- Speaker #0
Bienvenue dans ce nouvel épisode d'Elle en Bretagne. Je suis Marie-Cécile, sa fondatrice, et dans ce podcast, mon souhait est de donner la parole aux femmes. Aujourd'hui, je reçois Hélène Bret, directrice des Colvers à Rennes, une association qui réinvente notre rapport à l'alimentation, à la nature et au vivre ensemble. Hélène, merci d'être avec nous. Les Colvers, c'est un projet qui allie écologie, pédagogie et inclusion. Et je suis sûre que ton parcours et ton engagement vont inspirer beaucoup d'auditrices et d'auditeurs.
- Speaker #1
J'espère, merci beaucoup déjà de prendre ce temps pour qu'on discute. Avec plaisir,
- Speaker #0
et comment vas-tu aujourd'hui ?
- Speaker #1
Ça va plutôt bien, toi aussi ?
- Speaker #0
Très bien aussi, donc je pense que ça va être un chouette épisode. Et pour commencer, est-ce que tu peux te présenter avant l'école vert, avant de commencer, à savoir qu'est-ce qui fait que tu sois allée sur l'école vert ?
- Speaker #1
Moi je m'appelle Hélène, je suis originaire du sud-ouest. Ça va s'entendre un petit peu. Je suis bretonne d'adoption. Je suis arrivée il y a 13 ans à Rennes et je n'en suis pas partie parce que, justement, je pense que depuis des années, j'ai eu envie ou en tout cas une conscience écologique, sociale. Et j'ai trouvé à Rennes une communauté ou en tout cas des opportunités qui, je pense, je n'aurais pas forcément trouvé ailleurs. Et donc, c'est pour ça que je suis restée ici. et puis ce qui m'a amenée... à monter l'école vers Rennes. Comme je disais, c'est des sujets qui m'ont toujours intéressée. J'étais ado au début, dans les années 2000. Avec des copains, on avait commencé à s'intéresser aux villes en transition, aux incroyables comestibles, parce que c'était à 17, 18 ans, un âge où on a envie de faire des choses et de s'émanciper un petit peu. Donc, on a commencé à créer des petits jardins ouverts, à côté d'un lac, devant chez nos parents. Et c'est ce qui m'a donné l'envie et le virus, je crois.
- Speaker #0
Et de là, aller justement vers l'associatif. Et l'agriculture urbaine, si j'ai bien compris, c'est parce qu'à Rennes, c'est ce que tu as trouvé.
- Speaker #1
C'est plutôt qu'on est venu me trouver. J'ai eu beaucoup de chance. Avant, j'ai fait des études de communication, en communication, gestion de projets politiques territoriales, ce qui était super intéressant, ce qui m'a amenée à travailler pour la ville de Rennes. Et quand j'étais à la ville de Rennes, Boris Marcel, qui est le président de l'association, est venu me débaucher pour me proposer de monter le projet. Et je crois que, je ne sais plus quel âge j'avais, mais 25, 26 ans. Et puis j'avais la patate. Et puis l'envie de feuilles blanches, en fait. C'est un projet, il y a une idée, il y a deux, trois envies. Et puis on fait un peu, entre guillemets, ce qu'on veut, mais on verra par la suite que ce n'est pas ce qu'on veut. Il faut s'adapter. C'est ça qui m'a amenée, en tout cas, à m'intéresser à ces sujets-là. Moi, j'ai toujours aimé la nature. Je viens de la campagne. J'aime le contact avec le vivant. Et puis moi, je suis une vraie épicurienne. J'aime beaucoup manger. Pas forcément en quantité, mais c'est un plaisir. Moi, je fais partie des gens qui pensent à ce qu'ils vont manger après le repas. Je vois déjà qu'il anticipe. Donc, je savais que je ne voulais pas travailler dans la restauration. Mon père vient du milieu de la restauration. Et j'ai un naturel assez indépendant. Donc, les conditions de travail, on va dire, dans la cuisine, il y a plus de dix ans, ce n'était pas mon truc. Et donc, j'ai cherché et petit à petit, j'ai pu monter un projet qui me ressemble aussi beaucoup et qui allie justement, tu vois, ces enjeux autour de l'écologie, du lien social, de la cuisine et du bien manger.
- Speaker #0
Qu'est-ce que c'est que l'école vert ?
- Speaker #1
Nous, on va dire qu'on utilise l'agriculture urbaine comme un outil. C'est le cœur de notre activité, c'est de produire des légumes, de créer des jardins, créer des lieux d'accueil, de découverte, dans des milieux urbanisés, avec une forte dynamique sociale autour du projet. Et donc cet outil qui est l'agriculture urbaine, on l'utilise à la fois pour de la production, à la fois pour de la pédagogie et à la fois pour du lien social. Aujourd'hui, on a trois sites à Rennes et sur la commune de Champy. Donc on a le potager des cultures qui est notre lieu un peu central, notre lieu vitrine. C'est les premières pierres du projet Colvert qu'on a posé. Donc on est derrière le triangle dans le quartier du Blône qui est un des cinq quartiers politiques de la ville avec un jardin qui fait 2000 mètres carrés et sur lequel on accueille beaucoup de public. Nous on parle beaucoup, on voit beaucoup de monde. On sensibilise à peu près 6000 personnes par an dont environ 40% qui ont moins de 25 ans. Bien, on accueille beaucoup, beaucoup de monde. Et ensuite, on a un lieu de production qui accueille aussi du public, mais un petit peu moins, qui est le Pré. Donc, c'est une ferme productive en agriculture périurbaine. On est accessible à 10 minutes à pied depuis le métro de la Coterie et sur lequel on produit à peu près 7 tonnes, 8 tonnes de légumes par an, qui sont distribués en circuit court et solidaire sur le quartier du Blon et à Rennes. Et puis, c'est l'avantage aussi d'avoir une ferme qui soit accessible en transport en commun. On en reparlera peut-être, mais l'accessibilité, c'est un gros enjeu des projets d'agriculture urbaine. Et enfin, on a un troisième site qui s'appelle les Basses-Zourmes, qui est situé entre les deux, à côté du ruisseau du Blône, et qui est vraiment un havre de paix, un lieu dédié à la biodiversité. Donc là, on ne fait pas d'agriculture, on vient compter les oiseaux, les vers de terre, observer la nature. En tout cas, l'idée, c'est de défendre le besoin vital d'avoir des terres qui soient naturelles, en tout cas le plus possible, sur lesquelles il n'y a pas forcément d'activité.
