- Speaker #0
Bienvenue sur le podcast de Daphné et Fatou, tu écoutes « Elles disent » .
- Speaker #1
Elles disent quoi ? Tout, rien, mais surtout l'essentiel pour avancer,
- Speaker #0
grandir et se trouver en toute sincérité.
- Speaker #1
Bonjour à toutes et bienvenue dans ce nouvel épisode. Aujourd'hui, on va rester dans la continuité du mois de janvier, un mois où on parle de soi, de développement personnel et de ce fameux devenir soi. Il y a une question, je pense, qui revient souvent, même sans qu'on s'en rende compte, c'est quoi ? Être une femme noire aujourd'hui, c'est quoi cette identité qu'on porte entre ce qu'on est d'où on vient, où on grandit et ce que les autres voient de nous. Donc moi comme vous le savez c'est Fatou, j'ai 38 ans, je suis d'origine guinéenne et je suis née en France à Lyon. Et pour être honnête je ne me suis pas toujours posé la question de mon identité. Je pense que c'est venu petit à petit avec les expériences bien sûr, les voyages, les remarques, les rencontres et voilà. Donc pour en parler avec moi aujourd'hui il y a bien sûr Daphné, je ne suis pas toute seule. Bonjour. Coucou Daphne ! Hello,
- Speaker #0
hello ! Coucou ! Sur quel sujet tu nous lances ? C'est vrai que la question de l'identité, en tant que femme noire, c'est aussi un sujet qui me touche beaucoup. Donc j'ai hâte d'écouter ce que tu nous as concocté aujourd'hui.
- Speaker #1
Justement, pour comprendre cette question qui nous touche toutes à mon avis, j'ai envie de commencer un petit peu par mon histoire. Qu'est-ce que t'en penses ?
- Speaker #0
Je suis toute huiche de t'écoute.
- Speaker #1
Allez ! Donc c'est vrai que comme je vous le disais Moi quand j'étais enfant, je ne me suis pas du tout posé la question d'être noire ou d'être différente Donc moi j'ai grandi à Lyon Dans un environnement on va dire très majoritairement blanc Et je vivais ma vie normalement J'étais comme mes copines Et je ne ressentais pas forcément de décalage Et avec le recul je peux dire que je ne me posais pas cette question Parce qu'il n'y avait pas de sujet à l'époque Je me sentais comme les autres et je vivais avec les autres Et puis il y a eu un moment très... très précis. Franchement, je m'en souviendrai toute ma vie. Donc j'avais 8 ans. C'était les vacances d'avril, il me semble, de Pâques. Et là, tout a changé. En fait, j'étais au Sénégal. J'étais chez des amis de mes parents. Et là, je jouais avec des enfants du quartier, tranquillement, quand d'autres enfants se sont mis à me courir tout autour en criant « Toubab ! Toubab ! Toubab ! Toubab ! » Et moi, à ce moment-là, en fait, je ne savais pas ce que voulait dire ce mot. Et là, on m'a dit que ça voulait dire « la blanche » . Et là... J'ai eu un vrai choc, mais vraiment quoi. Je me suis dit « Mais à quel moment on m'appelle la blanche alors que je suis noire ? » Et je pense que c'est ce jour-là où j'ai compris qu'en Afrique, on me verrait comme une Française. Et même si j'étais noire parce que j'étais née en France, parce que j'avais un accent français et que… Mais je n'avais pas les codes de chez eux, tout simplement. Donc voilà. Toi Daphné, est-ce que tu te souviens d'un moment où tu as compris alors je sais pas, selon l'endroit où tu te trouvais, qu'on ne te voyait pas de la même manière, qu'on te voyait différemment que ce que tu étais ?
