leur langage, de sortir peut-être d'une forme d'expression qui serait trop limitée à un réseau ou à un milieu particulier. Donc tout ça c'est très très bien, mais à condition qu'on laisse quand même un minimum de place à l'improvisation, à de la créativité et à une prise de parole réelle plutôt qu'à des discours qui seraient appris par cœur et qui empêcheraient à un moment donné, de libérer vraiment cette parole enfouie. Parce que ce qui me pose problème dans le concours d'éloquence, je suis sûre que vous l'avez deviné, c'est le mot concours. Là, on en vient à en faire quelque chose, un objet de compétition. Et la compétition, par définition, ce n'est pas respectueux, dit vivant. C'est sélectionner le mieux-disant, mais pas forcément le plus vrai pour moi. Et placer une hiérarchie là où il y a de la parole, c'est pour moi contre-productif, voire contre- intuitif et soudain ce qui pourrait être vécu comme un espace bienveillant se transforme dans une sorte d'arène de nouveau et on en revient à la même chose ces histoires de performance d'expression qui se veut passer par de la perfection et puis cette addiction à la mesure à l'impact, à l'efficacité à se demander bon est-ce que ça a bien marché combien de personnes j'ai convaincu mais au final cette obsession ça nous vide Ça nous force à optimiser des choses qui sont mesurables, mais puis l'essentiel, c'est-à-dire la confiance, la relation, la transmission, mais ça, ce n'est pas vraiment mesurable, ça passe à l'as. Et ça, c'est le prix, le prix de l'optimisation qui est généralisé. Et du coup, on voit s'éroder complètement la parole naturelle et vivante. Pour aller encore un cran plus loin, pour vous montrer à quel point ça peut être complètement dépourvu de sens, j'ai lu récemment la newsletter de Simone Saul, dont je vous ai déjà parlé, qui est une coach en marketing, mais qui est beaucoup plus que ça, qui formule beaucoup d'aides pour recréer du lien entre les civilisations, entre les gens qui écrivent des choses et qui a voulu tester par curiosité la chose suivante. Elle a demandé à une intelligence artificielle. d'analyser 100 de ses postes les plus performants, donc ceux qui avaient le plus de likes, de commentaires, d'engagements, son style d'écriture et puis les sujets qu'elle abordait. Et à la suite de ça, elle a demandé à ce qu'il génère 20 nouveaux messages sur cette base qui soit performant. Alors évidemment, ça pourrait sembler extrêmement tentant d'automatiser ce qui marche. Mais elle raconte qu'elle a vraiment rigolé parce que quand elle a vu ce que l'IA avait généré, ce n'était pas du tout elle. C'était une phrase. fraction d'elle. Et encore, c'était celle qu'un algorithme avait favorisé, amplifié, dissé, optimisé, débarrassé de tout ce qui ne passait pas bien sur les réseaux. Mais en fait, la question qu'elle pose, c'est pourquoi est-ce que j'optimiserais ma parole pour avoir une vraie relation avec quelqu'un ? C'est complètement incroyable, cette histoire. Voilà, Simone, pas plus que nous d'ailleurs, elle n'est pas dans ses messages performants. Elle n'est pas ce qui traverse les réseaux sociaux. C'est la femme qui dort là à côté de son mari, qui est la maman de ses enfants, qui est une amie imparfaite comme tout être humain. Le vrai, l'humain et l'imparfait, c'est lui qui aura toujours aussi des messages entre guillemets sous-performants. Des messages qui ne sont pas aussi polis, aussi polissés, des paradoxes. Et bien c'est ça la complexité de qui nous sommes. Et voilà ce qu'on perd à chaque fois qu'on lisse, à chaque fois qu'on veut bien tout faire, tout bien préparer. pairs, qui nous sommes réellement. Et puis, j'avais envie de vous parler de quelque chose que j'ai découvert il y a très peu de temps, qui est la robustesse. Et je commence par un précepte zen qui est que celui qui vise son objectif à tout prix rate les autres. Bah oui, parce que si je ne pense qu'à vous convaincre, je vais perdre votre confiance, probablement. Si je ne pense qu'à vous plaire, ma crédibilité va s'en faire ressentir. Et si je pense qu'à performer, encore une fois, je vais passer à côté d'une forme de relation. Donc, De nouveau, vouloir toujours performer, vide, je l'ai déjà prononcé, et nos systèmes vivants s'appuient non pas sur cette notion de performance, mais sur la robustesse, comme le démontrent si bien les travaux d'Olivier Hamon. Cette robustesse, c'est celle qui crée de la marge, de la redondance, de la souplesse, pour s'adapter constamment, parce que sinon, si on est trop dans la performance, un risque, c'est que le système casse un jour. Avec la totalité, c'est pour ça qu'on voit de plus en plus aussi de burn-out. Mais si on revient à notre langue, quelle qu'elle soit, que ce soit le mandarin, que ce soit l'américain, des dialectes africains, peu importe en fait, tous nos systèmes langagiers, toutes nos langues sont robustes avant tout. Ce sont des systèmes qui acceptent l'imprécision, la polysémie. Anne-Claire, c'est quoi la polysémie ? Si vous ne savez pas ce que c'est la polysémie, voilà ce que vous allez faire. Vous allez prendre un vieux dictionnaire avec des pages toutes fines, vous savez, où vous tournez les pages avec votre doigt que vous avez un petit peu léché, en vous demandant si le L c'est avant le M, en vous récitant l'alphabet dans