- Speaker #0
Et quand tu dis on fait justement de la pédagogie et visiblement sur des... publics, notamment jeunes, pour l'avenir, pour les sensibiliser pour leur avenir, c'est très intéressant. Et ça consiste en quoi ?
- Speaker #1
Alors nous, on démarre de la crèche, donc sur des tout tout tout petits, jusqu'à l'âge adulte. Et concrètement, ça se traduit, tu vois, nous c'est à peu près 600 activités par an. Donc ça va de l'atelier, par exemple périscolaire, où on intervient tous les midis et les soirs dans les écoles de la ville de Rennes, jusqu'à des entreprises. avec qui on peut faire des chantiers. Ils viennent chez nous pour faire des activités de jardin, d'inventaire de biodiversité. En fait, on va définir les sujets ensemble. Ce qu'on aime bien, nous, c'est la régularité. On sait aujourd'hui qu'un fusée... des idées, créer des changements dans les habitudes alimentaires, dans le rapport au vivant, ça prend du temps. Moi, je te disais, je suis née à la campagne, j'ai eu de maman qui était infirmière naturopathe. Bon bah oui, l'alimentation bio, tout ça, c'est des sujets qui me paraissaient plutôt normaux, puisque j'ai grandi dans cet univers-là. Et après, quand t'arrives au niveau des études, tu dis « Ah ouais, d'accord, ok, c'est pas… Ah ouais, d'accord » . Ça prend du temps. Donc nous, on va plutôt privilégier, tu vois, la régularité, les activités qu'on fait plusieurs fois. On fait très peu d'animation en one-shot. Mais ça va de l'animation à la conférence, en passant par des formations, c'est très large.
- Speaker #0
Et au niveau des jeunes publics, notamment les tout-petits, qu'est-ce que vous faites ?
- Speaker #1
On travaille beaucoup la sensorialité. Tu vois, sur les tout-petits, par exemple, nous, le Potager des Cultures, qui est derrière le triangle, on est quasiment accolés à la crèche Henri Vallon et à la crèche du Centre Social. L'idée, c'est que ce soit un lieu qui puisse accueillir les enfants toute l'année. Donc nous, on accueille vraiment du public toute l'année, même en janvier. Tu vois, j'étais sur le potager ce matin, il y avait des bénévoles et on va travailler la sensorialité. Par exemple, si on fait, je te prends une animation concrète à l'automne, on a une grande diversité de légumes. Il y a une grande diversité sur les courges et elles n'ont pas toutes la même sensorialité. Il y en a qui sont lourdes, ça sonne creux, ça ne sonne pas creux. Il y en a qui sont longues. Tu vois, donc déjà s'habituer aux couleurs du jardin, à toucher les choses, à pouvoir goûter, à avoir une appréciation aussi du vivant. Quand on voit un verre de terre, on ne le coupe pas en deux. C'est pour ça que dès la petite enfance, c'est intéressant d'avoir ce contact-là. Et surtout, on sait que beaucoup d'enfants vont rester scolarisés dans le quartier. Donc nous, on suit des ados aujourd'hui et même des jeunes adultes qu'on suit depuis 2018, par exemple. On a des parcours d'enfants qu'on suivait en primaire, au collège et jusqu'au lycée. Et après, quand ils arrivent délégués de classe, ils font en sorte que la classe vienne visiter le potager. C'est chouette.
- Speaker #0
C'est très chouette. Pour sensibiliser, il n'y a pas mieux, en fait.
- Speaker #1
Et puis parce que c'est accessible, tu vois, c'est proche de chez toi et on est surtout à ciel ouvert. Ce n'est pas comme un bâtiment dans lequel tu dois pousser la porte et tu ne sais pas ce que tu vas trouver. Là, tu peux scanner un peu, regarder, tu te dis, ok, il y a deux, trois personnes, allez, je rentre. Ou alors, non, je ne les sens pas trop, je ne rentre pas aujourd'hui, tu vois. Ça fait une vraie différence.
- Speaker #0
Et est-ce que tu as une anecdote sur un public plus âgé où tu as senti que les choses bougeaient ?
- Speaker #1
Oui, j'en ai plein. Et puis, je rajouterais aussi que pour moi, c'est... Ce n'est pas qu'une question de manque de connaissances ou d'éducation. C'est que les sujets de l'alimentation, c'est très sensible. C'est très lié à ton bagage culturel, à ton éducation familiale, plus que juste à l'école. Moi, ne serait-ce que je viens du sud-ouest, mon conjoint, il est breton et normand. Bon, c'était le choc des cultures au sein d'un même pays déjà. Entre huile et beurre, j'ai dit ok, très bien. Donc, il y a des ajustements à faire tout au long de la vie, ça on le sait. Mais l'alimentation, en plus, nous, on s'adresse. En grande partie, il y a des publics aussi qui sont fragilisés, qui peuvent être précarisés. On sait que c'est la triple peine pour des gens qui sont mal logés. La nutrition, ça arrive un peu dans les derniers postes de dépense. Donc, ce n'est pas évident de dire à quelqu'un, attendez, mais vous donnez des pommes non bio à vos enfants ? Mais ils vont mourir ! On ne peut pas avoir ce discours-là.
- Speaker #0
C'est vrai.
- Speaker #1
Donc, si je dois choisir une anecdote, je pense que je partagerai... on va l'appeler Chantal, une dame qui venait chez nous, qui continue à venir, qui venait chez nous prendre des légumes, puisque nous, je te disais, on distribue un circuit court et solidaire, donc dans un dispositif de panier solidaire. Le fait de venir prendre ses légumes toutes les semaines, ça permet de découvrir des légumes. En moyenne, les personnes qui viennent chez nous, ils découvrent entre 5 et 8 légumes dans une période, on va dire une saison de mai à décembre. Ça paraît beaucoup, moi par exemple qui pourrais. qui suis quelqu'un qui aime cuisiner, je me dis, ah ouais, quand même, ça fait longtemps que je n'ai pas découvert de nouveaux légumes.