- Speaker #0
Alors moi j'ai deux moments en fait qui sont un petit peu marquants selon moi. En fait moi j'ai grandi à Compiègne en Picardie et c'est vrai que là-bas en fait il n'y avait pas beaucoup de Noirs. En fait il y en avait mais pas tant que ça. Déjà dès qu'on était en sortie scolaire et qu'on croisait un Noir dans la rue... on me demandait, ah mais c'est ton cousin c'est ta mère, c'est ton père c'est des gens que je connaissais pas tu vois, j'ai pas une anecdote précise clé mais je sais juste que je me souviens exactement du moment où j'ai demandé à ma mère, mais maman pourquoi moi je suis noire en fait c'est vrai que c'est une question, je sais que je devais avoir dans les 7-8 ans je pense et c'est une question que je ne m'étais jamais posée et je sais pas, un jour je suis revenue à la maison me demander, mais pourquoi moi ma peau elle est noire quoi, tu vois Et l'autre moment clé, c'est effectivement la première fois que j'ai été au Congo. J'avais à cette époque-là, pareil, 8 ans. Et j'étais allée me balader avec ma cousine qui vivait là-bas. Et en fait, tu te rendais compte que tout... Même la manière dont je m'exprimais ou ce que je pouvais porter ou plein de choses... c'était qui me paraissait anodin tu vois tu remarquais que pour les autres c'était vraiment la blanche quoi dans la manière dont je vais parler ou ce que je vais manger même la manière dont je vais manger ça a été dissiqué en me disant, ah mais c'est une petite blanche en fait. Et c'est vrai que c'est des moments qui marquent en fait toute mon enfance parce que je suis Daphné quoi tu vois et c'est vrai que tu te rends compte que pour certains en fait chez les blancs t'es noire ce qui est vrai, mais que chez les noirs selon les milieux t'es la petite blanche donc je me reconnais pleinement dans ton témoignage
- Speaker #1
Et en grandissant, surtout à l'adolescence, tu vois, moi j'ai commencé à voir les différences plus clairement. Parce que bien sûr, à la maison, il y avait les codes guinéens, tu vois, de nos traditions. Donc tout ce qui est éducation un petit peu plus stricte, les règles, tu connais, tu vois, elle est sortie très encadrée et très réveillée. Mes copines, elles, elles pouvaient dormir chez les unes, chez les autres sans problème, alors que pour moi c'était souvent non. Mais il y a une fois où ma mère, je ne sais pas ce qu'il s'est passé, mais... Elle a dit oui pour que j'aille dormir chez une copine, tu vois. Et donc elle m'a dit oui, il n'y a pas de souci, vas-y, etc. Sauf qu'elle est arrivée chez ses parents, franchement ce n'est pas une blague, elle est arrivée avec six sacs de courses. Non mais franchement, j'étais tellement gênée. Six sacs de courses, mais je pense que pour elle c'était sa façon de dire que voilà, je vous confie ma fille, mais en même temps, tu connais chez nous, on n'arrive jamais les mains vides. On apporte notre culture. nos valeurs. Et c'est à ce moment-là que tu réalises que, OK, j'ai grandi comme mes copines, mais en fait, on n'est pas pareil. Tu vois, on porte des valeurs, des réflexes totalement différents. Et sur le moment, dans le quotidien, ils ne sont pas toujours visibles, mais là, ça l'était en fait. Donc, ça aussi, c'est un événement qui m'a quand même pas mal marquée.
- Speaker #0
En fait, c'est là que tu vois la différence de code, en fait. Oui,
- Speaker #1
exactement, exactement. Mais je pense qu'entre nous, la question de l'identité peut être quand même compliquée. Tu vois, moi, quand j'ai rencontré mon mari, donc je l'ai rencontré en Angleterre, et là, je lui dis que je m'appelle Fatou. Le gars, il me répond « Toi, tu t'appelles Fatou ? Non, ce n'est pas possible. » Genre, c'est quel genre de blague ? A savoir que mon mari, il est noir. C'est-à-dire que même lui, par rapport à ma façon de parler, mes codes, mon attitude, en fait pour lui, ce que je lui renvoyais ne correspondait pas à l'image d'une Fatou. Ça montre qu'en vrai, nos identités, elles sont aussi souvent enfermées dans tout ce qui est cliché. Tu vois, lui me dit « Ouais, non, mais tu ne peux pas te faire ça » . les fatous de mon quartier, on les appelle les fatous flingués. Moi déjà je ne connaissais même pas cette expression. Moi comme j'ai grandi à Lyon, etc., je ne connaissais pas. Donc je me dis que même des fois entre nous, il y a des codes qu'on ne comprend pas.