la tête. Voilà ce que vous allez faire pour retrouver le mot polysémie et sa signification. Je plaisante, mais en tout cas, ces systèmes permettent l'ambiguïté, permettent les hésitations. Vous l'entendez aussi dans le podcast, quand je vous parle, les erreurs. et puis les silences où on cherche ces mots. Et c'est ça qui les rend vivants. C'est ce qui crée de la confiance entre vous et moi, entre moi et vous, parce que c'est ça aussi qui va nous permettre de grandir ensemble. C'est ça qui permet aussi à un enfant d'apprendre, parce qu'il peut s'identifier à un adulte qui cherche et qui ne prétend pas tout maîtriser. Et d'ailleurs, une langue qui serait parfaitement optimisée, nous dit Olivier Hamon, ce serait une langue robotique. Et cette langue robotique, c'est celle de l'IA. une langue robotique elle ne communique pas, elle transfère des données. C'est tout à fait différent. Ah ben, elle ne crée pas de bruit, ni de lien d'ailleurs. Donc par opposition, en faisant un petit peu une comparaison qui peut-être peut sembler tirée par les cheveux, eh bien il y avait au début du XXe siècle, le professeur d'art dramatique, comédien et metteur en scène Stanislavski, qui disait que ce qui peut arriver de mieux à un acteur, c'est d'être complètement pris par son rôle. Involontairement, il se met alors à vivre son personnage. Sans même savoir ce qu'il ressent, penser à ce qu'il fait, il est guidé par son intuition et son subconscient. Voilà, c'est le moment où tout redevient vivant. Parce que tout à coup, on y a une sorte de perte de contrôle. Et c'est exactement pareil quand on prend la parole. Les gens attendent un peu ce moment où on redevient vivant, où on va les toucher, où peut-être on va se tromper, corriger l'empathie naturelle. Le lien va pouvoir se remettre en place, les émotions vont se ressentir. Et ce qui génère de la confiance, ce n'est pas la perfection, ce n'est jamais la perfection. C'est ce déroulé naturel et simple d'une prise de parole. Alors concrètement, comment on sort un petit peu de tout ça ? D'abord, on peut régulièrement commencer à parler sans se sentir absolument prêt, la phrase excellemment parfaite, sans même que ce soit tout à fait clair dans nos têtes, et puis simplement se dire, peut-être, je ne sais pas trop comment c'est, mais voilà ce que j'ai envie de vous dire, je ne sais pas trop par quel bout le prendre, et puis laisser progressivement la pensée se construire au fur et à mesure. Alors, évidemment, c'est peut-être inconfortable au début, Les silences vont peut-être durer ce qui vous semble une éternité. Vous allez peut-être chercher vos mots, vous tromper ou dire « Oh là là, mais j'ai l'air complètement idiot là, oudiote » . Mais c'est là alors que quelque chose de vivant et de naturel se manifeste. C'est là que celui ou celle qui est en face va découvrir vraiment qui vous êtes et vous, ce que vous pensez vraiment. C'est là qu'on va devenir intéressante ou intéressant. Et puis une autre chose partout. pitié, arrêtez de parler à un public dans vos têtes je veux dire, parlez des êtres humains en face de vous, des hommes des femmes qui ressentent à des personnes précises en réalité des gens dont vous sentez qu'il y a un lien entre vous et eux qu'il y a du respect des gens devant lesquels vous n'avez pas forcément besoin de performer et dès que vous faites ça, dès que vous prenez cette posture tout à coup l'ensemble le corps se relâche Merci. votre parole change complètement, elle devient beaucoup plus simple, beaucoup plus directe, beaucoup plus honnête, naturelle, encore une fois, vivante, vibrante. Vous n'essayez plus d'impressionner une foule abstraite ou quelqu'un d'extrêmement haut placé. Vous essayez juste de dire quelque chose à quelqu'un. Voilà, ça peut paraître petit, mais en fait c'est énorme, parce que du coup, vous n'êtes plus en représentation, vous êtes en relation. Alors, si cette fatigue du formatage vous parle, si vous avez quelque chose à dire, mais que les cases standardisées vous étouffent, vous vous sentez complètement à l'étroit, si vous dirigez une équipe, une organisation et que vous avez envie que la parole circule vraiment, librement et sans peur, je suis là. Je suis là pour deux choses. D'abord pour vous accompagner, que ce soit individuellement ou collectivement, avec des programmes qui seront... adapté à votre contexte et non pas à des templates. Et tout ça pour explorer, redorer cette parole naturelle, vivante, que d'autres appellent aussi authentique. Et puis, modérer des événements où la robustesse va primer sur ce spectaculaire des événements qui seront vivants, puissants, parce qu'ils seront vrais et qui créeront des espaces co-construits d'où les gens ressortiront changés, parce qu'ils auront Merci. participer à quelque chose, là encore, de ce qu'on pourrait qualifier d'authentique. Ensemble, donnons à votre parole et à celle de votre communauté la permission d'être vivante. Avant de vous quitter, je vais vous demander une nouvelle fois de vous abonner au podcast, de lui mettre des étoiles, de me mettre des commentaires, de le diffuser, parce que c'est tout cela. qui lui permet de grandir et de rayonner un maximum. Je vous en remercie par avance. Et d'ici notre prochaine rencontre, je vous souhaite des éclats de voix devinés, naturels et vivants.