- Speaker #0
Oui, donc ce que tu veux dire, ils découvrent, c'est-à-dire qu'ils ne les connaissaient pas avant.
- Speaker #1
Ils ne les connaissaient pas.
- Speaker #0
Ah, d'accord.
- Speaker #1
C'est vraiment de la découverte. En effet. Donc, c'est beaucoup. Et on parle de publics qui cuisinent quand même. Tu vois, là, nous, c'est principalement des femmes qui viennent consommer. Elles cuisinent quasiment toutes, à l'exception de trois, mais sinon, elles cuisinent. Donc, ça, c'est assez marquant. Et puis, ce qui est vraiment intéressant, c'est que... Nous, on fait un accompagnement au-delà juste de la commercialisation des légumes. C'est qu'il y a un atelier cuisine par mois, il y a des visites de fermes, il y a des ateliers de saisonnalité sur un produit spécifique, le fenouil. On sait qu'en Bretagne, ce n'est pas le légume, c'est plutôt un légume du Sud, donc les gens n'ont pas trop l'habitude de le consommer. Bon, tu vois, on va faire un atelier spécifique sur le fenouil, par exemple. Et donc, au-delà de la découverte des légumes, c'est quelqu'un qui nous avait dit au départ, mais moi, je ne me sens pas autorisée à acheter des produits bio. Parce que c'est pas moi, c'est pour les bobos blancs qui ont un vélo cargo, en gros, moi. Et c'est vrai, c'est un message qu'il faut pouvoir entendre. Ce n'est pas du tout une critique, c'est une part de la réalité. Et au bout de deux ans, à venir régulièrement chez nous, elle a transformé ses habitudes alimentaires, c'est-à-dire que les œufs, par exemple, elle les achetait toujours en bio. La farine, elle l'achetait toujours en bio. Parce qu'elle s'est rendue compte aussi que le rapport qualité-prix et le rapport quantité-prix aussi, elle nous disait que c'est vrai qu'en fait, des viandes, notamment du poulet, la différence entre un poulet... ou même la belle rouge, un poulet labellisé et un poulet à 5 euros la barquette de 12 millions de kilos. En fait, à la cuisson, ça ne réduit pas pareil. Donc, il y a aussi des choses très pratico-pratiques dans l'alimentation. C'est pour ça, je pense que c'est quelque chose qui parle à beaucoup de monde et qui a plein de projets, parce qu'on vient de toucher quelque chose de très concret. Pourquoi je vous parle de ça ? Parce que Chantal, elle bombardait d'offres dans le WhatsApp collectif en disant « Ah ben là, j'ai vu ! » À Leclerc, il y a une promo quand on achète ça. Il n'y a que ça sur des produits labellisés.
- Speaker #0
Elle avait bien évolué du coup.
- Speaker #1
Oui, complètement.
- Speaker #0
Et au niveau des jeunes, est-ce que tu as une anecdote également ou une découverte ?
- Speaker #1
Nous, on travaille avec les collèges et notamment les deux collèges du Blône. Principalement avec les classes de Secpa qui sont en plus petit nombre. d'élèves par classe et qui se dirigent plutôt vers des filières techniques. Donc généralement, je ne veux pas dire de pourcentage comme ça à la volée, mais la grande, grande majorité des élèves de SECPA après la troisième vont dans des CAP. Et donc nous, on en profite dès la cinquième, en fait, pour leur faire découvrir tous les métiers qui existent dans l'agriculture urbaine. Donc il y a du maraîchage, certes, mais il y a aussi de l'animation. Le BAFA, c'est accessible à tout le monde. Il y a des financements qui existent pour ça. Et donc, on a un jeune. On est venu dans sa classe faire des interventions, donc c'est un jeune qui ne prenait pas du tout la parole. Très très très renfermé, mais dès qu'il y avait quelque chose à faire avec les mains, tu vois on a fait un atelier où on faisait des bagels et puis on mangeait tous ensemble, bah il fait. Sur le potager, alors bon au début quand tu leur mets une fourche bêche dans la main, sans te dire qu'il n'y en a pas beaucoup qui se lancent, bah lui il était dans les premiers mais il ne parlait pas trop. Et quelques semaines après il est venu nous demander un stage, donc il était en quatrième. En troisième, il nous a redemandé un stage. On lui a dit, bon, peut-être Lorenzo, que tu peux trouver ailleurs aussi, il faut que tu vois d'autres choses. Non, non, je veux venir chez vous. Bon, d'accord, ok. Donc, il est revenu faire un stage. Et puis, il nous a dit, je crois que j'ai envie de faire ça. J'aime bien travailler dehors. Après, c'est un ado, donc travailler dehors, tranquillou. Mais c'est normal, c'est ça qui est chouette aussi. Et Lorenzo, il a fait un super parcours. court, puisqu'il a fait un stage alterné dans sa première année de CAP chez nous. Aujourd'hui, il travaille chez un maraîcher à Passé. Il est passé en deuxième année de CAP. Et ce qui est intéressant, c'est qu'il a réussi à embarquer toute sa famille. Ses frères et sœurs viennent à tous nos ateliers, tous nos événements. Sa mère vient chercher les légumes chez nous. Elle est rentrée dans le dispositif des paniers solidaires. Son père est venu faire du bénévolat. Donc, il a embarqué tout le monde. Et ça, je trouve ça vraiment chouette parce que c'est des gens qui sont effectivement assez éloignés des thématiques qui sont les nôtres, mais qui ont senti que la porte était ouverte pour eux et que leur fils s'épanouissait vraiment. Donc à un moment donné, ils se sont dit, attends, on va aller jeter un coup d'œil pour voir ce qui se passe. Donc c'est chouette.
- Speaker #0
C'est vraiment chouette parce que tu vois toute l'utilité de ce que tu fais finalement.