- Speaker #0
Ça c'est clair et net. Et après c'est vrai que le prénom Fatou a tellement été stigmatisé que je n'imagine même pas ce que tu as dû subir pendant notre adolescence en fait. C'est sûr que... qu'en fait, il y a plein d'a priori qui viennent avec ce prénom-là.
- Speaker #1
Exactement, oui. Et puis tu vois, même quand tu continues de grandir, moi c'est vrai que j'étais pas mal entourée de blancs, entre guillemets, on va dire, quand je faisais mes études, etc., mais après, dans la famille, avec les cousins, t'es emmenée entre nous et tu vois, on m'a souvent sorti « tu fais des trucs de blanc » . Est-ce que toi, on t'a déjà dit ça en fait ?
- Speaker #0
Ah bah, tout le temps. Tout le temps. Et je pense que je lui... Enfin, et encore aujourd'hui, c'est même pas un truc qui s'est estompé. En fait, c'est marrant, mais dès que t'es un peu, selon la vision de notre communauté, si t'es un peu trop organisée, si t'es un peu trop ponctuelle, si tu parles un peu trop bien français, ben t'es une blanche en fait. Et c'est... Je trouve ça dommage personnellement parce que, tu vois, être organisée, être ponctuelle, être... Enfin voilà, souvent en fait ce qui est marrant c'est que souvent c'est des qualités qui sont associées au fait d'être blanche. Mais par contre tout ce qui va être « Ah bah on n'est pas ponctuel » , « Ah bah ouais tu vois chez nous, bon bah on improvise un peu, c'est pas très organisé, etc. » Tout d'un coup, on ne se pose pas la question de se dire que c'est un truc de noir ou un truc de blanche. Donc, c'est spécial. Je vois très bien de quoi tu parles.
- Speaker #1
Oui, et puis finalement, quand on naît et qu'on grandit en France, c'est normal d'avoir ces codes-là. Oui, c'est vrai au plus. On était nés chacune dans nos pays respectifs. Tu passes toute ton enfance là-bas et après, tu viens en France. Là, on est nés, on a grandi en France. Limite. Heureusement en fait qu'on fait des trucs de blanc parce qu'on a été à l'école en France, tu vois. Donc moi j'ai un peu du mal avec cette expression-là et t'as raison, elle nous suit encore, tu vois. C'est comme ça, je pense qu'on n'est pas les seuls. Donc voilà. Mais c'est vrai qu'on est toujours là à se dire que c'est le regard des autres parce que c'est toujours ce que nous renvoient les autres. Et plus tard, quand je suis rentrée dans la vie d'adulte, tu finis tes études, tu cherches du travail, moi j'ai commencé à me poser des questions un peu plus concrètes dans le sens où j'ai fait des études supérieures, j'ai eu mes diplômes. Et quand j'ai commencé à chercher du travail… J'ai tellement enchaîné des entretiens, on me disait « vous êtes trop jeune, vous n'êtes pas assez qualifié » . Et à force d'entendre ça, je me suis dit « est-ce que le problème c'est vraiment le fait que j'ai 23 ans, que j'ai pas beaucoup travaillé ou est-ce que c'est que je m'appelle Fatou ? » Tu vois. Et tu te dis « bon finalement, c'est peut-être ta couleur, ton prénom, ton origine supposée qui fait que tu ne trouves pas de travail. » te prends en fait en pleine face tes traditions, ce que tu es, même si moi je ne m'étais jamais posé cette question. Je ne sais pas si tu vois ce que je veux dire.