- Speaker #1
Ouais, et qu'en fait, ça s'adresse à tout le monde. Moi, chaque année, je suis en train de finaliser mon rapport d'activité 2025. J'aimerais bien avoir une page un peu clean, avec écrit un peu portrait robot, du bénévole ou de la bénévole, ou portrait robot, des personnes qui suivent nos animations. C'est impossible. C'est tellement diversifié que même au début du projet, on avait 80% de femmes dans notre communauté. C'est pour plein de raisons. On sait que dans les actions sociales et environnementales, on a plus de femmes qui s'engagent. Du fait que moi, je sois une femme, à l'époque, je suis toujours une jeune femme, mais j'étais encore plus jeune. Et aussi parce que moi, j'ai toujours dit qu'à compétence égale, je privilégierais toujours une femme. Et aujourd'hui, on est quasiment sur du 50-50 dans la communauté Colvert, tu vois. On a réussi à inverser, à ne pas partir sur 90% de femmes, ce qui peut être très chouette aussi. Mais nous, on avait envie de pouvoir toucher tout le monde et de pouvoir aussi faire prendre conscience que la thématique de l'alimentation, ça ne concerne pas que les femmes. et que les hommes, qu'ils soient papas, jeunes papas ou non, sont concernés. Donc on est très fiers de ça aujourd'hui, d'avoir réussi à équilibrer.
- Speaker #0
Puis rien ne vaut finalement la mixité.
- Speaker #1
La mixité en âge, la mixité, tu vois, nous on est au Bloun, c'est pas évident de faire venir des publics qui sont d'ailleurs. Alors l'agriculture urbaine, ça a une image un peu, tu vois, sexy, c'est instagrammable. Si t'es obloine et derrière le triangle, tu perds déjà un petit peu de monde. Donc ça, c'est quelque chose à quoi on tient. Et en 2024, on a mené une étude d'impact qui nous a permis de vraiment poser les choses. Tu vois, nous, on travaille au quotidien, on fait beaucoup d'heures. On est une équipe qui se donne vraiment à fond. Et on s'est dit à un moment donné, est-ce que ça a un impact ? Est-ce que ce qu'on fait, c'est utile ? Ou les gens nous disent, on vous adore juste parce qu'ils veulent nous faire plaisir ? Et ce qui est intéressant, une donnée qui était pour moi intéressante. C'est qu'on a plus de 40% de nos publics qui ne viennent pas du Blône, qui ont un regard positif sur le quartier grâce à nous. En fait, ils nous ont dit clairement que s'il n'y avait pas eu l'école Varennes, ils ne seraient pas forcément venus au Blône.
- Speaker #0
Donc vous avez en fait, quand on parle du vivre ensemble, on peut se poser parfois des questions sur la difficulté du vivre ensemble. Vous, vous y êtes, mais parfaitement.
- Speaker #1
Et puis parce qu'on est aussi sur l'espace public. Tu vois, c'était un enjeu et c'est pour ça qu'on a voulu s'installer au Blône. Moi j'habite en centre-ville, j'aurais pu vouloir créer quelque chose de plus proche de chez moi et pas me faire une demi-heure de vélo sous la pluie tous les jours. Mais c'était cette volonté-là en fait, de pouvoir... On sait que les personnes qui habitent dans les QPV sont généralement plus précarisées et donc plus éloignées de la nature. On imagine souvent les quartiers, tu vois, populaires, bétonisés. Le Blône, il y a quand même des espaces verts, mais c'était des espaces verts où, là où on est nous par exemple, il n'y avait quasiment plus personne qui venait pique-niquer. Parce que c'était un espace qui était un peu laissé à l'abandon, entre guillemets. Pas par choix, mais parce qu'il y avait des habitudes liées au deal, des gens qui squattent. Nous, ce n'était pas évident quand on a démarré. On avait les clôtures bien abîmées, beaucoup de vols et tout ça.
- Speaker #0
Et on était en 2017 ?
- Speaker #1
C'est ça. On a déposé les statuts 2017, on a pu installer la ferme en 2019.
- Speaker #0
D'accord.
- Speaker #1
Tu vois, ça a pris du temps un petit peu à se construire. Mais au démarrage, ce n'était pas forcément évident. Mais par contre, aujourd'hui, on voit bien que ça relance une dynamique. Être sur l'espace public, continuer à conquérir et reconquérir l'espace public, c'est un des gros enjeux, je pense, aujourd'hui.
- Speaker #0
Oui, tout à fait. Et tu en parlais, l'équipe, qui est cette équipe ? Qui est-elle constituée ?
- Speaker #1
On est aussi entre 5 et 7 salariés. Ça va dépendre des projets. On fonctionne un petit peu par... pôle, donc on est deux en coordination. Je travaille avec ma collègue Marion, beaucoup en binôme. Et Marion, elle a un parcours intéressant, puisque c'est une de nos premières bénévoles. Elle a fait du bénévolat en, je pense, 2019 ou 2020, quelque chose comme ça. Elle est partie faire un service civique avec la Confédération Paysanne. Et puis elle est revenue. Et en fait, comme on avait eu un problème de terre polluée qui avait été mise dans les bacs par la ville, elle a dû refaire les mêmes tâches qu'elle avait fait un an avant. Je me suis dit, elle s'accroche, c'est intéressant. Elle vient sous la pluie, d'accord. Et donc, elle a pu être salariée en 2021 et passer à temps plein par la suite. Donc, on est toutes les deux en coordination. On a trois personnes sur le pôle maraîchage. Donc, Florence, Viviane et Anatole, qui est alternant. Viviane, elle est sur le potager des cultures. Et Florence et Anatole, ils sont sur le pré. Et ensuite, on a Esther. qui est notre animatrice nature et qui a elle aussi un parcours super chouette puisque Esther est venue faire un service civique quand elle avait 18 ans. Elle a vu la lumière parce qu'elle avait commencé une année de fac et puis ça ne lui a pas plu. Elle a découvert l'animation, le fait de construire avec le public, le contact avec le public. Ça lui a beaucoup plu. Un jour, on faisait un trajet en voiture et elle nous a dit « mais je pense que vous ne vous rendez pas compte à quel point vous avez changé ma vie parce que j'ai trouvé ma voie, j'ai trouvé une école. » en Normandie et je vais faire un BPGEPS spécialisé dans le développement durable. Et moi, je lui dis, c'est super, tu ne veux pas faire une alternance ? Donc, elle est restée. Au final, Esther, elle vient de signer son CDI là, en janvier. Et ça fait déjà deux ans et demi qu'elle est chez nous. Donc, c'est un super parcours intéressant et elle a 20 piges. Donc, c'est chouette. Et puis, avec notre équipe salariée, on accueille beaucoup de jeunes. Nous, chaque année, on accueille... On a à peu près une vingtaine de jeunes sur des missions de service civique qui vont de 6 mois jusqu'à 10 mois et des stages plutôt sur des profils d'insertion, mais vraiment de la découverte de nos métiers. Et puis concrètement aussi, il n'y a pas longtemps, il y a eu un podcast avec Hélène de Séisme et j'aimais bien son propos quand elle parlait du fait que c'est chouette de bifurquer, mais aussi de le réfléchir. Et donc nous, on a souvent des gens, soit des jeunes qui sont en fin d'études, en disant j'ai fait une école de commerce, j'ai fait une école d'ingé, je ne veux pas faire ça, je veux faire du maraîchage. Carrément, nous on est toujours preneurs, il en faut de toute façon, là on parle de renouvellement des générations, donc il faut y aller, il faut qu'il y ait des gens qui aillent bosser dans les champs. Par contre, viens tester en février, avant de te lancer. Ou des gens qui nous disent, moi je suis comptable, j'en peux plus, je veux faire du maraîchage. Oui, mais c'est pareil, c'est super, on est d'accord, mais moi par exemple, ce n'est pas un métier que je ferais. physiquement, je n'en ai pas la capacité. Je suis très, très admirative de mes collègues qui font ça tous les jours, tu vois.
- Speaker #0
C'est vrai. Et puis, il y a l'aspect météo aussi par chez nous.
- Speaker #1
C'est dur, c'est dur parce qu'en été, tu vois, les filles, quand elles bossent, tu ne peux pas bosser dans la serre passé 11 heures. Il fait trop chaud. En hiver, là, tu as les pieds dans le froid, tu es mouillée, tu portes du poids, tu es dans la gadoue. C'est des très, très beaux métiers. C'est des métiers qui sont utiles et même essentiels. Mais en tout cas, nous, on est là pour faire découvrir ça et faire découvrir, comme je le dis, tout le champ des métiers qui existent. La coordination, c'est vrai que... Moi, quand j'étais étudiante, par exemple, je ne savais pas du tout ce que c'était. Je n'avais aucune idée que ça existait, ces projets-là. Tu vois, des métiers comme ça, où tu es sur des projets, tu es sur du financement, tu es sur... Ce n'est pas très palpable, en fait. Donc, nous, on a vraiment pris cette direction en 2023 de se dire, OK, on affirme notre position, on accueille des jeunes, tout type de jeunes, qu'ils soient dans le domaine ou pas, pour essayer, en tout cas, encore une fois, d'infuser, tu vois. Sur du temps long, on parle souvent des bénéfices des gens qui suivent nos animations. Mais pour le coup, chez les jeunes qu'on accompagne, nous, on sait qu'il y a 58% des jeunes qui s'orientent concrètement en Bretagne, dans les métiers en lien avec ce qu'ils ont fait au Colvaren.
- Speaker #0
Eh bien, bravo. Merci. Bravo, parce que comme tu l'as dit, c'est utile, voire essentiel. Et pour les années à venir, en fait, on va absolument avoir besoin de ces profils et de ces vocations que ces jeunes découvrent chez vous.
- Speaker #1
Et sur le territoire aussi. C'est un podcast sur les femmes en Bretagne, mais en fait l'agriculture en Bretagne, elle a besoin d'un sacré coup de pied. Et elle a besoin de jeunes qui s'installent, de jeunes qui reprennent des fermes, des plus petites fermes, de la polyculture élevage. En fait, on a besoin de changer le modèle. Ça, on le sait et on n'est pas les seuls à le dire. Puis j'invite d'ailleurs toutes celles et ceux qui écoutent à regarder les travaux par exemple des greniers d'abondance, qui sont hyper intéressants et hyper accessibles. Parce que c'est vrai que quand on commence à s'intéresser à ces sujets-là, ouais, si t'as pas un petit bagage, des fois, il y a des lectures qui sont un peu dures, tu vois, à comprendre. Tu t'y reprends plusieurs fois. Et voilà, je trouve que les greniers d'abondance, typiquement, eux, ils font un travail. La FAUP aussi, qui est l'Association française d'agriculture urbaine professionnelle, là, a fait un gros travail de plaidoyer sur les neuf idées reçues, par exemple, de l'agriculture urbaine. Donc, c'est hyper intéressant. Et nous, c'est des choses où on vient nourrir aussi beaucoup les jeunes qui passent par chez nous avec ces outils-là et puis surtout avec beaucoup de concret.
- Speaker #0
Tout à fait. Et c'est vrai que dans les années à venir, on peut supposer que l'agriculture urbaine va se développer. Et c'est important. Des initiatives comme les vôtres, ça permet d'initier.
- Speaker #1
Oui. Et puis, de se rendre compte. Je ne sais plus ce que c'est une génération, si c'est 10 ou 20 ans. Mais moi, je n'ai pas énormément d'écart non plus. Enfin, tu vois, je vais avoir 34 ans. Voilà, ce n'est pas si loin. Et pour autant, on se rend compte qu'effectivement, il y a un gap. Moi, je ne suis pas née avec le numérique. Donc déjà, il y a un rapport... qui est très différent. Il y a un rapport à l'éco-anxiété aussi qui est différent, un rapport aux réseaux sociaux, un rapport à l'information. Et donc de passer par quelque chose de très sensoriel, très concret, où tu fais avec tes mains, où tu fais avec la météo, où tu es dehors. Il y a quelque chose de naturel. Je pense que l'être humain a besoin de ça et ça vient te recentrer. Et au-delà des jeunes, on le voit aussi beaucoup avec les entreprises avec lesquelles on travaille. Des gens qui passent beaucoup, beaucoup de temps derrière un bureau, les managers et managers nous disent, non mais nous, ça dure, ça influe pendant des semaines. après qu'on soit venu chez vous. Donc, on sait que l'être humain a besoin de ça. L'être humain, on est un animal social et collectif. Et en plus, on a quand même besoin de se connecter aux vivants, à tout ce qui nous entoure.