- Speaker #0
Si, si, je vois très bien ce que tu veux dire, c'est que t'auras beau te sentir... En fait, c'est bizarre parce que tu te sens normale, en fait. Tu te dis « je suis Daphné, je suis Fatou » . Tu ne poses pas dix mille questions, mais tu te rends compte qu'en fait ton identité c'est finalement pas toi qui te la forge en fait, c'est les gens et c'est la façon dont eux te perçoivent qui détermine un petit peu ta vie en fait mine de rien parce que j'imagine que le recruteur quand il est en train de recruter une fatou dans sa tête il a déjà une idée préconçue de ce qu'est une fatou alors que finalement la fatou toi il t'a jamais rencontré et c'est pareil si tu vas au bled en Guinée, si on lui dit « c'est une fille qui a grandi en France » , lui, il va avoir une image de ce qu'est une Guinéenne qui a grandi en France. Si t'es une Guinéenne qui a grandi en France, c'est comme ci, comme ça. Alors qu'au fond, ça se trouve, t'es pas du tout ce à quoi il s'attend, en fait. Il ne creuse pas. Non, il ne creuse pas.
- Speaker #1
Et finalement, en France, c'est ça. On te demande toujours « t'es de quelle origine ? » Tu vois, comme si être française, ça ne suffisait jamais vraiment. Et c'est à ce moment-là que Finalement, j'ai compris que mon identité, même si elle était française pour moi, tu vois, elle allait toujours être lue autrement par les autres. Donc finalement, c'est à 23 ans que j'ai compris ça. Et le changement d'orientation a été un tournant pour moi. Donc c'est à ce moment-là où j'ai décidé que j'allais passer le concours de professeur des écoles et là, j'ai eu l'impression pour la première fois qu'on me disait « Peu importe d'où tu viens, qui tu es, tu peux renseigner » parce que finalement, c'est un concours, donc on ne te demande pas… On ne regarde pas ta couleur, on ne regarde pas d'où tu viens. Tu as juste à réussir le concours. Et d'ailleurs, mon premier jour en tant que maîtresse, je ne l'oublierai jamais, parce que j'avais une élève qui s'appelait Fatou Matin. Et elle m'a dit « Madame, vous vous appelez comme moi » . Elle était tellement, tellement fière. Ah non, mais c'est un truc de dingue. Et en fait, moi aussi, je me suis dit… Le fait de voir ses yeux, de se dire « Ok, pour la première fois, j'ai une maîtresse qui s'appelle comme moi » . En même temps, même moi, franchement… Je pense que je n'ai jamais eu de maître ou de maîtresse de la noire. Voyez l'impact que ça pouvait avoir d'être une femme noire visible, tu vois, à un poste où on ne te voit pas toujours. Et avec le recul, tu vois, je me dis que cette élève, elle avait peut-être besoin de ça, même si elle ne le savait pas. Ça lui a peut-être permis de se dire « Ok, je suis une Française noire et je vois une femme comme moi qui exerce un métier qui peut me plaire plus tard. » Parce que je pense qu'on a besoin de représentation. même si on ne le sait pas. Tu vois, nous à nos âges, dans la trentaine, on sait qu'on a besoin de représentation. Mais quand tu as entre 6 et 10 ans, tu ne le sais pas. Et le fait de le voir, je pense que ça te donne une super fierté. En fait, c'est un peu le champ des possibles. Tu dis, mais en fait,
- Speaker #0
c'est possible. Je peux moi aussi aspirer à devenir... À être astronaute, à être professeur des écoles, et se dire que les petites filles noires... elles peuvent faire tous les métiers, quoi. Et c'est fort, c'est puissant.
- Speaker #1
Voilà, donc je me dis que finalement, j'étais à la bonne place, au bon endroit. Et si au moins j'ai pu inspirer juste une jeune fille, tu vois, pour moi, c'est top. Mais bien sûr, à côté de ça, voilà, on reste en France. J'ai fait plein de sorties scolaires où les gens me prenaient tantôt pour une accompagnatrice, tantôt pour une grande sœur, mais tu vois, jamais la prof. Ça veut dire que ça reste quand même de manière très... Comment je peux dire ça ? Très rare, tu vois. En tout cas, quand j'ai commencé, c'était encore très rare de voir une une femme noire prof, quoi. Et encore plus récemment, quand je suis devenue directrice d'école maternelle, alors là, c'était... C'était encore pire ! Une jeune, en plus noire, franchement, ça m'a surpris plus d'un.