- Speaker #0
Tout à fait.
- Speaker #1
Donc, l'agriculture urbaine, oui, si elle est réfléchie. Moi, j'aime bien parler d'agriculture urbaine au pluriel aussi, parce qu'il y a plein de formes qui existent. Tu vois, il y a des fois des potagers sur les toits. On peut faire des endives dans des caves. On peut faire des jardins potagers à ciel ouvert.
- Speaker #0
Sur des balcons ?
- Speaker #1
Sur des balcons. Ça peut commencer comme ça, exactement. Donc je trouve que nous, on défend une agriculture urbaine qui soit low-tech, qui revienne de... Ok, une pomme, ça pousse dans un arbre. Une pomme de terre, ça pousse dans la terre. Et des radis, il en existe plein. Déjà, revenir sur ces bases-là, je trouve que c'est important et même essentiel.
- Speaker #0
Et quel est votre modèle économique ?
- Speaker #1
Alors, nous, on a ce qu'on appelle un modèle hybride. comme beaucoup d'associations. On a une partie de financement en public, qui est la majeure partie, ça aussi en fonction des années, mais on va dire que c'est quand même la majeure partie de notre budget. Ça représente les financements extérieurs, donc tout ce qu'on ne génère pas comme revenus, ça va à peu près entre 60 et 65 % de notre budget. Ensuite, on fait appel à des entreprises, donc des fondations d'entreprises. Beaucoup. Et ensuite, il y a donc l'argent qu'on génère à travers la vente de nos prestations de services. Donc l'animation, c'est ce qui rapporte le plus. Nous, sur l'année, ça rapporte près, je crois que c'est 40 000 euros, tu vois, quelque chose comme ça, là où le marais. Le maraîchage c'est 20 000, alors qu'on a quand même trois personnes qui travaillent sur du maraîchage, mais comme on est sur des circuits solidaires, on fait du don aussi, on donne à Coeur Résistant, à des structures de l'aide alimentaire, l'épicerie sociale du quartier, des choses comme ça. C'est l'ADN de notre projet. On n'est pas un maraîcher ou une maraîchère classique, sinon on n'aurait pas fait un statut associatif. Et la production c'est aussi un outil. Donc ça c'est ce qui nous permet de... de générer du revenu et d'accueillir aussi des publics très larges. Tu vois, les entreprises, par exemple, on ne travaillait pas avec eux au départ. Je ne viens pas forcément du monde de l'entreprise, donc je ne connais pas très bien. Et il y a des entreprises avec lesquelles on n'a pas envie de travailler, avec qui on ne travaillera pas.
- Speaker #0
Et il y a sûrement un besoin aujourd'hui dans les entreprises. D'ailleurs, tu l'as dit tout à l'heure.
- Speaker #1
Exactement. Il y a un besoin d'éveiller, je pense, les consciences parce qu'on passe beaucoup de temps au travail. Donc, de savoir où on met les pieds et qu'est-ce qu'on fait au quotidien. Et puis, parce que moi, je ne crois pas en la théorie du colibri, tu vois, de chacun fait sa part et on va tous aller mieux. Ça participe, mais on sait que ça fait porter aussi une responsabilité très forte sur les individus. Les décideurs ont leur rôle et les entreprises aussi. En fait, on s'est rendu compte, tu vois, je ne citerai pas l'entreprise, mais je suis allé faire une animation autour d'un panier de saisons. Et il y avait quand même près de 50% des adultes qui ne faisaient pas la différence entre un concombre ou une courgette, mais aussi une aubergine.
- Speaker #0
Ah oui,
- Speaker #1
et oui. C'est pas la même couleur, c'est pas la même forme. Et tu te dis, ouais d'accord, en fait ils n'en mangent jamais. Et on s'est rendu compte...
- Speaker #0
Après on est en Bretagne et l'aubergine, je ne pense pas que ce soit non plus... Non,
- Speaker #1
c'est pas le chou, on est bien d'accord. Par contre, ils mangent de la ratatouille dans les plats préparés du midi. On s'est rendu compte qu'il y avait aussi un besoin, en fait tout le monde mange. Que tu sois salarié d'une entreprise ou pas, tu manges. Et si tu as de la chance, tu manges trois fois par jour. Donc il y avait ce besoin-là et puis surtout après Covid, le besoin de se retrouver dans des espaces extérieurs, de se retrouver aussi, de retisser des liens entre collègues. Donc aujourd'hui, je dirais que c'est une dizaine, entre 10 et 15 actions dans l'année, mais c'est assez porteur de sens pour les gens qui le vivent et pour nous aussi, de faire se rencontrer le monde associatif et le monde de l'entreprise. Ce n'est pas rien. Nous, il y a beaucoup de salariés d'entreprise qui nous... « Ah mais vous êtes salarié, vous n'êtes pas bénévole ? » On leur dit « Ben ouais, si on était bénévole, on ne ferait peut-être pas tout ça. Moi, j'ai été beaucoup bénévole dans ma vie. » À un moment, il faut pouvoir poser la limite quand tu es salarié aussi, bien sûr. Mais c'est intéressant, je trouve.
- Speaker #0
Quel est ton rêve pour l'école verte dans cinq ans ?
- Speaker #1
J'adorerais...
- Speaker #0
qu'on puisse écouler toute notre production gratuitement. Tu vois qu'il y ait une sécurité sociale de l'alimentation, ou en tout cas un dispositif qui s'en rapproche. J'adorerais qu'on ait une stabilité financière et pratico-pratique, c'est-à-dire que nous on est sur des baux qui sont assez précaires. Nous si on nous demande de partir, on doit démonter notre ferme et partir en deux mois. C'est pas rien, c'est quand même un des gros enjeux de l'agriculture européenne. On l'oublie un peu sous les paillettes et les beaux légumes, mais c'est quand même pas rien. Et puis surtout, une communauté, que ce soit l'équipe, les jeunes, les bénévoles, tous les gens qui viennent vivre des animations ou acheter leurs légumes, qui ait un sentiment partagé de « j'ai ma place, je joue un rôle dans la société » et que peut-être on ait deux, trois personnes en plus pour nous aider au quotidien, ce serait chouette.
- Speaker #1
Et quel conseil tu donnerais aujourd'hui à une femme qui hésite à se lancer dans un projet écologique ou social ?
- Speaker #0
Tu sais qu'on me pose souvent la question. Les jeunes notamment et les jeunes filles que j'accueille me demandent souvent « Mais tu as l'air d'avoir vachement confiance en toi, comment tu fais ? » Et c'est vrai, moi je pense que c'est un peu partagé, c'est un peu injuste. Moi j'ai grandi dans une famille où la curiosité ce n'était pas un vilain défaut. Avec beaucoup d'amour, on m'a toujours fait sentir que j'avais ma place, donc je me suis pas posé de questions, moi, quand je me suis lancée. On m'a dit « est-ce que tu veux monter un projet d'agriculture urbaine ? » J'ai dit « ouais, grave » . Je me suis pas posé la question du financement, de la légitimité, j'y suis allée tout droit, tu vois. Et après, par contre, c'est venu, les questions. Mais si je pouvais donner un conseil, ce serait de bien s'entourer. Moi, je me suis beaucoup épuisée aussi au début du projet, en voulant faire les choses un peu toute seule. parce que j'avais envie et parce que j'aime beaucoup ma liberté. Donc, c'était important pour moi. Mais je pense que si je ne m'étais pas entourée des bonnes personnes au bon moment, je ne serais pas là. Tu vois, je me serais vraiment, vraiment épuisée. Je dirais ça, en fait, d'être en capacité de bien se connaître et de savoir là où il peut y avoir des petits manques ou des difficultés. Tu vois, nous, on a une super trésorière qui s'appelle André Aurel et qui fait une super dédicace puisqu'elle nous a... Sauver la vie à maintes et maintes reprises, c'est quelqu'un qui a du bagout et du bagage et qui nous a beaucoup aidé. Marion, tu vois, ma collègue, c'est mon deuxième cerveau parce qu'on est très complémentaires. Je sais que je l'ai formée parce qu'aujourd'hui, je vois bien qu'elle a des fonctionnements et je sais d'où ça vient, mais elle m'a formée aussi en fait. Donc je dirais, ouais, ça, s'entourer, bien s'accompagner. Mes proches aussi, tu vois, mon conjoint m'a beaucoup, beaucoup aidée au démarrage du projet. Je suis allée à un événement, j'avais oublié une multiprise, Sacha ! Faire même une multiprise sous la pluie en vélo. Ouais, je dirais ça.
- Speaker #1
Et se faire confiance sans doute aussi.
- Speaker #0
Et se faire confiance. Ouais, se faire confiance parce que déjà on est capable d'énormément de choses en tant qu'être humain. Tout le monde. Et puis de parfois faire confiance à son intuition. Moi je suis très instinctive, j'ai un profil assez créatif tu vois. Ce qui ne m'empêche pas d'être justement... Quand tu te casses le nez deux, trois reprises, tu te dis « Ok, très bien, j'ai besoin d'un petit peu plus de cadre. J'ai besoin de réfléchir un petit peu plus, mais ça s'apprend. » Mais je pense que moi, j'ai toujours écouté cette petite voix qui me disait « Pourquoi si les autres y arrivent, pourquoi pas moi ? » C'est possible. Et puis surtout aussi, si n'importe quel homme y arrive, quelles que soient ses compétences, son âge, son bagage, moi, si j'ai les compétences que j'ai, la formation et l'envie, il n'y a aucun sujet. J'y vais. Donc ouais, se faire confiance, bien s'entourer et puis expérimenter en fait. Essayer de ne pas avoir peur de l'échec. C'est sûr, l'ego est un petit peu heurté au début, mais il n'y a rien de grave. Moi, je dis, parfois je dis ça à l'équipe, je leur dis « Bon, on est gai les filles, on n'est pas chirurgien cardiaque aux urgences. » Personne ne va mourir si on se rate. Si on rate là, ce projet-là, c'est pas grave. Et après, en plus, c'est mon taf, moi, de justifier derrière de pourquoi ça n'a pas fonctionné. Mais de se rappeler ça aussi, ça fait du bien en fait.
- Speaker #1
L'exemple est assez édifiant. Oui,
- Speaker #0
effectivement. Moi, ma mère vient du médical, tu vois. Donc, les erreurs ne sont pas les mêmes. On a notre petite part dans la société, mais personne ne dépend de vie ou de mort de nous.
- Speaker #1
Tu l'as dit tout à l'heure, tu adores manger et cuisiner. Est-ce que tu peux partager quelque chose par rapport à ça ?
- Speaker #0
Peut-être quelque chose qu'on a moins dans le sud-ouest, c'est les produits de la mer. Moi, pour la petite anecdote, j'ai travaillé pendant neuf ans en poissonnerie. Toute ma scolarité d'étudiante et de jeune fille, je travaillais pendant toutes les vacances scolaires en poissonnerie. L'été, à Noël, pendant les vacances, j'ai adoré faire ça. J'adore le commerce, moi, ça sent un peu que je suis un petit peu bavarde. Et ça m'a plu, ça m'a beaucoup plu. Et puis comme j'ai toujours aimé l'alimentation, la cuisine, vendre des produits que les gens vont manger chez eux, ça m'a plu. Là,
- Speaker #1
tu es dans le froid et dans l'humidité.