- Speaker #0
Mais bon... Mais j'espère que t'es fière de toi, parce que, sincèrement, de toute façon, moi je pense, après, peut-être que les gens vont dire que non, c'est pas vrai, mais je pense que si t'arrives à ce poste, c'est que t'as fourni encore plus plus d'efforts qu'une personne blanche a eu à fournir pour arriver au même poste. C'est-à-dire que pour qu'on te confie aussi ce poste, c'est que derrière t'as dû faire preuve d'un professionnalisme qui était sans faille parce que clairement, je sais que malheureusement on nous attend en tournant, souvent.
- Speaker #1
C'est vrai. Mais tu vois, je trouve que c'est encore plus beau de se dire que tu vois que t'apprends à avancer sans attendre la validation de personne et sans avoir de modèle. Parce qu'aujourd'hui, en 2026, on a de plus en plus de modèles quand même qui nous ressemblent et je trouve que ça change tout dans la construction de l'identité. Dans le sens où on voit des femmes noires quand même à pas mal de postes, que ce soit des postes à responsabilité ou non, et je pense que ça change beaucoup. Alors que nous, à l'époque, on n'avait pas forcément ces modèles et de se dire qu'on a réussi… quand même à évoluer, à progresser et à atteindre des niveaux sans ça, c'est tout un autre honneur.
- Speaker #0
Ça c'est vrai, et moi ce qui est marrant c'est que cette représentativité, ça ne m'a pas forcément marquée en France, mais c'est vrai que c'est quand je suis partie m'installer au Congo que oui, pour mes fils j'ai vu des maîtres d'école noirs et j'étais très heureuse qu'ils aient des maîtres d'école... congolais, ils ont pu voir des députés congolais, des chefs d'entreprise congolais. Et je trouvais que moi personnellement ce que ça m'a apporté c'est que je ne me suis plus autant censurée qu'avant. Je trouve que quand tu évolues qu'en France, tu vas peut-être avoir tendance des fois à te censurer, à te dire « ça ce n'est pas un espace pour moi » , etc. Et en fait, quand tu passes un petit temps en Afrique, et moi particulièrement au Congo, tu te rends compte que je peux tout faire. Il n'y a absolument aucune barrière. Il n'y a que moi qui mets mes barrières. Et en réalité, tous mes possibles.
- Speaker #1
C'est intéressant que tu parles de ça parce qu'il y a un dernier chapitre important dans mon parcours puisque aujourd'hui, je vis à Abidjan. Donc en Côte d'Ivoire et ici aussi. Mais figure-toi qu'ici aussi, les gens savent que je ne suis pas d'ici. Et en fait, j'assume, même si quand je suis arrivée ici, bon ben je savais que j'allais être expatriée, mais je m'étais pas préparée à ça. Je m'étais pas préparée au fait qu'on allait me voir comme une blanche. Et franchement, c'est hyper déroutant parce que moi dans ma tête, je suis noire. Et voilà, mais encore une fois, on voit mes codes, on voit ma manière d'être, on me voit comme une étrangère. Et même si c'était un épisode que j'avais déjà vécu il y a 30 ans de ça au Sénégal, en arrivant ici, je ne m'étais pas dit qu'on allait me faire encore cette remarque, tu vois. Et pourtant, c'est le cas. Donc voilà, je m'assume, oui, je suis française, oui, j'ai des codes occidentaux, mais en vrai, je pense que c'est le blanche qui est trop pour moi, tu vois. C'est le fait que tu sois blanche. Je ne sais pas. Oui,
- Speaker #0
je comprends.
- Speaker #1
Je ne sais pas. Donc c'est bizarre parce qu'en Afrique, on te voit d'abord comme une Française, comme la blanche. Et en France, on te voit d'abord comme noire avant de te voir comme quelqu'un de né et grandi là-bas, tu vois ?