- Speaker #0
Oui, mais ce n'est pas une contrainte. Effectivement, par contre, tu portes des charges, tu es dans le froid. Mais c'est tellement de beaux produits. Moi, je le vivais comme une chance. Et puis, moi, j'étais la plus riche de mes copines parce que je travaillais toutes les vacances scolaires et que j'étais boursière. Donc, je pouvais aller manger au restaurant souvent. Et j'avais la chance de pouvoir ne pas habiter dans une chambre d'étudiante, d'avoir un appartement, tout ça. On parlait de l'indépendance et de la liberté. Ça a toujours été important pour moi. J'ai développé un intérêt et un amour pour les produits de la mer. Et puis, plus je m'y suis intéressée, plus ça fait des années que je ne mange pas de saumon, que je ne mange pas de capybaud, que je fais la promotion des petits poissons bleus et des chinchards et compagnie et des mulets qui sont connus pour être les poissons du pauvre. Alors qu'en fait, c'est des très, très, très bons poissons qui apportent plein de choses pour la santé et qui ne détruisent pas les écosystèmes des océans. Donc, peut-être raconter ça qui est que moi, quand je suis arrivée en Bretagne, Chut ! C'était un câble avec le marché d'hélice qui est juste à côté de chez moi et le marché aux poissons. C'était une joie immense de pouvoir, là on est en plein dans la période des Saint-Jacques, de pouvoir consommer très régulièrement des produits de la mer en conscience et de pouvoir en parler autour de moi. Moi je fais souvent, que ce soit des copains ou des collègues ou des connaissances, souvent ils me demandent de faire le marché avec moi parce que je connais les producteurs et non les revendeurs. que tu vois la saisonnalité, c'est plus facile quand c'est quelqu'un qui t'explique. Donc il n'y a pas si longtemps que ça, j'ai amené une copine faire le marché avec moi, deux samedis d'affilée, sur deux saisons différentes, pour justement découvrir les produits de saison, mieux gérer son budget, consommer des produits locaux qui ne sont pas des poissons qui ne sont pas pêchés à la drague, qui vont racler tous les fonds marins. J'avais envie de partager ça parce qu'on a beaucoup de chance en Bretagne d'avoir... une production alimentaire, que ce soit sur du végétal ou animal aussi, qui est vraiment intéressante. Il y a énormément de pratiques qui sont kata, parenthèse sur le porc, mais il y a aussi énormément de productions vertueuses, et c'est chouette de pouvoir les mettre en avant, et de, en fait, de pas juste se concentrer non plus que sur le négatif, mais dire qu'il y a des gens qui bossent vachement bien, en conscience, et qui font des produits exceptionnels, donc c'est cool d'aller... les rencontrer. Et il n'y a pas que sur le marché d'hélices. Il y a plein de marchés à Rennes. On a beaucoup de chance. Et puis, il y a plein. On peut aller directement chez eux acheter. Donc, ouais. Rennes, c'est une ville qui s'est bien développée sur la thématique de l'alimentation depuis que je suis arrivée et j'en suis très contente.
- Speaker #1
D'accord. Et est-ce que tu aurais, justement, avec les petits poissons dont tu parlais, tu aurais une recette à nous partager ?
- Speaker #0
Alors, avec grand plaisir. Moi, je suis une amatrice des poissons crus. Donc, le mackerel, par exemple. ou le chinchard, ou le mulet. Tiens, on va prendre le mulet. Le mulet, c'est un assez gros poisson avec une chair assez ferme. On fait un petit filet de mulet, on enlève les quelques arêtes et on vient faire des petites tranches. Moi, j'aime bien qu'il y ait de la mâche, donc l'épaisseur d'un doigt à peu près. Par-dessus, on a des mains de charpentier, on coupe en deux. Et moi, je fais ça avec une petite vinaigrette, tu vois, une bonne huile d'olive, du citron vert. J'aime bien mettre un petit mélange d'épices. Alors moi, j'ai des goûts de luxe, donc je prends mes épices chérolingées, fleurs de brume pour ne pas l'aciter, mais on peut mettre autre chose. Une pointe de sel, en tout cas jouée sur le côté acidité et bien enrobant de l'huile d'olive. Et je viens badigeonner ça sur mes tranches de poisson. Il ne faut pas que ça le cuise. Ce n'est pas comme un ceviche, il ne faut pas que ça le blanchisse. Il faut vraiment juste qu'on garde le parfum. et puis si on aime... une épice en particulier, on peut la mettre. Pas quelque chose de trop fort. Et on met juste au frais une heure avant de servir. On le sort du frais pour pas que ce soit glacé. Et juste manger ça, quand c'est la saison, tu manges ça avec une salade de tomates ou juste là même avec des radis blumites. Un peu de sel, un peu d'huile d'olive. Ça demande pas de préparation. C'est vite fait. Ça demande très peu d'ingrédients. Et ça a un effet de dingue.
- Speaker #1
Un effet waouh.
- Speaker #0
C'est ça.
- Speaker #1
En effet, et je vois tes yeux briller en même temps. Moi, j'adore ça. Donc, c'est chouette, c'est chouette. En effet, tu as l'air d'être une amatrice et d'avoir des connaissances.
- Speaker #0
Ah oui, tu peux regarder, j'ai beaucoup, beaucoup de livres de cuisine. C'est un sujet qui m'a toujours beaucoup, beaucoup intéressée.
- Speaker #1
Oui, tout à fait, tout à fait. L'alimentation, en fait, il y a plein de choses à découvrir pour son bien-être.
- Speaker #0
Oui, absolument. Et à tout âge, on a des besoins qui évoluent. Un ado ne va pas manger la même chose qu'une femme de 55 ans qu'un monsieur de
- Speaker #1
75. Tout à fait.
- Speaker #0
Donc, il y en a pour tous les goûts, tous les âges. Et surtout, en tout cas, de proposer quelque chose qui soit accessible pour le porte-monnaie. Et puis, pour les savoirs, on peut participer à un atelier cuisine, même si on n'a pas trop l'habitude de cuisiner.
- Speaker #1
Très bien, intéressant. Et vraiment, merci. Merci à toi. Oui, c'était très chouette. Très intéressant. Tu as une belle énergie, un engagement remarquable. Tu donnes très envie de découvrir les cols verts et puis la cuisine. Est-ce que toi, tu aurais quelque chose à rajouter ?
- Speaker #0
C'est ce que tu viens de dire. C'est que la cuisine, comme l'entrepreneuriat et l'associatif, en fait, il ne faut pas avoir peur de l'échec. Il faut essayer. En cuisine, si tu n'essayes pas, tu ne sauras pas. C'est la même chose pour moi professionnellement. merci beaucoup d'avoir mis en lumière l'association et d'être intéressé à mon histoire je vous dis à très vite pour un autre épisode qu'est nouveau