- Speaker #0
Oui, alors je suis d'accord. Mais là où je nuance un petit peu, c'est que je trouve que par notre couleur de peau, quand on arrive en Afrique, en Côte d'Ivoire... peut-être que ton expérience n'est pas la même que pour la mienne, mais je trouve quand même qu'il y a tout de suite cet aspect bienveillant. C'est-à-dire que l'image d'être noire, même si on te voit comme une blanche, au fond, on sait que tu as la peau noire. L'accueil qui va t'être réservé en Afrique va toujours être positif. Alors qu'en France, ce n'est pas toujours le cas. C'est là qu'a différence. C'est vrai qu'on va peut-être te voir comme une blanche parce que On sait que tu n'es pas de Côte d'Ivoire, mais l'accueil va être positif. Alors qu'en France, c'est le contraire.
- Speaker #1
Oui, c'est vrai. Mais non, je suis d'accord avec toi, mais c'est très bienveillant, etc. Mais quand même, tu vois, t'es quand même entre les deux, toi t'es au milieu. En fait, tu peux te dire « mais je suis quoi en fait ? » C'est là que tu comprends que ton identité, elle dépend pas uniquement de ta vie. Oui, oui, c'est clair.
- Speaker #0
Et surtout pour tes enfants aussi, non ?
- Speaker #1
Oui, et c'est quand même hyper ambivalent. Donc voilà, finalement tu te dis ok je suis d'origine guinéenne, oui j'ai cet héritage, mais mon identité elle s'est construite là où j'ai vécu. Donc finalement c'est quoi être une femme noire aujourd'hui ?
- Speaker #0
C'est allier le meilleur des deux mondes. Je suis très fière des valeurs qui m'ont été inculquées par ma famille, par ma mère en tant que femme noire. Je pense que les cultures africaines ont des belles valeurs qu'il faut garder et qu'il faut absolument transmettre à nos enfants. Mais je trouve également que la France m'a apporté... Beaucoup de leçons de vie, beaucoup de valeurs qui font la femme noire que je suis aujourd'hui. Je ne saurais pas te donner une définition. Je pense que la définition est propre à chacune d'entre nous. Je ne sais pas ce que tu en penses.
- Speaker #1
Je pense qu'il n'y a pas une seule réponse et je pense que notre identité c'est notre chemin, c'est notre histoire. c'est les pays où on a grandi les rencontres qu'on a faites les cultures qu'on a portées et être une femme noire aujourd'hui c'est naviguer entre plusieurs mondes parfois, et je pense que finalement c'est une force c'est avoir plusieurs clés, plusieurs repères plusieurs façons de comprendre le monde et c'est à toi c'est à moi, c'est à nous de décider comment on veut définir tout ça et finalement c'est se poser peut-être quelques questions qu'est-ce que je garde de mon héritage ? Qu'est-ce que je choisis pour moi ? Qu'est-ce que je construis pour la suite ? » Et moi, si par exemple je me pose ces questions, je me dis : « Mon héritage, j'ai gardé la langue peule. J'essaie de parler et même d'apprendre à mes enfants, etc. » . Mais après peut-être… C'est bien ça ! Ouais ! Et je me dis peut-être que la femme noire que je suis aujourd'hui dans la trentaine, ce ne sera pas la même quand j'aurai 5 ans, 50 ou 60 ans. Donc voilà, je voulais juste vous dire les filles que si vous êtes en pleine recherche Sachez une chose, vous n'êtes pas seuls dans ce processus. On est plusieurs à se poser la question et peut-être que tu écoutes et tu te dis que tu ne t'étais jamais posé la question. Donc voilà, on vous laisse en tout cas avec cette interrogation et les réponses qu'on a essayé d'apporter. Et en tout cas, c'est normal d'avoir ces interrogations. On vous remercie d'avoir été là avec nous aujourd'hui. Merci Daphné pour cet échange. Merci à toi,
- Speaker #0
c'était sympa.
- Speaker #1
Et on se retrouve bientôt pour le prochain épisode. À bientôt.
- Speaker #0
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